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Vie Protestante Réformée

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Jean Calvin

"Puisque Dieu, par conséquent, nous justifie par la Médiation du Christ, Il nous Acquitte, non pas par l'aveu de notre innocence personnelle, mais par une imputation de la justice ; de sorte que nous, qui sommes injustes en nous-mêmes, sommes considérés comme Justes en Jésus Christ."

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 15:38
Repentance et Grâce

 

Les hommes opposent l’amour de Dieu à sa sainteté et préfèrent davantage parler de pardon que de repentance, pourtant au cœur du message évangélique.

 

Il est certes plus aisé de nous réjouir et nous glorifier de la grâce que d’écouter ses enseignements.

 

Personne ne veut songer un instant que Dieu condamne l’homme pour ses péchés, pourtant chacun se permet de juger si facilement du péché des autres, d’autant plus s’il en est victime…


Dieu manifeste son amour et sa bonté envers nous afin de nous conduire à la repentance et non à une vie laxiste de péché qui l’offense. Exploiterions-nous son amour pour justifier notre méchanceté ?

 

Comprendre l’horreur du péché ou l’esprit de la repentance.


A l’instar des contemporains de Jean-Baptiste, beaucoup d’hommes considèrent la repentance comme un moyen de « fuir la colère à venir ».

 

Certains ayant compris le principe religieux disent « marcher dans la lumière » en allant se confesser au pasteur comme on irait consulter son psychiatre.

 

Nous pensons tromper Dieu par notre rituel sans recevoir sa lumière qui éclaire ce qui gît au fond du cœur : les fruits de la repentance sont absents.

 

Qui, de l’élan spontané d’un cœur déchiré, osera se frapper la poitrine pour dire au Seigneur comme le publicain : « O Dieu, sois apaisé envers moi pauvre pêcheur » ?

 

L’illusion d’être juste est tellement ancrée au cœur de l’homme que même sa repentance le conforte dans ce qu’il est ; il n’a pas compris qu’il doit changer.

 

Puisqu’il est pardonné, autant continuer à pécher !

 

Nous pouvons demander pardon tous les jours, dans cet esprit : nous ne serons pas pardonnés. Dieu n’est pas séduit par nos bons sentiments religieux.


L’épisode où le peuple d’Israël a festoyé autour d’un veau d’or illustre parfaitement cette illusion.

 

Par ce mélange d’idolâtrie et de divertissement, ils pensaient adorer Dieu !

 

Lorsqu’il nous arrive aujourd’hui de dénoncer l’idolâtrie des statues ou des icônes selon ce que la Parole nous enseigne, les chrétiens ayant compris que l’idolâtrie ne se limitait pas à celle des statues matérielles rétorquent aussitôt : « mais nous avons tous des idoles » !

 

Comment peut-on avancer un tel argument avec autant de légèreté lorsque l’on considère ce que la Bible dit : « les idolâtres n’hériteront pas le royaume » !

 

En le disant ainsi sans repentance, réalisons-nous que nous sommes perdus ?

 

Si j’ai des idoles alors je dois impérativement m’en repentir et les abandonner car, comment pourrais-je encore m’approcher de Dieu sans purifier mon cœur ?

 

Oserais-je brandir ainsi mon péché pour nuancer, voire justifier celui des autres ?

 

Voilà l’hypocrisie de l’homme religieux prenant sa connaissance comme paravent pour cacher son péché.

 

La religion pense faire l’économie de la repentance, la véritable connaissance de Dieu nous y conduit.

 

Plutôt que d’argumenter par de tels propos, mieux vaut reconnaître que nous n’avons pas saisi la gravité du péché et que la connaissance du Seigneur nous manque. C’est ainsi que nous pouvons espérer changer.


Ceux qui n’ont pas été écrasés par l’effondrement de la tour de Siloé n’étaient pas plus justes que ceux qui se sont retrouvés dessous[1], mais Jésus utilise l’exemple pour exhorter à la crainte et la repentance.

 

Si nous n’abandonnons pas notre péché tout en croyant être du bon côté, nous courons le pire des dangers : l’hypocrisie religieuse.

 

Nous pouvons tirer des conclusions de la bénédiction passagère : puisque tout va bien cela signifie que …. Nous oublions que beaucoup de païens sont en bonne santé alors que parfois ceux consacrent leur vie pour l’œuvre de Dieu ne le sont pas.


D’autres raisonnements aussi légers amènent certains à se dire qu’une fois livrés à leurs passions, ils sont ensuite mieux disposés pour rendre un culte : ils n’ont pas connu l’amour de Dieu.

 

Quelle femme accepterait qu’on s’amuse avec une autre sous prétexte de mieux l’aimer ensuite ou de dynamiser sa vie sexuelle… ?

 

Celui qui aime ne supporte pas de faire souffrir, sa sensibilité ne peut le tolérer.

 

Le don d’une humble reconnaissance

 

Nos consciences d’hommes religieux mais mondains ont déjà du mal à se repentir des péchés extérieurs pensant qu’avoir l’alliance de Dieu à la bouche et des sacrifices à lui offrir suffisent pour attirer Ses faveurs.

 

La conscience ainsi se tranquillise jusqu’à ce qu’elle ne ressente plus l’utilité des actions ou des offrandes. Alors vient la lassitude.

 

Que fait-on lorsque l’on ne sert plus à rien ?


En relisant Le psaume 50 nous découvrons à quel point Dieu n’a pas besoin de nos offrandes.

 

L’homme a la prétention de faire et d’apporter quelque chose alors que tout appartient à Dieu ! Si nous ne lui avions rien offert, il se serait servi !

 

Ce que Dieu attend de l’homme c’est qu’il vienne vers lui en demandant, conscient qu’il manque de tout, qu’il n’est qu’homme et que Dieu est Dieu.

 

« Invoque–moi au jour de la détresse ; Je te délivrerai, et tu me glorifieras ».

 

Si Dieu peut faire crier les pierres pourquoi aurait-il besoin de moi, que peut- il faire de ce que je lui apporte ?

 

Nous n’avons rien, ne pouvons rien et avons besoin de tout. Si même nous avions tout, nous manquerions encore de tout si nous ne savons pas aimer. Sans l’amour, je ne suis rien.


Faire un effort pour aimer prouve que l’on n’aime pas ; comment une femme peut elle se contenter des efforts de son mari qui s’applique à l’aimer ?

 

Où est l’élan spontané du cœur gagné et conquis ?

 

L’absence d’amour, le dénigrement de l’autre pour justifier son indifférence suscitent rarement le besoin de repentance, et ce sont pourtant les reproches que Dieu fait dans ce psaume 50[2].

 

Nous dénonçons ce que le monde désapprouve aussi : les péchés extérieurs, la violence, le vol, la trahison, l’infidélité, le meurtre.

 

Malgré la libre union prônée dans notre génération, la tromperie au sein du couple ne se fait jamais sans crise, sans accusation et culpabilité.

 

Il y a donc bien une conscience du péché chez tout homme. Mais ce que Dieu met au jour, c’est bien l’état du cœur et, si la loi est observée en tout point à l’extérieur, elle ne justifiera pas celui qui n’aime pas car seul l’amour accomplit toute la loi. Dieu ne reçoit rien de quelqu’un qui n’aime pas.


Les œuvres sans l’amour, aussi belles soient-elles, restent humaines, religieuses : « maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme » et qui juge lui-même de ce que Dieu fait.

 

Sans l’esprit de Dieu nous sommes ramenés à notre nature mauvaise qui gît dans le malin, méchanceté indifférence et mépris. La prise de conscience nous pousse à crier « malheureux que je suis ! Qui me libérera ? »


Celui qui accepte la repentance accepte le jugement de Dieu et s’y soumet car il désespère de lui-même, il ne sait plus.

 

L’homme religieux décide de ce que Dieu devrait faire dans son amour mais celui qui a le cœur brisé sait qu’il ne peut rien apporter, il a la bouche fermée. Il ne juge plus selon ses critères, ne s’évalue plus car il est perdu mais il s’approche en demandant pardon car son cœur est méchant, sec et vide.


Même mes actes d’amour peuvent se transformer en offense car l’autre sent que je ne l’aime pas sincèrement, qu’en est-il de Dieu qui connaît tout ?

 

Notre état intérieur se dévoile parfois par une pointe de violence, de bouderie ou un silence froid et impassible, mais Dieu savait bien avant que je ne vivais plus de reconnaissance et de demande.

 

La repentance consiste à accepter que ma méchanceté ne soit plus cachée par mes sacrifices. Oui, je suis insensible, je ne connais pas l’amour.


Au sein de cette prise de conscience la grâce éclate : comment se fait-il qu’en connaissant ma méchanceté et ma dureté, Dieu m’ait appelé ou qu’il m’ait utilisé ?

 

J’aurais tellement aimé mériter ou être utile… Mon service est inutile, Dieu l’agrée par grâce parce que je lui ai seulement rendu ce qu’il m’a donné.

 

C’est la différence entre donner ce que j’ai acquis et donner ce que j’ai reçu de Dieu d’où le sens de « rendre grâce ».

 

Je ne m’approche pas de Dieu les mains vides mais remplies de ce qu’il m’a donné, j’apporte ma reconnaissance.


« En sacrifice à Dieu, offre la reconnaissance. Accomplis tes vœux envers le Très-Haut. Invoque moi au jour de la détresse ; Je te délivrerai, et tu me glorifieras ».

 

[1] Luc 13 : 4

[2] V. 20 et 21 « Tu t’assieds et tu parles contre ton frère, tu diffames le fils de ta mère. Voilà ce que tu as fait, et je me suis tu. Tu t’es imaginé que j’étais comme toi, mais je vais te faire des reproches et tout mettre sous tes yeux ».

 

MT

bible refuge du chrétien

-Arthus Croix Huguenote


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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 03:22
La parole véritable est toujours ferme; Mais la langue fausse n’est que pour un moment. (Proverbes 10.19.)

La parole véritable est toujours ferme;

Mais la langue fausse n’est que pour un moment.

(Proverbes 10.19.)

 

 

A vérité est à toute épreuve.

 

Elle supporte surtout celle du temps et en sort victorieuse.

 

Si donc j’ai dit la vérité et que j’aie à souffrir pour elle, je n’ai qu’à attendre tranquille.

 

Et si je crois à la vérité divine, et que je m’efforce de la proclamer, quand même je rencontre de l’opposition, je n’ai rien à craindre, car elle prévaudra.

 

C’est un pauvre triomphe, et tout temporaire, que celui du mensonge.

 

« La langue fausse n’est que pour un moment. »

 

Le mensonge est une calebasse vide qui croit en une nuit et périt en une nuit ; et plus grand a été son développement, plus visible est sa ruine.

 

Mais, par contre, il est certainement digne d’un être immortel de proclamer et de défendre cette vérité qui est immuable, cet Evangile éternel établi par la parole inébranlable d’un Dieu qui ne change pas.

 

« Celui qui parle vrai, a-t-on dit, fait rougir le diable. »

 

Et, assurément, celui qui dit la vérité de Dieu épouvantera tous les démons et confondra la postérité du serpent, qui ne souffle que le mensonge.

 

Prends donc garde, mon coeur, d’être en toutes choses du côté de la vérité, dans les petites comme dans les grandes ; mais surtout, d’être du côté de Celui par qui « la grâce et la vérité »sont venues dans ce monde.

 

 

 

 

 

C.-H. SPURGEON,

(Promesses Quotidiennes)

spurgeon-copie-1

 

 

 

 

 

 

Refuge Protestant
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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 16:36
Romantisme et Christianisme (1ère partie)
Romantisme et Christianisme
Première partie :
l’importance, les définitions
et le paradoxe du Romantisme
(par David Estrada)


 


 

Importance du Romantisme...


 

Dans les domaines de la philosophie, de la théologie et de l’éthique, toute étude attentive de la culture du XXe siècle (et il en est de même pour ce qui concerne l’art, la sociologie et la politique) nous ramènera nécessairement à nous pencher avec soin sur cette période de notre histoire que l’on nomme le romantisme.


 

En philosophie, par exemple, l’existentialisme de penseurs tels que Martin Heidegger, Karl Jaspers, Jean-Paul Sartre, peut être considéré comme un des développements récents de certaines hypothèses de base qui avaient déjà été formulées par S. Kierkegaard, F. W. Schelling, ainsi que par d’autres auteurs romantiques.


 

En théologie, on sait aussi que Karl Barth, Emil Brunner et Paul Tillich, ont élaboré leurs théories respectives dans le cadre d’une conception romantique du christianisme et de la religion.


