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Vie Protestante Réformée

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Jean Calvin

"Puisque Dieu, par conséquent, nous justifie par la Médiation du Christ, Il nous Acquitte, non pas par l'aveu de notre innocence personnelle, mais par une imputation de la justice ; de sorte que nous, qui sommes injustes en nous-mêmes, sommes considérés comme Justes en Jésus Christ."

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 23:00
Des hommes de Dieu pour secouer les gens pieux

Un prophète, c'est connu, n'est pas populaire, surtout dans son pays. Les pro­phètes de l'Ancien Testament, toujours à l'affût d'une infidélité, avaient fort à faire avec le peuple d'Israël.

 

Sans cesse, et à tous les niveaux, ces serviteurs de Dieu hors du commun ont rappelé les exigences de Dieu et de sa loi, dénoncé avec vivacité le péché et procla­mé avec ardeur le pardon de Dieu pour quiconque s'humilie et croit.

 

Mais le peuple a bien souvent préféré suivre les faux prophètes.

 

De nos jours, les prophètes sont rares.

 

Le ministère de prophète tel que l'Ancien Testatment  l'enseigne n'existe plus, car la révélation est complète.

 

Il faut entendre par «pro­phète» un homme choisi par Dieu et qui est porteur d'un message particulier (repen­tance de l'Eglise, réveil).

 

Le prophète ne peut, en aucun cas, prédire l'avenir ou compléter la révélation.

 

Son message s'adresse uniquement à l'Eglise, c'est-à-dire aux croyants, et son contenu est le rappel de la loi de Dieu, autrement dit, de la volonté pour son peuple.

 

Les responsables du peuple d'Israël en un temps ne brillaient pas pour leur fidélité.

 

Esaïe les compare à des chiens muets !

 

Ses gardiens sont tous aveugles, sans intelligence; ils sont tous des chiens muets, incapables d'aboyer; ils ont des rêveries, se tiennent couchés, aiment à sommeiller (Es 56.10).

 

Un chien qui n'aboie pas quand le danger est là n'est plus un chien !

 

Le parallélisme avec nous est saisissant.

 

Laissons au Chrétien le soin d'aller plus loin dans ses réflexions... et, peut-être, d'aboyer !

 

Une chose est évidente : L'Eglise a besoin de prophètes pour secouer les «gens pieux», pour leur rappeler que Dieu est un Dieu trois fois saint et que Sa Volonté est Immuable et Eternelle.

 

Dieu ne veut pas que son peuple soit dans l'ignorance, mais soit au contraire rendu intelligent. 

 

L'apôtre Paul le dit clairement :

 

"Ne vous confor­mez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intel­ligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu: ce qui est bon, agréable et parfait (Rom 12.2)".

 

Si Dieu nous donne une intelligence renouvelée, c'est pour s'en servir ! Et réflé­chir.

 

Les apôtres étaient des hommes de réflexion.

 

Ils savaient tenir un discours, réfuter les erreurs de leur temps et exposer les vérités chrétiennes.

 

L'Eglise a tenu des siècles durant à tous les assauts de l'Ennemi parce qu'elle comptait en ses rangs des docteurs (connaisseurs et enseignants de la Parole) et des apologètes qui savaient prendre les armes de la Parole et de l'Esprit pour réfuter les fausses doctrines.

 

Tout combat chrétien exige, qu'on le veuille ou non, un sérieux effort de réflexion.

 

De là débouchent nécessairement l'action et l'engagement.

 

Ré­fléchir avant, agir ensuite, et non l'inverse !

 

Si les chrétiens se mettent à réfléchir, à «réflexionner» bibliquement, alors l'Eglise connaîtra véritablement un renouveau spirituel.  

 

Amen,

 

 

Paul Ranc,

Bible

Croix Huguenote

 

 

 

 

 

Source : Promesses 

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 22:46
Le Langage
Le langage

 

 

1. L'expression de la pensée

 

Un auteur français a dit en plaisantant que le langage avait été donné à l'homme pour déguiser sa pensée.

 

Telle n'est pourtant pas la volonté du Créateur.

 

Nous considérerons cet aspect du langage humain dans un des paragraphes suivants.

 

Voyons d'abord les côtés positifs de cette faculté remarquable qu'est le langage articulé, propre à l'être humain.

 

L'expérience d'une journée où l'on est totalement aphone a permis à plusieurs de mieux apprécier le fait de pouvoir s'exprimer par l'usage de la parole.

 

Les enfants, à l'âge où ils commencent à parler, nous amusent par leurs expressions bizarres.

 

Mais si cette particularité se prolonge, il en résulte, à juste raison, une vive inquiétude des parents.

 

De même, après un accident touchant le cerveau, les médecins sont particulièrement attentifs à la réadaptation de la faculté du langage.

 

En effet, comment l'être humain fait-il connaître ses pensées et ses sentiments de façon naturelle, sinon par ses paroles ?

 

2. La communication

 

Dans le règne animal, il existe une capacité de communication entre les individus d'une même espèce.

 

Celle-ci est souvent réduite à sa plus simple expression, encore que l'homme n'a pas réussi à tout explorer.

 

Toutefois, le langage articulé est le propre de l'être humain.

 

Qu'une technique avancée permette aussi de transcrire et de transmettre le langage par un support autre que la parole, cela ne le remplacera jamais, car il reste la base de toute communication.

 

3. Puissance et beauté du langage

 

De tout temps, les oeuvres littéraires ont enchanté leurs lecteurs.

 

Elles n'ont de saveur, pourtant, que par la musique de leur langage.

 

La phrase éloquente résonne à nos oreilles, même lorsque nous la lisons mentalement.

 

Que dire alors de l'élocution de l'orateur dont l'objectif est de persuader son auditoire ?

 

Pour présenter le message de l'Evangile aussi, la modestie ne doit pas être confondue avec la médiocrité.

 

Il est dit des apôtres Paul et Barnabas, lors de leur premier voyage missionnaire, qu'ils "parlèrent de telle sorte qu'une grande multitude de Juifs et de Grecs crurent" (Actes 14. 1).

 

Dans ce domaine, toutefois, l'éloquence n'est pas seule en cause, mais bien la puissance du Saint Esprit.

 

C'est aussi le Saint Esprit qui conduisait Etienne de sorte que ses contradicteurs ne pouvaient résister à la sagesse et à l'Esprit par lequel il parlait (Actes 6. 10).

 

Cette éloquence du langage comporte aussi un danger :

 

elle nous empêche de discerner la séduction qui pourrait s'y cacher.

 

C'est l'avertissement donné par l'apôtre Paul :

 

"Par de douces paroles et un beau langage, ils séduisent les coeurs des simples" (Romains 16. 18).

 

L'ennemi de nos âmes a toujours cherché à contrefaire la vérité, mais ce n'est pas une raison pour refuser l'éloquence lorsqu'elle est donnée par Dieu.

 

Le cas d'Apollos est instructif; nul ne lui a reproché son éloquence.

 

Il lui manquait encore la connaissance de certains éléments fondamentaux du christianisme ; Aquilas et Priscilla les lui ont alors communiqués (Actes 18. 24-26).

 

4. Vérité du langage

 

La boutade de l'écrivain citée au début de ce texte nous amène alors à voir l'importance de la vérité dans ce que nous exprimons.

 

Il serait fort long de citer les nombreux versets du livre des Proverbes nous enjoignant de veiller sur ce qu'expriment nos lèvres.

 

La fâcheuse tendance au mensonge ne date pas d'aujourd'hui.

 

Il y a le mensonge caractéristique, et celui-là ne trompe pas beaucoup de gens.

 

Mais le mensonge camouflé en demi-vérité, la vérité tronquée qui laisse l'auditeur perplexe, même celui qu'on appelle le pieux mensonge, voilà tout autant d'usages coupables du langage.

 

Toute vérité n'est pas bonne à dire, certainement ; gardons alors le silence, car "même le fou qui se tait est réputé sage, et celui qui ferme ses lèvres, un homme intelligent" (Proverbes 17. 28).

 

L'apôtre Jacques dit :

 

"Si quelqu'un ne faillit pas en paroles, celui-là est un homme parfait, capable de tenir aussi tout le corps en bride" (Jacques 3. 2).

 

C'est dire la facilité avec laquelle nous commettons des impairs lorsque nous parlons.

 

Faut-il alors toujours se taire ?

 

Le silence peut être pire car il interrompt souvent toute communication et laisse supposer des sentiments négatifs.

 

Revenant à l'épître de Jacques, nous sommes mis en garde contre le langage débridé à cause de ses effets pervers.

 

L'exemple de la fontaine (chap. 3. 11) porte nos pensées vers la source à laquelle notre coeur s'abreuve, car "de l'abondance du coeur, la bouche parle" (Matthieu. 12. 34).

 

Il y a tant de choses mauvaises dans beaucoup d'émissions qui nous envahissent ; allons-nous en faire notre nourriture ?

 

Occupons plutôt nos pensées des choses bonnes, pures, vraies, aimables, etc. (Philippiens. 4. 8), alors notre langage en sera le reflet.

 

5. La Parole de Dieu

 

Pour se révéler à l'homme et communiquer avec lui, Dieu a choisi le langage.

 

Il aurait pu prendre un autre chemin, l'image par exemple, mais Il a parlé le langage de l'homme.

 

Plus que cela encore, Dieu s'est exprimé par le moyen de ses serviteurs en utilisant leur style propre.

 

Chaque époque est caractérisée par une culture particulière, et Dieu a transmis son message au sein de cette culture de façon à être compris.

 

Son message, toutefois, est donné dans un langage supra-culturel qui, aujourd'hui encore, ne présente aucun signe de vieillissement.

 

Cette merveille de la Parole de Dieu confond l'homme du vingtième siècle.

 

Elle est une Parole vivante, une Parole éternelle.

 

Un jour, Dieu a voulu s'approcher davantage de sa créature.

 

Il lui avait parlé par l'entremise des prophètes, mais quand Jésus est venu sur la terre, Lui-même était la Parole devenue chair (Jean 1. 14).

 

"Dieu nous a parlé dans le Fils" (ou en Fils selon le texte original de Hébreux 1. 2).

 

Jésus Christ était révélation de Dieu, sa Personne et tout son comportement exprimait la vérité de Dieu :

 

"Celui qui m'a vu a vu le Père" (Jean 14. 9).

 

6. Le langage humain de Jésus

 

Le Seigneur Jésus, homme parfait, était parfaitement Dieu.

 

Sa Personne, ses actes et tout son comportement était "Parole de Dieu", devenue chair pour habiter parmi nous.

 

Il a parlé la langue de ses concitoyens, le langage du peuple.

 

Des paroles de grâce sortaient de sa bouche (Luc 4. 22), des paroles d'autorité aussi (Matthieu. 7. 29), des paroles propres à confondre ses adversaires (Jean 7. 46).

 

Le prophète l'avait annoncé en mettant ces mots dans la bouche du Messie :

 

"Le Seigneur l'Eternel m'a donné la langue des savants, pour que je sache soutenir, par une parole, celui qui est las" (Esaïe 50. 4).

 

Prenons exemple sur Lui qui a d'abord écouté et dont l'oreille a été ouverte (id. v. 5-6), pour être rendus capables, comme Lui, de communiquer la parole à propos, celle qui est comparée à des pommes d'or incrustées d'argent (Proverbes 25. 11).

 

7. Une langue renouvelée

 

La Parole dit que l'Eternel changera "la langue des peuples en une langue purifiée, pour qu'ils invoquent tous le nom de l'Eternel pour le servir d'un seul coeur" (Sophonie. 3. 9).

 

Notre langage, même le plus correct, n'arrivera jamais au niveau voulu pour pouvoir être reçu tel quel par le Dieu Saint.

 

Mais nous avons les ressources de notre Sauveur dans le ciel, car c'est Lui qui sanctifie nos paroles, et celles de l'Esprit Saint sur la terre qui nous aide dans notre infirmité (Romains. 8. 26).

 

Cette part est celle du croyant dans la période actuelle où l'Esprit de Dieu habite dans l'Eglise.

 

Mais plus tard, la terre entière bénéficiera de l'action de l'Esprit de Dieu.

 

Ce sera alors l'accomplissement de la prophétie de Sophonie car, comme le dit un autre prophète, "la terre sera pleine de la connaissance de l'Eternel, comme les eaux couvrent le fond de la mer" (Esaïe 11. 9).

 

Cette période bénie sera en contraste avec celle d'aujourd'hui où l'on n'ose plus lire ou écouter tout ce qui est véhiculé par certains médias.

 

F. Gfeller,

Bible (116)

Croix Huguenote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Echange

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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 01:02

les-Alpes-de-Felix-Neff.jpg

 

Les plaies de l'Eglise

Voici une lettre où Neff, malgré l'aménité de son caractère, revendique le droit de dénoncer les plaies de l'Eglise.

 

Cette lettre est un peu longue, mais ses directives sont toujours de saison et si claires qu'il est utile de la lire tout entière.

 

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Plusieurs chrétiens, d'ailleurs très respectables, redoutent toute espèce de publicité quand il s'agit des plaies de l'Eglise, et paraîtraient peut-être plus disposés à condamner celui qui les signale que celui qui les fait.

