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Vie Protestante Réformée

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Jean Calvin

"Puisque Dieu, par conséquent, nous justifie par la Médiation du Christ, Il nous Acquitte, non pas par l'aveu de notre innocence personnelle, mais par une imputation de la justice ; de sorte que nous, qui sommes injustes en nous-mêmes, sommes considérés comme Justes en Jésus Christ."

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 20:43
Le chrétien de nom (2ème partie)

Le jonc croît il sans marais ?

Le roseau pousse-t-il sans humidité ?

Encore vert et sans qu'on le coupe,

il sèche plus vite que toutes les herbes.

Ainsi arrive-t-il à ceux qui oublient Dieu,

et l'espérance de l'impie périra.

(Job 8:11-13)

 

Mais de quoi la religion du chrétien de nom se nourrit elle ?

 

“Le jonc croît il sans marais ? Le roseau pousse t il sans humidité ?”

 

Le jonc dépend entièrement de la vase dans laquelle il est planté.

 

Si l’eau était retirée des marais, le jonc périrait plus vite qu’aucune plante.

 

“Encore vert et sans qu’on le coupe, il sèche plus vite que toutes les herbes.”

 

En hébreu, le mot jonc indique une plante qui boit toujours, qui vit en suçant l’humidité.

 

C’est aussi le cas du faux chrétien.

 

Il ne peut vivre sans quelque chose d’inférieur qui nourrisse sa prétendue piété.

 

Premièrement, c’est d’abord l’excitation.

 

Des assemblées de réveil, des prédications enflammées et des réunions de prirèes bouillantes le maintiennent vert ; mais, si le pasteur ardent meurt ou s’éloigne, l’Eglise n’a plus la même chaleur, et que deviennent les soi-disants convertis ?

 

Oh ! Combien ne sont que des plantes de serre chaude !

 

Hélas ! Si vous les exposez à l’air et qu’ils supportent deux nuits le froid de la persécution, qu’en restera t il ?

 

Mes amis, méfiez vous de la piété qui a besoin d’excitation pour vivre.

 

Je ne veux pas médire de l’excitation religieuse ; on s’excite pour des choses de moindre valeur.

 

Vous pouvez parfois vous y laisser aller ; mais que ce ne soit pas votre élément.

 

Si votre piété a poussé comme un champignon, elle sera à peu près aussi fragile.

 

Oui, beaucoup de pécheurs se sont convertis pendant les réveils ; mais il y en a autant qui, dans le délire de l’excitation, ont rêvé qu’ils s’étaient repentis et imaginé qu’ils avaient cru et qu’ils étaient acceptés comme enfants de Dieu.

 

Leur illusion peut durer des années.

 

Prenez y garde !

 

Certains chrétiens de noms ne peuvent pas plus vivre sans excitation que le jonc sans marécage ; mais le palmier dans le désert demeure vert et porte des fruits malgré la sécheresse.

 

Deuxièmement, d’autres se nourrissent d’encouragements.

 

Vous êtes l’enfant de pieux parents qui, naturellement, encouragent et cherchent à développer votre piété.

 

Ou bien vous faites partie d’une classe biblique présidée par des âmes aimables qui vous aident quand vous avez une difficulté.

 

C’est un grand privilège.

 

Je voudrais que chaque Eglise supportât les faibles.

 

Mais, chers amis, défiez vous de la piété qui dépend des encouragements.

 

Peut être que vous serez appelés à vivre avec des gens fâcheux et désagréables, qui, au lieu de vous porter à la prière, ne vous laisseront ni une place pour vous agenouiller, ni un moment pour chercher Dieu.

 

Vous pouvez êre exposés à des paroles dures, à des sarcasmes amers et à de cruelles moqueries.

 

Cherchez la grâce qui vous permettra de les supporter.

 

Que le Seigneur vous donne une force indépendante du secours de l’homme !

 

Que ce soit le bras de Dieu Lui même qui nous soutienne !

 

Troisièmement, pour beaucoup de personnes, la piété dépend de la prospérité.

 

“Job sert il Dieu pour rien ?” disait Satan à Dieu, en calomniant cet homme juste.

 

Hélas ! Cela pourrait être dit sans injustice de beaucoup de gens.

 

Je me souviens de deux personnes qui se sont jointes à cette Eglise à une époque où leurs affaires allaient bien.

 

Mais presque en même temps, elles firent des pertes successives qu’elles attribuèrent à leur profession de piété, dont elles abandonnèrent les devoirs extérieurs.

 

Il y en a quelques uns qui aimeraient Dieu s’ils voyaient leurs affaires prospérer depuis l’époque de leur prétendue conversion ; mais s’ils n’ont eu que des adversités, ils murmurentet se relâchent ; le jonc privé de son marécage humide se dessèche.

 

Quatrièment enfin, le chrétien de nom regarde beaucoup au degré de respect que sa religion lui attire.

 

John Bunyan disait :

 

“Beaucoup suivent la religion quand elle est chaussée de souliers d’argent ; mais ils l’abandonnent quand elle va nu-pieds.”

 

Permettez moi cette question :

 

Que feriez vous si l’attachement à christ était contrarié par la loi du pays, et si vous deviez constamment risquer votre vie pour lire la Parole ?

 

La cacheriez vous, comme les saints de Dieu le firent, derrière les boiseries, sous le parquet, au grenier, dans la cave, pour la lire à vos moments de loisir ?

 

Pourriez vous dire comme ceux du temps de Pline :

 

“Je suis Chrétien.”

 

Pensez vous que vous auriez la force de souffrir pour Christ ?

 

Vous pouvez dire : “je crains que non.”

 

Cette crainte est très naturelle.

 

Mais si vous pouvez  supporter les peines de chaque jour, les épreuves ordinaire de la vie et demeurer patients sous leur fardeau, vous pouvez espérer que, comme disciples du Christ, il vous serait accordé plus de force, quand ces épreuves plus grandes viendraient.

 

Mais si les afflictions présentes sont déjà de trop pour vous et que vous n’ayez pas la patience de les supporter, comment résisterez vous alors ?

 

Puisse notre religion vivre ailleurs que dans le limon du respect humain !

 

 

 

Le chrétien de nom (suite & fin)

Bible

Croix Huguenote

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 20:43
Le chrétien de nom (Dernière partie)

Le jonc croît il sans marais ?

Le roseau pousse-t-il sans humidité ?

Encore vert et sans qu'on le coupe,

il sèche plus vite que toutes les herbes.

Ainsi arrive-t-il à ceux qui oublient Dieu,

et l'espérance de l'impie périra.

(Job 8:11-13)

 

 

Quel est l’espérance du chrétien de nom ?

 

“Encore vert et sans qu’on le coupe, il sèche plus vite que les autres herbes.”

 

Premièrement, il sèche à défaut de la vase dont il se nourrit.

 

Les excitations, les encouragements, la respectabilité, la prospérité qui faisaient sa vigueur manquent et il défaille.

 

Cela arrive dans toutes les Eglises.

 

Nous n’avons eu que peu de défections à pleurer ; cependant, nous en avons eu et nous en aurons encore.

 

Seigneur, est ce moi ? Seigneur, est ce moi ?

 

Que cette question soit celle de chacun de nous.

 

Quelqu’un dit :

 

“Ce n’est pas moi”.

 

N’en soyons pas trop sûr, chèr(e) ami(e)...

 

Je crois à la persévérance des enfants de Dieu ; mais il y a dans toutes les Eglises de faux chrétiens.

 

Ils brillent, ils scintillent pendant un temps ; puis ils s’obscurcissent et s’éteignent.

 

Ce sont des étoiles filantes auxquelles l’obscurité des ténèbres est réservée.

 

Il vaut mieux ne faire aucune profession que de ne pas persévérer.

 

Souvenez vous qu’il y a à l’enfer une porte de derrière pour les prétendus saints, pour ceux qui ne sont pieux qu’en apparence, pour les prédicateurs qui ne connaissent, ni ne pratiquent dans leurs coeurs la vérité qu’ils prêchent, pour les membres d’Eglise qui sont aimables à beaucoup d’égards, mais n’ont pas réellement regardé à Christ pour leur salut.

 

Que ceux là se réveillent, de peur qu’ils ne sèchent et ne périssent !

 

Deuxièmement, bien que le jonc puisse rester vert dans son marécage, il tombera sous la faux....

 

Cher(e)s ami(e)s, la mort sera pour la plupart d’entre vous, je l’espère, le grand jour de joie où vous gravirez le sommet du Mont Pisga d’un pas fatigué comme Moïse en Deutéronome 34 ; mais, une fois là, la vue du pays vous récompensera de votre peine.

 

Combien notre sort sera différent si, comme pour le roi Belschatsar, le mot Thékel est inscrit devant nous, parce que, pesés à la balance, nous aurons été trouvés légers (Daniel 5.27).

 

O Dieu, ai je caché mon mal ?

 

Ai je mis une étoffe dorée sur mon front lépreux ?

 

Quoi !

 

Aurai je mangé à ta table, bu à ta coupe pour t’entendre ensuite me dire :

 

“Je ne t’ai jamais connu.”

 

Cher(e)s ami(e)s, je vous conjure par le Dieu Eternel de pratiquer purement la religion de l’Evangile.

 

Criez à Dieu pour être aidés ; vous ne pouvez pas suffire vous mêmes à cette tâche, parce que le coeur de l’homme est trompeur et désespérément malin.

 

Avant le jugement, “jugez vous vous mêmes, et vous ne serez pas jugés”.

 

Rappelez vous que “Jésus est venu au monde pour sauver les pécheurs”.

 

C’est Lui qui donne la repentance et la rémission des péchés.

 

Finissez en avec les bonnes oeuvres que vous faites pour être sauvés ; c’est la vase des marais.

 

Mettez votre confiance en Jésus et vous ne périrez jamais ; car personne ne vous ravira de Sa Main.

 

Amen,

 

spurgeon 

Charles Haddon Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

 

Bible

Croix Huguenote

 

 

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29 novembre 2013 5 29 /11 /novembre /2013 12:46
Pour n'honorer que notre Donateur

Quiconque s’abaisse, sera élevé.

(Luc 18.14.)

 

Nous ne devrions pas trouver difficile de nous humilier, car qu’avons-nous dont nous puissions être fiers ?

 

Notre choix devrait, au contraire, être celui de la place la plus basse, sans qu’il fût nécessaire qu’on nous le suggère.

 

Si nous sommes sincères et raisonnables, nous serons petits à nos propres yeux, et surtout quand nous nous placerons devant le Seigneur pour la prière, nous nous sentirons moins

que rien.

 

Nous ne pouvons, en effet, Lui parler de nos mérites ; nous n’en avons aucun, et notre unique espoir sera de lui dire:

 

« O Dieu, aie pitié de moi qui suis un pécheur.»

 

Mais alors quelle parole encourageante descend de son Trône jusqu’à nous :

 

« Celui qui s’abaisse sera élevé. »

 

Le chemin qui monte, commence donc par descendre.

 

Une fois dépouillés de nous-mêmes, nous nous trouvons revêtus d’humilité, le meilleur des vêtements.

 

Notre Dieu nous relève par la paix et la joie du cœur ; Il nous élève dans la connaissance de sa Parole et la communion avec Lui, dans la jouissance de Son Pardon et de Sa Justification.

 

Le Seigneur revêt de Ses Honneurs ceux qui les reçoivent pour honorer leur Donateur.

 

Il donne emploi, capacité et influence à ceux qui ne s’en laissent point enfler, mais restent humiliés dans la pensée de leur responsabilité plus grande.

 

Ni Dieu ni homme ne songeront à élever un homme qui s’enorgueillit lui-même; mais Dieu et tout homme de bien s’unissent pour honorer la modestie.

 

–        O Dieu, abaisse-moi à mes yeux, afin que je sois élevé aux tiens.

 

 

Amen,

 

 

spurgeon

Charles Haddon Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

 

Bible

Croix Huguenote

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:32
Amen par Ernest Dhombres (3ème Partie)

Croix Huguenote

Et tout le peuple dira :

Amen !
(Deutéronome 27.15)

(Dernière partie)

 


Après les amens de la prière individuelle, voici les amens du culte public.

 

Dans cette heure sacrée, Dieu parle et l'homme écoute.

 

Un dialogue dont le pasteur est l'organe s'établit entre les enfants de la terre et le Père qui est aux cieux.

 

Sublime échange ! Doux concert des âmes !

 

Simple et haute poésie de notre culte réformé qui trouva autrefois son berceau et son baptême dans une persécution de deux siècles.

 

J'ai vu dans les Cévennes les gorges profondes où se tenaient « les assemblées » ; j'ai vu la chaire portative qu'on y dressait et dont la vieille étoffe de serge noire frémissait sous le vent des forêts de châtaigniers.

 

J'ai vu les escabelles où s'asseyaient nos aïeules, tremblantes de peur en songeant aux dragons du Roi qui pouvaient surprendre l'assemblée, mais pleines d'allégresse à écouter les prédicateurs de la sainte Parole du Roi des Rois !

 

J'ai vu les livres de Psaumes vénérables, noircis par la fumée, qu'avaient tenus les mains ridées des vieillards, et il m'a semblé entendre les prières, les accents frémissants de cette Eglise sous la croix, comme ses amens de confiance, de patience héroïque, qui précédaient pour plusieurs un autre amen tragique, celui que les martyrs et les confesseurs prononçaient sur les bancs des galères et sur les marches des échafauds.

 

Et puis, quand j'ai considéré les héritiers de ce grand passé, une indicible tristesse m'est montée au cœur.

 

Un grand nombre des descendants de ces persécutés ne vont plus dans les temples, que pour plaire à la libre pensée dont ils reçoivent le mot d'ordre, d'autres n'y vont qu'aux grandes fêtes ; d'autres s'y rendent par bienséance, par habitude, et, dans certaines Eglises, parce que cela est bien porté et fait partie d'une bonne éducation...

 

Voici la loi de Dieu, écho vibrant du Sinaï, avec sa sève morale, ses ordres impératifs qu'on ne doit ni affaiblir, ni discuter ;

 

Voici la confession des péchés qui déclare que nous avons transgressé ces commandements et, comme, conséquence, que nous méritons « la condamnation et la mort ».

 

Le pasteur ratifie ces aveux en prononçant le mot amen.

 

Mais combien nombreux aujourd'hui, ceux qui, gagnés par l'esprit du siècle, n'ont ni le sens de la justice de Dieu et de ce que nos pères appelaient noblement « l'honneur de Dieu », ni la conviction tragique du péché et de la condamnation nécessaire qu'il entraîne à sa suite ?

 

Voici le Symbole des Apôtres : c'est comme un phare qui projette ses clartés puissantes sur la chrétienté tout entière et qui rallie les diverses communions de l'Eglise de Jésus-Christ, à travers les siècles, à un symbole universel.

 

Et le pasteur dit amen à ces vérités éternelles.

