JÉSUS-CHRIST BAPTISÉ
ou
LA TRINITÉ
(Cinquième Partie)
“Et quand Jésus eut été baptisé, Il sortit aussitôt hors de l’eau ; et voilà, les cieux lui furent ouverts, et Jean vit l’Esprit de Dieu descendant comme une colombe, et venant sur Lui ! Et voilà une voix du ciel disant : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai pris mon bon plaisir.” (Matthieu 3.16-17)
La rédemption du Fils.
Dieu, nous rachetant de nos péchés, se chargeant du soin de nous réconcilier avec Lui et trouvant en soi-même le secret de mettre d'accord Son Amour qui veut pardonner avec Sa Loi qui veut être obéie : voilà sans contredit le premier principe de notre rédemption ; aussi Jésus-Christ n'aurait-Il pu l'accomplir s'Il n'était Dieu Lui-même.
Mais est-ce à dire pour cela qu'Il soit indifférent pour nous dans la pratique et pour la vie de nos âmes, de savoir que ces dispositions et ces ressources se trouvent en Dieu, ou de les voir manifestées et déployées dans la personne du Fils ?
Ce serait une étrange erreur ; pensons-y.
Je parle ici pour celles et ceux qui ne sont étrangers ni à la plaie de leur coeur ni aux droits de la Loi de Dieu.
Pour des ennemis de Dieu réservés dans le cours naturel des choses à une punition éternelle, avoir été mis en possession de la Vie Eternelle : c'est l'objet de l'étonnement, de l'admiration des apôtres, des prophètes, des anges, du Saint-Esprit lui-même ; c'est un prodige que l'Amour Ineffable de Dieu uni à Sa Sagesse Infinie a Seul pu concevoir et exécuter.
Ce prodige, nous y devrions croire sans contredit, sur le seul témoignage de Dieu ; mais qu'il nous apparaît plus lumineux et plus rassurant, quand nous sommes admis à le contempler dans le mystérieux rapport d'unité et de diversité que le Fils soutient avec le Père !
Au sein de cette unité qui nous garantit son harmonie immuable avec le Père, le voici, ce Fils qui est Lui et qui n'est pas Lui, se détachant du Père, prenant entre Lui et nous la position de Médiateur, intercédant pour notre salut devant Sa Sainteté Offensée, et en faisant tellement, comme Fils, Son Affaire Personnelle, qu'il ne resterait plus au Père d'autre moyen de nous condamner que de rejeter l'Intercession de ce Fils Unique et Bien-Aimé.
Eh ! Comment nous inquiéter pour notre salut, déposé désormais entre les mains du Fils, ce Dieu manifesté en chair, qui accepte notre rédemption éternelle comme une commission que confie à sa fidélité, d'un côté le pécheur qui l'invoque, de l'autre l'amour du Père qui l'a envoyé !
Mais il y a plus encore.
Le Fils ne sollicite pas seulement notre salut (Jean 17.9-24), Il l'opère ; Il ne prie pas seulement pour nous, Il nous rachète ; et la rançon qu'Il offre pour nous au Père, c'est Son Propre Sang, le sang du Fils de Dieu.
Par ce sacrifice, Il met la sainteté de Dieu hors de cause, en faisant de notre grâce imméritée une justice qu'il doit à notre Sauveur, de telle sorte qu'il n'y a pas jusqu'à Sa Sainteté même qui ne l'oblige à nous donner au Fils pour prix de ses douleurs (Romains 3.25 ; Jean 17.24) ; et tout ensemble Il associe pour nous, par une alliance qui semblait impossible, l'idée de renoncement et de souffrance avec la Nature Divine, et nous présente notre Seigneur et notre Dieu sous des traits qui lui gagnent tout aussitôt notre coeur pour Son Coeur, et notre vie pour Sa Vie.
Chrétiens, me suivez-vous bien ?
La médiation et le sacrifice de Jésus-Christ, n'est-il pas vrai ?
Ce n'est pas de la spéculation, c'est de la pratique ; ce n'est pas de la haute théologie, c'est l'A, B, C de l'Évangile.