 

En outre, les orientations principales du fondamentalisme d’aujourd’hui révèlent un enracinement profond dans une conception piétiste et émotionnelle de l’Evangile telle qu’elle a été propagée par les chefs du mouvement romantique.


 

De nos jours, dans le domaine de l’art, les formes du réalisme et de l’expressionnisme, de même que l’engouement pour le surréalisme, voire le grotesque, ainsi que le recours constant aux forces de l’inconscient sont eux aussi révélateurs de l’origine romantique qui les inspire.


 

En matière d’éthique également, l’inspiration romantique peut être décelée dans l’importance de la fonction autonome attribuée à l’individu et dans la nature subjective des modes de son comportement.


 

Enfin, une vision politique et économique de la société telle que le marxisme ne saurait être comprise sans tenir compte des tendances utopiques qui se sont exprimées dans le Romantisme.


 

Les définitions du Romantisme


 

L’un des problèmes les plus déroutants susceptible d’entraîner tout chercheur qui étudie le romantisme dans une grande confusion, provient du grand nombre de définitions, souvent contradictoires, par lesquelles on cherche à le décrire.


 

Nous n’en mentionnerons que quelques-unes :


 

  • Emotion plutôt que raison : le coeur opposé à la tête, autrement dit : une prédominance accentuée accordée à la vie affective. Mélancolie sentimentale.


 

  • Une conception particulière de l’imagination; une attention particulière accordée à la nature ainsi qu’une utilisation originale de symboles. Un développement extraordinaire de la sensibilité imaginative. L’imagination opposée à la raison et au sens des réalités. Ainsi, l’écrivain allemand Friedrich Schlegel (1772-1829)[1] propose la définition suivante :

“Est qualifié de romantique, ce qui appartenant au domaine des émotions, et qui serait décrit sous une forme imaginative.”

 
  • Un désir de découvrir l’infini dans le cadre du fini : faire ainsi la synthèse du réel et de l’irréel. L’illusion de pouvoir contempler l’infini au sein de la nature elle-même.


 

  • Le retour à la nature. L’éloge de l’ignorance, et de tous ceux qui, jouissent encore de ses avantages inappréciables : le sauvage, le paysan et, bien entendu, en tout premier lieu, l’enfant.


 

  • La renaissance de l’émerveillement. Vouloir ajouter l’étrange à la beauté.


 

  • Le contraire du Classicisme. La subjectivité : un mouvement visant à se dégager de l’expérience du monde extérieur et à se concentrer sur l’intériorité. Le romantisme c’est aussi l’individualité, la singularité et l’expression du moi.


 

  • C’est vouloir faire revivre la vie et la pensée du Moyen Age.


 

  • Une libération des degrés de conscience moins éveillés; une rêverie enivrante.


 

  • Un effort pour s’évader de la vie quotidienne.


 

  • Selon Victor Hugo, le romantisme est “la vérité totale de la vie”.


 

  • Dans le romantisme on trouve un dualisme : le rationnel et l’irrationnel, mais aussi le désir de la mort en même temps que l’affirmation de la vie, enfin, la face double de Janus où l’on découvre le bien et aussi le mal.


 

Chacune de ces définitions se rapporte à des aspects importants du romantisme. Prise séparément, aucune prise séparément ne renferme une définition adéquate de ce mouvement.


 

C’est la raison pour laquelle nous ne sommes pas tout-à-fait d’accord avec H. Bloom et L. Trilling lorsqu’ils affirment “que le romantisme résiste à ceux qui chercheraient à le définir”. et qu’il n’est pas possible de fixer “ni les caractéristiques qui lui sont propres, ni les dates qui pourraient lui servir de repères.”[2]


 

Le romantisme peut être défini en regroupant ces diverses définitions partielles, car chacune d’entre elles met l’accent sur quelques-nes de ses caractéristiques essentielles.


 

Quant au problème d’attribuer à ce mouvement une époque historique approximative, pour notre part nous pensons que le phénomène romantique est comparable à un iceberg dont la partie immergée se situe au XVIIIe siècle, alors que la partie visible va de la dernière décennie du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du siècle suivant.


 

Dans mes investigations sur le romantisme j’en suis arrivé à la conclusion que la transformation la plus radicale et la plus lourde de conséquence pour l’avenir produite par ce mouvement provient de l’idée qu’il se faisait de l’homme.


 

La révolution copernicienne du romantisme s’est produite dans le domaine de l’anthropologie.[3]


 

Comme nous allons le constater le romantisme eut un effet dévastateur sur la conception de l’homme qu’enseigne la Bible.


 

Cette anthropologie romantique est un adversaire redoutable du christianisme.


 

L’étrange ici est que ces romantiques qui ont cherché à démolir les bases mêmes de la conception biblique de l’homme se réclamaient eux-mêmes du titre de chrétien.


 

Ils pensaient eux-mêmes être chrétiens. C’est là que se trouve l’un des plus grands paradoxes du romantisme.

 

 

Le paradoxe du romantisme


 

Contrairement à l’attitude généralement hostile vis-à-vis du christianisme prise par les représentants du Siècle des Lumières qui n’hésitaient pas à l’attaquer de la façon la plus forte, les romantiques se sont par contre ouvertement déclarés chrétiens.


 

Ils allaient même jusqu’à affirmer même que leur mission n’était autre que de manifester le plein épanouissement du christianisme.


 

Madame de Staël (1766-1817), Friedrich Schlegel (1772-1829), F. van Baader, J.P. Richter (1763-1825) parmi d’autres ont utilisé les termes de christianisme et de romantisme comme de simples synonymes.


 

Même le philosophe Friedrich Hegel (1770-1831), qui ne peut toutefois pas être considéré comme un romantique, dans son ouvrage sur l’Esthétique, identifie tout simplement l’art chrétien à l’art romantique.


 

Certaines des figures les plus marquantes du mouvement romantique avaient étudié la théologie.


 

Ce fut le cas de Schelling (1775-1854), de Hölderlin (1710-1843), de Richter (1763-1825) et de Schleiermacher (1768-1834). Coleridge (1772-1834) poète anglais, pour sa part, donna même des cours d’étude de la Bible. .


 

Novalis, (1772-1801) composa des hymnes “pour la nouvelle Eglise chrétienne”. et, lorsqu’il commença à rédiger son oeuvre inachevée, Heinrich von Ofterding, il espérait produire “la Bible définitive du christianisme”.


 

Même Goethe (1749-1832), qui pourtant gardait ses distances, tant à l’égard du mouvement romantique lui-même qu’envers l’Eglise établie, envoya néanmoins son fils à Herder pour qu’il soit catéchisé et ainsi introduit dans la foi chrétienne.


 

Il finit même par accepter de faire célébrer son mariage dans une Eglise luthérienne.


 

Ludwig Feuerbach (1802-1873) fut, lui aussi, étudiant de théologie.


 

En 1831, dix ans après la mort de Hegel, c’est Schelling qui occupa la chaire vacante du maître à l’Université de Berlin.


 

Dans le cours qu’il professa alors il s’efforca de détruire l’Hégélianisme, selon lui rien d’autre que “la semence du dragon” et de restaurer à sa place le christianisme.


 

Il en fut de même de Jean-Jacques Rousseau (1712-1772) qui s’affichait ouvertement chrétien.


 

Dans sa lettre à Christophe de Beaumont (1703-1781) archevêque de Paris, Rousseau plaida avec véhémence pour que soit reconnue son appartenance religieuse au christianisme : 

 

“Monseigneur, écrivait-il, je suis chrétien, un chrétien sincère en accord avec la doctrine de l’Evangile. Je suis un chrétien véritable, non pas un disciple du clergé, mais disciple de Jésus-Christ.”

 

De son côté Sören Kierkegaard (1813-1855) écrivait :


“Le fait de devenir ou d’être chrétien est aujourd’hui rien de plus qu’une banalité.”[4]

Commentant sur “l’illusion monstrueuse” de considérer le christianisme comme quelque chose allant de soi, il écrit :


 

Que peut donc signifier ce fait que des milliers et des milliers de gens s’appellent chrétiens comme si la chose allait de soi ? Or, ces chrétiens si nombreusx, pour autant que nous pouvons en juger, mènent pour la plupart, des existences bien étrangères au christianisme ! N’importe qui peut d’ailleurs s’en convaincre par une observation bien simple : ces gens n’ont probablement jamais mis les pieds dans une église, ils ne pensent jamais à Dieu, et ne mentionnent jamais son nom si ce n’est pour jurer. Il ne leur est jamais venu à l’idée qu’ils pouvaient avoir une quelconque obligation envers Dieu. Ces mêmes gens considèrent qu’ils sont parvenus au sommet de la morale en n’enfreignant pas les articles du code pénal, à moins qu’ils ne pensent qu’une pareille restriction ne leur est pas nécessaire. Pourtant, toutes ces personnes — même celles qu’on entend affirmer ouvertement que Dieu n’existe pas — sont-ils de véritables chrétiens parce qu’ils se disent chrétiens, sont reconnus comme tels par l’Etat sont enterrés comme chrétiens par l’Eglise. Et les voilà certifiés chrétiens pour toute l’éternité ! Il ne peut faire de doute que nous avons affaire ici à une énorme escroquerie. Une confusion aussi énorme est source d’une terrible illusion.”[5]

 

 

(suite partie II)

  1. Romantisme et Christianisme
(Une nouvelle conception, la bonté naturelle,
le morcellement romantique de l’identité de l’homme)


Notes et références

  1.  
    1.  
  1. Friedrich SCHLEGEL : Kritische schriften, p. 322.

  2. Romantic Poetry and Prose. The Oxford Anthology of English Literature. Oxford University Press, New York, 9th printing, 1981, p. 3.

  3. Ici le mot anthropologie est utilisé non pas dans son sens physique, mais dans son sens culturel. Il s’agit ici de l’étude des fondements de la conception que l’homme d’une certaine époque se fait de lui-même et des croyances et des institutions d’une société spécifique conçues comme fondement des modes de pensées et des structures sociales.

  4. S. KIERKEGAARD : The Point of View of my Work as an Author..A Report to History, Harper and Row, New York, 1962, p. 74.

  5. Ibid : pp. 22-23


 

 

 


 

Refuge Protestant
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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 16:35
Romantisme et Christianisme (2ème partie)

Romantisme et christianisme

Deuxième partie :

Une nouvelle conception de l'homme,

la bonté naturelle de l'homme,

le morcellement romantique de l'identité de l'homme

(Par David Estrada)


 

Une nouvelle conception de l’homme...


 

Dans son étude sur le romanisme, L. Furst arrive à la conclusion suivante : alors que la Renaissance tirait son inspiration principale d’un renouveau de l’idéal des classiques de l’Antiquité, le Romantisme, lui ne provenait pas du “renouveau d’un idéal ancien qui aurait été oublié pour un temps, mais qu’il représentait véritablement le commencement de quelque chose de nouveau.”[6]


 

Il est certain qu’il s’agit bien là du départ d’une nouvelle compréhension de la nature humaine.


 

Non pas, d’ailleurs, que les idées défendues par les Romantiques n’eurent été conçues précédemment. Ce qui autrefois n’était défendu que par une poignée d’hommes devenait maintenant la vision commune de toute une civilisation sur la nature même de l’homme.


 

Le coeur de cette nouvelle conception était centré sur l’idée de la bonté naturelle innée que les romantiques attribuaient à l’homme.


 

Dans l’humanisme qui prévalu lors de la Renaissance l’on peut certes déceler de fortes tendances vers l’affirmation d’une autonomie optimiste de l’homme face à son Créateur.


 

Toutefois, cette manière de considérer l’homme n’était pas alors celle de la société dans son ensemble. On peut retrouver des traces de paganisme dans plusieurs ouvrages de l’époque mais cette attitude orgueilleuse produisait bien souvent des sentiments de culpabilité dans le coeur de ces auteurs.


 

A la fin de leur vie, par exemple, les peintres Botticelli (1444-1510) et Michel-Ange (1475-1564), ainsi que d’autres étaient accablés par la pensée d’avoir par leur attitude trahi la foi chrétienne


 

Une telle attitude ne fut cependant pas celle du Hollandais Erasme (1464-1536). Il est utile ici de relever le rapport entre sa pensée et celle du romantisme en ce qui concerne leur compréhension de la nature humaine.


 

De la défense du libre arbitre de l’homme entreprise par Erasme découlait une négation de la doctrine biblique de l’homme, de la chute et des effets du péché.


