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Vie Protestante Réformée

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Jean Calvin

"Puisque Dieu, par conséquent, nous justifie par la Médiation du Christ, Il nous Acquitte, non pas par l'aveu de notre innocence personnelle, mais par une imputation de la justice ; de sorte que nous, qui sommes injustes en nous-mêmes, sommes considérés comme Justes en Jésus Christ."

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 14:52
Persévérer dans l'espérance

Parler d’espérance au milieu d’une société matérialiste et sécularisée nécessite quelques précautions.

Il ne s’agit pas d’espérer recevoir une petite augmentation de salaire en fin de mois, ou espérer qu’il fera beau ce weekend, mais espérer que les vicissitudes de la vie, la perspective de notre mort qui s’approche à pas lents mais sûrs, l’épuisement des ressources de la planète et tant d’autres problèmes aigus ne constituent pas l’horizon ultime de notre existence. À vues purement humaines, cette existence présente à la fois de très nombreux aspects enthousiasmants, fascinants et merveilleux, mais ils sont tous marqués par la dégradation, par l’échéance inéluctable de la disparition, ils sont rongés par un mal qui semble incurable. Sans parler de la laideur, de l’injustice ou de la souffrance qui heurtent notre sensibilité à chaque pas de la vie, que nous en soyons les spectateurs, les victimes voire la cause directe ou indirecte.

Que vaut donc la vie sans espérance ? Pas grand-chose, avouons-le. D’un autre côté, une espérance mal placée ou illusoire ne nous consolera pas non plus. Travailler à améliorer nos conditions matérielles d’existence, à allonger la durée de notre vie de quelques années grâce à la prise de tel ou tel médicament, cela nous tient-il lieu d’espérance ? Car ne nous y trompons pas, allonger la durée de notre vie nous donne davantage de temps pour méditer sur notre mort prochaine, sur les maux et misères de la vie. Et même si l’amélioration de nos conditions matérielles apporte un soulagement à notre existence quotidienne, quelque chose de profondément ancré en nous réclame davantage, ce qu’aucune condition matérielle ne peut nous offrir: une perspective libératrice sur notre vie qui débouche sur l’éternité, la paix, le repos et la joie. Est-ce un leurre que de rechercher cette perspective ? Est-ce une chimère, une utopie tout-à-fait hors de notre portée ?

Pour certains, ce ne peut être au mieux que le sujet ou le thème d’œuvres d’art, qui embellissent notre vie en idéalisant, ou en stylisant nos attentes et nos perceptions de la réalité ; ces œuvres d’art apportent un élément de beauté formelle, elles témoignent d’une créativité qui fait apparaître la réalité sous un jour inattendu, nouveau, parfois étrange et insoupçonné. Et certes les œuvres d’art les plus réussies reflètent quelque chose de très profond qui résonne puissamment en notre for intérieur; elles nous parlent à leur manière de ce à quoi nous aspirons le plus ardemment.

Cependant pour qu’il y ait une espérance qui soit autre chose qu’une chimère, il faut un objet, un but à cette espérance. Il faut quelque chose ou quelqu’un qu’on puisse s’approprier, vers quoi l’on tende ; quelque chose ou quelqu’un à la fois extérieur à nous-même et capable de nous habiter et de nous transformer en profondeur. Car si nous faisons de nous-mêmes, de nos ambitions et de nos plaisirs l’objet de notre espérance, nous retomberons toujours dans notre propre misère, celle qui nous caractérise naturellement. Tâcher de nous élever en prenant notre propre personne comme point de mire nous fera toujours retomber au plus bas par l’effet d’une loi de gravité incontournable. Une espérance solide et indéracinable ne peut être ancrée en personne d’autre qu’en Dieu, celui qui a créé chacun de nous, celui qui nous accorde la vie, l’être et le mouvement jour après jour.

Voici ce qu’en dit le psaume soixante et onze (5-6): O Seigneur Éternel, en toi j’espère, car, depuis ma jeunesse, toi, tu es mon appui! Oui, tu fus mon soutien dès ma naissance. Depuis que je suis né, tu me protèges. J’ai sans cesse motif de te louer. Mais l’espérance doit pouvoir être exprimée dans les moments de la plus grande affliction, lorsque justement rien ne semble ici-bas nous réconforter. Un autre psalmiste, l’auteur du psaume quarante-deux, dont l’âme est abattue et qui se souvient des jours heureux qui ne sont plus, écrit, quant à lui (5-6): Avec quelle émotion je me souviens du temps où, avec le cortège, je m’avançais en marchant à sa tête vers le temple de Dieu, au milieu de la joie et des cris de reconnaissance de tout un peuple en fête. Pourquoi donc, ô mon âme, es-tu si abattue et gémis-tu sur moi ? Mets ton espoir en Dieu ! Je le louerai encore car il est mon Sauveur. Et il conclut par ces mots (11-12): Mes membres sont meurtris, mes ennemis m’insultent, sans cesse, ils me demandent: «  Ton Dieu, où est-il donc ? » Pourquoi donc, ô mon âme, es-tu si abattue, et gémis-tu sur moi ? Mets ton espoir en Dieu ! Je le louerai encore, mon Sauveur et mon Dieu.

Il peut paraître surprenant d’exprimer son espérance au moment où rien ne semble la justifier. Cela n’est possible que parce que l’objet de cette espérance transcende les circonstances de notre vie ; cet objet se trouve au-delà de nous-même sans être pour autant inaccessible. Qui plus est, la Bible enseigne à plusieurs reprises que l’objet de l’espérance des croyants, Dieu, en est en même temps l’auteur ! C’est lui qui la fait naître et la soutient dans le cœur de ceux qui lui font confiance. C’est lui qui définit l’objet de cette espérance en présentant à la vue des croyants son Fils bien-aimé, Jésus-Christ. Contempler Jésus-Christ par la foi, l’embrasser de tout son cœur, l’attendre comme l’épouse attend l’époux qui lui a été promis, c’est cela le cœur de l’espérance chrétienne. L’apôtre Paul encourage ses lecteurs à persévérer dans cette espérance lorsqu’il écrit dans sa seconde lettre aux chrétiens de la ville de Thessalonique (2:16-17): Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, et Dieu, notre Père, nous ont témoigné tant d’amour, et, par grâce, nous ont donné une source éternelle de réconfort et une bonne espérance. Qu’ils vous remplissent de courage et vous accordent la force de pratiquer toujours le bien, en actes et en paroles.

La nature de l’espérance chrétienne est telle qu’elle ne se contente pas d’attendre le secours divin en toutes circonstances; assuré de ce secours, de la présence divine quotidienne auprès de soi, le croyant motivé par cette foi et cette espérance entre en action, il pratique le bien. L’espérance contemple les actes de Dieu dans le passé, sa fidélité, sa grandeur et sa toute-puissance ; elle se repose sur lui pour le présent comme pour le futur et cette contemplation fait porter des fruits au croyant, elle motive ses actes et l’encourage au milieu des épreuves de toutes sortes. Il ne se laisse pas entraîner sur des voies glissantes qui reflètent la chute du genre humain car il garde le regard fixé sur une réalité plus haute, ferme et incorruptible. L’espérance ne peut donc être séparée ni de la foi ni de l’amour. Car elle n’existe que fondée sur les promesses prononcées par Dieu au cours de l’histoire des hommes, et ces promesses ne peuvent être saisies que par la foi. Ce lien entre la foi et l’espérance est exprimé on ne peut mieux par l’auteur de la lettre aux Hébreux, dans le Nouveau Testament (11:1-2): La foi, écrit-il, est une façon de posséder ce qu’on espère, c’est un moyen d’être sûr des réalités qu’on ne voit pas. C’est parce qu’ils ont eu cette foi que les hommes des temps passés ont été approuvés par Dieu. Sans la foi, l’espérance n’aura aucune solidité, car elle perdra de vue son objet, celui qu’elle attend comme l’épouse attend son époux ; elle doutera qu’il vient vraiment vers elle, elle perdra cette vision du futur promis et investira son regard vers des objets passagers qui en fin de compte la décevront.

Le livre de l’Apocalypse, le dernier livre du Nouveau Testament, conclut avec ces paroles qui résument l’objet de l’espérance chrétienne, lequel n’est rien moins que le retour du Christ, l’époux promis (20-21): Le témoin qui affirme ces choses déclare: «  Oui, je viens bientôt ! » Amen: Viens Seigneur Jésus! Que le Seigneur Jésus accorde sa grâce à tous. Il ne peut y avoir d’espérance sans quelque chose ou quelqu’un qui nous soit donné à saisir comme objet de cette espérance, venons-nous d’écrire. Or, nous révèle la Bible, Dieu, par son Esprit Saint, est à la fois celui qui suscite l’espérance dans le cœur des croyants et celui qui en est l’objet, en la personne de son Fils Jésus-Christ. Et si l’espérance reste vivante en dépit de toutes les circonstances adverses, c’est aussi parce que le Saint-Esprit de Dieu en ranime la flamme dans le cœur des croyants. Dans sa lettre aux Galates (5:5), l’apôtre Paul écrit ceci: Quant à nous, notre espérance, c’est d’être déclarés justes devant Dieu au moyen de la foi. Telle est la ferme attente que l’Esprit fait naître en nous. Mais, avons-nous également écrit, cette espérance est fondée sur des promesses que Dieu a faites aux hommes au cours de l’histoire, et qui demeurent fermes. Sans la connaissance de ces promesses, de cet héritage promis qui en forme le nœud, l’espérance ne peut prendre racine en l’homme.

Un très beau texte, tiré du début de la première lettre de l’apôtre Pierre, dans le Nouveau Testament (1:3-8) commence par louer Dieu pour l’espérance du salut accordée aux croyants : Loué soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ. Dans son grand amour, il nous a fait naître à une vie nouvelle, grâce à la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour nous donner une espérance vivante. Car il a préparé pour nous un héritage qui ne peut ni se détruire, ni se corrompre, ni perdre sa beauté. Il le tient en réserve pour vous dans les cieux, vous qu’il garde par sa puissance, au moyen de la foi, en vue du salut qui est prêt à être révélé au moment de la fin. Voilà ce qui fait votre joie, même si, actuellement, il faut que vous soyez attristés pour un peu de temps par diverses épreuves: celles-ci servent à éprouver la valeur de votre foi. Le feu du creuset n’éprouve-t-il pas l’or qui pourtant disparaîtra un jour ? Mais beaucoup plus précieuse que l’or périssable est la foi qui a résisté à l’épreuve. Elle vous vaudra louange, gloire et honneur, lorsque Jésus-Christ apparaîtra. Jésus, vous ne l’avez pas vu, et pourtant vous l’aimez ; mais en plaçant votre confiance en lui sans le voir encore, vous êtes remplis d’une joie glorieuse qu’aucune parole ne saurait exprimer, car vous obtenez votre salut qui est le but de votre foi. Pierre décrit l’espérance comme un héritage incorruptible qui a pour nom notre salut. Cette espérance se situe entre deux pôles, l’un qui a pris place, l’autre qui doit encore prendre place : le premier, c’est le fait historique de la résurrection de Jésus-Christ, qui est la source de cette espérance, qui la met en branle en quelque sorte. Par cette résurrection, les croyants ont déjà acquis une vie nouvelle car par la foi en Christ ils sont ancrés, greffés en lui et vivent déjà de sa vie. Cependant ils attendent la manifestation complète de cette vie nouvelle avec la venue du second pôle, qui est l’apparition du Christ à la fin des temps établis par Dieu. Cette apparition signifiera l’avènement de la vie de plénitude promise aux croyants, déjà inaugurée par la résurrection du Christ. Il en est le garant, par la vie incorruptible dont il a été revêtu à sa résurrection et qui est le sceau indestructible de l’espérance chrétienne.

L’apôtre Paul, à la fin de sa première lettre aux Corinthiens, s’oppose à ceux qui prétendaient au sein de cette jeune église qu’il n’y avait pas de résurrection des morts. Il leur démontre que si tel est le cas, alors Christ lui-même n’est sûrement pas ressuscité ; il n’y a donc plus aucune raison d’espérer (15:17-20): Or, si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi n’est qu’une illusion, et vous êtes encore sous le poids de vos péchés. De plus, ceux qui sont morts unis au Christ sont à jamais perdus. Si c’est seulement pour la vie présente que nous avons mis notre espérance dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre des hommes. Mais, en réalité, le Christ est bien revenu à la vie et, comme les premiers fruits de la moisson, il annonce la résurrection des morts. Avoir la foi en Jésus-Christ ne consiste pas à l’admirer, à le considérer comme un grand prophète et chercher à suivre l’exemple moral qu’Il a donné et vécu dans ses actes et paroles, comme tant de courants au sein de l’Église ont voulu faire croire aux fidèles depuis plus de deux siècles. Cette foi-là, qui moralise à l’excès et veut finalement faire de nous-mêmes les agents de notre propre salut, nous rend en fait les plus à plaindre des hommes, car elle nous prive tout bonnement de l’espérance glorieuse promise et scellée par sa résurrection. Au contraire, la foi en Jésus-Christ regarde et tend vers le futur de la vie glorieuse à venir; c’est justement ce qui en fait une espérance vivante.

C’est donc entre ces deux pôles, entre le déjà et le pas encore, que se déroule la vie des croyants : d’une part elle est marquée par la foi en les promesses faites, par la semence de cette vie incorruptible déjà plantée dans leur cœur, mais d’autre part, avant le retour du Christ elle reste marquée par les vicissitudes de la vie, par des épreuves de toutes sortes. Pourtant, nous dit Pierre dans le texte cité plus haut, ces épreuves servent de creuset à la foi marquée par l’espérance. Alors que la tendance naturelle serait de les considérer comme inutiles, nuisibles et même opposées au plan de salut qui fait l’objet de l’espérance chrétienne, la Bible au contraire assigne à ces épreuves un rôle nécessaire d’épuration pour la foi du croyant : il s’agit bien d’une course d’obstacles, car il n’y a pas de victoire pour celui qui refuse de prendre part à la course ou se dérobe aux épreuves de cette course. Une victoire facile, sans effort ni lutte, ne vaut ni louange, ni gloire ni honneur à celui qui la remporte au prix du moindre effort. Jésus-Christ a-t-il atteint la victoire de la résurrection sans aussi remporter l’épreuve de la souffrance et de la crucifixion ? Le disciple ne peut certes être plus grand que son maître. Or un des obstacles, écrit Pierre à ses lecteurs, est constitué par le fait qu’ils n’ont pas vu Jésus de leurs propres yeux. Ils ont cru au message annoncé à son sujet par ceux qui ont été les témoins directs du ministère de Jésus, mais ils n’en ont pas été eux-mêmes les témoins. Il en va de même pour nous deux mille ans plus tard. D’où l’actualité des paroles de l’apôtre Pierre : En plaçant votre confiance en lui sans le voir encore, vous êtes remplis d’une joie glorieuse qu’aucune parole ne saurait exprimer, car vous obtenez votre salut qui est le but de votre foi. On peut dire que faire l’expérience de la joie glorieuse dont parle Pierre, c’est manifester qu’on a déjà obtenu le salut promis, même si c’est encore au milieu de grandes épreuves. À partir de là, nous sommes en état de persévérer au milieu même de grandes afflictions, car nous savons que le Dieu et Père de Jésus-Christ ne nous lâchera jamais.

Persévérer dans l’espérance, c’est l’appel adressé aux croyants par Dieu, un appel qui éclate sur toutes les pages de la Bible. Paul, dans sa lettre à son jeune ami Tite, expose à la fois le contenu de cette espérance et les fruits qu’elle porte chez ceux qui la nourrissent (2:11-15): En effet, la grâce de Dieu s’est révélée comme une source de salut pour tous les hommes. Elle nous éduque et nous amène à nous détourner de tout mépris de Dieu, à rejeter les passions des gens de ce monde. Ainsi nous pourrons mener, dans le temps présent, une vie équilibrée, juste et pleine de respect pour Dieu, en attendant que se réalise notre bienheureuse espérance: la révélation de la gloire de Jésus-Christ, notre grand Dieu et sauveur. Il s’est livré lui-même en rançon pour nous, afin de nous délivrer de l’injustice sous toutes ses formes et de faire de nous, en nous purifiant ainsi, un peuple qui lui appartienne et qui mette toute son ardeur à accomplir des œuvres bonnes. Voilà ce que tu dois enseigner, dans quel sens il te faut encourager et reprendre les gens. Fais-le avec une pleine autorité. Que personne ne te traite avec mépris.

Parler de l’espérance chrétienne ne serait cependant pas complet si l’on n’évoquait les nouveaux cieux et la nouvelle terre promis par Dieu à l’avènement de Jésus-Christ, lors de son retour dans la gloire. On le fera ici simplement en citant le livre de l’Apocalypse (21:1-8) qui en parle symboliquement en ces termes : Puis je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’existait plus. Je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, descendre du ciel, d’auprès de Dieu, belle comme une mariée qui s’est parée pour son époux. Et j’entendis une forte voix, venant du trône, qui disait: «  Voici la Tente de Dieu avec les hommes. Il habitera avec eux ; ils seront ses peuples et lui, Dieu avec eux sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus et il n’y aura plus ni deuil, ni plainte, ni souffrance. Car ce qui était autrefois a définitivement disparu. » Alors celui qui siège sur le trône déclara : «  Voici: je renouvelle toutes choses. » Il ajouta : «  Écris que ces paroles sont vraies et entièrement dignes de confiance. » Puis il me dit: «  C’en est fait! Je suis l’Alpha et l’Omega, le commencement et le but. À celui qui a soif, je donnerai, moi, à boire gratuitement à la source d’où coule l’eau de la vie. Tel sera l’héritage du vainqueur. Je serai son Dieu et il sera mon fils. Quant aux lâches, aux infidèles, aux dépravés, meurtriers et débauchés, aux magiciens, aux idolâtres et à tous les menteurs, leur part sera l’étang ardent de feu et de soufre, c’est-à-dire la seconde mort.

 

Amen,

 

 

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

Source : Foi & Vie Réformées

 

Le texte suivant est tiré du livre “Rendre Compte de l’Espérance” (éditions L’Age d’Homme, collection “Messages”, Lausanne, 2009; chapitre 18, pages 205-212), intégralement disponible en PDF sur le site de Foi & Vie Réformées :  https://www.foietviereformees.org/publications/

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10 mars 2020 2 10 /03 /mars /2020 22:59
Hypocrisie, vice et vertu à la Lumière de l'Evangile

L’hypocrisie est l’hommage que le vice rend à la vertu. De prime abord, ce vieux dicton peut paraître obscur.  Il signifie que l’hypocrite, en déguisant ses vices et en tâchant de paraître vertueux, reconnaît à sa manière la supériorité de la vertu sur le vice, puisqu’il préfère qu’on le prenne pour vertueux, alors même qu’il ne l’est pas et le sait très bien.