Eh bien ! Cette médiation, ce sacrifice, encore une fois, essayons de les concevoir sans l'office du Fils auprès du Père, c'est-à-dire sans la Trinité : nous allons reconnaître que cela revient à essayer de les concevoir en les rejetant.
La médiation du Fils sans la Trinité ?
Mais c'est la médiation du Fils, s'il n'y a point de Fils !
Ce qui rend la médiation possible, c'est précisément que le Fils est un avec le Père, pour ne vouloir que ce que veut le Père, et pourtant distinct du Père, pour intervenir en notre faveur auprès du Père.
Parce qu'Il n'est pas Lui, Il peut plaider notre cause ; parce qu'Il est Lui, Il ne peut pas la perdre...
O abîme, ô amour !
Ce partage sans partage, cette unité distincte, cette opposition harmonique, je cherche vainement un terme qui la puisse rendre...
N'en soyez pas surpris : l'Écriture n'y est guère moins embarrassée que moi, et ne trouve enfin pour la peindre qu'un langage qui brise toutes les lois du langage :
- « O Dieu, ton Dieu t'a oint » (Psaume 45.7 ; Hébreux 1.9) ;
- « Seigneur, pour l'amour du Seigneur, fais reluire ta face sur ton sanctuaire ! » (Daniel 9.16-17.)
- « Le Seigneur lui fasse trouver miséricorde (à Onésiphore) auprès du Seigneur ! » (2Timothée 1.18.)...
Quelle application, quel sens, quelle existence tout cela peut-il avoir que dans la doctrine du Père, du Fils et du Saint-Esprit ?
Et que dirai-je du sacrifice ?
De ce point culminant de la médiation où l'unité est à la fois le plus nécessaire et la distinction le plus palpable ?
Le sacrifice du Fils sans la Trinité, quelle étrange contradiction dans les termes !
Le Fils de Dieu, « établi de Dieu pour propitiation par la foi en son sang, » quelle confusion inextricable sans le rapport d'unité et de diversité du Père au Fils, c'est-à-dire sans la Trinité ; et, en dehors de cette Trinité, que restera-t-il pour qui a appris à adorer Jésus-Christ comme son Dieu Sauveur, que de traiter sa passion et sa mort de pures apparences sans réalités correspondantes, comme le faisaient dans la primitive antiquité ces sectes étranges qui commençaient à poindre aux jours de saint Jean et qu'il rejette avec une sévérité si significative :
« Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu en chair, est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse point que Jésus-Christ est venu en chair, n'est point de Dieu (1Jean 4.2-3) ?
Il n'y a rien au monde de plus personnel que le sacrifice, ni de plus distinct que celui à qui et celui par qui il est offert.
Le sacrifice de soi-même offert par le Fils au Père, et accepté par le Père en expiation de nos péchés, est inséparable de la doctrine du Père et du Fils, disons mieux, c'est cette doctrine même prise dans son centre vivant et salutaire.
Aussi la doctrine du sacrifice suit-elle pas à pas celle de la Trinité.
L'ancienne alliance, n'ayant la Trinité qu'en germe, n'a le sacrifice aussi qu'en figure ; et le jour où le Père, le Fils et le Saint-Esprit reçoivent leurs noms dans la nouvelle alliance, est aussi celui où le sacrifice unique et véritable est consommé.
Quand saint Jean écrivait :
« En ceci est manifesté l'amour de Dieu envers nous, que Dieu a envoyé son Fils unique au monde, afin que nous vivions par lui » (1Jean 4.9) ;
quand Jésus-Christ disait :
« Dieu a tant aimé le monde, qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle » (Jean 3.16),
ils confessaient la substance même de la Trinité.
Après cela, ôtons la Trinité, si nous l'osons ; mais sachons bien qu'en l'ôtant, nous laissons l'édifice évangélique sans appui ; nous sapons la rédemption par la base ; nous la rendons non seulement incompréhensible, mais chimérique ; et troublés d'un salutaire effroi, revenons au Fils pour revenir au Père, et donnons gloire avec l'Écriture au mystère fondamental de notre très sainte foi ! (...)
Jésus-Christ baptisé ou la Trinité par Adolphe Monod (Suite 6)







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