 

C’est ici que se trouve l’enjeu véritable de la Réforme et “non dans des questions superficielles et secondaires relatives à la papauté, au purgatoire, aux indulgences et autres fariboles qui ne sont que des broutilles à côté de la question principale. “


 

Nous avons là les termes même qu’avait employés Martin Luther (1483-1546) dans sa lettre à Erasme. Toute la révélation biblique tourne autour de cette question-charnière. C’est de ce point de vue qu’il faut maintenant examiner l’anthropologie romantique.


 

La bonté naturelle de l’homme...

 

L’anthropologie romantique pousse la conception qu’Erasme avait de l’homme à ses conséquences ultimes.


 

En attribuant à l’homme une bonté naturelle, cette conception non seulement nie l’enseignement très clair de la Bible relatif aux conséquences de la chute, mais elle retire aussi toute véritable signification à la personne et à l’oeuvre du Christ.


 

Cette bonté naturelle que Rousseau et tous les Romantiques après lui affirmaient avec tant de conviction marque le point culminant de cette nouvelle philosophie de l’homme prônée par plusieurs penseurs du XVIIIe siècle.


 

Au début de ce siècle des Lumières, le troisième comte de Shaftesbury (1671-1713), l’homme qui, selon Herder, aurait le plus influencé les meilleurs cerveaux de son temps, (dont Emmanuel Kant (1724-1804) lui-même, aurait fondé sa philosophie morale sur une théorie de la bienveillance, vertu enracinée les bonnes dispositions naturelles du coeur humain.


 

En s’appuyant sur les principes de Shaftesbury, Francis Hutcheson (1694-1747) développa cette théorie de la bonté intrinsèque de l’homme, niant du même coup cette malignité originelle à la racine de la nature humaine déchue.


 

L’adoption générale de cette théorie d’une bonté naturelle à l’homme conduisit à la recherche du bon sauvage.


 

Selon Rousseau, ce que nous nommons péché ou mal, ne sont que les effets inévitables des conditions de vie d’une société contre-nature.


 

Placé dans un environnement naturel normal et libéré des contraintes et des formes nuisibles et artificielles de la culture et de la vie urbaine, l’homme manifesterait spontanément les bonnes dispositions de sa nature fondamentalement bienveillante.


 

Cette idée explique l’admiration des romantiques pour le monde paysan, moins contaminé que celui des villes par la civilisation urbaine.


 

Ceci explique l’idée chère aux romantiques qu’il serait possible de découvrir le bon sauvage dans une des régions perdues de notre terre.


 

Les récits optimistes et encourageants provenant de missionnaires, surtout Jésuites, ont longtemps fait vivre l’espoir de retrouver un tel spécimen authentique de la race humaine non encore corrompu par la civilisation.


 

Les artistes et les écrivains de l’époque romantique ne pouvaient s’arracher à cette espérance, comme en témoigne le célèbre roman exotique de Chateaubriand, Atala, thème qui inspira le tableau célèbre du peintre Girodet (1767-1824).


 

Le roman Frankenstein de Mary Shelley (1797-1851) illustre cette croyance générale dans la bonté naturelle de l’homme.


 

Non seulement l’homme est-il bon, mais il peut crée des êtres bons. Ainsi, Frankenstein fut-il crée bon avec des des sentiments tendres et une sensibilité raffinée.


 

S’il est par la suite devenu un monstre, c’est la faute à la société.


 

Pour les romantiques, l’origine du mal ne se trouve pas en l’homme : le mal résulte de conditions sont contraires à la nature.


 

Comme l’affirme de façon identique l’idéologie marxiste, c’est une différence toute artificielle entre les classes sociales qui serait la cause de l’aliénation et des souffrances de l’humanité.


 

Dans d’autres cas le blâme doit être imputé à cet autre monstre artificiel, l’Etat.


 

Mais chaque fois on retrouve l’idée sous-jacente que le mal ne peut qu’être la conséquence de structures sociales anti-naturelles et artificielles.


 

En revanche, l’homme, lui, est essentiellement bon.


 

Selon les romantiques, les pauvres sont sensés être plus vertueux et naturellement meilleurs que les riches.


 

A notre époque, la soit-disante théologie de la libération a poussé plus loin cette identification entre bonté et pauvreté.


 

Les pauvres sont les pauvres de l’Evangile, les héritiers du Royaume de Dieu.


 

Dans cette optique ces pauvres et ces opprimés représenteraient rien de moins que le Serviteur de l’Eternel du chapitre 53 du prophète Esaïe.


 

Au XVIIIe siècle cette croyance dans la bonté naturelle de l’homme fut si forte et si générale que même les évangéliques en furent affectés. Elle marqua fortement leur formulation de la doctrine de la sanctification.


 

Ainsi l’idée méthodiste (nota du refuge : qui découla en plus lourd dans le pentecôtisme d’ailleurs) d’une sanctification parfaite et d’une vie chrétienne entièrement victorieuse, doit être considéré comme le fruit d’une interprétation religieuse de la thèse romantique de la bonté naturelle des hommes.


 

La perte de conscience du péché si fortement caractéristique du monde contemporain nous vient directement de cette conception romantique de la nature humaine.


 

Même dans l’interprétation évangélique de la doctrine biblique de l’homme et de la chute se retrouve très souvent cet optimisme romantique.

 

Le morcellement romantique de l’identité de l’homme

 

L’idée généralement admise que le romantisme correspondrait à une réaction contre le siècle des Lumières, n’est qu’en partie exacte.


 

Sur certains points importants, les romantiques acceptent les conclusions fondamentales des Lumières.


 

Le romantisme s’efforça de dépasser les limites de la connaissance imposées par la raison plutôt que de réfuter les positions défendues par les Encyclopédistes du siècle des Lumières.


 

Le but des romantiques était d’aller au-delà des phénomènes du système kantien pour atteindre la sphère du noumène (Pour Kant, le noumène est un concept se référant à la chose en elle-même, inconnaissable par les méthodes empiriques des sciences, au delà de toute expérience possible; lui est opposé les phénomènes dons les aspects extérieurs sont connaissables par les sens et les sciences expérimentales mais dont il est impossible d’atteindre le sens véritable. En gros le noumène représente le monde religieux, le phénomène le monde empirique des sciences {Rédaction}).


 

En assignant à d’autres facultés humaines, telles la sensibilité, l’imagination, la volonté ou la foi, une capacité extraordinaire, non seulement de découverte, mais aussi de création de vérité et de connaissance, les romantiques étaient confiants de pouvoir dépasser les limites imposées par la science purement rationnelle des phénomènes.


 

Cette tentative est déjà perceptible dans les écrits de l’écrivain et philosophe allemand Johann Georg Hamann (1730-1788) et de Johann Gottfried Herder (1744-1803) qui peuvent être considérés comme les penseurs ayant assuré la transition entre le Siècle des Lumières et le Romantisme.


 

Désormais, il ne faudrait plus étudier les idées métaphysiques traditionnelles — Dieu, l’âme, l’univers — dans les limites du cadre de la raison.


 

De telles réalités peuvent bien mieux être approchées par le sentiment que par la raison.


 

Car le sentiment, en tant que faculté cognitive, peut transcender les limites de la raison et peut même devenir l’organe permettant d’atteindre le divin.


 

Ainsi, dans cette perspective, le conflit de la théologie avec la raison a cessé. La raison possède son propre domaine de connaissance.


 

Il en est de même pour le sentiment et pour les autres facultés de l’homme.


 

La philosophie cesse d’être, l’ancilia, la servante de la théologie et l’apologétique traditionnelle, celle des analogies (à la Butler) entre le ciel et la terre, la Parole de Dieu et les paroles humaines, etc. deviennent inutiles.


 

Ainsi le dévot et pieux Zinzendorff (1700-1760) peut avoir sur sa table de chevet, d’un côté la Bible et, de l’autre, Holbach (1723-1789) et de la Mettrie (1709-1751) (deux philosophes athées et matérialistes) et cependant dormir en toute quiétude.


 

Dans l’anthropologie du romantisme l’identité spirituelle et psychologique de l’homme se trouve cassée en des facultés mutuellement exclusives et indépendantes les unes des autres.


 

Chacune dispose alors de son domaine propre de connaissance.


 

La réalité est ainsi elle-même divisée en zones qui correspondent aux domaines propres à la connaissance associés aux diverses facultés de l’homme.


 

L’identité et l’unité entre ces facultés humaines et les niveaux différenciés de la réalité ne pourra s’établir que par le moyen d’une intuition originale d’unité parfaite. C’est la thèse de Schelling et de Schleiermacher.


 

Pour Kierkegaard cette jonction s’effectuera autrement : par le bond irrationnel de la foi.


 

Cette schizophrénie épistémologique représente un autre aspect important de l’anthropologie du romantisme. Par des voies bien différentes cette division entre religion et raison est devenue un facteur décisif dans l’élaboration des théologies modernes et contemporaines.


 

Pour les romantiques, le sentiment (Gefül en allemand) devient la plus haute faculté de la connaissance et l’organe spécifique de tout ce qui est religieux.


 

Selon la célèbre définition de Friedrich Schleiermacher, (…la religion est le sentiment d’une dépendance absolue.) le domaine de la religion est maintenant totalement distinct de ceux de la science et de la morale.


 

La notion romantique du Gefül-sentiment est d’une application très étendue.


 

Outre les émotions légitimes relevant du psychisme, ce Gefül comprend également le sentiment de la conscience intérieure, l’expérience ultime de l’existence, ainsi que toutes les appréhensions irrationnelles et dionysiaques de la réalité.


 

Dans le symbolisme de Novalis (1772-1801)[7], le jour correspond à l’Aufklärung (les Lumières ) dans son approche rationaliste orgueilleuse de la réalité; tandis que la Nuit, “le palais des dieux,” se trouve définie comme “la grande matrice de la révélation”. C’est elle qui représente la connaissance véritable du coeur.


 

C’est plus spécialement chez Friedrich Schleiermacher que le sentiment devient la faculté suprême de la vie religieuse.


 

Selon son biographe, W. Dilthey, sa manière de développer cette théorie générale du sentiment religieux, Schleiermacher est un penseur proprement révolutionnaire. “Il est”, conclut-il, “le véritable Kant de la théologie”.


 

Les écrits de Schleiermacher confirment notre thèse, à savoir que le romantisme a incorporé dans sa propre doctrine les principales conclusions des Lumières.


 

Sa théorie du Gefül-sentiment lui permit d’édifier un système religieux qui venait se placer au-dessus des limites de la raison, sans pour autant s’opposer à cette dernière.


 

Ce dualisme révèle les deux orientations fondamentales de sa pensée, l’une philosophique, l’autre mystique.


 

Son système n’aurait jamais vu le jour s’il ne s’était pas longuement adonné à de la philosophie spéculative.


 

Il admettait lui-même que sa pensée faisait continuellement un va-et-vient entre l’idéalisme de Kant et de Fichte d’un côté et le panthéisme de Spinoza et de Schelling de l’autre.


 

Il considérait ces deux modes de pensée comme constituant les pôles distincts d’un seul système de vision du monde (derselben Weltanschauung).


 

Par exemple, dans cette approche, le dieu de Schleiermacher est impersonnel et se trouve assimilé à l’Etre infini de Spinoza, et en conséquence ne reconnaît aucune différence avec l’être fini, limité.


 

Ce n’est rien d’autre que du panthéisme, l’adoration de l’univers. Ce dieu en tant que natura naturans (principe) et le monde comme natura naturata (réalité), sont les deux faces de la même pièce de monnaie.


 

Chez Schleiermacher on trouve cependant un élément mystique qui provient des restes de son éducation chez les Frères Moraves.


 

Cet élément mystique, présent dans sa théorie de la religion, reflète l’impact qu’a eu sur lui la piété élevée et discrète cultivée par ce groupe de croyants.


 

Schleiermacher nous frappe comme étant rempli d’amour envers le Christ.


 

Sa biographie “respire le Christ”. Il en est de même pour tous ses faits et gestes.


 

Toutefois, force est de constater que toute sa théologie, et même jusqu’à sa Christologie, paraissent manifester les pensées d’une intelligence réprouvée, impie.


 

A maintes reprises, dans sa Théologie systématique Charles Hodge (1797-1878) démontre à quel point les vues de Schleiermacher sont opposées à l’enseignement des Ecritures.