 

Mais combien, parmi ces protestants, qui ne voient dans ce symbole qu'un vieux document sans valeur dont il serait opportun d'alléger notre culte, en le débarrassant de dogmes surannés, répudiés par les jeunes générations ?

 

Voici le chant des Psaumes des Huguenots, cordial de ces grandes âmes, et celui de nos cantiques, expression poétique et touchante de la piété des chrétiens ; nous disons amen à ces mâles accents comme à ces ferventes adorations, mais combien d'auditeurs qui ne chantent ni du cœur, ni des lèvres, et qui restent indifférents, distraits, devant ces effusions de l'âme de l'Eglise !

 

Voici la prédication.

 

Quand elle ne pactise pas avec l'effacement de la doctrine, cette moelle des lions, sous le frivole prétexte d'être actuelle, c'est-à-dire de favoriser l'ignorance de notre époque, dédaigneuse de toute théologie, quel puissant moyen de conversion, quelle action sur les âmes !

 

Le pasteur termine ses appels par le mot amen.

 

Mais combien l'ont ratifié par un humble retour sur eux-mêmes ; combien se sont écriés :

 

O Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ?

 

Combien se sont véritablement donnés au Dieu de Jésus-Christ ?

 

Ils ont écouté le sermon en dilettantes et, le plus souvent, avec un esprit critique qui ne prépare guère à la conversion.

 

Enfin, voici la bénédiction, si simple et si belle !

 

Nous pourrions l'emporter avec nous, le dimanche, comme un  bienfait apportant bénédiction et protection de nos jours ouvriers ; mais nous ne l'écoutons même pas, pressés que nous sommes d'aller reprendre le cours de conversations frivoles, interrompues pendant l'heure du culte...

 

En sorte que dans ces coupes d'or où sont contenues les prières des saints, dit l'Apocalypse, nous mettons des gouttes délétères dont « l'encens monte au ciel en nuage odieux », selon les expressions sévères de Vinet.

 

Ah ! mes frères, il est un être qui n'a pas connu ce désaccord entre son cœur et ses lèvres, un être dont les pensées et les paroles, les sentiments et les actes ont tous été une adhésion absolue à la volonté de Dieu : c'est Jésus, notre Sauveur et notre modèle parfait.

 

Voilà pourquoi l'Ecriture l'appelle l'Amen, le Témoin fidèle et véritable, un des plus beaux noms qui lui aient été donnés.

 

Il a été l'Amen de la vérité, car jamais l'ombre d'un mensonge ou même d'une exagération n'a effleuré Sa Pensée.

 

De là, l'autorité absolue de son enseignement.

 

Il a été l'Amen de la sainteté.

 

Cherchez une tache à ce soleil, vous ne sauriez la trouver.

 

C'est pourquoi, Jésus restera jusqu'à la fin des siècles l'idéal moral de l'humanité.

 

Il a été l'Amen de la soumission.

 

Nous le voyons, la nuit et le jour, se pénétrer de la volonté de son Père, n'enseigner, n'agir, ne faire des miracles que par Lui et pour Lui, jusqu'à cette obéissance sublime de la croix où Il expire, tout sanglant, et qui est l'Amen final de sa vie divine.

 

Alors, le Père l'a glorifié en prononçant sur Lui cet amen suprême :

 

« Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que j'aie mis mes ennemis sous tes pieds »,

 

Et les anges se sont associés à Son Elévation dans le ciel par cette salutation magnifique :

 

« Portes, élevez vos linteaux ; laissez entrer le Roi de gloire. »

 

 

O mes frères, que nos pensées, nos volontés, nos sentiments, nos actes, nos prières, soient tous des amens.

 

Que le nom Amen, c'est-à-dire le Témoin fidèle et véritable, puisse nous être appliqué !

 

Qu'il passe du Maître aux disciples, afin que, au dernier jour, Dieu puisse prononcer sur chacune de nos vies l'amen de miséricorde qui nous mettra en possession de la gloire éternelle !

 

Amen,

 

Ernest Dhombres

 Ernest Dhombres,

Pasteur Protestant Réformé

Bible

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:31
Amen par Ernest Dhombres (2ème Partie)

Et tout le peuple dira :

Amen !
(Deutéronome 27.15)

(Seconde partie)

 

 

 

Après ces considérations générales, en essayant d'étudier nos amens dans deux manifestations de notre vie chrétienne, la prière et le culte public, il faut regarder si elles correspondent, pratiquement, à la belle théorie qui vient d’être développée.

 

Les amens qui soulignent nos prières ne sont-ils pas souvent formalistes ?

 

Où sont les coups d'ailes qui nous emportent vers Dieu ?

 

Nous nous tenons dans le terre à terre des vaines oraisons ; quel bien peuvent-elles nous faire ?

 

Et cependant, c'est nous qui avons dit de la sœur de charité égrenant dévotement son chapelet : Quel mécanisme !

 

Nos amens ne peuvent-ils être coupables ?

 

Nous nous sommes révoltés devant l'hypocrisie de Louis XI méditant un crime :

 

 « Que votre volonté soit faite, vierge mère ! » « Et la mienne aussi »,

 

murmure le vieux roi fourbe, superstitieux et cruel.

 

Au temps du siège de Paris, l'âme française, à laquelle déplut ce légalisme suffisant, s'indignait devant les prières officielles pour le succès des armées allemandes, ordonnées par le roi Guillaume, se prenant au sérieux comme l'Oint de l'Eternel chargé de châtier nos péchés.

 

Et nous, n'avons-nous jamais dit amen à une cause triomphante, même injuste, parce qu'elle servait notre égoïsme national ou notre amour-propre sectaire ?

 

Ne nous est-il jamais arrivé de vouer au jugement de Dieu quelqu'un de nos ennemis et de prononcer sur son châtiment un amen vindicatif  ?

 

C'est un païen, Sénèque, qui a dit ce mot profond :

 

« Nous faisons tous les jours aux dieux des prières que nous n'oserions adresser aux hommes »...

 

Nos amens ne sont-ils jamais l'expression de notre orgueil ?

 

Je me souviens d'avoir lu une autobiographie, traduite de l'anglais, qui m'avait vivement impressionné.

 

L'auteur racontait lui-même qu'il avait demandé à Dieu, par une sommation hardie, de grandes richesses.

 

Dieu avait daigné l'exaucer : l'or, l'argent, les billets de banque affluaient dans ses caisses.

 

Mais, parvenu au faîte de la fortune, que voyait-il du haut de cette tour d'or et d'ivoire qu'il s'était plu à ériger ?

 

Là-bas, son triste veuvage, la mort prématurée de plusieurs de ses enfants, l'ingratitude des autres ; c'était d'une mélancolie navrante...

 

Eh bien, ne pourrait-il se faire que Dieu dit amen à quelqu'une de nos prières ambitieuses, bien moins pour nous bénir que pour nous châtier ?

 

Mais il est des amens de sainteté auxquels Dieu prend plaisir et qui sont la piété elle-même.

 

Aspirer à la vie et à l'imitation de Christ, quel idéal déployé devant celui qui prie et qui voit une cime succéder à une autre cime sur les hauteurs de la perfection chrétienne !

 

Ici, nous pourrons tout demander pour tout obtenir ; ici, nous oserons être ambitieux, car Dieu se plaira à nos audaces comme à nos triomphes.

 

Il est des chrétiens qui marchent de force en force, parce qu'ils ont entrepris ce noble labeur de croître dans la vie divine.

 

Comme ils sont bienfaisants !

 

La lumière qui se détache d'eux, la sérénité de leur visage, la paix de leur âme, quelle belle apologie du christianisme !

 

Mais combien sont-ils, ces vaillants dont la vie n'est qu'un amen de sainteté ?

 

D'autres chrétiens, ou “demi-chrétiens”, se soucient peu de grandir en piété, de devenir meilleurs ; peut-être même ne le désirent-ils pas du tout ?

 

Ils sont de feu pour solliciter les bénédictions temporelles, de glace pour demander les biens spirituels.

 

Quoi, tant d'ardeur à souhaiter la santé, la prospérité, le succès de leurs enfants, tant de froideur à demander leur conversion !

 

Allons plus loin, déchirons les voiles qui dissimulent nos hypocrisies !

 

Il est des grâces que nous ne désirons pas recevoir et des progrès que nous ne voulons pas accomplir parce qu'ils effraient notre lâcheté morale.

 

Nos lèvres disent à Dieu : délivre-nous du mal, et nos cœurs se refusent « à couper ce bras, à arracher cet œil » qui nous font tomber dans le péché.

 

Alors, une dualité s'établit au dedans de nous ; une fiction dangereuse trouve droit de cité dans notre vie chrétienne, et nous voilà semblables à Ananias et à Saphira qui voulaient donner quelque chose aux apôtres, tout en gardant par un mensonge une partie de leur fonds de terre.

 

Bien des chrétiens pratiquent, peut-être sans en avoir conscience, cette hypocrisie redoutable.

 

Dès lors leurs amens de sainteté sont absolument stériles, car aucun progrès spirituel n'est possible pour les âmes qui ne sont pas droites, et Dieu refuse son Esprit à ces chrétiens qui gardent en eux-mêmes des interdits sacrilèges...

 

Si les amens de sainteté sont indispensables à notre vie religieuse, il en est de même des amens de soumission.

 

C'est ici que l'imitation de notre Maître devient à la fois tragique et sublime.

 

Disciples de Celui qui fut obéissant jusqu'à la mort de la croix, nous ne pouvons nous soustraire à une obéissance libre et filiale.

 

Mais combien douloureuse !

 

Et cependant, il est des chrétiens qui trouvent une paix céleste dans l'immolation de leur volonté à celle de Dieu.

 

Je ne connais pas de plus belle démonstration de l'Evangile.

 

Là, le drame de Gethsémané -- hors son côté divin et rédempteur -- s'est accompli pour eux.

 

Quelle lutte avant l'apaisement !

 

Ils ont commencé par crier, chacun dans sa langue et selon sa détresse personnelle :

 

« Père, si tu voulais que cette coupe passât loin de moi ? »

 

Cette coupe, c'était un endroit chéri à sacrifier ; c'était peut-être l'exil, l'abandon, la pauvreté, la flétrissure...

 

Et le Père : Mon enfant, cela n'est pas possible pour ton bien.

 

 - Père, pourquoi me traiter ainsi, pourquoi m'infliger un si cruel châtiment ?

 

 - Mon enfant, pour t'apprendre à te dépouiller de toi-même, de ta volonté mal situé, pour mettre sur ton front un reflet de l'image de mon Fils.

 

- O Père, je ne puis dire amen ; mon cœur se révolte ; aie pitié de moi ; je suis triste jusqu'à la mort ; tu vois mes larmes, ma sueur, mon agonie ; ne peux-tu donc m'épargner ?

 

- Et le Père : Mon enfant, cela n'est pas possible pour ton bien !

 

- O Père, si tu le veux, si tu me presses, que ta volonté soit faite, non la mienne !...

 

Et l'amen de la soumission est prononcé, et les anges de tressaillir devant cet apogée de la souffrance humaine transfigurée par une sublime obéissance.

 

Toute  vie a, dès à présent, ou elle aura un jour son Gethsémané.

 

Connaissez-vous une seule vie qui ait échappé à cette loi universelle ?

 

Pour moi, je déclare n'en point connaître.

 

Mais ce que je sais avec non moins de certitude, c'est qu'il en est beaucoup qui expérimentent les douleurs du jardin des Oliviers sans en recueillir les bénédictions.

 

Combien de chrétiens, ou qui se disent chrétiens, qui succombent sous leurs épreuves sans en chercher le sens profond et le but sanctifiant !

 

Quoi, chers affligés, vous avez été épargnés jusqu'ici, vous avez passé à côté de vos bonheurs terrestres sans les considérer, pour ainsi dire, sans prononcer des amens de reconnaissance qui les eussent soulignés aux yeux de votre âme, et maintenant que Dieu vous les ôte, il vous semble qu'il n'en a pas le droit.

 

Nous nous plaignons amèrement, nous doutons de son amour !

 

Sans nous révolter ouvertement, il y a en nous une impatience secrète, et nos larmes, d'ailleurs légitimes, tourneraient au dépit et à l'irritation ?

 

O l'horrible torture de ne pouvoir se soumettre à la volonté de Dieu !

 

Comme elle aggrave nos épreuves ! Comme elle les rend intolérables !

 

Allons, mes amis, allons visiter à nouveau le jardin des Oliviers : là, en voyant Notre Sauveur

 

- plus pâle que les pâles oliviers témoins de son agonie

 

- fléchir sous le double fardeau des misères et des péchés de l'humanité, de nos péchés, nous aurons des remords de nos douleurs égoïstes et nous apprendrons de Lui le secret des amens de soumission filiale.

 

« O Roi de gloire et homme de douleur, quiconque t'a aimé a souffert ; quiconque t'aime consent à souffrir ! Il est voué tout ensemble à la gloire et à la douleur ! » (Vinet)

 

Consentir librement à la souffrance, tel est l'amen héroïque qui nous unit, à Jésus-Christ et met sur nos fronts un trait de ressemblance avec Lui !

 

J'ai parlé jusqu'ici pour des chrétiens, ou qui font profession d'être chrétiens.

 

Mais si je voulais décrire les révoltes de notre siècle contre la destinée humaine, alors quel douloureux spectacle s'offrirait à nos regards !

 

Fut-il jamais un siècle plus désenchanté, plus sombre en son pessimisme, et en même temps plus avide de jouissances ?

 

Il ne veut pas souffrir !

 

De là ses blasphèmes en demandant compte à Dieu, -- s'il y a un Dieu, -- des mystères qui nous déconcertent :

 

Pourquoi les fléaux, les maladies, les infirmités, la misère, l'inégalité des conditions, la vieillesse, la mort ?

 

C'est une clameur universelle contre Celui qui est le créateur et qui n'a pas fait de notre terre un paradis.

 

Et notre siècle nie l'un des termes du problème, le péché, et, avec non moins d'incrédulité, il nie le plan rédempteur par lequel Dieu a daigné réparer le péché en donnant son Fils au monde, son Fils, le divin médecin des maux du corps et de l'âme !

 

Lui, ce Fils, roi de l'humanité, notre peuple le repousse tantôt avec dédain, tantôt avec colère.

 

O peuple généreux, mais égaré, qu'il nous soit donné de te présenter le vrai Christ des Evangiles tout fait de mansuétude !

 

C'est Lui qui éclairerait la raison, qui dissiperait ces noirs cauchemars, qui guérirait ces blessures...

 

Et nous, comme nous serions dans l'allégresse si, de cette poitrine oppressée par le doute et la révolte, s'échappait enfin, au lieu de cris de haine, un amen libérateur de foi, de soumission, de confiance filiale à l'égard de ce Dieu qui est amour et qui, par son amour, peut transfigurer notre destinée !