 

Sans doute, il serait bien peu charitable de révéler sans nécessité à un monde incrédule ou indifférent, les erreurs ou les péchés qui troublent quelquefois l'intérieur de la famille de Jésus-Christ.

 

Mais serait-il beaucoup plus chrétien, celui qui ne s'affligerait des misères du peuple de Dieu qu'à cause du monde, et qui mettrait plus de soin à les cacher qu'à les guérir ?

 

Quoi ! Pourvu que la coupe parût nette aux yeux des hommes, on se soucierait peu des souillures dont elle est remplie !

 

Il suffirait d'être couvert d'une peau de brebis pour ravager impunément les troupeaux du Seigneur !

 

Et si quelqu'un voulait donner l'alarme et crier au loup, on lui imposerait silence, et on ferait peut-être feu sur lui, tandis que le véritable ennemi continuerait librement ses déprédations !

 

Appellerait-on cela sagesse ou charité, ou même justice ?...


Est-il bien sûr, d'ailleurs, que le monde ignore tous les maux dont nous gémissons, et qu'il attende, pour s'en apercevoir et pour en être scandalisé, que l'Eglise elle-même les ait signalés?...

 

Si un chrétien égaré publie dans son aveuglement des principes dangereux, s'il affiche et fait sonner bien haut des prétentions ambitieuses, s'il pèche ainsi publiquement, serait-il donc moins une occasion de chute que celui qui, jaloux de la gloire de son Dieu, protestera, au nom de l'Evangile, contre de tels abus, et se bornera à déclarer que ce n'est point là la doctrine que nous professons ?


Oh! mes frères, s'il en est quelques-uns parmi nous qui aient jugé des personnes et des choses d'après ces principes relâchés, qu'ils sondent leur coeur devant Dieu et qu'ils se demandent si c'est là marcher de droit pied selon l'Evangile ?

 

N'est-ce pas là plutôt pervertir le droit et tolérer le mal ?

 

Bien plus, c'est l'encourager, c'est le prendre sous sa protection, et s'en rendre responsable.


D'autres pensent que, s'il est nécessaire d'attaquer les erreurs et les abus, il faut au moins laisser entièrement les personnes de côté.

 

Sans doute, quand on peut le faire sans s'exposer à manquer son but !

 

Mais les choses vont rarement sans les personnes ; souvent cette distinction devient impossible ; et tant s'en faut que la Bible la fasse toujours.


Quand un pays est menacé d'une épidémie, il ne suffit pas, pour en arrêter les progrès, de publier une froide dissertation sur la maladie ; il faut encore indiquer, autant qu'on le peut, les lieux qui en sont infectés.

 

Je n'ai jamais rien compris, à cette charité qui sacrifie le tout à la partie et le bien public à l'intérêt particulier.

 

Ce serait, par exemple, une singulière charité que celle qui, de peur de nuire à un pharmacien dont les drogues seraient avariées, exposerait la santé et la vie de tous les habitants d'une ville, - ou qui, pour ménager les intérêts ou l'amour-propre d'un régent [instituteur] ignare ou paresseux, négligerait l'éducation d'une génération tout entière ! ...

La forme n'est pas indifférente

D'autres enfin, et c'est peut-être le plus grand nombre, perdent de vue l'importance des choses mêmes, pour s'attacher à la forme, et se plaindre du ton sur lequel on parle.

- « Il fallait dire tout cela ; mais on pouvait le dire autrement. » -

 

Non, car si l'écrivain, en choisissant ses expressions, n'a eu d'autre but que de rendre avec force et clarté toute sa pensée, on ne peut guère toucher à sa phrase sans en changer ou en affaiblir le sens ; et dès lors, ce n'est plus dire la même chose autrement, c'est dire autre chose...

 

Je n'ignore pas que, dans le monde, il est assez généralement reçu de ne dire, en fait de choses désagréables, qu'une partie de ce que l'on pense, et de laisser deviner le reste ; mais le chrétien doit-il imiter ce langage hypocrite, qui, bien souvent d'ailleurs, n'est qu'un raffinement de malignité ?


Quelques-uns exigeraient qu'un écrivain chrétien ne s'animât jamais que pour louer ou bénir, et voudraient lui interdire en tout temps une sainte indignation à la vue du mal ; mais lisez la Bible, et voyez si les hommes inspirés et le Sauveur lui-même ont toujours agi avec cette froide réserve qu'on voudrait nous imposer et qui ressemble beaucoup à l'indifférence ! Moïse était le plus doux des hommes (Nombres XII : 3), et cependant il jette à terre et brise les tables de la loi à la vue du veau d'or (Exode XXXII : 19).


D'ailleurs, quand on sentirait et qu'on exprimerait trop vivement les choses, cesseraient-elles pour cela d'être vraies et importantes ? et ne devrait-on plus du tout être écouté ? »


« Oui, oui, non, non. »

« Est-ce juger, écrit-il ailleurs, que de dire d'un homme qui blasphème, que c'est un impie ; d'un homme qu'on voit sortir tous les jours de la taverne en chancelant, que c'est un ivrogne ? Est-ce juger que de dire d'un homme qui nie la Divinité du Sauveur et la nécessité de son sacrifice, la corruption de l'homme et l'action du Saint-Esprit dans le coeur des croyants, et qui le fait publiquement dans ses discours ou ses écrits ; est-ce juger que de dire : Voilà un incrédule, un ennemi de la croix de Christ ? « L'homme spirituel juge de tout » et son jugement est juste parce qu'il est basé sur la loi de Dieu, et non sur les préjugés et les maximes du monde. » 


Neff professait la vérité, n'admettant aucun compromis travestissant la réalité Chrétienne.

 

Mais il la professait toujours dans la charité, contrairement au légalisme froid et si plein de hauteur suffisante se posant sur une orthodoxie vide de Dieu même.

 

 

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Bible

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 09:03
La croix (Dernière partie)

La Croix

Par Ernest Dhombres


 

Je n'ai pas jugé que je dusse savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ! (1 Corinthiens 2.2)

 

Pourquoi saint Paul ne veut-il savoir qu'une chose, Christ et Christ crucifié ?

 

Pourquoi n'ajoute-t-il pas à cet enseignement étrange un catalogue d'obligations et de préceptes ?

 

Parce que cet enseignement étrange comprend d'avance toutes les obligations et tous les préceptes possibles, et les revêt du caractère le plus impérieux et le plus sacré.

 

Quel devoir n'est pas supposé et fortifié par la Croix ?

 

Est-ce l'amour de Dieu, le respect dû à son nom, ou la soumission à sa volonté ?

 

Est-ce l'amour des hommes, la bonté, la générosité, la compassion, le dévouement ?

 

Est-ce la justice ou la probité ? Est-ce la tempérance ?

 

Est-ce la pureté du cœur et des mains ?

 

D'autre part quel péché n'est pas dévoilé et réprouvé par la Croix ?

 

Est-ce l'égoïsme ou l'orgueil ? Est-ce l'injustice ou la haine ?

 

Est-ce la ruse ou la vengeance, l'avarice ou l'impureté...ou tout simplement un peu trop de complaisance pour nous-même, d'attachement aux biens terrestres, d'amour de notre repos et de nos aises, de froideur pour le service de Dieu et de nos frères ?

 

Ah ! qui ne sent que de ce sommet sublime, qu'on appelle la Croix, la conscience clairvoyante signale et condamne tout mal avec une indicible énergie et qu'elle découvre de secrets péchés là même où auparavant elle n'en soupçonnait pas ?

 

Qui ne sent aussi qu'elle voit apparaître sous un nouveau jour toutes les obligations qu'elle portait gravées au dedans d'elle et qu'elle en reconnaît de nouvelles dont l'homme du monde n'a pas même la pensée ?...

 

Et tous ces devoirs, si vivement retracés à la conscience, se rapportent à Dieu et au Dieu de la Croix.

 

Oh ! comme ils se simplifient et s'élèvent par une fin si haute !

 

Même les plus indirects, même les plus lointains sont des devoirs envers Dieu.

 

Les plus petits montent au niveau des plus grands ; les plus grands sont aussi naturels, aussi obligatoires que les plus petits.

 

Tous grandissent, tous se renforcent, tous se revêtent d'une gravité nouvelle, tous se colorent de ce reflet sacré : le service de Dieu, la gloire de Dieu !

 

Mais il ne suffit pas que la morale du Calvaire place devant nous tous nos devoirs rattachés à Dieu, leur principe et leur fin, il faut encore qu'elle mette dans notre âme un mobile souverain pour les accomplir.

 

C'est ici l'échec de la morale humaine, et le triomphe de la Croix.

 

« Je ne veux savoir qu'une chose, c'est Christ et Christ crucifié ! »

 

Mais savoir cela, c'est savoir que j'étais coupable et que je suis gracié, que j'étais ennemi et que je suis réconcilié, que j'étais perdu et que je suis sauvé !

 

C'est savoir que Celui qui m'a sauvé, ce n'est pas un homme, ce n'est pas un ange, mais le Fils unique de Dieu.

 

« Dieu lui-même béni éternellement ! »


C'est savoir que pour me sauver il s'est abaissé, il s'est dépouillé de sa gloire, il s'est anéanti, « il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, à la mort même de la Croix ! »

 

C'est savoir que le plus grand amour s'est déployé envers la plus pauvre des créatures au prix du plus grand des sacrifices...


Réponds, ô mon âme, un tel amour ne te touche-t-il pas,ne te remue-t-il pas jusqu'au fond, ne te contraint-il pas à aimer ?

 

Ah ! si cet effort suprême de la charité divine te laisse insensible, alors il faut dire que toutes les analogies sont confondues, que toutes les lois de l'affection sont démenties, qu'un père peut être aimé, qu'une épouse peut être aimée, qu'un bienfaiteur peut être aimé...et que, seul dans l'univers, Dieu ne peut pas l'être !

 

Mais-ce serait là calomnier le cœur humain et Dieu qui l'a formé.

 

Grâces lui en soient rendues, malgré toute notre tiédeur, toute notre indifférence, toute notre dureté, Dieu a réussi à se faire aimer de nous par la Croix.

 

La charité du Calvaire a trouvé un écho.

 

Un peuple s'est levé du pied de cette croix, s'écriant avec saint Jean :

 

Nous l'aimons parce qu'il nous a aimés le premier, et avec saint Paul : Si un est mort pour tous, tous aussi sont morts afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux.

 

Et ce peuple de rachetés, aimant Dieu, a aimé ce qu'il aime.

 

Il a aimé sa loi et l'a trouvée douce ; il a aimé sa volonté et l'a trouvée bonne, agréable et parfaite ; il a aimé son joug et l'a trouvé aisé ; il a aimé son fardeau et l'a trouvé léger !

 

Voilà le mobile souverain de la morale chrétienne ; et voilà du même coup sa mesure glorieuse, son sublime idéal.

 

Jusqu'où devons-nous porter l'amour de Dieu ?

 

Jusqu'où il a porté lui-même son amour envers nous.

 

Ne voyez-vous pas ici l'infini s'ouvrir devant vous, au lieu des horizons bornés de la morale humaine ?

 

Dieu s'est donné en Jésus-Christ, nous devons nous donner à notre tour.

 

Il s'est sacrifié, nous devons nous sacrifier après Lui.

 

« Je vous exhorte donc, mes frères, par les compassions de Dieu, que vous vous offriez vous-mêmes en sacrifice vivant et saint, ce qui est votre service raisonnable. »

 

Le sacrifice, voilà donc non seulement le dernier mot, mais le premier de la vie chrétienne. La morale humaine ne connaît pas ce programme héroïque : elle nous parle de devoir, d'obéissance, de progrès, d'amélioration, de correction, mais elle ne nous parle pas de sacrifice ; tout au moins elle n'en parle que comme d'un acte extrême dans une conjoncture extrême, mais jamais elle n'oserait le présenter comme notre service raisonnable.

 

La morale de la Croix, au contraire, place le sacrifice à la base comme au sommet de l'édifice moral, au seuil comme au terme de la carrière.

 

« Si quelqu'un veut venir après moi, a dit Jésus, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. »

 

Je ne veux savoir qu'une chose, c'est Christ et Christ crucifié.

 

Savoir cela, le savoir du cœur et de l'âme, c'est se détacher de soi-même, s'arracher à soi-même pour se donner à Dieu.

 

Savoir cela, c'est, selon le hardi mysticisme de saint Paul, être fait une même plante avec Christ dans la conformité à sa mort, c'est monter avec Lui sur la Croix, et consentir à ce que le monde nous soit crucifié et nous au monde.

 

Savoir cela, c'est attacher à cette Croix non seulement nos péchés, nos convoitises, notre orgueil, notre impureté, notre avarice, nos idolâtries, tout ce qui doit mourir en nous, mais encore tout ce qui doit vivre, nos facultés, nos affections, notre volonté, notre profession, notre fortune, notre influence, nos biens de toute sorte, afin que tous ces éléments légitimes de notre vie renaissent du sein de l'holocauste en vivante offrande au Seigneur !

