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Vie Protestante Réformée

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Jean Calvin

"Puisque Dieu, par conséquent, nous justifie par la Médiation du Christ, Il nous Acquitte, non pas par l'aveu de notre innocence personnelle, mais par une imputation de la justice ; de sorte que nous, qui sommes injustes en nous-mêmes, sommes considérés comme Justes en Jésus Christ."

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  Ouvrez votre maison

à l'homme sans asile.

Soyez heureux de partager ;

ne maltraitez pas l'étranger qui,

rongé de chagrin, sur vos terres s'exile...

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 18:18
Sans colère ni mauvaises pensées

Levons à Dieu des mains pures,

sans colère, ni mauvaises pensées.

(1Timothée 2:8)

 

Dans le non exaucement parfois de nos prières, et en entrant dans l'examen des devoirs domestiques et notamment à quelques points particuliers, que ce soit maris, femmes, pères, mères, enfants, en avons nous cherché parfois la cause réelle ?

 

La colère conjugale, la dispute fraternelle, la dissension domestique, ne sont, ne peuvent elles pas être comme un voile épais entre notre âme troublée et Dieu, qui ne veut être servi que dans l'amour ?

 

Que de fois, angoissé, malheureux de ne pouvoir trouver mon Dieu, de sentir sa face voilée, que de fois ne me suis je pas levé pour courir à ce parent, à cette personne vis à vis de qui j'avais péché, et, dans un simple mais vrai "pardonnez moi", que de fois n'ai je pas retrouvé la paix ?

 

J'ai connu une servante, pauvre selon le monde, mais riche en Dieu.

 

Son caractère était fier, susceptible, violent, et pourtant elle était devenue une des plus douces et des plus humbles chrétiennes que j'ai connues.

 

Savez vous comment ? Par cette seule recette :

 

"Que le soleil ne se couche jamais sur ta colère."

 

Et la colère des chefs de famille, combien plus encore ne trouble-t-elle pas la paix des maisons parfois !...

 

Comment, après une impatience, peuvent-ils ouvrir la Parole au Culte Familial et parler sur la Charité ?

 

Veulent-ils donc apprendre l'hypocrisie à leurs enfants ?

 

Ou leur faire croire que les Commandements de Dieu ne sont plus que du bruit ?

 

"L'Ecriture parle-t-elle en vain ?"

 

Dieu n'est-il pas un Dieu de Vérité, un feu consumant ?

 

Et si le père, "irrite son enfant", sous prétexte de faire son éducation, croyons nous que cet enfant s'agenouillera bien volontiers à ses côtés ?

 

Et si l'enfant, garde rancune à son compagnon de jeu, qui médite peut être à quelque vengeance et méchanceté contre lui, ou qui ment à ses parents, oubliant que "tous les menteurs seront jetés dans l'étang ardent de feu et de soufre" (Apocalypse 21:8), croyons nous que le baiser trompeur après la prière du soir n'attirera pas le courroux et tristesse de Celui qui bénit ?

 

Et si le riche, qui se traiterait délicatement en oubliant le pauvre Lazare couché dans ses ulcères et dans ses haillons ; et si le pauvre, dont le coeur bouillonne d'aigreur et d'envie contre les heureux de ce monde, ne croyons nous pas que l'offrande qui serait apporté à l'autel, et pourquoi pas, dans le même Temple, en se haïssant l'un et l'autre (car on est toujours poli en bonne société, poli, même en blessant ou haïssant) sera acceptable à Celui qui a horreur du formalisme, à Celui qui regarde au coeur ?

 

Ah ! Il y aurait trop à dire, en effet, sur ces sujets, sur lesquels l'examen de sa propre âme en apprend beaucoup plus que celui des autres.

 

Prenons plutôt la Bible, taisons nous et ouvrons là, à ces commandements précisant nos devoirs ; et que l'Esprit de Dieu nous convaincs Lui même de péché et nous faire jeter, comme Daniel, la face contre terre, en répétant après lui :

 

"Hélas ! Seigneur, nous avons péché, nous avons commis l'iniquité. A Toi est la gloire, à nous la confusion de face ! A nous et à nos chefs, aux pères et aux enfants, aux maîtres et aux serviteurs, aux magistrats et au peuple. Nous avons tous transgressé Ta loi, nous nous sommes détournés pour ne point t'écouter. Seigneur pardonne ! Seigneur, fais grâce !" (Daniel 9).

 

 

spurgeon

Charles Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

 

 

Bible

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 07:11
Ni pour, ni contre, bien au contraire…

Ce plaisant condensé du credo de l’indécis ne devrait pas être celui du Chrétien .

 

«Que votre oui soit oui, et que votre non soit non, afin que vous ne tombiez pas sous le jugement» ( Jac 5. 12).

 

De même que nous avons dit «oui» au Seigneur lorsqu’Il nous a appelés à la repentance, au salut et à la vie éternelle, nous devons apprendre à dire «oui» à Sa Volonté pour nous, mais aussi à parler à notre prochain selon la vérité, à refuser la duplicité, à aimer les choses claires et nettes, à fuir les compromis et les magouilles.

 

«Que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées» (Phil 4. 8 ).

 

On peut "apprendre" maintenant que dans notre monde où tous les chemins sont déclarés praticables que l'on peut désormais opter pour la «logique floue»  nommée  «fuzzy thinking»  d'un certain professeur  Bart Kosko.

 

Combinant l’héritage scientiste occidental d’une part, et les concepts orientaux du ying et du yang d’autre part, ce courant s’applique (dans la ligne du tristement célèbre Nietzsche et de son «Par-delà le bien et le mal») à «transcender» les notions de vrai et de faux.

 

Argument invoqué par les partisans de ce flou philosophique : nos critères de jugement sont parfois très incertains, nous ne pouvons pas toujours déterminer si oui ou non telle position est défendable, mais nous agissons quand même, la vie nous force à assumer des choix en demi-teintes, et ces derniers peuvent se révéler judicieux.

 

Vive donc l’incertitude !

 

Quant à nous qui appartenons à Christ, réveillons-nous plutôt à nos privilèges !

 

Notre plate-forme d’action est autrement plus précieuse et précise que les pauvres «rudiments» des penseurs à la mode.

 

Nous disposons en tout temps de la Révélation complète et parfaite de notre Dieu.

 

Pourquoi participer au triomphe du relativisme, à la dictature de l’instinct et de la subjectivité, à l’imposition d’une nouvelle idéologie matérialiste et humaniste ?

 

Sommes-nous réduits à remplacer les claires directives de la Parole de Dieu par les à-peu-près de notre culture à la dérive ?

 

Laissons cette Parole nous instruire ainsi que nous y encourager.

 

En la lisant attentivement, nous découvrirons que l’esprit de confusion qui prévaut aujourd’hui n’est pas un phénomène franchement nouveau.

 

A l’Eglise de Corinthe où se trouvaient beaucoup de croyants, et beaucoup de tendances contradictoires, de désordres, et d’enseignements erronés, l’apôtre Paul a montré le chemin du retour à la santé spirituelle.

 

En rappelant d’abord aux croyants que le Saint-Esprit qui habite en eux est l’arbitre suprême :

 

«Nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce… L’homme spirituel juge de tout…» (1 Cor 2. 12, 15a).

 

Pour diriger nos vies, nos familles, pour inspirer nos rapports avec les hommes sans Dieu, comme nos relations avec nos frères et sœurs dans la foi, pour nous amener à une saine utilisation des dons spirituels, Dieu ne nous livre pas à nos propres estimations, forcément approximatives et tendancieuses.

 

Il nous donne sa Parole et son Esprit.

 

Et s'il arrivait tristement de ressembler aux Corinthiens d’autrefois, cette recommandation de l’apôtre garde toute sa valeur :

 

«Frères, ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement ( c’est-à-dire dans votre capacité à distinguer le vrai du faux, le juste de l’injuste, le spirituel du profane ) ; mais pour la méchanceté, soyez des enfants, et, à l’égard du jugement, soyez des hommes faits » (1 Cor 14 . 20).

 

Que le Seigneur nous donne de nous enraciner en Christ,  

« car pour ce qui concerne les promesses de Dieu, c’est en lui qu’est le OUI » (2 Cor 1. 20).

 

 

 

Claude-Alain PFENNIGER,

 

 

Bible

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Source : Promesses

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 08:19
La justification et la sanctification dans la pensée de Calvin

Croix huguenote

 

du Pasteur Pierre MARCEL

 

Une juste conception des rapports entre la justification et la sanctification est bien, comme le dit Calvin, «le principe de toute la doctrine de salut, le fondement de toute religion»1.

 

La sanctification est liée à la justification; elle en diffère dans sa nature, mais elle n’en doit point être séparée dans le temps. «La vraie foi ne peut être arrachée d’avec l’Esprit de régénération.»2 «La sainteté réelle de vie… n’est pas séparée de l’imputation gratuite de justice.»3

 

Sur leurs rapports mutuels, il y a toujours eu dans l’Eglise chrétienne de profondes différences pour la raison que, dans toutes les religions, le lien entre la religion et la morale a été posé de diverses manières. Le nomisme, centrant son intérêt sur la vie morale, fait dépendre la justification de la sanctification, la religion de la moralité, nos rapports avec Dieu de nos rapports avec notre prochain. Inversement, l’antinomisme, accordant la prééminence aux exigences de la vie religieuse, place la justification au premier plan, et ne parvient souvent pas jusqu’à la sanctification.

En vérité, il est extrêmement difficile, aussi bien dans la doctrine que dans la vie pratique, d’établir les justes rapports qui doivent exister entre la religion et la morale, la justification et la sanctification. Avant de les unir, cherchons à les distinguer car, de même que la lumière du soleil n’est jamais séparée de la chaleur, la lumière n’en est pas pour autant chaleur4.

 

I. Définitions et distinctions

 

La justification est un acte judiciaire de Dieu par lequel, sur la base de la justice du Christ, Dieu déclare que toutes les exigences de la loi sont satisfaites.

«Celui sera dit justifié par la foi, lequel était exclu de la justice des œuvres, appréhende par foi la justice de Jésus-Christ, de laquelle étant vêtu, il apparaît devant la face de Dieu, non pas comme pécheur, mais comme juste. Notre justice devant Dieu est une acceptation, par laquelle, nous recevant en sa grâce, il nous tient pour justes. Nous disons qu’elle consiste en la rémission des péchés, et en ce que la justice de Jésus-Christ nous est imputée.»5

La sanctification est cette opération gratuite et continuelle du Saint-Esprit, par laquelle il délivre le pécheur justifié de la souillure du péché, renouvelle toute sa nature à l’image de Dieu, et le rend capable d’accomplir les œuvres bonnes.

«Ainsi, dit Calvin, nous sommes sanctifiés, c’est-à-dire consacrés à Dieu en vraie pureté de vie, en tant que nos cœurs sont formés en l’obéissance de la loi, à ce que notre principale volonté soit de servir à la volonté de Dieu et avancer sa gloire en toutes sortes.»6

Cette distinction n’est pas arbitraire. Elle trouve sa raison la plus profonde en Dieu lui-même, qui est à la fois juste et saint. Juste, Dieu veut que toutes les créatures se trouvent avec lui dans une relation de justice, dans laquelle il les avait originairement placées, en dehors de toute culpabilité et de tout châtiment. Saint, Dieu exige qu’elles apparaissent, devant sa face, pures et exemptes de tout péché.

 

C’est pourquoi le premier homme, créé à l’image de Dieu, dans la justice et la sainteté, n’avait besoin ni de justification, ni de sanctification au sens où elles nous intéressent. Mais le péché a rendu l’homme coupable et impur devant Dieu. Pour être entièrement délivré du péché, il doit donc être affranchi de toute coulpe, et purifié de sa souillure.

 

C’est ce qui a lieu dans la justification et dans la sanctification. L’une et l’autre sont tout aussi nécessaires, et sont prêchées dans l’Ecriture avec une égale insistance.

 

  1. Selon l’ordre logique, la justification précède la sanctification. Sur la base d’une justice de Dieu (dikaiosunè théou), qui nous est donnée dans la foi, elle annule la coulpe du péché et rétablit la relation religieuse authentique de l’homme avec Dieu. Elle restaure le pécheur dans tous les droits filiaux que comporte l’état d’enfant de Dieu, y compris l’héritage éternel. La sanctification purifie la souillure du péché et renouvelle le pécheur toujours davantage à la ressemblance de l’image de Dieu.
  2. La justification est un changement extérieur de relation. Elle prend place en dehors du pécheur au tribunal de Dieu; elle est un acte juridique (forensique). Elle ne change pas la vie intérieure du pécheur, quoique la sentence lui parvienne d’une manière subjective. Elle concerne l’état de l’homme devant Dieu. La sanctification est un changement dans la personne, elle prend place dans la vie intérieure de l’homme. Elle se rapporte à sa condition et affecte graduellement tout son être. Elle est éthique; elle est un acte de l’efficience divine, «en sorte que le croyant soit conservé pur et impollu d’esprit, d’âme et de corps»7.
  3. La justification «est faite pour jamais»8. La sanctification est un processus continuel qui n’est jamais achevé dans la vie présente. Nous devenons peu à peu, personnellement, mais sur le plan éthique, participants et possesseurs de la justice de Christ9.
  4. La justification est fondée sur ce que le Christ a fait pour nous. La sanctification, sur ce qu’il fait en nous: œuvre par laquelle, dans un certain sens, le croyant coopère.
  5. Si les mérites du Christ sont à toutes deux leur cause méritoire, la cause efficiente est diverse. Dans l’économie trinitaire, c’est Dieu le Père qui déclare le pécheur juste, c’est Dieu le Saint-Esprit qui le sanctifie.
  6. Elles ont toutes deux le même moyen d’application: la foi.
  7. Leurs causes finales sont identiques: la gloire de la justice et de la bonté de Dieu, car elles sont toutes deux un acte de sa libre grâce, mais surtout de sa libre élection. Dieu veut que sa gloire reluise en nous, gloire que nous manifestons quand son image est restaurée en nous, «à savoir une droiture et innocence de toute l’âme, en sorte que l’homme représente, comme en un miroir, la sagesse, la justice et la bonté de Dieu»10.

Justification et sanctification nous apportent donc le Christ dans sa plénitude. Dans la justification, Christ nous est donné au sens juridique; dans la sanctification, au sens éthique. Par la première, nous devenons justice de Dieu en Christ; par la seconde, il vient lui-même habiter dans nos cœurs, par son Esprit, et nous renouvelle à son image.

 

II. Union de la justification et de la sanctification

 

S’il convient de distinguer dans leur nature la justification de la sanctification, il ne faut jamais perdre de vue le lien étroit qui les unit sur tous les plans; les séparer, c’est miner la vie morale et faire servir la grâce au péché.

 

Elles sont unies en Dieu. En Dieu, la justice et la sainteté ne peuvent être séparées. Dieu a horreur de tout péché, non seulement parce qu’il rend coupable, mais parce qu’il rend impur. Les actes de Dieu dans la justification et dans la sanctification sont indissolublement unis: «Ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.» (Rm 8.30) La justice (dikaiosis) apporte avec elle la vie (zoé) (Rm 5.18).

 

Elles sont unies en Christ, le Chef et le Consommateur de l’Alliance de grâce. C’est dans l’Alliance, «en la personne publique de tous les siens», que Christ a porté le péché pour les siens et accompli la loi pour eux. En lui, tous les siens étaient compris. Avec lui et en lui, ils sont morts, ensevelis, ressuscités, assis dans les lieux célestes. «Au sacrifice de sa mort… Christ se montra… vrai sacrificateur, en consacrant le Temple, l’autel, tous les vaisseaux et le peuple, par la vertu de son Esprit.»11

 

Christ est leur justice (dikaiosunè) en même temps que leur sanctification (agiasmos, 1Co 1.30), ce qui ne veut pas dire leur sainteté (agiotès ou agiôsunè).

 

Elles sont unies dans l’œuvre du Christ. Par son obéissance, ses souffrances et sa mort, Christ n’a pas seulement acquis la justice, par laquelle les croyants sont acquittés par Dieu, mais la sainteté, par laquelle il les consacre à Dieu et les purifie des souillures du péché. Dans l’accomplissement de la loi, la puissance du péché est brisée par le pardon et la sanctification en est le résultat. «De justice, nous recueillons sanctification.» (Rm 6.22)

 

Mais Christ a tout accompli, tout acquis, pour tout donner.

 

C’est pourquoi l’acquisition comporte nécessairement son application chez les siens. Cette application, il l’accomplit du haut du ciel, dans sa glorification, par son activité prophétique, sacerdotale et royale, à la droite du Père. «Il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux.» (2Co 5.15)

 

Acquisition et application sont, par conséquent, si étroitement liées que la première n’est ni pensable, ni possible sans la seconde, et inversement.

«Nous ne pouvons être gratuitement justifiés par la seule foi, que nous ne vivions aussi saintement. Car ces grâces sont attachées l’une à l’autre, comme par un lien inséparable, tellement que celui qui s’efforce de les séparer démembre, par manière de dire, Jésus-Christ.»12
«Christ les élargit toutes deux ensemble et jamais l’une sans l’autre.»13

C’est pourquoi Christ ne se donne pas lui-même aux siens dans une justification objective seulement; il se communique aussi subjectivement dans la sanctification; il s’unit lui-même à eux d’une manière spirituelle et mystique. Il ne donne ses grâces qu’en se donnant lui-même. Dans l’union mystique, justification et sanctification sont étroitement liées. Croire en Christ, c’est le recevoir.

