Le cri d'Asaph ou l'idée de Dieu
Par Ernest DHOMBRES (1867)
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II – Le panthéisme
(Suite)
« Quel autre ai-je au ciel? Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul. » (Psaume 73.25)
L'Evangile ne vient rien supprimer, rien éteindre, rien mutiler en nous, mais tout pénétrer, tout purifier, tout lever, tout embellir !
Beautés de la création, aspects enchanteurs de la nature, serai-je moins sensible à vos attraits, parce que Dieu remplit mon cœur ?
Non, car je verrai toujours rayonner sa splendeur à travers la vôtre, vous vous illuminerez d'un reflet de ses invisibles perfections, et au sein de toutes vos harmonies j'entendrai le sublime dialogue du jour et de la nuit, se racontant l'un à l'autre la gloire de mon Dieu !
Magie des arts, vous charmerez encore mon imagination, que la foi épure sans l'éteindre, et si vous attristez mon cœur, quand vous n'êtes qu'un hymne à la matière, vous le pénétrez d'une émotion sublime, quand vous faites apparaître à mes yeux, à travers le marbre ou la toile, un rayon fugitif de la beauté incréée.
Sciences de la nature, j'applaudis à vos progrès et à vos conquêtes !
Sciences de l'esprit, recherches infatigables de la pensée, je suis avec sympathie votre rude ascension vers la lumière !
Et si l'incrédule voit dans vos triomphes la glorification de l'homme, j'y vois bien plutôt la glorification de Dieu, qui a fait le monde physique comme le monde moral, et le génie humain pour sonder les merveilles de l'un et de l'autre.
Oui, savants, par vos observations et vos découvertes vous ne faites que constater la perfection de son œuvre et la sagesse de ses lois.
Philosophes, par vos plus hautes et vos plus nobles pensées, vous avez ou pressenti, ou confirmé, ou interprété sa révélation immortelle : et quand vous avez voulu la contredire et la renverser l'impuissance et la folie de vos systèmes ont, à votre confusion, démontré sa vérité et sa gloire !
Poètes, jamais vous n'êtes plus grands que, lorsque d'une aile sublime, vous montez et vous nous emportez vers Lui !
Je puis donc prêter l'oreille à vos accords, car sous ces noms sacrés qui font le plus harmonieusement vibrer votre lyre, idéal, infini, lumière, espoir, consolation, c'est son nom suprême que vous chantez et que mon âme adore !
Saintes causes de la liberté et de la justice, du droit et de la dignité de toute créature humaine, je puis m'attacher à vous, car vous tenez étroitement à la cause de Dieu.
Je vous embrasserai avec enthousiasme, je vous soutiendrai de mon obscur dévouement, partout où vous serez débattues, et tandis que l'homme du monde se lassera de vous poursuivre, le chrétien travaillera sans défaillance à votre triomphe, sachant qu'après de rudes combats et de mystérieux délais Dieu vous donnera la victoire !
Et vous saintes joies du foyer, charme profond des affections humaines, vous connaîtrai-je à un moindre degré parce que l'Eternel Dieu tient la première place dans mon cœur ?
Non, non ! objets de ma tendresse, en vous aimant dans le Seigneur et pour le ciel, je vous aimerai plus et mieux pour la terre !
David et Jonathan, types de l'inviolable amitié, Aquilas et Priscille, modèles de l'union conjugale, Augustin et Monique, dont les noms entrelacés dans l'admiration universelle ont révélé des profondeurs encore inconnues de l'amour maternel et de l'amour filial, dites-nous si la piété dessèche le cœur ou si elle le féconde, dites-nous si elle le rétrécit misérablement ou si elle l'élargit sans mesure, dites-nous si elle frappe d'inconstance et de caducité ou si elle marque d'un sceau immortel les tendresses humaines !
Ah ! vous ne me montrerez jamais, en quoi l'amour suprême de Dieu, le don joyeux de nous-même à Celui qui s'est donné pour nous, pourrait appauvrir ou décolorer la vie présente.
Mais je ne pourrais que trop vous montrer, moi, s'il en était besoin, ce qu'elle deviendrait, si la flamme du pur Christianisme s'éteignait dans les cœurs, si la foi disparaissait des âmes, si les cieux étaient voilés aux yeux de cette génération, si la grande réalité d'un Dieu Sauveur, ce soleil du monde moral, descendait sous l'horizon terrestre, et s'il n'y avait pas au milieu de nous, comme au temps d'Elie, ces sept mille qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal, ce groupe invincible de serviteurs du Dieu vivant, s'écriant avec Asaph : « Quel autre ai-je au Ciel ? Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul ! »
Ce groupe, mes bien-aimés frères, ne voulez-vous pas vous y joindre ?
Ne voulez-vous pas fortifier les rangs glorieux des chrétiens décidés, dans ces jours difficiles, au milieu de la désertion de plusieurs, et de la langueur des plus fidèles ?
N'êtes-vous pas lassés de notre foi sans flamme, de notre charité sans héroïsme, de notre Christianisme sans joie, sans parfum, sans enthousiasme, sans grandeur, sans sacrifices...et sans conquêtes ?
Ah ! plus de partage, plus de commodes réserves, plus de lâche obéissance, ne renvoyons plus l'heure de cette renonciation totale et douce dont parlait Pascal, et de ce « sacrifice vivant et saint, » qui selon saint Paul est « notre service raisonnable ! »
Voulons-nous qu'on ne cherche plus, qu'on ne souhaite plus, qu'on ne puisse plus concevoir un autre Dieu que le vôtre ?
Montrons que ce Dieu, en nous prenant tout entiers, en se soumettant à Lui-même toute notre vie, nous a apporté toute lumière, toute consolation, toute richesse, toute paix, tout bonheur !
Alors l'âme sérieuse, qui cherche Dieu et ne le trouve point, viendra vers nous comme Ruth la Moabite vers Naomie l'Israélite fidèle, en s'écriant : « Ton peuple sera mon peuple, ton Dieu sera mon Dieu ! » et bientôt, prosternée aux pieds de Dieu Lui-même, elle répétera le cri du Psalmiste :
« Quel autre ai-je au Ciel ? Je n'ai pris plaisir sur la terre qu'en Toi seul ! »

Ernest Dhombres,
Pasteur Protestant Réformé







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