 

Cependant, lorsqu’il traite de la Christologie on est frappé de lire ce qui suit sous la plume du grand théologien de l’université de Princeton :


 
Lorsqu’il se trouvait à Berlin, l’auteur a souvent participé à des cultes dans l’église de Schleiermacher. Les cantiques destinés à être chantés étaient imprimés à l’avance sur des feuillets et distribués à l’entrée. Ceux-ci étaient tous, toujours, au plus haut degré, évangéliques, empreints d’une haute spiritualité et remplis de louanges et d’un esprit de reconnaissance envers notre Rédempteur. Tholuck racontait que lorsque Schleiermacher se trouvait chez lui le soir, sa famille rassemblée autour de lui, il lui arrivait souvent de dire : “Doucement, les enfants, nous allons chanter les louanges du Christ”. Pouvons-nous douter qu’aujourd’hui, il continue toujours à chanter ces mêmes louanges au ciel ?“ Saint Jean nous assure que quiconque croit que Christ est Dieu a celui-ci pour Sauveur.” [8]


 

Est-il possible que quelqu’un puisse être simultanément dans son coeur, un authentique chrétien et dans sa pensée un païen déclaré ?


 

Dans ce passage particulier Hodge semble bien ici capituler devant la thèse de l’anthropologie romantique et cautionner le morcellement du moi en facultés autonomes, facultés qui se trouvent même en conflit les unes avec les autres.


 

Est-il possible ainsi par nos pensées de renier le Symbole des Apôtres et, en même temps, demeurer chrétiens au fond du coeur ?


 

Chez Schleiermacher, la Christologie est étroitement liée à sa théorie de l’homme.


 

Pour lui, le Christ est le Urbild, c’est-à-dire l’homme idéal en qui l’humanité s’est pleinement réalisée.


 

Il réveille dans tout homme la conscience de Dieu endormie. La question, souvent débattue, de savoir si le Christ était à la fois Dieu et homme, revêt désormais peu d’importance, puisque le divin est humain, et l’humain divin. Dieu et l’homme ne sont plus qu’un. La différence entre Christ et les autres hommes est uniquement une différence de degré. Il n’y a rien en Christ qui n’appartiendrait à l’humanité. Christ est l’”homme accompli”; sa glorification rien d’autre que le progrès définitif de notre nature humaine, maintenant parvenue à la vie divine.


 

Son oeuvre rédemptrice toute entière est le nouveau levain qu’il a introduit au sein de l’humanité et qui s’y répand par le développement naturel de l’homme.


 

Considéré subjectivement, le Christianisme, comme toute autre religion, consiste essentiellement dans un état de conscience intérieure. C’est l’expérience vécue d’une puissance de vie intérieure qui aboutit à une humanité pleinement développée.


 

Cette prise de conscience implique l’unité de l’Un et du Tout, de Dieu et de l’Homme.


 
La contemplation de l’homme pieux est faite de la prise de conscience directe de l’existence universelle de tous les êtres finis, au sein et à travers de l’infini; et de toutes choses temporelles au sein et à travers ce qui est Eternel. Le but de la religion.est de chercher et de trouver cela dans tout ce qui se meut, dans toute croissance, dans tout changement, dans tout ce qui s’accomplit, et enfin mêmne dans toute souffrance.

 
C’est cela avoir la vie et la connaître celle-ci dans un sentiment immédiat par lequel on accède à l’existence de l’Infini et de l’Eternel. Dès lors notre existence est une vie qui s’insère dans la nature infinie d’un Grand Tout, dans l’Unique et dans le Tout, ayant et possédant toutes choses en Dieu et Dieu étant en tous. Cependant, la religion n’est pas, pour autant, une connaissance ou une science. Sans être elle-même est une connaissnce elle reconnaît pourtant la connaissance et a Science. En elle-même la religion, est un sentiment affectueux, une révélation de l’Infini dans le fini, Dieu étant perçu dans ce dernier, et celui-ci en Dieu.” [9]


 

Par l’incarnation, selon Schleiermacher, Dieu a pris sur lui l’espèce humaine toute entière dans l’intention d’unir en une même vie le divin et l’humain. Et cette vie est transmise à l’Eglise, exactement comme la vie d’Adam a été transmise à sa descendance, en vertu d’un processus de développement naturel. Et cette vie, c’est précisément le christianisme. Si un homme participe à cette vie divine, il est chrétien.


 

Comme on peut le constater, toute cette doctrine est conçue dans le contexte d’un processus nécessaire d’évolution.


 

En Christ, un nouveau flux de vie universelle est communiqué à l’humanité. A partir de cela, comme d’un nouveau point de départ, l’humanité va franchir un nouveau stade de son développement qui va maintenant pleinement actualiser la vie divine sous la forme de l’humanité.


 

De la même façon que, depuis Adam, la nature humaine s’était développée par de l’intérieur par l’impulsion d’une force qui s’est manifestée dans un processus historique régulier ; de même, en partant de Christ, ce même développement existe agissant de l’intérieur : tout est ainsi naturel ; rien n’est surnaturel excepté le point d’origine, l’impulsion originelle, c’est-à-dire cette première infusion de vie divine.


 

Dès lors, il ne subsiste plus aucune place dans la vie chrétienne pour l’action du Saint-Esprit.


 

Dans cette perspective pour ce qui concerne le rôle de la Bible nous constatons que la Première Partie de la Bible serait le produit de la conscience religieuse d’hommes vivant dans une culture rude et brutale.


 

Ce texte ne peut prétendre exercer la moindre autorité sur nous. Selon cette même lecture, l’Alliance Renouvelée (Seconde Partie Biblique) serait le produit de la conscience religieuse d’hommes qui auraient éprouvé l’influence sanctifiante de la présence du Christ parmi eux.


 

Mais ces hommes étaient Juifs, avec des modes de vie et de pensée juives.


 

Il était donc naturel, pour eux, de vêtir leurs intuitions dans un courant de pensée juif.


 

De nos jours, nous-mêmes, nous pouvons exprimer nos propres pensées sous un habillage qui revêt des formes très différentes, et à partir de doctrines et de définitions théologiques très différentes.


 

En tant que règle de la foi, les Ecritures ne possèdent, dans ce contexte, plus aucune autorité.


 

Il leur est seulement reconnu une valeur en tant que moyen apte à réveiller en nous la vie religieuse vécue par les Apôtres l’ont vécue, et de nous permettre ainsi de parvenir à de semblables intuitions des choses divines.


 

La source de notre vie religieuse est le sentiment de totale dépendance.


 

Dès lors, la raison n’est plus considérée pour étant le grand instrument de la vérité.


 

Car c’est à travers les sentiments que Dieu fait connaître la vérité à l’âme.


 

L’expérience religieuse des Apôtres et des premiers chrétiens était en substance, la même que celle des chrétiens d’aujourd’hui et impliquait les mêmes vérités que les chrétiens éprouvent à présent.


 

Schleiermacher va même jusqu’à admettre que l’expérience des premiers chrétiens était si pure et si authentique qu’elle peut servir, en quelque sorte, d’étalon ou d’autorité par lequel les croyants peuvent confronter leur propre expérience pour en apprécier la valeur véritable.


 

Toutefois, Schleiermacher nie que l’interprétation que ces premiers chrétiens donnèrent de leur expérience, posséderait pour nous l’autorité d’une norme.


 

Nous ne sommes pas tenus alors de croire ce que les Apôtres ont pensé et dit conformément aux modes de pensées et à la culture spécifique à leur époque.


 

Au reste, on constate qu’il est extrêmement rare de voir Schleiermacher se référer aux Ecritures pour justifier son point de vue, ou alors, seulement sur des questions d’ordre secondaire.


 

Son intention était d’ailleurs de bâtir un système religieux indépendant de la Bible et fondé sur ce que les Chrétiens contemporains éprouvent dans le très-fond de leur conscience.[10]


 

La théologie romantique de F. Schleiermacher a été la source d’inspiration principale des théologiens modernes.[11]


 

Le fond de la Dogmatique de Karl Barth correspond au système de Schleiermacher interprété à travers les catégories de Kierkegaard.


 

Dans le cas de Paul Tillich, sa méthode de corrélation reflète les idées essentielles de Schleiermacher conçues à travers la philosophie de l’identité de Schelling et son analyse existentialiste de l’être.


 

Schleiermacher marque le des point culminant d’une tendance particulièrement dangereuse de la théologie protestante contemporaine de surestimer le rôle du sentiment (le Gefül) dans l’expérience chrétienne.


 

L’origine de cette tendance peut être tracée aux groupes piétistes et mystiques qui ont surgi à l’époque de la Réforme. Mais ni les Quakers, ni les Méthodistes, pas plus que les prédicateurs de l’expérience aux penchants hyper-calvinistes, n’en ont été exempts.


 

Il se trouve que même des gens comme John Bunyan (1628-1688) et Jonathan Edwards (1693-1773) se sont trouvés contaminés par cette dangereuse tendance.


 

Une propension excessive à se fonder sur les sentiments qu’éprouve le chrétien comme constituant le centre travail véritable de la grâce peut déboucher dans la perte du sens biblique de l’objectivité et d’un témoignage appuyé par l’autorité de Dieu.


 

C’était aussi à partir de cet arrière-plan religieux, tellement saturé de sentiment, que Samuel Richardson (1689-1761) a développé son analyse des émotions humaines. Ses célèbres romans psychologiques, Pamela et Clarissa, sont devenus une source d’inspiration des écrivains du mouvement pré-romantique du Sturm aud Drang et, plus tard aussi, pour Rousseau et les autres tenants du romantisme.


 

Pas même Diderot (1713-1784), et pas davantage Kant (1724-1804), n’ont pu éviter de subir aussi l’influence de ce célèbre écrivain.


 

L’accent couramment mis sur les sentiments ainsi que la dichotomie entre le coeur et la pensée, qui en résulte montrent bien qu’une grande proportion du protestantisme contemporain a cédé à ce courant romantique.


 

Pour bien des gens qui se disent fondamentalistes, le coeur possède une importance beaucoup plus grande que celle occupée par la raison.


 

Chez les Pentecôtistes, comme chez les charismatiques, l’expérience chrétienne “suscitée par l’action du Saint-Esprit sur les ressources intérieures de l’âme” (Schleiermacher), est expliquée de manière très semblable, et dans les mêmes termes qu’utilise Schleiermacher pour décrire l’action du divin sur la conscience humaine.


 

D’une part, le prédicateur est devenu un technicien expert dans l’art d’évoquer un large éventail de sentiments.


 

Les effets psychologiques utilisés dans l’évangélisation actuelle ont comme but spécifique de jouer sur les émotions de l’auditoire.


 

Dans la troisième partie de ses Critiques intitulé La critique du jugement, Kant parle de l’expérience esthétique de la beauté. Il affirme qu’elle est “privée de tout concept”. Les romantiques ont étendu cette idée au domaine de la religion. L’expérience religieuse exclut la pensée, où, selon Schleiermacher :


 

“…les idées et les principes sont tous étrangers à la religion. …Si les idées et les principes doivent représenter quelque chose, cela doit s’appliquer à un domaine de la connaissance étranger à la religion.”[12]

 

Cette affirmation semblerait également sous-tendre une grande partie de la prédication aujourd’hui ainsi que bien des efforts d’évangélisation.


 

Le morcellement de la personne humaine opéré par le romantisme se poursuit aujourd’hui de la même manière dans les milieux évangéliques qu’aux plus beaux jours du sentimentalisme émotionnel romantique.


 

C’est la raison essentielle qui a fait déraper une grande partie du fondamentalisme évangélique vers un émotionnalisme sirupeux à bon marché.


 

Selon l’anthropologie biblique, les facultés humaines sont si étroitement entrelacées, que toutes e participent ensemble à l’expérience de la foi et sont toutes embrassées dans les effets de la révélation de divine.


 

L’intelligence, le coeur et la volonté se joindront finalement en une unité indissoluble.


 

Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni !

 

 

 

 

 

Suite

Troisième et dernière partie

 

L’homme prométhéen,

Une évasion de la réalité

 

Notes et références :

 

 

  1. Lilian Furst.: Romanticism in Perspective (Le romantisme en perspective) Macmillan, London l979, p. 279.

  2. “… De tous ses collègues Novalis est celui qui réussit le mieux à définir ce qu’est le romantisme sans ambiguïté et avec cette finalité et cette clarté qu’exige le jugement … Nous ne pouvons venir à bout du romantisme sans examiner l’oeuvre de Novalis.” Karl Barth : From Rousseau to Ritschl, SCM Press, London, 1959, p. 228.

  3. Charles HODGE : Systematic Theology,. W. Eerdmans, Grand Rapids, Michigan 1952, vol. II, note p. 440.

  4. Friedrich SCHLEIERMACHER : On Religion. Speeches to its Cultural Despisers, Harper and Row, New YOrk, 1965, p. 36.

  5. Voyez : Ch. HODGE : op. cit. II, p. 442-43 A notre époque, Paul Tillich ne se trouve pas dépassé par Schleiermacher dans son absence de recours à un fondement biblique. Dans les trois volumes que comporte sa Théologie systématique , on trouve, tout au plus, une douzaine de citations des Ecritures.