 

A la différence de Luther qui conçoit l’union mystique sous son aspect anthropologique, où elle n’apparaît qu’après la justification et la régénération dans la foi réelle, Calvin place son point de départ dans le pactum salutis, le pacte du salut.

 

C’est en tant que Chef et Médiateur de l’Alliance que le Christ s’est incarné et qu’il a souffert. Toute l’activité de l’Esprit, en tant qu’Esprit du Christ, provient de l’Alliance et se déploie dans l’Alliance. Notre incorporation en Christ précède donc de beaucoup la réception active du Christ et de ses grâces par la foi. Même les actes les plus élémentaires d’une foi naissante sont des actes qui supposent la vie, et donc l’union mystique dont ils découlent.

 

Pour Calvin, l’union des croyants au Christ n’est ni un mélange panthéiste du Christ avec les croyants14 ni une union substantielle, comme le conçoit le mysticisme, ancien et moderne. Elle n’est pas non plus un pur et simple accord, une harmonie des dispositions de la volonté et des intentions, vœu du rationalisme.

 

Selon l’Ecriture, le Christ habite et vit dans les croyants, et les croyants sont en lui. «Non seulement nous tirons de Christ vigueur, et comme une moelle divine, mais nous passons de notre nature à la sienne.»15

 

Cette union mystique n’est pas immédiate: elle s’effectue par le Saint-Esprit. C’est aussi dans l’Esprit que se trouve l’étroit rapport entre la justification et la sanctification. «Quel Esprit est-ce qu’ils nous rottent?»16, dira Calvin des anabaptistes qui, pour obéir à l’Esprit, disjoignent la sanctification de la justification.

 

L’Esprit que Jésus promet à ses disciples et qu’il répand dans la communauté des croyants n’est pas seulement l’Esprit d’adoption, celui qui communique objectivement les grâces du Christ. Il est aussi celui qui remplit les croyants des bénédictions éthiques et mystiques du salut. Il est l’auteur d’un Esprit de renouvellement et de sanctification. C’est cet Esprit qui a qualifié le Christ pour son œuvre, et qui l’a conduit de sa conception à son ascension. Christ a été glorifié comme Esprit vivifiant. Et c’est par cet Esprit qu’il forme et qu’il qualifie désormais les siens. Depuis la glorification du Christ, l’Esprit habite personnellement dans la communauté des croyants comme dans son Temple.

 

Dès lors, il établit et maintient la communion la plus intime entre le Christ et les siens, et il prend toutes choses de Christ pour les leur donner.

 

Les croyants sont justifiés et sanctifiés par l’Esprit:

«Tout ainsi que des prémices, la bénédiction est répandue sur toute la moisson, ainsi l’Esprit de Dieu nous arrose de la sainteté de Jésus-Christ et nous fait participant d’icelle.»17

C’est dans l’Esprit que les croyants vivent et marchent. Dans et par l’Esprit, Christ lui-même vient chez les siens. Il vit en eux. Les croyants sont en Christ, vivent, pensent et marchent en Christ. Christ est tout en tous! Et non seulement Christ, mais Dieu lui-même, par ce même Esprit, vient habiter en eux, et les remplit de sa plénitude, en sorte que, pour finir, lui aussi est tout en tous.

 

III. Réception

 

Il y a donc une union étroite entre la justification et la sanctification en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, tant sur le plan ontologique que sur celui du décret divin, de l’Alliance, de l’acquisition et de l’application. Voyons à présent le lien indissoluble qui les unit dans leur réception par l’homme, sur le plan psychologique et dans l’unité de sa personne.

 

A) Œuvre de Dieu: les croyants sont d’abord passifs

 

Comme la justification, la sanctification est d’abord un don, une œuvre de Dieu accomplie par le Saint-Esprit. De ce fait et d’abord, les croyants sont passifs. Ils sont sanctifiés. Ils sont morts et ressuscités avec Christ. Ils sont un ouvrage, une œuvre de Dieu, une «création»: «Nous sommes l’œuvre de Dieu: tout ce qui est bien en nous est sa création.»18 «La grâce de Dieu est beaucoup plus abondante et puissante en cette seconde création qu’elle n’a été en la première.»19

 

Cette sainteté consiste avant tout en ce que les croyants sont séparés du monde et placés dans une relation particulière avec Dieu. «Sanctification signifie choix et séparation.»20

 

Dans le Nouveau Testament comme dans l’Ancien, le concept de «saint» a une signification de relation. Bien que le Christ soit sans péché, il est dit qu’il se sanctifie, c’est-à-dire qu’il s’offre à Dieu en sainte offrande pour les siens (Jn 17.19) «Tous les fidèles ont pleine et parfaite consécration en l’oblation unique d’iceluy.»21 «Christ a sanctifié les fidèles à jamais.»22 Et ainsi les croyants s’appellent saints (agioi), parce que, par vocation (klétoi agioi, Rm 1.7; 1Co 1.2), ils se trouvent placés dans une relation particulière avec Dieu, et qu’ils sont «la race élue, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple que Dieu s’est acquis» (1P 2.9).

«Notre sainteté procède et découle de la source de l’élection de Dieu; elle est le but de notre vocation… par la vocation de Dieu, nous sommes saints.»23

B) Relation intérieure

 

Mais cette relation n’est pas purement extérieure. Elle ne l’était déjà pas sous l’Ancien Testament, car, en vertu de cette sainteté, Dieu s’est engagé à donner à Israël son Alliance et sa loi – pour le sauver – et Israël était obligé de marcher selon les ordonnances de Dieu. Accomplie en Christ, ce n’est plus la loi qui règle désormais la relation de sainteté entre Dieu et son peuple. Christ est mis à la place de la loi; c’est en lui que Dieu règle la relation qui l’unit aux siens, et par laquelle, à l’avenir, «il tient compte du vouloir comme du fait». Les croyants sont sanctifiés en Jésus-Christ par l’Esprit, maintenant appelé pneuma agion, l’Esprit Saint.

 

La justice qui est au fondement de la justification, la sainteté qui est à la base de la sanctification ne sont étrangères à l’homme que dans un certain sens. Car, dans l’Alliance, elles sont la justice et la sainteté de la Tête, mais partant aussi des membres.

 

Cette sainteté prend un sens profondément éthique, donc personnel et actif. Nouvelles créations, les croyants vivent une vie nouvelle et dépouillent l’homme ancien pour revêtir l’homme nouveau. Ils offrent leurs membres à Dieu pour qu’ils soient des instruments de justice en sanctification (Rm 6). «En Christ, rien n’est estimé, sinon la nouvelle créature.»24 Dans l’épître aux Galates, «foi» (5.6) et «nouvelle créature» (6.15) sont synonymes.

 

Cette relation avec Dieu, en Christ et par le Saint-Esprit, implique que les croyants sont libérés de toute culpabilité et aussi de toute souillure du péché. C’est pourquoi la sainteté consiste en ce que les croyants deviennent conformes à l’image du Fils. C’est pourquoi aussi sainteté et glorification coïncident; la glorification commence à l’instant même de la vocation: ceux qu’il appelle, Dieu les justifie; et ceux qu’il justifie, il les glorifie au même instant (Rm 8.30).

 

La justification par la foi tient le milieu entre l’élection qu’elle manifeste et la sanctification qu’elle annonce. La sanctification tient le milieu entre la justification où elle prend sa source et la glorification qu’elle instaure.

«La communication de la croix (c’est-à-dire la sanctification) est tellement conjointe avec notre vocation et justification, bref avec notre gloire, qu’elles ne peuvent être aucunement séparées.»25

C) Sanctification active

 

D’abord passive, la sanctification prend une signification active.

«Le chrétien se sanctifie parce que Dieu l’a préalablement sanctifié et qu’il le sanctifie continuellement.» (Lecerf)
«La foi est passive quand le pardon lui est conféré en exécution du décret; elle entre en activité sainte dès qu’elle l’a reçu, et parce qu’elle l’a reçu.» (Lecerf)
«Nous n’enseignons pas que la foi qui justifie soit seule, mais nous affirmons qu’elle est toujours conjointe avec l’Esprit de régénération.»26

La sanctification devient une œuvre dans laquelle le croyant coopère par la foi. Non que la foi – pour nous dégager de la terminologie aristotélicienne – soit la cause instrumentale de la sanctification: elle ne l’est pas de la justification. La foi ne se trouve pas avec elles dans les mêmes rapports que l’œil et la vue, ou que l’oreille et l’ouïe: la foi est bien plutôt un moyen du Saint-Esprit, par lequel l’Esprit fait saisir Christ par l’homme, et rend témoignage à son esprit qu’il est enfant de Dieu, et qu’il lui est irrémédiablement consacré27.

 

D) Les œuvres de la foi

 

C’est pourquoi, si la foi s’oppose aux œuvres, quand on veut faire d’elles la cause instrumentale ou matérielle de la justification, si elle s’oppose aux œuvres de la foi, quand on veut faire d’elles le fondement, le tout ou la partie de cette justice par laquelle Dieu justifie, la foi ne s’oppose pas aux œuvres de la foi quand celles-ci, fruits de la foi, sont produites par le moyen du Saint-Esprit, pour confirmer le croyant dans la sincérité de sa foi et de son salut28.

 

Dans ce sens, la foi elle-même est une œuvre (Jn 6.29), l’œuvre la meilleure et le principe de toute œuvre bonne, l’œuvre unique par laquelle Dieu peut nous affranchir ici-bas de notre dette et nous assurer de notre justice en Christ. C’est la foi seule qui justifie, mais, cependant, la foi qui justifie n’est pas seule!

 

Et voilà pourquoi, après avoir parlé de la justification du pécheur, Calvin parle d’une justification du juste. Nous sommes ici au plein centre de la question. Pour que la foi soit le moyen de nous justifier, il faut qu’elle soit la foi justifiante, la vraie foi, et non la foi historique ou temporaire.

 

La foi n’est pas seulement l’adhésion de l’esprit à la vérité religieuse, une acceptation admirative et joyeuse de l’Evangile, d’où serait absente la préoccupation de la gloire de Dieu et qui ne s’occuperait que des avantages qu’on retire de la bonté de Dieu.

 

Il y a une foi feinte, par laquelle le pécheur se déçoit lui-même. «Ce n’est pas une doctrine de langue que l’Evangile, mais de vie!»29 C’est pourquoi, après avoir répondu à l’accusation d’injustice formulée par Dieu, en saisissant la justification par la foi, le croyant doit aussi répondre à l’accusation d’hypocrisie consciente ou inconsciente; que cette accusation qu’il ressent soit un avertissement de Dieu, une suggestion et une tentation de Satan, une défaillance de la conscience mal éclairée ou troublée par suite de quelque péché ou de quelque interdit, une expression de la défiance de l’homme à l’égard d’affirmations qui le dépassent, que sais-je encore? Le fidèle lui aussi a besoin d’être justifié au tribunal de sa conscience et devant l’opinion des hommes.

 

E) La justification du juste

 

La justification du fidèle ou du juste pardonné est la certitude que, par le témoignage de sa conduite et de ses œuvres, ce fidèle obtient de la preuve de la sincérité de sa foi et de la réalité de l’état de grâce justifiante où il se trouve.

 

C’est dans l’un des quatre sermons sur la justification d’Abraham30 que Calvin exprime le mieux sa pensée.

«Quand Dieu nous justifie au commencement…, il use d’un pardon général. Et puis, quand il nous justifie après…, il nous justifie en nos personnes, et nous justifie même en nos œuvres par la pure foi… c’est-à-dire il (nous) a agréables comme ses enfants, et puis il justifie (nos) œuvres. Et comment? Quand un vin sera le meilleur du monde, s’il est en un tonneau punais…, voilà le vin gâté. Ainsi en est-il de toutes nos œuvres: car d’autant que Dieu nous y conduit et gouverne par son Saint-Esprit, elles sont bonnes et saintes et louables; mais regardons quels vaisseaux nous sommes, pleins d’infection et de puantise! Ainsi voilà nos œuvres corrompues, il faut donc que Dieu les purge et nettoie. Et comment? Par sa pure grâce, en nous pardonnant les fautes et imperfections qui y sont. Par quoi tout ainsi qu’il y a diversité entre un homme fidèle et un homme que Dieu appelle du commencement à l’Evangile, aussi la justification est un peu diverse…»

Ailleurs Calvin déclare: «Justification se peut assez proprement étendre au train continuel de la grâce de Dieu depuis la vocation jusqu’à la mort»31, «à la miséricorde de Dieu qui vient au-devant pour nous absoudre de rémission de péché assiduelle.»32

 

Notion de sanctification aussi éloignée d’une conception purement eschatologique que de la possibilité d’une perfection actuelle!

 

La voix du juste, qui garantit au croyant la sincérité de sa foi, est toujours la voix de Dieu, mais cette voix siège alors au tribunal de sa propre conscience. «Elle est une déclaration de justice devant les hommes, et non de l’imputation de justice quant à Dieu.»33 Et c’est par ses œuvres que le croyant constate que non seulement la justice du Christ lui est imputée, mais que par le Saint-Esprit elle habite effectivement en lui, qu’elle est aussi justicia inherens, et qu’ainsi il grandit dans la justice.

 

Quand il est question de la justification du fidèle, nous devons dire qu’il est justifié non par la foi seulement, mais aussi par les œuvres, qui sont comme l’achèvement de la foi dans ce sens qu’elles en manifestent la fécondité actuelle, la sincérité et le sérieux. C’est pourquoi l’Ecriture lui ordonne de s’examiner lui-même pour voir s’il a la foi34. Ces œuvres ne sont plus des œuvres légales: elles ne sont pas faites pour mériter la justice, mais au contraire pour manifester la réalité de la miséricorde dont le pécheur pardonné est l’objet. La justification du fidèle repose elle aussi sur la grâce rédemptrice. «Bien que nous soyons pécheurs, il nous est justice; bien que nous soyons immondes, il nous est pureté.»35

 

Inutile de mettre Jacques en contradiction avec Paul. Paul traite de la justification du pécheur. Jacques a reçu la mission de traiter de la justification du fidèle devant le tribunal de la conscience humaine où Dieu siège. Mais tous deux nient avec la même énergie que le fondement de la justification se trouverait dans les œuvres de la loi, et tous deux reconnaissent que la foi, la foi agissante par l’amour qui comporte et promeut les œuvres bonnes, est le moyen par lequel le Saint-Esprit nous assure de notre justice en Christ. La seule différence, c’est que Paul combat contre les œuvres mortes et que Jacques proteste contre une foi morte… «une masque nue et imaginaire de foi»36.

 

La foi qui justifie, c’est cette certitude de notre justice en Christ que l’Esprit opère en notre cœur. C’est pourquoi elle nous justifie d’autant plus, non pas qu’elle est passive, mais qu’elle est plus vivante et plus forte. La foi coopère avec les œuvres, et devient parfaite par les œuvres (Jc 2.22). Voilà pourquoi Calvin peut intituler le chapitre XIV du livre III de l’Institution «Quel est le commencement de justification et quels en sont les avancements continuels». La justification du juste permet à Calvin d’affirmer que «notre sainteté… soutient la présence de Dieu»37. «Nous n’avons pas seulement obtenu l’opportunité de mériter, mais tous les mérites du Christ, car ils nous sont communiqués»38 non seulement en justice, mais en œuvres. Ipsa hominis bona merita sunt Dei munera39. Les mérites même de l’homme sont des dons de Dieu.

 

F) L’activité de la foi: une grâce

 

Oui! La foi est un don de Dieu, mais l’homme reste responsable de son attitude envers la vocation qui lui est adressée. Le royaume est un don accordé par Dieu à ses bien-aimés; mais il est aussi un trésor qu’il faut acquérir au service du Seigneur.

 

Les croyants sont les sarments du cep, en dehors duquel ils ne peuvent rien faire, mais ils sont exhortés à rester en lui, dans sa parole et dans son amour. Ils sont élus, mais ils doivent s’appliquer à affermir leur vocation et leur élection. Par le sacrifice du Christ, ils sont sanctifiés et amenés à la perfection, mais ils doivent persévérer dans la foi jusqu’à la fin. Ils ont revêtu le nouvel homme, mais ils doivent le revêtir sans cesse. Ils ont crucifié la chair et ses passions, mais ils doivent faire mourir dans leurs membres ce qui est terrestre.

«L’adoption gratuite en laquelle consiste notre salut ne peut être séparée de cet autre décret et arrêt qui nous assujettit à porter la croix; parce que nul ne peut être héritier des cieux, sinon qu’auparavant il ait été fait conforme au Fils de Dieu… Christ est le patron, portrait au vif, lequel est proposé pour imitation à tous enfants de Dieu.»40 Et Calvin souligne «l’affection véhémente…, laquelle nous ravit tout incontinent au ciel pour l’adorer là, et afin que nos esprits habitent avec lui.»41

Les œuvres bonnes conduisent au Royaume, mais elles ne sont point cause de notre royauté. Et «même ces œuvres sont une partie de sa grâce»42.

Dans la justification juste, comme dans la sanctification du juste, tout est grâce. Il n’y a aucune relation de mérite entre ce que fait le croyant et ce qu’il recevra. Les œuvres, comme leur récompense, ne peuvent être saisies que d’une manière filiale et dans la foi.

