"Puisque Dieu, par conséquent, nous justifie par la Médiation du Christ, Il nous Acquitte, non pas par l'aveu de notre innocence personnelle, mais par une imputation de la justice ; de sorte que nous, qui sommes injustes en nous-mêmes, sommes considérés comme Justes en Jésus Christ."
Un joyau architectural des XIIe et XIIIe siècles, un chef-d’œuvre de l’art gothique, un monument connu, visité et célébré internationalement vient de subir des dégâts considérables à la suite de l’incendie ayant ravagé sa charpente composée de poutres provenant de quelque mille trois cents chênes, certains vieux de mille deux cents ans, provoquant stupeur et consternation non seulement à Paris ou en France, mais dans le monde entier.
Pour quiconque, comme moi-même, a grandi à l’ombre de ces tours séculaires, a assisté à nombre de concerts d’orgue offerts au public chaque dimanche après-midi, y a amené tous les amis étrangers de passage à Paris l’ayant pris pour guide d’un jour, ayant même une fois été réquisitionné pour faire circuler dans la cathédrale un sac de collecte destiné à couvrir les frais d’une maîtrise d’enfants venue de très loin pour une tournée de concerts en Europe (!), le choc et la tristesse ne sont pas petits.
Les remarques suivantes ne sont donc en rien la marque d’une indifférence ou d’un regard hautain porté sur un désastre culturel de cette nature.
Mais puisqu’une cathédrale chrétienne est censée être tout d’abord un lieu de culte adressé à celui dont prennent le nom ceux qui l’ont érigée, nom qui les identifie, ne faut-il pas donner en priorité la parole à celui-là même qui porta ce nom le tout premier, afin d’entendre de sa bouche quel culte au juste il a enseigné à rendre à Dieu - en esprit et en vérité - à tous ceux qui prononcent son nom et se réclament de lui ? A moins bien sûr que la valeur artistique d’un édifice cultuel, la splendeur des objets qu'on y exhibe, le poids de sa présence au cœur de l’histoire d’une ville et d’un pays n’aient depuis longtemps relégué l’objet unique et essentiel de ce culte dans les cendres de l’histoire, le remplaçant progressivement par une adoration tournée sur soi-même, ses priorités, sa mémoire culturelle, sur ce que l’on croit relever du domaine spirituel, en dépit de l’enseignement du Maître, voire directement contre sa parole. Car entre la religion du Christ et la religion civile dont Notre-Dame de Paris est finalement devenue le symbole, à l’image des trois temples païens du Capitole du temps de Rome, le gouffre n’est pas mince. Ces derniers jours, nombre de commentateurs n'ont pas manqué de souligner l'ambivalence symbolique du monument niché au coeur de l'île de la Cité, de Paris, de la France.
Lors de son ministère terrestre, Jésus ne fit pas mystère à ses disciples que la plus belle construction ornant alors Jérusalem, en l’occurrence le temple dont la reconstruction depuis le roi Hérode le Grand avait pris quarante-six ans, n’était pas destinée à subsister à toujours, aussi glorieuse qu’elle ait alors pu paraître aux yeux de ces mêmes disciples, non seulement en tant que lieu centralisé du culte rendu à Yahweh, mais également comme sujet de grande fierté nationale. Au chapitre 13 de l’évangile selon Marc (voir aussi Matthieu 24 et Luc 21), nous les trouvons en train d’admirer l’architecture du temple et de vouloir faire partager leur admiration à Jésus : Lorsque Jésus sortit du temple, un de ses disciples lui dit : Maître, regarde, quelles pierres, quelles constructions ! Et, comme bien souvent lors de ces échanges, ce n’est rien de moins qu’une douche froide que leur administre le Maître : Vois-tu ces grandes constructions ? Il ne restera pierre sur pierre qui ne soit renversé. Quarante-six ans de travaux « pharaoniques » soudainement réduits à néant ? Mais dans quelles conditions et sous quelle force destructrice ? Incendie accidentel ? Attentat criminel ? Nouvelle dévastation militaire par une armée étrangère? Jésus, interrogé à ce propos par ses disciples, ira avec eux s’asseoir en face du temple, sur le mont des Oliviers, pour les enseigner à nouveau. Il ne s’agit pas pour lui de donner une description détaillée des circonstances de la destruction du temple en question, mais plutôt d’en offrir la clé spirituelle et eschatologique. Avec sa venue sur terre, avec l’accomplissement de son ministère dans les jours et semaines à venir, le temple de Jérusalem n’aura plus de raison d’être, car ce qu’il annonçait symboliquement depuis presque mille ans sous ses différentes formes, reconstructions après destructions, est en passe de revêtir sa forme finale: celle d’un édifice spirituel indestructible, greffé sur le corps incorruptible de celui qui, mis à mort dans l’humiliation totale, engloutira une fois pour toutes cette mort par son sacrifice volontaire accompli au bénéfice de tous ceux qui vivront par la foi dans sa mort et sa résurrection (« Tout est accompli », dernière parole de Jésus dans Jean 19 :30).
Avec ou sans bâtiment cultuel, sous un baobab ou à l’intérieur de la plus belle construction pouvant accueillir des centaines de fidèles – peu importe – « là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » enseignait-il à ses disciples (Matthieu 18:20). En promettant sa présence au milieu de ceux qui seraient assemblés en son nom (c’est-à-dire en aucun autre nom que le sien, mais également avec tout ce qu’implique ce nom!) il signifiait la présence d’une église-assemblée (ekklesia) à laquelle rien ne manque pour être qualifiée comme telle.