  6. En appliquant les principes de Kant à la théologie, Schleiermacher opère la réduction de toutes les doctrines du christianisme. Il ramène ce qui est constitutif à des concepts limitatifs. Laffirmation de l’existence de Dieu comme Etre absolu et parfaitement contenu en Lui-même, n’ayant besoin de rien ni de personne, (conception de Dieu qui a été celle de tout le christianisme historique) est, selon Schleiermacher, une notion totalement dépourvue de signification. Toute idée de Dieu qui ne serait pas en fait une projection de l’esprit humain, serait sans aucun sens pour l’homme. Or, le mouvement romantique, dont Schleiermacher faisait partie, s’est, tout entier, emparé de cette idée moderne lui donnant une vie puissante, sinon titanesque. La littérature moderne, dans ses diverses formes est remplie partout de cette même notion. Voyez l’ouvrage capital de Cornelius Van Til : The New Modernism, The Presbyterian and Reformed Publishing Company, Philadelphia, 1947, p. 370.

  7. On religion, p. 46.

 

Refuge Protestant
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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 16:34
Romantisme et Christianisme (Dernière partie)

Romantisme & Christianisme

Troisième et Dernière partie :

L'homme prométhéen,

Une évasion de la réalité,

(Par David Estrada)

 

L’homme prométhéen...

 

L’homme romantique n’est pas seulement intrinsèquement bon de nature.


 

Il est aussi divin. Selon la philosophie de Spinoza qui a fortement imprégné toute l’anthropologie du romantisme, il existe entre Dieu et l’homme une identité fondamentale de base.


 

Toute dualité réelle est ainsi totalement exclue.


 

La création n’est rien d’autre que l’auto-manifestation de Dieu et elle correspond à l’évolution même de l’être divin.


 

L’homme romantique considère qu’il est lui-même parvenu au stade central du développement de ce processus cosmique de d’actualisation de la vie divine.


 

C’est donc une pensée de type évolutionniste qui sous-tend cette conception de l’homme.


 

Selon Schelling la nature inconsciente tend à produire la conscience de la pensée ; alors que Hegel estime que la réalité se meut vers l’Idée absolue.


 

C’est également dans le cadre d’une telle pensée évolutionniste que Ludwig Feuerbach (1804-1872) exigea la substitution de l’anthropologie à la théologie.


 

Car, selon lui, Dieu n’est rien d’autre que la projection extérieure de la nature intérieure de l’homme.


 

La volonté de puissance de Nietzsche (1844-1900), qui a fixé cette idée dans sa notion d’un surhomme, peut également être rangée dans le cadre de la déification romantique de l’homme.

 

Une fois de plus il est impossible d’ignorer l’influence de Kant sur l’anthropologie romantique. Dans la figure du héros romantique, nous voyons les traits de ce personnage hors-pair, le génie, invoqué par Kant.


 

Mais dans cet esprit prométhéen de l’homme romantique nous découvrons à un degré plus élevé, dans des sphères autres que la morale, les désillusions et les frustrations de l’homme pratique kantien qui ne peut plus remplir pleinement dans sa vie présente les exigences de l’impératif catégorique.


 

Tel un nouveau Prométhée, le Titan romantique détient tous les pouvoirs et les secrets de la science.


 

Il serait en plus capable de créer de la vie comme le décrit Mary Shelley dans son roman Frankenstein qu’elle publia en 1818 avec le sous-titre expressif de ”nouveau Prométhée”.


 

Mais c’est surtout dans la sphère poétique que le Prométhée romantique exerce ses pouvoirs créateurs.


 

Doué d’une imagination qui, selon William Blake (1757-1827), n’est rien d’autre qu’une faculté divine, le Prométhée romantique crée le monde merveilleux des divers arts loin au-dessus des maux et des contradictions engendrés par la réalité, à la fois empirique et rationnelle.[13]


 

Ce role initiateur exalté de créateur attribué à l’imagination coïncide avec la seconde phase du développement du romantisme.


 

Dans cette étape, qui fut celle d’accomplissements poétiques remarquables et de grande créativité artistique, l’imagination prit la place du sentiment comme la faculté la plus importante de l’homme.


 

Dans ce monde poétique de l’imagination, le christianisme parvient à son sens parfait et atteint cette plénitude par laquelle il embrasse tout ce qui existe.


 

Dans cette plénitude, ce pleroma, les religions de l’Orient, les mythes et les légendes du Nord, et aussi les dieux du Panthéon grec et romain se trouvent tous absorbés par le christianisme.


 

Le Romantisme détruit tout mur de séparation entre les religions.


 

Le mythe évoqué par Hemsterhuis d’un âge d’or (Alexis ou sur l’âge d’or, Paris 1787) a marqué de son inspiration la vision romantique d’un christianisme universel, englobant le cosmos tout entier.


 

C’est ce que l’on peut voir, par exemple, dans le Cinquième hymne à la nuit de Novalis (1772-1801), dans son poème Heinrich von Ofterdingen ainsi que dans la nouvelle mythologie pagano-chrétienne du poète Hölderlin.


 

Personne ne se trouve exclu de cette nouvelle religion ; tous y trouvent une place.


 

Comme dans le célèbre tableau de Raphaël, l’Ecole d’Athènes, tous les philosophes et tous les penseurs sont appelés à rejoindre cette nouvelle communion des saints chrétienne.


 

Friedrich Schleiermacher louait ainsi l’ancienne Rome d’avoir su être : “vraiment pieuse, car, dans un style élevé elle s’était montrée hospitalière envers tous les dieux.[14]


 

Et dans un style enthousiaste il exalte la bonté et la grandeur de Spinoza (1632-1677) ainsi :


 

Dans un esprit de piété offrez avec moi un tribut de reconnaissance aux mânes de ce saint réprouvé par les hommes que fut Spinoza. L’esprit exalté du monde l’envahissait. L’infini était son commencement et sa fin. L’univers fut l’objet de son unique et éternel amour. Dans sa sainte innocence et son humilité profonde, il se contemplait lui-même dans le miroir du monde éternel. Il perçut alors que lui-même en était le plus estimable miroir. La religion le remplissait tout entier et il connaissait la plénitude du Saint-Esprit. C’est pour cela qu’il se trouve placé là où nul ne peut l’égaler ou le rejoindre, maître inconditionnel de son art, sans disciple, comme sans citoyenneté. C’est là qu’il se tient, sublime, au-dessus de la tribu des profanes.”[15]


 

Ce motif unificateur d’une religion à prétentions universalistes conduisit les romantiques à considérer le Moyen Age comme une époque où la société avait atteint une parfaite unité dans tous les domaines de la vie et de la culture.


 

Touchés par cette vision nostalgique, bien des romantiques sont “devenus des Catholiques Romains”.


 

Dans la plupart des cas, ces conversions ne furent qu’une comédie vu l’absence totale de raisons doctrinales pour justifier les les décisions prises.


 

La contemplation humble d’un tableau représentant la Vierge, pouvait s’avérer suffisante.


 

Particulièrement célèbre pour ses vertus convertissantes était la Madonne Sistine de Raphaël au Musée de la ville de Dresde.


 

Souvent, ces nouveaux convertis au catholicisme se révélaient être aussi ignorants de l’enseignement de Rome que de ceux du christianisme évangélique.


 

Ce “misérable amour du système” tant prôné par Rome était, selon Schleiermacher, la cause principale d’une religion corrompue.


 

Selon lui, les théologiens catholiques romains appartiennent “à cette race de doctrinaires qui corrompent la religion et l’inondent d’une multitude de formules et de définitions, en s’efforçant de l’emprisonner dans le moule d’un soi-disant système. “[16]


 

Le romantisme finit par tout dissoudre dans un universalisme entièrement dépourvu de sens.


 

Emporté par une impulsion panthéiste sans bornes, le romantisme abolit d’emblée toute définition théologique ou doctrinale ainsi que toute barrière morale et naturelle telles que Dieu les fixa dans l’ordre de la création et par son oeuvre de rédemption.


 

La ligne de démarcation entre le bien et le mal devient à peine visible.


 

Les mouvements féministes et les revendications des groupes d’homosexuels présentent le même objectif : la suppression de l’ordre naturel tel qu’il a été conçu et voulu par Dieu.


 

La préservation des droits de l’individu et la survie de la famille sont désormais menacés d’engloutissement par ce monstre froid d’uniformisation totalitaire qu’est l’Etat moderne.


 

Tout cela, de même que l’utopie marxiste d’une société sans classes, trouve son origine dans le but romantique d’effacer toute différence.


 

Les effets du romantisme écrivait l’auteur espagnol, José Ortega y Gasset (1883-1936), ont abouti à ce que, “ dans toute la vie contemporaine, l’on ressent une profonde et irritante injustice qui vient de cette présomption erronée affirmant l’existence d’une véritable égalité entre les hommes..”[17]


 

La thèse souvent réaffirmée, selon laquelle le romantisme aurait favorisé un individualisme intégral, ne saurait soutenir un examen tant soit peu attentif.


 

Il est incontestable que les fondements de l’anthropologie romantique se trouvent déjà chez Spinoza.


 

Ils sont donc panthéistes.


 

Le suicide romantique, acte sociologique choquant propre à ce mouvement, souvent évoqué comme thème central d’oeuvres littéraires répond à la nostalgie et au désir profond de se laisser absorber dans le Grand Tout, le Nirvana de l’être absolu.


 

Ceci explique aussi la fascination des Romantiques pour l’abîme menaçant décrit sous de si vives couleurs, et de manière si émouvante, dans le soi-disant roman gothique.


 

Une évasion de la réalité


 

Prométhée est le rebelle suprême contre les dieux illustre encore l’aspiration de l’homme romantique à vouloir créer un monde meilleur que celui du domaine des dieux de l’Olympe.


 

Recourant aux pouvoirs illimités de l’imagination, l’homme romantique crée le monde merveilleux de la poésie et de l’art, bien plus réel et bien plus beau que le monde des sens.


 

Pour un temps, les romantiques se sont joints à l’espérance générale que la Révolution française parviendrait à instaurer en Europe un ordre nouveau.


 

Mais, cet espoir fut rapidement déçu.


 

Certains ont même envisagé de se rendre au-delà des mers, et d’y fonder quelque part sur le continent américain une république idéale.


 

C’est ce que tentèrent les poètes anglais, Coleridge et Southey, par leur projet avorté d’une pantesocratie (une communauté utopique) sur les rives du fleuves Susquehanna aux Etats Unis.


 

 

Mais tous ces rêves purement terrestres furent bien vite abandonnés pour laisser la place à un paradis infiniment plus enchanteur, celui du monde de l’imagination poétique.


 

Outre l’opposition entre le coeur et l’intelligence, les romantiques éprouvèrent une autre contradiction : celle entre deux mondes diamétralement différents, Le monde des sens et celui de l’imagination poétique.


 

Plus particulièrement en Allemagne il ressentait la réalité empirique comme une qui menaçait de réduire et de frustrer l’éternelle nostalgie du bonheur qui animait les Romantiques.


 

Ainsi que le jeune Goethe avait voulu le prouver en écrivant son Werther, au-dessus des maux et des vicissitudes de ce bas monde, le romantique érige le monde merveilleux de la poésie et de l’art.


 

L’imagination créatrice introduit l’homme dans un nouveau paradis et lui offre le nectar de toutes les joies et des plaisirs éternels.


 

C’est pourquoi dans la conception romantique du monde, l’art se trouve investi d’un rôle sotériologique : l’art nous sauve du monde.


 

Il n’est pas étonnant que Coleridge désigne le Romantisme comme constituant par dessus tout une foi poétique.


 

Les narcotiques et même le suicide peuvent faciliter une transition rapide vers le paradis romantique.


 

Ainsi lors d’une soirée paisible, après avoir joué des cantiques au piano et chanté des psaumes, l’auteur Heinrich von Kleist et son amie, Henriette Vogel, prirent la décision de se suicider.


 

Quelques jours plus tard, il tua à bout portant Henriette sur le rivage de la Wannsee et puis se suicida avec la même arme à feu.


 

Lorsque nous écoutons la 7ème Symphonie de Beethoven, dit J.P.Sartre, nous pouvons laisser ce monde derrière nous et pénétrer dans le domaine fascinant de l’imaginaire.


 

Mais en revenant au monde sensible on éprouve “ce dégoût frisant la nausée” qui caractérise la conscience de la réalité.[18]


 

La théorie de la forme signifiante de Clive Bell est à sa base parfaitement romantique.


 

Elle présuppose elle aussi comme but l’évasion de la réalité.