«Dieu ne nous doit rien à cause de nos œuvres… Elles sont prises de son trésor, où elles étaient longtemps auparavant gardées, car il justifie et régénère ceux qu’il a appelés.»

Nous avons été appelés, créés en Jésus-Christ pour les œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance afin que nous les pratiquions, c’est-à-dire pour la sanctification43. «En lui nous avons tout, en nous rien.»44 «Voilà la vraie artillerie pour abattre toute hautesse.»45

 

Conclusion

 

Ainsi se font, au plus profond du cœur du croyant, «la mélodie et accord entre la justice de Dieu et notre obéissance»46. «La connaissance de Christ est une chose pleine d’efficace et une racine vive, qui ne peut faire qu’elle produise hors de bons fruits.»47

«Comment donc se lèvera un courage à reconnaître et goûter une telle bonté de Dieu, qu’il ne soit pareillement enflambé à l’aimer? Car une telle abondance de douceur, comme est celle que Dieu a cachée à ceux qui le craignent, ne se peut vraiment entendre, qu’elle n’émeuve le cœur.»48

Nous sommes ici placés devant le mystère des rapports de l’éternité et du temps, de Dieu et de ses créatures. Nous croyons que la volonté éternelle de Dieu, sans cesser d’être éternelle, peut susciter des actions dans le temps, comme sa pensée éternelle est capable de contenir des choses temporelles.

 

Dans la justification par la foi, ce n’est pas un acquittement prononcé de toute éternité par Dieu qui parvient enfin à la conscience du pécheur; mais Dieu qui ne change pas agit lui-même lorsqu’il acquitte le pécheur par la foi. C’est aussi de lui – sans qu’il cesse jamais pour cela d’être l’Eternel – que jaillit l’activité de la sanctification qui sera reçue par le fidèle comme une justification par la foi et dont il jouira.

 

Entre cette activité plénière de Dieu dans sa grâce justifiante et sanctifiante, et l’activité propre de l’homme que l’Ecriture et Calvin maintiennent côte à côte, nombreux sont ceux qui ont vu là une contradiction et qui accusent le Christ, Paul, Jean et – pourquoi ne pas le dire? – Calvin de contradictions internes! Nombreux sont ceux qui, pour la tranquillité de leur raison, suppriment l’un des deux termes. Mais c’est alors toute la religion qui change. L’Ecriture, elle, se place bien au-dessus de toutes les conceptions unilatérales. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes pensées sont élevées au-dessus de vos pensées, dit l’Eternel (Es 55). Dieu et l’homme, la religion et la morale, la foi et l’amour, la justification et la sanctification, la prière et les œuvres n’ont, par nature. rien de contradictoire. Seul, le péché de l’homme les oppose. En Christ, notre paix, se trouve leur unité. Dans la vie chrétienne, dans le cœur du fidèle, ils sont réconciliés. Ceux qui sont nés de Dieu deviennent enfants de Dieu, parce qu’ils le sont. Pour eux, cela a un sens de dire: «Deviens ce que tu es!» «Je t’ai créé pour ma gloire!» dit l’Eternel. Il est donc bien raisonnable (il est nécessaire) que, puisqu’il est l’auteur et la source de notre vie, nous la rapportions tout entière à sa gloire49.

«Nous sommes au Seigneur: Vivons et mourons pour Luy. Nous sommes au Seigneur: Que sa volonté donc et sagesse préside en toutes nos actions.

Nous sommes au Seigneur: Que toutes les parties de notre vie soient référées à Luy, comme à leur fin unique.

Ô combien a profité l’homme, lequel, se connaissant n’être pas sien, a ôté la seigneurie et régime de soi-même à sa propre raison, pour la résigner à Dieu.»50


  • P. Marcel (1910-1992) a été pasteur de l’Eglise réformée de France, fondateur en 1950 et pendant plus d’une trentaine d’années éditeur de La Revue réformée. Cet article reproduit le texte de la leçon publique qu’il a donnée à la Faculté de théologie protestante de Montpellier, en avril 1954, et qui a été publié dans La Revue réformée V (1954:4), 1-18.

 

Bible

Croix Huguenote

 

Sermon sur Luc 1.5-10, Opera.Calvini (O.C.) XLVI, 23.

2 Commentaires de Galates 5.6.

3 Institution chrétienne (I.C.) III, III, 1.

4 Acta Syn. Trid. Cum Antidoto, O.C. VII, 448.

5 I.C., III, XI, 2.

6 Ibid., III, XII, 9.

7 Commentaires de 1Thessaloniciens 5.23.

8 Commentaires de Romains 6.8.

9 I.C., III, III, 9.

10 Commentaires de Colossiens 3.10; cf. I.C., III, III, 9.

11 Commentaires de Jean 17.19.

12 Commentaires de 1Corinthiens 1.30.

13 I.C., III, XVI, 1; cf. III, XI, 6.

14 I.C., III, XI, 5.

15 Commentaires de Romains 6.5.

16 I.C., III, III, 14.

17 Commentaires de Jean 17.19.

18 Commentaires d’Ephésiens 2.10.

19 Ibid., 4.24.

20 Commentaires de 1Corinthiens 1.2.

21 Commentaires d’Hébreux 10.14.

22 Commentaires de Romains 6.10.

23 Commentaires de 1Corinthiens 1.2.

24 Commentaires de Galates 4.15.

25 Commentaires de Romains 8.30.

26 Commentaires de Galates 5.6.

27 Cf. Rm 3.24. I.C., III, XI, 5. Catéchisme de Heidelberg, Q. 61.

28 Cf. Catéchisme de Heidelberg, Q. 86.

29 I.C., III, VI, 4.

30 O.C., XXIII, 718/719.

31 Commentaires de Romains 8.30.

32 I.C., III, XIV, 10.

33 I.C., III, XVII, 12. Cf. III, XVII, 5.

34 Commentaires de Jean 2.3.

35 I.C., III, XV, 5.

36 I.C., III, XVII, 12. Commentaires de Jacques 2.

37 Commentaires de 1Thessaloniciens 3.13.

38 I.C., III, XVI, 6.

39 Augustin, Enchiridon, 107.

40 Commentaires de Romains 8.29.

41 Commentaires de Colossiens 3.1.

42 Commentaires d’Ephésiens 2.10.

43 1Th 4.7; Ep 2.10.

44 I.C., III, XV, 5.

45 Commentaires de Philippiens 2.13.

46 I.C., III, VI, 1.

47 Commentaires de 2Pierre 1.8.

48 I.C., III, II, 41.

49 Catéchisme de Genève, Q. 1 et 2.

50 I.C., III, VII, 1.

 

 

 

 

 

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 21:52
Réflexions bibliques sur le pastorat féminin (2)

Réflexions Bibliques

sur le Pastorat féminin

(Suite & fin)

Par Paul Wells,

 

Rôles, autorité et valeur

 

Très souvent, on se réfère à la valeur que Jésus reconnaissait aux femmes ou à leurs dons, comme ceux de prophétie et de service mentionnés dans le livre des Actes, pour conclure que l'enseignement de Paul sur l'autorité de l'«episkopos» doit être transcendé.

 

En effet, refuser l'exercice du ministère d'autorité à la femme ne revient- il pas à considérer celle-ci comme dénuée des qualités nécessaires et donc comme inférieure à l'homme ?

 

Cette question est mal posée car, dans la seconde partie de la bible une différence d'ordre n'implique pas une différence de valeur.

 

De plus, cet argument porte en lui un cléricalisme larvé non-biblique, puisqu'il suggère également que tout homme ayant une responsabilité de direction dans l'Eglise est supérieur aux autres.

 

La Bible s'en prend souvent à ceux qui ont des positions d'autorité politique, sociale ou religieuse en soulignant l'insuffisance de leurs qualités profondes et elle établit un contraste, à cet égard, entre eux et les sans-puissance.

 

L'exhortation de Christ à rechercher non pas l'autorité mais le service ouvre une autre voie.

 

L'apôtre Paul tient en grande estime la femme et son service (Rom 16) tout en s'opposant au pastorat féminin.

 

La valeur que l' on a et l' estime dont on bénéficie n' aboutissent pas nécessairement à l'octroi d'une position d'autorité.

 

W. Edgar souligne la distinction nécessaire entre, d'une part, les dons et les charismes et, d'autre part, la vocation et l'ordre dans l'Eglise.

 

Ce que Paul dit sur le rôle des femmes ne concerne pas leurs capacités, mais sa vision de leur vocation.

 

La question n'est pas de savoir si les femmes ont les capacités pour être pasteurs, mais de discerner si, selon la Bible, c'est leur vocation.

 

Paul répond que les femmes n'ont pas cette vocation.

 

La femme, sans aspirer à devenir responsable de l'Eglise, doit accomplir sa vocation créationnelle de vis-à-vis (qui comprend, mais ne se limite pas, à celle d'épouse et de mère de famille, à laquelle est associée son «salut»: 1 Tim 2.15).

 

La personne de l'«episkopos» doit renforcer le principe fondamental du couple, non le contraire.

 

L'exercice par une femme de l' autorité sur les hommes-époux dans l'Eglise implique un renversement de la structure de responsabilité au sein du couple et des familles de l'Eglise; il dévalorise, en même temps, la maternité des femmes qui sont mères.

 

«Le souci de Paul n'est pas culturel et superficiel. Ce qui se passe dans l'Eglise ne doit pas renverser ou dévaloriser les rôles et donc les relations, enracinés dans la création de Dieu, qui appartiennent respectivement aux hommes -époux et pères -et aux femmes -épouses et mères.» (Barrett dans Evangelical Quarterly, 1989,237)

 

Conclusion

 

Ces textes bibliques n'ont pas pour contexte la culture, mais la création et la christologie.

 

Ils sont donc transculturels et, ainsi, ne se périment pas dans l'Eglise, où l'ordre créationnel n'est pas gommé, mais restauré et purifié.

 

Ils indiquent que le rôle d'autorité et d'enseignement dans le culte public incombe à l'homme et que la femme ne peut pas y accéder sans déshonorer son «chef».

 

Ils ne traitent pas de coutumes locales, mais de traditions qui remontent à Jésus ou, au moins, aux apôtres; ils sont donc d'application générale : pour toute l'Eglise.

 

Ils ne dévalorisent pas la femme, car ils concernent non sa nature, mais sa fonction.

 

Les respecter ouvre, au contraire, la voie à l' exercice d'une diversité de ministères, autres que celui de conducteur-pasteur, qui soient utiles et bienfaisants pour toutes et tous dans l'Eglise.

 

S'écarter de l'enseignement biblique à cet égard me semble grave pour deux raisons :


- ce serait modifier le fondement apostolique de l'Eglise ;


- ce serait permettre que s'établissent de nouvelles structures de relations entre les femmes et les hommes dans les autres domaines de la vie, surtout dans la famille, au sein de laquelle la subordination de la femme n'est rien moins qu'un modèle de comportement christique... comme c'est aussi le cas dans l'Eglise ;


- ma conviction en ce qui concerne le pastorat féminin est fondée sur trois textes, interprétés selon l'analogie avec d'autres textes bibliques (avant tout ceux de la Genèse, Ephésiens 5 et 1 Pierre 3.1- 7) traitant le rapport créationnel homme-femme et la nature du ministère consacré.

 

Ce fondement, s'il peut sembler mince, est néanmoins largement suffisant.

 

Aucun texte sur le ministère dans l'Eglise permettant aux femmes de devenir anciens-enseignants ne lui est, en effet, opposable.

 

Est-il permis de modifier les structures de l'Eglise sans une raison biblique explicite (voir 1 Corinthiens 14.36-38)?

 

Arguer du silence de l'Ecriture sur le pastorat féminin ne revient-il pas à supposer que celle-ci est insuffisante sur ce sujet ?

 

Pouvons-nous remplacer son message explicite pour des raisons «culturelles et sociologiques» , finalement très faibles, sans contrecarrer l'autorité de l' Ecriture sur ce point ?

 

N'est-ce pas en adoptant une herméneutique relativiste sur une question que nous nous ouvrons au pluralisme sur toutes les autres ?

 

Paul Wells,

Paul Wells

 

Bible

Croix Huguenote

 

 


Source : Promesses

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 20:50
Réflexions bibliques sur le pastorat féminin (1)

Réflexions Bibliques

sur le Pastorat féminin

(1ère Partie)

Par Paul Wells,

 

Comme W. Edgar l'a indiqué dans son article de la Revue Réformée (1990/1 ), la question du pastorat féminin est complexe, car elle exige la prise en considération de nombreux éléments imbriqués entre eux.

 

Le danger est de commettre des erreurs de classement en affectant un élément à une autre catégorie que la sienne et, ainsi, de lui reconnaître une fonction indue.

 

Tel est souvent le cas pour Galates 3.28: Il n 'y a plus ni homme ni femme..., texte qui traite du statut des fils de Dieu par la foi (3.25) et non pas de la structure ministérielle dans l'Eglise; cette dernière interprétation suppose, en effet, que ce verset soit extrait de son contexte.

 

Questions méthodologiques

 

Comment aborder les textes spécifiques de la seconde partie de la Bible qui semblent -c'est du moins ainsi que la tradition de l'Eglise l'a compris -ne pas admettre la femme aux offices de pasteur et de conducteur d'Eglise ?

 

La plupart des avis émis sur le pastorat féminin s'appuient sur des principes généraux.

 

Par exemple, on peut entendre des arguments en faveur du pastorat féminin qui font référence :


- à l'égalité de l'homme et de la femme,


- au changement intervenu dans la conception de l'autorité depuis l'époque apostolique,


- au scandale que commet une Eglise en n'acceptant pas que des femmes accèdent aux postes de responsabilité alors qu'elles le peuvent partout dans la société,


- à la nature de l'Eglise qui doit être conforme au Royaume à venir et non au monde avec ses pratiques humaines...

 

Ainsi l'on affirme :


a) que les textes spécifiques de la seconde partie Biblique n'interdisent pas le pastorat féminin, comme on l'a pensé.

 

Mais affirmer n'est pas prouver : la charge de la preuve appartient, comme il est normal, à ceux qui veulent innover et non à ceux qui ne le souhaitent pas.

 

Il faut montrer que les textes qui parlent du rôle de la femme dans l'Eglise signifient le contraire de ce que l'on a pensé jusqu'ici ;


b) que l'apôtre est bien de son époque ou, autrement dit, que l'esprit de son temps a façonné sa mentalité en ce qui concerne le ministère de la femme.

 

Cette dernière affirmation n' est pas sans implication sur le statut de l'Ecriture et son autorité ; elle infère qu'il y a dans l'Ecriture des principes généraux qui ne s' appliquent pas dans certains cas, ou même qui sont en conflit avec certains textes particuliers.

 

Le particulier est, en conséquence, mis de côté au profit du principe général qui, lui, exprimerait l'esprit de l'Evangile.

 

En d'autres termes, concrètement, un aspect de l'enseignement biblique est sélectionnée par l'interprète et devient sa grille de lecture.

 

c) que le relativisme culturel est décisif. De même que l'Ecriture se conforme à son époque, nous devons aussi nous y conformer.

 

Cet argument est à double tranchant !

 

Qu'arriverait-il si s'instaurait une nouvelle «époque victorienne» accordant à la femme un rôle opposé à celui que nous lui connaissons aujourd'hui ?

 

J'ai peine à croire, que la plupart des partisans actuels du ministère pastoral de la femme suivraient cette évolution pour cause de relativisme culturel.

 

Ils maintiendraient le pastorat féminin.

 

Alors, pourquoi l'apôtre n'aurait-il pas pu être fidèle à son «principe fondamental» de l'égalité, contre l'esprit de son époque, si d'autres peuvent l'être ?

 

Ceci met bien en évidence que les arguments culturels, ou de contextualisation, ne sont pas déterminants dans cette discussion.

 

Le fond du problème est ailleurs et correspond à l'idée qu'il y a une contradiction, une inconséquence ou une non-application pratique des principes généraux dans l'Ecriture ou chez Paul.

 

Il y a, sans doute, une part de vérité dans la référence qui est ainsi faite à ces principes.

 

Il est certain que, comme point de départ dans un débat, les textes de la Seconde Partie Biblique qui traitent du ministère et, en particulier, du rôle ministériel de la femme, peuvent sembler peu plausibles.

 

Cependant, il convient de veiller à ne pas utiliser les principes énumérés ci-dessus de telle manière que soient mises de côté, que soient obscurcies ou contredites les affirmations claires des textes sur la nature du ministère dans l'Eglise.

 

Ce sont ces derniers textes, et non pas des principes généraux mal utilisés, puisqu'en contradiction apparente avec eux, qui doivent déterminer notre point de vue.

 

En effet, quand on commence avec des considérations générales pour les appliquer par la suite à ce qui parle spécifiquement du ministère, on interprète ces textes dans une lumière qui n'est pas naturelle.

 

1. Comment savons-nous quel aspect de la «contradiction» de l'apôtre( ou de l'Ecriture ) est le plus conforme à l'Evangile ?

 

L'apôtre se réfère au principe en Christ aussi bien quand il affirme l'égalité de l'homme et de la femme en Galates 3.26, que lorsqu'il évoque la subordination de la femme à l' homme en Ephésiens 5.

 

L'apôtre semble penser que les deux réalités sont en accord avec l'Evangile.

 

2. De quelle nature est l'autorité de l'Ecriture dans cette démarche ?

 

Elle est comme annulée et le principe de l'analogie de la foi est rejeté.