 

On connaît ce mot de Calvin, notre Réformateur :

 

« O Dieu, je t'apporte mon cœur comme immolé : Cor meum tibi veluti mactatum offero. »

 

Immolation, voilà bien la devise de cette grande vie ; immolation âpre et stoïque plutôt qu'enthousiaste et passionnée, mais immolation pourtant, à la vérité, au devoir, à l'invisible, à Christ, à Dieu !

 

Mais cette devise, où l'avait-il lue, si ce n'est sur la Croix ?

 

Et c'est parce que avant lui et après lui des milliers d'âmes aussi l'y ont lue, qu'on a vu de tout temps dans l'Église de Dieu l'immolation à l'ordre du jour et le sacrifice en permanence ; qu'on y a contemplé un amour effaçant tous les autres amours, un dévouement effaçant tous les autres dévouements, une acceptation empressée, une sainte passion de la douleur, et que toutes les fois que ce Roi couronné d'épines, a demandé à ses sujets quelque coûteux sacrifice, quelque sanglant témoignage, il s'en est levé de toutes parts, pour Lui dire :

 

O Dieu, je t'apporte mon cœur comme immolé !

 

On a voulu nier cette connexion entre la Croix et l'esprit de sacrifice, on a prétendu en rejetant le dogme chrétien conserver la morale chrétienne.

 

O folie et ingratitude !

 

Quoi ! n'est-il pas visible comme à l'œil sur la grande scène de l'histoire, que c'est du sacrifice du Calvaire qu'a daté dans l'humanité l'ère du renoncement à soi-même et de l'immolation à Dieu et aux hommes !

 

Quoi ! sans Jésus-Christ crucifié, auriez-vous eu saint Paul, auriez-vous eu Calvin, auriez-vous eu Vincent de Paul et Elisabeth Fry, auriez-vous la race indéfectible des chrétiens mettant leur vie pour leurs frères, ou portant humblement leurs croix ?

 

Ah ! essayez de la supprimer, la Croix de Golgotha, ou, ce qui revient au même, essayez de supprimer dans cette Croix la folie de la Rédemption, et vous aurez supprimé sur la terre la folie du sacrifice...

 

Alors vous chercherez dans l'Église chrétienne des apôtres, des martyrs, des missionnaires, des diaconesses ou des sœurs de charité...et vous ne les trouverez plus !

 

Mais grâces à Dieu, l'arbre sanglant de la Croix est planté trop avant dans le sol de ce monde, et il y a jeté de trop profondes racines pour que vous puissiez l'en arracher jamais !

 

Et voilà pourquoi il y aura toujours un peuple de la Croix qui dira par sa sainteté, par sa charité, par son renoncement, par le don joyeux de soi-même, et s'il le faut par l'effusion de son sang : Je ne veux savoir qu'une chose, c'est Christ et Christ crucifié !

Ma soeur, mon frère, il est temps de nous demander si nous sommes de ce peuple et si nous pouvons prononcer pour nous-mêmes cette grande parole.

 

Il est temps de nous demander si nous avons accepté la doctrine et la morale de la Croix, si la Croix est toute notre doctrine et toute notre morale.

 

Il est temps de nous demander si nous nous en sommes tenus jusqu'ici aux abords, à la surface du christianisme ou si nous avons été jusqu'à ce fond intime, jusqu'à ce centre vital.

 

Il est temps de nous demander si cette Croix est pour nous un vague symbole, une théorie stérile, ou bien une réalité, une expérience, une vertu, une vie.

 

Il est temps de nous demander enfin, si aux pieds de la Sainte Victime nous nous sommes sentis humiliés et relevés, consolés et régénérés dans le fond de notre être, et si Christ crucifié est désormais notre lumière, notre force, notre unique et parfaite espérance dans la vie et dans la mort...

 

Dans la mort, avons-nous dit ?

 

Écoutez comment Jésus-Christ crucifié est notre seule consolation à l'heure suprême.

 

En 1740, Frédéric-Wilhelm Ier, roi de Prusse, père dugrand Frédéric 3, se trouvant sur son lit de mort, fit appeler son chapelain, le pasteur Daniel Jablonsky.

 

Celui-ci exhorta le monarque à un sévère examen de sa vie, et ne craignit pas de lui rappeler, avec un rare courage, certaines circonstances propres à éveiller son repentir.

 

Le monarque irrité se tourna contre la paroi pour couper court à cet entretien.

 

Jablonsky revint au bout de quelque temps.

 

Mais, entre ces deux visites, le Souverain pasteur des âmes avait agi sur le royal malade.

 

Voyant venir son chapelain : « Vous avez raison, dit Frédéric-Wilhelm, je suis un grand pécheur et j'ai fait ce qui déplaît devant l'Éternel. »

 

Alors il fit apporter sa couronne et son sceptre, ordonna qu'ils fussent placés sur une table devant lui, les considéra pendant quelques minutes, puis, joignant les mains, il se mit à prier :

 

« Seigneur Jésus, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, tu m'avais établi roi sur beaucoup d'hommes pour maintenir la justice et le bon droit. Je te confesse mes péchés et te supplie de me faire grâce. Voilà, je jette ma couronne et mon sceptre à tes pieds sanglants. C'est dans tes plaies que je cherche le pardon de toutes mes offenses ! »

 

Alors le chapelain, d'une voix émue :

 

« Grand monarque, puisque tu t'humilies devant le Roi des rois et que tu cherches la rémission de tes péchés dans son sang, en vérité je te le dis : tous tes péchés te sont pardonnés. »

 

Dès ce moment, et jusqu'à la fin, le pasteur put offrir au roi mourant les consolations de la Parole éternelle.

 

Mes frères, rois ou sujets, puissants ou chétifs d'ici-bas, riches ou pauvres en science, en fortune ou en gloire humaine, bientôt la mort nous réduira tous à la même ignorance, à la même pauvreté, au même néant devant Dieu.

 

Ah ! daigne le Seigneur nous révéler à tous, par l'Esprit, avant qu'il soit trop tard, l'unique science qui pourra nous faire traverser en paix les ombres du sépulcre, et nous montrer, au-delà du voile, ouvert pour nous recevoir, le sein d'un Dieu Sauveur :

 

Christ et Christ crucifié !

 

Amen.


 

Ernest Dhombres,

Pasteur Protestant Réformé

ernest dhombres



1
Ce discours a été prêché un vendredi
2
Adolphe Lèbre
3
J'emprunte ce récit à l'un des plus anciens et des plus respectables de nos journaux  du canton de Vaud.

Bible

Croix Huguenote

 

 

 

 
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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 09:02
La croix (2ème partie)

La Croix

(Suite)

Par Ernest Dhombres


 

Je n'ai pas jugé que je dusse savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ! (1 Corinthiens 2.2)

 

Si c'est le péché qui crée l'obstacle entre Dieu et nous, il faut que cet obstacle soit levé, et il ne peut être levé que par la Croix.


C'est là notre seconde assertion, que nous allons justifier comme la première.

 

Nul ne prétendra sans doute que Dieu soit indifférent au péché et ne veuille pas le punir.

 

Quoi ! la conscience nous le reprocherait et Dieu ne nous le reprocherait pas ?

 

La conscience nous condamnerait et Dieu ne nous condamnerait pas ?

 

Que serait donc alors la conscience ?

 

Elle ne serait qu'une illusion, une illusion d'acoustique, comme on l'a dit.

 

Nous croirions entendre dans cette voix intérieure et supérieure la voix de Dieu, et nous ne l'entendrions pas ?

 

Derrière la conscience il n'y aurait rien, ou ce qui revient au même, ce qui serait pis encore, il n'y aurait qu'un Dieu, indifférent au péché, qui ne réagirait en rien contre lui, qui verrait du même œil et qui accueillerait du même sourire dans son ciel dérisoire, le juste et l'impie, le chaste et l'impur, l'oppresseur et la victime, Lazare et le mauvais riche, saint Paul et Néron !...

 

Non cela ne se peut ; un tel Dieu vous ferait horreur et vous souscrivez tous à cette parole d'un penseur chrétien : le Roi du ciel ne peut signer que des paix glorieuses !

 

Mais comment se fera donc la paix entre l'homme pécheur et le Dieu saint ?

 

Le voici, dites-vous peut-être : la bonté de Dieu pardonnera au repentir.

 

La bonté de Dieu, le repentir ! Mots sacrés qui font vibrer sympathiquement notre cœur comme le vôtre.

 

La bonté de Dieu ! à Dieu ne plaise qu'un prédicateur de l'Évangile songe jamais à la nier ou seulement à la restreindre !

 

Le repentir ! à Dieu ne plaise qu'un prédicateur de l'Évangile puisse jamais en méconnaître la valeur !

 

Toutefois, ni selon les Écritures, ni selon la conscience humaine, la bonté de Dieu et le repentir de l'homme ne suffisent pour faire descendre le pardon dans l'âme du coupable et pour lever l'obstacle entre l'homme et Dieu, le péché.

 

A prendre l'ensemble des Écritures, le pardon s'y trouve lié à une réparation, à une expiation, à un mystérieux sacrifice offert à la sainteté de Dieu par un représentant de l'humanité pécheresse.

 

C'est le sens de la première prophétie de la Genèse annonçant la rédemption future, et des hymnes suprêmes de l'Apocalypse célébrant la rédemption accomplie.

 

C'est le sens de ces innombrables sacrifices prescrits par Dieu lui-même, et qui constituent le fond même du culte de la première alliance.

 

C'est le sens de cet agneau pascal immolé chaque année dans chaque foyer israélite, c'est le sens de cet autre agneau immolé chaque jour dans le tabernacle ou dans le temple.

 

C'est le sens de « l'homme de douleur » promis et décrit par les prophètes.

 

C'est le sens des paroles de Jésus-Christ sur sa propre mort, c'est le sens de l'institution de la sainte Cène.

 

C'est le sens de la vie du Sauveur commentée par tous ses apôtres.

 

A travers la série des révélations de Dieu, le pardon nous apparaît indissolublement lié au sacrifice de la Croix.

 

Et cette réparation nécessaire selon les Écritures, est également nécessaire selon la conscience humaine.

 

En supposant que Dieu lui octroyât un pardon sans une réparation positive, la conscience ne l'accepterait pas, la conscience n'y croirait jamais ; car si elle est trop souvent muette et endormie, quand elle se réveille, quand elle élève du fond des entrailles de l'humanité sa grande voix, elle est sévère, elle est implacable !

 

J'en appelle à ce besoin d'expiation qui, à côté d'une foi instinctive en la bonté de Dieu, s'est traduit dans tous les cultes, sous des formes grossières, monstrueuses, criminelles même, mais significatives jusque dans leurs derniers égarements.

 

J'en appelle au repentir lui-même, si souvent supposé, mais en réalité si rare dans un cœur d'homme.

 

Le repentir, même le plus sincère, même le plus poignant, prouve-t-il la paix à l'âme qui l'éprouve ?...

 

Ah ! c'est le propre de cette noble douleur que, comme celle de Rachel, elle ne veut pas être consolée.

 

C'est précisément à ceux qui sont le plus accablés sous le poids du repentir, que vous ne ferez jamais croire que le repentir suffise pour leur obtenir le pardon de leurs péchés...à moins que vous ne leur montriez quelque part sous le ciel une réparation positive, à laquelle ils puissent rattacher leur espoir brisé.

 

Eh bien ! venez âmes repentantes et regardez à la Croix !

 

C'est là que le Fils de Dieu, devenu homme pour sauver les hommes, souffre et meurt pour vous.

 

C'est là que Celui qui était « saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs et élevé au-dessus des cieux, » se confond avec les pécheurs, entre avec eux dans une solidarité mystérieuse mais entière, et descend pour eux dans les abîmes de la mort.

 

Regardez à la Croix, et écoutez autour de cette Croix ce concert de voix inspirées.

 

Écoutez Esaïe : « Il a été navré pour nos forfaits et froissé pour nos iniquités. Le châtiment qui nous apporte la paix est tombé sur Lui et par ses meurtrissures nous avons la guérison. »

 

Ecoutez saint Pierre : « Christ a souffert une fois pour les péchés, lui juste pour les injustes, afin qu'il nous amenât à Dieu. »

 

Ecoutez saint Paul : « Celui qui n'avait point connu le péché a été fait péché pour nous, afin que nous devenions justice de Dieu en Lui. »

 

Écoutez saint Jean : « C'est Lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux de tout le monde. »

 

Voilà la Croix interprétée par les organes autorisés de Dieu, les apôtres et les prophètes.

 

Sans doute un profond mystère enveloppe ce sacrifice, et ces ténèbres qui, à la mort du Christ se répandirent sur la nature visible, semblent être restées autour de cette mort et la voilent aux yeux de notre faible intelligence.

 

Mais du sein de ces ténèbres, une lueur consolante et décisive me montre ces mots écrits sur la Croix : Va-t-en en paix, tes péchés te sont par-donnés !

 

Ma raison s'étonne et se trouble, c'est ici la folie de l'Évangile, mais mon cœur adhère et ma conscience est apaisée.

 

La voilà cette réparation impérieusement réclamée par les instincts de l'âme humaine.