 

Pour apprécier une oeuvre d’art, écrit-il, nous n’avons nul besoin d’y apporter quoi que ce soit de la vie ordinaire.”, car l’art nous transporte “dans un monde d’exaltation esthétique” où ”les émotions de la vie de tous les jours n’ont rien à faire. Car il s’agit d’un monde à part avec ses propres émotions


 

Ce monde de l’art est si merveilleux, conclut Clive Bell, “que dans mes moments de vertige folie, je suis tenté de croire que l’art pourrait être le salut du monde.”[19]


 

L’art de divertissement” qui, selon le philosophe anglais, R.G. Collingwood, est révélateur de cette culture superficielle qui est la nôtre aujourd’hui pourrait aussi sans peine être considérée comme une version populaire de l’évasion poétique préconisée par le romantisme.


 

L’absence d’une approche saine, franche et directe de la réalité si évidente dans notre culture et notre société contemporaine, est le résultat d’un courant de pensée très fortement marqué par l’impulsion romantique de se fabriquer des paradis artificiels.


 

Dans sa dérive loin de Dieu l’homme moderne a ainsi tourné le dos à la réalité.


 

Et dans cette fuite loin du monde créé par Dieu, l’Eglise chrétienne a fait un long bout de chemin en compagnie des romantiques.


 

Que Dieu nous accorde la grâce de revenir à la réalité.


 

David Estrada,

(Traduit de l’anglais par Carl-Ove BERGMAN)


 

  • David Estrada, qui étudia au Westminster Theological Seminary de Philadelphie sous Cornelius van Til, est professeur de philosophie esthétique à l’université de Barcelone.

  Source : www.calvinisme.ch (Résister et construire)

 

 

Notes et références  :

  1. 13 L’homme est tout imagination. Dieu est homme. Il existe en nous, et nous, en lui. L’imagination est le corps divin dans chaque homme. Notes à la Siris de Berkekey dans Poésie et Prose, 818. Même Schleiermacher adopte un point de vue similaire au sujet de l’imagination. Par imagination, écrit-il, je n’entends pas quelque chose qui serait subordonné et confus, mais je conçois celle-ci comme la faculté humaine la plus haute et la plus originale. Tout le reste, dans la conscience humaine, est seulement un reflet de l’imagination, et, par conséquent, en dépend. En ce sens, l’imagination est la libre génération des pensées. (Ref. sur la Religion p. 98).

  2. 14 On religion , p. 55.

  3. 15 Ibid., p.40.

  4. 16 Op cit. p.55.

  5. 17 “L’unité indifférenciée, chaotique, informe, sans structure achitecturale et sans discipline dans laquelle nous vivons depuis cent cinquante ans ne peut plus continuer.” La Deshumanizacion de l ‘Arte, Revista de Occidente, Madrid, 1970, p. 20.

  6. 18 Jean-Paul SARTRE : L’imaginaire, Gallimard, Paris, 1948.

  7. 19 Clive Bell, The Significant Form in : Introductory Readings in Aesthetics. John Hospers, Ed. The Free Press, Macmillan, New York 1969, pp. 91, 92, 95.

 

 
Refuge Protestant
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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 17:51
Si vous demeurez en Moi, et que Mes paroles demeurent en vous

Si vous demeurez en Moi,

et que Mes paroles demeurent en vous,

demandez tout ce que vous voudrez,

et cela vous sera accordé.

Jean 15.7.

 

 

Il faut nécessairement être en Christ pour vivre pour Lui, et nous devons demeurer en Lui pour pouvoir nous réclamer de cette promesse.

 

Demeurer en Jésus, c’est ne jamais Le quitter pour une autre affection ou un autre objet, c’est rester avec Lui dans une union vivante, intime, consciente et volontaire.

 

La branche n’est pas seulement près du tronc, mais reçoit de lui sa vie et sa fertilité.

 

Tout vrai croyant demeure, à vrai dire, en Christ; mais cette expression à un sens plus élevé auquel nous devons atteindre pour obtenir cette promesse auprès de Son trône.

 

Le « demandez tout ce que vous voudrez » est, pour les Enoch qui marchent avec Dieu, pour les Jean qui reposent sur Son Sein, pour ceux dont la communion avec Christ est continuelle et ininterrompue.

 

Le coeur doit demeurer dans l’amour, l’esprit être enraciné dans la foi, l’espérance reposer sur la Parole, l’être tout entier être attaché au Seigneur, sans quoi il serait dangereux de croire à cette promesse dans la prière.

 

Cette carte blanche ne peut être donnée qu’à ceux dont la vie entière est:

 

« Ce n’est plus moi qui vis, mais c’est Christ qui vit en moi. »

 

O vous qui interrompez votre communion avec Lui, quel bonheur  vous perdez !

 

Si vous voulez être utiles et victorieux en plaidant avec Lui, il faut que le Seigneur demeure en vous et que vous demeuriez en Lui.

 

Remarquons que, si nous voulons que Jésus nous écoute, il faut que nous l’Ecoutions aussi.

 

Si nous n’avons pas d’oreille pour Christ, Il n’en aura pas pour nous.

 

Et en proportion de ce que nous entendrons, nous serons entendus.

 

En outre, ce qui a été entendu doit demeurer et vivre en nous, puis agir sur notre caractère comme une force et une puissance.

 

Nous devons recevoir les vérités que Jésus a enseignées, les préceptes qu’Il a émis, et obéir aux mouvements de l’Esprit en nous, ou bien nous n’aurons aucune action auprès du trône de grâce.

 

Si nous recevons les paroles du Seigneur, et qu’elles demeurent en nous, quel champ sans limite de bénédictions et de privilèges nous est ainsi ouvert !

 

Nous pouvons exprimer notre volonté dans notre prière, parce que nous avons déjà soumis notre volonté à celle de Dieu.

 

C’est ainsi que les Elie sont préparés à manier les clés du ciel, pour en ouvrir ou en fermer les nuées.

 

Un tel homme vaut un millier de chrétiens ordinaires.

 

Désirons-nous humblement être des intercesseurs pour l’Eglise et le monde et, comme Luther, recevoir du Seigneur ce que nous lui demandons ?

 

Pour cela, tendons notre oreille à la voix de ce Bien-Aimé et recueillons Ses paroles pour y obéir soigneusement.

 

Celui qui veut prier efficacement doit l'être à écouter.

 

 

 

 

C.-H. SPURGEON,

(Promesses Quotidiennes)

spurgeon

 

Chant : Doux moment de la Prière

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 19:40
Quand tu obéiras à la voie de l’Eternel, ton Dieu par spurgeon

Quand tu obéiras à la voie de l’Eternel, ton Dieu,

Tu seras béni dans la ville.

(Deutéronome 28.2-3.)

 

 

La ville est pleine de soucis et d’occupations, et celui qui doit y vivre jour après jour, trouve que c’est un lieu où l’on s’use et se travaille.

 

Elle est pleine de mouvement, de bruit, d’agitation incessante.

 

Nombreuses sont ses tentations, ses pertes, ses misères de tous genres.

 

Mais, pour qui s’y rend avec la bénédiction divine, ces difficultés perdent leur acuité ; pour qui y demeure avec cette bénédiction, il y a du plaisir dans ses devoirs et une force en rapport avec ses exigences.

 

La bénédiction dans la ville ne nous élèvera peut-être pas, mais elle nous gardera du mal; elle ne nous enrichira pas nécessairement, mais nous resterons honnêtes.

 

Que nous soyons portefaix ou commis, hommes d’affaires, marchands ou magistrats, la ville nous donnera des occasions de nous rendre utiles.

 

Il est facile de pêcher dans un banc de poissons, et l’on peut travailler avec succès pour le Seigneur parmi ces foules pressées.

 

Nous pouvons préférer la tranquillité de la vie de campagne, mais, si nous sommes appelés à la ville nous pourrons certainement la préférer, puisque c’est là un lieu plus propice au déploiement de notre activité chrétienne.

 

Attendons donc de bonnes choses aujourd’hui en raison de cette promesse.

 

Ayons l’oreille ouverte pour entendre la voix du Seigneur et la main prête pour agir suivant ses ordres.

 

L’obéissance amène la bénédiction « et il y a un grand salaire dans l’observation de ses commandements. »

 

Charles Spurgeon

C.-H. SPURGEON,

Pasteur Baptiste Réformé

(Promesses Quotidiennes)

 

Bible

 

Hugenot Cross

 

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 08:46

sans Dieu

 

 

Le diable de nos jours est un homme parfaitement comme il faut, qui ne persécute pas, mais qui cherche plutôt à persuader et à séduire.

 

Il n'est plus ce fanatique furieux des autres fois, mais plutôt cet incrédule captivant, qui cherche à ruiner la religion sous prétexte de la rendre un peu plus raisonnable, et soi-disant plus triomphante.

 

Tout son désir serait de pouvoir réconcilier la mondanité avec la foi ; car en y parvenant, il aurait ruiné cette dernière tout en prétendant développer la puissance expansive du christianisme et trancher des questions profondes que nos pères comprenaient bien mal.

 

Je crois à la doctrine de l'élection car j'ai la certitude que, si Dieu ne m'avais choisi, je ne l'aurais jamais fait moi-même.

 

Je ne doute pas qu'il m'ait choisi avant ma naissance car il ne l'aurait pas fait après, et il l'a fait pour des motifs inconnus de moi car je ne peux voir en moi la moindre justification pour son amour particulier.

 

Je dois aussi accepter la corruption totale du coeur humain, car le mien me prouve chaque jour qu'il ne réside en moi rien de bon.

 

De même, je ne peux écarter la nécessité d'une expiation avant le pardon, car ma conscience l'exige et ma paix en dépend.

 

Le petit tribunal de mon coeur ne peut trouver le calme sans voir la réparation du déshonneur causé à Dieu.

 

Ma devise est " Cedo nulli ", "je ne cède à personne".

 

Je n'ai brigué l'affection de personne ; je ne demande à personne de se plier à mon ministère.

 

Je prêche ce que je veux, quand je veux et comme je veux.

 

Le jour viendra, pourtant, où l'on réalisera qu'elle constitue la racine et la vitalité mêmes de la piété.

 

Enseigner la vérité révélée par Dieu apparaîtra alors comme le plus sûr moyen de conduire les croyants à obéir et persévérer dans la sainteté.

 

La vérité révélée est trop souvent reléguée au grenier aujourd'hui.

 

On la reconnaît pour la forme.

 

Elle figure dans la plupart de nos confessions de foi, mais pour beaucoup au rang des reliques du passé, comme une sorte d'officier à la retraite dont on n'attend plus de service actif.

 

Pesons nos sermons; ne les vendons pas au mètre mais au kilo.

 

L'insensé se montre généreux en paroles et avare de la vérité.

 

Je préfère arracher un seul tison du feu de l'enfer que de me faire couronner dans l'arène de la controverse théologique.

 

Dévoiler fidèlement la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christ constituera au jour du jugement le service le plus précieux. Béni soit le ministère dont Christ est le centre et la somme !

 

Les traces de la foreuse bordent sans arrêt les routes de montagne et la vie du pasteur devrait manifester les traces d'un travail acharné.

 

Frères, je vous en prie, agissez, agissez, agissez !

 

Quand les comités perdent leur temps en résolutions, tandis que les associations et les unions élaborent leurs statuts, c'est passer aux actes et gagner des âmes qu'il faut.

 

Satan se réjouit trop des discussions.

 

Voici ma conception de la guerre :

 

"Finie la théorie, en avant, frappez ! A l'attaque ! Formez les colonnes ! Chargez, dans la mêlée !"

 

Les âmes ne se gagnent pas en discutaillant mais en agissant dans la puissance de Dieu.

 

Ces petits messieurs qui viennent à la vie chrétienne comme ils entrent sous la douche, sans réfléchir ni connaître la moindre conviction de péché, en ressortent tout aussi facilement.

 

Ils ne ressentent ni les joies, ni les dépressions inséparables de la vie spirituelle.

 

Leur main atrophiée ne tient pas ferme la vérité.

 

Ils se contentent d'effleurer la Parole à leur gré, comme l'hirondelle frôle l'eau et s'envole d'un continent à l'autre.

 

Ils croient tantôt ceci, tantôt cela mais, en réalité, rien de véritable.

 

Mais si la boue du désespoir vous a vidé de votre force et de votre orgueil; si Jésus-Christ vous remplit de la joie et la paix de Dieu, je vous fais entière confiance, quand bien même trente-six mille ennemis vous cernent.

 

Les attaques rassises du sceptique contre la Parole de Dieu me font sourire :

 

"Nigaud ! Comment oses-tu avancer des objections aussi futiles ? Ma propre incrédulité m'a suggéré des difficultés dix fois plus grandes."