On peut toutefois se demander si dans un monde où les notions de vice et de vertu sont devenues bien floues, voire ont été quasiment abolies, il y a encore une place pour l’hypocrisie.  Dans ce monde qui n’est même plus immoral, mais amoral, où les notions de bien et de mal s’estompent à grandes enjambées, où tout se vaut et donc où rien ne devrait plus être qualifié de vicieux, il n’y a plus de place pour l’hypocrite, dans la mesure où il n’existe plus aucune façade, plus aucune barrière.  Pourquoi donc faudrait-il se déguiser ?

Définir l’hypocrisie, sur quel fondement ?

Et pourtant, aujourd’hui, l’hypocrisie est dénoncée en boucle par les uns et les autres sur tous les modes et dans tous les médias, particulièrement en ce qui concerne les affaires de scandales sexuels, dont l’actualité regorge: viols, pédophilie, harcèlement sexuel dans le monde professionnel, exhibitionnisme sur les réseaux sociaux ou divulgation de vidéos censées rester privées, que sais-je encore.  Sans vouloir limiter ici le champ d’application de l’hypocrisie à cette sphère bien particulière, on la prendra pour repère dans la mesure où elle fait justement l’objet de tant de discours publics.  Or, si elle est dénoncée à tout va, c’est que l’hypocrisie n’est pas morte, ni même à l’agonie !  Peut-être tente-t-elle de se cacher, il faut donc aller la débusquer et la mettre en lumière, ce à quoi s’attacheront avec toute l’énergie dont ils sont capables des détecteurs et décrypteurs d’hypocrisie. Or c’est là que se situe le dilemme: par rapport à quelle norme réelle ou supposée est-on hypocrite ? S’il n’y a aucun accord sur cette norme, comment pouvons-nous accuser un tel d’être un hypocrite? Il faudra bien se mettre quelque part d’accord sur ce que signifie l’hypocrisie et sur ce qui la définit précisément.  

Suffit-il de ne pas vivre en accord avec ce que l’on professe pour être dénoncé comme hypocrite?  Dans ce cas, tout pervers assumé arrêtant momentanément d’agir de manière perverse devrait être taxé d’hypocrite.  A l’opposé, il est courant de voir toute personne qui maintient fermement son attachement à des normes éthiques transcendantes, comme le Décalogue, soupçonnée d’emblée d’hypocrisie, pire, de « puritanisme », insulte suprême en France, d’autant que le terme renvoie au monde anglo-saxon, qu’on aime bien faire passer chez nous pour essentiellement hypocrite. Cela nous permet sans doute de nous dédouaner à bon compte de nos propres vices… Mais demandez donc à ceux qui utilisent les mots « puritain » ou « puritanisme » avec l’intention de caractériser la plus laide des hypocrisies, s’ils ont jamais lu un seul auteur puritain du dix-septième siècle – John Owen ou Richard Baxter, pour n’en citer que deux –, voire s’ils ont jamais entendu parler d’un seul auteur puritain de cette époque.  Ils en seront bien en peine (ne sachant déjà distinguer entre « puritanisme » et « victorianisme »). Est-ce faire preuve d’un esprit critique chagrin que de demander sur quoi exactement repose ce jugement moral par excellence qui consiste à dénoncer toute forme de puritanisme ?  Cela ne peut être assurément qu’au nom d’un idéal du beau et du bien infiniment supérieur à celui des puritains tels qu’on les imagine (ou fantasme) et qu’on dénonce. Mais à quoi exactement ressemble donc cet idéal de la vérité, du bien, de la transparence qu’on avance pour s’opposer à sa caricature supposée ?

Lutter sincèrement, dans l’humilité devant son Dieu, contre telle ou telle tentation, contre des pulsions qu’on sait non seulement nocives pour soi-même ou pour son prochain, mais surtout détestables aux yeux du Seigneur que l’on sert, constitue-t-il en soi une tartufferie caractérisée, une tromperie vis-à-vis de soi-même et surtout des autres?  Certes, sans doute aux yeux du marquis de Sade, lui que certains milieux qualifient volontiers de « divin marquis » nous ayant appris, et bien d’autres à sa suite, à vivre au-delà du bien et du mal.  Les hypocrites seraient-ils alors par définition les « attardés » qui se réfèrent encore à une norme transcendante, sans savoir ou pouvoir la mettre en pratique, tandis que ceux qui s’en sont libérés, eux, ne sauraient par définition jamais être taxés d’hypocrisie (la nouvelle béatitude devenant alors : « bienheureux ceux qui ne connaissent ni le bien ni le mal » ?) Qu’il serait facile – et futile – de se réfugier derrière un tel faux-semblant.  Les affaires mises en exergue par les médias, les torrents d’indignation déversés à droite ou à gauche, témoignent bien de ce que quelque part, quelque chose comme la conscience est mis à mal.  Un prurit de pureté est à l’œuvre, qui mérite bien qu’on se demande quels en sont les tenants et les aboutissants car il s’oppose au relativisme global évoqué plus haut, dont il semble essayer de s’extirper.

Par ailleurs, peut-on être dénoncé comme hypocrite sans qu’aient été avancés des témoignages incontestables d’une contradiction insupportable entre vie cachée et paroles publiques, entre la réalité et l’apparence ? Dans le cas contraire, ne se rend-on pas coupable de faux-témoignage envers son prochain ? Et que fait-on de ceux qui intervertissent les notions de bien et de mal en prétendant qu’elles ne peuvent être définies comme elles l’étaient jadis, et qui, au nom de cette inversion/perversion, commettent des crimes hideux tout en se réclamant de leur propre notion du bien (est bien ce que je considère bon pour moi)?  Quelle réponse donner à ceux et celles qui prétendent que ces notions de bien et de mal sont destinées à tourner comme une girouette au gré des vents changeants de la mode culturelle? On se justifiera à bon compte en soutenant qu’à l’époque on ne considérait pas cela comme si mal, c’était acceptable, aujourd’hui c’est devenu inacceptable – dont acte – le tout en espérant secrètement que, le vent ayant à nouveau tourné demain ou après-demain, la girouette nous indiquera que c’est redevenu acceptable, et que les lendemains printaniers qui sifflotent sont de nouveau avec nous.  Et puisqu’on en est à « décrypter », les décrypteurs professionnels s’efforceront de décrypter les hiéroglyphes du vice et de la vertu, les arcanes météorologiques des dépressions et des anticyclones qui les font venir ou les détournent de notre paysage sociétal et culturel.

Il est cependant un point que l’on ne soulève guère dans tous ces débats et invectives sur l’hypocrisie en matière sexuelle: on ne peut à la fois se faire le défenseur inconditionnel de notre héritage gréco-romain,  avec sa tradition d’homosexualité et d’éphébophilie depuis Le Banquet de Platon, tradition dont se sont réclamés nombre de littérateurs ou d’artistes au nom de cette même civilisation, au nom aussi d’une liberté jouissive sans entraves pour l’individu-roi libéré des vieux préjugés moralisants; et en même temps se réclamer de l’héritage judéo-chrétien, qui nous a tout autant marqués, n’en déplaise aux négateurs de mauvaise foi. Athènes ou Jérusalem, sur un certain nombre de sujets, il faut choisir. Les contorsions dialectiques prétendant réunir des thèses et des antithèses bel et bien irréconciliables en synthèses qui seraient acceptables pour la raison, ont amplement démontré leurs limites.

L’accomplissement de la Loi par le Christ, épicentre de l’Évangile

Certes, se réclamer de Jérusalem tout en foulant aux pieds les normes et principes les plus élémentaires de l’éthique chrétienne, relève mille fois de l’hypocrisie au sens traditionnel du terme, toutes chapelles chrétiennes confondues.  Aucune de celles-ci ne saurait tolérer le moindre doute à ce sujet et rester les bras ballants face à des dérives internes. Mais la révélation de cette hypocrisie devrait surtout remettre en lumière les notions de bien et de mal reposant sur la Loi divine, et non tâcher de les abolir, sous peine de nier ce qui fonde l’existence même de ces communautés.

Or, s’il est un épicentre du message du Christ, c’est certainement sa déclaration selon laquelle il n’est justement pas venu pour abolir cette Loi (comme hélas beaucoup tentent de le faire croire par toutes sortes de ruses herméneutiques, même parmi ceux qui se réclament de lui), mais bien pour l’accomplir (Matthieu 5:17). Et le commandement qu’il adresse -toujours dans le Sermon sur la Montagne- à ceux qui veulent être ses disciples, demeure d’actualité :  Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors, tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère (7:5). La meilleure preuve que ce commandement demeure d’une actualité brûlante est que la fameuse comparaison entre la paille et la poutre est passée dans l’usage courant et la sagesse proverbiale: elle est autant citée par les chrétiens que les non-chrétiens (comme tant d’autres paroles tirées de la Bible d’ailleurs, souvent citées de manière tronquée, ce qui est une forme de dissimulation, soit dit en passant).  Jérusalem parle donc encore aujourd’hui à la conscience de notre société, et la norme qui provient de son sein résonne toujours parmi nous; sa voix n’a pas été complètement étouffée ! Mais cette voix qui résonne à travers l’appel à la sagesse proverbiale, ne nous parvient-elle pas de manière déformée ?

A l’époque de Jésus, l’upokritès était en premier lieu l’acteur du théâtre grec cachant son visage derrière un masque, tragédien ou histrion.  Le mot « hypocrite » apparaît vingt fois dans le Nouveau Testament, dont sept – chiffre symbolique s’il en est dans la Bible  –  dans le fameux discours de censure des scribes et des pharisiens par Jésus en Matthieu 23.  Le mot « hypocrisie », lui, apparaît six fois, en particulier dans la lettre de Paul aux églises de Galatie (2:11-14), en conjonction avec le verbe agir avec hypocrisie, appliqué par l’apôtre dans une circonstance particulière de dissimulation, non seulement à un groupe de juifs convertis à Christ, mais même à l’apôtre Pierre et à Barnabas, qui était pourtant son fidèle compagnon d’œuvre dans la mission…  Qui peut soutenir que les écrits du Nouveau Testament cherchent à dissimuler (la marque même de l’hypocrisie !) des attitudes peu glorieuses qu’ont pu avoir par moments certains des plus zélés serviteurs de l’Évangile ?

Au bal contemporain des hypocrites, dont les visages sont cachés par toutes sortes de masques de carnaval vénitien, dialectiquement interchangeables selon les heures et les situations – summum de l’art et du divertissement esthétique ! -, beaucoup aimeraient s’abriter derrière les paroles de Jésus, comme si celles-ci leur fournissaient à leur tour un masque de carnaval adapté à la minute présente de leur discours. Mais le Christ n’est pas dupe de ces faux-semblants, pas plus aujourd’hui qu’il ne le fut au temps de son incarnation (par exemple en Marc 12:13-15). Gardez-vous du levain des Pharisiens, qui est l’hypocrisie, déclare-t-il à ses disciples en Luc 12:1-3.  Il n’y a rien de caché qui ne doive être révélé, ni de secret qui ne doive être connu.  C’est pourquoi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en plein jour et ce que vous aurez dit à l’oreille dans les chambres sera prêché sur les toits.

Il est parfaitement hypocrite de se réclamer du discours de Jésus contre l’hypocrisie et les hypocrites dans le but inavoué de se conférer une autorité morale fondée sur quelques réminiscences de Jérusalem, tout en s’obstinant à amputer ce même discours de tout ce qui en fait la force et lui donne son autorité : l’accomplissement de la Loi par Jésus-Christ selon les termes de l’Évangile.  Disons-le sans ambages : sur le plan de l’éthique, Athènes n’a que faire de Jérusalem. Bien qu’elle semble ne pas pouvoir s’en passer (ou s’en dépêtrer complètement – poids de l’histoire oblige), en son for intérieur, elle la vomit intégralement.  Et pour quelle raison ? Parce que Jérusalem, celle de Jésus, proclame de tout temps la corruption totale de la nature humaine en état de Chute et sa perdition en tant que telle; la nécessité d’une repentance non feinte devant Dieu ; le salut par la Grâce divine à travers la personne et l’œuvre d’un seul Médiateur, le Christ ; le renouvellement complet de notre être profond par l’Esprit de Dieu, manifesté progressivement en fruits visibles. Parce que Jésus nous rappelle que les deux plus grands commandements sont indissociables l’un de l’autre, comme le sont les deux tables du Décalogue, et que le commandement d’aimer son prochain comme soi-même dépend entièrement du premier qui consiste à aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée (Matthieu 22:37-40, reprenant Deutéronome 6:5 et Lévitique 19:18).

Sous quel éclairage mettre en lumière ?

Il n’y a rien de caché qui ne doive être révélé, ni de secret qui ne doive être connu.  C’est pourquoi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu en plein jour et ce que vous aurez dit à l’oreille dans les chambres sera prêché sur les toits.

Cette parole résonne avec une intensité particulière aujourd’hui, dans la mesure où dans les débats qui font rage sur les affaires et scandales précités, c’est souvent leur mise en lumière dans la sphère publique qui devient le sujet de contention.  C’est même cela que l’on dénonce volontiers comme attitude hypocrite: le fait, insistera-t-on,  de vouer à la vindicte publique l’individu dont les actes ont été mis en lumière, alors que ceux-ci relèvent de sa pure liberté dans la mesure où ils ne sont pas condamnables pénalement, ou qu’il y a prescription.  On dénoncera ainsi ceux qui s’acharnent sur la victime médiatisée en suggérant – mais sans nécessairement démontrer – qu’ils ne sont eux-mêmes pas exempts de toute pratique que leur conscience doit pourtant réprouver (puisqu’ils la dénoncent chez un autre).  La mise en lumière des actes d’un tel deviendrait donc une sorte d’exutoire par le biais d’un lynchage médiatique, dans la recherche et la mise à mort symbolique d’un bouc émissaire bien commode; une forme de catharsis collective en quelque sorte.  Même s’il comporte de sérieuses faiblesses, on ne peut certes rester insensible à un tel argument.

La mise en lumière dont parle Jésus revêt quant à elle une dimension eschatologique. Elle concernera tout homme et toute femme depuis le début de l’humanité et jusqu’à la fin.  Quel doit alors être le rapport entre cette mise en lumière au jour J et une vie dans la lumière aujourd’hui ?

Pour les disciples du Christ, un passage de la lettre de Paul aux chrétiens d’Éphèse éclaire tout particulièrement ce rapport (5:8-13) : Autrefois, en effet, vous étiez ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur.  Marchez comme des enfants de lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.  Examinez ce qui est agréable au Seigneur ; et n’ayez rien de commun avec les œuvres stériles des ténèbres, mais plutôt dénoncez-les.  En effet ce que ces gens font en secret, il est honteux même d’en parler, mais tout cela une fois dénoncé apparaît à la lumière, car tout ce qui apparaît est lumière.  Les gens dont il est question ont été mentionnés par Paul juste auparavant (v. 5-6): Car sachez-le bien, aucun débauché, impur ou cupide, c’est-à-dire idolâtre, n’a d’héritage dans le royaume du Christ et de Dieu.  Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c’est pour cela que la colère de Dieu vient sur les fils de la rébellion.

Si cette catégorie de personnes est largement répandue dans le monde en général, l’avertissement apostolique se réfère à ceux qui tâcheraient de se joindre à la communauté des croyants, et que celle-ci accepterait en son sein, alors qu’ils poursuivent dans leur voie débauchée, impure ou cupide.  Une mise en lumière à cet égard est nécessaire, par souci de justice et de vérité, afin aussi que la communauté ne soit pas progressivement entraînée dans ces voies, renonçant alors à ce qui doit la caractériser aux yeux de tous, à l’intérieur comme à l’extérieur.  Cette mise en garde, en vue de la protection du corps de l’Église, a justement pour but d’exclure – autant que faire se peut – toute forme d’hypocrisie en son sein, au moyen de l’exclusion de certains de ses membres, si besoin est.

Savoir distinguer spirituellement entre la paille et la poutre

Pour revenir à la paille et la poutre, notons bien que Jésus ne confond pas la grosseur d’une paille avec celle d’une poutre.  Il n’enseigne pas non plus qu’on ne devrait jamais reprendre son frère, qu’on devrait juste fermer les yeux sur son comportement, quel qu’il soit.  Si ton frère a péché, va et reprends-le seul à seul.  S’il t’écoute, tu as gagné ton frère enseigne-t-il à ses disciples, toujours dans l’évangile selon Matthieu (18:15). Certes, cela concerne les membres de la communauté de foi, et non n’importe quel prochain, fût-il un familier. Ce que le Christ demande à ses disciples, hier comme aujourd’hui, c’est d’effectuer un examen honnête de soi-même et de se placer devant le Créateur et Législateur de toute vie, qui connaît tous les agissements, toutes les paroles, toutes les pensées de chacune de ses créatures, et les révélera en pleine lumière le jour venu. Il nous invite à nous défaire de nos faux-semblants et nous appelle à une repentance sincère devant Dieu, qui juge avec une parfaite justice sans faire preuve de discrimination sur la base de facteurs que les humains, eux, aiment à prendre comme normes pour leurs jugements : … alors, tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère.

Le Sermon sur la Montagne, loin d’adoucir les angles de la Loi divine, en dévoile les exigences les plus intimes, rendant chacun d’autant plus inexcusable devant Dieu. En effet lorsqu’on affirme la Loi de Dieu comme norme supérieure, on affirme aussi un jugement divin autrement plus sévère que celui que pourrait porter un simple regard humain indigné.  Par là même, on met en évidence la possibilité de l’hypocrisie comme tromperie par rapport au bien.  Cependant, mis au pied du mur de cette exigence, tout être humain conscient qu’il ne saurait se réfugier derrière de vains faux-semblants qui ne peuvent tromper l’Auteur de ses jours, ne peut que se tourner vers la Grâce et le pardon divins offerts en la personne de celui-là même qui a exposé et accompli les exigences ultime de la Loi.  Il l’a fait une fois pour toutes non pas pour condamner, mais pour en offrir l’accomplissement à ceux qui étaient justement condamnés.