 

Le voilà ce sacrifice de réconciliation préfiguré au sein du peuple juif et pressenti par le monde païen.

 

Le voilà ce fait rédempteur, antithèse glorieuse et victorieuse du fait du péché.

 

Le voilà cet acte du libre amour divin qui peut seul briser le cercle fatal de corruption, de condamnation et d'impuissance où est enfermée l'humanité pour lui rouvrir les sources de la paix et de la vie.

 

C'est parce que cet acte suprême, éternellement conçu dans le plan de Dieu, s'est accompli il y a 20 siècles, c'est parce que l'Agneau de Dieu, déjà immolé avant la fondation du monde, s'est offert un jour sur la Croix, que le pardon du Saint des saints a pu tomber sur un monde coupable.

 

C'est en vue de cette réparation solennelle que Dieu a pu pardonner à l'Israélite repentant et même, osons l'espérer, au pauvre païen soupirant après une délivrance inconnue.

 

C'est par suite de cette expiation efficace que tout pécheur brisé et demandant à Dieu sa grâce l'obtiendra, serait-ce le dernier des criminels gravissant les marches d'un échafaud !

 

C'est parce que cette Croix est dressée entre le ciel et la terre, dominant tous les temps et tous les lieux, que Dieu supporte la terre et laisse descendre sur elle les feux du jour et la rosée des nuits ; que ce Père céleste n'arrête pas le fleuve des générations humaines et nous appelle encore, nous et nos compagnons de misère, au bienfait de la vie !

 

Telle était la conviction reconnaissante qui remplissait un jour l'âme d'un jeune philosophe chrétien prématurément enlevé à la science et à la foi (2).

 

Il parcourait avec ravissement les sommets des Alpes et il ne pouvait séparer, dans ses adorations, le Dieu de la nature du Dieu de la grâce.

 

« Il a donc fallu le Calvaire, s'écriait-il, pour la moindre de nos joies, comme pour l'immensité du salut. Ce n'est pas seulement l'éternité qu'il nous rend. Tout ce qui nous reste d'amour, d'espoir et de beauté ; tout ce qui charme la vie, ces doux noms d'enfant, de mère et d'épouse ; tous les trésors du cœur, toutes ces grâces enfin que chaque heure prodigue à tous ont été répandues sur nous avec le sang de la Croix. Ce sang, partout je l'entendais jaillir, partout je voyais ses ruisseaux. Golgotha n'est que l'autel : il s'écoule de là dans les entrailles de la terre, il déborde tous les espaces, il inonde tous les temps que notre crime a profanés. Son océan emporte, baigné dans sa pourpre, un monde qui le blasphème. Magnificences ! Magnificences ! »

 

Oui, ma soeur, oui mon frère, magnificences !

 

Car par la Croix de Jésus-Christ, le problème religieux a été magnifiquement résolu.

 

La bonté de Dieu peut s'exercer envers le pécheur sans cesser d'être sainte ; et le repentir, redoublé et consolé par la Croix, n'aboutit plus au désespoir, mais à la délivrance.

 

Les perfections de Dieu sont intactes ; que dis-je ?

 

Elles brillent d'un plus vif éclat, comme les étoiles du ciel après l'orage, et l'homme pécheur est racheté !

 

Dans les profondeurs de l'Être divin, « la bonté et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées. »

 

Dans les profondeurs de son âme, l'homme est réconcilié avec Dieu et avec lui-même, avec la loi, avec le devoir, avec la vie, avec la mort, avec l'immortalité !

 

Le ciel et la terre se rejoignent et la communion est rétablie entre le cœur de l'homme et le cœur de Dieu !

 

Oui, redisons-le encore, magnificences ! magnificences !

 

« Je ne veux savoir qu'une chose, c'est Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. »

 

Là est toute la doctrine chrétienne, là aussi est toute la morale.

 

Et il faut bien qu'il en soit ainsi pour que la Croix soit la suprême vérité.

 

Une réparation purement négative, a dit Vinet, qui en effaçant le mal ne créerait pas le bien, qui ne rétablirait pas en nous la loi qu'elle venge hors de nous, ne serait pas la vraie réparation.

 

Mais la réparation accomplie sur la Croix justifie et sanctifie, absout et régénère, et du dogme le plus consolant elle fait jaillir la plus parfaite morale.

 

Cette morale, voyez-la glorieusement impliquée dans la Croix, avec sa simplicité féconde, avec son mobile souverain, avec son sublime idéal.

 

 (Suite)

Bible 2010

-Arthus Croix Huguenote

 

 

 

 


 

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22 mars 2014 6 22 /03 /mars /2014 09:01
La croix (1ère partie)

Par Ernest Dhombres

 

Je n'ai pas jugé que je dusse savoir autre chose parmi vous que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié ! (1 Corinthiens 2.2)


 

Dans la brillante cité de Corinthe, assise aux confins de l'orient et de l'occident, ouverte au commerce de ces deux moitiés du monde, ouverte aussi à leur double mouvement intellectuel, à leur double civilisation et à leur double corruption, un missionnaire appelé saint Paul est venu apporter un enseignement étrange.

 

Il ne veut prononcer qu'un nom, le nom de Christ, mais ce nom lié au souvenir d'une mort ignominieuse.

 

Jésus et Jésus crucifié, voilà l'objet de sa prédication, le centre et le fond de sa doctrine, voilà l'unique science qu'il se soucie de posséder et qu'il aspire à répandre.


Avant saint Paul, un plus grand que saint Paul avait résumé le christianisme dans ces termes austères ; c'était Jésus-Christ lui-même instituant, la veille de sa mort, le rite de la sainte Cène, choisissant pour symbole suprême de sa pensée et de son œuvre son « corps rompu et son sang répandu, » et disant à ses disciples de tous les temps :

 

Vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne, c'est-à-dire jusqu'à la fin du monde.


Après Jésus-Christ, après saint Paul, l'Église a, elle aussi, résumé d'instinct le christianisme dans la Croix.

 

La prédication a consisté à proclamer la Croix, la théologie à la méditer, la vie chrétienne à la contempler et à la porter.

 

La Croix est devenue le sceau irréfragable des disciples comme du Maître ; et si trop souvent l'image en a été reproduite et la signification oubliée, si le signe a été présent et la réalité absente, il n'en est pas moins vrai que l'Église et le monde lui-même ont identifié de concert le christianisme et la Croix.

 

La Croix domine nos édifices religieux, la Croix se dresse comme un arbre consolateur sur nos tombes.

 

La Croix s'est inscrite d'elle-même sur les bannières des peuples ; et par un juste retour, cet emblème de l'ignominie a brillé comme le signe de l'honneur sur la poitrine du citoyen et du héros.

 

Essayons, dans ce jour1 que l'on peut appeler le jour de la Croix, de pénétrer toute la réalité de ce grand symbole.

 

Montrons comment en Jésus-Christ crucifié se concentre la plénitude du christianisme, toute sa doctrine et toute sa morale.

 

Préparons-nous, par cette double conviction, à embrasser d'une foi plus ardente l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, et à le recevoir à sa table.

« Je ne veux savoir qu'une chose : c'est Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. »

 

Là, ai-je dit, est toute la doctrine chrétienne.

 

Là, en effet, se trouve l'unique solution du problème religieux.

 

Ce problème, quel est-il ?

 

L'union de Dieu et de l'homme.

 

Qu'un lien vivant s'établisse entre le Créateur et sa créature morale, que l'homme entre en rapport intime avec Dieu son principe et sa fin, qu'il le connaisse, qu'il l'aime, qu'il lui obéisse, qu'il rattache à Lui sa vie pour le temps et pour l'éternité, et le problème est résolu.

 

Or, nous disons qu'entre l'homme et Dieu se dresse un formidable obstacle, le péché, et que cet obstacle ne peut être levé, anéanti que par la Croix.

 

Contestera-t-on la première de ces deux propositions, savoir, que l'obstacle entre Dieu et l'homme c'est le péché ?


On ne le conteste pas toujours dans les doctrines humaines, mais le plus souvent on l'oublie ; on élude autant qu'on le peut ce fait humiliant.

 

C'est la lacune, c'est le vice de la plupart des philosophies.


Il semble que, pressentant qu'elles n'ont point de solution à cette terrible difficulté, elles s'efforcent de ne pas la voir, et dès lors elles sont frappées d'impuissance au moins pour résoudre le problème religieux.


Que m'importe, en effet, que dissertant savamment sur les grands objets de la philosophie, Dieu, l'homme, le devoir, la vie à venir, vous m'offriez sur ces divers points des solutions plus ou moins plausibles ?

 

Que m'importe que vous me donniez des preuves solides de l'existence de Dieu et une description fidèle de ses attributs ; une analyse exacte et profonde des facultés de l'homme, une démonstration sans réplique de mon immortalité personnelle ; un exposé complet de mes devoirs, si un fait capital est survenu, qui change toutes les données du problème, qui pose tout autrement toutes les questions, et que ce fait soit négligé par vous ?

 

J'ai analysé les facultés humaines : mais si ces facultés sont perverties ; si cette intelligence, ce sentiment, cette volonté sont détournés de leur destination et voués au mal ?....

 

J'énumère les attributs de Dieu : mais si par suite de mon état moral devant lui, tous ces attributs se tournent contre moi ?

 

Je suis convaincu de mon immortalité ; mais si, à cause de mes transgressions, cette immortalité m'épouvante au lieu de me consoler ?

 

Je connais mes devoirs : mais si je les ai mille fois méconnus et violés, et si je me sens incapable de les remplir ?...qu'avez-vous à me dire, docteurs de ce siècle ?...

 

Vous avez intéressé mon esprit par des raisonnements et des spéculations, mais vous n'avez pas répondu au premier besoin de ma conscience.


Médecins frivoles, vous m'avez donné d'admirables préceptes d'hygiène pour un corps bien portant, mais vous oubliez que je suis malade, et vous n'avez pas même regardé mon mal.

 

O philosophes, vous avez manqué au premier principe philosophique, l'observation des faits.


Vous avez disserté sur une autre humanité que la nôtre.

 

Donnez-nous donc une philosophie à l'usage non des justes, mais des pécheurs !

 

Car le péché est un fait universel et capital qu'il n'est pas permis de passer sous silence, c'est le trait le plus irrécusable de notre pauvre humanité.

 

Qu'est-ce, en effet, que l'histoire de l'humanité ?


Est-ce celle de ses vertus, ou celle de ses désordres et de ses crimes ?


Égoïsme, cupidité, tromperie, injustice, usurpations, violences, crimes des rois, crimes des peuples, guerres sans cesse renaissantes, passions de toute sorte, des larmes, de la boue et du sang, n'est-ce pas le fond douloureux des annales humaines ?


Et quelques rayons de beauté morale brillant dans ces ténèbres ne semblent-ils pas faire ressortir d'autant plus la corruption de l'ensemble ?

 

Qu'est-ce que la société, si ce n'est l'organisation des hommes en vue du mal qu'ils peuvent se faire réciproquement, une digue opposée par les lois, par les contrats, par la pénalité, par la force dont la société dispose, à la perversité générale ?


Qu'est-ce que l'histoire de chacun de nous, si ce n'est celle de ses péchés ?

 

Désobéissances de l'enfance, entraînements de la jeunesse, transgressions plus froides de l'âge mûr, péchés d'actions, de paroles, dépensées, ruses du cœur, défaillances de la volonté, lâchetés de la conscience, souvenir humiliant du bien que nous n'avons pas fait et du mal que nous avons accompli, n'est-ce pas le tissu même de notre vie ?...


Qui de nous n'a senti, une fois, au moins, le poids de sa propre corruption ?


Qui de nous n'a laissé échapper de son âme l'aveu et le soupir de l'apôtre : Je suis charnel et vendu au péché ?...

 

Et n'avons-nous pas éprouvé du même coup que ce péché se dresse comme un invincible obstacle entre nous et Dieu ?


Ce n'est point la distance de sa grandeur à notre petitesse qui nous sépare de Lui.


Ah ! si notre cœur était pur, il franchirait cette distance et serait aussi près du cœur de Dieu que l'est du sein de sa mère l'enfant endormi dans ses bras.

 

Ce n'est point l'enveloppe matérielle dont notre âme est revêtue qui nous sépare de Lui.

 

Ah ! si notre cœur était pur, à travers les voiles de la chair et du sang il verrait Dieu, et jouirait des douceurs de sa communion.

 

Mais Dieu est saint et nous sommes pécheurs.


De là la rupture du lien, de là une infranchissable distance morale.

 

« Ce sont nos iniquités, dit Esaïe, qui ont fait séparation entre nous et Dieu. »

 

Et, de fait, cette séparation n'est-elle pas l'état conscient ou inconscient de la pauvre humanité ?

 

Nous ne cherchons pas Dieu, nous ne l'aimons pas, nous n'entretenons pas avec Lui les rapports d'un enfant avec son père.

 

Hélas ! nous le craignons de cette crainte mauvaise qui éloigne et ferme le cœur, nous le fuyons instinctivement comme un fils infidèle fuirait son père irrité, comme un accusé fuirait son juge, et nous sommes glacés d'épouvante à la seule pensée de paraître devant Lui.