 

Le chasseur de tigre ne détale pas devant un chat de gouttière.  

 

Celui qui a affronté Satan ne fuit pas devant un de ses impudents suppôts.

 

Un pasteur éminent sur son lit de mort se tourna vers l'un de ses amis et lui dit:

 

"J'ai jeté un regard dans l'éternité. Ah, si je pouvais prêcher à nouveau, comme je le ferai différemment !"

 

Plongez vos regards dans l'éternité, frères, si vous voulez acquérir des convictions.

 

Alliez l'esprit d'Elie à celui de l'apôtre Jean: l'amour détient le secret de la puissance.


"Aimez" les âmes à Christ.


Le grand prédicateur possède un grand cœur et il développe ses affections à cette fin.

 

Toutefois, évitons les manières mielleuses pour inciter le pécheur à la piété par des flatteries.

 

Les propos doucereux font penser à l'hypocrisie et écœurent toute personne normalement constituée.

 

Montrons au contraire hardiesse et franchise.

 

Nous ne demandons pas une faveur au pécheur, et il ne peut en accorder une au Rédempteur en lui permettant de le sauver.


Oui à l'humilité, non à la servilité.


Charles Spurgeon

Pasteur Charles Spurgeon,

 

Bible 2010

Croix Huguenote

 


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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 20:20
Les moustiques piquent davantage les étrangers

-Arthus Croix Huguenote

 

 

Vous aurez des tribulations dans le monde

(Jean 16:33)

 

 

Es-tu en train de te poser la question à ce sujet, croyant ?

 

Regarde en haut vers ton père céleste, et contemple-le dans sa pureté, et sa sainteté.

 

Sais-tu qu'un jour tu seras semblable à lui ?

 

Seras-tu facilement rendu conforme à son image ?

 

Ne nécessiteras-tu pas beaucoup de l'action purificatrice dans la fournaise de l'affliction pour détacher les scories ?

 

Sera-t-il une chose facile que de te débarrasser de tes corruptions, et de t'amener à la perfection de même que ton père qui est dans le ciel est parfait ?

 

Et ensuite, chrétien tourne ton regard vers la terre, ici-bas.

 

Sais-tu quels ennemis tu as sous tes pieds ?

 

Tu étais autrefois un serviteur de Satan, et aucun roi ne perd volontairement ses sujets.

 

Penses-tu que Satan te laissera seul ?

 

Non, il veut toujours être chez toi, car il erre comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera.

 

Attends-toi à la détresse, car tu n'en seras pas exempt.

 

Ensuite regarde autour de toi, où es-tu ?

 

Tu es dans un pays ennemi; un étranger et un voyageur.

 

Le monde n'est pas ton ami.

 

S'il l'était, alors tu ne serais pas l'ami de Dieu, car celui qui est ami du monde est l'ennemi de Dieu.

 

Sois sûr que tu trouveras partout des adversaires.

 

Quand tu dors penses que tu reposes sur le champ de bataille; quand tu marches crains une embûche dans chaque fourré.

 

Comme il est dit que les moustiques piquent davantage les étrangers que les gens du pays, ainsi les épreuves de la terre seront les plus sévères pour toi.

 

Enfin, regarde en dedans de toi, dans ton propre coeur et observe ce qu'il y a.

 

Le péché et le moi sont encore dedans.

 

Ah! si tu n'avais pas le diable pour te tenter, ni d'ennemis pour te combattre, ni le monde pour te tendre des pièges, tu trouverais encore en toi même assez de méchanceté pour être une douloureuse affliction pour toi, car le coeur est tortueux par-dessus tout et désespérément méchant.

 

Attends-toi à la peine, au chagrin alors, mais ne perd pas courage à cause de cela, car Dieu est avec toi pour te secourir et te fortifier.

 

Il a dit: "je serai avec toi dans la détresse, je te délivrerai et t'honorerai".

 

Charles Spurgeon, Pasteur Baptiste Réformé

Charles Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

bible

 

 

Croix Huguenote

 

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 20:43
L'Importance d'obéir à Dieu !

.

 

 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 10:00
La préoccupation des petits intérêts (Adolphe Monod)

La préoccupation des petits intérêts

(10 février 1856)

 

Mes biens-aimés, qui me donnez une marque de votre amour fraternel en vous joignant encore à moi pour participer au repas de l'amour du Seigneur, l'un des objets qui troubleraient l'âme d'un homme (...) si elle n'était rassurée (...) par la grâce toute gratuite de Dieu en Jésus-Christ, c'est le souvenir de cette partie de sa vie qui a été perdue, quand elle n'a pas été plus que perdue, en petits intérêts, au lieu d'être occupée aux grands intérêts qui seuls devraient être constamment sous les yeux d'un Chrétien.

 

C'est pourquoi je veux appeler un moment votre attention sur le grand mal qu'il y a dans la préoccupation des petits intérêts pour le Chrétien.

 

Expliquons bien d'abord qu'il ne faut pas confondre la préoccupation des petits intérêts avec l'attention donnée aux petites choses. Nous sommes appelés par Dieu à nous occuper d'une foule de petites choses, et c'est d'elles surtout que se compose la vie. La manière dont nous remplissons les petits devoirs est une mesure tout aussi fidèle, souvent plus fidèle, de notre piété, que celle dont nous remplissons les grands, parce que dans les petits, nous n'avons pour témoins que Dieu, nous mêmes, et notre famille, tandis que dans l'accomplissement des grands, nous sommes placés sur une sorte de théâtre, où notre orgueil ne trouve quelquefois que trop de complaisance à se voir établi.

 

D'ailleurs, rien n'est petit ou grand de soi : il ne le devient que par l'esprit que nous y portons. Devant Dieu, ce que nous appelons petit est aussi grand que ce que nous appelons le plus grand, et ce que nous appelons grand est aussi petit que ce que nous appelons le plus petit, puisque Dieu est infini et éternel.

 

Une servante fidèle qui prend un soin affectueux d'un enfant que lui ont confié ses maîtres, pour l'amour de Dieu, fait une chose très grande devant Dieu, et qui aura sa récompense, et un homme d'Etat qui aspire pour l'amour de soi-même aux premiers honneurs de la sagesse ou de l'éloquence, fait une chose très petite devant Dieu, et qui pourra lui attirer plus de honte dans le ciel que de gloire sur la terre.

 

Ce qui importe donc, c'est d'apporter dans tout ce que nous faisons un esprit grand, élevé, qui regarde toujours à Dieu, et qui fait toutes choses en vue de lui et de l'éternité ; en sorte que nous portant Dieu partout dans nos coeurs, nous le portions aussi partout dans nos paroles et dans nos oeuvres, et qu'il n'y ait rien de petite, de terrestre, de passager, dans notre vie tout entière.

 

L'exemple de Dieu lui-même achèvera de nous éclaircir ce que je viens de dire. Dieu ne fait aucune différence, pour le soin qu'Il y apporte, entre les petites choses et les grandes. Il construit un brin d'herbe ou un flocon de neige avec autant de soin qu'Il règle les proportions, les rapports et les mouvements des astres, et qu'Il fabrique un grain de sable ou qu'Il plante un Mont Blanc, Il fait tout ce qu'Il fait en Dieu, c'est à dire avec un soin parfait.

 

Mais ce Dieu qui ne voit rien de trop petit pour mériter Son Attention, a toujours dans Ses Petites Oeuvres, comme dans les Grandes, l'Eternité, Son Règne, Sa Gloire devant les Yeux, selon ce qu'Il a dit Lui-même :

"L'Eternel a tout fait pour Sa Gloire ", et il n'y a absolument rien dans toutes les oeuvres, soit morales, soit physiques même de Dieu, dans lequel Il n'ait porté le poids immense d'un Regard Infini et d'un Intérêt Eternel.

 

De même de Jésus, ce Dieu rendu visible. Non seulement Il ne néglige pas de pauvres petits enfants qu'on Lui apporte et que les apôtres regardaient comme au dessous de Lui de bénir, mais Il ne néglige pas même les fragments des pains et des poissons, et Il veut que rien ne se perde, et cela dans un moment où Il vient de faire voir qu'une parole, et même sans parole, Il peut multiplier les pains et les poissons à volonté.

 

Et ce même Jésus est Celui qui accomplit les oeuvres les plus grandes dans son Incarnation, dans sa Rédemption, dans sa Passion, dans sa Résurrection et dans son Ascension Glorieuse. Mais Il fait toutes ces choses dans le même Esprit, et soit qu'Il resssuscite, qu'Il monte aux cieux, soit qu'Il s'arrête pour bénir ces petits enfants, ou pour faire ramasser les morceaux de pain et de poisson, ou pour adresser la moindre parole de consolation à un affligé, ou pour tendre un verre d'eau froide à qui a soif, Il a toujours, dans chacune de Ses Actions, Dieu, l'Eternité, et la Gloire de son Père en vue, et c'est par là que Jésus Christ nous apparaît dans toutes Ses Oeuvres, ayant toujours Sa tête dans le Ciel quoique Ses Pieds soient sur la terre, et disant : "Celui qui est dans le Ciel", en parlant de Lui-même.

 

Comme tout est Grand dans Son Âme, Tout est Grand dans toutes Ses Oeuvres et dans toutes Ses Pensées.

 

Eh bien, mes chers amis, voilà l'exemple qui nous est proposé, et c'est ainsi que nous devons marcher, préoccupés toujours non des petits intérêts de la terre, encore moins de ses convoitises et de ses péchés, mais préoccupés de Dieu, de Sa Gloire, de Son amour, et de l'Oeuvre de Jésus Christ pour l'Honneur de Dieu et pour le Salut de l'humanité, en même temps que pour le nôtre.

 

Faits à l'Image et à la Ressemblance de Dieu, nous devons être ses imitateurs, et dans les moindres soins, comme dans les plus grands, porter toujours la Pensée Dominante de Dieu et de l'Eternité. Le Chrétien, quoi qu'il dise, quoi qu'il fasse, doit toujours être grand devant Dieu, qui pèse la solide grandeur.

 

Les peintres ont représentés les saints avec une auréole : l'Ecriture n'a rien fait de semblable, excepté pour un saint dans la première partie de la Bible, il est vrai qu'elle le fait d'une manière tout exceptionnelle. Les saints portent leur auréole en eux-mêmes, et la répandent partout où ils passent, et il faut que le Chrétien donne une telle opinion de lui, qu'en quelque lieu qu'on le rencontre, dans la rue, dans un salon, à table, en prison, au faîte des grandeurs, on ait toujours le sentiment que c'est un homme qui cherche Dieu, qui songe à avancer les grands intérêts de l'humanité, qui trouve qu'il ne vaut pas la peine de vivre pour autre chose que pour glorifier Dieu et y fait concourir tous ses avantages et tous ses revers, qui est prêt à quitter la terre dès que son oeuvre en ce point sera accomplie, et qui va,  comme son Maître, de lieu en lieu, faisant le bien.

 

Oh ! Que ce Chrétien serait saint, qu'il serait heureux, exempt de convoitise, d'envie, d'inquiétude, et de tout ce qui trouble l'âme ! Marchant toujours avec Dieu, qu'il ferait honorer l'Evangile ! Qu'il fermerait la bouche victorieusement aux contredisants, et que d'âmes il amènerait à son Sauveur, par l'humble éclat d'une vie toute sainte, plus encore que par ses paroles les plus puissantes !

 

Mais ces Chrétiens, où sont-ils ? Mon Dieu, où sont-ils ? et qu'il serait plus facile d'en trouver, je dis de vrais chrétiens, sincères, qui, s'ils venaient à mourir, remettraient leur âme entre les mains du Seigneur, qui dans le fond s'attendent à Lui, mais qui se laissent détourner et préoccuper par de petits intérêts, par l'amour de l'argent, par la soif de la gloire de l'homme, par la jalousie d'un compétiteur, par un ardent désir de succès personnels, par une ambition en dehors des voies que Dieu leur a frayées, par l'impatience des maux, par la répugnance pour les humiliations et pour les croix, (...)qui ne laissera pas de traces à la mort ! O mon Dieu ! Que les Chrétiens conséquents sont en petit nombre ! c'est pour cela, mes amis, que l'Evangile est compromis par ceux qui le professent, et qu'on dit d'eux si souvent qu'après tout ils poursuivent ce que poursuivent les autres, et que ce qui trouble les autres, les trouble également.

 

Ainsi l'Evangile est blessé par ceux-là même qui y cherchent leur paix et leur salut, et qui devraient employer tout ce qu'ils ont de force et de vie pour le glorifier, en marchant la tête haute, la tête au Ciel comme Jésus, cheminant les pieds sur la terre mais respirant dans le Ciel, et y Puisant le Principe de toutes leurs actions et la Force de toute leur vie.