Pour entrer dans ce mode de sagesse et de jugement spirituel qui concerne chacun de nous personnellement avant de concerner l’autre (savoir distinguer entre une paille et une poutre, et reconnaître où se trouvent l’une et l’autre au regard de la norme divine), il faut donc d’abord s’être humilié devant Dieu, s’être repenti, et avoir l’assurance d’avoir obtenu son pardon.  Or c’est bien là le sens ultime de l’accomplissement de la Loi par Christ, et non son abolition : le pardon des fautes obtenu par la vie et le sacrifice parfaits de Christ sur la Croix afin de servir de rançon pour les fautes des rachetés.  Non pas une fausse assurance d’aboutir ici et maintenant à la perfection par ses propres efforts, aussi ardemment qu’on le souhaite ou qu’on y tende; certainement pas le déni quotidien de ses propres chutes, errements et infidélités ; mais plutôt l’assurance d’une rédemption promise et assurée par un Dieu sauveur, véritablement miséricordieux, qui sait relever ceux qui sont tombés et se sont repentis : Va et désormais ne pèche plus, déclare Jésus à la femme adultère qu’il a délivrée de ses accusateurs après les avoir mis face à leur propre conscience (Jean 8 :11).  Il la renvoie non pas en l’exonérant de la nécessité d’obéir au commandement divin, mais en lui signifiant que justice et miséricorde divines vont de pair. Ce qui en revanche est trop rarement souligné par les commentateurs à propos de ce récit, c’est que si Jésus ne la condamne pas, c’est uniquement parce que devant Dieu c’est lui qui portera dans son corps la condamnation de cette femme, sur la Croix de Golgotha, au milieu de l’abandon total par son Père à ce moment crucial de l’histoire de la Rédemption.  Non seulement la condamnation qui pesait sur cette femme d’ailleurs, mais celle qui pèse sur tous ceux et celles qui se seront mis au bénéfice de ce sacrifice, par la foi.

En dehors de cette sagesse spirituelle d’en-haut, il ne sert de rien de citer la parole de Jésus sur la paille et la poutre, d’essayer de la recycler quelque part à Athènes en tant que simple sagesse humaine, comme si elle pouvait avoir une quelconque valeur en dehors de l’épicentre de l’Évangile.  Ceux qui aiment la citer en dehors de son contexte propre devraient prendre la peine de lire la parole qui suit immédiatement dans le Sermon sur la montagne, et se demander s’ils comprennent bien ce que signifie l’expression « ce qui est saint » (7:6) : Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds et ne se retournent pour vous déchirer.

La vraie sainteté biblique n’est pas une prétention à une quelconque supériorité morale

Lors de sa comparution à Jérusalem devant le Sanhédrin avec Jean (Actes 4:12) l’apôtre Pierre déclarera avec force et simplicité la nécessité du salut pour tout pécheur, et l’instrument unique de ce salut : Le salut ne se trouve en aucun autre [que Jésus-Christ]; car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvé. C’est sur ce seul fondement qu’il pourra plus tard écrire à ses lecteurs, dispersés dans toute l’Asie mineure en raison de persécutions et d’épreuves diverses, l’exhortation suivante, adressée à des hommes et des femmes renouvelés de l’intérieur par un autre Esprit que celui du monde ambiant, l’Esprit de l’Évangile (1 Pierre 1:14-15 ; on notera l’idée parallèle du début avec celle exprimée en Éph. 5:8, cité plus haut) :  Comme des enfants obéissants, ne vous conformez pas aux désirs que vous aviez autrefois, dans votre ignorance ; mais, de même que celui qui vous a appelés est saint, vous aussi devenez saints dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : « Vous serez saints, car je suis saint » (citation de Lévitique 19:2).

Ici, Athènes répliquera sans doute : Voilà bien la racine de toute hypocrisie, cette prétention insupportable à être « saint » comme le serait le Dieu fabriqué à leur image par ces chrétiens imbus de leur propre vertu.  A cela, Jérusalem répondra avec Pierre, toujours sur le mode de l’exhortation à réformer toute vie  – aussi bien individuelle que communautaire – non pas en suivant la dernière inclinaison d’une girouette affolée par toutes sortes de courants d’air idéologiques, mais  à l’aune de la parole vivante et permanente de Dieu (1:22-23; 2:1-3): Après avoir purifié vos âmes dans l’obéissance à la vérité en vue d’un amour fraternel sincère, aimez-vous les uns les autres ardemment et de tout cœur, vous qui avez été régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et permanente de Dieu (…)  Rejetez donc toute méchanceté et toute fraude, l’hypocrisie, l’envie et toute médisance ; désirez comme des enfants nouveau-nés le lait non frelaté de la parole, afin que par lui vous croissiez pour le salut, si vous avez goûté que le Seigneur est bon.

Il ne s’agit donc pas de prétendre à une supériorité morale soit innée soit acquise au prix d’efforts que la plupart ne sont pas prêts à consentir ou capables de fournir, mais d’être mis au bénéfice d’une œuvre parfaite, celle du Christ, qui a le pouvoir d’apporter un renouvellement de l’être en profondeur.  Tout autre vaisseau humain fabriqué en vue de quitter les rivages du vice afin de rejoindre ceux de la vertu échouera à un moment ou un autre sur les récifs d’un moralisme stérile, après avoir fait escale sur quelques îlots à première vue hospitaliers, mais qui se révéleront rapidement invivables.  A terme, un moralisme reposant sur la seule volonté humaine est nécessairement porteur d’hypocrisie car issu d’une semence corruptible: la semence d’une nature humaine non régénérée, incapable de distinguer clairement entre le bien et le mal, toujours en quête d’accommodements avec ses propres normes à géométrie variable, et donc bien incapable de se sauver elle-même.

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 
Bible Protestante
Croix Protestante

 

 

 

 

 

 

 

Source : Foi &Vie Réformées

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 12:23
Soumission et liberté

En français, il y a des mots qu’on ose à peine prononcer tant ils sont mal connotés.

 

Le mot « soumission » en est un.

 

D’abord parce qu’il semble être radicalement opposé à la notion de liberté telle qu’on la conçoit volontiers de nos jours, c’est-à-dire comme un espace de prérogatives individuelles quasiment illimité, que rien ni personne ne devrait essayer de réduire. 

 

Nous sommes conditionnés par un logiciel de pensée qui fait de l’acquisition de nouveaux droits – ou prétendus tels – le moteur même de notre existence, ce qui lui donne son sens plein et ultime. 

 

Pour avancer dans cette acquisition, il faut se défaire de toutes sortes de soumissions aux règles en vigueur, ou à tout le moins les remplacer par ce qui – pensons-nous – va nous libérer.

 

Et puis le mot soumission nous ramène évidemment à la signification du mot islam en arabe, avec tout ce qu’implique la soumission au dieu du coran. 

 

Le roman de Houellebecq du même nom se réfère à cette religion et aux conséquences politiques, sociales et individuelles d’une telle soumission prévue comme inévitable dans un proche avenir.

 

Soumission et liberté sont-elles donc totalement incompatibles ? 

 

Est-ce qu’en pensant nous libérer de telle ou telle contrainte, loi ou règle, nous ne nous soumettons pas en fait à de nouvelles contraintes, de nouveaux jougs souvent bien plus oppressifs que ceux dont on pense s’être débarrassé ?

 

En prenant un peu de recul et en observant ce qui se passe dans nos sociétés qui se disent émancipées, on constate qu’il existe toutes sortes d’esclavages physiques ou moraux détruisant les vies de ceux qui se croyaient libérés des vieilles règles :

 

- l’esclavage psychique vis-à-vis de la pornographie alors qu’on nous promettait la libération et l’épanouissement sexuels. 

 

- L’esclavage de nombre de femmes du tiers-monde réduites à louer leur ventre pour assouvir les désirs d’enfants d’hommes en mal de procréation alors qu’ils en refusent les règles naturelles. 

 

- L’esclavage vis-à-vis de la consommation de produits ou de services ruineux et souvent inutiles, alors que la publicité nous présente leur acquisition comme une libération vis-à-vis de contraintes matérielles. 

 

- L’esclavage vis-à-vis des antidépresseurs, au pays de la « joie de vivre » célébrée dans le monde entier comme la marque de fabrique de la France. 

 

La liste est loin d’être close…

 

Face à ces nouvelles soumissions aux antipodes d’une véritable liberté, la libération promise par le Christ à tous ceux qui viendront vers Lui sonne de manière radicalement différente (Matthieu 11: 28-30 ): 

 

Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.  Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes.  Car mon joug est aisé, et mon fardeau léger.

 

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 
Bible Protestante
Croix Protestante

 

 

 

 

 

 

 

Source : Foi&Vie Réformées

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 20:01
Ordre de Dieu et désordre des hommes

« Le sacrificateur Azaria entra derrière lui, avec quatre-vingts sacrificateurs de l’Éternel, vaillants hommes, qui s’opposèrent au roi Ozias et lui dirent : Ce n’est pas à toi, Ozias, de brûler des parfums à l’Éternel, mais aux sacrificateurs, fils d’Aaron, qui ont été consacrés pour les brûler. Sors du sanctuaire, car tu es infidèle, et cela ne tournera pas à ta gloire devant l’Éternel Dieu. »

2 Chroniques 26 : 17-18

L’histoire des relations de Dieu avec Son Peuple est l’histoire de Sa Libération et de l’Ordre dans lequel doit vivre ce peuple libéré.

 

Il doit se conformer à l’Institution religieuse que Dieu a Fondée.

 

C’est là une autre manière de reconnaître la Souveraineté de Dieu.

 

La vie des hommes et du monde a été Créée et Ordonnée par Dieu dans des sphères différentes.

 

Le péché d’Ozias est celui de l’immixtion du pouvoir temporel dans le domaine de la Foi.

 

Il rappelle aussi une fausse conception du « sacerdoce universel ».

 

Or Dieu est un Dieu d’Ordre.

 

Il Adresse une Vocation Particulière aux hommes qui doivent Le Servir.

 

Il existe une pluralité de ministères.

 

Dieu n’admet pas dans la vie de Son Peuple ni l’anarchie ni l’usurpation d’une fonction par ceux qui ne sont pas habilités à l’accomplir.

 

Le résultat, pour Ozias, en fut la lèpre.

 

Les conséquences de nos jours en sont la dislocation sociale d’un monde qui persiste à ignorer Dieu et à mépriser Son Ordre.

 

 

 

 

PRIÈRE

Heureux celui dont la plus grande joie

Est nuit et jour de méditer Ta Loi

Il ne suit pas le conseil des rebelles,

Il ne fait pas route avec l’infidèle

Il ne vient pas s’asseoir chez les moqueurs

Mais avec tous est simple dans son cœur.

 

 

Aaron Kayayan

Aaron Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

 

Bible
Croix Huguenote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source :  

Ressources Chrétiennes

 

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7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 20:45
Prêcher l’Évangile à toutes les nations

L’évangélisation, l’annonce de Jésus-Christ à toutes les nations, n’a pas bonne presse dans nos sociétés contemporaines occidentales. Elle est assimilée à du prosélytisme tapageur, voire à des méthodes coercitives qui ont été pratiquées ici ou là dans le passé (pensez par exemple aux conversions forcées opérées sur les populations lombardes ou autres sous Charlemagne, au neuvième siècle de notre ère).  Et, bien entendu, la question de la colonisation, du rôle réel ou supposé des missionnaires pour soutenir les pouvoirs des pays colonisateurs, revient régulièrement comme un argument massue, alors même que le christianisme se maintient et croît justement dans les pays émancipés du joug colonial il y a belle lurette !  Il suffit de consulter quelques statistiques pour s’en convaincre.

Au vu de tout ceci les textes fondateurs du christianisme doivent être pris en compte avant tout autre facteur, en particulier en ce qui concerne la manière de répandre le message religieux. Revenons donc aux sources du christianisme, au-delà de ce qui a été pratiqué par beaucoup au cours des âges.  Au premier siècle de notre ère, St Paul écrivait ceci aux Romains (chapitre 10, versets 12-17): Ainsi, il n’y a  pas de différence entre Juifs et non-Juifs.  Car tous ont le même Seigneur qui donne généreusement à tous ceux qui font appel à lui.  En effet, il est écrit [et là Paul cite le prophète Joël, dans l’Ancien Testament]: “Tous ceux qui feront appel au Seigneur seront sauvés.” Mais comment feront-ils appel à lui s’ils n’ont pas cru en lui?  Et comment croiront-ils s’ils ne l’ont pas entendu?  Et comment entendront-ils s’il n’y a personne pour le leur annoncer?  Et comment y aura-t-il des gens pour l’annoncer s’ils ne sont pas envoyés?  Aussi est-il dit dans l’Ecriture [ici il cite le prophète Esaïe]: “Qu’ils sont beaux les pas de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles!”  Mais malheureusement, tous n’ont pas obéi à cette Bonne Nouvelle.  Esaïe déjà demandait: “Seigneur, qui a cru à notre message?”  Donc, la foi naît du message que l’on entend, ce message c’est celui qui s’appuie sur la parole de Christ.  Donc, dans les textes fondateurs, aucune coercition par l’usage de la force, mais la prédication de Jésus-Christ envers toutes les nations, dynamique inhérente au christianisme, ordonnée par le Christ lui-même à ses disciples.

L’appel à répandre la Parole divine n’est pourtant pas l’apanage du seul Nouveau Testament, comme beaucoup le pensent, à tort. Dès l’Ancien Testament on trouve des appels répétés à faire connaître le seul vrai Dieu, celui qui s’est révélé en premier lieu à Israël.  Je n’en veux pour preuve que le court psaume 67: Que Dieu nous fasse grâce!  Qu’il nous bénisse!  Qu’il nous regarde avec bonté, afin que sur la terre on reconnaisse comment tu interviens, et que dans toutes les nations on voie comment tu sauves!  Que les peuples te louent, ô Dieu, que tous les peuples t’adressent leurs louanges!  Que les nations jubilent et qu’elles chantent dans l’allégresse, car c’est avec justice que tu juges le monde, et c’est avec droiture que tu juges les peuples.  C’est à la lumière d’un tel texte, et d’autres semblables, que Jésus-Christ, une fois sorti vainqueur du tombeau, a proclamé à ses disciples que sa royauté universelle devait se manifester avant tout par la proclamation de l’Évangile : J’ai reçu tout pouvoir dans le ciel et sur la terre: allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit.  Et voici: je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde.  En dépit de tous les obstacles et de toutes les persécutions (Jésus a clairement averti ses disciples qu’elles surviendraient) ces paroles demeurent un commandement divin pour toutes les générations de chrétiens jusqu’au retour de Celui qui les a prononcées.

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

 

 

 

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Croix Huguenote

 

 

 

Source : Foi & Vie Réformées

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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 21:26
Dictature ou Pourriture

Il y a plus de quarante ans déjà, le philosophe chrétien Jean Brun traçait à la fin de son ouvrage Les Vagabonds de l’Occident (Paris, Desclée, 1976, pages 214-215) la terrible alternative qui attend un Occident progressivement privé de Sens, car de Transcendance : Dictature ou Pourriture.  Une page qui mérite d’être lue et méditée, car illustrant étonnamment ce que nous vivons aujourd’hui.

En fait, les deux termes de l’alternative envisagée semblent se rejoindre de nos jours en une dictature de la pourriture, tandis que se profile à l’horizon une dictature opposée, celle qui se réfère à une transcendance importée d’ailleurs, s’épanouissant sur le sol décomposé de la pourriture promue avec complaisance au rang d’horizon libérateur et de « lendemains qui chantent »:

Marche au pas ou errance, tel est le dilemme auquel l’homme se trouve confronté dès qu’il a décidé de liquider toute Transcendance.  Car s’il prétend que la science qu’il élabore fait de lui le maître et l’auteur du Sens, il transpose aussitôt cette conviction dans le domaine de la politique et des techniques qu’elle se subordonne ; dès lors prolifèrent les césarismes de la signification dont le sérieux fanatique se déploie dans tous les domaines : économie, presse, enseignement, beaux-arts, vie quotidienne.  Ainsi les idées, les actes et les conduites se trouvent planifiés puisqu’on ne saurait tolérer le moindre manquement au Sens de l’histoire qui définit la marche à suivre et les comportements à adopter.

Si, au contraire, l’homme affirme qu’il n’y a pas de sens, que tout n’est que jeux et combinatoires, dans ce cas l’idée de but et de point d’arrivée se trouvé éliminée et l’on est invité à marcher dans tous les sens, à se faufiler par toutes les ouvertures, à sauter d’expériences en expériences, à se délivrer de toute idée de sérieux, à se couler dans toutes les formes, à se divertir des choses, des autres et de soi-même.  Tout se vaut puisque rien ne se vaut.

Robot ou vagabond, de toute manière l’homme se trouve condamné à un voyage réduit à un calvaire scientifique ou à une folle équipée.

De nos jours un tel dilemme semble se présenter à nous d’une manière inéluctable, car l’alternative devient de plus en plus implacable et se présente en deux mots : Dictature ou Pourriture. D’un côté les dirigismes totalitaires qui définissent règlementairement ce qu’il faut lire, dire, penser et faire ; de l’autre les libéralismes de la transgression et de l’aventure dans lesquels la délinquance hagarde et le sexe débridé multiplient les orgies dans les dérèglements.

Quant au Tiers-Monde, si l’existence y connaît encore les durs problèmes de la subsistance et de la survivance, il se trouvera tôt ou tard en présence du même choix à faire.

Les activismes du Sens et les nihilismes de la signification ont une même origine : un refus du Sacré qui les condamne à faire de l’homme un forcené ou une loque.

L’homme se trouve donc à une croisée de chemins : le camp de concentration social ou les champs de dispersion désintégrants.  Mais, harcelé ou désemparé, il se sent de plus en plus prisonnier d’un monde dont les murailles se rapprochent et dans lequel ne se trouvent même pas les ruines d’un refuge.

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

 

 

 

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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 20:37
La Lumière dans les ténèbres ou la confusion de Babel

La Lumière dans les ténèbres

ou la confusion de babel

 

Dans quel monde de ténèbres l'homme ne vit-il pas depuis la chute de nos premiers parents !

 

Aujourd'hui l'iniquité relève la tête plus impudemment que jamais et revendique le droit de s'appeler bien.

 

L'occultisme sous toutes ses formes se proclame le chemin vers la vraie spiritualité.

 

L'humanisme sans Dieu prétend nous libérer de tous les maux. 

 

Les hommes en viennent, en excluant l'Oeuvre Victorieuse de Christ à la croix, à croire pouvoir même apprivoiser la mort, se la rendre amie.