 

(Suite et dernière partie) Amen par Ernest Dhombres

 

 

Bible (115)

Croix Huguenote

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:30
Amen par Ernest Dhombres (1ère partie)

Croix Huguenote

Et tout le peuple dira :

Amen !
(Deutéronome 27.15)

(Première partie)

 

Avons-nous réfléchi à la portée considérable de ce petit mot amen que nous disons, le plus souvent sans y penser, dans les exercices du culte public et en terminant toutes nos prières ?

 

Rappelons-en l'étymologie et essayons de faire en quelques mots l'histoire de ce vocable biblique.


Le mot amen dérive d'un mot hébreu qui signifie « appuyer, soutenir ».

 

Il exprime une affirmation énergique, une adhésion formelle à ce qui vient d'être dit.

 

La locution française, « ainsi soit-il », en est, sinon la traduction littérale, du moins la fidèle interprétation.

 

C'est dans une circonstance mémorable de l'histoire des Hébreux que ce mot fait sa première apparition.

 

Moïse n'est plus ; mais, avant de mourir, voici ce qu'il a ordonné :

 

Après le passage du Jourdain et l'entrée d'Israël dans la terre promise, Josué, son successeur, élèvera un autel, formé de pierres, sur lequel il fera graver la loi de Dieu.

 

Puis, la moitié des tribus se tiendra sur la montagne de Garizim et l'autre moitié sur la montagne d'Hébal ;

 

Les bénédictions de la loi seront lues sur la colline de Garizim, et le peuple répondra :

 

« Amen » ;

 

Les malédictions de la loi seront lues sur la colline d'Hébal et le peuple répondra :

 

« Amen »,

 

C'est-à-dire :

 

« J'adhère aux promesses, j'adhère aux menaces de l'Eternel. »

 

Scène pittoresque et grandiose, accomplie par l'ordre de Josué dans la forme prescrite par le grand législateur Moïse, et qui dut laisser au cœur du peuple d'Israël une trace moins périssable que celle des caractères inscrits sur l'autel de granit.

 

Nous retrouvons cet amen dans plusieurs moments solennels de la vie du peuple de Dieu :

 

- au temps de David, lorsque ce saint roi fait transporter l'arche de l'alliance à Jérusalem ;

 

- au temps d'Esdras où la Loi, remise en honneur, est lue pendant plusieurs jours de suite devant les captifs revenus de l'exil.

 

Nous le retrouvons dans les Psaumes, notamment dans ce beau passage :

 

« Béni soit à jamais le Dieu d'Israël d'éternité en éternité : amen, amen. »

(Psaume 41.14)

 

En passant à la seconde partie Biblique, là, ce mot se rencontre sur les lèvres de Jésus comme une formule qui précède ses enseignements et que nous traduisons ainsi :

 

« en vérité, en vérité. »

 

Il est à la fin de l'Oraison dominicale comme une ratification de la prière du Sauveur et il signifie :

 

« ainsi soit-il. »

 

Le mot amen apparaît dans le Livre des Actes et dans plusieurs épîtres qu'il termine.

 

Il est le dernier mot de l'Apocalypse et comme le couronnement des Révélations divines.

 

Recueilli par l'Eglise apostolique, il retentit dans les assemblées des croyants ; il est prononcé par les ministres de Dieu, à travers les siècles, dans les diverses communions chrétiennes qui le chantent, ou le prononcent à haute voix, ou le disent silencieusement.

 

Dès lors, le mot amen, ou son équivalent, ainsi soit-il, termine toutes les prières des cultes privés et publics, et devient partie intégrante de l'adoration de l'Eglise universelle.

 

Voilà la portée historique de ce petit mot.


Quelle est sa valeur religieuse ?

 

Elle est bien plus grande qu'on ne pense.

 

Ce mot, amen, renferme toute une théodicée.

 

Il exprime le libre rapport entre Dieu et l'âme humaine.

 

Le Dieu de la Bible n'est pas le Dieu du déisme, immobile et muet, enchaîné à son œuvre qu'Il ne peut modifier.

 

Il n'est pas non plus le Dieu du panthéisme, abîme obscur où la créature et le créateur se confondent.

 

Il est le Dieu personnel et vivant qui a fait l'homme à son image, c'est-à-dire, libre comme Lui-même ; qui s'approche de cet homme et l'invite à s'approcher de Lui ;  qui l'appelle à unir ses pensées aux siennes par un volontaire acquiescement.

 

L'homme peut accepter ou refuser l'offre divine.

 

S'il l'accepte, cette adhésion à ce que Dieu enseigne et commande, cet assentiment, que le mot amen exprime d'une manière si claire et si concise, c'est l'essence même de la piété ; c'est l'acte moral par excellence qui nous unit à la source de tout bien et qui parvient à faire de sa volonté notre propre volonté.

 

Combien il y a loin de cet amen libre, filial, joyeux, à l'amen fataliste auquel se résignent des millions de bouddhistes et de mahométans !

 

Tel fut aussi le fond du paganisme grec et romain.

 

Certes, nous reconnaissons que l'amen stoïque de plusieurs philosophes ne manqua pas d'une noble dignité, et nous pensons aussi qu'il n'est pas sans grandeur, l'amen fataliste de cet Arabe nomade, prosterné devant les décrets d'Allah, qui accepte « ce qui est écrit » et se couche au désert, drapé dans son manteau, pour mourir avec majesté.

 

J'avoue préférer cette obéissance grave et pleine de respect à la révolte outrageante du pessimisme moderne contre l'inéluctable nécessité des choses qui nous broie dans son engrenage.

 

Toutefois, la conception du bouddhiste et du mahométan a quelque chose de lugubre qui donne le frisson...

 

Ce n'est pas de la sérénité, c'est de l'insensibilité, ce n'est pas l'effort de la volonté, c'est son inertie ; ce n'est pas un assentiment, c'est un écrasement ; ce n'est pas l'amen de la vie, c'est l'amen de la mort !

 

J'ai parlé d'Israël.

 

Si jamais le jeu de la liberté morale entre ces deux contractants, Dieu et l'homme, a été manifeste, c'est bien dans la vie du peuple prophète, vrai type de l'humanité.

 

De Moïse aux Rois, des Rois à l'exil, de l'exil à la restauration, qu'est l'histoire d'Israël, sinon la rencontre de deux libertés, celle de Dieu qui sollicite son obéissance et celle de ce peuple, appelé de « col roide », qui la refuse ?

 

Dieu connaissant tous les secrets du cœur de l'homme, tous les moyens de le vaincre, emploie alternativement les promesses et les menaces, les sévérités et les délivrances.

 

Israël est souvent indocile, endurci ; souvent aussi il s'humilie, il se repent, il prononce cet amen de soumission qui lui fait trouver grâce devant Dieu.

 

Pages émouvantes de la Bible, véritable épopée où le ciel et la terre sont en scène dans une lutte grandiose.

 

Réfutation victorieuse des doctrines modernes qui nient la liberté en Dieu et en l'homme, Dieu n'étant qu'une abstraction, et l'homme qu'un rouage de ce vaste mécanisme où ne se déploient que la Matière et la Force.

 

Nous retrouvons le même conflit entre Dieu et l'homme dans toute la révélation chrétienne.

 

Qu'est-ce que l'homme, au sens chrétien ?

 

C'est un coupable, un révolté qui a dit :

 

« Rompons nos liens, brisons nos chaînes. »

 

 Le voilà qui dresse la tête devant son Maître, volonté contre volonté, et, pour ainsi dire, Dieu contre Dieu.

 

Et ce Dieu, qu'est-il, au sens chrétien ?

 

Un Père miséricordieux qui s'est dit à Lui-même :

 

« Ce rebelle, ce coupable, je le vaincrai à force d'amour. »

 

Ce qu'Il a dit, Il l'a fait en lui donnant son Fils unique, mort sur une croix comme une victime expiatoire.

 

Et lorsque le révolté se laisse vaincre par cet amour divin, c'est un homme qui reconnaît son péché, qui se repent, qui s'humilie, qui rétracte ses égarements, qui rentre dans l'ordre, c'est-à-dire, dans l'obéissance.

 

Il dit maintenant à Celui qui l'a créé et sauvé :

 

« Pardon, oh ! pardon, je me donne à toi par une conversion sincère. »

 

L'entendez-vous prononcer cet amen décisif et irrévocable qui veut dire :

 

« Je ne suis plus à moi-même, je suis à toi, ô Père, à toi pour toujours. »

 

C'est le premier anneau de la chaîne qui l'attache à Dieu pour l'éternité, les amens successifs et journaliers de foi, de soumission, de confiance, viendront après, toujours plus fréquents, toujours plus décisifs, par le progrès de la vie divine.

 

Eh bien ! je ne crains pas d'affirmer qu'il ne peut y avoir, sous le ciel, un spectacle plus grand que celui de l'homme libre devenant l'esclave volontaire du Dieu sauveur auquel il s'est donné, et que l'obéissance de cette créature déchue et relevée, dépendante de Dieu et affranchie du péché, est digne du regard des anges, et manifeste la gloire la plus haute du Tout-Puissant.

 

Avais-je raison de dire que ce petit mot de deux syllabes contient la plus belle des théodicées et comme le résumé du christianisme ?

 

 (Suite) Amen par Ernest Dhombres

 

 

 

 

Bible

Croix Huguenote

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23 novembre 2013 6 23 /11 /novembre /2013 17:26
Rendre continuellement grâce pour toutes choses à Dieu notre Père au nom de Jésus Christ.

« Rendez continuellement grâces

pour toutes choses à Dieu le Père,

au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. »

(Ep 5 : 20)

 

Que signifie le mot continuellement ?

 

Nous serions tentés de répondre rapidement « Toujours, sans cesse, sans interruption, éternellement. »

 

Mais, attention !

 

Cet adverbe implique tout de suite l’idée du présent et de l’immédiat.

 

Ce n’est pas seulement demain quand tout va bien et que nos affaires prospèrent, quand nous nous sentons forts dans notre corps et dans notre âme que nous devons louer Dieu, mais c’est en cet instant même, aujourd’hui.

 

En fait c’est là le secret d’une victoire assurée, car c’est a notre égard la volonté de Dieu.

 

Ce verset ne dit-il pas encore :

 

« Rendez continuellement grâces à Dieu pour toutes choses » ?

 

Certes, il est facile de remercier Dieu quand on a reçu une bénédiction ou un bienfait de Sa part, mais « en toutes choses » nous paraît aller à l’extrême de nos capacités et contredire la logique et le simple bon sens.

 

Comme les Israélites en captivité pleuraient sur les bords des fleuves de Babylone en pensant à leur Sion lointaine et suspendaient leurs harpes aux saules de la contrée (Ps 137 : 1 et 2), ainsi nous trouvons-nous parfois on proie à une telle détresse — de quelque nature qu’elle soit — qu’il nous arrive de traduire en notre langage le cri de triomphe qui termine la première épître de l’apôtre Paul aux Thessaloniciens (1 Th 5 :18 et 19) et de le mettre a notre lamentable diapason, à peu près de la façon suivante :

 

« Soyez toujours tristes. Ne priez jamais. Plaignez-vous en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Satan. Eteignez l’Esprit. »

 

En réalité c’est un cri de joie que pousse l’apôtre Paul, cet homme qui a connu les persécutions de tous genres, qui a éprouvé la faim et la soif et qui s’est trouvé exposé à des dangers multiples, cet homme que les Juifs de son temps cherchaient par tous les moyens à faire mourir, voici son cri de triomphe :

 

« Soyez toujours joyeux. Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. N’éteignez pas l’Esprit. »

 

Même si cela nous parait difficile, impossible humainement parlant, cela nous est rendu possible en n’importe quelles circonstances en Jésus-Christ.

 

Soulignons bien les mots « en Jésus Christ », non par notre force personnelle ou par l’exercice de notre propre volonté, ou par habitude, mais en nous appuyant sur Celui seul qui peut et veut nous aider dans le moment présent, dans cet immédiat qui nous effraie, dans l’épreuve même que nous traversons maintenant.

 

Quelqu’un a dit bien justement :

 

« Nos pourquoi d’aujourd’hui seront nos alléluias de demain. »

 

Regardons quelques exemples trouvés dans la Parole de Dieu.

 

Job ! Ce seul nom évoque on nous l’idée du dénuement, de l’humiliation et du dépouillement le plus complet : (Job 1 : 6 à 12)

 

« Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l’Eternel, et Satan vint aussi au milieu d’eux. L’Eternel dit à Satan : D’où viens-tu ? Et Satan répondit à i’Eternel : De parcourir la terre et de m’y promener ».

 

Puis vient le magnifique témoignage que Dieu Lui-même donne de son serviteur Job :

 

« As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a personne comme lui sur la terre ; c’est un homme intègre et droit, craignant Dieu et se détournant du mal. »

 

Mais le malin aussitôt souligne le caractère intéressé de la consécration de Job :

 

« Est-ce d’une manière désintéressée que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas protégé, lui, sa maison, et tout ce qui est à lui ? Tu as béni l’œuvre de ses mains, et ses troupeaux couvrent le pays. Mais étends ta main, touche à tout ce qui lui appartient, et je suis sûr qu’il te maudit en face. L’Eternel dit à Satan : Voici, tout ce qui lui appartient, je te le livre ; seulement, ne porte pas la main sur lui. »

 

Nous connaissons la suite de cette histoire pathétique.

 

C’est d’abord tout le menu et le gros bétail qui est consumé, puis les serviteurs de Job et tous ses enfants, fils et filles sont tués.

 

Un torrent de larmes a coulé dans la maison de Job, car il n’a plus rien !

 

Seule sa femme est restée en vie, mais elle ne lui est d’aucun appui dans cette tragédie, car elle lui crie dans sa détresse :

 

« Maudis Dieu et meurs ! »

 

Que fit Job ?

 

Il se jeta par terre et se prosterna.

 

Certaines versions traduisent : « Il se jeta par terre et adora » (Jb 1 : 20).

 

Puis, il prononça des paroles éternelles qui ont été le réconfort de millions d’âmes au jour de l’épreuve :

 

« L’Eternel a donné, l’Eternel a ôté ; que le nom de l’Eternel soit béni ! » (Jb 1 : 21)

 

Nous savons aussi qu’en réponse a sa fidélité dans la louange, malgré les multiples épreuves, le Seigneur bénit son serviteur Job, qui reçut dans ses dernières années plus de bénédictions qu’il n’en avait reçu dans les premières. (Jb 42 : 12)

 

Nous sommes frappés de l’optique si différente de la nôtre avec laquelle Jésus voit les choses ?

 

Que dit-Il dans les Béatitudes ?

 

« Heureux les pauvres, heureux les affligés, heureux ceux qui ont faim et soif, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux... » (Mt 5 : 11 et 12)

 

Certes, Jésus est ému de compassion à la vue des souffrances de Ses enfants, mais Il voit sur un même plan le présent et le futur et Il se réjouit de la gloire et de la récompense qu’ils vont goûter après leurs tentations et leurs épreuves.