 

« Ce sont nos iniquités, nous redit le prophète, qui ont fait séparation entre nous et Dieu. »
 

Qui renversera cette muraille d'airain ? Qui rétablira le lien brisé ?


 

Christ et Christ crucifié, mes frères.

bible-refuge-du-chretien.jpg

(Suite)

 

 

 

  Bible (133)

Croix Huguenote

 

 

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 10:19
La prière secrète et sa récompense publique d'Ernest Dhombres(1ère partie)

(Par Ernest Dhombres)

 

Toi, quand tu pries, entre dans ton cabinet, ta chambre et ayant fermé la porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret, et Ton Père, qui te voit dans le secret, te récompensera, publiquement. (Matthieu 6.6) 

 

 

Dans les paroles de notre texte, Jésus-Christ, préoccupé des erreurs du légalisme froid,  répandues comme des miasmes impures dans l'atmosphère de son temps, a voulu, avant tout, flétrir cette piété tout extérieure, cette dévotion formaliste qui s'affiche, s'étale, avide du regard des hommes plus que du regard de Dieu et qui n'est que le pompeux déploiement du néant.

 

Mais les paroles de Notre Sauveur ont aussi une portée positive : Il prescrit le recueillement, la prière secrète ; Il institue le culte individuel ; Il nous invite à dresser en l'honneur de Dieu, au-delà de l'autel des adorations publiques, au-delà de l'autel du foyer domestique, un autel solitaire dans le fond même du cœur et de la vie.

 

C'est dans ce sens que nous entendrons et développerons la parole de Jésus-Christ montrant d'abord la nécessité du recueillement et de l'adoration individuelle, ensuite la récompense publique que le Seigneur réserve à la prière secrète.
 

Tout tend, de nos jours surtout, à nous répandre au dehors.

 

A d'autres époques, il y avait place pour les longues méditations, pour l'étude de soi-même et pour la recherche des choses d'en haut.

 

Mais aujourd'hui, il y a comme une universelle conspiration contre la vie intérieure.

 

Le mouvement de la vie est si rapide et si intense, la sphère de chacun de nous, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, s'est tellement agrandie et compliquée, qu'en vérité, tout nous distrait, tout nous dissipe, tout nous disperse, tout travaille à nous faire sortir de nous-mêmes, comme cette force du monde matériel qui tend à projeter les corps hors de leur centre ; et lorsque, dans de trop rares instants, nous rentrons dans notre for intérieur, le retentissement du dehors nous poursuit jusque dans la solitude, et notre repos lui-même n'est que le reflet de nos agitations.

 

Il y a là un sérieux péril.

 

Et s'il ne se produisait pas une réaction énergique et continue contre cette tendance, comme dans le monde physique une autre force que celle qui nous éloigne de nous-mêmes ne venait pas nous y ramener, -- en vérité, il y aurait de quoi regretter tout le mouvement de la civilisation contemporaine ; car nous l'aurions payé bien cher, nous l'aurions payé au prix de la véritable dignité, de la véritable valeur de la vie humaine.

 

En effet du sein de cette agitation permanente, on touche à tout et l'on n'embrasse rien.

 

On jette et on épargne, pour ainsi dire, son être moral en mille directions, au lieu de se concentrer en un courant unique et puissant.

 

L'individualité, ce secret de la force, ce ressort des caractères, va s'usant et s'affaiblissant ; on ne pense plus par soi-même, on n'est plus que le servile copiste de ce qui se dit ou se fait autour de nous, et l'on ressemble, comme on l'a justement observé, à ces monnaies banales dont l'empreinte s'efface dans une circulation incessante.

 

En un mot, on est emporté dans le tourbillon, on s'agite, on se travaille, mais on ne vit pas.

 

Quels sont les hommes qui ont vécu ?

 

Ce sont ceux qui ont eu une pensée, une volonté, un but déterminés.

 

Ceux-là se sont repliés sur eux-mêmes, comme dans une forteresse bien armée et bien approvisionnée.

 

De là ils se sont jetés dans la mêlée humaine avec un dessein arrêté, avec une idée, un sentiment, une passion qui les possédait, exerçant l'influence au lieu de la subir, dominant les circonstances au lieu de se laisser dominer par elles.

 

Ces hommes-là seuls ont vécu.

 

Ainsi donc, même à un point de vue purement humain, il faut que la réflexion précède et prépare l'action, il faut que la vie intérieure soit la source féconde de la vie extérieure.

 

A combien plus forte raison pour la vie chrétienne, pour la vie spirituelle, qui, si elle doit se déployer au dehors en activité, en fruits, en œuvres, doit, avant tout, naître et se former au dedans ;

 

-- pour la vie spirituelle, que le monde non seulement ne crée point, mais tend sans cesse à affaiblir et à détruire

 

-- pour la vie spirituelle, plante céleste et délicate que l'Esprit seul peut faire germer et fleurir en nous !

 

Ce n'est que dans le recueillement et la prière solitaire, que nous pouvons rentrer en nous-mêmes, et arriver à cette sincérité absolue, à cette situation vraie vis-à-vis de nous-même et vis-à-vis de Dieu, qui est le premier pas vers le royaume des cieux.

 

Là seulement, loin de la fascination du monde visible, le monde invisible et Dieu descendent vers nous et nous montons vers eux.

 

Là seulement s'éprouvent les saintes douleurs de la repentance, et les saintes joies du pardon.

 

Là seulement, tout intermédiaire, tout obstacle étant supprimé entre nous et Dieu, nous pouvons goûter le don céleste et les puissances du siècle à venir.

 

Si nous voulons vivre de la vie cachée avec Christ en Dieu, sachons nous ménager, au milieu même de la vie la plus occupée, des heures de recueillement et de retraite.

 

Ma Soeur, mon Frère, entre dans ton cabinet, ta chambre, fermes-en la porte à toute distraction du dehors, et là, prie ton Père : prie ton Père !

 

Voilà la différence entre l'homme simplement sérieux et le chrétien.

 

Le premier réfléchit, médite et se recueille.

 

Le second réfléchit, médite, se recueille...mais il prie !

 

Après s'être recueilli, il se tourne vers Dieu, il Le cherche, il s'appuie sur Lui, il implore Sa Lumière et Sa force.

 

Sa solitude est une auguste société avec le Père des esprits : son monologue est un dialogue entre l'enfant de la poudre et le Dieu des cieux !

 

Et quelle ressource religieuse, pourrait remplacer cet ineffable commerce entre l'âme et son Dieu ?

 

Ce malade, dont les jours sont sans repos et les nuits sans sommeil, à qui confiera-t-il ses douleurs, ses faiblesses, ses découragements, ses longs ennuis ?

 

A qui portera-t-il sa plainte monotone -- si ce n'est à ce Pasteur d'Israël qui ne sommeille jamais, qui ne sera jamais fatigué de l'entendre et auquel il peut dire comme David :

 

Tu enverras ta gratuité durant le jour et ton cantique sera avec moi durant la nuit ? 

 

Cet homme en perplexité, appelé à prendre une décision qui engage son avenir, celui des siens et la gloire de Dieu elle-même, et qui n'aperçoit pas sa route...à qui demanderait-il la lumière et la force, si ce n'est à Celui pour qui l'inconnu est connu, les ténèbres lumière, l'avenir présent, et qui le soutient par ces paroles consolantes :

 

Le cœur de l'homme délibère de sa voie, mais Dieu conduit ses pas. Je te rendrai avisé, je t'enseignerai le chemin que tes pas doivent tenir ?

 

Et cette âme froissée, n'ayant personne à qui s'ouvrir ici-bas, enlevez-lui ces confidences qu'elle peut faire à ce Souverain Sacrificateur, qui a été tenté comme nous en toutes choses, et vous lui aurez enlevé ce qui lui donne encore la force de vivre !

 

Mais ce sont là ce qu'on pourrait appeler, les solennités du culte individuel, car il a ses grands jours comme le culte public et le culte domestique...

 

Mais quoi ! ô mon âme, te faudra-t-il la pression de circonstances exceptionnelles pour te rapprocher de Dieu et t'amener à ses pieds ?

 

Quoi ! Ne pourras-tu, sans occasion impérieuse, te tourner vers Lui, comme la fleur cherche le soleil, ou l'enfant le sein de sa mère ?

 

Et, s'il faut absolument des dons pour te révéler le Donateur suprême, n'en tombe-t-il pas sur ton sentier, chaque jour, une rosée assez abondante, pour que, comme la rosée des campagnes, descendue du ciel, elle remonte au ciel, et qu'elle entretienne  au fond de ton cœur une adoration permanente ?

 

Aussi les saints hommes de Dieu de tous les temps, ont-ils uni aux prières avec leurs frères, aux prières de circonstance, la prière habituelle et personnelle.

 

Si un Abraham intercède en des jours solennels pour Sodome et Gomorrhe, si partout où il dresse sa tente, il dresse avec les siens un autel au Seigneur, il cherche, seul, la présence de Dieu sous les chênes de Mamré.

 

Si un David invoque son Dieu avec une ferveur redoublée aux jours de son crime et de son repentir auprès de la couche où meurt son jeune enfant, à la veille d'une bataille...que sont la plupart de ses psaumes, si ce n'est l'expression, et comme l'épanchement de ses prières solitaires et permanentes ?

 

Si un Daniel, aux approches de la délivrance de son peuple, cherche à faire requête avec le jeûne, le sac et la cendre, nous le voyons à Babylone prier régulièrement trois fois par jour en ouvrant ses fenêtres du côté de Jérusalem.

 

Parlerai-je de saint Paul, nous laissant voir dans ses Épîtres la trace si marquée de ces prières presqu'incessantes, dans lesquelles il fait continuellement mention de ses frères de Rome, de Corinthe, de Philippes, d'Éphèse -- ou de saint Pierre, rendant à Dieu son culte matinal sur la terrasse de Joppe, entre l'infini de la mer et l'infini des cieux ?

 

(Suite 2ème partie ) La prière secrète et sa récompense publique par Ernest Dhombres

 

Bible

Croix Huguenote

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 10:17
La prière secrète et sa récompense publique d'Ernest Dhombres (2ème partie)

Toi, quand tu pries, entre dans ton cabinet, ta chambre et ayant fermé la porte, prie Ton Père qui est dans ce lieu secret, et Ton Père, qui te voit dans le secret, te récompensera, publiquement. (Matthieu 6.6)  (Suite 1ère Partie)


 

Après les serviteurs, parlerai-je du Maître Lui-même ?

 

Voyez, le soir est venu, les ombres de la nuit enveloppent les plaines et les monts de Galilée.

 

Jésus s'est dépensé, de l'aube du jour à son déclin, dans le soulagement de toutes les misères.

 

Va-t-Il chercher un lieu où reposer sa tête fatiguée ?

 

Non, mes frères, Il monte sur la montagne et Il prie ! Il prie !

 

O profondeur, ô mystère de la prière du Fils !

 

Mais, si cette prière Lui est nécessaire, que sera-ce donc pour nous ?...

 

Et cependant, qu'ils sont rares ceux qui se recueillent et qui prient  réellement !

 

Dès les premiers moments du jour, l'activité terrestre nous saisit comme une proie : affaires ou plaisirs, soucis de toute sorte, courses, visites, lectures, conversations, s'emparent de nous et dévorent toutes nos heures, jusqu'au moment où l'esprit et le corps épuisés se laissent tomber dans un lourd sommeil.

 

Et l'on recommence le lendemain cette vie haletante, sans recueillement et sans prière.

 

Dans l'Église, même prédominance, croissante et abusive, de la vie, extérieure sur la vie intérieure !

 

On s'empresse aux prédications, plus désireux d'entendre une parole éloquente que d'édifier son âme, on court de réunion en réunion, de comité en comité, on s'occupe avec un intérêt souvent superficiel d'une foule d'œuvres chrétiennes, on prend une part légitime sans doute mais périlleuse aux grandes luttes actuelles...

 

Mais où sont les âmes qui cherchent et cultivent la présence de Dieu ?

 

Où sont les Marie assises aux pieds de Jésus-Christ, écoutant sa parole ?

 

Où sont les Moïse, les Aaron et les Hur, priant sur la montagne, tandis que Josué croise le fer dans la plaine ?

 

Et ne sont-ce pas ceux qui sont le plus engagés dans la mêlée brûlante qui doivent le plus prier, pour qu'il leur soit donné de combattre avec les seules armes de Dieu : la vérité et la charité ?

 

Hélas ! Le Seigneur ne pourrait-Il pas dire aux chrétiens de nos jours :

 

Est-il possible que vous n'ayez pu veiller une heure avec moi ?...

 

Il faut reprendre au monde et rendre au Seigneur cette heure sainte !

 

Il faut comprendre enfin que rien ici-bas ne peut remplacer ce tête-à-tête de l'âme avec son Dieu : ni prédication, ni réunion intime, ni visite chrétienne, ni lecture édifiante !

 

Entre dans ton cabinet, ta chambre,  et, ayant fermé fa porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret.