 

L'immoralité réclame le droit d'être considérée l'égal, voire le supérieur du bien tel qu'il est défini par Dieu dans Sa Loi.

 

Celui qui n'adore pas l'humanitarisme ambiant, qui ne s'incline pas devant le pluralisme des valeurs, qui ne se vautre pas dans ce marais qu'est l'égalitarisation de toutes choses (surtout du bien et du mal) est considéré comme anormal en attendant d'être persécuté, d'être interné, voir éliminé, comme ennemi du consensus antichrétien universel qui se construit sous nos yeux.

 

 

C'est ainsi que l'on travaille à la construction de cette bienheureuse démocratie qui regrouperait toute l'humanité dans un bien-être programmé pour tous sauf, bien sûr, pour ces gêneurs sous-humains -unmensh- de la béatitude matérialiste universelle que sont embryons, handicapés de toutes sortes et vieux.

 

Voici le paradis que nous prépare une humanité qui ne veut décidément plus entendre parler ni de repentance, ni de conversion, ni de retour à Dieu et moins encore d'une quelconque soumission à Ses Saintes Lois.

 

On peut bien dire d'une telle civilisation :

 

"Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres !" (Matthieu 6-23)

 

Comme il est difficile aujourd'hui de comprendre ce qui se passe véritablement sur le théâtre tragique de notre terre.

 

Nous sommes tombés dans une vision taoïste du monde, vision qui semble avoir éliminé de la scène publique toute réelle antithèse.

 

Car les principes qui animent cette ancienne philosophie chinoise qu'est le taoïsme jouent un rôle central dans le pot pourri spirituel de ce prétendu Nouvel Âge qui, si rapidement, est devenu l'esprit de ce temps, l'air idéologique. 

 

Dans le taoïsme, les deux principes selon lesquels l'univers tout entier serait organisé, le yin et le yang, ne sont pas foncièrement opposés l'un à l'autre. Ils sont au contraire complémentaires.

 

Le mal n'est alors aucunement l'antithèse du bien, le juste de l'injuste, la vérité de l'erreur, le communisme du capitalisme, le paganisme du christianisme. Tout se tient. Tout est complémentaire de tout.

 

Dans la mentalité qui règne aujourd’hui le bien et le mal, tels qu'ils sont définis en termes absolus par la Loi de Dieu, ont disparu.

 

La conséquence en est qu'il n'est plus possible d'invoquer de façon crédible la manifestation, dans l'histoire et dans la vie sociale actuelle des nations, des institutions ou des coutumes de ce qui pourrait être considéré comme l'expression, même partielle, de telles distinctions morales absolues.

 

Dans une telle perspective nous ne pouvons plus exprimer des jugements approuvant ou désapprouvant des événements et des réalités d'ordre public.

 

Il ne faut plus alors appeler un chat un chat sous peine de se faire soi-même traiter de méchant tigre.

 

Il se trouve une exception évidente à cet esprit de bienséante tolérance générale. Nous venons de l'invoquer.

 

Tous ceux qui par leur attachement à une foi particulière ou par leur amour pour une patrie spécifique refusent ce consensus universel et qui osent l'exprimer de manière audible sont rejetés par la dynamique de groupe du syncrétisme œcuménique et humanitariste à la mode.

 

Nous assistons ainsi aujourd'hui à une mutation dans le domaine des valeurs, comparable, par exemple, à des mouvements qui dans le passé paraissaient eux aussi irrésistibles à ceux qui les ont vécus.

 

Je pense à la Réforme, par exemple, ou plus près de nous, à l'esprit rationaliste et anti-chrétien du siècle des Lumières.

 

A la réflexion et en observant la croissante influence de cette mentalité holistique dans tous les domaines, le développement actuel, pour ainsi dire surréaliste en tous domaines ne devrait de fait guère nous surprendre.

 

Cette disparition des bornes morales publiques visibles au fond est typique du relativisme à la base de notre civilisation apostate.

 

La victoire universelle même dans de nombreux milieux chrétiens d'une pensée dialectique  et celle non moins éclatante des méthodes de dynamique de groupe montrent bien que l'ancrage d'une démarche intellectuelle sur le fondement d'une vérité absolue a disparu du consensus social, culturel et religieux.

 

Le résultat en est que dans la réflexion diverse, sont livrés à une perspective dépourvue de toute signification, privée de tout rapport à un système de valeurs immuable et même coupé des réalités objectives permanentes les plus évidentes.

 

Le message ne saurait être plus clair. Toutes choses, y compris le bien et le mal, sont maintenant placées sur le même pied d'égalité ; tout devient parfaitement interchangeable ; il n'y a plus rien pour lequel il vaut la peine de vivre ou de mourir. Le résultat social : drogue, suicide, alcoolisme, divorces, désintégration sociale.

 

Sur le plan religieux cette attitude anarchique, informe, chaotique fut fort bien exprimée en son temps par le pape Jean-Paul II dans son évocation constante de cette panacée universelle, une civilisation d'amour. 

 

Dans cette perspective, tout à la fois sentimentale et humanitariste, le dialogue et la compréhension mutuels remplaceraient les rudes catégories, aujourd'hui dépassées, du Bien et du Mal, de la Vérité et du Mensonge, de l'Orthodoxie et de l'Hérésie, de la Bénédiction Divine et du Jugement de Dieu.

 

La politique de l'amour, l'amour, l'harmonie de toutes choses, remplace ainsi cet instrument aujourd'hui anachronique de l'ancienne politique de l'humanité, l'épée qui, elle , tranche entre les hommes. Car l'épée, ce magistrat pourvu de la force publique qui a en effet été établie par Dieu pour réprimer les malfaiteurs et ainsi protéger les gens de bien, est aujourd'hui définitivement mise au fourreau. 

 

Le mal et les hommes mauvais ont disparu de notre planète et les attitudes de discipline, de discernement, de discrimination contre le mal et contre les méchants, la résistance à l'iniquité, la manifestation d'un amour vrai des parents et la saine autorité envers leurs enfants ne sont plus de mise.

 

Nos apôtres de l'amour qui oublient tout simplement l'existence du péché, nous préparent des lendemains amères dont nous devrons déchanter avec larmes et grincements de dents.

 

Ainsi le mal semble en partie avoir quitté la scène de la vie, quel que puisse être le comportement des méchants, apparaissant aujourd'hui sous la forme d'agneaux innocents. Ce surréalisme sonne bien faux. Car, si nous considérons la structure de cette Alliance Éternelle par laquelle Dieu Gouverne Sa Création, la Bénédiction Divine ne peut que provenir de la fidélité des hommes à l'Alliance, de leur Obéissance aux Commandements de Dieu.

 

Si l'on considère seulement un instant l'état moral et spirituel présent de l'humanité dans son ensemble nous devrions, pour être impartiaux et objectifs, nous attendre, non aux Bénédictions et aux Grâces de Dieu, mais à Sa Colère, à Ses Malédictions, pour tout dire au Jugement d'un Dieu Justement Irrité par l'iniquité grandissante des hommes. 

 

La réalité brutale est tout autre que celle d'un rêve utopique.

 

Dans toutes les régions du monde et à tous les niveaux de la société l'iniquité se multiplie. Le mal répand son empire, ne rencontrant que peu le moindre obstacle. L’ascension de l'iniquité est de toute apparence irrésistible. Le mal devient même moral. Il revendique partout le droit de se nommer bien.

 

Le pluralisme théologique dans de nombreuses églises montre aujourd'hui ouvertement son vrai visage, la tolérance de toutes les erreurs parmi ceux se réclamant de Jésus Christ, dérapage produisant le résultat auquel nous aurions dû nous attendre dès le début.

 

Autre élément sur le plan moral, la guerre implacable livrée partout où la civilisation occidentale exerce son influence contre des êtres humains avant leur naissance est aujourd'hui poursuivie sans relâche. Il va sans dire que ce massacre d'innombrables petits enfants dépourvus de toute défense et dont les protecteurs naturels - père, mère, médecin, sage femme - sont devenus les bourreaux, est un crime de masse contre Dieu et contre les hommes qui dépasse largement, tant en quantité qu'en cruauté, tout ce que notre siècle infâme a pu déjà voir d'iniquités monstrueuses.

 

L'on nous demanderait même paradoxalement à exprimer une sympathie sans réserve. Mais aucun Chrétien ne saurait refuser sa sympathie même envers son pire ennemi tombé dans le malheur, encore moins pour un pécheur rattrapé par les conséquences mortelles de ses péchés.

 

C'est ainsi que les autorités diverses tant politique qu'ecclésiastiques en viennent à fermer la porte à toute prise de conscience, à toute vraie repentance et, par conséquent, à toute espérance éternelle. La mort n'étant plus considérée comme la conséquence du péché, on évacue ainsi tout sérieux de la notion même du péché.

 

On étouffe de cette manière toute prise de conscience et ce qui pouvait encore rester de conscience à notre peuple s'en trouve cautérisé, peut-être même de manière définitive, par certains représentants d'église eux-mêmes.

 

De telles analyses succinctes valent ce qu'elles valent et téméraire serait celui qui prétenderait comprendre pleinement ce qui se passe aujourd'hui. Mais de quelque direction que nous tournons les regards la situation générale comme mondiale est dangereuse à l'extrême. Il est certain que nous nous approchons toujours plus du point où nous aurons épuisés toutes les réserves de l'Immense Patience de Dieu.


Si nous limitions notre analyse aux seuls éléments humains nous ne pourrions que sombrer dans le désespoir le plus noir.

 

Mais la Lumière qui est en Christ, Lumière qui éclaire toute la Création de Dieu, est réellement venue dans le monde.

 

Elle s'est révélée pour nous dans cette fête que nous avons célébré et célébrons à Noël, fête de la Naissance du Seigneur des seigneurs, du Roi des rois, de Jésus-Christ, de toute éternité Lumière Divine et, aujourd'hui encore, Lumière Unique des nations.

 

Comme l'annonçait Zacharie, par ce petit enfant, vrai Dieu et vrai homme, est venue la connaissance du Salut, le Pardon des péchés, l'Ardente Miséricorde du Dieu Juste et Saint.

 

"C'est par elle que le soleil levant nous visitera d'en haut pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort et pour diriger nos pas dans le chemin de la paix." (Luc 1:78-79)

 

C'est cette Lumière venue parmi les hommes, qui se trouve à la base et qui est la raison d'être de toute notre vie Chrétienne.

 

Dans des temps aussi difficiles et aussi confus, Notre Réconfort, Notre Espérance et Notre Force comme Eglise, comme Peuple choisi de Dieu, ne repose pas dans les divagations politiques ou autres et dans les plans iniques d'hommes pervertis mais dans la Souveraineté, la Justice et la Miséricorde du Dieu de l'Alliance, dans l'Immuabilité du Seigneur des armées, dans le Caractère Inébranlable de Sa Vérité et dans l'Accomplissement Certain de Ses Desseins Éternels.

 

"L’Éternel est Juste dans Toutes Ses Voies, et Bienveillant dans Toutes Ses Œuvres. L’Éternel est Près de tous ceux qui L'invoquent, de tous ceux qui L'invoquent avec vérité, Il Réalise les souhaits  de ceux qui Le Craignent, Il Entend leur cri et Les Sauve. L’Éternel Garde tous ceux qui L'aiment." Psaume 145:17-20)

 

Cette Lumière est déjà Victorieuse de toutes les ténèbres de ce pauvre monde perdu.

 

C'est Elle qui nous conduit à travailler à percer les brouillards si épais de ce temps où les hommes se dressent plus que jamais stupidement contre Leur Dieu.

 

Que la Parole de Dieu éclaire notre chemin et que, par cette Lumière qui Illumine tout homme, nos yeux puissent aussi voir la Lumière.

 

 

 

Jean Marc Berthoud

Jean-Marc Berthoud,

Théologien Réformé Baptiste,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bible
Croix Huguenote

 

 

 

 

.

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Calvinisme : Résister & Construire

Synthèse de deux articles écrit  par Jean Marc Berthoud adaptée pour Refuge Protestant

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 19:16
Le Psautier de Genève et l'esprit de la Réforme

La Réforme n'est pas un simple objet relevant d’un patrimoine historique et civilisationnel issu de l’Occident chrétien, mais un appel et un rappel permanent à la vie qu’offre l’Évangile de la Grâce en Jésus-Christ. Voici donc un article sur la naissance du Psautier Protestant, toujours utilisé et chanté dans nombre d’églises réformées sur les cinq continents (jusqu’en Corée du Sud et en Indonésie).

“La tradition est la foi vivante des morts;

le traditionnalisme est la foi morte des vivants”

Jaroslav Pelikan

 

            La publication du Psautier de 1562

La publication en 1562 (deux ans avant la mort de Jean Calvin) du Psautier de Genève comprenant la totalité des cent cinquante psaumes mis en rimes et en musique,  est considérée comme l’un des plus gros succès de l’histoire de l’édition : cent ans à peine après la mise au point de la technique d’imprimerie en Allemagne, pas moins de cinquante mille exemplaires de ce Psautier furent vendus en l’espace d’un an.

Cette même année 1562 en parut aussi la première édition pirate, sans nom d’éditeur ou de librairie.  L’éditeur principal du Psautier, Antoine Vincent, avait pourtant obtenu l’exclusivité des droits pour une période de dix ans non seulement à Genève, mais également en France.  Sa mort six ans plus tard, en 1568, allait de toutes manières faire tomber le Psautier dans le domaine public.

Afin d’en assurer une distribution aussi large que possible, Vincent et ses fils – lesquels disposaient eux-mêmes de deux maisons d’édition, l’une à Genève, l’autre à Lyon – avaient conduit des négociations avec dix-neuf maisons d’imprimerie et de distribution.  La collaboration de quarante-cinq ateliers d’imprimerie à travers Genève et toute la France fut acquise afin de rendre possible l’impression de ce nombre considérable de copies.  La quantité de papier utilisée dans ce but est proprement astronomique pour l’époque.  Le 27 janvier 1562, 27400 exemplaires étaient  déjà disponibles à Genève.  Le profit effectué devait être redistribué aux pauvres, sous la supervision des diacres des églises de Genève.  Comme on pouvait s’y attendre, ces diacres mèneraient par la suite  un combat persistant afin de rentrer en possession de tous les fonds promis par les collaborateurs de cette entreprise…

Une année auparavant, Théodore de Bèze (le plus proche collaborateur de Calvin et l’auteur de la plupart des mises en rime des psaumes) avait obtenu du roi de France le privilège royal et la permission de diffuser le psautier  à travers le royaume, grâce à sa participation au Colloque de Poissy entre d’un côté les catholiques romains et de l’autre les protestants, dont il était le porte-parole compétent.  Le climat était alors au dialogue et l’on espérait encore qu’une réconciliation pût intervenir après des années de persécution mais aussi de croissance du parti huguenot, surtout au sein de la noblesse française.  L’année 1562 allait hélas voir le début des guerres de religion en France, à la suite du massacre de Vassy, lorsque les troupes du duc François de Guise massacrèrent les membres d’une assemblée de huguenots célébrant un culte dans une grange.  Ironiquement, le Psautier, qui avait reçu l’approbation royale l’année précédente, allait plus que jamais servir de réconfort aux martyrs huguenots marchant vers le bûcher…

Les étapes du projet

Le Psautier de 1562 constitue l’aboutissement d’un projet initié par Calvin lui-même en 1539, lorsqu’il était pasteur de la paroisse des français à Strasbourg.  Tout comme pour l’Institution de la Religion Chrestienne ce projet allait croître progressivement durant les vingt-trois années suivantes : de dix-neuf psaumes initialement mis en rime et musique (treize par les soins de Clément Marot, poète à la cour de François premier, six par ceux de Calvin) le Psautier allait passer à trente-cinq en 1542, puis quarante-neuf en 1543 : cette fois toutes les versifications étaient de Marot. Calvin, ayant estimé que la qualité poétique de ses propres versifications n’atteignait pas celle du fameux poète, avait retiré les siennes.  Marot mourait en 1544 et Théodore de Bèze ne s’établirait à Genève qu’en 1548.  C’est donc ce dernier qui allait reprendre ce travail et le compléter, révisant en 1560 ses propres textes et même ceux de Marot en vue d’une meilleure adéquation avec l’accentuation des mélodies.  On admire justement l’inégalable rapport parole-mélodie qui caractérise le Psautier, et qui fit son succès. Outre l’apport de mélodistes strasbourgeois tels que Matthias Greiter, celui de Loïs Bourgeois, employé par les autorités genevoises, doit être particulièrement souligné.

Avant même la parution de l’édition complète en 1562, les psaumes jouissaient en France d’une très grande popularité, comme en témoigne le fameux épisode du Pré-au-Clercs : au mois de mai 1558 de nombreux Huguenots se rassemblèrent près de la rive de la Seine plusieurs jours de suite pour chanter les psaumes publiquement et pacifiquement, leur nombre atteignant plusieurs milliers le treize mai.  Le roi et la reine de Navarre, Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret, se joignirent à eux, accompagnés de nombreux membres de la noblesse. A l’instigation de la Sorbonne, ces réunions furent rapidement interdites par le roi Henri II, étant considérées comme troublant la paix publique et comme vecteurs de sédition contre l’autorité royale.  De nombreuses arrestations furent effectuées, les prisonniers étant cependant assez rapidement relâchés. Calvin se fait l’écho de cet incident dans une lettre en date du 19 juillet de cette année  adressée à son ami le marquis de Vico: Du costé de France il advint il y a environ deux moys quelque escarmouche à Paris, pour ce qu’en une place nommée le Pré aux Clercs plusieurs gens en grande assemblée avoient commencé et poursuivy à chanter les Pseaumes.  Mesme le roy de Navarre, avec telle suytte que vous pouvez estimer, s’estoit mis de la bande.  Plusieurs à ceste occasion ont esté pris.  Tant d’édicts ont esté publiés avec grosses menaces, que la chose a cessé.