 

Que fit-Il Lui-même devant le tombeau de Lazare ?

 

Son esprit fut ému et Il pleura (Jn 11 : 33 et 35).

 

Mais Il ne s’arrêta pas à ce sentiment de compassion.

 

Frémissant de nouveau en Lui-même, Il demanda qu’on ôtât la pierre du tombeau et, levant les yeux, Il dit :

 

« Père, je Te rends grâces de ce que Tu m’as exaucé... » (Jn 11 : 41)

 

Nous représentons-nous la scène ?

 

La sœur de Lazare vient de faire observer à Jésus que son frère est enseveli depuis quatre jours et qu’il sent mauvais...

 

Jésus a devant Lui un cadavre déjà en décomposition et une foule en pleurs dont les yeux sont fixés sur le mort.

 

Mais le Fils de Dieu lève les yeux en haut !

 

Voilà ce que nous devons faire aujourd’hui si l’ennemi nous tenaille et nous fait sentir l’aiguillon de la maladie ou la cruauté de l’épreuve...

 

Lever les yeux en haut, les détacher de notre limitation momentanée pour les fixer sur notre Sauveur en Le remerciant par avance de la victoire qu’Il nous donne et qu’Il a préparée pour nous.

 

Nous connaissons la fin du récit et la glorieuse résurrection de Lazare. (Jn 11 : 43 et 44)

 

Rendre grâces !

 

Deux hommes écroués dans une prison, les ceps aux pieds, meurtris des coups de verges qu’ils ont reçus, plongés dans les plus profondes ténèbres et ignorant quel sera leur sort prient vers le milieu de la nuit et chantent des cantiques !

 

Paul et Silas sont-ils découragés dans cette situation qui paraît sans issue ?

 

Nullement !

 

C’est ce même Paul qui a prononcé le verset « Rendez continuellement grâces pour toutes choses à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. » (Ep 5 : 20)

 

Remarquons bien que sa théologie n’est pas théorique seulement et, dans ce cas précis, il met en pratique le conseil qu’il a donné à l’Eglise de Thessalonique et qu’il nous donne encore aujourd’hui.

 

Dieu reste-il sourd à ces louanges qui montent vers Lui ?

 

Le ciel se met on mouvement on faveur de ceux qui chantent les louanges de l’Eternel et le tremblement de terre qui a ouvert les portes de la prison ne vient pas des profondeurs de la terre mais du ciel lui-même.

 

Souvenons-nous que les actions de grâces et l’adoration des enfants de Dieu peuvent mettre le ciel même en mouvement.

 

Le résultat ?

 

Une famille entière, celle du geôlier, entend le message du salut, se convertit et reçoit le baptême.

 

Nous terminons cette réflexion par l’exemple par excellence, celui de notre Sauveur, Jésus.

 

A la fin de Sa vie terrestre, Jésus sachant parfaitement ce qui l’attendait et la mort affreuse qu’Il devait souffrir sur la Croix, réunit Ses disciples.

 

Et d’après l’Evangile selon Matthieu :

 

« Tandis qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant : Prenez, mangez ; ceci est mon corps. Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna on disant : Buvez-en tous ! Car ceci est mon sang, le sang de l’alliance qui va être répandu pour une multitude, en rémission des péchés. » (Mt 26 : 26 et 27)

 

Rendre grâces, mais pourquoi donc ?

 

Lui, le Fils de Dieu, le Saint, le Juste, Celui qui a guéri tant de malades, délivré tant d’âmes et tant de corps que Satan tenait sous son joug, comment peut-Il rendre grâces de ce qu’Il va mettre le comble à son sacrifice par une mort ignominieuse ?

 

Courbons-nous face à l’immensité de cet amour !

 

Il remercie Son Père de ce qu’Il peut mourir pour des pécheurs tels que nous !

 

Nous nous sentons dépassés et nous ne pouvons que courber la tête et adorer Celui qui a donné Sa vie afin que nous vivions.

 

Puissions-nous nous sentir pousser à rendre grâces en toutes choses, sachant que c’est à notre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ.

 

Amen,

Kerux,

Bible

Croix Huguenote

 

 

 

 

 

Source : Theonoptie

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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 20:38
L'essentiel de la foi réformée

En Corée, beaucoup ne comprennent pas réellement le terme «réformé» qui exprime, pour eux, une différence par rapport aux traditions protestantes; mais, dans les pays occidentaux, le terme «réformé» a un sens qui dépasse les dénominations protestantes.

 

Ce terme «réformé» (ou calviniste) désigne particulièrement une attitude envers la foi et la vie, et une approche spéciale de la vie religieuse.

 

C’est ainsi que nous ne pouvons pas dire simplement que Jean Calvin est un des réformateurs du XVIe siècle, un de ceux qui ont laissé un héritage sur la valeur de la vie humaine dans l’histoire de l’humanité.

 

Voilà pourquoi tant de gens, encore aujourd’hui, partout dans le monde, continuent de pratiquer le mode de vie hérité de la Réforme.

 

Réfléchir sur la particularité de la foi réformée est, pour nous, une invitation essentielle à déterminer la raison que nous avons d’être chrétiens.

 

1. La foi réformée rend gloire à Dieu et à Sa Souveraineté par l’obéissance

 

Les croyants réformés sont convaincus que, pour être authentiques dans la profession de la foi chrétienne, il leur faut rendre gloire à Dieu dans tous les aspects de la vie.

 

Cette attitude les différencie des autres traditions protestantes.

 

Il est, certes, évident que tous les chrétiens sont appelés à obéir à la volonté de Dieu et à lui rendre gloire.

 

Mais ce qui caractérise particulièrement le fait d’être «réformé», c’est l’application de la foi réformée à la vie quotidienne comme étant une priorité suprême.

 

Calvin a ainsi laissé un héritage incontournable pour la foi chrétienne.

 

Il faut rappeler, tout d’abord, que la vie chrétienne en Europe a été liée à la foi de l’Eglise catholique romaine.

 

Or, la théologie catholique n’était pas très éloignée de la philosophie grecque, puisque Thomas d’Aquin a bâti une théologie en se référant à celle-ci.

 

La philosophie d’Aristote cherche la réponse à la question de savoir comment atteindre le bonheur ultime dans la vie humaine.

 

Qu’est-ce que la vie philosophique ?

 

Il s’agit de chercher la vérité de l’existence humaine.

 

Selon les philosophes, l’ultime bonheur de la vie de l’homme est le fruit de sa quête de la vérité absolue.

 

La «première philosophie» recherche la cause première de l’existence, l’Etre ou Dieu.

 

Pour Aristote, Dieu n’est pas une personne, comme nous le concevons, mais un dieu qui est derrière l’existence.

 

C’est pourquoi Thomas d’Aquin a considéré la théologie comme «première philosophie» et, ayant trouvé son ultime bonheur dans la recherche de Dieu, il a choisi son point de départ dans l’existence de Dieu comme dans la philosophie grecque.

 

Pour lui, connaître Dieu, c’est contempler Dieu et la vie contemplative est un moyen.

 

A cette époque, à la fin du Moyen Age, le contexte social était menaçant à cause de la guerre, de la peste, des catastrophes naturelles et de la famine.

 

Les vols et les meurtres étaient fréquents et l’invasion turque était une menace grandissante.

 

Au sein de cette situation critique, les gens étaient angoissés par la question du salut.

 

Et cela d’autant plus à cause du schisme du siège pontifical.

 

Des courants de pensée sur l’imminence de la fin des temps se répandaient parmi les habitants.

 

On avait peur du jugement dernier au point que l’Eglise a instauré le système des indulgences afin de rassurer les gens sur leur sort final.

 

D’une façon générale, on était tourmenté par la question : comment être sauvé ?

 

Les gens étaient tellement terrifiés dans cette société en crise que l’indulgence a été légitimée par l’Eglise romaine.

 

Cette pratique a jeté de l’huile sur le feu et, de ce fait, la Réforme est devenue inévitable.

 

C’est, dans ce contexte, que Calvin a souligné l’importance de l’obéissance et de la soumission à la volonté de Dieu.

 

Autrement dit, à la suite de Luther, il a renouvelé la foi chrétienne par la pratique de la foi personnelle en Dieu, mettant en garde contre la recherche d’une connaissance abstraite de Dieu en soi.

 

Il a donc introduit une transformation dans la façon de concevoir la foi chrétienne : de la théorie à la pratique, de la vie anthropocentrique à la vie christocentrique.

 

C’est la raison pour laquelle nous qualifions sa théologie de «théologie théocentrique».

 

C’est ainsi que l’identité de la foi réformée s’est affichée; son but est de rendre gloire à Dieu et de se soumettre au Seigneur dans tous les aspects de la vie.

 

La compréhension de la justification par la foi a permis à Luther de changer radicalement son expérience de la foi en Dieu.

 

Luther, moine catholique de la fin du Moyen Age, a été profondément troublé par la question du salut.

 

Il a compris que même si quelqu’un mène une vie de piété et d’ascétisme, il ne peut pas vivre étant assuré d’être en paix et sauvé.

 

Un jour, il a découvert, par la lecture de l’épître aux Romains, que «l’homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi».

 

En conséquence, la théologie de Luther a été dominée par cette découverte fondamentale, la justification par la foi, tandis que celle de Calvin a correspondu à une vision plus globale centrée sur la souveraineté de Dieu.

 

L’Eglise catholique romaine s’est attaquée à Calvin à cause de ses premiers écrits et l’a poursuivi.

 

Calvin a dû quitter son pays natal et a rencontré, à Genève, Farel, un des réformateurs, qui a été touché par ses œuvres écrites et qui lui a demandé, à plusieurs reprises,  de collaborer avec lui.

 

Calvin, un être discret, réservé et aimant la vie sans bruit, a refusé avec persévérance.

 

Ses refus répétés malgré la sollicitation ardente de Farel ont mis celui-ci en colère au point d’en arriver à maudire Calvin.

 

Calvin perçoit la voix de Dieu dans celle, si violente, de Farel.

 

Il expérimente alors une force divine qui conduit sa vie et qui le pousse à accepter ce que, humainement parlant, il ne voulait pas.

 

Calvin est donc resté à Genève et a consacré son existence à la Réformation.

 

Sa vie personnelle a été totalement transformée. 

 

Nous comprenons pourquoi un des principes de sa théologie est l’obéissance à la souveraineté de Dieu.

 

C’est ce qui différencie la théologie de Luther et celle de Calvin.

 

Ce dernier est le modèle de quelqu’un que Dieu a dompté.

 

Calvin avait une si mauvaise santé qu’on le surnommait l’«hôpital ambulant».

 

Il souffrait de fortes migraines.

 

Un jour, alors qu’il était en pleine crise, il s’écria :

 

«Seigneur, tu broies ma tête dans une meule.»

 

Puis il a ajouté :

 

«Mais si c’est ta main qui me broie, cela me suffit pour l’accepter.»

 

Il a souhaité que son nom ne soit pas écrit sur sa tombe.

 

L’important pour lui n’était pas que son nom soit connu des hommes ; bien plus importants étaient, à ses yeux, le nom du Christ et la gloire de Dieu.

 

2. La foi réformée est fondée sur l’Ecriture

 

On discerne ici la différence entre l’Eglise réformée et les autres Eglises de la Réforme, par exemple celle de Luther.

 

Le centre de la théologie de Luther est la justification par la grâce et le salut par la foi.

 

Par la mort de Jésus-Christ sur la croix, nous recevons le salut comme un don gratuit ; c’est là une théologie de la croix et la christologie y a une place centrale.

 

Autrement dit, la Réformation de Luther met l’accent sur la correction de l’erreur consistant à croire que l’observation de la Loi permet d’atteindre le salut.

 

A la différence, la Réformation de Calvin a mis en évidence un sens global de la justification par la foi dans le cadre de la doctrine de Dieu et de la christologie.

 

Elle dénonce non seulement les mérites, mais aussi toute idée faisant obstacle à l’application du message de toute l’Ecriture.

 

L’Ecriture est la vérité et toute vie chrétienne se doit d’être soumise à son autorité.

 

Ainsi l’Eglise doit être réformée (reformata), mais elle est aussi appelée à continuer de se réformer (semper reformanda) de façon authentique.

 

3. L’identité et l’authenticité de la foi réformée

 

Une des spécificités de la foi réformée est sa manière de voir les chrétiens comme des serviteurs de Dieu, des membres de l’armée du Christ et des instruments destinés à magnifier  la gloire de Dieu.

 

Cette prise de conscience suscite, chez chaque croyant, un sentiment de responsabilité vis-à-vis du monde.

 

Les trois éléments de l’identité réformée, être serviteur de Dieu, être membre de l’armée du Christ et être un instrument pour la  gloire de Dieu, ont incité les calvinistes à renforcer leur engagement dans la manifestation de l’Evangile dans la société.

 

Si un chrétien n’éprouve pas de responsabilité vis-à-vis de la société et du monde, il ne peut pas être un vrai réformé ; celui-ci est incapable de ne pas se soucier de la justice et de la vérité dans la société.

 

4. La priorité conférée à l’éthique chrétienne

 

Un croyant réformé n’est pas seulement très attaché à la foi personnelle en Jésus-Christ.

 

Il a, en plus, le souci d’une éthique biblique, de la mise en pratique de la Loi dans la vie chrétienne.

 

On peut discerner ici une différence avec la théologie luthérienne.

 

Calvin, ne se contentant pas de la justification par la foi et de la grâce de Dieu, développe, de façon précise, le rapport entre les deux grâces complémentaires que sont la justification et la sanctification.

 

Trop accentuer le salut par la foi peut entraîner l’erreur suivante :

 

«Nous avons la foi, donc peu importent nos actions, elles ne concernent pas le salut.»

 

Cette attitude risque de conduire à mettre de côté l’application de la Loi dans la vie chrétienne.

 

Il est clair que nous ne serons pas sauvés par notre sanctification.

 

Notre salut dépend uniquement de la grâce et du don de Dieu.

 

Mais nous ne pouvons pas éluder la réalité de la sanctification et des fruits qu’elle produit, en étant profondément reconnaissants à cause de notre salut et de la foi, qui est un don de Dieu.

 

La sanctification n’est rien d’autre que la manifestation de la gratitude que suscite en nous le don gratuit du salut.

 

Celui-ci produit, naturellement, une vie sanctifiée et une soumission à la volonté de Dieu.

 

Ce n’est pas pour obtenir le salut que nous sommes appelés à rechercher la sanctification dans notre vie.

 

Nous sommes amenés à mettre en pratique la Loi divine et à œuvrer pour la justice, l’ordre et l’équilibre dans la société.

 

La foi réformée, mue par la conviction de l’importance de l’éducation et de l’enseignement, a favorisé, là où elle s’est enracinée, l’ouverture d’écoles.

 

Les chrétiens conscients que leur vocation est de glorifier Dieu se sont appliqués de toute leur force, avec leurs dons et leur intelligence, à développer l’éducation et l’enseignement.