 

Et le Seigneur ajoute :

 

Ton Père qui te voit dans le secret te récompensera publiquement.

 

C'est là, mes chers frères, ce qui me reste à vous dire.


Au flanc des Alpes, sous la voûte bleuâtre d'un glacier, dont les couches profondes résistent depuis des siècles à l'action des rayons du soleil, une source coule goutte à goutte.

 

L'onde obscure qu'elle épanche se précipite du haut de la montagne à travers les rochers et les précipices.

 

Elle parcourt une longue vallée, fleuve étroit et fangeux encore.

 

Elle rencontre un lac où elle se purifie et semble s'endormir.

 

Elle en ressort, fleuve majestueux et d'un limpide azur, baignant sur son passage de vastes cités ou d'humbles hameaux.

 

Et tandis qu'une faible portion de ses eaux fertilise mille jardins, alimente mille industries, le fleuve porte entre ses larges rives des barques légères ou de pesants navires, jusqu'à ce qu'enfin il se perde par mille bras dans la vaste mer, après avoir été sur tout son parcours un agent puissant de circulation, de fécondité et de vie.
 

Mais d'où vient le fleuve aux nappes abondantes ?

 

N'est-ce pas de la source cachée dans les cavernes du glacier ?

 

Que la source vienne à tarir et le fleuve s'arrête entre ses rives désolées.

 

Nous l’avons compris, la source, c'est la prière secrète, alimentée sans cesse par les eaux du ciel.

 

-- Le fleuve, ce sont les bénédictions visibles et publiques, attirées par cette prière et manifestées dans la vie du chrétien.

 

N'avons nous jamais admiré, chez cette femme chrétienne, le calme supérieur avec lequel elle traverse les difficultés, les peines, les tentations, les écueils de chaque journée ?

 

Forte et sereine, elle sait se garder de toute domination, de toute violence et faire régner dans son intérieur, en même temps que l'ordre et le travail, je ne sais quelle atmosphère de paix solide et bien fondée.

 

Elle fait du bien à son mari tous les jours de sa vie et jamais du mal.

 

Elle élève ses enfants dans la crainte de Dieu, dans la soumission et le respect envers leur père et leur mère.

 

Elle se livre au dehors et au dedans à une activité prodigieuse, mais sans agitation et sans fièvre.

 

On vient vers elle, et à la vue de cet intérieur si bien ordonné, de ces devoirs si bien remplis, on se fait du bien à l'âme, et on se demande avec envie,le secret de tant d'énergie et de sérénité.

 

-- Celle-ci est bien faible peut-être, délicate, maladive, et on dirait à la vue de son fardeau : il est plus grand qu'elle ne peut le porter.

 

Mais elle le porte cependant ; peu à peu les difficultés se dénouent, les montagnes s'aplanissent ; elle fait dans l'infirmité ce que tant d'autres ne font pas dans la force.

 

Dans sa maison, elle surveille, dirige et charme son intérieur ; au dehors même, elle s'occupe avec une sympathie ingénieuse et efficace du pauvre, du malade, de l'affligé.

 

Quel est donc son secret, dites-vous ?

 

Son secret, comme celui de sa compagne, plus forte mais non plus fidèle, c'est la prière solitaire.

 

L'une et l'autre, dès le matin, se sont approchées du Seigneur, elles ont cherché sa face, elles lui ont présenté leurs devoirs et leurs tentations, et c'est avec Lui qu'elles sont entrées dans la tâche et dans les périls de la journée.

 

-- Voilà leur secret, il n'y en a pas d'autre :

 

Prie ton Père qui voit dans le secret. Et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra publiquement !

 

Regardons cet homme, ouvrier ou magistrat, se livrant à l'humble travail de l'atelier ou aux nobles occupations de la vie publique.

 

Que de difficultés, petites ou grande vont se rencontrer sur ses pas !

 

Que de tentations vont surgir !

 

Que d'occasions s'offriront à lui de s'enfler ou de s'abattre, de s'irriter contre les hommes et les choses !

 

Mais il reste calme, ferme, toujours fidèle à Dieu et à sa conscience.

 

Le succès ne l'éblouit point, l'épreuve ne le trouble point.

 

Dans les heures critiques et obscures, il voit son chemin et le suit sans hésiter.

 

Au foyer domestique comme dans la société de ses frères, il est pour ceux qui l'entourent un homme de bon conseil, une force et une lumière...

 

D'où lui vient donc cet esprit de sagesse et d'intelligence, de conseil et de force qui conduit tous ses pas, cette paix qu'il éprouve et qu'il communique, et ce secours qui ne lui manque jamais dans le temps convenable ?

 

-- D'en haut, par la prière.

 

Si nous pouvions suivre cet homme dans le secret, nous le verrions, dès le matin, cherchant dans la solitude la présence de Dieu, et s'entretenant avec lui face-à-face, nouveau Moïse, comme un ami avec son ami.

 

C'est là qu'il se prépare aux éventualités de chaque jour.

 

C'est là qu'il reçoit chaque jour de son Dieu ce mot consolateur :

 

Ma grâce te suffit !

 

Et il recueillera à toute heure les fruits de sa prière secrète :

 

Prie ton Père qui est dans ce lieu secret, et ton Père qui te voit dans le secret te le rendra publiquement !

 

Parfois, c'est sur un théâtre plus vaste qu'apparaissent les bénédictions de la prière solitaire ; et la publicité de la récompense est plus manifeste et plus éclatante.

 

Aux jours les plus difficiles de la guerre de l'Indépendance américaine, Washington, général improvisé, montrait un sang-froid et une supériorité militaire qui commandaient l'admiration.

 

Un observateur superficiel aurait pu attribuer ses succès à la seule prudence humaine, à l'intuition du génie, à cette exaltation patriotique qui fait sortir du sol des héros et des légions, ou au hasard des batailles.

 

Mais l'histoire raconte que, campé en un lieu qu'on appelait la Forge de la Vallée, Washington se dirigeait seul tous les matins vers un bouquet d'arbres à une certaine distance du camp.

 

Des officers eurent un jour la curiosité de le suivre.

 

O surprise le libérateur de l'Amérique fléchissait le genou devant l'Eternel des armées !

 

La prière, telle était donc l'inspiration de ce grand général, de ce grand citoyen !

 

(...) -- Et puis, souvenons nous des prières de Washington, souvenons nous des prières antérieures de ces Puritains qui ont fondé la république du Nouveau-Monde au cri de Dieu et liberté !

 

-- Et posons nous la questions si nous ne voyions pas là dans toute son étendue la réalisation de la promesse du Sauveur :

 

Prie ton Père qui est dans le lieu secret, et ton Père qui est dans le secret te le rendra publiquement !

 

Dans toute son étendue, ai-je dit ? Non.

 

Ici-bas nous n'apercevons que quelques-uns des effets de la prière.

 

Que sera-ce dans l'éternité ?

 

C'est là, quand tous les voiles seront levés, et quand tous les secrets seront découverts, quand les pleines clartés de la vue auront remplacé les obscures lueurs de la foi, c'est là qu'apparaîtront toutes les bénédictions de la prière solitaire.

 

Pauvre frère, malade ou infirme, condamné à une inaction douloureuse, qui ne peux plus travailler pour ce qui t'est le plus cher, l'avancement du règne de Dieu, tu crois peut-être que tu fatigues la terre d'un poids inutile et tu te demandes pourquoi le Seigneur te laisse encore ici-bas ?

 

Pourquoi, mon frère ?

 

Pour prier ! Pour te livrer au travail à genoux, comme l'appelait une femme chrétienne.

 

Prie pour ton âme, afin qu'il te soit donné de rendre jusqu'à la fin un bon témoignage.

 

Prie pour l'âme de ceux qui te sont chers. Prie pour ce cœur que la grâce de Dieu presse et qui ne se rend pas.

 

Prie pour cette intelligence égarée, qui en égare tant d'autres !

 

Prie, dans ces temps difficiles, pour l'Église et pour ses conducteurs ! Prie et ne te lasse point... et là-haut tu contempleras des fruits inattendus, merveilleux de tes prières !

 

Pasteur obscur d'une obscure paroisse, tu dis peut-être avec découragement : à d'autres les succès et les bénédictions, pour moi ma force est perdue, j'ai travaillé sans fruit...

 

Mais ton cabinet est un cabinet de prière.

 

C'est là que tu présentes sans cesse au Dieu de Jésus-Christ ton œuvre qui te semble stérile, et ton champ où ne blanchit aucune moisson.

 

Prie, mon frère, avec confiance ! Prie pour toi-même et pour ton troupeau !

 

Prie pour les serviteurs auxquels le Maître a confié des postes plus apparents, mais plus dangereux pour leur âme ! Prie avec persévérance et avec foi !

 

...Et le dernier jour dira peut-être que tu as plus fait par tes humbles prières pour le règne de Dieu, que le docteur plein de savoir, et que le prédicateur le plus distingué par son éloquence !

 

Chrétiens, ne serons-nous pas humiliés d'abord, et puis relevés par ces merveilleuses promesses ?

 

Ne voudrons-nous pas attirer par nos prières, sur nous, sur notre famille, sur l’Église, sur notre patrie, ces grâces sans nombre que Dieu nous cachera peut-être dans le temps, mais qu'il nous révélera dans l'Éternité ?

 

Ne voulons-nous pas, dès aujourd'hui et chaque jour, dérober à la tyrannie des affaires, au tourbillon de la vie extérieure, à l'inertie ou à la frivolité, une heure régulière pour le recueillement et l'adoration ?



Il se fit dans le ciel un silence d'environ une demi-heure, lisons-nous dans le livre de l'Apocalypse (1).

 

Ce silence est bien rare, a dit un chrétien dans le ciel des âmes.

 

Qu'il ne soit pas rare pour nous, mes bien-aimés frères !

 

Sachons faire silence pour écouter Dieu.

 

Et dans ce silence sacré, parle-nous, Seigneur ; fais plus, descends toi-même vers nous !

 

Et donne-nous de recueillir de cette communion assidue, pour nous, l’Eglise, l’entourage, grâce sur grâce pour le temps et pour l'éternité !



Amen.

Ernest Dhombres

Ernest Dhombres,

Pasteur Protestant Réformé

 

 



(1)
Apocalypse 8.1

 

Bible (134)

Croix Huguenote

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 21:06
Rester en place par Charles Spurgeon,

"Ne craignez rien, restez en place, et regardez la délivrance que l'Eternel va vous accorder en ce jour" (Exode 14:13)

 

Ces paroles expriment l'Ordre Divin pour le croyant quand de grands problèmes le confrontent et qu'ils se trouve au sein de difficultés extraordinaires.

 

Il ne peut plus avancer ni reculer.

 

Il est bloqué sur la droite et la gauche.

 

Que doit il faire maintenant ?

 

La Parole du Maître lui déclare :

 

"Restez en place".

 

A de tels moments, il aura intérêt d'écouter les accents de Son Maître, car des conseillers de mauvais aloi se présenteront avec leurs suggestions.

 

Le désespoir murmurera :

 

"Couche toi et meurs ; laisse tout tomber."

 

Mais Dieu nous demande de persévérer avec un entrain courageux et, même dans les pires moments, de nous réjouir en Son Amour et Sa Fidélité.

 

La couardise conseillera :

 

"Recule et retourne vers les manières d'agir du monde. Tu ne peux pas jouer le rôle du Chrétien. C'est trop difficile. Abandonne tes principes."

 

Mais, malgré tous les efforts de l'ennemi de notre âme à entraîner sur cette voie, aucun enfant de Dieu n'y peut marcher.

 

Le Seigne a ordonné d'aller de force en force, et tout Chrétien Lui obéira.

 

Ni la mort ni l'enfer ne le détourneront de son cap.

 

Et, si Dieu demande pour un temps de rester sur place, cela ne sert qu'à renouveler notre force pour avancer avec plus de vigueur au moment voulu.

 

La précipitation s'écriera :

 

" Fais quelque chose, secoue toi. Rester en place et attendre n'est rien d'autre que de l'oisiveté".

 

Et si la simple et dangereuse pensée en certaines occasions devait survenir pensant devoir faire quelque chose immédiatement (du moins, dans cette pensée du "devoir") au lieu de porter les regards sur le Seigneur, sachons alors dans ces instants précis que Lui, ne fera pas quelque chose seulement, mais toutes choses.

 

La présomption elle se vantera :

 

"Si la mer te fait face, avance toi et espère voir un miracle".

 

Mais la foi n'écoute pas les propos de ces méchants conseillers.

 

Elle entend la voix de Dieu lui dire :

 

"Ne craignez rien, restez en place", et elle demeure immuable comme un roc.

 

"Restez en place"

 

Gardons la posture de la femme et de l'homme droit, prêt à l'action, qui attends d'autres ordres, et attend avec patience et sérénité d'entendre la Voix Directrice.

 

Dieu n'attendra pas longtemps avant de nous dire, tout aussi distinctement que Moïse dit au peuple d'Israël :

 

"Avancez".