 

Le rôle des enfants dans le chant liturgique

Afin de faciliter l’apprentissage des mélodies, les musiciens employés par les autorités de la ville de Genève développent des méthodes d’enseignement (solfège) appliquées en particulier aux enfants.  Déjà en 1537, lors du premier séjour genevois de Calvin, celui-ci avait émis le souhait que les enfants jouent un rôle majeur dans l’apprentissage des psaumes chantés par l’assemblée. Cela est mentionné assez spécifiquement en janvier de cette année dans les articles soumis à l’approbation du Conseil de la ville: les enfants disposant d’une bonne voix devront apprendre les mélodies en premier et les chanter durant les services de culte, afin que les adultes soient à leur tour progressivement amenés à les apprendre.  Le rôle actif des enfants durant le culte, de même que l’unité du lien de foi unissant enfants et adultes, se voient ainsi réalisés liturgiquement.  On ne saisit l’impact que le chant de l’assemblée a  pu avoir sur chaque participant que lorsque l’on se souvient qu’auparavant le chant ecclésial était réservé à des maîtrises spécialisées d’enfants ou des chœurs d’hommes.  Bien entendu, l’apprentissage dans les assemblées des psaumes versifiés mis en musique ne fut pas toujours facile : il existe des témoignages de chaos indescriptible régnant dans des églises où divers groupes de l’assemblée ne parvenaient pas à entonner le chant de manière synchronisée (l’orgue ayant souvent été banni du culte, comme à Genève du temps de Calvin et de Théodore de Bèze, afin de laisser entièrement place au chant humain).  En revanche, là ou cette synchronisation se mettait en place, grâce à un ou plusieurs chantres, ce chant en commun était perçu comme  manifestant une force et une beauté tout à fait particulières, propre à renforcer la foi et la ferveur des fidèles.

 

Les versions polyphoniques et les traductions du Psautier

Il est assez remarquable que le succès du Psautier ne se soit pas limité aux protestants français, mais également aux fidèles catholiques.  De fait il devint un instrument puissant d’évangélisation.  Des compositeurs de grand talent écrivirent des versions polyphoniques, notamment en forme de motet.  L’un d’entre eux, le protestant Claude Goudimel, auteur de plusieurs séries en différents styles contrapuntiques, disparut lors de la Saint Barthélémy lyonnaise.  Le compositeur français le plus remarquable du dernier tiers du seizième siècle, Claude Lejeune (ca 1530-1600), lui aussi un protestant,  appliqua à ses compositions basées sur les psaumes versifiés des principes rythmiques fondés sur la musique mesurée à l’antique, collaborant avec le fondateur de l’Académie de Musique et de Poésie, Jean-Antoine de Baïf. D’autres compositeurs offriront des versions instrumentales de mélodies de psaumes. A partir de 1566  des Psautiers sur le modèle genevois commencent à voir le jour dans d’autres langues et dans d’autres pays : néerlandais (1566), allemand (1573), italien (1605), espagnol (1606), hébreu -sic!- (1623) puis hongrois, tchèque et même… turc.

 

Calvin sur le chant d’église

C’est dans la préface au psautier de 1543 (« A tous chrestiens amateurs de la parole de Dieu ») que Calvin s’est exprimé le plus clairement sur l’essence de la musique, son utilisation dans le culte ou pour l’usage privé, sa force et ses dangers, ainsi que sur le choix des psaumes comme textes les plus appropriés pour le chant de l’assemblée.  Laissons-lui la parole (en conservant la langue originale de la rédaction de ce texte):

Quant est des prières publiques, il y en a deux espèces : les unes se font par simples paroles, les autres avec le chant.  Et n’est pas chose inventée depuis peu de temps.  Car dès la première origine de l’Église cela a esté, comme il appert par les histoires.  Et mesme saint Paul ne parle pas seulement de prier de bouche, mais aussi de chanter.  Et, à la vérité nous cognoissons par expérience que le chant a grande force et vigueur d’esmouvoir et enflamber le cœur des hommes, pour invoquer Dieu d’un zèle plus véhément et ardent.  Il y a toujours à regarder que le chant ne soit ni léger, ni volage, mais qu’il ait poids et maiesté, comme dit saint Augustin, et ainsi, qu’il y ait grande différence entre la musique qu’on  fait pour réjouir les hommes à table et en leur maison, et entre les Pseaumes qui se chantent en l’Eglise, en la présence de Dieu et de ses anges. 

Or quand on voudra droitement juger de la forme qui est ici exposée, nous espérons qu’on la trouvera sainte et pure vu qu’elle est simplement reiglée à l’édification dont nous avons parlé ; combien que l’usage de la chanterie s’étende plus loin.  C’est que mesme par les maisons et par les chants ce nous soit une incitation et comme un organe à louer Dieu et eslever nos coeurs à luy pour nous consoler en méditant la vertu, bonté, sagesse et justice, ce qui est plus nécessaire que ce qu’on ne saurait dire.  Pour le premier ce n’est pas sans cause que le saint Esprit nous exhorte si soigneusement par les Sainctes Escritures de nous réjouir en Dieu et que toute notre joye soit là réduite comme à sa vraye fin : il cognoit combien nous sommes enclins à nous resjouir en vanité.  Tout ainsi donc que notre nature nous tire et nous induit à cercher tous moyens de résiouïssance fole et vicieuse : aussi au contraire nostre Seigneur, pour nous distraire et retirer des allechemens de la chair et du monde, nous présente tous moyens qu’il est possible à fin de nous occuper en ceste ioye spirituelle, laquelle il nous recommande tant.

Or entre les autres choses qui sont propres pour recréer l’homme et luy donner volupté, la Musique est ou la première, ou l’une des principales et nous faut estimer que c’est un don de Dieu député à cest usage.  Parquoy d’autant plus devons-nous regarder de n’en point abuser, de peur de la souiller et contaminer, la convertissant en notre condamnation, où elle estoit dédiée à nostre profit et salut. (…)

Or en parlant maintenant de la Musique ie comprends deux parties, à scavoir la lettre, ou subiect et matière : secondement, le chant ou la mélodie.  Il est vray que toute parole mauvaise (comme dit saint Paul) pervertit les bonnes mœurs : mais quand la mélodie est avec, cela transperce beaucoup plus fort le cœur, et entre au-dedans : tellement que comme par un entonnoir le vin est ietté dedans le vaisseau: aussi le venin et la corruption est distillée iusques au profond du cœur, par la mélodie.  Qu’est-il donc question de faire ? c’est d’avoir chansons non seulement honnestes, mais aussi sainctes, lesquelles nous soyent comme aiguillons pour nous inciter à prier et louer Dieu, à méditer ses œuvres, à fin de l’aimer, craindre, honorer, et glorifier. 

Or ce que dit sainct Augustin est vray, que nul ne peut chanter choses dignes de Dieu sinon qu’il l’ait receu d’iceluy.  Par quoy quand nous aurons bien circuit par tout pour cercher çà et là, nous ne trouverons meilleures chansons ne plus propres pour ce faire, que les Pseaumes de David ; lesquels le sainct Esprit luy a dictés et faicts.  Et pourtant, quand nous les chantons, nous sommes certains que Dieu nous met en la bouche les paroles, comme si luy-mesme chantoit en nous, pour exalter sa gloire.  Par quoy Chrysostome  exhorte tant hommes et femmes et petis enfants, de s’accoustumer à les chanter, à fin que cela soit comme une méditation pour s’associer à la compagnie des anges.  Au reste il nous faut souvenir de ce que dit S. Paul, Que les chansons spirituelles ne se peuvent bien chanter que de cœur.  Or le cœur requiert l’intelligence.  Et en cela (dit S. Augustin) gist la différence entre le chant des hommes et celuy des oiseaux.  Car une linote, un rossignol, un papegay chanteront bien, mais ce sera sans entendre.  Or le propre don de l’homme est de chanter en sçachant ce qu’il dit.  Après l’intelligence doit suivre le cœur et l’affection : ce qui ne peut estre que nous n’ayons le Cantique imprimé en nostre mémoire, pour iamais ne cesser de chanter.

En guise de conclusion, voici la versification originale du psaume 1 par Clément Marot dans le recueil strasbourgeois de 1539 (avec sur le côté les révisions apportées par Th. De Bèze dans l’édition complète du Psautier de 1562), suivie d’une belle version modernisée de ce texte due à la plume de Marc-François Gonin (éditions Vida, Nîmes, 1998) :

 

  1. Marot:

Qui au conseil des malings n’a esté

Qui n’est au trac des pécheurs arresté

Qui des moqueurs au banc place n’a prise

Mais jour & nuict la loy contemple et prise,

De l’Éternel, & en est désireur.

Certainement celuy la est heureux. [certainement cestuy-la est heureux]

 

Et si sera semblable à l’arbrisseau [Et semblera un arbre grand & beau]

Planté au long d’un clair courant ruisseau

Et qui son fruict en sa saison apporte.

Duquel aussi la fueille ne chet morte :

Mais tout cela qu’il iette et qu’il produict [si qu’un tel homme et tout ce qu’il fera]

Prospère & rend encore aultre fruict. [Tousiours heureux & prospère sera]

 

Pas les malings n’auront telle vertu :  [Mais les pervers n’auront telle vertu]

Ainçois seront semblables au festu

Et a la pouldre au gré du vent iettée.   [Et à la poudre au gré du vent chassée]

Parquoy sera la cause rebouttée  [Par quoy sera leur cause renversée]

Des gens sans loy au iugement de Dieu.  [En iugement, & tous ces reprouvez]

N’au ranc des bons les mauvais n’auront lieu. [Au rang des bons ne seront point trouvez]

 

Car le chemin des bons est approuvé   [Car l’Éternel les justes cognoit bien,]

Du Seigneur Dieu qui tousiours l’atrouve [Et est soigneux & d’eux & de leur bien]

Droict et uni : car on ne l’y forvoye.  [Pourtant auront félicité qui dure]

Mais des malings la trop oblique voye [et pourautans qu’il n’a ne soin ne cure]

Et tous ceuxla qui par icelle iront  [Des malvivans,le chemin qu’ils tiendront]

Pour tout iamais periront.    [Eux & leurs faits en ruine viendront.]

 

M.F. GONIN

L’homme qui fuit le conseil des trompeurs,

Sans s’arrêter au chemin des pécheurs

Ni sur le banc où les moqueurs s’asseyent,

Mais que la Loi du Seigneur émerveille

(Loi dont il est nuit et jour désireux),

Certainement, celui-là est heureux.

 

Il est pareil à l’arbre grand et beau

Planté le long d’un clair courant ruisseau ;

En sa saison, son fruit vient en bon nombre,

Il est toujours plein de fraîcheur et d’ombre.

Le vrai croyant et tout ce qu’il fera

A l’avenir ainsi prospèrera.

Mais les pervers n’auront pas un tel sort ;

Ceux qui sans Dieu semblent joyeux et forts

Ne sont que paille au gré du vent chassée,

Et leur splendeur sera vite passée

Au jugement, quand tous ces réprouvés

Parmi les bons ne seront pas trouvés.

 

Car le Seigneur connaît les hommes droits,

Et prend soin d’eux sur le chemin étroit;

Ils recevront le vrai bonheur qui dure.

Une autre voie aux pécheurs semble sûre,

Mais les voilà dans la direction

Où, comme leurs projets, ils périront.

 

Eric Kayayan Pasteur Protestant Réformé

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

Bible Refuge Protestant
Croix Huguenote

 

 

 

 

Source : Foi & Vie Réformées

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20 octobre 2019 7 20 /10 /octobre /2019 14:19
La Providence de Dieu
LA PROVIDENCE DE DIEU
Un thème saillant dans le livre de Jonas

 

Cinq passages dans le livre de Jonas mettent en évidence la Providence Divine :


« L’Éternel fit souffler un grand vent sur la mer » (1.4)


« L’Éternel fit intervenir un grand poisson pour engloutir Jonas » (2.1)


« Alors Dieu regretta le mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas »


« L’Éternel fit intervenir un ricin qui s’éleva au dessus de Jonas » (4.6)


« Le lendemain, Dieu fit intervenir un ver pour s’attaquer au ricin. » (4.7)

 

En méditant le livre de Jonas, on est frappé par le fait que dans chaque chapitre ce thème ressorte d’une façon évidente.

 

Il y a une cause première dans tous ces événements et circonstances : DIEU.

 

Quant aux causes secondaires, ce sont les moyens par lesquels Il intervient par Sa Divine Providence :

 

le vent, un grand poisson, une prédication, un ricin et un ver.

 

Une définition du terme « providence » fut donnée par les dictionnaires français Quillet et Le Petit Robert :

 

« Sagesse divine qui gouverne tout » (Quillet) ou « sage gouvernement de Dieu sur la création, et par extension, Dieu gouvernant la création » (Le Petit Robert 1, 1986).

 

Le terme vient du latin providentia (prévoyance) et providere (pourvoir).

 

Il se réfère à la Prescience et à la Préconnaissance de Dieu.

 

Dans la Bible, ce terme n’est pas directement employé.

 

Il n’y a pas de mot équivalent en hébreu mais en grec deux mots s’en rapprochent :

 

le nom pronoia : Actes 24.2 (administration, prévoyance) ; Romains 13.14 (préoccupation, souci),

 

et le verbe pro-noeo : Romains 12.17 (viser, avoir souci de) ; 2 Corinthiens 8.21 (se préoccuper de, avoir souci de).

 

C’est un sujet dont on ne parle plus guère.

 

Les avancées de la science et de la technologie ont contribué en partie à rendre l’homme totalement autonome face à un Dieu évacué dans notre monde occidental.

 

Il y a à peine 100 ans, on parlait encore de la Providence comme désignant Dieu.

 

On croyait en un Dieu Souverain qui règne et domine sur l’univers.

 

Le sécularisme a fermé l’accès au transcendant, au surnaturel, parce que dans ce monde désacralisé, la vie se meut dans un système mécaniste où les événements sont dûs à des lois fixes et impersonnelles, de force ou de chance.

 

L’évolutionnisme, ayant totalement imprégné la science et la technologie humanistes, constitue un des principaux éléments du rejet de la Providence.

 

D’autre part, le Nouvel Âge, élément important du postmodernisme, est fasciné par l’irrationnel, qui, de son côté, attaque la Providence de Dieu en propageant l’ésotérisme, l’occultisme, l’animisme moderne.

 

Ce sont les armes de l’ennemi de Dieu, Satan, qui désire remplacer la Providence de Dieu par un retour à un paganisme moderne de superstition, dominé par lui.

 

La Création constitue l’Oeuvre Originelle de Dieu (Gen 1).  

 

La Providence constitue la continuation de l’Oeuvre de Dieu en vue de l’achèvement de Ses Plans.

 

Elle a deux aspects :


- celui de la préservation de la création en la maintenant et la soutenant pour qu’elle subsiste ;


- celui de Son Gouvernement, de Sa Direction du cours des événements pour accomplir Ses Desseins.

 

A. La Providence par la préservation de la création de Dieu.

 

Tout subsiste par Christ.

 

Il est avant toutes choses et tout subsiste en Lui ; Il Soutient toutes choses afin d’accomplir Ses Desseins (Colossiens 1.17 ; Hébreux 1.3)

 

Toute la création dépend de Lui : la nature, les hommes, Son Peuple, tous les Siens.

 

Sa création :

 

Dieu maintient la terre (Psaume 104.5).

 

Il envoie de l’eau pour abreuver les animaux (Psaume 104.10-13).

 

Il fait pousser fruits et herbes pour nourrir les animaux (Psaume 104.13-14).

 

Il envoie les ténèbres pour permettre à certains animaux de se nourrir (Psaume 104.20-21).

 

Tous les animaux reçoivent leur nourriture de Dieu (Psaume 104.27).

 

Il a affermi les œuvres de Sa création pour toujours et a donné des Lois à la nature, Lois qu’Il ne violera pas (Psaume 148.6).

 

Les Siens :

 

Joseph fut déporté en Egypte pour donner plus tard du pain aux siens.

 

La vie de Moïse fut épargnée afin qu’il délivre ensuite son peuple.

 

Tout au long de l’histoire d’Israël dans l'Ancien Testament, l’on constate les Soins Providentiels de Dieu envers Son Peuple à travers l’action d’hommes de Dieu.

 

Il suscite Daniel et ses trois compagnons pour glorifier Son Nom et Préserver Son Peuple.

 

Il suscite aussi Esther, à un moment crucial de l’histoire de son peuple déporté (Esther 4.14).

 

Dans Mathieu 6.25-34, nous avons un exemple de Sa Divine Providence qui Pourvoit aux besoins des hommes et en particulier des Croyants ; Il donne la nourriture (v. 26) ; Il fait pousser les lis des champs (v 28-29), et Il sait ce dont nous avons besoin (v. 32).

 

Tout cela touche la faune, la flore et les hommes.

 

Dieu prend Soin des Siens et ils n’ont rien à craindre (Mathieu 10.27-32 ; Jean 10.27-30 ; Romains 8.35 ; 1 Pierre 1.5-6).

 

B. La Providence par le Gouvernement de Dieu

 

Dieu Contrôle tout l’univers et ses activités se déroulent de telle manière que tous les événements convergent vers un but final qu’Il s’est Fixé.

 

- Il Gouverne les forces de la nature (Psaume 135.5-7).

 

Il Fait pleuvoir sur les Justes et les injustes (Mathieu 5.45).

 

Jésus Contrôlait et Dominait le vent et la mer (Mathieu 4.39 ; Luc 8.25).

 

- Il Gouverne les peuples, en faisant leur histoire et leur destinée (Daniel 2.21 ; 4.22 ; Job 12.13-25 ; Psaume 66.7 ; Actes 17.26).

 

- Il a Gouverné de telle façon que tout a convergé vers la « plénitude des temps accomplis » (Galates 4.4), quand, par l’incarnation, Dieu s’est manifesté en chair par Jésus-Christ (Luc 2.1-7 ; 1 Timothée 3.16).

 

- Il Gouverne les individus en restant le Souverain dans Toutes leurs circonstances.

 

C’est Lui qui fait mourir et qui fait vivre, qui appauvrit et qui enrichit (Anne, 1 Samuel 2.6-7) ; Il abaisse les puissants de leurs trônes et élève ceux qui sont abaissés (Marie, Luc 1.52).

 

C’est encore Lui qui a mis à part l’apôtre Paul avant sa naissance (Galates 1.15-16).

 

Pleins de confiance en l’Éternel, nous disons avec le psalmiste :

 

« Mes temps sont dans tes mains. » (31.14-15)

 

Donc, ma propre histoire est parfaitement sous Son Contrôle.

 

- Il Contrôle et dirige Toutes les circonstances pour arriver à Ses Desseins Eternels.

 

« Le sort est jeté… mais toute décision vient de l’Éternel. » (Proverbes 16.33)

 

Rien ne peut se passer sans que Dieu ne L’ait permis ou n’ait agi selon Ses Propres Desseins et Décisions.

 

Et tout le livre de Jonas en est un exemple parfait.