 

5. L’Ecriture tient une place centrale

 

La foi réformée est essentiellement basée sur l’Ecriture et accorde une grande importance à la prédication et au culte.

 

Dans l’histoire de la Réforme, ce sont les pasteurs de l’Eglise réformée qui ont le plus contribué au développement et à l’évolution de la prédication.

 

Dieu a permis d’établir l’Eglise et il a appelé des serviteurs à exercer ce ministère de la Parole, afin d’enseigner quels sont le fondement et l’orientation de la vie chrétienne.

 

Nous avons à poursuivre cette entreprise.

 

Une Eglise réformée se caractérise par un souci particulier et permanent d’écouter la Parole de Dieu, ce qui n’est pas acquis une fois pour toutes.

 

6. La foi réformée et la vie communautaire

 

Tous ceux qui ont contribué à marquer l’histoire du christianisme ont mis l’accent sur la recherche de la piété dans la vie chrétienne.

 

Calvin a, certes, exhorté à la piété chrétienne dans la vie personnelle, mais il a aussi, et tout particulièrement, exhorté à la manifester dans la vie communautaire.

 

Cette piété consiste à investir son énergie existentielle en tant  que serviteurs de Dieu soucieux d’annoncer son Royaume dans le monde.

 

Autrement dit, selon le principe d’un bon gestionnaire, nous sommes invités à vivre sur la base du minimum vital et à ne pas gaspiller nos ressources pour des choses superflues.

 

Nous avons à utiliser toute notre énergie à annoncer le Royaume de Dieu.

 

Autrement dit, toutes nos ressources humaines, notre temps, notre argent, notre santé, notre intelligence, notre sensibilité et notre volonté sont mobilisés afin de pratiquer l’amour du prochain et d’obéir à la volonté de Dieu.

 

Etre un bon gestionnaire, c’est utiliser ses capacités à accomplir la vocation, qui est la nôtre, de vivre en chrétiens.

 

7. La foi réformée dans sa simplicité

 

Les chrétiens réformés recherchent la simplicité dans tous les domaines : la théologie, le culte, la construction de l’église, la structure ecclésiale et la doctrine.

 

Cette simplicité s’exprime par la vérité et la fidélité dont témoignent paroles et actes.

 

Elle ne comporte ni opacité, ni compromission et, en cela, la foi réformée est intransigeante et rigoureuse.

 

La simplicité se démarque de l’hypocrisie, des abus et du gaspillage.

 

Cette attitude est à l’opposé d’une théologie qui trahit la vérité de l’Ecriture par la langue de bois et une érudition qui s’écarte du vrai.

 

Elle récuse les rites superficiels, la consommation au-delà de ce qui est nécessaire, car tout cela contredit l’esprit réformé.

 

Voilà ce qui caractérise le style de vie des calvinistes.

 

Je regrette de voir que, de nos jours, cette richesse de la tradition réformée que nous avons essayé de garder est en train de disparaître.

 

Aujourd’hui, nous avons à renouveler notre engagement à la lumière de l’essentiel de la foi réformée.

 

Ainsi, cela permettra non seulement de revigorer la santé des Eglises, mais aussi de vivre le renouveau dans notre génération et notre société.

 

 

 Soo-Young LEE,

 

Bible (115)

Croix Huguenote

 

 

 

* Soo-Young LEE est pasteur de l’Eglise de Saemoonan. Il est docteur en théologie de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, président de l’Association pour la recherche sur Calvin en Asie, vice-président de l’Alliance évangélique coréenne et professeur à la Faculté de théologie presbytérienne à Séoul.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : La Revue Réformée

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 02:32
Jésus Christ baptisé ou la Trinité (6ème Partie & fin)

JÉSUS-CHRIST  BAPTISÉ
ou
LA  TRINITÉ

(Sixième Partie & fin)

 

“Et quand Jésus eut été baptisé, Il sortit aussitôt hors de l’eau ; et voilà, les cieux lui furent ouverts, et Jean vit l’Esprit de Dieu descendant comme une colombe, et venant sur Lui ! Et voilà une voix du ciel disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai pris mon bon plaisir.” (Matthieu 3.16-17)


 

La sanctification de l'Esprit.

 

Dieu sanctifiant de tout temps les croyants, et par Sa Grâce salutaire les affranchissant du péché, c'est le fond de la doctrine du Saint-Esprit ; et celui qui n'en sait que cela sait déjà beaucoup.

 

Mais il sait beaucoup plus, et surtout il sait beaucoup mieux, le disciple de la seconde partie de la Bible, portant en lui-même ce « Consolateur » que le Fils demande au Père pour les siens, que le Père leur envoie au nom du Fils, et par lequel ceux qui l'ont reçu deviennent les temples du Dieu vivant.

 

« La chair ne s'assujettit point à la loi de Dieu, et aussi elle ne le peut point, » et nous « sommes morts, oui, morts par nos fautes et par nos péchés. »

 

Il s'agit de nous sanctifier, c'est-à-dire de nous renouveler, de nous ressusciter ; qui le pourra, que Celui qui donne la vie au néant et qui la rend aux morts ?

 

C'est à ce besoin suprême que répond le Saint-Esprit venant habiter dans notre coeur.

 

S’il nous semblait que cela pourrait se faire par la seule foi au Dieu saint, sans l'Esprit de la Trinité ?

 

Regardons y alors de plus près et nous en jugerions bien autrement :

 

Entre l'action générale de Dieu sur notre coeur et la présence du Saint-Esprit dans notre coeur, la différence est grande et toute pratique.

 

L'Esprit de la Trinité est un esprit vivant.

 

Ce n'est pas quelque chose (passez-moi cette expression familière), c'est quelqu'un ; c'est un ami intérieur qui nous parle, qui rend témoignage à notre esprit, qui nous éclaire et nous guide, qui nous approuve ou qui, au besoin, nous reprend et que Jésus appelle le Consolateur ; ceci est capital.

 

Nulle action, même divine, ne saurait tenir lieu de cet hôte invisible, mais vivant.

 

Il est dans l'esprit de l'Écriture, parce qu'il est dans la vérité, de nous placer pour toutes choses en présence de la vie et de personnes vivantes.

 

Cet ennemi spirituel, qui livre à notre âme de si redoutables assauts, nous est dépeint par l'Écriture sous les traits d'un tentateur vivant, plus subtil à la fois et plus puissant que nous :

 

Qui osera nier, pour peu qu'il ait appris à lire dans son propre coeur, que cette révélation effrayante ne lui ait été salutaire ?

 

Qui ne se tiendra mieux sur ses gardes, qui ne veillera avec plus de persévérance, qui ne priera avec plus d'ardeur, ayant devant les yeux un ennemi extérieur d'intelligence avec ceux du dedans ?

 

Eh bien ! Ce qui est vrai pour le mal n'est pas moins vrai pour le bien.

 

Il n'y a ni bonnes pensées, ni bons exemples, ni bonnes influences, d'où qu'elles viennent, qui vaillent pour nous un ami céleste venant non pas seulement secourir la place attaquée, mais s'y établir pour la mieux défendre ; je veux dire, s'unissant à notre homme intérieur d'une union à jamais impossible pour le tentateur, parce qu'elle est propre à la Nature Divine.

 

Au dehors, la personne vivante du tentateur, et non pas seulement la tentation ; au dedans, la personne vivante du Consolateur, et non pas seulement la consolation ; voilà le combat de la sanctification telle que nous le fait l'Écriture et le Saint-Esprit ; et voilà notre âme devenue un théâtre où se livre une lutte acharnée entre les puissances redoutables de l'enfer et la puissance invincible du ciel, le Saint-Esprit.

 

Un Consolateur, que nous appelons par la prière, et que nous devons nous garder, soit de contrister (Ephésiens 4.30), soit d'éteindre (1Thessaloniciens 5.19) ;

 

Eh ! Que pourrait-on imaginer de plus propre à mettre en jeu tout à la fois tous les ressorts de l'âme, toutes les facultés de l'esprit, tous les sentiments mêmes de la conscience et du coeur !

 

Mais que sera-ce si, demandant le nom de ce consolateur invisible, nous apprenons de l'Écriture que celui qui vient « en nous » n'est autre que celui qui était « avec nous » (Jean 14.17), que son nom est « le Seigneur » (2Corinthiens 3.17), et qu'il fait de quiconque le reçoit « le temple de Dieu » (1Corinthiens 3.16), réalisant dans sa plénitude cette prière du Seigneur, où respire une si mystérieuse unité, pour ne pas dire une si Sainte confusion :

 

« Que tous soient un, comme toi, Père, es en moi, et moi en toi !...Qu'ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en eux, pour qu'ils soient consommés en un !... » (Jean 17.21, 23).

 

L'Esprit de Dieu descendant dans nos coeurs pour nous sanctifier, sur les pas du Fils de Dieu descendu en terre pour nous sauver !

 

Dieu Lui-même se donnant à nous, comme si ce n'était pas assez de s'être donné pour nous, et nous assurant de sa présence par une voix qui sort du coeur, plus pénétrante que si elle sortait du ciel...

 

Ô comble mis à l'édifice évangélique !

 

Ô merveille !

 

Ô amour !

 

Y ayons nous jamais songé sérieusement ?

 

Dieu en moi, faisant Alliance avec moi contre le tentateur, et contre ce monde dont le tentateur est le prince de Dieu !

 

Dieu prenant pour Son Compte Personnel l'oeuvre de ma sanctification !

 

Dieu mettant à ma disposition Toute Sa sainteté, avec Toute Sa Puissance : Toute La Sainteté qui a resplendi en Jésus-Christ homme, avec Toute La Puissance qui s'est révélée en Jésus-Christ se relevant d'entre les morts !

 

Que me faut-il de plus ?

 

Ah ! Que je reconnais bien celui qui a dit :

 

« Soyez saints, comme je suis saint, » et que « de telles promesses » vont bien avec une telle vocation ! (2Corinthiens 7.1.)

 

A la différence profonde qui est entre la sanctification de la première partie de la Bible et celle de la seconde partie, correspond la différence proportionnelle qui est entre les secours du premier, et la grande promesse du second (Actes 2.39), le Saint-Esprit.

 

C'est maintenant que « je puis tout par Christ qui me fortifie ; » car enfin, si je succombe encore à la tentation, c'est que je n'ai pas laissé faire à l'hôte invisible, c'est que j'ai follement repris dans mes mains le combat pour lequel Dieu m'offrait le secours des siennes.

 

Mais, que devient encore tout cela sans la Trinité ?

 

Au lieu de la toute-puissance divine, c'est la piété humaine ; disons tout, au lieu de Dieu en moi, c'est moi, moi aidé de Dieu, je le veux, mais pourtant moi, avec mes langueurs, mes fluctuations, mes faiblesses, et mes empêchements sans nombre.

 

La différence est du tout au tout : il y va de « l'Esprit de vie en Jésus-Christ m'affranchissant de la loi du péché et de la mort ; » il y va de la parole de Jésus-Christ :

 

« Il vous est avantageux que je m'en aille ; car, si je ne m'en vais, le Consolateur ne viendra point à vous ; mais, si je m'en vais, je vous l'enverrai » (Jean 16.7).

 

Ne nous flattons pas d'aller là-dessus au fond de notre propre pensée, encore moins d'aller au fond de celle du Seigneur ; mais une chose est certaine : c'est que si la victoire complète de l'esprit contre la chair, si la communion constante avec Jésus-Christ, si Satan écrasé sous nos pieds, ne sont pas des spéculations théologiques, ce n'en est pas une non plus que le Saint-Esprit en nous.

 

Otons la Trinité, si nous l'osons ; mais rendons nous compte de tout ce que nous ôtons avec elle, et craignons de nous rejeter dans l'impuissance naturelle de la chair, et de nous livrer au combat terrible de la vie, « sans Dieu », sans force, sans victoire !

 

Je tâche de résumer, pour l'éclaircir, la pensée commune qui préside à tout ce que je viens de dire sur l'application pratique de la doctrine qui nous occupe ; et voici ce que je trouve.

 

Entre la foi générale en Dieu pardonnant, rachetant, sanctifiant, et la foi spéciale du Père notre Père ; du Fils notre Rédempteur, du Saint-Esprit notre Consolateur, la différence est celle de la vérité connue à la vérité expérimentée, du principe à l'action, de la notion à la vie.

 

Nous avons, d'un côté, l'oeuvre de notre rédemption recueillie dans les germes secrets qui lui ont donné naissance ; de l'autre, cette rédemption personnifiée en des êtres vivants, par où elle trouve un tout autre accès dans les esprits et dans les coeurs.

 

Oserai-je comparer cette différence à celle d'un traité à un drame, nous présentant l'un et l'autre les mêmes pensées, mais l'un, exposées dans l'ordre de leur génération logique, l'autre, réalisées et comme incarnées dans des personnages vivants ?

 

Oserai-je appeler la Trinité le drame vivant de la rédemption dans le sein de Dieu ?

 

Mais pardonne, ô Dieu trois fois saint, pardonne à ma langue bégayante une image qui rend si mal justice à Tes « Perfections Invisibles ! »

 

Le drame, mêlé de fiction, n'est qu'une représentation des idées ; tandis qu'ici c'est « la vivante image des choses, » c'est la substance même de la vérité qui vient à nous revêtue de cette forme saillante, qu'elle n'a point eu à chercher, la trouvant toute donnée en elle-même.

 

Le drame, c'est l'image de la Trinité de ces sectes hérétiques, pour lesquelles le Père, le Fils, le Saint-Esprit, ne sont que des noms, des apparences, des modes de l'action divine ; mais la Trinité de l'Évangile, pour lequel le Père, le Fils, le Saint-Esprit sont le fond même des choses et la substance de la vie divine, ce n'est pas du drame, c'est de l'histoire ; disons mieux, c'est l'histoire ; l'histoire invisible du sein de laquelle découle toute l'histoire visible, l'histoire véritablement Sainte, l'histoire, non de l'homme, mais de Dieu ; l'histoire, non du temps, mais de l'Eternité !

 

La Trinité, c'est le mouvement de la vie dans le sein du Dieu éternel !.

 

..Il a deux noms dans l'Écriture, ce Dieu des dieux, Il a deux noms qui le séparent de tous les autres dieux invoqués sur la terre :

 

Il s'appelle « Le Vrai Dieu, » et Il s'appelle aussi « Le Dieu Vivant » (1Thessaloniciens 1.9).

 

Le Vrai Dieu qui a créé toutes choses et qui les gouverne en Maître Souverain, par contraste avec les faux dieux du polythéisme, qui n'ont d'existence que dans les imaginations des hommes, et qui peuvent être en aussi grand nombre que les imaginations mêmes  :

 

-          Le vrai Dieu, c'est son nom d’Unité ;

-          Le Dieu vivant, par contraste avec les dieux morts du déisme et du panthéisme ;

-          Le Dieu vivant, en qui quelque chose sent, aime, et se remue ;

-          Le Dieu vivant, heureux en lui-même dans l'amour éternel ;

-          Le Dieu vivant, qu'est-ce autre chose que son nom de Trinité ?