 

Si nous choisissons nous-mêmes quelle partie ou quel principe biblique nous voulons respecter, nous supplantons l'Ecriture et nous nous arrogeons son autorité.

 

Ainsi, la vraie question, dans le débat sur le ministère de la femme, n'est pas celle de la culture ou du contexte social, mais celle de l'autorité même de l'Ecriture dans notre herméneutique.

 

L'enjeu de cette question déborde largement le sujet de cet exposé et s'étend, par exemple, à la sexualité, à la famille ou au rôle de l'Etat.

 

Approche herméneutique des textes

 

 

En 1 Corinthiens 11.5, Paul évoque les femmes qui prient et qui prophétisent et, en 1 Corinthiens 14.34-35, il leur impose la règle du silence, comme aussi en 1 Timothée 2.11-12.

 

Pourquoi cette interdiction, si une femme peut prophétiser ?

 

Le premier texte a été utilisé en faveur du ministère pastoral de la femme et le deuxième à son encontre.

 

Cette contradiction apparente est placée dans la même épître :


- elle ne peut donc pas s'expliquer en alléguant l'origine non-paulinienne du texte comme on le fait pour la première épître à Timothée ;


- elle ne peut pas l'être non plus en disant que l'apôtre traite de situations et de coutumes locales différentes.

 

Dans les deux cas, il est question de la prophétie et l'apôtre indique une pratique uniforme dans les Eglises (11.16 et 14.33).

 

De même, en 14.34, Paul se réfère à la LOI en général, chose inhabituelle pour lui, comme il le fait, de façon plus spécifique, en 11.8-9.

 

L'enseignement est universel et non local, avec des références à «tout homme» et à «toute femme» et à ce qui est «malséant» dans l'Eglise (11.4-5; 14.35).

 

Quel rapport y a-t:.il entre les deux passages de I Corinthiens ?

 

Les parallèles indiquent que les deux passages traitent la même question.

 

Il me semble que le texte du ch. 14.34-35 expose brièvement ce que l'apôtre a développé de façon détaillée en I Corinthiens Il.

 

Aussi discerner un conflit entre les deux est-il le signe d'une mauvaise lecture.

 

Quelles règles herméneutiques convient-il d'appliquer ?


- I Corinthiens 14 est soutenu par I Timothée 2, ce qui lui donne, sur I Corinthiens Il, préséance de «poids» dans l'interprétation ;


- I Corinthiens 14 est plus clair que I Corinthiens 11, dont la lecture est très difficile ;


- I Corinthiens 11 doit donc être abordé à la lumière du ch. 14, et non le contraire.

 


Le rapport entre I Timothée 2.9-15 et I Corinthiens 14 et 11.

 

Dans le premier texte, l' apôtre dit à Timothée comment il doit conduire une réunion publique dans l'Eglise.

 

Son instruction concerne non seulement l'Eglise d'Ephèse, mais l'Eglise partout (2.1, 8).

 

1 Timothée 2.9-15 se réfère ainsi au culte public.  

 

Si tel n'était pas le cas, il y aurait une contradiction avec 1 Corinthiens 14, où l'apôtre distingue entre le silence à observer dans les assemblées et la discussion ailleurs, en particulier, à la maison.

 

La prière dans le culte est conduite par un homme (aner).

 

Ces indications sont données avant l'enseignement relatif à la fonction de «1'episkopos» qui doit être le mari d'une seule femme et qui prend soin de l'Eglise de Dieu, l'assemblée (3.5).

 

Qu'apprend-on au sujet des femmes ?

 

- en premier lieu, leur statut social est indiqué.

 

Il s'agit de femmes riches, qui pouvaient prétendre, en Asie Mineure, obtenir des positions importantes dans la société, y compris celle de grand prêtre du culte impérial, position occupée aussi par des hommes.

 

Dans nos sociétés modernes, les distinctions s'expriment en termes de nation, de race et de sexe, principalement, alors que, dans l'antiquité, elles concernaient la classe sociale et la richesse.

 

- à ces femmes riches (voir aussi 1 Pi 3.3), de position sociale peut-être plus élevée que l'episkopos, l'apôtre donne des indications précises :


a : que la femme s'instruise en silence en toute soumission


b . je ne permets pas à la femme d'enseigner


c. ni de prendre autorité sur l'homme


d. mais qu'elle demeure dans le silence.


e. Car Adam... (la raison est donnée).


- l'attitude de la femme doit être celle d'un esprit paisible (hesychia), ouvert à l'instruction, ce qui est bien différent de l'observation du «silence» pour lui- même.

 

Vis-à-vis de qui doit-elle faire preuve d'une entière soumission ? De son mari ou de l'enseignant?

 

Dans le cadre du culte, dont il est question ici, il s'agit de celui qui est apte à l'enseignement (2.12 et 3.2).

 

La femme, quant à elle, ne doit pas enseigner; cette fonction est, dans les épîtres de Paul, celle de l'ancien (I Tim 4.11; 2 Tim 2; Tite 1.5, 9).

 

«Didaktikos» est quasiment synonyme de «presbyteros» et «d'episkopos».

 

Ceci nous conduit à estimer que la femme ne doit pas enseigner, comme ancien, au sens de conducteur de l'assemblée, celui qui officie dans le culte public.

 

Ce serait exercer une autorité sur l'homme dans l'Eglise. (J'imagine que, dans l'Eglise d'Ephèse, il y avait des femmes de culture élevée qui, occupant une position sociale importante, pensaient pouvoir accéder à cette charge).

 

Venons-en à I Corinthiens 14 et 11.

 

Le chapitre 11 a deux parties.

 

Dans les versets 1 et 2, Paul loue les Corinthiens d'avoir suivi ses recommandations.

 

A partir du v.17, en revanche, il s'y refuse, car ils ne l'ont pas fait.

 

Nous voyons ainsi l'apôtre aborder le même sujet de façon négative et positive.

 

Ce chapitre 11 marque le commencement d'une nouvelle section dans l'épître.

 

La deuxième partie du ch. 11 concerne le culte public, comme aussi les ch. 12- 14.

 

La première partie du chapitre traite aussi du culte et des attitudes d' hommes et de femmes dans l'assemblée.

 

Le verset 2 parle de «traditions» et, à la lumière de 11.1 et de 11.23, nous comprenons qu'il s'agit de traditions dont l'origine remonte à la pratique et à l'enseignement de Jésus.

 

C'est pour cette raison que l'apôtre ne reconnaît aucune autre coutume dans l'Eglise (11.16).

 

Comment comprendre le parler de 14.34 et 35 ?

 

Trois solutions sont possibles :


a) ou bien l'apôtre interdit aux femmes de prendre la parole sous quelque forme que ce soit : langue, prophétie ou prière.

 

La difficulté réside, ici, dans le fait que le désir de parler en langues ou de prophétiser est général, commun à tous et autorisé pour tous.


b) ou bien l'action de parler est un bavardage des femmes dans l'assemblée.

 

Mais cette acception du mot n'existe que dans le grec classique et jamais dans celui de la seconde partie de la bible.


c) ou bien le parler en question est spécifique, lié à l'exercice de l'autorité dans l'assemblée et correspond à l'enseignement dispensé au cours du culte public devant toute l'Eglise assemblée.

 

Au ch. 14, Paul fait allusion au ch. 11.

 

1 Timothée 2 et 1 Corinthiens 11 parlent du culte de l'Eglise.

 

Dans 1 Timothée 2 et 3, la femme ne doit pas occuper la charge «d'episkopos-didaktikos», assumer l'office de celui qui conduit l' assemblée dans la prière, la prophétie et l'instruction.

 

Le fait que l'apôtre fait référence à la soumission et à la loi dans 1 Corinthiens 14 indique que son argument concerne non pas n'importe quelle façon de parler, mais le fait de parler quand on a une position de responsabilité (ou d'autorité).

 

Ceci ne veut pas dire, bien sûr, que la femme ne peut pas prier ou prophétiser.

 

La restriction concerne ces fonctions exercées officiellement par le responsable de l'assemblée.

 

Si tous peuvent prophétiser selon 1 Corinthiens 14.23- 24, il s'agit ici d'un charisme donné à tous et qui n'implique pas une position d'autorité dans l'assemblée.

 

14.33b renvoie à 11.16 et aux traditions établies (voir aussi la question rhétorique dans 14.36).

 

Dans ce cas, le silence des femmes indique non les charismes, mais la charge de conduire l'assemblée.

 

Interprétation de l Corinthiens 11 à la lumière de 1 Corinthiens 14

 

Comment comprendre la complémentarité des chapitres Il et 14 de I Corinthiens ?


- L'apôtre expose tout d'abord des principes généraux d'autorité : Christ-homme; homme-femme (3).


- La suite développe ce point.

 

L'homme ne doit pas nier son autorité principale en dissimulant son chef, sa tête, matériellement.

 

Quand il prie et prophétise, il occupe une position d'autorité, de chef.  

 

Ainsi prier et prophétiser sont des fonctions d'autorité, liées au rapport Christ-homme I homme-femme qui nécessitent un chef non-couvert (4).

 

- Si une femme occupait une telle position, elle devrait se présenter le chef non couvert (5).

 

Mais cela serait refuser l'autorité de l'homme (voir Nom 5.18).

 

Cela équivaut à être rasée ; cela déshonore la femme (pensons au sort des collaboratrices des nazis à la Libération).

 

Dire que la femme ne doit pas avoir la tête découverte revient à dire qu'elle ne doit ni prier, ni prophétiser en occupant une position de responsabilité à la place de l'homme.

 

Ce serait renverser l' ordre homme-femme du v.3.


- A partir du v. 7, l' apôtre aborde la même question d'un autre point de vue.

 

Au commencement, l'homme a été créé pour occuper une position de responsabilité, comme image de Dieu (8,9).

 

La femme, elle aussi image de Dieu, à titre égal, a été créée comme vis- à-vis de l'homme et l'exercice de sa responsabilité est seconde par rapport à celle de l'homme (10).

 

Au plan humain, ceci reflète la structure «Dieu-Christ» qui existe en Dieu.

 

Cependant l'apôtre n'ignore pas que, depuis la Chute, le danger de la tyrannie masculine existe et, pour cette raison, il affirme (11) que l'homme n'est pas sans la femme, comme le Père n'est pas sans Christ.

 

Egalité de nature, diversité de fonctions et de rôles sont à l'ordre du jour...


- au v. 13, l'apôtre revient à son propos principal.

 

Le rapport homme-femme est créationnel.

 

La nature pour Paul indique toujours un ordre de création.

 

Il n'est pas naturel pour la femme de se présenter le chef non-couvert, c'est- à-dire de prier ou prophétiser avec autorité comme le fait l'homme-responsable de l'assemblée.

 

Les cheveux longs, non déliés, lui servent de couverture naturelle (ce voile n'est pas un foulard mais plutôt un chignon. Il est très peu probable que, dans les cités grecques, les femmes aient porté le voile oriental).


- l'ensemble de ce passage s'accorde bien avec le ch. 14 où Paul expose les règles à observer pour parler dans l'assemblée.

 

Tous peuvent parler selon leur charisme; mais la femme doit se taire, c'est- à-dire, ne pas parler comme si elle était un officiant: ce serait une marque d'insoumission (14.34).

 

Les raisons de l'apôtre Paul

 

Les textes examinés se réfèrent à la Genèse.

 

Si l'on prétend que l'apôtre argumente ainsi en raison de son époque, selon une conception révolue de l'autorité, que ses enseignements sont de circonstance ou qu'il a mal compris la Genèse, on oublie quelle est sa raison fondamentale.

 

Si l' apôtre avait recommandé aux femmes de rester dans le silence sans donner de raison, il aurait été possible, à la limite, de considérer ses paroles comme circonstancielles, mais tel n'est pas le cas: il s'exprime en faisant référence à la création :


- en 1 Corinthiens 11v.8-9, il évoque l'ordre et le but de la création de la femme ;


- en 1 Timothée 2.13-14, il rappelle que l'homme a été formé le premier et que la femme a été séduite et non l'homme.

 

Le parallèle est évident.

 

L'apôtre se réfère non seulement à la chute mais à l'intention de Dieu à l'origine.

 

Ces modèles sont considérés comme valables pour l'ordre de l'Eglise.

 

Quelle importance ces textes bibliques ont-ils pour la notion de l'autorité dans l'Eglise ?


- Dieu est le chef du Christ incarné, comme l'homme est le chef de la femme.

 

Il y a une dépendance mutuelle, mais aussi un ordre.

 

Le principe de «primauté» est le fondement de l'autorité.

 

La restauration après la chute inclut également celle de la primauté de l'homme (Gen 3.16,20).

 

En conséquence, si une femme exerce l'autorité sur l'homme, elle fait abstraction du principe créationnel et celui de la restauration institués par Dieu, c'est-à-dire de sa fonction même.


- Le fait qu'Eve et non Adam ait péché est accessoire.  

 

Adam a été formé le premier... et il n'a pas été séduit. ..

 

La séduction à laquelle Eve a succombé n'est pas le signe d'une faiblesse féminine, mais l' expression d'un renversement de la structure d'autorité établie par Dieu et fondée sur la primauté de l'homme.

 

Voilà pourquoi l'apôtre parle du péché d'Adam ; c'est Adam qui assume la responsabilité du couple.

 

L'apôtre considère que la structure d'autorité instaurée à la création est valable pour l'Eglise; elle doit être adoptée et transformée par la grâce de Christ, aussi bien au sein du peuple de Dieu que dans le couple chrétien.

 

Le modèle de l'incarnation Dieu-Christ complète le modèle de la création (11.3 et 8).

 

Le rapport homme- femme relève des deux.(...)

 

Suite & fin

 

 

 

 

bible (5)

Croix Huguenote

 

 

Source : Promesses

 

 

 

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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 16:46
Eglise reste tranquille !

Eglise, Reste Tranquille !

 

L’Eglise serait en peu de temps guérie de ses chagrins, et délivrée de ses divisions, si elle voulait un instant rester dans le silence ; mais certains écoutent la voix d’un enseignant favori, et d’autres la voix d’un autre maître en Israël, et ainsi la voix de Dieu se perd au milieu de la clameur des sectes et le tumulte des partis.

 

Oh, que l’Eglise s’asseye aux pieds de Jésus, laisse de côté ses préjugés, et prenne la Parole dans sa simplicité et avec intégrité, et accepte ce que seul le Seigneur Dieu déclare être la vérité.

 

J’invite les membres de cette Eglise, et je recommande aux membres de toutes les églises de s’arranger pour faire la chose suivante : que nous criions à Dieu pour demander un silence béni dans Sa Présence, jusqu’à ce que nous nous asseyions comme des serviteurs attendant la parole du Maître, et que nous nous tenions comme des sentinelles attendant la venue du Maître.

 

Seigneur, envoie ce silence solennel sur tout Ton peuple.

 

Des paroles, des paroles, des paroles : nous disons tant de paroles, et elles sont vaines comme la balle, mais où est LA PAROLE qui au commencement était Dieu et était avec Dieu ?

 

Cette Parole est la semence vivante et incorruptible.

 

Nous désirons moins de paroles de l’homme, et plus de Lui qui est la Parole même de Dieu.

 

TAISEZ-VOUS et laissez Jésus parler.

 

Laissez Ses blessures vous parler : laissez Sa mort vous parler ; laissez Sa résurrection vous parler ; laissez Son ascension et Sa gloire qui en découle vous parler, et laissez la trompette de Sa seconde venue résonner dans vos oreilles.

 

Vous ne pouvez pas entendre la musique de ces choses glorieuses à cause du bruit de ferraille des roues de soucis et à cause de la vaine chamaillerie teintée de sagesse propre faite d’arguments.

 

Restez dans le silence, afin que vous entendiez la voix de Jésus, car quand Il parle vos forces se renouvelleront. L’Esprit éternel est avec Son peuple, mais Sa puissance nous fait souvent défaut parce que nous prêtons plus l’oreille à d’autres voix que la Sienne, et très souvent notre propre voix constitue une offense à nos yeux, car elle est entendue quand nous ne recevons aucun message de la part du Seigneur, et par conséquent elle rend un son confus.

 

Si nous pouvions nous attendre à l’Esprit béni, Sa mystérieuse influence nous gouvernerait bien divinement, et nous serions remplis de toute la plénitude de Dieu.

 

Nos forces seraient renouvelées, si dans le silence nous abandonnions à Dieu toute notre sagesse et toutes nos forces propres.

 

Frères, jamais ne suis-je plus rempli que lorsque je suis vide ; je n’ai jamais été aussi fort que dans l’extrémité de la faiblesse.

 

La source de notre pire faiblesse est notre force naturelle, et la source de notre pire folie est notre sagesse personnelle.

 

Seigneur, aide-nous à rester tranquilles jusqu’à ce que nous nous soyons abandonnés nous-mêmes, jusqu’à ce que nous disions :

 

Seigneur, notre façon de travailler ne peut pas se comparer avec Tes façons de procéder ; enseigne-moi comment travailler ; Seigneur, nos jugements sont faibles comparés à Ton jugement parfait; nous sommes fous, sois notre enseignant et notre guide en toutes choses. Extirpe loin de nous notre force illusoire, et rends-nous comme des personnes sans colonne vertébrale, car c’est à partir d’un Jacob, une personne sans armatures, que tu façonneras un nouvel instrument combatif, qui soulèvera des montagnes. Après ce triage, Tu nous renouvelleras les forces.