 

Si vous saviez, mes amis, combien, quand on voit de près la mort, toutes ces illusions se dissipent, combien tout ce qui est petit paraît petit, combien cela seul qui est grand devant Dieu paraît Grand, combien on regrette de n'avoir pas plus vécu pour Dieu comme a vécu Jésus, et combien, si l'on avait à recommencer la vie, on voudrait la mener d'une manière plus sérieuse, plus pleine de Jésus-Christ, de sa Parole et de ses exemples, - si vous le saviez ! vous mettriez dans ce moment même la main à l'Oeuvre, vous supplieriez Dieu de mettre votre conduite en rapport avec vos sentiments et votre foi, vous y réussiriez, comme tant d'autres après tout y ont réussi, parce qu'ils ont crié à Dieu, et qu'ils on voulu sincèrement devant Dieu, et cette poignée d'enfants de Dieu qui est rassemblée dans cette chambre(...), ces Chrétiens avec toutes leurs infirmités et leurs langueurs, feraient plus pour l'avancement du règne de Dieu et pour le bien de l'humanité qu'une foule compacte et revêtue de tous les dons possibles, et ils feraient des actions d'autant plus grandes que toute pensée de vaine grandeur serait désormais bannie loin de leur cœur.

 

C'est mon souhait pour vous, c'est mon ardente prière, et c'est aussi la prière que je vous supplie de présenter à Dieu pour moi, afin que durant le temps qui me reste, quel qu'il soit, je ne songe plus qu'à vivre pour la Gloire de Dieu et pour le Bien de mes semblables, ce qui sera vivre en même temps pour ma propre joie Éternelle !

 

 

Adolphe-Monod.gif

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

Bible

 

Croix Huguenote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Les adieux d'Adolphe Monod,

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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 23:30
Un nouvel arianisme

Le numéro de Résister et Construire a traité d'une erreur tragique qui est en train de détruire les fondements chrétiens de la plupart des églises évangéliques de notre région.

 

Cette erreur s'attaque même, par voie de transmission évangélique, aux Églises officielles normalement en butte à d'autres déviations spirituelles et doctrinales.

 

Récemment un pasteur d'une Église réformée baptiste de la région de Bath en Angleterre nous disait que son Église était la seule à des kilomètres à la ronde à ne pas avoir cédée au phénomène.

 

Il s'agit, vous l'avez bien compris de ce qu'on appelle la bénédiction de Toronto ou la fièvre rieuse.

 

On ferait mieux de pleurer sur ce désastre spirituelle, sur cette malédiction divine. Car il devient de plus en plus clair pour de nombreux chrétiens qui ne se sont pas laissés hypnotisés, envoûtés, mesmérisés ou charmés par ces effusions trompeuses, que les Églises qui sont devenues réceptives à de telles expériences extatiques manifestent par là qu'ils font l'objet des jugements punitifs de Dieu (Ésaïe 28-29).

 

A ce sujet certains textes du Nouveau Testament sont particulièrement claires. Sous la plume de Paul nous lisons ces mots d'une effrayante actualité :

L'avènement de l'impie se produira par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de l'injustice pour ceux qui périssent, parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés. Aussi Dieu leur envoie une puissance d'égarement, pour qu'ils croient au mensonge, afin que soient jugés ceux qui n'ont pas cru à la vérité, mais qui ont pris plaisir à l'injustice.
(2 Thessaloniciens 2 : 9-12)

Mais notre réflexion historique et théologique nous pousse un pas plus loin.

 

Dans le numéro 11-12 (mai-août 1990) de Résister et Construire, il y était consacré une étude substantielle sur le thème,

 

Les racines évangéliques du Pentecôtisme dans lequel, preuves à l'appui, il était démontré que le phénomène pentecôtiste, né au début du siècle, n'était pas sorti du néant mais qu'il était le fruit inévitable d'une évolution spirituelle et doctrinale malsaine qui avait affecté de larges pans du mouvement évangélique.

 

Nous constatons que ce développement malsain ne s'est guère arrêté depuis, bien au contraire .

 

Tant la réalité que l'Écriture nous enseignent qu'il ne faut pas nous attendre à voir de mauvais arbres produire de bons fruits.

 

Ainsi il nous faut constater que la malédiction de Toronto est le fruit du mouvement des Signes et des Prodiges (Vineyard et Wimber !) ; que celui-ci, à son tour, nous vient du Mouvement Charismatique ; que ce dernier est issu du Pentecôtisme ; que pour sa part, comme nous l'avons jadis démontré, le Pentecôtisme est un fruit de certaines tendances des Mouvements de Sainteté du XIXe siècle (une sainteté trop souvent opposée à la Loi de Dieu) ; et que ces mouvements, à leur tour, sortait du Méthodisme Arminien.

 

il s'en suit que l'arbre spirituel qui aurait produit un tel fruit ne saurait être bon.

 

Ainsi ce n'est pas simplement le phénomène de Toronto qui est ici en cause mais toute une tradition spirituelle de plus en plus centrée sur l'expérience de l'homme, expérience toujours plus coupée de ses fondements chrétiens en Dieu et dans sa Parole.

 

C'est cette tradition qui a produit comme fruit honteux de les aberrations que nous constatons aujourd'hui.

 

Car les expériences torontoistes, si vantées par ceux qui s'y livrent, déshonorent Dieu et, bien souvent poussent les hommes qui s'y abandonnent à des comportements qu'on oserait à peine, par respect pour les animaux, à décrire comme bestial.

 

De telles aberrations doivent être rejetées par tous ceux qui se confessent chrétiens et qui cherchent par leur foi et leur obéissance à la Parole de Dieu à honorer Jésus-Christ.

 

Plus encore, une pareille hérésie doit être condamnée avec la plus grande vigueur par toute Église qui cherche à confesser fidèlement, en paroles et en actes, la vérité de Dieu. Un arbre produisant de telles fruits montre par là qu'il est pourri jusqu'à la racine. Il ne peut que s'attendre au jugement de Dieu, à être arraché, jeté au feu et brûlé. C'est ce que le Dieu des armées accomplit à travers la bénédiction de Toronto.

 

Nombreux sont ceux qui ont vu dans le mouvement pentecôtiste (et dans ses suites) les signes d'une réveil qui aurait pu renouveler une Église abâtardie par l'esprit du monde dans un siècle où l'Homme avec tout l'orgueil de la chair, des yeux et de la vie, se dressait contre Dieu, contre le Fils de Dieu et contre la Parole infaillible de Dieu.

 

Mais une réflexion de longue haleine, sobre et attentive, tant aux données de l'a Bible qu'aux faits de l'histoire ecclésiastique moderne, ne peut plus nous laisser le moindre doute.

 

Ce mouvement spirituel n'est aucunement ce réveil et cette source de bénédiction attendus avec une si vive impatience. Bien au contraire ! Il s'agit d'une puissante séduction spirituelle particulièrement contagieuse et d'envergure mondiale. L'ampleur et sa nuisance spirituelle de cette hérésie invitent tout naturellement la comparaison avec l'apostasie arienne du quatrième siècle qui, comme un raz de marée irrésistible, emporta pour un temps presque toute l'Église de cette époque.

 

Seuls Athanase d'Alexandrie (c.296-373) et Hilaire de Poitiers (c.315-367), de tous les évêques chargés de veiller sur le troupeau de Dieu, gardèrent pure et intacte la confession de la foi.

 

Avec Arius (c.250-336) l'attaque fut dirigée contre la Personne divine et humaine du Fils de Dieu, vrai homme et vrai Dieu. Aujourd'hui la cible visée n'est autre que la Personne divine du Saint-Esprit Lui-même. Sous pretexte de la mettre en vedette (au dépens du Père et du Fils) on la triture, la manipule et la rend responsable des pensées et des actions humaines (et souvent démoniaques) les plus vils, les plus odieuses.

 

Car, comme nous l'avons vu dans les pages qui précèdent, la spiritualité dont se prévalent les partisans du torontoisme ressemble bien étrangement à celle pratiquée par les adeptes de la spiritualité hindoue.

 

Pour prendre un seule exemple (mais bien ciblé !) nous pouvons constater que le fameux parler en langues pentecôtiste, (pratique qui n'a rigoureusement rien à voir avec le parler en langues étrangères du livre des Actes), ressemble étrangement à la pratique bouddhiste du mantra.

 

Il s'agit en effet de la répétition sans fin d'une formule de prière sans signification dont l'effet est de vider l'intelligence de toute pensée et de provoquer par ce moyen un renouveau psychique artificiel qui ressemble fort à celui que produit l'usage des drogues.

 

Bien qu'il nous est impossible de nier la présence de véritables chrétiens (séduits, bafoués et trompés) au sein de ces divers mouvements, et que l'Esprit de Dieu agit partout où la Parole est prêchée, il nous faut pourtant affirmer avec la dernière énergie que cette tradition d'erreur doit être rejetée tout entière comme étant au plus haut point nuisible à toute foi chrétienne véritable.

 

Il s'agit en fait d'une perversion du christianisme, d'une immense erreur et, peut-être, de la plus grande séduction introduite dans ce monde par l'ennemi de nos âmes et de l'Église pour faire disparaître, si une telle chose était possible, le Royaume de Dieu de cette terre.

 

Non seulement ce phénomène effrayant représente manifestement un jugement de Dieu sur une Église infidèle, mais les moyens utilisés par un Dieu jaloux de sa gloire pour exécuter sesjugements sont aptes à nous faire dresser les cheveux sur la tête.

 

Car Dieu a clairement lâché sur ces Églises des puissances démoniaques d'une force peu commune afin de les détruire. Et dans une invasion aussi flagrante de pratiques occultes dans la maison du Dieu vivant (qu'est l'Église visible) il est impossible de voire autre chose qu'un nouvel accomplissement de la prophétie mainte fois réalisée dans le passé qui nous avertit que l'abomination de la désolation siégerait un jour dans le Temple de Dieu.

 

Cette fois l'abomination n'est plus matérielle mais spirituelle.

 

En prétendant donner aux chrétiens une expérience spirituelle d'origine divine le Diable a en effet pénétré lui-même à l'intérieur d'innombrables Églises. Ainsi l'épidémie actuelle de fièvre rieuse et tombante ne peut aucunement être dissociée de ses racines pentecôtistes et charismatiques. Tant la racine que le fruit sont en contradiction totale avec l'orthodoxie de la foi chrétienne historique.

 

Car comme pour toute forme de théologie et de philosophie rationaliste, la question essentielle demeure ici celle du subjectivisme humain (intellectuel ou émotionnel) qui se dresse avec orgueil contre l'autorité normative absolue des Saintes Écritures sur les pensées, les sentiments et les actions des hommes.

 

C'est sur ce terrain précis que doit se livrer la bataille actuelle. Et comme lors de la tentation du Christ au désert, nous ne doutons pas que la Parole de Dieu sortira victorieuse de ce combat.

 

Ne ferme pas d'un sceau les paroles de la prophétie de ce livre ! Car le temps est proche. Que celui qui est souillé se souille encore, que le juste pratique encore la justice, et que celui qui est saint soit encore sanctifié ! Voici : je viens bientôt, et j'apporte avec moi ma rétribution pour rendre à chacun selon son oeuvre. Je suis l'Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d'avoir droit à l'arbre de vie, et d'entrer par les portes dans la ville ! – Dehors les chiens, les magiciens, les débauchés, les meurtriers, les idolâtres et quiconque aime et pratique le mensonge ! Moi, Jésus j'ai envoyé mon ange pour vous attester ces choses dans les Églises, Je suis le rejeton et la postérité de David, l'étoile brillante du matin. (…) Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! (Apocalypse 22 : 10-16, 20)
 
 
 
 
 
 
Jean Marc Berthoud Théologien Baptiste Réformé

Jean Marc Berthoud,

Théologien Baptiste Réformé

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Refuge Protestant

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
de « un_nouvel_arianisme Résister et construire (Jean Marc Berthoud) »
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Charles Spurgeon

" J'avoue que je donnerais à peine un penny pour tout salut que je pourrais perdre. La vie éternelle est la chose dont nous avons besoin, la Vie de Dieu, qui ne peut jamais changer ou être enlevée de nous, et c'est ce qui est donné à toutes celles et ceux qui croient en Jésus Christ."

Car, lorsque que nous étions
encore sans force,
Christ, au temps marqué,
est mort pour des impies
 (Romains 5-6)

Croix Huguenote

  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite ?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

Croix Huguenote 

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