 

Laissez-moi, vous dis-je, laissez-moi jeter un regard dans cet abîme sans fond !

 

Si « je parle en imprudent, » c'est l'imprudence de l'adoration et de l'amour, -- j'entrevois des profondeurs inouïes, -- je pressens des ravissements ineffables !

 

C'est ici, c'est ici, vous dis-je, que l'on traite de nous, sans nous, mais pour nous !

 

C'est ici qu'on se partage l'oeuvre de notre salut, impraticable pour nous-mêmes, praticable pour le Père, le Fils et le Saint-Esprit !

 

Alliance sublime ! Miséricorde infinie !

 

Salut trois fois béni, accompli par le Dieu trois fois Saint !

 

Dieu de la Trinité, Dieu qui est Amour !

 

Dieu des Écritures, scandale des hérésies !

 

Dieu des chrétiens, Dieu de notre baptême !

 

Dieu nécessaire, Dieu suffisant, Dieu Créateur, Dieu Rédempteur !

 

Dieu révélé, Dieu caché !

 

Je m'arrête sur les bords de cet abîme :

 

« Ce sont les hauteurs des cieux qu'y ferais-tu ? Ce sont des choses plus profondes que les abîmes, qu'y connaîtrais-tu ? » (Job 11.8.)

 

Mais je sais, je vois, je sens une chose :

 

C'est que si c'est un mystère, si c'est le mystère des mystères, c'est aussi « le mystère de la piété ; » de la piété, non de la spéculation.

 

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit des spéculations théologiques ?

 

Disons plutôt que la grâce, que le baptême, que la foi chrétienne, que la vie chrétienne, sont des spéculations théologiques !

 

Ah ! Pour rnoi, tant que mon péché, ma condamnation, mon impuissance, avec le feu éternel où ils me conduisent tout droit, seront autre chose que des spéculations théologiques, tant qu'ils seront la réalité même la plus redoutable qui fut jamais, souffrez que je saisisse le Dieu de l'Évangile, Père, Fils et Saint-Esprit, comme la réalité bienheureuse de ma délivrance !

 

Souffrez que j'admire, que j'adore, dans les obscurités saintes qui scandalisent, le mystère d'amour au sein duquel le Dieu vivant et vrai a trouvé pour me sauver et le vouloir -- et, que savons-nous ? -- peut-être le pouvoir !

 

Si les réflexions que je viens de nous présenter laissaient encore quelque obscurité dans notre esprit, ce n'est pas à la doctrine qu'il faudrait nous en prendre, c'est à nous -- ou à moi.

 

Pour que la vérité de ces réflexions nous devînt sensible jusqu'à l'évidence, que faudrait-il chez ceux qui les entendent, ou chez celui qui les expose ?

 

Plus de science théologique ?

 

Non ; mais plus de piété, plus de vie spirituelle.

 

Avec plus de piété, plus de vie spirituelle, ces aspirations de notre âme auxquelles le Père, le Fils et le Saint-Esprit répondent, seront plus senties ; et à proportion qu'elles seront plus senties, la plénitude avec laquelle ils y répondent sera mieux aperçue et mieux appréciée.

 

Rentrons donc en nous-mêmes, nous qui avons quelque expérience des choses divines ; recueillons nous devant Dieu, et cherchons en nous-mêmes le reste de notre démonstration.

 

Si Jésus-Christ porte la Trinité dans sa personne visible, nous la portons, nous, dans notre homme intérieur, selon l'exacte mesure de notre conformité avec Jésus-Christ.

 

Oui, ce Dieu de l'Évangile, ce Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, est celui que cherche notre coeur.

 

Ce mystérieux partage au sein de la rédemption commune, cette distinction vivante dans cette unité véritable, trouve au fond de ce coeur si grand et si combattu, un je ne sais quoi qui l'accueille, et qui l'aurait presque pressentie.

 

Pour toutes les délivrances après lesquelles notre âme soupire, c'est Dieu à qui nous nous attendons, et encore Dieu, et toujours Dieu ; mais si je l'ose dire, c'est un Dieu divers.

 

Nous voulons un Dieu « qui pardonne tant et plus : » achevons la ligne, et nous allons droit au Père.

 

Nous voulons un Dieu qui « fasse l'expiation de nos péchés : » achevons encore, et nous allons droit au Fils.

 

Nous voulons un Dieu qui crée en nous une force et une vie nouvelles : achevons, achevons toujours, et nous allons droit au Saint-Esprit.

 

Ceci vous étonne ?

 

Descendons plus avant en nous-mêmes, et nous serons bientôt d'accord.

 

Tous les témoignages que nous avons entendu rendre tantôt à notre doctrine par l'Écriture et par la tradition, nous les lui entendons rendre également par l'expérience individuelle, pour peu que nous ayons appris à l'écouter.

 

Un Père de l'Église disait :

 

« Dans la première partie de la Bible, nous trouvons Dieu pour nous ; dans les Évangiles, Dieu avec nous ; dans les Actes et les Épîtres, Dieu en nous. »

 

Eh bien ! Cet ordre ne se reproduit-il pas dans l'expérience individuelle ?

 

Le premier pas dans la foi chrétienne n'est-il pas de connaître, par la repentance, Dieu pour nous ? C'est-à-dire, Dieu le Père ;

 

Le second, par la foi en Jésus-Christ, Dieu avec nous ? C'est-à-dire Dieu le Fils ;

 

Le troisième, par la vie du Saint-Esprit, Dieu en nous, c'est-à-dire Dieu le Saint-Esprit ?

 

Je disais : à proportion que l'Eglise chrétienne est devenue plus chrétienne, c'est-à-dire plus spirituelle, la Trinité y a été mieux comprise et mieux appréciée ?

 

Eh bien ! A mesure que l'âme chrétienne devient plus chrétienne, c'est-à-dire plus sainte ; la Trinité lui devient aussi et plus sensible et plus précieuse.

 

Tant il est vrai que l'histoire, de l'âme sur ce-point n'est que l'histoire de l'Église en raccourci, et que tout ce que nous avons, appris de l'Écriture et de la tradition achève de se vérifier au fond de la conscience individuelle !

 

Pour moi, qui m'instruis ici tout en tâchant d'instruire ceux qui m'écoutent, je rends grâces au plus fidèle des Maîtres pour avoir durant quelques semaines concentré ma méditation sur cette matière à la fois si profonde et si salutaires.

 

Cela m'a été bon, je le confesse devant toi, ô mon Dieu !

 

J'en avais besoin tout le premier, j'en ai recueilli un fruit que mon âme savoure avec délices -- hélas ! Et si je ne trouve pourtant que des développements si pauvres, si froids, que je tremble de compromettre mon redoutable sujet, je sens, sachez-le bien, que j'en suis seul responsable, que ma doctrine n'y est pour rien, et qu'il ne me manque qu'une vie chrétienne plus mûre et plus affranchie, pour répandre sur cette terre d'élection des flots de lumière, de vie et d'amour !

 

Allons maintenant, si nous avions été disposés à laisser à l'écart la doctrine du Père du Fils et, du Esprit comme une spéculation théologique, allez proposer à un vrai chrétien d'essayer de s'en passer.

 

M'en passer ! Et que mettrions nous à la place ?

 

Voici devant moi, dans la Parole, de mon Dieu, le Père, le fils, et le Saint-Esprit ; et s’il se devait que l’on demande à ce que je m'en passe, osez aller jusqu'au bout ; dites où je dois prendre ce qu'il faut ajouter à sa plénitude, où ce qu'il en faut retrancher ?

 

Nommez-moi donc ou ce quatrième que je dois joindre aux trois ou celui des trois que je dois supprimer ?

 

Lequel des deux vous paraît le plus téméraire, le plus impie ?

 

Un quatrième à leur adjoindre ; qu'il paraisse !

 

Terre, Église, histoire, univers, ciel, temps, éternité, nommez-le donc ce nom divin que vous tenez caché depuis les siècles ; mais commencez par nous expliquer pourquoi vous l'avez jusqu'à ce jour envié à notre foi, à notre baptême, à notre espérance, à notre amour !

 

Un des trois à supprimer ; malheureux !

 

Et lequel ?

 

Choisissez,

 

Que ce ne soit pas le Père : ou qui me donnera désormais l'assurance de mon pardon ?

 

Que ce ne soit pas le Fils ; ou qui fera désormais l'expiation de mon péché ?

 

Que ce ne soit pas le Saint-Esprit ; ou qui me prêtera, désormais la force de Dieu pour l'oeuvre de Dieu ?

 

En m'ôtant le Père, le Fils ou le Saint-Esprit, vous m'ôtez mon pain quotidien...

 

Vous ne me l'ôterez pas !

 

« Notre Père qui es aux cieux,.... donne-nous chaque jour notre pain quotidien » !

 

Oh ! que je suis heureux de croire la Trinité ! Plus heureux de l'annoncer !

 

Mais croyez-vous que l'Église se montre sur ce point plus traitable que moi ?

 

Non, vous dis-je : il n'y a rien de saint et de fidèle dans l'Église à quoi votre proposition ne fît horreur.

 

Cherchez plutôt qui l'agrée, cherchez de porte en porte, d'Église en Église, de siècle en siècle !

 

Ce ne sera pas un Thomas Chalmers, ni un Auguste Neander, ni un Alexandre Vinet, ni un Auguste Rochat, ni aucun de ces saints hommes de Dieu qui ont réveillé l'Église contemporaine.

 

Ce ne sera pas un Calvin, ni un Luther, ni un Cranmer, ni un John Knox, ni aucun de ces serviteurs de Dieu qui rappelèrent, il y a trois siècles, l'Église déchue aux sources pures et primitives de la foi.

 

Ce ne sera pas un Anselme de Cantorbéry, ni un Bernard de Clairvaux, ni un Hilaire de Poitiers, ni aucune de ces lumières qui ont percé la nuit obscure du Moyen Age.

 

Ce ne sera pas un Augustin, ni un Chrysostôme, ni un Athanase, ni un Clément d'Alexandrie, ni aucun de ces Pères des premiers siècles révérés de l'Église universelle.

 

Et qui sera-ce donc ?

 

Un Socin, pour tout réformateur ; un Pélage, pour tout docteur ; un Arius, pour tout Père de l'Église  ?....

 

Eh bien !

 

Faites cause commune avec ces noms lugubres, mais rompez avec l'Église fidèle de toutes les époques, de tous les noms, de toutes les communions !

 

Mais renoncez à trouver une place pour vous dans ce « seul troupeau », que Dieu a promis de rassembler un jour sous « un seul pasteur » !

 

Oui, et pensez-y sérieusement.

 

Un temps viendra, temps d'amour, temps de grâce, temps de gloire, où les membres fidèles de toutes ces communions entre lesquelles l'Église chrétienne est aujourd'hui partagée se rassembleront pour former une seule Église n'ayant pour tout drapeau que Jésus-Christ Seul.

 

Sur quel terrain, je vous le demande, s'assemblera cette Église privilégiée des temps à venir ?

 

Et quel autre en pourrait-elle trouver que ce fond commun qui leur est demeuré à toutes, malgré toutes leurs divergences, malgré les funestes égarements de quelques-unes, « le Dieu vivant et vrai, » Père, Fils et Saint-Esprit ?

 

La Trinité, voilà le point de ralliement de toutes ces Églises ;

 

la Trinité, voilà le commun trésor de tout le peuple de Dieu dispersé ;

 

la Trinité, voilà la pierre d'attente que la main de Dieu a posée dès le commencement, a gardée au travers des siècles, pour y élever en son temps l'Église à venir.

 

En la répudiant, nous répudierions l'espoir de cette Église unique à laquelle aspirent les âmes aimantes et fidèles disséminées dans toutes les communions !

 

Assez ou non pour vous, c'est assez pour moi !

 

Je ne me dissimule rien de tout ce qu'il y a d'impénétrable dans ces profondeurs ; mais je sens aussi tout ce qu'elles renferment, de lumière, de chaleur et de vie.

 

Je laisse « les choses cachées qui sont pour l'Éternel notre Dieu”, mais, je m'attache aux « choses révélées qui sont pour nous et pour nos enfants ».

 

Un jour viendra que tous les voiles seront levés : je ne regretterai point alors, d'avoir cru, comme un enfant, la Parole de mon Père céleste, unique chemin pour connaître, sinon la vérité absolue, du moins tout ce que je suis capable d'en embrasser dans ma condition présente.

 

Je m'écrie avec un poète chrétien :

 

Dans un sombre nuage il veut s'envelopper ;
Mais il est un rayon qu'il en laisse échapper ;
Que me faut-il de plus ? Je marche avec courage,
Et content du rayon, j'adore le nuage.

 

Trinité sainte -- et pourquoi rejetterais-je le nom que l'Église a donné à la foi de l'Évangile ? -- Trinité sainte, je ne t'explique point, mais je t'adore ; et en t'adorant, je te bénis !

 

Je t'adore, comme « le mystère » des mystères ; je te bénis comme « le mystère de la piété », en même temps, que de la charité !

 

Père, qui m'as sauvé gratuitement, gloire, à Toi !

 

Fils, qui m'as racheté par ton sang, gloire à Toi !

 

Esprit, qui m'as ouvert les yeux et le coeur, gloire à toi !

 

Père, Fils et Saint-Esprit, gloire à Vous, à Toi !

 

Je te consacre, tout de nouveau mon âme, ma vie, mon ministère !

 

Baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, je veux, avec le secours de ta grâce, ô mon Dieu trois fois Saint, prêcher au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, vivre au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, mourir au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, pour ne paraître devant le tribunal de Ta Justice, ainsi changé en tribunal de grâce, qu'au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit !

 

Amen,

 


Adolphe Monod

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

Bible (119)

Croix Huguenote

 

 

 

 

 

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 02:31
Jésus Christ baptisé ou la Trinité (5ème Partie)

JÉSUS-CHRIST  BAPTISÉ
ou
LA  TRINITÉ

(Cinquième Partie)

 

“Et quand Jésus eut été baptisé, Il sortit aussitôt hors de l’eau ; et voilà, les cieux lui furent ouverts, et Jean vit l’Esprit de Dieu descendant comme une colombe, et venant sur Lui ! Et voilà une voix du ciel disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai pris mon bon plaisir.” (Matthieu 3.16-17)

 

 

La rédemption du Fils.

 

Dieu, nous rachetant de nos péchés, se chargeant du soin de nous réconcilier avec Lui et trouvant en soi-même le secret de mettre d'accord Son Amour qui veut pardonner avec Sa Loi qui veut être obéie : voilà sans contredit le premier principe de notre rédemption ; aussi Jésus-Christ n'aurait-Il pu l'accomplir s'Il n'était Dieu Lui-même.