 

Gardez silence, vous les saints, jusqu’à ce que vous sentiez votre folie et votre faiblesse, et alors soyez renouvelés dans vos forces en vous élançant vous-mêmes sur la force de Dieu.

 

Plus que jamais, laissez vos âmes au plus profond de vous se remplir de la confiance dans le Bras qui ne faillit jamais, la Main qui ne perd jamais de sa délicatesse, l’Œil qui ne se ferme jamais, le Cœur qui ne vacille jamais.

 

Ayez confiance en Jésus.

spurgeon

Charles Haddon Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

 

Bible

Croix Huguenote

 

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 18:48
Les Droits du Maître

Le Maître !

 

Ce mot paraît odieux à bien des gens, et il ne résonne agréablement aux oreilles de personne.

 

Notre cœur indompté ne veut pas reconnaître d'autorité supérieure ; il ne veut d'autres maîtres que ceux dont il lui est loisible de changer à son gré.

 

Ceux qui, au nom d'une fausse science et d'une vaine philosophie, parlent aux hommes d'indépendance absolue, sont sûrs de plaire à la foule.

 

Et la raison pour laquelle l'Évangile est si peu populaire, malgré son libéralisme et l'élévation de sa morale, c'est que l'Évangile reconnaît et proclame les droits du Maître.

 

Les hommes ne savent pas ou ne veulent pas voir que l'obéissance à des forces supérieures et invisibles est un axiome, un fait auquel on n'échappe pas.

 

Donnons-lui le nom que nous voudrions, appelons-le Hasard, Fatalité, Destin, il n'en demeure pas moins vrai que quelque chose est plus fort que nous, plus fort que tout et que tous.

 

Mais ce Maître souverain n'est point une force anonyme, arbitraire et inconsciente.

 

Il n'y a pas de fatalité. Nous ne sommes pas les jouets de forces aveugles.

 

 

Il y a un Maître sans doute, mais ce Maître est un PERE, et tout ce qu'il fait, même ce qui nous paraît le plus cruel, a une raison bienveillante.

 

En un mot, il fait notre éducation.

 

Dans ses colères apparentes, même les plus terribles, il ne brise rien que ce qui devait être brisé nécessairement ; il respecte ce qui doit durer, ce qui vaut la peine d'être conservé.

 

Que dis-je ? Il ne détruit l'apparence des choses que pour mettre en évidence leur réalité et préparer leur perfection.

 

Soumettons-nous donc de bon cœur à ce Maître, qui nous a prouvé son amour en s'imposant à lui-même la plus dure souffrance, puisqu'il a donné son Fils pour sauver notre âme et celle de nos enfants !

 

 

Rubben Saillens,

Bible 2010

Croix Huguenote

 

"Je serai pour vous un père,

et vous serez pour moi des fils et des filles."
 2 Corinthiens 6:18.

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"Comme un père a compassion de ses enfants,

L’Éternel a compassion de ceux qui le craignent."
 Psaumes 103:13.

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23.jpg

 

"Le père des orphelins, le défenseur des veuves,

C’est Dieu dans sa demeure sainte."

Psaumes 68:5

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"Car l’Éternel exhorte celui qu’il aime,

comme un père le fils qu’il chérit."

Proverbes 3:12

 

paysa011

 

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 18:15
Le Plan de Dieu (Dernière partie)

Le Plan de Dieu

Pasteur Adolphe Monod,

 

« Je connais, ô Éternel,

que la voie de l'homme

ne dépend pas de lui,

et qu'il n'est pas au pouvoir

de l'homme qui marche

de diriger ses pas. »

(JÉRÉMIE X, 23.)

TEXTES PARALLÈLES 

« Les pas de l'homme sont conduits par l'Éternel, et il prend plaisir à ses voies. » (Ps. XXXVII, 23.)
« Le coeur de l'homme délibère de sa voie, mais l'Éternel conduit ses pas. » (Prov. XVI, 9.)
« Les pas de l'homme sont de par l'Éternel : continent donc l'homme entendra-t-il sa voie ? » (Prov. XX, 24).

 

 

Quelle vie a été plus dominée, plus pénétrée, hélas ! Plus déchirée par le plan de Dieu, que celle de Jésus ?

 

Mais, où trouver un sentiment plus constant ou plus profond d'ordre et de paix  

« qu'en Jésus-Christ, et en Lui crucifié ? »

 

Il suffit au Fils bien-aimé de savoir que les plans miséricordieux du Père s'accomplissent dans sa personne.

 

Que s'Il entre dans ce plan de le faire souffrir comme jamais homme n'a souffert, Il se soutient en se disant à Lui-même :

 

C'est pour cela que je suis venu (32).

 

Ce mot qu'Il prononce en finissant :

 

« J'ai achevé l'oeuvre que tu m'as donnée à faire (33, ce mot seul explique tout.

 

Qu'importe alors qu'Il meure sur une croix, qu'Il meure à la fleur de l'âge, qu'Il meure sans laisser ses disciples affermis, qu'Il meure avant d'avoir terminé son oeuvre ?

 

Ce n'est pas Son oeuvre qu'Il est venu faire, c'est celle de Son Père ; cette oeuvre-là, elle est accomplie, ou le Père ne le retirerait pas encore.

 

Le quelque chose qui meurt en Chénier est terrestre, passager, peut-être personnel ; le quelque chose qui meurt en Jésus, c'est le Salut du, monde, c'est la Fondation du royaume des cieux, c'est la prophétie vérifiée, c'est le serpent écrasé, c'est le rétablissement de toutes choses.

 

Aussi, ce quelque chose qui meurt, ne meurt pas ; tous ces germes ne se voilent que pour se déposer dans le sein du Père, comme dans une terre féconde qui rendra avec les usures ce :

 

« Père, Je remets Mon esprit entre tes mains. »

 

L'heure de la croix, heure de bouleversement, de confusion et de ténèbres, dans la région des plans humains, est, dans la région du Plan Divin, l'heure de l'Ordre, de l'Harmonie et de la Délivrance : « Tout est accompli. »

Mais s'il n'y a de paix que dans l'ordre, il n'y a de vie que dans la liberté.

 

Eh bien, dans la ligne de conduite dont nous trouvons le précepte dans mon texte et l'exemple en Jésus, nous nous sentirons en même temps dans la liberté, parce que, tout en accomplissant le plan de Dieu, nous accomplirons aussi notre propre plan, que nous aurons conformé au Sien.

 

Ce n'est pas là la liberté absolue, d'accord ; mais c'est toute la liberté à laquelle la créature peut prétendre.

 

Cette liberté absolue, qui consiste à accomplir ce qu'on veut, sans se régler sur personne, ni rendre compte à personne, elle n'appartient qu'à Dieu seul ; et l'unique liberté dont nous soyons capables consiste à mettre dans nos intérêts cette Liberté Divine, que nous aurons contre nous, si nous poursuivons un plan indépendant, et pour nous, si nous nous en tenons au plan de Dieu.

 

Prétendons-nous à une liberté plus haute que celle qui est proposée ?

 

Voulons-sous être indépendant, même de Dieu, et accomplir notre plan personnel ?

 

Essayons, j'y consens.

 

Il demeure vrai, cependant, « qu'il n'y a ni conseil, ni force, ni sagesse, qui puisse tenir tête à l'Éternel (34). »

 

Eh bien, quand notre plan et celui de Dieu se rencontreront et se heurteront, ce qui ne peut manquer d'arriver s'ils sont indépendants l'un de l'autre, lequel des deux, je vous le demande, sera arrêté, froissé, réduit en poudre par l'autre ?

 

Est-ce là la liberté que nous revendiquerions ?

 

Qu'un stoïcien s'en contente, ou qu'il feigne de s'en contenter, je le conçois; mais un chrétien ?...

 

C'est la liberté « du cheval et du mulet auxquels il faut emmuseler la bouche avec un mors et un frein, de peur qu'ils ne s'approchent vous (35); »

 

ou,

 

Si cette image effarouche notre délicatesse, c'est la liberté d'un enfant indiscipliné, qui se joue imprudemment sur la voie ferrée, où déjà court derrière lui, avec le bruit du tonnerre, la lumière de l'éclair et la rapidité de la foudre, le convoi qui va le balayer et le mettre en pièces, en gémissant à sa manière, mais sans pouvoir suspendre sa marche, qui est la marche du siècle, des hommes, des choses, de tout et de tous.

Notre liberté véritable datera du jour où, reconnaissant « qu'il vous sied mal de regimber contre l'aiguillon, » nous accepterons le Plan Divin.

 

Nous nous l'approprierons, nous le ferons nôtre, non en fataliste, par nécessité, mais en Chrétien, par amour.

 

Nous parlons improprement, ou tout au moins incomplètement, quand nous appelons cela sacrifier notre plan, renoncer à notre volonté.

 

Subordonner notre plan au plan divin, c'est moins le sacrifier que le sauver : car nous commençons à exécuter notre plan, quand nous l'unissons à ce Pplan Suprême qui s'exécute toujours.

 

Conformer notre volonté à la Volonté Divine, c'est moins y renoncer que Lui tout soumettre: car nous commençons à faire ce que nous voulons, quand nous voulons ce que veut Celui qui peut Tout ce qu'Il veut.

 

Si cette subordination de notre plan au Sien pouvait être parfaite et cette conformité de notre volonté avec la Sienne entière, il ne nous en faudrait pas davantage pour être aussi infaillibles dans nos desseins que l'est Dieu lui-même, selon cette pensée profonde de Jésus-Christ :

 

« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voulez, et il vous sera fait (36). »

Ceci tient aux plus intimes profondeurs de l'Évangile.

 

Dieu a traité alliance avec nous, non comme un Maître avec son esclave, mais comme un Père avec son fils, qu'Il n'assujettit pas à Ses Desseins, mais qu'Il y associe.

 

C'est en fils que Jésus adopte les Desseins de Dieu sur Lui, et qu'Il nous invite à adopter Ses Desseins sur nous ; en fils.

 

Voilà le mot de l'énigme, parce que c'est à la fois le mot de la soumission et celui de l'amour; en fils, Un avec son Père, et qui est d'autant plus dans Sa Nature et dans Son Esprit Propre, qu'Il est plus dans la Nature et dans l'Esprit Paternel; en Fils, et c'en est assez pour que la Dépendance se confonde avec La Liberté.

 

Voyons cet esclave, attaché par le commandement et retenu par la crainte auprès d'un maître infirme, dont l'état réclame les soins les plus pénibles, et tout ensemble capricieux, irritable, dont l'air sombre fait peser d'un double poids les fers de la servitude.

 

Avec quel sentiment de nécessité cruelle le malheureux traîne sa captivité, avec quelle impatience homicide il soupire en lui-même après le terme fatal qui doit lui ouvrir sa prison, avec quelle secrète envie il regarde l'oiseau qui vole de rameau en rameau, en chantant sous le feuillage l'hymne de sa joie, ou bien de ses douleurs.

 

Ne changeons à ce tableau qu'un seul trait  : au lieu d'un esclave, mettons un fils.

 

N'est-il pas vrai que ce fils ne céderait à aucun autre le triste privilège des soins qu'il rend à son père ; qu'il y trouve un je ne sais quel charme, qui se proportionne à leur amertume ; qu'il ne peut songer qu'avec effroi au jour prochain où la fin de son cher malade va lui rendre à lui-même une indépendance, qui lui pèsera durant le reste de ses jours ?...

 

Que sera-ce donc si la volonté de son père est la bonté, la sagesse, la sainteté même ?

 

Si son service est le besoin du coeur, et la loi de la conscience ?

 

Si le père qui commande est le Père céleste, et le fils qui obéit l'enfant de Dieu en Jésus-Christ ?

 

Quel spectacle plus grand, de liberté trouverait-on sur la terre, en attendant cet autre séjour où toutes les barrières auront été enlevées, pour faire place à la Liberté Parfaite par l'Amour Infini ?

Au reste, ce spectacle, nous n'avons rien à attendre pour le contempler en Jésus, ce Fils unique et bien-aimé.

 

Qu'y a-t-il jamais eu au monde de plus docile, de plus soumis, de plus acquiesçant au plan de Dieu, que la vie de Jésus ?

 

Mais qu'y a-t-il eu au monde de plus personnel, de plus individuel, de plus libre ?

 

D'autant plus soi qu'Il est plus Un avec le Père, l'oserai-je dire ?

 

D'autant plus homme qu'il est plus Dieu, Jésus résout dans Sa Personne le problème de la liberté sans limites par la conformité sans réserve, et se montre à la terre ce qu'elle a vu de plus silencieux, de plus dépouillé, de plus pliant devant les desseins paternels, et tout ensemble ce qu'elle a vu de plus vivant, de plus énergique, de plus fortement empreint dans toute l'histoire des hommes.

 

Comment cela ? Par l'amour filial

 

Jésus ne sacrifie pas son plan, Il le réalise dans celui de Dieu ;

 

Il n'abandonne pas sa volonté, il l'accomplit dans celle de Dieu; libre parce qu'il est Fils, et faisant part de sa liberté à quiconque reçoit de Lui « l'esprit d'adoption, par lequel nous crions Abba, c'est-à-dire Père (37) ! »

Mais au reste, pour être conforme à l'ordre et à la liberté, ce qui est demandé n'en coûte pas moins à la volonté propre, à la gloire propre, à la force propre, à la justice propre, à l'homme naturel tout entier.

 

Oui, il en coûte, et plus que nous ne pensons peut-être, vous ou moi, faute d'avoir sérieusement essayé de ce renoncement sans restriction : c'est le grand sacrifice, c'est la crucifixion de la Vie Chrétienne.

 

Eh bien cette crucifixion s'apprend de Jésus-Christ crucifié.

 

Placons-nous devant cette croix sur laquelle Jésus a tout souffert et tout accompli, pour se conformer à la volonté du Père, et il n'y aura plus rien dans les plans divins que nous refuserions ou d'accomplir ou de souffrir.

 

Si la croix de Jésus-Christ ne nous a point appris cela, elle ne nous a rien appris; et pour peu qu'il y ait en nous une étincelle de Foi Chrétienne et de Vie Chrétienne, notre coeur, loin de résister à la doctrine de mon texte, ira au-devant d'elle avec une sainte jalousie.

 

Réaliser le Plan Divin, soit qu'Il pénètre les nôtres pour s'unir à eux, soit qu'il les renverse pour se fonder sur leurs ruines, ce sera pour nous, je ne dis pas seulement une obligation, mais un privilège, je ne dis pas seulement un privilège mais un besoin, mais notre faim, notre soif; et nous substituerons désormais une sympathie vivante à la froide admiration que nous avons accordée jusqu'ici peut-être à cette parole de notre Sauveur :

 

" Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et d'accomplir son oeuvre (38) "

J'aurais fini, si je parlais ailleurs et dans un autre temps.

 

Mais, au risque de paraître oublier les habitudes de la chaire, comment omettre, dans un tel sujet, l'application spéciale que réclame tout pays ?

 

Eh « si je me tais, ces pierres ne crieront-elles pas? »

 

Que la voie de l'homme ne dépende pas de lui, qu'il ne soit pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas.

 

Quand cette grande vérité ne serait pas proclamée par l'Écriture, par l'expérience, par la voix du peuple, n'est-elle pas changée en vue par l'histoire contemporaine ?

 

Ne s'impose-t-elle pas à nous avec tous les droits d'un axiome historique ?

 

Ne sort-elle pas de dessous terre à chaque pas, ne tombe-t-elle pas du ciel dans chaque orage, ne court-elle pas de bouche en bouche, ne remue-t-elle pas tous les esprits, jusqu'aux plus indifférents?

 

Diriger ses pas : Eh ! Quel homme sage s'en flatterait après ce que nous venons de voir, ajouterai-je, et à la veille de ce qui nous reste à voir encore ?

 

Qui a moins dirigé ses pas, ou de ceux qui sont tombés des premières dignités de l'État, ou de ceux qui y sont montés à leur place pour en tomber à leur tour, ou de ceux qui ont recueilli l'héritage des uns et des autres ?

 

Jusques à quand?

 

Qui a moins dirigé ses pas, ou de ces tempêtes populaires, aussi promptes à rentrer dans l'ordre qu'elles l'avaient été à balayer devant elles les plus fermes États, ou de ces vieux navires, usés dirai-je ? 

 

Ou raffermis par le travail des siècles, reparaissant quand on les croyait engloutis, et cinglant avec un nouvel orgueil  au-devant peut-être de quelles tempêtes nouvelles ?

Mais laissons l'avenir et renfermons-nous dans le présent.

 

Deux grandes questions s'agitent : celle de la société et celle de l'Église.

 

Dirige-t-elle ses pas, cette société, qui chancelle comme un homme ivre, et qui ne peut trouver, contre des maux qu'elle juge intolérables, que des remèdes qui menacent de les accroître encore ?

 

Dirige-t-elle ses pas, cette Église chrétienne, qui aspire tout à la fois à une vie nouvelle et à des formes nouvelles, mais qui ne sait où prendre son point d'appui pour une réforme si désirée, sur un sol qui manque à chaque pas, et sous un ciel chargé de dissentiments sans fin ?

 

Eh bien que faut-il faire aujourd'hui, pour être fidèle à l'esprit de Jérémie et à l'exemple de Jésus ?