 

Même la folie d’un Nebucadnetsar a été dirigée par Dieu pour qu’il reconnaisse la Souveraineté Absolue de Dieu (Daniel 4.32-34).

 

- Il Dirige les actions libres des humains.

 

Les Israélites, à la sortie d’Égypte, ne sont pas sortis du pays « les mains vides », parce que Dieu le leur avait Promis et avait guidé les circonstances et les cœurs des Égyptiens pour qu’ils leur donnent leurs bijoux (Exode 3.21 et 12.35-36).

 

Nos dispositions nous appartiennent, mais c’est le Dessein de Dieu qui s’accomplira toujours (Psaume 38.15 ; Proverbes 16.1 ; 19.21).

 

- Il peut Permettre (ou Empêcher) le péché pour faire éclater notre incapacité naturelle à ne pas commettre de péché.

 

Ceci manifeste aussi la corruption totale de l’homme et la Grâce de Dieu qui vient à son secours.

 

Ceci dit, « Dieu ne peut être tenté par le mal et il ne tente lui-même personne. » (Jacques 1.14)

 

Quand un homme ou une société persistent dans le mal et le péché, Dieu Peut les « livrer à la passion des hommes… à une mentalité réprouvée, pour commettre des choses indignes. » (Romains 1.24-28)

 

Dans l’exemple de Joseph, Dieu L'avait préservé de la tentation venant de la femme de Potiphar, parce que Joseph aimait l’Éternel et désirait Le suivre en toute pureté (Genèse 39.7-23).

 

En même temps, Dieu s’est servi de cette circonstance qui avait jeté Joseph en prison à cause de sa fidélité à Dieu et de sa résistance au péché, pour faire entrer Joseph à la cour royale d’Égypte (Genèse 40-50).

 

La conclusion que donne Joseph à la fin de toutes ses péripéties — depuis sa vente à un marchand d’esclaves jusqu’à son arrivée à l’apogée du pouvoir — est touchante :

 

« Ce n’est pas vous, mais Dieu qui m’a envoyé ici. » (Genèse 45.8 ; 50.20)

 

- Il Peut aussi simplement limiter des actes de péché ou de mal.

 

Dans le cas de Job, c’est Dieu qui avait Permis à Satan de l’attaquer par la maladie, mais Il lui avait interdit de le faire mourir :

 

« Il est entre tes mains, seulement épargne sa vie. » (Job 1.12)

 

Job est sorti victorieux finalement, et l’épreuve lui a appris à connaître Dieu.

 

C. Caractéristiques du gouvernement de Dieu en activité

 

1. Cette activité est universelle

 

- Elle s’opère envers les Croyants :

 

« Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu. » (Romains 8.28)

 

C’est la doctrine des convergences :

 

Toutes les circonstances dans notre vie mènent au Bien que Dieu S’est Fixé pour moi.

 

L’exhortation : « Ne crains rien » prend ici tout son poids, car elle se dresse contre nos peurs, nos soucis, nos incertitudes, que l’on peut comparer à une hydre à têtes multiples qui se régénèrent rapidement sitôt coupées.

 

Rien ne pourra jamais séparer le Racheté de Son Sauveur Jésus-Christ.

 

Dans ce sens, aucun mal ne lui arrivera dans la perspective de l’éternité.

 

Toutes les épreuves servent à notre sanctification pour affiner notre foi (1 Pierre 1.6-7), même les mauvaises actions des hommes, y compris les nôtres parfois.

 

Le but est notre « transformation à l’Image de Son Fils » (Romains 8.29 ; Hébreux 12.6-11).

 

« Le bien », c’est d’être finalement avec Christ dans nos corps glorifiés lors de Son Glorieux Retour.

 

La mort atteint tout homme (Hébreux 9.27), mais le Croyant reste en sécurité absolue face à l’éternité.

 

Soyons rassurés, car Dieu S’occupe Personnellement de tous les Siens (Luc 15.3-7 ; Jean 10.3-6, 14, 27 ; Mathieu 10.30), alors que la modernité fait de l’humain un être impersonnel, sans âme.

 

Oui, Notre Dieu est Personnel et en même temps Infini.

 

Il Prend Soin de nous dans toutes les circonstances.

 

- Quelle tragédie, en revanche, pour le non-croyant (Romains 1.18-21 ; Actes 17.30-31) !

 

Saisissons les opportunités pour faire « du bien » en témoignant de l’Amour du Sauveur à notre prochain non-croyant pour qu’il se repente de ses péchés et croie au Seigneur Jésus-Christ.

 

- Elle s’opère envers tous les hommes :

 

« Il fait lever le soleil sur les méchants et sur les bon et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » (Mathieu 5.45)

 

La Bonté de Dieu se manifeste envers tous les hommes.

 

2. Dieu Absolument Souverain dans Toutes Ses Actions

 

- Nous n’avons pas à Lui dicter Sa Volonté, mais demandons-Lui en revanche de nous Révéler Ses Pensées en nous éclairant à travers Sa Parole.

 

3. Dieu est Bon

- La Bonté de Dieu est Infinie, car Il est Bonté.

 

Mais Il est aussi Juste, et jamais ces deux Attributs Divins ne sont séparés l’un de l’autre.

 

4. L’activité de Dieu et la nôtre

 

- Elles ne s’excluent pas mutuellement, parce que Sa Providence inclut les actions humaines.

 

- En conséquence, il n’y a pas de place pour le laxisme, l’indifférence, la résignation, le fatalisme.

 

- Parfois les humains sont conscients d’accomplir les intentions divines.

 

L’exemple par excellence nous est donné en Jésus-Christ qui savait qu’Il devait boire la coupe des souffrances pour notre Salut (Mathieu 26.42).

 

- Parfois les humains ne le savent pas, comme dans le cas de l’empereur César Auguste lorsqu’il a décrété le recensement de la terre.

 

Il fallait que cela se passe ainsi pour accomplir les Desseins de Dieu (Luc 2.1)

 

5. La Providence et la prière

La question peut se poser : si Dieu a fixé Ses Desseins d’avance, la prière change-t-elle encore quelque chose ?

 

- Dieu ne change pas Ses Plans, mais, dans Ses Plans, la prière et la foi sont incluses.

 

Il y une parfaite relation entre l’effort humain, moyen Providentiel que Dieu a voulu donner au Croyant, et l’Activité Providentielle de Dieu.

 

L’Écriture affirme que les Desseins de Dieu sont Fixes et Définis, donc Sans Révision.

 

Mais Il désire que nous priions pour qu’Il puisse Agir avec efficacité (Jacques 5.16).

 

- Dans beaucoup de cas, Dieu Agit en association avec l’homme par le moyen de la Foi.

 

Ne citons que deux exemples :

 

la foi du centurion : « Va, qu’il te soit fait selon ta foi » (Mathieu 8.5-13)

 

et la foi de la femme qui avait une perte de sang : « Va, ta foi t’a guérie » (Mathieu 9.18-22).

 

C’est une interpellation à nos cœurs :

 

faut-il vraiment que « Jésus s’étonne de notre incrédulité » (Marc 6.6) ou saisissons-nous Sa Main en Lui confessant notre petitesse dans la foi :

 

« Je crois, Seigneur, viens en aide à ma petite foi ! » ?

 

Ne restons pas passifs, mais marchons par la foi, car elle franchit des montagnes.

 

- Oui, la prière et la foi sont vraiment les Moyens Providentiels par lesquels Dieu désire opérer.

 

D. Prudence et modestie dans nos affirmations au sujet de la Providence

 

- Restons sages et prudents dans nos affirmations quant à nos évaluations des actes Souverains et Providentiels de Dieu.

 

Seule l’éternité manifestera réellement la Pleine Révélation des Mystères de la Providence du Dieu Juste, Bon et Sage.

 

- Tout cela doit nous amener à une attitude d’humilité et de confiance en Lui.

 

Redisons, avec la prière du Notre Père : « Que ta volonté soit faite »,

 

avant de demander : « Donne-nous notre pain quotidien ».

 

- Qu’il est bienfaisant de se répéter dans toutes les circonstances ce que le Seigneur affirmait à Paul :

 

« Ma grâce te suffit.»

 

Quoi qu’il nous arrive, Dieu « ne refuse pas le bonheur à ceux qui marchent dans l’intégrité. » (Psaume 84.12)

 

Ce Vrai Bonheur, c’est de posséder Jésus-Christ : personne ne pourra jamais nous le ravir.

 

Gloire à Notre Bien-Aimé Sauveur !

 

Gloire à Dieu dont la Parfaite Providence dirige Toutes Choses pour notre bien et pour Sa Gloire !

 

Et cela Jonas a dû l’apprendre.

 

Mais la Patience de Dieu est Grande et nous encourage à L’aimer et Le suivre de tout notre cœur.

 

Amen,

 

Henri Lüscher,

Bible (134)

Croix Huguenote

 

Source : Promesses

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 13:36
Mais qu'est-ce que donc que la Loi de Dieu ?

Nous avons été habitués à donner une portée relativement restrictive à la notion de "loi de Dieu".

 

Elle a souvent été limitée à la notion de "loi de Moïse", de la législation donnée par Dieu à Moïse pour le peuple d'Israël.

 

En général, elle a été uniquement appliquée à la théocratie juive.

 

Nous allons voir que l'usage biblique de cette expression est beaucoup plus large que nous ne l'imaginons.

 

Premièrement, la loi de Moïse ne peut être opposée à la loi de Dieu, la loi de l'Eternel.

 

Quand au temps du roi Josias, l'on retrouva le livre de la loi, c'est-à-dire le Pentateuque, il en fut parlé ainsi :


Hilkija, le prêtre, trouva le livre de la loi de l'Eternel donné par Moïse (II Chr 34.14).

 

Ainsi la loi donnée par Moïse n'est rien d'autre que la loi de l'Eternel.

 

Voici les termes du serment par lesquels Néhémie et ses compa­gnons, de retour de l'exil de Babylone, renouvelèrent l'alliance d'lsrael avec Dieu :

 

Ils promirent avec serment et jurèrent de marcher dans la loi de Dieu, qui avait été donnée par Moïse, serviteur de Dieu, d'observer et de mettre en pratique tous les commandements de l'Eternel, notre Seigneur, ses préceptes et ses lois (Néh 10.29).

 

Il est donc évident que la loi de Dieu et la loi donnée par Moïse sont des expressions qui recouvrent la même réalité.

 

Si la loi donnée par Moïse est bel et bien la loi de Dieu, elle est, en conséquence, une loi dont l'application dépasse singulièrement le peuple d'Israël.

 

Si elle a été transmise par Moïse à lsraël, elle l'a été pour tous les hommes, pour toutes les nations, car cette loi étant de Dieu, elle révèle la pensée mê­me de Dieu, pensée qui établit l'ordre et le vrai sens de toutes choses, de toute la création de Dieu.

 

C'est de cette universalité de la loi de Dieu que nous parle l'apôtre Paul quand il écrit aux Romains :

 

Quand les païens, qui n'ont pas la loi, font naturellement ce que prescrit la loi, eux qui n'ont pas la loi, ils sont une loi pour eux-mêmes. Ils montrent par là que l'oeuvre de la loi est écrite dans leur coeur, leur propre conscience en témoigne... (Rom 2.14-15).

 

Nous pouvons ainsi conclure que tous les hommes - et non le seul peuple Juif -, sont soumis au pouvoir et à la législation souveraine du Créateur qui, en tant que Créateur, est le seul apte à donner à ses créatures une loi conforme à leur nature.

 

Certains distinguent subtilement la loi de Dieu des commandements de Dieu, préférant le mot commandement comme étant moins contrai­gnant que celui de loi.

 

Ce n'est pas l'avis de l'Ecriture Sainte.

 

Nous avons vu dans le texte de Néhémie que nous avons cité, que suivre la loi de Dieu est exactement la même chose que de pratiquer tous les commandements de l'Eternel.

 

Pour Paul, lui aussi, qui parle des oeu­vres de la loi, ces deux expressions sont équivalentes.

 

On peut sim­plement affirmer que la loi de Dieu contient les commandements, les préceptes et les ordonnances de l'Eternel.

 

Certains désirent distinguer la loi ou les commandements de Dieu de la Parole ou des Paroles de Dieu.

 

Ce n'était pas l'avis de Jésus-Christ qui disait à la fin du Sermon sur la Montagne :

 

Quiconque entend mes paroles et les met en pratique sera semblable àun homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc (Mat 7.24), confirmant ainsi ce qu'Il avait affirmé au début de ce même sermon, quand Il déclarait qu'il ne disparaîtrait de la loi ni un seul iota, ni un seul trait de lettre, jus qu'à ce que tout soit accompli.

 

Et Il ajouta : Celui donc qui violera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à les violer, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux (Mat 5.18-19).

 

Il y a donc dans la bouche de Jésus identité entre loi, commandement et parole.

 

Christ en s'adressant aux Pharisiens au sujet des subterfu­ges légalistes qu'ils employaient pour ne point secourir leurs parents leur déclarait :  

 

Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition ?(...) Ainsi vous avez annulé la Parole de Dieu par votre tradition (Mat 15.3,6).

 

Il est ainsi évident que la Parole de Dieu, les paroles de Christ, la loi de Dieu et le commandement du Seigneur sont des expressions différentes souvent utilisées par la Bible pour recouvrir des aspects variés d'une réalité unique, la révélation écrite et normative de Dieu.

 

Quoi d'étonnant à cela, puisque Jésus-Christ est Dieu Lui-même et que la loi donnée par Moïse vient de ce même Dieu, Créateur, Législateur et Sauveur ?

 

Certains veulent distinguer entre 'Ecriture et la loi de Dieu.

 

Il est vrai que parfois, pour désigner l'Ancien Testament, l'Ecriture parle de la loi et des prophètes.

 

N'oublions pas, cependant, que la tâche essentielle de la prophétie consiste toujours à rappeler la loi et à l'expliciter.

 

C'est le contraire de la critique biblique, dominée par une théorie de l'existentialisme évolutionniste, selon laquelle la révélation de Dieu vient après l'activité "créatrice" du prophète.

 

De même, un christianisme où l'activité charismatique joue un rôle pré­dominant situera lui aussi la loi sur un plan secondaire par rapport aux révélations prophétiques.

 

Il en va tout autrement dans la Bible où la loi, révélatrice de la pensée de Dieu, a toujours la première place.

 

L'expression l'Ecriture recouvre souvent également la loi.

 

Quand Jé­sus disait aux Juifs : Vous sondez les Ecritures, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle ce sont elles qui rendent témoignage de moi (Jean 5.39), Il se référait aussi bien a la loi qu'aux prophètes.

 

Nous trouvons une unité remarquable entre loi mosaïque, écrits et parole dans ce que Jésus déclare aux Juifs incrédules :  

 

Ne pensez pas que moi, je vous accuserai devant le Père; celui qui vous accuse, c'est Moï­se, en qui vous avez mis votre espérance. Car, si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi parce qu'il a écrit à mon sujet. Mais, si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? (Jean 5.45-47)

 

Nous devons par conséquent constater qu'il n'existe aucune opposi­tion entre les Ecritures, la loi de Dieu donnée par Moïse et les paroles du Christ.

 

La loi de Dieu est l'Ecriture Sainte, la Parole même de Dieu, Ancien et Nouveau Testaments.

 

D'autres encore opposent la vérité à la loi de Dieu.

 

Ils se basent pour le faire sur un texte célèbre du prologue de Jean :  

 

Car la loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ (Jean 1.17).

 

Rien dans ce texte ne met en opposition loi et vérité Moïse et Jésus-Christ.

 

Rien non plus ici n'oppose loi et grâce.

 

Un développe­ment dans la révélation et dans l'efficacité de la grâce n'implique au­cunement contradiction ou opposition.

 

C'est d'ailleurs ce que nous prouve admirablement l'Ecriture quand l'apôtre Paul affirme que la loi n'est rien d'autre que la règle de la connaissance et de la vérité (Rom 2.20).

 

Seigneur Jésus, ta parole est la vérité sanctifie-nous par la vé­rité

 

La loi, les commandements, l'Ecriture, la Parole de Dieu, la vérité ne sont autre chose que la règle de notre foi, utile, à confondre tout ce qui s'oppose à la saine doctrine (1 Tim 1.10), car Toute l'Ecritu­re est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli (atteigne tout son développement) et qu'il soit apte à toute bonne oeuvre. (2 Tim 3.16-17)

 

Ceux qui se permettent d'attaquer la loi de Dieu en l'opposant à la foi et à la grâce portent tout simplement atteinte à la vérité, à la Parole de Dieu, à l'Ecriture Sainte.

 

En fait, ils s'attaquent à Dieu.

 

C'est d'eux aussi que parle le deuxième psaume :


Les rois de la terre se soulèvent, et les princes se liguent ensemble contre l'Eternel et contre son oint. Rompons leurs liens, et rejetons loin de nous leurs chaînes ! (Ps 2.2-3)

 

Ces liens et ces chaînes qui répugnent tant à notre siècle sans Dieu ni loi ne sont autres que les saints commandements de la loi de Dieu.

 

Les dernières exhortations de la Bible s'adressent, entre autres, à de tels antinomiens. (Antinomisme : doctrine qui enseigne, au nom de la suprématie de la grâce, l'indifférence à l'égard de la loi, Larousse 3.)

 

Si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu lui retranchera sa part de l'arbre de vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre (Apoc 22.19).

 

Cet avertissement est un simple écho des paroles de Moïse dans le Deutéronome :

 

Vous n'ajouterez rien à ce que je vous prescris, et vous n'en retrancherez rien, mais vous observerez les commandements de l'Eternel, votre Dieu, tels que je vous les prescris (Deut 4.2).

 

C'est dans cette perspective de l'identité des commandements de Dieu et de la Parole de Dieu que nous comprenons mieux ce que Jé­sus voulait dire quand il affirmait au sujet de l'un de ces plus petits commandements que celui qui les observera et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux (Mat 5.19).

 

Et ce n'est pas par rapport au royaume de Dieu que nous vou­lons nous contenter d'ambitions médiocres !

 

Amen,

 

JeanMarcBerthoud.jpg

Jean Marc Berthoud,

Théologien Réformé Baptiste,

 

Bible (124)

Croix Huguenote

 

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18 octobre 2019 5 18 /10 /octobre /2019 13:22
Protestantisme et philosophie

Examinons la question de la possibilité d’une philosophie du point de vue protestant et, plus spécialement du point de vue calviniste.

 

Cette question nous avait été posée par l’un des maîtres les plus éminents de la philosophie, en France.