 

Mais est-ce à dire pour cela qu'Il soit indifférent pour nous dans la pratique et pour la vie de nos âmes, de savoir que ces dispositions et ces ressources se trouvent en Dieu, ou de les voir manifestées et déployées dans la personne du Fils ?

 

Ce serait une étrange erreur ; pensons-y.

 

Je parle ici pour celles et ceux qui ne sont étrangers ni à la plaie de leur coeur ni aux droits de la Loi de Dieu.

 

Pour des ennemis de Dieu réservés dans le cours naturel des choses à une punition éternelle, avoir été mis en possession de la Vie Eternelle : c'est l'objet de l'étonnement, de l'admiration des apôtres, des prophètes, des anges, du Saint-Esprit lui-même ; c'est un prodige que l'Amour Ineffable de Dieu uni à Sa Sagesse Infinie a Seul pu concevoir et exécuter.

 

Ce prodige, nous y devrions croire sans contredit, sur le seul témoignage de Dieu ; mais qu'il nous apparaît plus lumineux et plus rassurant, quand nous sommes admis à le contempler dans le mystérieux rapport d'unité et de diversité que le Fils soutient avec le Père !

 

Au sein de cette unité qui nous garantit son harmonie immuable avec le Père, le voici, ce Fils qui est Lui et qui n'est pas Lui, se détachant du Père, prenant entre Lui et nous la position de Médiateur, intercédant pour notre salut devant Sa Sainteté Offensée, et en faisant tellement, comme Fils, Son Affaire Personnelle, qu'il ne resterait plus au Père d'autre moyen de nous condamner que de rejeter l'Intercession de ce Fils Unique et Bien-Aimé.

 

Eh ! Comment nous inquiéter pour notre salut, déposé désormais entre les mains du Fils, ce Dieu manifesté en chair, qui accepte notre rédemption éternelle comme une commission que confie à sa fidélité, d'un côté le pécheur qui l'invoque, de l'autre l'amour du Père qui l'a envoyé !

 

Mais il y a plus encore.

 

Le Fils ne sollicite pas seulement notre salut (Jean 17.9-24), Il l'opère ; Il ne prie pas seulement pour nous, Il nous rachète ; et la rançon qu'Il offre pour nous au Père, c'est Son Propre Sang, le sang du Fils de Dieu.

 

Par ce sacrifice, Il met la sainteté de Dieu hors de cause, en faisant de notre grâce imméritée une justice qu'il doit à notre Sauveur, de telle sorte qu'il n'y a pas jusqu'à Sa Sainteté même qui ne l'oblige à nous donner au Fils pour prix de ses douleurs (Romains 3.25 ; Jean 17.24) ; et tout ensemble Il associe pour nous, par une alliance qui semblait impossible, l'idée de renoncement et de souffrance avec la Nature Divine, et nous présente notre Seigneur et notre Dieu sous des traits qui lui gagnent tout aussitôt notre coeur pour Son Coeur, et notre vie pour Sa Vie.

 

Chrétiens, me suivez-vous bien ?

 

La médiation et le sacrifice de Jésus-Christ, n'est-il pas vrai ?

 

Ce n'est pas de la spéculation, c'est de la pratique ; ce n'est pas de la haute théologie, c'est l'A, B, C de l'Évangile.

 

Eh bien ! Cette médiation, ce sacrifice, encore une fois, essayons de les concevoir sans l'office du Fils auprès du Père, c'est-à-dire sans la Trinité : nous allons reconnaître que cela revient à essayer de les concevoir en les rejetant.

 

La médiation du Fils sans la Trinité ?

 

Mais c'est la médiation du Fils, s'il n'y a point de Fils !

 

Ce qui rend la médiation possible, c'est précisément que le Fils est un avec le Père, pour ne vouloir que ce que veut le Père, et pourtant distinct du Père, pour intervenir en notre faveur auprès du Père.

 

Parce qu'Il n'est pas Lui, Il peut plaider notre cause ; parce qu'Il est Lui, Il ne peut pas la perdre...

 

O abîme, ô amour !

 

Ce partage sans partage, cette unité distincte, cette opposition harmonique, je cherche vainement un terme qui la puisse rendre...

 

N'en soyez pas surpris : l'Écriture n'y est guère moins embarrassée que moi, et ne trouve enfin pour la peindre qu'un langage qui brise toutes les lois du langage :

 

-          « O Dieu, ton Dieu t'a oint » (Psaume 45.7 ; Hébreux 1.9) ;

 

-          « Seigneur, pour l'amour du Seigneur, fais reluire ta face sur ton sanctuaire ! » (Daniel 9.16-17.)

 

-          « Le Seigneur lui fasse trouver miséricorde (à Onésiphore) auprès du Seigneur ! » (2Timothée 1.18.)...

 

Quelle application, quel sens, quelle existence tout cela peut-il avoir que dans la doctrine du Père, du Fils et du Saint-Esprit ?

 

Et que dirai-je du sacrifice ?

 

De ce point culminant de la médiation où l'unité est à la fois le plus nécessaire et la distinction le plus palpable ?

 

Le sacrifice du Fils sans la Trinité, quelle étrange contradiction dans les termes !

 

Le Fils de Dieu, « établi de Dieu pour propitiation par la foi en son sang, » quelle confusion inextricable sans le rapport d'unité et de diversité du Père au Fils, c'est-à-dire sans la Trinité ; et, en dehors de cette Trinité, que restera-t-il pour qui a appris à adorer Jésus-Christ comme son Dieu Sauveur, que de traiter sa passion et sa mort de pures apparences sans réalités correspondantes, comme le faisaient dans la primitive antiquité ces sectes étranges qui commençaient à poindre aux jours de saint Jean et qu'il rejette avec une sévérité si significative :

 

« Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu en chair, est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse point que Jésus-Christ est venu en chair, n'est point de Dieu (1Jean 4.2-3) ?

 

Il n'y a rien au monde de plus personnel que le sacrifice, ni de plus distinct que celui à qui et celui par qui il est offert.

 

Le sacrifice de soi-même offert par le Fils au Père, et accepté par le Père en expiation de nos péchés, est inséparable de la doctrine du Père et du Fils, disons mieux, c'est cette doctrine même prise dans son centre vivant et salutaire.

 

Aussi la doctrine du sacrifice suit-elle pas à pas celle de la Trinité.

 

L'ancienne alliance, n'ayant la Trinité qu'en germe, n'a le sacrifice aussi qu'en figure ; et le jour où le Père, le Fils et le Saint-Esprit reçoivent leurs noms dans la nouvelle alliance, est aussi celui où le sacrifice unique et véritable est consommé.

 

Quand saint Jean écrivait :

 

« En ceci est manifesté l'amour de Dieu envers nous, que Dieu a envoyé son Fils unique au monde, afin que nous vivions par lui » (1Jean 4.9) ;

 

quand Jésus-Christ disait :

 

« Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle » (Jean 3.16),

 

ils confessaient la substance même de la Trinité.

 

Après cela, ôtons la Trinité, si nous l'osons ; mais sachons bien qu'en l'ôtant, nous laissons l'édifice évangélique sans appui ; nous sapons la rédemption par la base ; nous la rendons non seulement incompréhensible, mais chimérique ; et troublés d'un salutaire effroi, revenons au Fils pour revenir au Père, et donnons gloire avec l'Écriture au mystère fondamental de notre très sainte foi ! (...)

 

 

Jésus-Christ baptisé ou la Trinité par Adolphe Monod (Suite 6)

 

 

 

Bible

Croix Huguenote

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 02:29
Jésus Christ baptisé ou la Trinité (4ème Partie)

JÉSUS-CHRIST  BAPTISÉ

ou
LA  TRINITÉ

(Quatrième Partie)

 

“Et quand Jésus eut été baptisé, Il sortit aussitôt hors de l’eau ; et voilà, les cieux lui furent ouverts, et Jean vit l’Esprit de Dieu descendant comme une colombe, et venant sur Lui ! Et voilà une voix du ciel disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai pris mon bon plaisir.” (Matthieu 3.16-17)

 

L'amour du Père.

 

Dieu prenant compassion de la créature déchue, et consentant à lui pardonner ses péchés, assurément c'est le premier point d'où notre paix dépend.

 

Mais cette paix sera grandement augmentée, et, si je l'osais dire, attendrie, quand ce Dieu miséricordieux aura reçu de la seconde partie de la Bible son nom de Père, que la première partie annonce comme une grâce réservée aux temps à venir (2Corinthiens 6.18).

 

Ce nom, bien différent, faut-il l'expliquer ?

 

De cet autre nom de Père que Dieu porte dans toutes les religions comme auteur de toutes choses, plus spécialement comme auteur des créatures intelligentes et morales, ce nom de Père, dépendant de ceux de Fils et de Saint-Esprit, crée entre Dieu et moi un rapport personnel et vivant, qui est tout nouveau et propre à l'économie évangélique.

 

Père éternel de Jésus-Christ, et mon Père en Jésus-Christ, source éternelle du Saint-Esprit, et par cet Esprit me communiquant sa nature et sa vie, ce Dieu n'a pas dédaigné de « m'adopter à soi », de me mettre au rang des membres « de sa famille » et au nombre de « ses héritiers », d'entrer avec moi dans une relation tout intime et toute particulière, qui ne se peut comparer qu'à celle qu'Il soutient de toute éternité avec son Fils unique et avec son propre Esprit.

 

Il ne faut pas que l'habitude émousse ce qu'il y a de pénétrant et de sensible dans ce doux nom de Père : rendons-nous compte du trésor qu'il renferme dans sa simplicité profonde.

 

Nous n'avons qu'à suivre le chemin où Il nous invite de Lui-même :

 

Prenons  l'amour paternel, tel que nous le trouvons sur la terre ; choisissons l'amour du père le plus aimant pour l'enfant le plus aimable ; cet amour, purifions-le de tout alliage, dégageons-le de toute entrave, affranchissons-le de toute limite, en un mot, idéalisons-le ; et nous commencerons d'avoir quelque faible lueur de l'amour paternel qui est dans le Dieu de Jésus-Christ.

 

Loin de nous désormais « l'esprit de servitude, pour être encore dans la crainte » !

 

Notre esprit à nous, c'est « l'Esprit d'adoption, par lequel nous crions Abba, Père, » et qui arrache à un apôtre cette exclamation mêlée d'émotion, de surprise et d'admiration :

 

« Voyez quel amour le Père nous a donné (5), que nous soyons appelés les enfants de Dieu ; -- héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ »

 

...Et comment douter désormais de notre pardon ?

 

Comment craindre encore sa colère ?

 

Ces noms de père et d'enfant ne répondent-ils pas de tout ?

 

Lui, mon Père, dans la gloire éternelle, et moi, son enfant, son héritier, dans l'amertume éternelle : quelle contradiction dans les termes !

 

Je me repose sur le sein de mon Père, le Créateur du ciel et de la terre : libre à nous d'appeler cela de la théologie ; tout ce que je puis dire, c'est que ma théologie fait ma paix dans la vie et ma sûreté dans la mort.

 

Ce n'est pas tout : l'amour du Père ne se borne pas à nous sauver du plus affreux des périls ; il nous suit encore pas à pas, il nous prodigue chaque jour les témoignages de son amour fidèle : toute sa conduite sur nous est une conduite paternelle.

 

Paternelle, et pourtant divine ; divine, et pourtant paternelle : savons-nous bien tout ce qu'il y a de douceur dans cette épithète ?

 

L'éducation paternelle ; la consolation paternelle ; l'accueil paternel ; le pardon paternel ; les dons paternels ; la correction paternelle ; et jusqu'aux refus paternels...

 

Eh bien ! Tout cela, mes chers frères et soeurs, tout cela qui fait le fond même de notre consolation, tout cela qui est ce qu'il y a de plus simple et de plus pratique dans la foi chrétienne, à quoi se réduirait-il sans la Trinité, oui, sans la Trinité ?

 

La révélation générale de l'Amour de Dieu, de Son Pardon même, nous tiendrait-elle lieu de ce lien de famille, de ce rapport de parenté avec Notre Père ?

 

Ou bien, Dieu Notre Père, savons-nous quelque moyen de le séparer d'avec Dieu le Père de Jésus-Christ, source du Saint-Esprit, nous adoptant, nous prévenant, nous justifiant, nous sanctifiant, nous glorifiant, en Jésus-Christ, par le Saint-Esprit ?

 

Otons-lui, si nous l'osons, son nom de Père ; mais sachons que nous ne pouvons le Lui enlever sans Lui arracher du même coup les entrailles de cette paternité qui est l'appui de notre espérance éternelle ! (...)

 

 

 

Jésus-Christ baptisé ou la Trinité par Adolphe Monod (Suite 5)

 

 

 

Bible (56)

Croix Huguenote

(4)

L'article de la Confession Helvétique, relatif à la Trinité, se termine par ces mots : « Pour tout dire, en un mot, sur cet article important, nous recevons le Symbole, qu'on nomme des Apôtres, comme une ancienne confession de la vraie foi chrétienne. »

(5)

Version littérale : L'amour de Dieu fait plus que de se déclarer ; il se donne, il se répand dans le coeur (Romains 5.5).

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 02:28
Jésus Christ baptisé ou la Trinité (3ème Partie)

JÉSUS-CHRIST  BAPTISÉ
ou
LA  TRINITÉ

(Troisième Partie)

 

“Et quand Jésus eut été baptisé, Il sortit aussitôt hors de l’eau ; et voilà, les cieux lui furent ouverts, et Jean vit l’Esprit de Dieu descendant comme une colombe, et venant sur Lui ! Et voilà une voix du ciel disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai pris mon bon plaisir.” (Matthieu 3.16-17)

 

 

Dans la Première Partie Biblique, la doctrine est obscure et à l'état latent : le Père, le Fils et le Saint-Esprit associés dans la création (Genèse 1 ; Psaume 33.6 ; Jean 1.1-3), ou dans la prophétie (Ésaïe 48.16-17 ; Ézéchiel 36.25-27 ; 37.23 à fin ; Joël 2.27-fin), ne se découvrent qu'à une lecture répétée, qu'à des rapprochements attentifs.

 

Dans les Évangiles Ils commencent d'être nommés par leurs noms et tout ensemble unis et distingués, témoin la naissance du Seigneur, la célébration de son baptême et l'institution du nôtre.

 

Enfin, dans les Actes et dans les Épîtres, le fait se complète et s'éclaircit par la théorie : en même temps que l'unité des Trois se confirme par la Divinité de chacun d'Eux, Leur Distinction se dessine par ses attributs propres et par sa part de concours à notre Rédemption, plus nettement marqués.

 

Cette loi de développement devient plus sensible encore, quand on considère que chacun des Trois a Son tour pour tenir la Place la plus saillante dans chacune de ces trois périodes de l'histoire du règne de Dieu.

 

Celui qui frappe le plus les regards de la foi dans la Première Partie de la Bible, c'est le Père, avec les plans de Sa Grâce et la prédiction du Fils et du Saint-Esprit .