 

Faut-il désespérer de la situation, laisser l'eau couler et les choses aller comme elles peuvent, et ne plus former de plans ni pour le salut de la société, ni pour le renouvellement de l'Église ?

 

Non, sans doute; mais, nous rappelant ce qui est écrit :

 

« Quand je suis faible, alors je suis fort (39), »

 

Il faut tirer le bien du mal, et nous appliquer, avec une ardeur redoublée, à former tous nos plans sur celui de Dieu, qui peut Seul nous venir en aide, mais qui saura, tôt ou tard, Tout Réparer et Tout Rétablir.

Si la société doit se rasseoir sur des bases solides, il faut que le plan de Dieu préside à son raffermissement.

 

Cette sagesse charnelle qui se flatte d'en guérir les plaies, ou par l'inauguration d'un ordre inconnu et chimérique, ou par le maintien pur et simple de ce qui est parce qu'il est, elle est convaincue de folie par tous les enseignements du passé.

Demandez plutôt à l'histoire, éclairée par la révélation, à l'Écriture, acceptée comme la Parole de Dieu, à la prophétie, reçue comme un avertissement d'en haut pour marcher au-devant de l'avenir.

 

Demandez-leur quel est le plan de Dieu pour le développement de l'humanité, et pour l'avènement et le règne du Fils de l'homme.

 

Ou si de telles pensées sont trop étrangères aux délibérations des princes et aux suffrages des peuples, si le plan de Dieu doit être mis hors de cause dans les conseils de la politique contemporaine.

 

Craignons que nous ne soyons venus au commencement de la fin, que nous ne roulions d'abîme en abîme, et que la société ne marche vers sa dissolution prochaine...

Si l'Église chrétienne doit retrouver au-dedans le bel ordre qui convient à sa vocation sainte, et au dehors la place d'honneur qui lui appartient dans l'opinion des peuples, il faut que le plan de Dieu préside à sa réorganisation.

 

Gardons-nous de nous aller jeter, à droite et à gauche, dans les premières réformes qui se présenteront à notre esprit, pour sauver ou sa doctrine ou sa discipline compromise.

 

C'est aujourd'hui que nous avons besoin de « balancer le chemin de nos pieds : »

 

ne voyons-nous pas, ne sentons-nous pas dans les esprits, un travail aussi profond qu'étendu, qui réclame des mesures à la fois si vastes et si pénétrantes, que Dieu Seul en peut prendre la redoutable initiative ?

 

Écoutons-Le, interrogons-Le, attendons-Le, pour savoir enfin à quelles destinées nouvelles, par quels chemins nouveaux, Il veut nous conduire.

 

Ou si nous ne sommes pas capables de cette foi et de cette longanimité, si nous nous précipitons dans nos propres voies... craignons que tout ne se mêle, que les plus beaux dons ne se dépensent en vain, que les plus saintes aspirations ne se perdent en l'air, que les plus nobles efforts ne soient frappés de stérilité, et que, de division en division et de déchirement en déchirement, l'Église ne finisse enfin par se réduire en poussière...

Dieu de Jérémie Dieu de Jésus-Christ, nous avons connu "qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas, " et nous venons à Toi, pour remettre la conduite des nôtres entre Tes Mains Paternelles.

 

« Châtie-nous, mais par mesure, et non en ta colère, de peur que tu ne nous réduises à néant »

 

Qu'un éclair sillonne la nue, pour nous découvrir, au travers de nos ténèbres, Ton Plan et Tes Desseins, où nous souhaitons d'entrer désormais sans réserve.

 

Mets un terme à nos perplexités infinies, à nos tâtonnements perpétuels, à notre société sans principes, à l'Eglise sans vie commune et à notre chrétienté sans vie chrétienne !

 

Au reste, Seigneur,' parle Toi-Même à la place de celui qui parle.

 

Il a connu, lui aussi, que la parole de l'homme ne dépend pas de lui, et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme qui parle de diriger ses discours (*40); et c'est à Toi Seul qu'il s'attend pour guider ce peuple, et pour le guider lui-même, dans les chemins où Tu daignes Te  faire Trouver.

 

Amen,

Adolphe Monod Refuge Protestant

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé

 

Bible

Croix Huguenote

 

 

 

 

-32. Jean XII, 27.   

-33. XVII, 4.  
 
-34. Prov. XXI, 30.
.
-35. Ps. XXXII, 9.

-36. Jean XV, 7.

-37. Jean VIII, 36; Rom. VIII, 15.
.
-38. Jean IV, 34.

-39. 2 Cor. XII, 10.

-40. Prov. XVI, 1.
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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 18:14
Le Plan de Dieu (3ème partie)

Le Plan de Dieu

Pasteur Adolphe Monod

(1850)

« Je connais, ô Éternel,

que la voie de l'homme

ne dépend pas de lui,

et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme

qui marche de diriger ses pas. »

(JÉRÉMIE X, 23.)

Textes parallèles :

 

« Les pas de l'homme sont conduits par l'Éternel, et il prend plaisir à ses voies. » 

(Ps. XXXVII, 23.) 

« Le coeur de l'homme délibère de sa voie, mais l'Éternel conduit ses pas. » 

(Prov. XVI, 9.) 

« Les pas de l'homme sont de par l'Éternel : continent donc l'homme entendra-t-il sa voie ? »  

(Prov. XX, 24).

 

Il n'y a qu'une solution possible à ce problème: si le Fils réalise à la fois le plan de son Père et son plan personnel, c'est que ces deux plans n'en font qu'un.

 

C'est que le Fils a tellement adopté le plan du Père, qu'Il l'a fait sien; ce plan, qu'il semble tour à tour avoir accepté ou choisi, suivant qu'on le contemple dans son obéissance ou dans sa liberté par où Il accomplit la loi de la nature humaine que Jérémie a révélée dans mon texte, mais en la dépouillant de tout air d'infirmité ou même de nécessité, d'autant plus obéissant qu'il est plus libre, et d'autant plus libre qu'il est plus obéissant.

Voila le secret que nous cherchions :

 

« Allez et faites de même. »

 

De ces deux plans qui sont devant nous, celui de Dieu et le nôtre, n'en faisons qu'un ; et ne pouvant imposer notre plan à Dieu, adoptons le Sien, non dans l'esprit d'une contrainte servile, mais dans celui d'une adhésion filiale.

 

S'agit-il des choses qui dépendent de nous? Ne faisons que ce que nous avons lieu de croire conforme au plan de Dieu.

 

Au lieu de demander, dans le choix d'une carrière, quelle est celle qui nous promet le plus de succès, de bien-être, d'influence, demandons avant tout quelle est celle que Dieu nous a marquée, ou par notre aptitude, ou par notre préparation, ou par les circonstances, ou par ces appels intérieurs qui s'expliquent à l'âme fidèle.

 

Au lieu de demander, dans la formation d'une alliance, quelle est celle qui flattera le plus nos vues d'ambition, nos projets de fortune, notre volonté propre, demandons avant tout quelle est celle qui nous prêtera le plus sûr appui pour croître dans la vie de Dieu, et pour accomplir l'oeuvre qu'Il nous donne à faire sur la terre.

 

Au lieu de demander, dans l'éducation d'un enfant, quelle est la direction conseillée par l'usage, par l'opinion, par la vanité, par l'intérêt, demandons avant tout quelle est celle qui entre le mieux dans les indications de santé, de facultés, de penchant ou de position, que Dieu nous a fournies.

 

S'agit-il de choses qui ne dépendent pas de nous ?

 

Laissons faire à Dieu, et que notre paix soit de nous dire que Son Plan dispose de tout.

 
A Lui Seul de mesurer la part de joies et de douleurs qui nous convient.

 

Les douceurs, les consolations que Dieu nous a ménagées.

 

prenons-les, savourons-les, jusqu'aux plus petites, d'un coeur d'autant plus heureux et plus reconnaissant, que nous les recueillons de Sa Main Paternelle; mais celles qu'Il nous a refusées, jusqu'aux plus désirées, aux plus désirables, faisons-en le sacrifice, et contentons-nous de savoir que c'est Cette Même Main qui nous les a retranchées.

 

Au contraire, les privations, les amertumes que Dieu nous épargne, ne les envions pas à  «ces bienheureux qui ont souffert », et craignons, si nous les allions chercher, de succomber sous un fardeau de notre propre choix; mais celles qu'Il nous a dispensées, dussent-elles nous entraver dans les projets les plus chers, les plus utiles, les plus bienfaisants, acceptons-les comme des exercices salutaires, appropriés à notre éducation spirituelle et miséricordieusement mesurés à notre portée.

 

En deux mots, sachons quel est le plan que Dieu a formé pour nous ; et ce plan trouvé, adoptons-le pour nôtre, comme nous voyons que Jésus a fait.

 
Ne nous répondons pas que nous sommes en peine de discerner le plan de Dieu : ce discernement est promis à la simplicité d'un coeur droit.

 

Quand l'âme fidèle, humblement pénétrée de cette parole :

 

« Les pas de l'homme sont de par l'Éternel : comment donc l'homme entendra-t-Il Sa Voie (24)? »

 

a prié ainsi :

 

"Enseigne-moi le chemin où je dois marcher, car tu es mon Dieu "

 

le Seigneur lui répond :

 

« Je t'enseignerai le chemin où tu dois marcher, mon oeil sera sur toi (25). »

 

C'est assez que Jésus n'ait d'autre plan que celui de Dieu, pour que ce plan se révèle à Lui, disons mieux, se déploie devant Lui, jour après jour, et pour que ce chemin de bonnes oeuvres que Dieu Lui a préparé (26) se fraye, pas après pas, tantôt par un appel qui Lui est adressé, tantôt par un fait qui survient, tantôt par un sentiment intérieur, tantôt par les nécessités matérielles ou spirituelles de la vie, et tout cela avec tant d'ouverture et de facilité, que la question même qui nous préoccupe ne semble pas se poser pour Lui.

 

Ayons son esprit, nous aurons Sa Lumière : la nature, les hommes, les événements, toutes choses nous seront comme un cours d'instruction divine, où la fidélité qui donne se proportionnera à la fidélité qui reçoit.

 

Que s'il entre dans les vues de Notre Père de nous dérober quelque temps encore la connaissance de ses desseins, comme pour nous obliger tendrement à le serrer de plus près, rappelons-nous alors que ce qui importe, après tout, c'est moins de discerner le plan de Dieu que de Le suivre, et que Dieu a des moyens de nous Le faire suivre, même sans nous Le faire discerner.

 

"Par la foi, Abraham, étant appelé obéit, pour aller dans la terre qu'il devait recueillir en héritage, et il partit sans savoir où il allait (27)"; mais Dieu le savait, et c'était assez.

 

Marchons aussi par la foi, et Dieu nous conduira jusque dans les jours les plus sombres, si nous ne voulons que Ses Voies pour nos voies, et Ses Pensées pour nos pensées (28).

Par là, comme Jésus, nous accomplirons tout ensemble le plan de Dieu devenu le nôtre, et notre plan uni au Sien; ce qui sera pour nous, comme pour Jésus, le principe d'une conciliation parfaite entre des intérêts qui semblaient opposés.

 

Car, d'une part, accomplissant le plan de Dieu, nous nous sentirons dans l'ordre; et de l'autre, accomplissant notre propre plan, nous nous sentirons dans la liberté.

 

Ceci mérite de nous arrêter quelques instants : ce n'est rien moins que la solution, simple autant que profonde, d'un des plus grands problèmes moraux qui aient jamais préoccupé la conscience humaine.

Nous nous sentirons dans l'ordre, parce que nous accomplirons un plan qui est de Dieu, et non pas de nous.

 

Pour reconnaître la vérité de cette réflexion, renversons les choses.

 

Supposons que nous accomplissions, au contraire, un plan qui soit de nous, et non pas de Dieu : quel désordre !

 

Désordre caché, mais pourtant réel, alors même que ce plan pourrait être exécuté.

 

Désordre éclatant et manifeste, chaque fois que ce plan sera renversé.

 

Faisons l'hypothèse la plus favorable : ce plan que nous aurons conçu nous-mêmes, il nous sera donné de l'exécuter pleinement, invariablement.

 

Même alors, je devrais dire peut-être surtout alors, quel désordre.

 

Car enfin, nous ne saurions nous dissimuler que nous sommes des créatures bornées, qui ne voient qu'à quelques pas devant elles, et qui ne peuvent rien contempler dans l'ensemble des temps et des choses.

 

Charger une pareille créature d'arrêter le plan qui doit décider de son existence, c'est risquer une perturbation terrible dans ces innombrables rapports qui aboutissent à elle, toute bornée qu'elle est.

 

Mais restreignons-nous à son seul intérêt personnel, malgré l'étroitesse de ce point de vue : charger une pareille créature d'arrêter le plan qui doit décider de son existence, c'est lui imposer une responsabilité auprès de laquelle le supplice d'Atlas*, écrasé sous le poids du ciel, serait digne d'envie.


C'est notre propre plan qui décide de notre destinée ?

 

Véritablement, ce bonheur inouï est le plus grand malheur qui nous puisse arriver (29).

 

Notre plan qui décide !

 

Mais avons-sous bien calculé les suites incalculables que peut entraîner pour nous la moindre de nos actions, de nos paroles, de nos pensées ?

 

Notre plan qui décide mais qui nous garantit que notre plan soit bon, plus encore, qu'il soit le meilleur possible, car nous ne saurions, ni ne devons nous contenter à moins ?

 

Notre plan qui décide mais voilà de quoi nous faisons perdre le repos le jour, et le sommeil la nuit.

 

J'aimerais mieux avoir, quant à moi, à gouverner le monde, même dans la confusion où il est aujourd'hui, qu'à régler le dessein immense et si prodigieusement compliqué de ma condition présente et. future, matérielle et spirituelle.

 

Notre plan qui décide mais, sérieusement, voudrions-nous qu'il en fût ainsi ?

 

Si Dieu nous offrait de tout régler conformément à notre plan, accepterions-nous ?

 

Non mille fois non, si nous ne sommes pas un enfant, pour ne pas dire un insensé.

 

Eh quel homme de sens aurait le courage de choisir ses pas, quand chaque pas qu'il fait retentit jusque dans les profondeurs du temps et de l'espace, de ce temps qu'il ne saurait prévoir, de cet espace qu'il ne peut découvrir.

 

Dans l'illusion tristement plaisante de ce fou qui n'osait bouger de sa place, par la crainte où il était de se casser en marchant, je vois une juste image de l'angoisse où nous jetterait ce choix terrible, tremblant toujours de prendre l'intérêt apparent pour l'intérêt réel, le passager pour le permanent, le visible pour l'invisible, le petit pour le grand; ne sachant à quoi nous résoudre entre les chances de l'action et les périls du quiétisme, et ne trouvant enfin de repos qu'à nous décharger de tout sur Celui qui connaît aussi bien l'avenir que le présent, l'ensemble que le détail, le fond des choses que la surface ; en d'autres termes, ne trouvant de repos - que dans ce qui est aujourd'hui.

Mais venons à l'hypothèse la plus vraisemblable, et qui deviendra inévitablement vraie une fois ou une autre.

 

Que nos plans échouent, que la machine à la construction de laquelle nous nous serons consacré tout entier se brise,

« comme le seau sur la fontaine ou la roue dans la citerne (30) : quel désordre, si nous n'avons appris à nous réfugier dans un plan de Dieu, qui peut se réaliser sans le nôtre, malgré le nôtre.

 

Quel désordre, si toutes les espérances de notre fortune terrestre viennent à s'évanouir tout d'un coup.

 

Quel désordre, si tous les liens les plus chers viennent à se rompre sans retour.

 

Quel désordre, si nous venons à nous voir enlevé nous-même, plein de vie, plein de forces, plein de projets, plein d'avenir.....

 

Comme le jeune André Chénier**, conduit à une mort prématurée autant qu'affreuse, et révélant le trouble du dedans, sous la tranquille fermeté du dehors, par ce mot amer et naïf qu'il prononce en se touchant le front :

 

« Et pourtant il y avait quelque chose-là »

 

Mais transportons-nous dans le plan de Dieu : la réparation de tout ce désordre, la réponse même que sollicite un Chénier montant sur l'échafaud, la voici trouvée.

 

Car dans le vaste plan de Dieu,, qui a les ressources de tout l'univers pour le seconder, l'espace infini pour se déployer, le temps éternel pour se développer, jamais rien d'irréparable, rien de désespéré, rien d'imprévu, rien de compromis seulement.

 

Là se recueille tout ce qui se perd ici, là reparaît tout ce qui s'ensevelit ici, là continue tout ce qui s'arrête ici, là revit tout ce qui meurt ici.

 

Que dis-je ?

 

Elle devait se perdre pour se recueillir, elle devait s'ensevelir pour reparaître, elle devait s'arrêter pour continuer, elle devait mourir pour revivre, cette semence précieuse, qui ne pouvait fleurir et fructifier dans le plan de Dieu qu'à la condition de périr dans le nôtre; et le moment où un Jacob s'écrie, resserré qu'il est dans les bornes étroites de son plan personnel :

 

« Toutes ces choses sont contre moi (31), » est celui où toutes choses s'arrangent, dans le plan étendu et prévoyant du Seigneur, pour lui préparer la plus grande joie peut-être qui ait jamais fait battre le coeur d'un père.

Au lieu de nous consumer en efforts stériles pour peindre la beauté de cette doctrine, regardons-la plutôt en Jésus, dans la vie duquel elle se convertit en histoire.