 

 

Amen,

 

spurgeon rdc8

charles haddon Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

 

 

Bible (116)

Croix Huguenote

 

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 18:51
Le cri d'Asaph ou l'idée de Dieu d'Ernest Dhombres (4ème et dernière partie)

Le cri d'Asaph ou l'idée de Dieu 

Par Ernest DHOMBRES (1867)

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II – Le panthéisme

(Suite)

 

« Quel autre ai-je au ciel? Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul. » (Psaume 73.25)

 

L'Evangile ne vient rien supprimer, rien éteindre, rien mutiler en nous, mais tout pénétrer, tout purifier, tout lever, tout embellir !

 

Beautés de la création, aspects enchanteurs de la nature, serai-je moins sensible à vos attraits, parce que Dieu remplit mon cœur ?

 

Non, car je verrai toujours rayonner sa splendeur à travers la vôtre, vous vous illuminerez d'un reflet de ses invisibles perfections, et au sein de toutes vos harmonies j'entendrai le sublime dialogue du jour et de la nuit, se racontant l'un à l'autre la gloire de mon Dieu !

 

Magie des arts, vous charmerez encore mon imagination, que la foi épure sans l'éteindre, et si vous attristez mon cœur, quand vous n'êtes qu'un hymne à la matière, vous le pénétrez d'une émotion sublime, quand vous faites apparaître à mes yeux, à travers le marbre ou la toile, un rayon fugitif de la beauté incréée.

 

Sciences de la nature, j'applaudis à vos progrès et à vos conquêtes !

 

Sciences de l'esprit, recherches infatigables de la pensée, je suis avec sympathie votre rude ascension vers la lumière !

 

Et si l'incrédule voit dans vos triomphes la glorification de l'homme, j'y vois bien plutôt la glorification de Dieu, qui a fait le monde physique comme le monde moral, et le génie humain pour sonder les merveilles de l'un et de l'autre.

 

Oui, savants, par vos observations et vos découvertes vous ne faites que constater la perfection de son œuvre et la sagesse de ses lois.

 

Philosophes, par vos plus hautes et vos plus nobles pensées, vous avez ou pressenti, ou confirmé, ou interprété sa révélation immortelle : et quand vous avez voulu la contredire et la renverser l'impuissance et la folie de vos systèmes ont, à votre confusion, démontré sa vérité et sa gloire !

 

Poètes, jamais vous n'êtes plus grands que, lorsque d'une aile sublime, vous montez et vous nous emportez vers Lui !

 

Je puis donc prêter l'oreille à vos accords, car sous ces noms sacrés qui font le plus harmonieusement vibrer votre lyre, idéal, infini, lumière, espoir, consolation, c'est son nom suprême que vous chantez et que mon âme adore !

 

Saintes causes de la liberté et de la justice, du droit et de la dignité de toute créature humaine, je puis m'attacher à vous, car vous tenez étroitement à la cause de Dieu.

 

Je vous embrasserai avec enthousiasme, je vous soutiendrai de mon obscur dévouement, partout où vous serez débattues, et tandis que l'homme du monde se lassera de vous poursuivre, le chrétien travaillera sans défaillance à votre triomphe, sachant qu'après de rudes combats et de mystérieux délais Dieu vous donnera la victoire !

 

Et vous saintes joies du foyer, charme profond des affections humaines, vous connaîtrai-je à un moindre degré parce que l'Eternel Dieu tient la première place dans mon cœur ?

 

Non, non ! objets de ma tendresse, en vous aimant dans le Seigneur et pour le ciel, je vous aimerai plus et mieux pour la terre !

 

David et Jonathan, types de l'inviolable amitié, Aquilas et Priscille, modèles de l'union conjugale, Augustin et Monique, dont les noms entrelacés dans l'admiration universelle ont révélé des profondeurs encore inconnues de l'amour maternel et de l'amour filial, dites-nous si la piété dessèche le cœur ou si elle le féconde, dites-nous si elle le rétrécit misérablement ou si elle l'élargit sans mesure, dites-nous si elle frappe d'inconstance et de caducité ou si elle marque d'un sceau immortel les tendresses humaines !

 

Ah ! vous ne me montrerez jamais, en quoi l'amour suprême de Dieu, le don joyeux de nous-même à Celui qui s'est donné pour nous, pourrait appauvrir ou décolorer la vie présente.

 

Mais je ne pourrais que trop vous montrer, moi, s'il en était besoin, ce qu'elle deviendrait, si la flamme du pur Christianisme s'éteignait dans les cœurs, si la foi disparaissait des âmes, si les cieux étaient voilés aux yeux de cette génération, si la grande réalité d'un Dieu Sauveur, ce soleil du monde moral, descendait sous l'horizon terrestre, et s'il n'y avait pas au milieu de nous, comme au temps d'Elie, ces sept mille qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal, ce groupe invincible de serviteurs du Dieu vivant, s'écriant avec Asaph : « Quel autre ai-je au Ciel ? Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul ! »

 

Ce groupe, mes bien-aimés frères, ne voulez-vous pas vous y joindre ?

 

Ne voulez-vous pas fortifier les rangs glorieux des chrétiens décidés, dans ces jours difficiles, au milieu de la désertion de plusieurs, et de la langueur des plus fidèles ?

 

N'êtes-vous pas lassés de notre foi sans flamme, de notre charité sans héroïsme, de notre Christianisme sans joie, sans parfum, sans enthousiasme, sans grandeur, sans sacrifices...et sans conquêtes ?

 

Ah ! plus de partage, plus de commodes réserves, plus de lâche obéissance, ne renvoyons plus l'heure de cette renonciation totale et douce dont parlait Pascal, et de ce « sacrifice vivant et saint, » qui selon saint Paul est « notre service raisonnable ! »

 

Voulons-nous qu'on ne cherche plus, qu'on ne souhaite plus, qu'on ne puisse plus concevoir un autre Dieu que le vôtre ?

 

Montrons que ce Dieu, en nous prenant tout entiers, en se soumettant à Lui-même toute notre vie, nous a apporté toute lumière, toute consolation, toute richesse, toute paix, tout bonheur !

 

Alors l'âme sérieuse, qui cherche Dieu et ne le trouve point, viendra vers nous comme Ruth la Moabite vers Naomie l'Israélite fidèle, en s'écriant : « Ton peuple sera mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu ! » et bientôt, prosternée aux pieds de Dieu Lui-même, elle répétera le cri du Psalmiste :

 

« Quel autre ai-je au Ciel ? Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul ! »

 

Ernest Dhombres

Ernest Dhombres,

Pasteur Protestant Réformé

 

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 18:50
Le cri d'Asaph ou l'idée de Dieu d'Ernest Dhombres (3ème partie)

Le cri d'Asaph ou l'idée de Dieu 

Par Ernest DHOMBRES (1867)

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II – Le panthéisme

(Suite)

 

« Quel autre ai-je au ciel? Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul. » (Psaume 73.25)

 

Il est une autre conception de Dieu, qui tend à se substituer, dans quelques esprits, à la pure notion Biblique, c'est celle du panthéisme.

 

Le panthéisme ne relègue pas Dieu dans un lointain inaccessible, il ne l'exile pas de ce monde, il l'y fait descendre au contraire, et l'y fait si bien descendre qu'il l'y enferme et confond le monde avec lui.

 

Encouragé par la spéculation dont il semble le dernier terme et par ce besoin de l'unité qui travaille et fascine l'esprit humain, préconisé par les sciences naturelles impatientes de tout ce qui les dépasse et jalouses de trouver dans le monde lui-même, qui est le champ de leur expérience, son propre principe et sa propre fin, répondant d'ailleurs à un instinct confus de poésie et à une certaine sentimentalité religieuse, plus attrayant que le Déisme avec sa froideur et sa sécheresse, le Panthéisme est à l'ordre du jour, le Panthéisme est à la mode, et les jeunes générations en respirent de toutes parts le dangereux parfum.

 

Pour le Panthéisme, Dieu est tout et tout est Dieu, c'est le sens même de ce mot.

 

La création et le créateur, le fini et l'infini, l'esprit et la matière, le temps et l'éternité, vaines distinctions que tout cela !

 

Il n'y a qu'une substance unique, dont toutes choses, les corps, les âmes, un astre, une plante, une pierre, ne sont que les formes variées, les divers modes d'existence, le développement continu, l'évolution incessante et éternelle.

 

Cette substance unique, ce grand tout, cette vie universelle, c'est dieu !

 

Est-ce là le dieu qu'il faut à mon cœur ?

 

Et si le dieu du Déisme qui a conservé quelques lambeaux du véritable, ne peut me suffire, que sera-ce de l'informe divinité panthéiste qui n'a pas même gardé la distinction de la créature et du Créateur ?

 

Et d'abord ce dieu étrange peut-il m'aimer ?

 

Mais pour aimer, c'est-à-dire pour se donner, il faut se distinguer de l'objet qu'on aime, il faut se posséder d'abord et puis s'unir librement à un autre.

 

Or, le Dieu du panthéisme n'est pas un dieu personnel ; il ne se possède pas, il se cherche éternellement à travers la série des existences, il est lui-même chacune de ces existences, il est vous, il est moi.

 

Aimer lui est impossible puisque tout est lui.

 

Et moi, comment pourrai-je aimer cette divinité errante et dispersée dans tout l'univers ?


Comment m'appuierai-je sur Celui qui est partout et qui n'est nulle part, et dont je suis moi-même je ne sais quel fragment infime !

 

Je puis me figurer avoir le sentiment, la sensation, dirai-je, de ce dieu, comme on sent, dans la nature matérielle, je ne sais quelle influence de chaleur ou de vie : mais l'aimer et en être aimé, pure chimère !

 

Et les vrais panthéistes le savent bien, car ils prennent en pitié nos prétendus rapports avec un Dieu personnel et vivant.

 

Demanderai-je au dieu du Panthéisme de me sanctifier ?

 

Bien moins encore : le Panthéisme non seulement ne me donne pas la force d'accomplir le devoir, mais encore il sape le devoir par sa base.

 

Le devoir est une obligation, une obligation envers quelqu'un, envers un être distinct et supérieur, auteur de la loi et dictant ses ordres à la conscience humaine.

 

Mais cet être n'est pas, cette volonté souveraine autre que nos volontés individuelles n'existe point, la conscience n'est que la voix de l'homme se parlant à lui-même.

 

Il n'y a donc plus lieu à l'obéissance, non plus qu'à l'amour.

 

De quel droit d'ailleurs, le bien s'imposerait-il à moi plutôt que le mal ?

 

Ne sont-ils pas l'un et l'autre également naturels, également légitimes, également divins ?

 

Ne sont-ils pas à titre égal des formes et des manifestations de la vie ?

 

Le mal n'est tout au plus qu'un moindre bien et il a sa place dans le développement universel...

 

Qu'en dites-vous ?

 

Etonnez-vous après cela de la confusion morale qui tend à se répandre parmi nous, de cette suprême indifférence avec laquelle on considère tous les faits accomplis, du fatalisme de l'histoire, de la réhabilitation du vice si souvent tentée dans notre littérature, et de cet énervement de tant de consciences sur lesquelles le prophète pourrait prononcer encore cette terrible sentence :

 

Malheur à ceux qui appellent le bien mal, le mal bien, les ténèbres lumière, et la lumière ténèbres !

 

Que de telles aberrations se propagent...et essayez alors de mesurer pour nos générations la profondeur de la décadence !

 

Demanderai-je enfin au dieu du Panthéisme l'immortalité que mon cœur réclame ?

 

L'immortalité !

 

Mais il la nie pour l'individu en la réservant pour l'espèce !

 

Il nous déclare par la bouche d'un de ses représentants les plus raffinés, que nous sommes « des éclosions d'un jour à la surface d'un océan d'êtres, » et il nous compare à la vague qui s'élève et brille un instant, puis s'efface et rentre dans l'abîme.

 

Voudriez-vous mon ami(e), ma soeur ou mon frère, de cette immortalité dérisoire ?

 

En voudriez-vous pour vous-mêmes, en voudriez-vous pour ceux que vous aimez ?

 

Quoi ! vivre, persister, se retrouver soi-même au-delà des ombres du sépulcre, comme on se retrouve le matin après avoir traversé le repos de la nuit, n'est-ce pas le besoin impérissable de la créature humaine ?....

 

Permettez-nous d'évoquer ici un émouvant souvenir.

 

Nous fûmes une fois témoin des dernières péripéties d'un naufrage sur les côtes de Normandie.

 

Pendant toute la nuit, la mer avait grondé, dans sa sombre colère.

 

Au point du jour nous aperçûmes, dans le lointain, deux formes humaines, un père et son plus jeune fils, battus par les flots, à demi-morts de fatigue et de froid, sur la carène renversée d'un navire de pêche.

 

Ils furent sauvés sous nos yeux. Mais quatre cadavres étaient restés dans l'Océan...