 

Le protestantisme a-t-il besoin d’une philosophie ?

 

S’il en a besoin, y a-t-il droit ?

 

Bien entendu, il a et peut et doit avoir une théologie; aucune discussion sur ce point ; mais pourquoi une philosophie ?

 

Et comment ?

 

On voit tout de suite la gravité de la question.

 

Si le protestantisme a besoin d’une philosophie, et si le principe de sa théologie lui interdit le droit d’en avoir une, le protestantisme n’a pas le droit d’exister pour la pensée.

 

Si la philosophie n’est, pour lui, que spéculation inutile, il n’est plus qu’une chapelle, ou un foisonnement de chapelles obscurantistes en marge de la pensée humaine.

 

Pour le catholicisme, la question ne se pose plus.

 

Mme M. Davy a montré, dans son livre Les sermons universitaires parisiens de 1230 et 1231, que la question s’est posée d’une manière aiguë au XIIIe siècle et qu’elle avait été résolue négativement par les évêques et les théologiens aux dépens de Thomas d’Aquin.

 

Mais depuis, l’Église a donné raison à l’Ange de l’École.

 

« La science qui, à l’aide des lumières de la raison, s’applique à résoudre les grands problèmes relatifs au monde, à l’homme et à Dieu s’appelle philosophie », dit le philosophe thomiste P. Vallet.

 

Cette science est le fondement logique indispensable à l’édification de la théologie positive.

 

Pour la science dite indépendante, la philosophie est une sorte de luxe de la pensée.

 

Primum vivere, deinde philosophari.

 

Elle est destinée à satisfaire le besoin qui pousse certains esprits à sonder jusqu’au fond le connaissable et à faire des synthèses générales.

 

La question de savoir si ce fond dernier peut être atteint par la seule raison théorique, par la raison pratique ou par l’intuition, est tranchée diversement par les diverses écoles indépendantes.

 

Pour définir l’organe de la philosophie indépendante en englobant toutes les écoles, nous substituerons donc à l’expression du philosophe catholique lumière de la raison, l’expression plus générale lumière naturelle.

 

Comme, d’autre part, les philosophes agnostiques et positivistes relèguent Dieu et les choses en soi dans le domaine de l’inconnaissable, nous assignerons pour objet à la philosophie indépendante le général, l’universel abstrait.

 

Et pour le protestantisme, maintenant ?

 

On désigne sous ce terme unique deux courants de la pensée religieuse qui ont un caractère commun ; ils veulent affranchir la pensée religieuse du magistère infaillible de toute Église représentative, et c’est dans le sein de l’Église romaine, au XVIe siècle, que ce mouvement d’émancipation s’est produit.

 

Mais ces deux courants ont chacun leur principe formel propre.

 

Le principe formel du protestantisme indépendant, c’est l’autorité subjective de la conscience religieuse de l’individu : l’autorité de Dieu si l’on veut, mais l’autorité de Dieu s’exprimant dans et par la conscience de l’individu.

 

Le principe formel du protestantisme orthodoxe, qu’il soit du type luthérien ou du type réformé, c’est l’Autorité de l’Esprit de Dieu s’attestant et à la conscience de l’Église et à la conscience individuelle dans et par l’Écriture.

 

À notre sens, la question de savoir si le protestantisme indépendant ou libéral peut et doit avoir une philosophie ne se pose pas.

 

Il n’est qu’une religion philosophique ou plutôt une philosophie religieuse née au contact de la foi des prophètes d’Israël et surtout de Jésus et des apôtres.

 

Sa dogmatique sera la traduction intellectuelle et synthétique des émotions religieuses ou mystiques de l’âme individuelle.

 

S’il est rationaliste, la philosophie sera, pour lui, ce qu’est la philosophie pour les catholiques scolastiques.

 

S’il est intuitionniste, elle sera pour lui ce qu’elle était pour Kant ou pour Renouvier, et ainsi de suite.

 

S’il veut être en se pensant lui-même, et nous ne voyons pas au nom de quel principe on lui refuserait le droit de se penser, le protestantisme indépendant ou libéral ne peut guère faire autre chose que de philosopher.

 

Il n’entre pas dans notre sujet de faire la critique du protestantisme indépendant.

 

Nous dirons seulement que, si nous voyons très bien qu’avec lui nous pourrions philosopher à perte de vue, il nous apparaît aussi avec évidence qu’il ne tient pas compte de faits qui s’imposent à la conscience religieuse calviniste avec la force d’une injonction divine.

 

Ces faits, c’est que l’Écriture est le buisson ardent où cette conscience a rencontré Dieu, et que la soumission à l’Autorité de l’Écriture, à Son Autorité Formelle, aussi bien que matérielle, comme juge suprême et pierre de touche de toute pensée et de toute sagesse, n’est pas seulement la charte divine qui l’affranchit de toute tyrannie humaine, mais qu’elle est la digue qui s’oppose à la montée des incertitudes, des contradictions de l’anarchie intellectuelle où se débat le protestantisme indépendant.

 

Le calvinisme ne peut être autre chose que protestantisme orthodoxe.

 

La forme conséquente, achevée, du protestantisme orthodoxe est le calvinisme, la théologie réformée.

 

C’est du point de vue du dogme réformé que nous allons maintenant envisager la question de la possibilité d’une philosophie, et d’une philosophie qui ne se confonde pas avec la dogmatique.

 

Il est nécessaire, pour répondre à la question posée, de dire ce qu’est le calvinisme par rapport au problème qui nous occupe ; ce qu’est, pour lui, la dogmatique ; quelle idée il peut se faire de la philosophie.

 

Le calvinisme est d’abord une religion positive.

 

La source et la norme de son dogme est une révélation historique et progressive, une histoire sacrée qui a ses lieux, ses dates, son document : l’Écriture ;

 

son centre : le Christ crucifié.

 

Le calvinisme veut être non une Église nouvelle, mais l’Église ancienne réformée, et réformée selon le mobile de la piété qui est le Soli Deo gloria, le désir de promouvoir la gloire de Dieu, et  cela en prenant pour règle de foi les écrits reconnus par toute l’Église comme parole de Dieu et qui s’attestent à la conscience chrétienne comme Divine par le témoignage indirect et direct du SaintEsprit.

 

Le calvinisme, étant une réforme dans l’esprit de la tradition augustinienne, est anormaliste : il croit à la chute et à la corruption totale de la nature humaine — dans le sens extensif, bien entendu, et non dans le sens intensif — ; il vise donc à purifier l’Église de l’hérésie, sous la forme du judaïsme moraliste d’abord.

 

Sur ce point, il se confond avec le luthéranisme orthodoxe.

 

Il acceptera donc la justification sola fide.

 

Mais il vise à être une réforme plus complète.

 

Il se distingue du luthéranisme en ce qu’il porte un effort intense contre l’autre aspect que revêt l’hérésie : l’élément païen, qui tend à confondre les signes divins avec le numen lui-même, à reléguer Dieu au second plan, ou à mettre Dieu sous la dépendance de l’homme et des choses.

 

Enfin, le calvinisme est sur un autre plan que le rationalisme : il est suprarationaliste.

 

Pour lui, le principe intérieur de la certitude dogmatique et la condition de l’intellection est la foi.

 

Il pourrait s’approprier la devise de saint Anselme : Fides quærens intellectum (la foi recherche l’intelligence).

 

Contrairement au catholicisme romain, il considère la foi comme un élément essentiel de la nature humaine dans son état d’intégrité avant la chute : la foi qui croit (fides qua creditur), la foi, faculté de reconnaître Dieu et les choses divines, quand la révélation se produit.

 

C’est la foi, l’intuition, en nous, de Dieu soutenant notre subsistance et le mouvement de notre vie ; la foi, l’intuition de Dieu dans le monde, où il agit par la création continue et par la conduite qu’il lui impose ; la foi, l’intuition de Dieu dans l’Écriture, où il parle avec Autorité et Promet avec Fidélité.

 

La foi, corrompue par la chute, n’est plus guère que la religiosité conservée par la grâce commune.

 

Mais dans l’état de chute, elle se refuse quand elle devrait se donner, et se donne quand il faudrait se réserver.

 

La nature corrompue ne voit pas toujours que la foi est tellement essentielle à l’essence de notre être qu’on ne peut faire aucune démarche dans la voie de la connaissance sans prendre son point de départ dans un acte de foi initial à quelque principe, ne serait-ce qu’en l’intuition du doute sceptique et du droit intellectuel au doute.

 

Comme pour les autres philosophies intuitionnistes, nous parlerons donc de lumières naturelles plus que de raison naturelle.

 

La pensée naturelle est au seuil du sanctuaire quand elle comprend que la seule attitude conforme à la sagesse et à la dignité de l’Esprit est de n’accorder la foi totale qu’à l’Esprit absolu, originaire et garant de la réalité.

 

Le calvinisme étant ainsi caractérisé, il est aisé de déterminer ce que sera pour lui la dogmatique.

 

Ce sera une synthèse des mystères de la révélation religieuse, opérée par la raison, qui elle-même a reconnu que la foi est la condition de l’intelligence.

 

C’est la science de la foi, par la foi, science qui a pour objet le contenu de la religion positive.

 

Or, la religion a pour fin principale de nous faire connaître la manière de servir et de glorifier Dieu par la foi et les œuvres, et pour fin subordonnée de nous enseigner la voie du salut.

 

La dogmatique a pour objets Dieu, l’homme et le monde en tant que dépendant religieusement de lui pour être conduits à leurs destinées suprêmes, en tant que perdus ou que sauvés.

 

Puisque la foi chrétienne réformée s’est érigée en science dogmatique avec sa théologie propre, son anthropologie et sa cosmologie, la question se pose de savoir s’il y a place, à côté de cette dogmatique, pour une philosophie chrétienne ayant les mêmes objets : Dieu, l’homme, la nature, et, dans le cas affirmatif, comment elle se distinguera de la dogmatique.

 

Immédiatement apparaît une différence fondamentale quant à la finalité : la science dogmatique se propose de connaître ce que Dieu a révélé pour que nous le servions et que nous trouvions la voie du salut.

 

Les sciences concrètes et la philosophie, science des premiers principes universels des sciences, se proposent de connaître la nature, pour l’asservir.

 

Dieu, la souveraineté de Dieu ne sont considérés que dans la mesure où ils peuvent nous faire comprendre l’ordre de la nature qui en relève ; ainsi Dieu, comme cause première, comme ciment logique de la réalité, comme dynamisme ultime de la totalité du réel.

 

La théologie positive de par son essence a pour texte la révélation de Dieu dans la subsistance, dans les relations et le changement de la totalité du réel de la nature.

 

Par sa doctrine de la préordination éternelle et immuable de toutes choses, de la création et de la conservation du monde et de la vocation royale de l’homme sur le monde, le calvinisme, affirmant un univers et un déterminisme de l’ordre de l’univers, donne à la philosophie un domaine bien à elle et distinct de celui de la dogmatique : le domaine de la nature ou ordre imposé par Dieu au créé.

 

Comment le calviniste fera-t-il de la philosophie ?

 

Puisqu’il est rétabli virtuellement dans son état de rénovation ou de régénération et qu’il a retrouvé la faculté normale de l’homme, la foi, il partira des mêmes principes normatifs que la dogmatique : la foi, condition de l’intellection ; la révélation chrétienne dans l’Écriture, norme suprême.

 

Comme pour la dogmatique, il appliquera sa raison croyante à l’étude de son texte : la nature et les généralisations dernières qu’il s’agit d’en tire r; comme le théologien applique sa raison régénérée ou illuminée à l’interprétation scientifique de son texte qui est la révélation positive.

 

Pourquoi fera-t-il de la philosophie ?

 

Parce qu’il a des aspirations humaines et des aspirations spécifiquement religieuses propres à sa foi réformée.

 

Des aspirations humaines, comme les autres hommes, il a besoin de comprendre ce qu’il connaît et de comprendre l’acte même de connaître.

 

Il cultivera les sciences particulières parce qu’il faut savoir pour pouvoir, et il cultivera la science des sciences parce qu’on ne sait vraiment que ce qu’on comprend.

 

Il s’agit là seulement d’une nécessité psychologique.

 

Mais le calvinisme a des aspirations religieuses qui font de la philosophie une nécessité vitale.

 

Il s’agit non plus pour lui, comme pour le catholicisme, de donner à sa foi une base rationnelle.

 

Nous l’avons vu, le calvinisme est suprarationaliste.

 

La foi religieuse n’est pas pour lui une opinion : elle est le type le plus élevé et le plus raisonnable de la certitude.

 

Aussi ceux des calvinistes qui, contrairement à Calvin, croient que l’existence de Dieu peut être l’objet de démonstrations rationnelles ne se servent-ils de ces preuves que pour critiquer l’athéisme et déclarent-ils que ni le fidèle ni l’Église n’en ont besoin.

 

Il s’agit pour lui de toute autre chose.

 

Il s’agit :

 

1°) de répondre à l’appel de l’instinct de la foi qui veut comprendre pour admirer, aimer, glorifier Dieu dans son œuvre ;

 

 2°) de promouvoir la foi en la souveraineté de Dieu dans tous les domaines de la pensée ; de renverser, selon l’idéal apostolique, toute forteresse qui se dresse contre Dieu ; d’amener toute pensée à se ranger, comme captive, derrière le char triomphal du Christ, et, pour cela, d’expurger la science des sciences de tout élément païen (déisme, panthéisme), comme Calvin en a expurgé la partie de l’Église qui s’est rangée derrière le principe qu’il a proclamé : La culture du domaine philosophique est donc non seulement un droit, c’est un devoir religieux.

 

Il reste à examiner brièvement quelques objections.

 

1. En éliminant l’élément païen, c’est la nature qui s’en va et avec elle la philosophie.

 

Réponse : l’élément païen n’est pas l’élément naturel, par opposition à l’élément chrétien, qui serait le surnaturel.

 

Le paganisme et le christianisme sont, l’un et l’autre, le naturel et le surnaturel.

 
Le paganisme, c’est la nature déchue ; le christianisme, c’est la nature rénovée.
 
 
D’autre part, il y a du surnaturel dans le paganisme, non seulement le surnaturel satanique, mais le surnaturel de la grâce commune.
 
La science et la philosophie cultivées par les païens sont les résultats magnifiques de l’action de la grâce commune ; l’élément païen qu’on y trouve ne doit pas être confondu avec elles.
 
Il peut et doit en être séparé.
 
Tout ce qu’ont dit et ce que disent les païens, le judaïsme, les hérétiques n’est pas forcément païen, juif ou hérétique.
 
 
Même dans les questions religieuses, ils ont des lueurs divines parfois : fulgurantes, sinon durables, et cela en vertu de la grâce commune.
 
 
Il est donc faux de dire qu’en éliminant ce qui est spécifiquement païen, nous éliminons la nature.
 
 
2. En assignant à la philosophie un objet religieux : Dieu, qu’elle atteint par la religiosité, par l’intuition de la foi, nous substituerions la religion à la philosophie.
 
 
Réponse : cela pourrait se soutenir si la philosophie n’avait d’autre procédé pour atteindre le vrai, d’autre lumière naturelle que la démonstration rationnelle.
 
 
Ce n’est pas le cas.
 
 
L’intuition sensible est aussi une lumière de la nature, un moyen de connaître, quelquefois le seul possible.
 
Toute science est bien obligée de partir d’indémontrables.
 
La foi n’est pas un procédé exclusivement religieux.
 
Même quand elle prend Dieu pour objet, si elle considère Dieu non comme révélateur, législateur souverain et Sauveur, mais sous l’aspect de l’explication suprême du réel, l’intuition de Dieu, la foi qui l’affirme, tout en étant un acte religieux, est une attitude philosophique.
 
La philosophie de la religion elle-même, quand elle considère les idées abstraites de la révélation positive, de religion positive, est encore de la philosophie et non de la religion.
 
Une philosophie de la religion n’a aucun moyen de déterminer quelle forme concrète le culte de Dieu exige, ni s’il fera ou non de pécheurs des fils adoptifs de sa grâce salvatrice.
 
Elle n’est donc pas une religion.
 
Pourquoi le calviniste ne pourrait-il, lui aussi bien qu’un autre, faire de la religion l’objet de son étude ?
 
Quoi ?
 
L’agnostique et le douteur pourraient le faire en partant de leur principe qui est le doute universel, et le calviniste n’aurait pas le droit de le faire en partant du sien ?
 
Mais le doute universel n’est pas le seul point de départ convenable de la philosophie.
 
On peut même affirmer que celui qui part de là y restera toujours empêtré et qu’il ne pourra jamais constituer une véritable philosophie qu’à condition de se donner un autre point de départ.
 
Nous croyons, au contraire, que la philosophie est la science des sciences, et qu’elle ne peut être cela qu’à condition de s’appuyer sur des certitudes fondamentales et premières, que l’intuition de la foi lui fournit.
 
Par la foi nous savons, dit Calvin après l’épître apostolique ; et par là, le calvinisme rejoint la grande tradition anselmienne pour qui la foi était la condition de l’intellection, et l’intellection le résultat d’un effort de la foi, fides quærens intellectum.
 
Ainsi, le type de philosophie que le calvinisme ne peut ni ne veut cultiver, c’est celui qui, érigeant le doute en principe, prétend créer, par ses seules forces, la vérité, faisant de l’homme la mesure de toutes choses.
 
Entre lui et cette philosophie-là, il y a une opposition principielle irréductible.
 
Toute philosophie calvinienne sera nécessairement une philosophie de croyants, même quand elle sera une philosophie de la croyance.
 
Le calvinisme n’a affranchi la pensée protestante que pour l’assujettir à l’autorité de Dieu, et il croit que c’est dans cette soumission à Dieu qu’est la véritable garantie de la dignité de l’esprit humain.
 
 
Auguste Lecerf, (1872-1943)
Pasteur Réformé
Théologien,
Il fut professeur de dogmatique réformé
à la Faculté de théologie protestante de Paris, 
spécialiste de la pensée de Jean Calvin
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : ressourceschretiennes

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 07:10
Le Bonheur par Ernest Dhombres

Croix huguenote

Le Bonheur

(Par Ernest Dhombres)

 

 

Je ne connais plus le bonheur (Lamentations 3.17)

Heureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez, parce que vous serez dans la joie. Vous serez heureux lorsque les hommes vous haïront et vous diront des outrages. (Luc 6.20-23)


 


 

Ce n'est pas sans surprise que j'ai constaté que le mot bonheur se trouve rarement dans la Bible.