 

  Le Plan de Dieu par Adolphe Monod

(Suite et Fin)

 

Bible

Croix Huguenote

-24. Prov. XX, 21

-25. Ps. CXLIII, 8, 10 ; XXXII, 8.  

-26. Éph. II, 10. 
.
-27. Hébr. XI, 8.

-28. Es. LV, 8.

-29. Ps. LXXXI, 13.

-30. Eccl. XII 8.
.
-31. Gen, XLII, 36.
 
 

----

* Mythologie grecque, Atlas (Atlante) portant sur ses épaules le globe céleste. Héraclès aurait demandé à Atlas de lui reprendre le monde un temps mais se défila habilement laissant le (naïf) Titan porter le monde.

----

** André Chénier, est un poète né le 30 octobre 1762 à Constantinople et mort guillotiné à Paris le 25 juillet 1794 à 31 ans.

L'œuvre inachevée de ce jeune poète du XVIIIe siècle, publiée progressivement à partir de 1819, a fait de lui une figure majeure de l'hellénisme en France.  

Ses dernières paroles prononcées avant de monter sur l’échafaud en s'adressant au poète Jean Antoine Roucher ont été « je n'ai rien fait pour la postérité » et de rajouter (se désignant la tête) : « Pourtant, j’avais quelque chose là ! » ou « C'est dommage, il y avait quelque chose là ! ». Son corps fut jeté avec 1 300 autres victimes de la Terreur et de la guillotine place de la nation dans une fosse commune du couvent des chanoinesses devenu le cimetière de Picpus à Paris.

 

 

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 18:13
Le Plan de Dieu (2ème partie)

Le Plan de Dieu

Pasteur Adolphe Monod

(1850)

« Je connais, ô Éternel,

que la voie de l'homme

ne dépend pas de lui,

et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme

qui marche de diriger ses pas. »

(JÉRÉMIE X, 23.)

Textes parallèles :

« Les pas de l'homme sont conduits par l'Éternel, et il prend plaisir à ses voies. » 

(Ps. XXXVII, 23.) 

« Le coeur de l'homme délibère de sa voie, mais l'Éternel conduit ses pas. » 

(Prov. XVI, 9.) 

« Les pas de l'homme sont de par l'Éternel : continent donc l'homme entendra-t-il sa voie ? »  

(Prov. XX, 24).

 

De tous les peuples, celui qui me fournirait l'exemple le plus décisif, c'est le Peuple d'Israël.

 

Leur histoire, où la direction de Dieu est rendue plus sensible qu'ailleurs par l'alliance qu'il a traitée avec eux, et plus visible par les révélations de sa Parole , met dans une égale lumière leur liberté, dont ils n'usent guère que pour traverser les desseins de la miséricorde céleste, et la souveraineté de Dieu, qui les emploie, jusque dans le jour de Golgotha, « pour faire toutes les choses que sa main et son conseil avaient auparavant déterminé devoir être faites (6). »

 

Mais, pour prendre un exemple moins cité, contemplons cette ville étonnante qui a servi tour à tour de centre politique au monde ancien, et de centre religieux au monde moderne, et qui, aujourd'hui même que son étoile a pâli, possède encore, elle vient de le prouver, la redoutable prérogative de ne pouvoir ressentir de secousses intérieures qui n'aient leur contre-coup dans toute la chrétienté.

 

Si jamais il y eut quelque part l'apparence d'un plan appartenant à l'homme, c'est dans Rome païenne, étendant de peuple à peuple le réseau d'une domination politique, qui parut longtemps douée du privilège unique de s'affermir en se développant; ou dans Rome chrétienne, étendant d'Église à Église le réseau plus subtil d'une domination religieuse, qu'on vit tour à tour, que dis-je ?

 

Qu'on vit presque en même temps et dans les mêmes lieux énergiquement repoussée et mollement subie, sinon recherchée.

 

Et pourtant, quand on y regarde de plus près, on découvre comme à l'oeil, dans tout ce qui est arrivé à l'une et à l'autre Rome, les marques d'un plan qui n'est point né du cerveau d'un homme, et qui prend dans une région plus haute son point de départ et d'appui.

 

Il faut laisser à un écolier traduisant son De Pris illustribus, ou aux disciples prévenus d'un catéchisme intéressé, ce point de vue sans portée historique qui prête aux premiers consuls de Rome païenne le plan d'un empire universel, ou aux premiers évêques de Rome chrétienne celui d'une Église à la fois romaine et oecuménique.

 

L'un ou l'autre plan était en voie d'exécution depuis des siècles, quand il commença de se révéler, dirai-je ?

 

Ou de s'imposer aux hommes qui ont eu mission de le reconnaître ou de le proclamer.

 

La moitié du monde ou de l'Église était au pouvoir de Rome, avant qu'un Jules César ou un Grégoire VII songeât à se rendre maître de l'autre ; et la vue de ce qui avait été fait a seule pu suggérer, même à leur ambition et à leur génie, la pensée de ce qui restait à faire.

 

Ce ne sont pas les hommes qui ont fait le plan, c'est le plan qui a fait les hommes: ces hommes n'ont eu d'autre gloire que d'obéir avec intelligence à une direction que beaucoup d'autres avaient suivie sans la comprendre.

 

Avec plus d'intelligence encore, ils auraient redit, chacun à sa manière, ce que dit Jérémie dans mon texte, en attendant que cette parole profonde fût vérifiée par le dernier des Césars, assistant au dernier jour de la Rome impériale, ou qu'elle le soit ci-après par le dernier des papes, assistant à cette chute terrible de la Rome pontificale, que la chrétienté spirituelle attend pour régner avec son roi Sauveur :

 

« Je connais, ô Éternel, que la voie de l'homme ne dépend pas de lui, et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas (7) »

 

Resserrons le champ de notre observation.

 

Contemplons un de ces hommes que le monde honore du nom de grands, pour la longue trace qu'ils laissent après eux sur la terre.

 

Lorsqu'on a, de nos jours, dépeint les grands hommes comme obéissant fatalement à l'esprit de leur siècle qu'ils résumaient, on avait perdu de vue la volonté et la liberté humaine ; mais cette erreur même dit assez combien est visible dans la vie de ces géants de l'histoire, à côté et comme au-dessus de leur action propre, un plan dont elle relève, et qui, plus que tous les leurs, les fait être ce qu'ils sont.

 

Ôtez à un grand homme son pays, son époque, son éducation, son entourage, toutes choses qui ne dépendent pas de lui, et vous lui ôtez les éléments essentiels de sa grandeur.

 

Pour ne rien dire que des hommes religieux, rappelez-vous comment ont été préparés ces instruments de Dieu qui ont imprimé une impulsion nouvelle aux affaires de son règne, un Moïse, un Samuel, un saint Paul, un saint Augustin, un Luther, un Whitfield : puis, dites si le plan réalisé par chacun d'eux est de lui-même ou de Dieu.

 

Si ma pensée ne vous est pas encore bien sensible, prenons un exemple, Moïse, le premier homme bien connu que nous présente l'histoire de la religion.

Quoi de plus libre, de plus énergique, de plus individuel que Moïse, aux prises tour à tour avec le roi d'Égypte dont il brave la colère, avec Israël dont il surmonte les résistances opiniâtres, avec le désert dont il féconde la stérilité, avec le ciel même dont il désarme la vengeance ; Moïse, cet homme multiple, à la fois souverain, prophète, sacrificateur, libérateur, pourvoyeur, législateur, réformateur et fondateur d'un peuple nouveau, - et de quel peuple, et dans quel temps !

 

Mais, pensez-vous que le plan exécuté par Moïse fût de lui ?

 

Eh qui pourrait attribuer un tel plan à l'esprit d'un homme, sans folie ou sans impiété ?

 

Il était si peu de Moïse que, lorsqu'il lui fut proposé de Dieu, Moïse commença par s'y refuser obstinément, en s'excusant sur sa timidité naturelle et sur sa parole embarrassée (8).

 

 Le plan de Moïse n'était, et ne pouvait être, que de ce Dieu qui, avant de le proposer à Moïse, avait préparé Moïse pour l'accomplir durant tout le cours des deux premiers tiers de sa vie : quatre-vingts ans d'éducation pour une activité de quarante années, « est-ce là la manière d'agir des hommes (9) » ou de celui qu'un Père de l'Église a si bien défini :

 

« Patient parce qu'il est éternel ? »

 

Nourri dans le palais de ces mêmes Pharaons au joug desquels il devait soustraire son peuple, et là, mis en contact journalier avec cette double puissance des rois et des prêtres contre laquelle il devait lutter dans le temps de Dieu, Moïse s'instruit aussi directement pour une carrière dont il ne sait rien, qu'un soldat se forme au métier de la guerre par les exercices quotidiens de l'art militaire (10) : en voilà pour quarante ans.

 

Puis, après une courte visite faite à ses frères, il s'en va ajouter aux quarante années passées à interroger l'Égypte, quarante autres années passées à étudier le désert, conduisant les troupeaux de Réhuel par ces mêmes chemins où il devait un jour conduire ceux du Seigneur (11).

 

C'est dans une de ces excursions nomades, c'est au pied de la montagne de Sinaï, c'est parvenu à cet âge de quatre-vingts ans qu'il assigne lui-même « aux plus vigoureux (12), » que Moïse, croyant peut-être toucher au terme d'une carrière qu'il gémissait de n'avoir pu rendre utile à son peuple, apprend enfin à connaître le but de sa vie passée , qui l'avait préparé pour Israël, pour l'Égypte, pour le désert, pour tout, - excepté pour Canaan, où Dieu savait qu'il ne devait pas entrer.

 

Ah quand, à la vue de ce même Canaan et après les quarante ans de son vrai travail achevés, Moïse s'endormit en Dieu, de quel coeur jugez-vous qu'il lui aura dit dans ses dernières prières - « Je connais, ô Éternel, que la voie de l'homme ne dépend pas de lui, et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas ? »

Rapprochons-nous encore.

 

Venons à la vie de tous et de tous les jours, et à cette vie prise dans ce qu'elle a de plus inhérent à notre personne et à notre action : quelle part réelle nous revient-il dansn l'arrangement de otre vie domestique ?

 

A commencer par le commencement, un proverbe populaire nous apprendrait à lui seul par combien de côtés l'union conjugale la mieux combinée échappe, non seulement au contrôle de l'homme, mais à ses prévisions mêmes : la vie, la santé, la famille, les ressources, que dis-je?

 

La sympathie et la tendresse mutuelle, de combien de choses dépendent-elles, qui ne dépendent guère plus de notre volonté « que le sort jeté au giron » dont « la décision est de par l'Éternel (13) ? »

 

Mais, arrêtons-nous à ce qui en dépend le plus l'éducation de nos enfants.

Voici un fils qui vient de me naître.

 

J'exerce sur lui, après Dieu, la plus grande puissance matérielle, intellectuelle, spirituelle, qui soit au monde.

 

On dirait qu'il va devenir ce que je voudrai le faire, à part l'imprévu, - oui, à part l'imprévu (14) ; mais que cette restriction va loin la France est aujourd'hui ce qu'elle était il y a deux ans, à part l'imprévu ; - mais quand, de cet idéal d'un fils formé par nos soins, pour une carrière de notre choix, nous passons à la réalité, quelle chute Hélas !

 

L'humiliante distinction de la théorie et de la pratique, où est-elle plus humiliante qu'en éducation ?

 

Où la théorie est-elle plus libre, plus expansive, plus confiante en soi-même, plus sévère envers autrui; et la pratique ?...

 

Mais admettons une éducation modèle, telle que nous la rêvions, vous ou moi, le jour que Dieu nous fit don de notre premier enfant : activité, fidélité, prudence, travail, sacrifices, piété, prières, exemples, rien n'aura manqué.

 

Même alors, que de conditions où nous ne pouvons rien veulent être réunies pour l'heureux développement de ce fils ou de notre fille, objet de tant d'amour et de tant de sollicitude.

 

Sa santé: un tempérament délicat, une conformation mal prise, une voix grêle, l'ouïe dure, la vue basse, en voilà assez pour entraver tous nos projets; - ou bien non, forcons la nature, jusqu'à ce qu'un vaisseau rompu dans la poitrine, ou les fibres du cerveau distendues, viennent anéantir toutes nos espérances...

 

Ses facultés intellectuelles : une certaine mesure d'aptitude est nécessaire pour tout travail, et cette mesure n'est pas en tous.

 

Notre enfant, se forçant pour nous plaire, languira peut-être sur la tâche à laquelle nous l'avons condamné, jusqu'au jour où, tardivement convaincu de notre erreur, nous lui laisserons suivre sa vocation propre ; le voici qui revit, qui devient un autre homme, qui l'emporte sur ses concurrents, seulement parce qu'il a échappé à notre plan pour entrer enfin dans celui de Dieu.

Ses dispositions morales : ici encore nous ne sommes pas maître absolu.

 

Au lieu d'un enfant qui veut et ne peut pas, c'est un enfant qui peut et ne veut pas, "un fils paresseux qui fait honte, " non sur lequel nous épuisons toutes les voies d'avertissement, de supplication, d'exhortation, de châtiment, mais sans fruit, - le fruit, si nous sommes fidèles, viendra dans le temps de Dieu (15); mais après que Dieu nous aura bien fait voir qu'Il est seul Dieu, et que nous ne tenons pas même dans nos mains le coeur de cet enfant que nous dirigons « dès le sein de sa mère. »

 

Et sa vie? - vraiment j'oubliais sa vie, - sa vie, hélas coupée peut-être dans sa racine, au moment où l'éducation commence; ou bien, deux fois hélas ! Coupée dans sa fleur, au moment que l'éducation finit...

 

Et l'occasion ? Et l'entourage ? Et l'exemple ? Et les camarades ? Et les maîtres ? Et la fortune ? Et la localité ? Et l'esprit de l'époque ? Et la législation du pays? Et l'organisation de l'instruction publique, que nous blâmons peut-être, et que nous suivons en dépit de nous ?

 

Où est l'homme assez insensé pour se flatter de fixer l'avenir de son fils ou de sa fille ?

 

Que d'éducations qui trompent toutes les prévisions !

 

Les unes, échouant malgré les précautions prises, et où ces précautions mêmes semblent nuire ; les autres, réussissant malgré les précautions négligées, et où cette négligence même semble avoir provoqué un développement plus individuel et plus vrai.

 

Est-ce à dire qu'il faille tout abandonner au hasard des événements, sous prétexte de laisser faire à Dieu ? 

 

Non, sans doute : il faut n'avoir rien à se reprocher; il faut même redoubler de vigilance et de sagesse, par la pensée de travailler à un plan qui est de Dieu; mais, après tout, l'éducation, ce champ de la plus grande puissance de l'homme, est aussi celui de sa plus grande impuissance, et il n'y a personne sur la terre de mieux instruit à redire la leçon de Jérémie que le père d'une nombreuse famille, entrant, comme Moïse, dans son repos, en présence de cette Canaan inconnue où s'aventure la génération qui le suit :

 

« Je connais, ô Éternel, que la voie de l'homme ne dépend pas de lui, et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas »

Désormais, la maxime de notre prophète, tour à tour proclamée par les Écritures, conciliée avec la saine philosophie, suivie dans tout le cours de l'expérience humaine, et je pourrais ajouter, passée en dicton populaire :

 

L'homme propose et Dieu dispose,

 

nous apparaît sans contestation possible , et sans autre obscurité que celle qui demeure au fond de toutes les grandes questions morales.

 

Les plans humains sont dominés par un plan divin, qui s'accomplit dans l'homme sans porter atteinte à sa volonté efficace ; ni surtout à sa liberté morale.

 

Mais il y aurait peu d'avantage à avoir établi cette doctrine, si nous ne montrions l'usage que le chrétien en doit faire dans la conduite de la vie.

 

Ce sera l'objet du reste de ce discours, dont nous abordons ici le point vivant et capital.

 

Que l'Esprit de Dieu nous soit en aide.

Le chrétien n'a pas de moyen plus simple, ni tout ensemble plus sûr, d'entrer dans l'esprit d'une doctrine révélée, que de la contempler mise en action par « Jésus-Christ venu en chair, » cet homme type, en qui toutes les grandes vérités invisibles ont revêtu un corps visible et reçu le souffle de la vie.

 

C'est donc en lui qu'il faut rechercher, disons mieux, qu'il faut regarder comment doit être pratiquée la maxime de Jérémie, devenue la maxime de Jésus, le Prophète des Prophètes et le Saint des Saints.


Nul autre n'a réalisé plus complètement que Jésus la pensée de mon texte.

 

Nul autre ne s'est plus exactement réglé sur le plan divin - Jésus ne fait rien, ne peut rien faire de lui-même (16);

 

Il n'annonce pas sa doctrine, mais la doctrine du Père qui l'a envoyé (17);

 

Il ne cherche pas sa gloire, mais la gloire du Père qui l'a envoyé (18) ;

 

Il n'accomplit pas sa volonté, mais la volonté du Père qui l'a envoyé (19);

 

Il ne dit que les choses que le Père lui a dites, Il ne fait que les choses que le Père lui a commandées (20).

 

Nul autre aussi n'a été plus visiblement préparé de Dieu pour l'exécution d'un plan divin : la tribu de Jésus, sa parenté, sa naissance, Bethléem et son étoile, les bergers et les mages, la fuite en Égypte et la retraite à Nazareth, le baptême de Jean et la tentation du désert, tout est arrangé par la Main Paternelle; de préparation humaine, de plan humain, il n'y en a pas trace dans la vie de Jésus.