 

Il nous semble voir encore une pauvre mère, une pauvre femme regardant au loin la mer, humide et vaste tombe d'un époux et d'un fils, et nous disant avec désolation : « Il roule ! Il roule ! » -- Et c'est là la consolation que vous voudriez m'offrir pour les bien-aimés que j'ai perdus ! Vous oseriez me dire, pour apaiser ma douleur, qu'ils sont rentrés et qu'ils roulent dans cet océan des êtres, qui plus avare et plus implacable que les abîmes de la mer, ne les rendra jamais !...O folie de l'homme ! O sagesse de Dieu ! O Dieu d'Asaph et de Jésus-Christ, Dieu de mes affections et de mes espérances, Dieu « des vivants et non des morts, » « quel autre ai-je au Ciel ? « Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul ! »

« Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul ! »

 

A nous maintenant, Chrétiens, de méditer cette dernière parole d'Asaph et de la placer sur nos consciences.

 

Quelle impression y produit-elle, mes chers frères ?...

 

Ah ! nous nous sentions triompher tout à l'heure en écartant ce fantôme de Dieu qu'une raison égarée nous présentait, et en glorifiant le seul vrai Dieu, le Dieu des Écritures.

 

Triomphons-nous encore maintenant ?

 

Trouvons-nous dans nos cœurs un écho à cette seconde moitié du cri d'Asaph, comme un écho à la première ?

 

Est-ce que nos pensées toutes pleines de Lui, est-ce que nos œuvres vouées à sa gloire, est-ce que notre volonté joyeusement confondue avec la sienne, est-ce que notre vie tout entière à Lui consacrée, nous permettent de dire : Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul ?...

 

Que si pour échapper à la condamnation de nos consciences, ou pour l'atténuer du moins, nous cherchions au nom de je ne sais quelle sagesse, à discuter l'élan du psalmiste et à lui opposer je ne sais quelles objections, quelle en serait la valeur ?

 

Verrions-nous dans le cri d'Asaph une exagération ?

 

Une exagération !

 

Mais quoi, cette seconde parole n'est-elle pas le corollaire de la première ?

 

Si nous n'avons pas un autre Dieu au ciel que le Dieu de l'Evangile, aurons-nous sur la terre un autre trésor, un autre bonheur, un autre tout que Lui ?

 

Essayez d'enlever à l'amour que vous lui devez ce caractère suprême, absolu, vous n'y réussirez pas !

 

Essayez de placer sur les lèvres du racheté l'expression d'une moindre reconnaissance, vous n'y réussirez pas.

 

La langue religieuse s'y opposerait !

 

Devant le Dieu de l'Evangile, sainteté infinie, infinie charité, il n'y a pas de partage possible, il n'y a pas de réserves à faire, il n'y a pas de degrés, il n'y a pas de nuances !

 

A Celui qui nous a donné son Fils et toutes choses avec Lui, il faut tout donner, une divine logique l'exige.

 

Exagération !

 

Et pourrait-il jamais y en avoir dans l'amour d'une créature pour son Créateur, d'un pécheur perdu, pour le Dieu qui l'a sauvé ?

 

Exagération !

 

Ah ! ce n'est pas le péril dont les saints de tous les temps auraient eu la pensée de se garder !

 

Écoutez après Asaph, David : « O Dieu, tu es mon Dieu fort, je te cherche dès le point du jour. Mon âme a soif de toi et ma chair te souhaite dans cette terre déserte, altérée et sans air ! »

 

Ecoutez Moïse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée !

 

Ecoutez Jésus-Christ : « Nul ne peut servir deux maîtres. Une seule chose est nécessaire. »

 

Écoutez saint Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. »

 

Ah ! cette exagération, c'est la piété même !

 

Cette folie, « c'est notre service raisonnable ! »

 

Mais alors, direz-vous peut-être, c'est la condamnation de l'activité terrestre, c'est le mépris de tous les biens d'ici-bas, c'est la dépréciation, c'est la mutilation de la vie.

 

Erreur, erreur outrageante pour notre foi !

 

C'est précisément dans cette place souveraine faite à Dieu dans nos cœurs, c'est dans cette invasion totale des choses d'en haut au sein des choses d'ici-bas que réside le secret de la vie la plus riche, la plus profonde, la plus heureuse, de la vie la plus humaine parce qu'elle est la plus divine.

 

(Suite)

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1 mars 2014 6 01 /03 /mars /2014 18:49
Le cri d'Asaph ou l'idée de Dieu d'Ernest Dhombres (2ème partie)

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Le cri d'Asaph ou l'idée de Dieu

Par Ernest DHOMBRES  (1867) 

 

I – Le déisme 

 

 

 (Suite 1)

 

« Quel autre ai-je au ciel? Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul. »

(Psaume 73.25)

 

Si j'ai besoin d'un Dieu qui m'aime, j'ai besoin aussi d'un Dieu qui me sanctifie et me régénère.

 

Et quel sera-t-il, si ce n'est le Dieu des Ecritures ?

 

Par cet amour infini qu'Il me témoigne en Jésus-Christ, Il crée pour ma faiblesse le motif le plus puissant au devoir, l'amour et la reconnaissance ; l'amour qui me fait aimer Dieu, et, par conséquent, ce qu'Il aime ; l'amour qui change l'obéissance en liberté et l'obligation en privilège ; l'amour qui rend tout possible à celui qui se sent aimé.

 

Par cet amour qui a été, de la part de Dieu, le suprême sacrifice, Il me donne la mesure toute nouvelle du service que je dois lui rendre.

 

Il ouvre devant moi les perspectives infinies du don entier de moi-même à Celui qui s'est donné pour moi, et Il m'offre, en Jésus-Christ, le type sublime de cette sainteté sans tache et de ce dévouement sans bornes.

 

Bien plus : à ces motifs irrésistibles, à cette loi si glorieuse, à ce type accompli et plein d'attraits, Il ajoute, pour m'aider dans la lutte, son action directe et toute-puissante.

 

Il intervient encore par un don nouveau, par une communication spéciale, celle de son Saint-Esprit, qui agit, qui opère au sein de notre infirmité, faisant lui-même en nous ce qui lui est agréable.

 

O Dieu ! Nous ne sommes point seuls pour l'œuvre de notre régénération ! Nous sommes ouvriers avec toi !

 

En toi nous est ouverte la source de toute force, et si nous y puisions sans relâche, rien ne nous serait impossible !

 

Mais le dieu du Déisme, que fait-il pour me sanctifier ?

 

Il se tient à distance, et me laisse à moi-même.

 

Écoutez encore le "sage" de Genève :

(Jean Jacques Rousseau :Ecrivain et philosophe français, né à Genève dans une famille calviniste. il se convertit au catholicisme le 23 avril 1728.Il écrit le "Discours sur les sciences et les arts". Il y prend comme hypothèse méthodologique ce qui va devenir le thème central de sa philosophie : l'homme naît naturellement bon et heureux, c'est la société qui le corrompt et le rend malheureux. Il réfute ainsi la notion de péché originel. il souscrit à la "religion naturelle" ou déisme, qui lui permet d'accéder à Dieu sans l'intermédiaire des textes sacrés ou du clergé. Le doute lui étant insupportable, sa foi en Dieu n'est pas issue de la raison comme celle des autres déistes de son siècle, mais vient de ce qu'il ressent, des sentiments intimes. Dans une vision qui se veut optimiste, il considère les malheurs des hommes comme nécessaires à l'harmonie universelle et se console par la croyance en l'immortalité. Bien que perçu comme un hérétique par les protestants et les catholiques, Rousseau se dit cependant "chrétien", et "disciple" de Jésus, tout en se livrant au libre examen des dogmes. Son "christianisme" contraire à ce que la Parole de Dieu enseigne, et l'influence de Jean-Jacques Rousseau sera majeure aussi bien dans le domaine de la philosophie politique en nourrissant la réflexion sur la démocratie que dans le domaine de la littérature, et au-delà dans les comportements, avec la place nouvelle faite à la sensibilité qui s'épanouira au début du siècle suivant avec le romantisme. )

 

« Je ne demande pas à Dieu le pouvoir de bien faire. Pourquoi lui demander ce qu'Il m'a donné ? »

 

Appuie-toi donc sur toi-même, ô mon âme !

 

Tu as été pourvue par ton Créateur de forces suffisantes : c'est à toi d'en user.

 

Il n'a pas à revenir sur ton organisation morale ; Il n'a pas de grâces nouvelles à te dispenser ; Il n'a pas de Saint-Esprit à t'envoyer.

 

Et quels motifs t'offre-t-il pour fuir le mal et accomplir le bien ? Le devoir, la vertu...

 

Mais il faut à ma nature affaiblie et corrompue une inspiration nouvelle pour ce devoir, un attrait nouveau pour cette vertu.

 

Il ne me les donne point. Il ne sollicite pas mon cœur par un acte inattendu qui m'arrache à moi-même pour me donner à Lui.

 

Quel type m'offre-t-il enfin pour m'entraîner au bien ?

 

Tel Dieu, tel homme ; tel maître, tel serviteur.

 

Le dieu lui du Déisme ne connaît pas le sacrifice : je ne le connaîtrai pas.

 

Il ne s'est pas porté au-devant de sa créature, je ne me porterai pas au-devant de lui.

 

Donc, pas d'élan, pas de dévouement, pas d'héroïsme, pas d'offrande joyeuse de moi-même ; mais à la froide justice de l'Être suprême correspondra la morale de l'honnête homme, ou bien la vertu orgueilleuse et sèche du stoïcien...

 

O vous, qui vous traînez en gémissant sous le joug du mal, aspirant à la délivrance, affamés et altérés de justice, cherchant, du sein de votre impuissance douloureusement sentie, une force d'en haut pour changer votre cœur et renouveler votre vie morale..., ce n'est pas vers ce dieu que vous vous tournerez, mais vers le nôtre, vous écriant avec Asaph : Quel autre ai-je au ciel que Toi ?

 

Enfin, il nous faut un Dieu qui, au sortir de ce monde, nous recoive dans ses bras éternels et qui réponde à nos instincts d'immortalité en nous donnant l'assurance d'une éternité bienheureuse.

 

Quel sera-t-il si ce n'est le Dieu des saintes Écritures ?

 

En nous accordant en Christ le pardon, en nous communiquant, par son Saint-Esprit, le germe de la vie, Il a fermé sous nos pieds le gouffre de la condamnation ; Il nous a ouvert le ciel et a mis en nous « les arrhes de l'éternel héritage. »

 

Asaph s'écrie : « Tu me conduiras par ton conseil et tu me recevras dans ta gloire. »

 

David possède la même espérance : « Quand je marcherais par la vallée de l'ombre de la mort, je ne craindrais point ; car tu es avec moi. Ton bâton et ta houlette sont mes consolateurs. »

 

Et le Chrétien, dans la pleine clarté de l'Évangile, entend son Sauveur murmurer à son oreille : « Je vais vous préparer une place afin que là où je suis, vous y soyez aussi avec moi. »

 

Mais le dieu du Déisme me promet-il, dans ces termes consolants, l'immortalité que mon cœur réclame ?

 

Il prononce ce nom, sans doute ; il me parle « d'un monde meilleur. »


Mais cette immortalité, qu'elle est vague, qu'elle est froide, et qui m'assure qu'elle sera une immortalité de bonheur ?

 

Dans quelle disposition trouverai-je ce dieu qui tient mon sort entre ses mains ?

 

Sera-t-il bon, indulgent pour tout et pour tous, accueillant dans son ciel banal tout ce qui se présente ?...

 

Mais alors puis-je prendre au sérieux cette immortalité indépendante de la conduite des hommes ici-bas, et cette vie future sans rapport avec la vie présente ?

 

Sera-t-il juste, strictement juste ?...

 

Mais alors, quel est le sort qui m'attend, moi qui suis un pécheur ?

 

O douloureuse incertitude ! Et aucune parole de Dieu pour la dissiper !

 

Ce dieu, qui ne m'a pas assisté pendant la vie, ne descendra pas de son ciel auprès de mon lit de mort...

 

Il m'attend au-delà, dans son imperturbable sérénité.

 

Et, dans cette sombre vallée, dans cette agonie, en face du roi des épouvantements, point d'assistance, point de visite d'en haut ; mais la solitude suprême !...

 

Un philosophe qui s'est lentement élevé du sensualisme au spiritualisme, du spiritualisme au christianisme, Maine de Biran, parcourait tour à tour, sur son lit de maladie, Platon et Marc-Aurèle, l'Évangile et l'Imitation de Jésus-Christ.

 

Aux approches de la dernière heure, on l'entendit s'écrier : « Donnez, donnez, Seigneur, je ne puis rien sans vous ! Malheur à l'homme seul ! »

 

Sur le bord de l'éternité, le philosophe répudiait le dieu du Déisme, et, fixant ses regards mourants sur le Dieu des Écritures, ne semblait-il pas lui dire avec Asaph : Quel autre ai-je au ciel que Toi ?

 

(Suite)

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Croix Huguenote

 
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Charles Spurgeon

" J'avoue que je donnerais à peine un penny pour tout salut que je pourrais perdre. La vie éternelle est la chose dont nous avons besoin, la Vie de Dieu, qui ne peut jamais changer ou être enlevée de nous, et c'est ce qui est donné à toutes celles et ceux qui croient en Jésus Christ."

Car, lorsque que nous étions
encore sans force,
Christ, au temps marqué,
est mort pour des impies
 (Romains 5-6)

Croix Huguenote

  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite ?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

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