Je ne l'ai rencontré, au moins dans son sens général, qu'au livre le plus poignant des Ecritures, les Lamentations de Jérémie ; encore n'y est-il que d'une manière négative :

« Je ne connais plus le bonheur. »

Serait-ce parce que cette réalité, trop belle pour notre pauvre terre, n'appartient qu'à un paradis retrouvé ?

D'autre part, si ce mot n'est pas dans nos pages sacrées, la chose s'y trouve ; mais elle n'exprime guère ce que nous décorons du nom de bonheur.

Que dirions-nous d'un ascète, d'un cénobite, ou d'un nouveau Jean-Baptiste qui viendrait nous proclamer cette doctrine étrange : Heureux les pauvres, heureux les affligés ; heureux ceux qui sont outragés et haïs ?...

On le prendrait pour un illuminé, pour un pauvre fou, auquel il faudrait conseiller de retourner à ses jeûnes et à ses prières au désert...

C'est là pourtant ce que Jésus est venu enseigner au monde, il y a dix-neuf siècles.

Or, par ce paradoxe -- si c'est vraiment un paradoxe -- il a marqué que le bonheur n'est nullement dans les choses extérieures de la vie, mais dans tel état d'âme qui domine les vicissitudes de la vie.

Eh bien, emparons-nous de la pensée de Jésus-Christ pour déterminer le vrai sens du mot bonheur, diamétralement opposé à celui que lui donne le monde.

Je crois qu'il nous sera facile de constater que le bonheur des mondains aboutit à une faillite, tandis que celui des chrétiens est une admirable réalité, au sein même de l'infortune.

Vous l'avouerai-je ? En étudiant le sujet du bonheur, je me suis senti gagné par une invincible mélancolie.

Et tout d'abord, ma pensée s'est portée vers ces millions d'êtres humains qui ne connaissent que la souffrance et les privations.

Dominés par les rudes nécessités de l'existence, ce ne sont pas eux qui ont le loisir de s'abandonner à des dissertations sur ce sujet.

Ils livrent l'inexorable combat pour la vie, du matin au soir, et ce combat devient chaque jour plus âpre et plus violent.

D'autre part, j'ai constaté que l'idée du bonheur s'est singulièrement abaissée en cette fin de siècle.

Elle pourrait tenir, au moins pour le grand nombre, dans cette formule brutale : être riche ou le devenir.

La passion de l'argent s'affirme de plus en plus avec cynisme.

La fortune -- la seule royauté aujourd'hui debout -- confère tous les privilèges et reçoit tous les hommages.

On est un homme riche, on est quelqu'un, on n'a que pauvreté ou fortune médiocre, on ne compte pas...

De là, les ambitions effrénées qui s'éveillent et qui, plus d'une fois, conduisent au crime.

Le métal tant convoité qui s'appelle l'or, miroite devant toutes les imaginations et leur donne le vertige.

C'est la sirène moderne qui attire et ensevelit dans ses abîmes toutes les nobles aspirations, tous les généreux sentiments.

Vous savez bien que je n'invente pas...

La spéculation, le cours de la rente, les fluctuations de la Bourse, constituent aujourd'hui les ressorts de la vie moderne.

Là se concentrent les combinaisons habiles des gens d'affaires ; là se trouvent les grandes émotions des jours de crise : joie ou stupeur, et quelquefois, les suicides...

Pourquoi cet affolement, cette fièvre de devenir riche, non par un labeur consciencieux, mais tout de suite ?

Oh, c'est bien simple ! Autrefois, nos ancêtres avaient la passion d'amasser ; aujourd'hui, nos contemporains ont celle de jouir.

Et pour jouir, il faut être les esclaves de cet adversaire moderne de nos âmes, le roi de l'or qui, plus cruel que les tyrans de l'antiquité, imprime au front de ses victimes ces deux flétrissures : l'égoïsme et le matérialisme.

Certes, nous ne faisons pas ici un procès à la richesse en général, ni aux riches chrétiens, fidèles dispensateurs des biens que Dieu leur prête ; mais nous marquons quelques-uns des traits de notre société moderne.

Eh bien, n'est-il pas vrai que jouirest en ce moment l'idéal de vie du grand nombre ?

Epicuriens, matérialistes pratiques, hommes, femmes, jeunes gens mondains, tous sont affolés de plaisirs jusqu'à la démence.

Ils se poursuivent, se heurtent, se bousculent pour avoir le premier rang sur cette arène, où le triomphe est fascinateur.

Et pour obtenir ce rang si envié, ne faut-il pas se livrer aux hasards de la spéculation, c'est à dire, s'exposer aux pires catastrophes ?

Ces bonheurs-là me causent autant de pitié que de stupeur...

Encore, n'en voyons-nous que le côté extérieur, que le décor brillant.

Mais les dessous ?

Avons-nous pensé à ce qui se dissimule de convoitises dans ces âmes vouées au culte du plaisir, du succès, de la vanité et des sens ?

Pour les satisfaire, ces convoitises, avons-nous pensé aux infamies, petites ou grandes, qu'il faut commettre ?

Savons-nous les basses envies, les noires jalousies que recèlent ces cœurs de mondains et de mondaines ?

Que de perfidies secrètes, de calomnies insidieuses contre des rivaux qu'il faut perdre !

Que de pactes indignes, tolérés peut-être par la morale des affaires, mais hautement désavoués par l'honneur !

Que de moyens délictueux, de trahisons, de menées ténébreuses, pour s'emparer de toutes les aises, de tout le luxe, de tout le pouvoir que confère la grande fortune, sans nul souci des victimes qu'on fait et des ruines qu'on amasse sur son chemin...

Oh ! je vous en prie, ne profanons pas le nom de bonheur en le donnant à ces satisfactions mauvaises, à ces réussites fatales, à ces triomphes insolents dont pourraient se glorifier non des hommes, mais des démons...

Poursuivons cette analyse et voyons si le bonheur ne se trouve pas dans une sphère plus haute.

C'est une belle chose que la contemplation de la nature.

Dieu a mis à profusion sur la terre les spectacles les plus magnifiques pour le plaisir de nos yeux et la joie de nos cœurs.

Il y a aussi de nobles jouissances, bien au-dessus des satisfactions vulgaires, dans l'étude des questions littéraires et scientifiques, dans la culture de l'art et de la poésie, dans les travaux de la pensée, dans la vue d'un tableau où le génie de l'artiste a fixé le reflet d'une beauté supérieure, comme aussi dans l'audition d'un poème symphonique tout pénétré de larmes et de suaves harmonies.

Notre âme vibre alors comme sous un souffle venu d'en haut, et ce frémissement est l'une de nos plus pures jouissances.

Toutefois nous ne pouvons prêter à ces satisfactions passagères, qui ne sont que l'agrément de la vie, le sens élevé du mot : bonheur.

C'est aussi une belle chose que la famille et ses tendres relations.

Vous qui les possédez, vous savez qu'elles sont bien près de réaliser le paradis sur la terre, et je ne m'arrête pas à vous les décrire.

Que de joies intimes dont vous gardez le souvenir dans vos cœurs comme on garde de saintes reliques !

Des joies, des bonheurs, ai-je dit !

Moments délicieux, heures bénies, jours ineffables !

Mais enfin, des moments, des heures, des jours, qui ne sont ni toute la vie, ni tout le bonheur !

En effet, vous savez bien que, le plus souvent, un ver caché gâte nos meilleures satisfactions : nous avons un aimable cercle de famille, et notre santé altérée nous empêche d'en jouir ; nous possédons tel bien auquel nous attachons peu de prix, et nous en désirons avec ardeur tel autre qui nous est obstinément refusé.

Toujours quelque chose d'incomplet, d'inachevé, de décevant, dans la destinée humaine et qui ne va pas sans mélancolie...

Puis, les points noirs à l'horizon, les mille soucis dont la vie est faite ; puis, l'imprévu, peut-être la gêne, une intelligence obscure, une infirmité menaçante, une carrière brisée ?...

Qui peut dire la variété des blessures que nous fait la vie ?

Elle serait inépuisable, la nomenclature de nos peines connues ou secrètes.

D'ailleurs, ce bonheur domestique qui nous est si cher même traversé par des épreuves, il en est beaucoup qui ne l'ont jamais goûté et qui se contenteraient, pour rassasier leur faim, des miettes tombées de notre table.

Que d'unions conjugales d'où sont bannies la confiance et l'affection !

Que de promesses de bonheur ont échoué sur la lande stérile de l'indifférence, et même de la répulsion !...

Et pour ceux qui aiment véritablement, leur félicité n'est-elle pas toujours menacée par l'instabilité des choses humaines ?

Ils vivent au sein des plus pures jouissances ; on les envie !

Attendez...Un lendemain mystérieux, tragique, les guette ; il va tout emporter au fond de l'abîme, comme ce cyclone qui engloutit une île dans les profondeurs de l'océan...

Oui, toujours et pour tous, l'inéluctable réalité de la mort et du sépulcre.

Pessimisme navrant ! S'écrieront peut être quelques-uns : 

« Vous assombrissez le tableau comme à plaisir. Vous oubliez qu'après tout, dans la vie, la somme des biens l'emporte sur celle des maux. »

Soit ! Je n'ai aucun goût pour une mélancolie de convention ni pour un dénigrement systématique de la destinée humaine ; je ne suis touché ni par les plaintives élégies des Werther et des René, ni par les désenchantements plus modernes de notre littérature dont le pessimisme marche de pair avec le sensualisme et la luxure...

Oh ! Pourquoi, sans le voir et comprendre, éteignez vous toutes les belles lumières du passé de notre France : foi, vertus domestiques, amour chevaleresque, généreux patriotisme, jeune enthousiasme pour tout ce qui est noble et grand !

Mais si je suis un ennemi déclaré du pessimisme, je n'ai aucun goût pour cet optimisme frivole et raffiné qui regarde avec un inexplicable désintéressement la vie comme un spectacle où la douleur et le crime ont leur place et leur rôle pour relever la monotonie de la scène.

Non, ne jouons ni au rire ni aux larmes.

Point de fiction, point de roman, mais le vrai dans la chaire chrétienne.

Eh bien, le vrai, c'est qu'il y a un fardeau de douleur qui pèse sur l'existence humaine.

Si vous me reprocheriez d'être pessimiste, n'en avez-vous jamais senti le poids ? Etes-vous satisfaits ?

Vous n'avez donc ni souffert, ni vu souffrir ?

Votre cœur est-il si bien fermé que le cri des misères humaines ne soit point parvenu à troubler sa quiétude ?

Il est vrai, qu’il plus rassurant de voir que l'on s'amuse et que, dans les rues, sur les places publiques, les visages sont épanouis et joyeux.

Mais si c’est cela qui vous rassure, alors c’est précisément ce qui m'effraie.

Est-ce que la joie vulgaire et la gaieté banale n'augmentent pas à mesure qu'on descend les degrés de la vie de l'âme ?

Est-ce que ce n'est pas une vérité démontrée qu'on souffre moins dans la proportion où l'on s'abaisse davantage, et que mettre son cœur au niveau de la vie est la sagesse de ceux qui suicident leur être moral, en sorte qu'on en vient à ne plus souffrir du tout, comme ces Romains de la décadence qui ne demandaient à leurs maîtres que du pain et des jeux...

Mais nous n'en sommes pas encore à cette chute irrémédiable.

Si la joie est sur les visages, c'est souvent un masque ; tout est tragique au fond des cœurs !

Comme je le disais, jamais le combat pour la vie ne fut plus meurtrier.

Sur notre planète, devenue trop étroite, se déploie un vaste champ de bataille où il y a des vainqueurs qui triomphent insolemment, et des vaincus qui jonchent le sol...

Toujours l'alternative de devenir oppresseur si l'on ne veut être victime.

Oh ! Dites, est-ce là le bonheur ?

Serions nous assez superficiels pour ne voir, pour n'entendre que les éclats de joie bruyante de nos grandes villes ?

Eh bien, écartons les murs de ces milliers de maisons de nos faubourgs, et nous verrons...

Ici, des mansardes où suinte la fièvre, un air fétide, des haillons, des êtres qui maudissent, qui blasphèment, qui montrent le poing à la destinée : là, des enfants pâles qui ont froid et faim ; des ouvrières livrées à la déchéance ou qui meurent de consomption pour rester honnêtes ; des femmes qui attendent avec terreur, le soir, leurs maris portant au foyer l'horrible férocité de l'alcool...

Dites, ces drames de tous les jours, de tous les instants, n'ont-ils pas le pouvoir de faire cesser votre tranquille optimisme ?

Et les hommes du monde gorgés d'or et de plaisirs, oh ! Ceux-là, vous les croyez heureux !

Eh bien, détrompez-vous.

Oui, s'ils n'avaient pas une âme immortelle qui les distinguât de la brute et s'ils n'avaient qu'à dire à leurs sens : mangez, buvez, rassasiez-vous !

Oui, s'ils pouvaient être toujours jeunes, toujours dominateurs, s'ils n'avaient pas à compter avec les rides du visage, les maladies, les infirmités, la vieillesse, la mort...

Voilà, pour beaucoup, ils ont commis cette forfaiture de vivre pour eux-mêmes, et ils se sont détachés sans le connaître, de Dieu et de leurs frères.

Pensées, affections, énergies du corps et de l'âme, ils ont tout placé à la banque désastreuse d'un monde qui passe.

Comme ils se sont affreusement trompés !

Eux qui n'aspiraient qu'à jouir, ils ne se sont préparés que la souffrance !

Eux qui n'estimaient que la richesse, ils n'ont en perspective que la pauvreté !

Ayons pitié d'eux : ils sont seuls avec leurs remords, et leur dernière heure est affreuse.

Tout leur échappe sur la terre et au ciel ; la mort les exproprie de tous les biens d'ici-bas, et ils n'ont rien là-haut.

Leur égoïsme fut un faux calcul, car l'égoïsme est une puissance de mort et un suicide...

Comprenez-vous maintenant la mélancolie dont je vous parlais en commençant ce discours ?

Nous avions voulu faire la revue de nos bonheurs, et voici, il se trouve que nous n'avons fait que celle de nos misères.

Ecoutez, mille ans avant notre ère, un désabusé, un grand roi :

« Quel avantage revient-il à l'homme de tout son travail ? J'ai appliqué mon cœur à rechercher par la sagesse tout ce qui se fait sous le soleil, et voilà, tout est vanité et rongement d'esprit. J'ai dit à mon cœur : Voyons, que je t'éprouve maintenant par la joie, et prends du bon temps. Et voici, même en riant, le cœur est triste et la joie finit par l'ennui. Je me suis bâti des maisons, j'ai planté des vignes et fait des réservoirs ; j'ai amassé de l'argent, de l'or, des pierreries... »

Et toujours le refrain sinistre :

« Vanité des vanités, tout est vanité. »

Et trois mille ans après, un poète de notre siècle a fait écho au désabusé du livre de l'Ecclésiaste : même recherche fiévreuse de tous les biens terrestres, mêmes passions, mêmes dégoûts mêlés de sanglots, enfin, même jugement sur le bonheur :

Qui tout à coup se brise, et, perdus dans l'espace,
Nous laisse épouvantés d'avoir cru vivre heureux.
Et cependant, le besoin du bonheur est impérissable autant qu'universel.
Le cœur de l'homme, si fragile et si vaste, a des aspirations infinies ; il lui faut la plénitude de l'être.
Or, le christianisme n'a pu méconnaître ce besoin primordial de l'âme humaine.
L'homme transformé par la grâce sera nécessairement heureux.
C'est son droit, et c'est aussi son devoir.
Eh bien, pourquoi ne sommes-nous pas heureux ?
Je vais vous le dire : c'est que nous demandons le bonheur à ce qui ne peut nous le donner.
Cette soif qui est en nous, nous la dirigeons non vers les fontaines du ciel mais vers les sources inférieures de la terre qui ne font que l'irriter.
Il en doit être ainsi, car nous avons méconnu notre nature, étouffé ses nobles instincts, elle se venge en nous livrant au désenchantement, à la tristesse, à la souffrance incurable.
En effet, ce n'est pas avec ce qui est imparfait, borné, terrestre, qu'on satisfait des besoins infinis ; ce n'est pas avec les biens d'ici-bas qu'on peut remplir des cœurs faits pour les choses éternelles.
O vous qui vous plaignez de la vie, apprenez à souffrir de la misère des misères, le péché, votre péché !
O vous qui dissertez avec éloquence sur les déceptions, les contradictions et les désordres de ce monde, affligez-vous d'abord du désordre central qui est dans vos cœurs.
Il faut que vous en veniez à vous reconnaître non seulement malheureux, mais encore coupables ; alors, vous éprouverez une soif plus ardente que toutes vos autres soifs, celle du pardon et de la sainteté.
Vous ne pourrez plus vous en distraire, vous ne voudrez plus en chercher l'apaisement dans les joies terrestres ; vous irez, à deux genoux, les mains suppliantes, le demander à votre Dieu.

« Heureux l'homme dont l'iniquité est pardonnée et le péché couvert. »

Voilà le motif élevé du vrai bonheur, et voici sa source : le pardon de Dieu par Jésus-Christ.

« Le bonheur, a dit le grand Pascal, est en Dieu et en nous »,

Ce qui signifie : dans la communion rétablie entre Dieu et nous.

Si je ne vois plus Dieu entouré des éclairs du Sinaï qui épouvantent ma conscience, mais tout enveloppé de la miséricordieuse clémence du Calvaire, alors s'établit entre lui et moi une relation paternelle et filiale qui fait cesser la cause première de ma tristesse.

Je puis aimer le Dieu manifesté en Jésus-Christ, et dès lors, il devient celui qui remplit la capacité de mon cœur.

Il fallait à ce cœur inquiet, déçu par la vie, un objet plus grand que lui-même et que tout ce qui est terrestre, plus grand que mon attente et que tout ce qui passe.

Je l'ai trouvé !

 

 

Le bonheur (suite et fin)

Bibles044

Croix Huguenote

 

 

 

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Charles Spurgeon

" J'avoue que je donnerais à peine un penny pour tout salut que je pourrais perdre. La vie éternelle est la chose dont nous avons besoin, la Vie de Dieu, qui ne peut jamais changer ou être enlevée de nous, et c'est ce qui est donné à toutes celles et ceux qui croient en Jésus Christ."

Car, lorsque que nous étions
encore sans force,
Christ, au temps marqué,
est mort pour des impies
 (Romains 5-6)

Croix Huguenote

  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite ?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

Croix Huguenote 

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