Et pourtant, en nul autre la volonté de l'homme ni sa liberté n'ont relui plus clairement qu'en Jésus.

 

Ce même plan qui vient de nous apparaître comme n'appartenant qu'au Père qui l'a conçu, nous apparaît également comme n'appartenant qu'au Fils qui l'exécute.

 

Du commencement à la fin, dès avant sa naissance et jusqu'après sa mort, Jésus ne fait rien qu'Il ne veuille faire.

 

S'Il naît dans la race humaine, c'est qu'Il l'a voulu :

 

« Étant en forme de Dieu, il s'est anéanti lui-même, en prenant la forme d'un esclave, ayant été fait à la ressemblance des hommes (21). »

 

S'Il meurt comme un homme, c'est qu'Il l'a voulu :

 

« Étant trouvé quant à la figure comme un homme, il s'est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix (22). »

 

Que dis-je ?

 

S'Il est ressuscité d'entre les morts, c'est qu'Il l'a voulu :

 

« Je laisse ma vie pour la reprendre ; personne ne me l'ôte, mais je la laisse de moi-même; j'ai le pouvoir de la laisser et j'ai le pouvoir de la reprendre (23); »

 

et ce témoignage, le plus éclatant qu'il ait rendu de sa puissance propre, Il le termine, chose étrange par ces mots qui semblent le contredire :

 

« J'ai reçu ce commandement de mon Père. »

 

 

Suite Troisième Partie

Le Plan de Dieu par Adolphe Monod

 

Bible

Croix Huguenote

-6. Actes IV, 28.

-7. Ps. XXXIII, 10, 11; Prov. XIX, 21. 
-8. « Or cet homme, Moïse, était fort doux, et plus que tous les hommes qui étaient sur la terre. » (Nomb. XII, 3.)
 -9. 2 Sam. VII, 19.
-10. « Et Moïse fut instruit dans toute la science des Égyptiens, et il était puissant en paroles et en actions. » (Actes VII, 22). C'est probablement à la fin de ces quarante ans que Moïse commença de pressentir sa mission (v. 25).  
-11. Es. LXIII, 11, etc.
-12. Ps. XC, 10.
-13. Prov. XVI,
-14. Ce discours a été prononcé le 13 janvier 1850.
-15. Prov. XXII, 6.

-16. Jean VIII, 28; V, 30.
  -17. Jean VII, 16.
-18. VII, 18; VIII, 50. 
-19. V, 30. 
-20. VIII, 28, 29, 38, XII, 49, 50, etc.
-21. Phil. II, 6, 7.
-22. Phil. II, 8.
-23. Jean X, 17, 18.

 

 

 

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 18:12
Le Plan de Dieu (1ère partie)

Le Plan de Dieu

Pasteur Adolphe Monod

 

1850

 

   « Je connais, ô Éternel, que la voie de l'homme

ne dépend pas de lui,

et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme

qui marche de diriger ses pas. »

(JÉRÉMIE X, 23)

 

TEXTES PARALLÈLES (1)

« Les pas de l'homme sont conduits par l'Éternel, et il prend plaisir à ses voies. »
(Ps. XXXVII, 23.)
« Le coeur de l'homme délibère de sa voie, mais l'Éternel conduit ses pas. »
(Prov. XVI, 9.)
« Les pas de l'homme sont de par l'Éternel : continent donc l'homme entendra-t-il sa voie ? »
(Prov. XX, 24).

Après cette faiblesse de la chair qui nous empêche d'accomplir la sainte loi de Dieu (2) , il n'y a rien de plus amer que l'impuissance de notre volonté pour réaliser les plans de vie que nous avons conçus.

Peut-être même le regret de ne pouvoir pas ce que nous voulons a-t-il quelque chose de plus poignant que le repentir de n'avoir pas fait ce que nous devions, parce que ce regret, ayant un caractère moins précis et moins moral que le repentir, laisse moins de prise à l'Evangile soit pour accuser le mal, soit pour le réparer.

Tel contemple avec paix, quoique avec une paix humide de douleur et d'amour, les péchés de sa vie expiés par le sacrifice de la croix, qui ne s'est point encore résigné à sa carrière entravée, à ses dons naturels sans emploi, à ses espérances de fortunes détruites, que sais-je ?

A moins que cela peut-être, à une alliance, à une place, à une faveur, qu'il a recherchée sans l'obtenir.


L'amertume de ce regret n'est pas seulement dans la valeur que l'on attachait aux objets de cette poursuite infructueuse : elle est encore, elle est surtout dans la stérilité même de la poursuite.

Pour un esprit tel que le nôtre, capable de résoudre avec fermeté et d'agir avec énergie, il y a un mécompte cruel à voir échouer ses plans, jusqu'aux plus louables, et à trouver un rocher de Sisyphe dans presque chacune des pierres, grandes ou petites, qu'il s'évertue à rouler contre le penchant de la montagne.

Averti par tant de tristes expériences, l'homme se prend enfin à douter de lui-même ; ce qui est la plus grande des humiliations, et tout ensemble le plus grand des malheurs.

Car la confiance est la condition de la force ; et comme c'est une foi imperturbable au succès qui fait les hommes puissants dans tous les genres, c'est le désespoir de réussir qui fait les hommes faibles et timides dont la société est remplie, je voudrais n'avoir pas à ajouter, et les chrétiens faibles et timides dont l'Église est embarrassée.


Eh bien, ce sentiment de notre impuissance, voici un grand penseur, un grand saint, un grand prophète, qui le partage, mais pour le relever.

Au lieu de déplorer seulement dans cette impuissance une chose qui est, Jérémie y reconnaît, en même temps une chose qui doit être :

« Je connais, ô Éternel, que la voie de l'homme ne dépend pas de lui, et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas. »

Je connais, littéralement, j'ai connu : voilà le langage de la réflexion ;

 

ô Éternel : voilà le ton de la prière ; l'impuissance qui nous trouble est pour Jérémie une vérité d'expérience et de foi.

 

Ce n'est pas que cette vérité ne soit, pour lui aussi, mêlée d'amertume.

 

C'est du sein même de l'amertume qu'elle lui apparaît, dégagée qu'elle est des menaces que Dieu lui met à la bouche contre ses concitoyens (3).

C'est à la vue de la tente de Juda détruite et de ses enfants emmenés captifs, c'est au bruit des pas de l'ennemi descendant du pays d'Aquilon pour réduire les villes de Juda en désert, que Jérémie, personnifiant en lui-même tout son peuple, laisse échapper d'abord cette plainte :

« Ma plaie est douloureuse , mais quoi qu'il en soit, c'est une maladie qu'il faut que je souffre; »

Après quoi il s'arrête, comme s'il se reprenait, et se recueille dans cette expression plus tranquille de son profond abattement :

« Je connais, ô Éternel, que la voie de l'homme ne dépend pas de lui, et qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme qui marche de diriger ses pas. »

Mais, au travers de cet abattement, ne discernons-nous pas un fond de paix et d'espérance ?

Ce Dieu entre les mains de qui nous sommes, c'est un Dieu rempli d'une miséricorde qui pénètre jusqu'à ses jugements les plus rigoureux sur les siens.

Aussi le saint prophète se repose dans le sentiment que c'est Dieu qui nous conduit, et non pas nous-mêmes ; il s'y repose, jusque sous les coups de sa verge sévère, mais toujours paternelle pour qui s'attend à Lui :

« 0 Éternel, châtie-moi, mais avec mesure et non dans ta colère, de peur que tu ne me réduises à néant »

Puis, en prophète fidèle, qui dans sa vie et dans ses douleurs individuelles , recueille, comme autrefois David et Salomon, des expériences salutaires pour tout le genre humain, il transmet aux races futures, comme un gage d'humiliation et d'encouragement tout ensemble, cette maxime céleste :

L'homme accomplit dans la vie, non son propre plan, mais celui de Dieu, qui triomphe toujours à la fin.

Entrons plus avant dans sa pensée.


Créature intelligente et responsable, je sais me proposer un but et prendre des moyens pour y atteindre.

C'est ainsi que je me fais un plan pour le développement de mes facultés, pour le choix de ma carrière, pour l'éducation de ma famille, pour la conduite de ma maison.

Mais, pour être capable de vouloir et d'agir, je ne dispose cependant à mon gré ni des choses, ni des événements, ni de moi-même; et si parfois mes plans réussissent , souvent aussi, le plus souvent, ils échouent.

Cette faiblesse inhérente à mon action y entretient quelque chose de manqué, par où ma vie réelle contraste péniblement avec ma vie idéale.

C'est à ce moment qu'intervient Jérémie, pour me découvrir, dans ce désordre de mon plan, un ordre se rapportant à un plan supérieur, celui de Dieu pour moi :

 

- Plan de perfection, qui vaut mieux que le mien, soit dans l'intérêt général, soit aussi dans mon intérêt personnel ;

 

- Plan de puissance, qui s'accomplit infailliblement, quelles que puissent être les destinées et les vicissitudes du mien ;

 

- Plan de contrôle, passez-moi l'expression, qui domine souverainement le mien, et qui au besoin le corrige.

Alors, ce qui s'appelait revers dans mon plan, prend le nom de succès dans celui de Dieu ; à peu près comme dans ces tableaux en tapisserie qui se peignent par derrière, les fils colorés que l'ouvrier tisse d'une main docile n'offrent à l'oeil qu'une confusion inextricable, jusqu'à ce qu'ils soient vus par leur vrai côté, qui est celui de l'artiste - le plan de l'homme n'est que l'envers de la vie, celui de Dieu en est l'endroit.

Prise dans ce point de vue, mon action n'est jamais sans règle ni sans fruit; car j'accomplis toujours le plan de Dieu, le sachant ou non, disons plus, le voulant on non.

Si je marche d'accord avec Dieu, je réussis, et j'accomplis son plan, tout en pensant peut-être n'accomplir que le mien ; si je marche en opposition avec lui, j'échoue, mais j'accomplis encore son plan, par le renversement même du mien, et faute de le servir par mon obéissance, je le sers par ma désobéissance elle-même; car:

 

« toutes choses le servent (4). »

 

Sommes-nous donc quiétistes, ou fatalistes ?

Sommes-nous quiétistes ?

 

Et sous prétexte que Dieu peut tout ce qu'Il veut, méconnaissons-nous l'action de l'homme, et demandons-nous qu'il attende, les bras croisés, le développement du plan divin ?

 

Loin de nous cette pensée !

 

L'homme peut beaucoup, probablement plus qu'aucun de nous n'a jamais ni réalisé ni conçu : ce laisser-aller serait donc chez lui l'abandon du plus glorieux privilège, en même temps que des plus saints devoirs.

 

Mais, par un mystère que nous ne saurons jamais ici-bas pénétrer jusqu'au fond, l'action humaine a son libre jeu dans le vaste sein de la volonté divine, qui l'isole, et, si j'ose ainsi dire, la respecte, tout en la contrôlant.

 

Ou bien, sommes-nous fatalistes ?

 

Et sous ombre que Dieu dispose souverainement de l'univers, nions-nous la liberté de l'homme, avec sa responsabilité morale qui en dépend? Encore moins.


Nier la liberté de l'homme, le supposer contraint dans sa désobéissance, ou même dans son obéissance, ce serait renverser le fondement de toute la morale, de toute la religion, plus spécialement de la religion chrétienne.

 

Mais, par un second mystère plus impénétrable encore que le premier, la liberté humaine s'allie, sans s'aliéner, à la Souveraineté Divine, qui la contient sans la contraindre, et la dirige sans la déterminer.

 

N'entrons pas plus avant dans ce double problème, que la philosophie a toujours trouvé insoluble, et que l'Ecriture elle-même a laissé irrésolu.

 

Constater, comme des faits coexistants, tout contradictoires qu'ils paraissent, l'action réelle de l'homme et la toute-puissance de Dieu, la pleine liberté de l'homme et la Souveraineté Absolue de Dieu, c'est tout ce que nous pouvons faire.

 

Aussi bien, c'est une assez glorieuse prérogative, pour un être créé, que d'avoir été fait capable du vouloir et du devoir, sans prétendre absorber dans son initiative empruntée l'initiative créatrice d'où elle émane.

 

Quoi qu'il en soit, je me trouve dépendre à la fois de deux plans dont les secrets rapports m'échappent, le plan de Dieu et mon propre plan.

 

Mais le premier de ces plans s'accomplissant infailliblement, ou avec l'autre, ou sans l'autre, ou contre l'autre, le domine toujours, sans l'écraser jamais ; ce que l'on ne saurait exprimer ni avec plus de concision, ni avec plus de vérité, que l'a fait Salomon :

 

« Le coeur de l'homme délibère de sa voie, mais l'Éternel conduit ses pas (5). »

L'expérience achèvera de nous éclaircir cette doctrine profonde.

 

L'histoire des peuples, celle des grands hommes, celle de tous et de tous les jours, révèlent également à l'observateur attentif un plan de Dieu, décidant de tout, sans porter atteinte à l'action libre de l'homme.

(Suite)

 

Bible

Croix Huguenote

 

-1. Le prédicateur rencontre parfois, en méditant sur sa matière, des passages de l'Ecriture propres à confirmer ou à éclaircir celui qui lui sert de texte, mais qu'il ne trouve pas l'occasion de développer dans son discours. Ce sont ces passages que je range sous le titre de Textes parallèles.

 -2. Rom. VIII, 3. 

-3. Par cette double relation du prophète, où semble se refléter la double nature du Fils de Dieu, ce prophète des prophètes, Jérémie représente à la fois Dieu auprès de son peuple et son peuple auprès de Dieu. C'est pour cela qu'on le voit, tour à tour, s'identifier tellement avec le Dieu qui parle par lui, qu'il épouse sa juste vengeance, et avec le peuple dont il est la chair et le sang, qu'il croit souffrir lui-même tous les maux dont il le menace. De là ce merveilleux dialogue, où la parole passe, sans transition indiquée, de celui qui frappe à celui qui est frappé (de 18 à 19, 20; de 21, 22 à 23, 25), Jérémie s'effaçant, tantôt devant le Dieu qu'il annonce, tantôt devant le peuple qu'il personnifie.
-4. Ps. CXIX, 91. 
-5. Prov. XVI, 9.
 
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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 19:17
La tristesse selon Dieu produit la repentance (dernière partie)

Car l’amour est fort comme la mort,

(Cantique 8:6).



De qui cet amour aussi puissant que le conquérant des monarques, le destructeur de la race humaine peut-il être ?

 

Cela ne sonnerait-il pas comme une satire si c’était appliqué au pauvre et faible amour, à peine vivant, que j’ai pour Jésus mon Seigneur ?

 

Je l’aime de tout mon coeur et peut-être, par Sa Grâce, pourrais-je même mourir pour Lui ; mais en ce qui concerne mon amour lui-même, il supporte à peine la moquerie, sans parler d’une mort cruelle.

Assurément, c’est de l’amour de mon bien-aimé qu’il est parlé ici : l’amour de Jésus, l’incomparable passionné des âmes.

 

Son amour a été vraiment plus fort que la plus terrible des morts, car il a enduré l’épreuve de la foi triomphalement.

 

Ce fut une mort lente, mais l’amour a survécu au tourment ; une mort honteuse, mais l’amour a méprisé la honte; une peine de mort, mais l’amour a porté nos péchés ; une mort oubliée, solitaire, de laquelle le Père éternel a détourné sa face, mais l’amour a supporté la malédiction et a fait briller sa gloire au-dessus de tout.

 

Amour incomparable, mort incomparable.

 

C’était un duel sans espoir, mais l’amour a remporté la palme.

 

Qu’en dis-tu, mon coeur ?

 

Ne ressens-tu aucune émotion en toi en contemplant tant d’ affection dans le ciel ?

 

Oui, mon Seigneur, j’ai hâte de ressentir ton amour brûlant en moi comme une fournaise.

 

Viens, toi-même, et enflamme l’ardeur de mon esprit.


"Pour chaque goutte de sang
Ainsi versé pour me faire vivre,
Ô pourquoi, pourquoi n’ai-je pas
Un millier de vies à donner ?"



Pourquoi devrais-je désespérer d’aimer Jésus d’un amour aussi fort que la mort ?

 

Il le mérite ;  j’en ai envie.

 

Les martyrs ont ressenti un tel amour, eux qui n’étaient que chair et sang, alors pourquoi pas moi ?

 

Ils ont pleuré sur leur faiblesse et pourtant, c’est par la faiblesse qu’ils ont été rendus forts.

 

La grâce leur a donné à tous cette fermeté infléchissante: la même grâce existe pour moi. Jésus, amoureux  de mon âme, déverse dans mon coeur un tel amour, ton amour.

 

 

Charles Haddon Spurgeon par Alexander Melville

Charles Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

 

 

Bible

Croix Huguenote

 

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Charles Spurgeon

" J'avoue que je donnerais à peine un penny pour tout salut que je pourrais perdre. La vie éternelle est la chose dont nous avons besoin, la Vie de Dieu, qui ne peut jamais changer ou être enlevée de nous, et c'est ce qui est donné à toutes celles et ceux qui croient en Jésus Christ."

Car, lorsque que nous étions
encore sans force,
Christ, au temps marqué,
est mort pour des impies
 (Romains 5-6)

Croix Huguenote

  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite ?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

Croix Huguenote 

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