 

Dans les Évangiles, c'est le Fils, avec Son séjour visible auprès des Siens, et la promesse du Saint-Esprit pour Le remplacer avec avantage au dedans d'eux (Jean 14.17).

 

Et dans les Actes et les Épîtres, c'est le Saint-Esprit, avec l'achèvement des révélations et l'institution de l'Église, « la plénitude de celui qui remplit tout en tous. »

 

De là cette parole profonde d'un Père de l'Église :

 

« Dans la Première Partie de la Bible, nous avons Dieu le Père, ou Dieu pour nous ; dans les Évangiles, Dieu le Fils, ou Dieu avec nous ; dans les Actes et les Épîtres, Dieu le Saint-Esprit, ou Dieu en nous (3.) »

 

Ainsi, tandis que les enseignements secondaires et les institutions temporaires vont s'affaiblissant par le progrès des Écritures, jusqu'à ce qu'elles finissent par s'effacer et s'éteindre dans la lumière Evangélique, comme la lueur des étoiles dans les clartés du soleil, la doctrine du Père, du Fils et du Saint-Esprit, par une marche toute contraire, va se dégageant par ce même progrès et se déterminant avec une netteté croissante, jusqu'à ce qu'elle finisse par éclater sans voiles dans le plein midi de la lumière Evangélique : comment cela si elle n'est elle-même le soleil, je veux dire si elle n'est la base et l'essence même de la rédemption et de la révélation tout entière ?

 

Après cela, un Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, c'est plus qu'une doctrine, c'est la doctrine des Écritures, et des Écritures prises tout simplement telles qu'elles sont, dans l'esprit d'un enfant.

 

Si pour montrer que nous l'avons prise dans cet esprit, il me fallait quelque autre preuve que notre jugement personnel, je la trouverais dans la tradition constante de l'Église universelle, qui n'a jamais varié sur ce point, et que j'invoque ici, faut-il l'expliquer, non comme autorité, mais comme témoignage.

 

Toutes les communions chrétiennes, grecque, latine, protestante ; toutes les grandes églises protestantes, réformée, luthérienne, anglicane ; toutes les sections du réveil évangélique de notre époque, se sont accordées à recevoir la doctrine que nous venons de puiser dans l'Écriture, comme faisant partie des révélations divines, comme en formant la base éternelle : toutes se rencontrent pour placer la Trinité comme sur une terre commune qui appartient également à tout ce qu'il y a de chrétien dans le monde.

 

Le vieux Symbole des Apôtres ouvre la marche, et l'ouvre dans un esprit de sobriété propre à la théologie primitive.

 

A l'exemple de l'Écriture, il ne définit pas la Trinité, il ne la nomme pas même ; mais il la suppose, il est fondé sur elle, car il se compose de trois parties : la foi en Dieu le Père tout-puissant, la foi en Jésus-Christ son Fils et la foi au Saint-Esprit (4).

 

Vient après lui le Symbole de Nicée, dressé tout exprès pour s'opposer au progrès de l'hérésie arienne, qui niait la doctrine qui nous occupe, plus spécialement en ce qui concerne la divinité du Fils.

 

Ce qu'il y avait de trop précis et de trop spéculatif dans le langage de ce symbole vénérable et vénéré, doit être moins imputé à lui qu'aux subtilités où s'enveloppait Arius, et qui plaçaient les pères de Nicée dans la fâcheuse alternative, ou de dire trop, ou de ne pas dire assez.

 

Autour de ces deux symboles se rangent avec respect l'Église d'Occident, l'Église d'Orient, tous les docteurs pieux du moyen âge.

 

Puis, quand Dieu visite son Église pour la ramener aux sources pures et primitives de la foi, toutes les Confessions de foi provenant des réformateurs maintiennent les Symboles des Apôtres et de Nicée, dont ils reproduisent la doctrine, en prenant une position intermédiaire entre l'extrême sobriété du premier et les développements trop exacts du second ; n'en citons qu'un exemple, la Confession de notre Église :

 

« Cette Écriture sainte nous enseigne qu'en une seule et simple essence divine, que nous avons confessée, il y a trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Es-prit. Le Père, première cause, principe et origine de toutes choses ; le Fils, sa parole et sapience éternelle ; le Saint-Esprit, sa vertu, puissance et efficace. Le Fils, éternellement engendré du Père. Le Saint-Esprit, procédant éternellement de tous deux, les trois personnes non confuses, mais distinctes, et toutefois non divisées, mais d'une même essence, éternité, puissance et égalité... »

 

Il est superflu de rappeler que de nos jours, à part cette précision de langage qui n'est pas dans l'esprit de notre temps, le fond de la doctrine, tel que nous l'avons trouvé dans les Écritures, est reçu par tous les organes de la doctrine évangélique ; partout où nous rencontrons la grâce, la régénération, l'expiation des péchés, nous rencontrons à côté Jésus-Christ Dieu et la Trinité : foi commune de tous les prédicateurs du réveil, et base commune, avec des exceptions si peu nombreuses qu'elles fortifient la règle, de toutes les institutions religieuses.

 

Ajoutons ici une remarque correspondant à celle que nous faisions tantôt sur le développement historique de notre doctrine.

 

Cette doctrine, disions-nous, devient de plus en plus nette dans les Écritures à mesure que les révélations de Dieu deviennent plus abondantes ; on peut dire aussi qu'elle devient de plus en plus ferme dans l'Église, à mesure que, l'Église devient plus fidèle à la Parole de Dieu.

 

Certaines déviations de la doctrine par lesquelles le Père a été confondu avec le Fils, ou le Saint-Esprit entravé dans la liberté de son action, appartiennent exclusivement à l'Église déchue que nous a léguée le moyen âge, et n'ont jamais pénétré dans la croyance des Églises de la Réformation.

 

Disons-le donc sans hésiter : toute l'Église chrétienne, en proportion même de sa fidélité, est unie dans l'interprétation de la sainte Écriture à l'endroit du grand mystère.

 

C'est qu'il ne s'agit pas ici d'interprétation, mais d'acceptation ; c'est que notre Trinité, je me plais à le redire, est la Trinité du petit enfant.

 

Mais notre doctrine, reconnue pour scripturaire, donc vraie comme objet d'étude abstraite et scientifique, est-elle d'une application pratique qui lui donne place dans la prédication de l'Évangile ?

 

Question d'autant plus respectable qu'elle vient des simples et des petits, et dans l'examen de laquelle il me tarde d'entrer : j'ai fait appel jusqu'ici à la fidélité et à la soumission ; je vais faire appel maintenant au coeur chrétien, à la conscience chrétienne.

 

Plus d'une doctrine des plus profondes est en même temps des plus pratiques : témoin la tentation du Seigneur, ou son sacrifice expiatoire.

 

Qu'il en soit de même pour la doctrine du Père, du Fils et du Saint-Esprit, nous avons tout lieu de nous y attendre, soit par l'estime où se trouve cette doctrine dans la foi permanente de l'Église universelle, soit par la place prépondérante qu'elle occupe dans la sainte Écriture elle-même, et qui va gagnant avec le temps.

 

Comment expliquer que l'Écriture, si Sainte et si essentiellement Pratique, ait mis notre doctrine dans un si haut rang, si elle devait être reléguée parmi les spéculations de la science théologique ?

 

Surtout, comment expliquer alors qu'elle l'ait révélée avec une clarté croissante, et qu'elle en ait réservé le complet développement pour « les derniers jours, » pour ces jours de Jésus-Christ, enviés « de plusieurs prophètes et de plusieurs justes » (Matthieu 13.17), pour ces jours du Saint-Esprit, plus précieux encore aux disciples que ceux de Jésus-Christ lui-même ? (Jean 16.7), -- à moins que l'on ne soit préparé à soutenir que la nouvelle alliance est moins salutaire que l'ancienne, et l'économie du Saint-Esprit moins spirituelle que celle des ombres et des figures ! (Hébreux 10.1 ; 2Corinthiens 3.6-8.)

 

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit répondent à un triple besoin de l'homme pécheur qui retrouve en Dieu tout ce qu'il a perdu par le péché.

 

Coupables contre Dieu, nous avons besoin de grâce ; d'une grâce qui nous cherche, qui nous prévienne, sans exiger de nous aucun mérite, ni attendre que nous ayons fait les premiers pas.

 

Nous la trouvons dans le Père, qui « nous a élus en Christ avant la fondation du monde...selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a rendus agréables en son bien-aimé. » (Éphésiens 1.3-6.)

 

La voilà, cette grâce toute gratuite, pleine, surabondante, qui peut seule donner la paix à un pauvre pécheur « travaillé et chargé. »

 

Condamnés par la loi, nous avons besoin d'une expiation qui donne gloire à cette loi sainte dans le temps même que la juste vengeance nous en est épargnée, et qui frappe le péché tout en absolvant le pécheur ; problème moral dont la solution, réclamée non seulement par la loi Divine, mais aussi par la conscience humaine, serait demeurée à jamais impossible à découvrir si Dieu ne nous l'eût donnée toute découverte en lui-même.

 

Nous la trouvons dans le Fils, qui « a mis sa vie en rançon pour plusieurs, » qui « a souffert Lui Juste pour les injustes, » et qui « a fait par Lui-même la purification de nos péchés. »

 

Le voilà ce sacrifice qui répare tout, et où le Vrai Médiateur, Emmanuel, réconcilie la nature humaine et la Nature Divine sur la croix, par le mystère de sa Rédemption, après les avoir rassemblées dans Sa Personne par celui de son incarnation.

 

Asservis au mal, nous avons besoin d'une puissance prise en dehors de nous et au-dessus de nous, qui renouvelle notre vie morale jusque dans sa racine, et qui crée en nous un coeur nouveau, avec de nouveaux sentiments, de nouveaux principes, de nouvelles forces.

 

Nous la trouvons dans le Saint-Esprit, ce divin « Consolateur, » qui « nous affranchit de la loi du péché et de la mort, » « mortifie en nous les oeuvres du corps, » « prie en nous pour nous, » et « nous revêt du nouvel homme créé selon Dieu en justice et en sainteté de vérité. » (Romains 8 ; Éphésiens 4.)

 

La voilà cette énergie du pouvoir de la force de Dieu, « qu'il a déployée en Christ en le ressuscitant des morts, » la voilà déployée dans notre homme intérieur pour le ressusciter de sa faiblesse et de sa mort propre, et lui communiquer la vie divine tout entière.

 

Non, j'en atteste toute conscience chrétienne, ce ne sont pas là des spéculations de théologie ;

 

-          c'est le fond même du salut ; c'est la plénitude du Dieu trois fois saint, se répandant tout entière dans l'abîme de notre misère naturelle ;

 

-          c'est la triple grâce du pardon, de la rédemption, de la sanctification, rendant avec usure à l'homme tombé le triple trésor de la sainteté, de la justice, de la force, que Satan lui a ravi dans Éden ;

 

 

-          c'est la triple question du salut de l'homme, à jamais insoluble pour l'homme, transportée de l'homme en Dieu pour trouver une solution :

 

- la question de pardon, devenue la question de l'amour du Père ;

 

- la question de rédemption, devenue la question du crédit du Fils ;

 

- la question de la sanctification, devenue la question de la victoire de l'Esprit-Saint sur l'esprit de ténèbres.

 

Mais puisque tout sort de Dieu, de qui le Fils et le Saint-Esprit eux-mêmes procèdent, ne serait-il pas plus simple, et tout ensemble plus vrai, de rapporter tout d'un temps à Lui toutes les parties de notre salut ?

 

Que perdrions-nous pour la grâce du pardon, de la rédemption et de la sanctification, à dire que Dieu nous pardonne, que Dieu nous rachète, et que Dieu nous sanctifie, sans parler du Père, du Fils et du Saint-Esprit ?

 

Que serait-ce autre chose que de substituer à la coopération, quelle qu'elle puisse être, de chacun des trois, le principe caché en Dieu dont elle émane, et de remonter à la source éternelle où tout est contenu et enveloppé ?

 

Cela serait vrai, mon cher frère, ma chère soeur, si le Père, le Fils et le Saint-Esprit, n'était qu'une expression nominale des choses diverses qui sont en Dieu ; et certaines sectes hérétiques qui n'ont su voir dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit que des modes de l'action divine, auraient mauvaise grâce de vous refuser le sacrifice de trois noms, auxquels rien ne répond dans le fond des choses, et qui, dès lors, compliquent sans fruit ce témoignage que nous rendons de notre foi.

 

Mais pour nous qui, avec l'Église fidèle de tous les temps, reconnaissons entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit une distinction réelle, essentielle, éternelle, nous sommes consciencieusement tenus de refuser un sacrifice qui porte sur ce que j'appellerai avec respect l'homme intérieur du Dieu Vivant et Vrai.

 

Supprimer les noms de Père, de Fils, et de Saint-Esprit, pour nous renfermer dans l'action générale de Dieu, ce serait reculer vers les temps de la première partie de la Bible, et à la place de la foi d'un saint Paul ou d'un saint Jean, mettre la foi d'un Abraham ou d'un Moïse.

 

Ce serait plus encore, et nous faisons tort à cette première partie ; car les Abraham et les Moïse ont joui du moins d'une glorieuse échappée sur le saint héritage promis aux temps à venir (Jean 8.56 ; Hébreux 11.13 ; 1Pierre 1.10-11, etc.) ; ils ont cru à leur manière, quoique d'une foi enveloppée, au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

 

Quoi qu'il en soit, nous, disciples de la seconde partie de la Bible dont « les yeux sont bienheureux parce qu'ils voient et les oreilles parce qu'elles entendent », apprécions mieux le privilège de notre économie, regardons-y de plus près ; et apprécions d'un coeur ému ce que notre âme a gagné à passer de la connaissance générale de Dieu pardonnant, rachetant et sanctifiant, à une communion personnelle avec la grâce du Père, la rédemption du Fils et la sanctification de l'Esprit. (...)

 

Jésus-Christ baptisé ou la Trinité par Adolphe Monod (Suite 4)

 

Bible (124)

Croix Huguenote

 

(3)

Ce n'est donc pas sans raison profonde que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont habituellement nommés par les Écritures dans l'ordre où je viens de les placer. Si cet ordre est interverti de temps à autre (1Pierre1.2 ; 2Corinthiens 13.13, etc.), c'est sans doute pour nous montrer qu'il n'y a point entre eux de différence de rang ou d'âge.

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Charles Spurgeon

" J'avoue que je donnerais à peine un penny pour tout salut que je pourrais perdre. La vie éternelle est la chose dont nous avons besoin, la Vie de Dieu, qui ne peut jamais changer ou être enlevée de nous, et c'est ce qui est donné à toutes celles et ceux qui croient en Jésus Christ."

Car, lorsque que nous étions
encore sans force,
Christ, au temps marqué,
est mort pour des impies
 (Romains 5-6)

Croix Huguenote

  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite ?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

Croix Huguenote 

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