Cet édifice spirituel et indestructible, c’est aussi ce dont fera état l’apôtre Pierre soi-même dans sa première lettre adressée à tous les chrétiens dispersés à travers les provinces orientales de l’empire romain en raison d’une sévère persécution (1 Pierre 2:1-8). Ces circonstances éprouvantes de persécution et de dispersion rendent d’autant plus puissante et éloquente la qualification de cette maison spirituelle qui s’édifie sur un seul fondement légitime. Édifice dont la pierre d’angle, vivante et indestructible n’est autre que Jésus-Christ, souligne l’apôtre:
Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu, et vous-mêmes, comme des pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison spirituelle, un saint sacerdoce, en vue d’offrir des victimes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus-Christ; car il y a dans l’Écriture [Ésaïe 40 :6-8]: «Voici je pose en Sion une pierre angulaire, choisie, précieuse », et « celui qui croit en elle ne sera pas confondu » [Esaïe 28 :16]. L’honneur est donc pour vous qui croyez. Mais pour les incrédules, « La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale, celle de l’angle [psaume 118 :22] et une pierre d’achoppement et un rocher de scandale (Ésaïe 8 :14-15).
La citation du psaume 118 en particulier montre que la division entre ceux qui ne seront pas tournés en confusion et ceux qui achopperont, ne s’opère pas sur le fait que certains construisent et d’autres nom, mais sur le fait que certains le font sur la seule pierre choisie et précieuse, Jésus-Christ, tandis que d’autres l’ont rejetée d’une manière ou d’une autre, la remplaçant par une pierre angulaire de leur choix, censée soutenir la structure architectonique de tout l’édifice. Quelle que soit alors la dimension et les canons esthétiques du bâtiment reposant sur une telle pierre, quelle que soit son ancienneté, cet édifice n’évitera à personne d’achopper sur la pierre vivante, choisie et précieuse devant Dieu.
Sans doute convient-il de méditer avec urgence sur cet enseignement apostolique à propos de la signification spirituelle du mot Église, alors qu’un culte national semble unir autour d’une cathédrale dévastée toutes sortes de chapelles idéologiques érigées sur des pierres d’angle qui prétendent cimenter l’unité d’un pays ravagé par ses divisions internes. Car cette religion civile constituée de diverses synthèses et syncrétismes, qui débloque d’énormes crédits pour reconstruire les parties annihilées de Notre Dame de Paris, le tout augmenté par des promesses de dons s’élevant déjà à plusieurs centaines de millions d’euros en provenance des plus grands groupes financiers ou encore d’individus bien intentionnés, ne résistera pas davantage au feu dévastateur qui l’attend, que la vieille charpente et la flèche effondrées ne l’ont pu sous l’effet des flammes terribles. Comme tous les autres cultes voués à des divinités inventées par des hommes en quête de sens et d’unité avant elle, cette religion civile achoppe sur le rocher du Christ. Il lui paraît toujours scandaleux, car il met à nu son incapacité à donner à l’existence un sens plénier et à ses adeptes une espérance vivante.
En particulier, pour tous ceux qui se nomment « chrétiens », pour leurs hiérarques (toutes chapelles confondues du reste), qui se sont pourtant laissé happer ou hypnotiser par cette religion d’État gravitant autour de l’Homme auto-divinisé et son nombril, méritant dès lors eux aussi le qualificatif d’ incrédules utilisé par l’apôtre Pierre dans sa lettre (2:7), combien grande sera la chute consécutive à l’achoppement sur la pierre choisie et précieuse devant Dieu qu’auront rejetée ceux qui croyaient bâtir ou rebâtir. Car il ne s’agit pas tant ici d’un désastre culturel ou artistique auquel il est bon an mal an possible de remédier comme on l’a fait tant de fois dans le passé, mais bien d’un désastre spirituel irrémédiable…
Au vu d’une actualité en pleine mutation sociétale depuis quelques décennies, il semble que notre culture occidentale soit marquée parla recherche d’un Royaume supérieur, purifié des « scories » de la nature, et dans lequel les initiés ne sauraient pénétrer qu’à condition d’avoir aboli les frontières du genre afin de les remodeler à leur guise. Le grand bazar du genre est désormais ouvert à toute heure du jour et de la nuit, et l’on semble davantage se soucier de fixer les règles du marchandage autour des fripes qu’il exhibe, que de la qualité et la durabilité des produits qu’on y trouve.
Une question de diversité et de mémoire
A l’heure du mariage pour tous, des gay parades, de l’activisme-lobbyisme LGBTQ (XYZ…) tous azimuts, mais également d’une culture et pratique homosexuelle - voire pédérastique - dominante au sein de certaines structures ecclésiastiques, la question à la fois ontologique et anthropologique consistant à définir ce qu’est ladiversité devrait pourtant se poser à nos contemporains avec la plus grande urgence. Une combinatoire sexuelle sans repères ni limites renforce-t-elle ou abolit-elle la diversité? Comment se définit une diversité qui structure les êtres humains et leur permet de se renouveler dans une histoire et une mémoire communes au lieu de les réduire en individualités autonomes dans et par leurs désirs, jusqu’à les y dissoudre en dernier lieu? Quelles fonctions remplissent la différence et la génération dans cette diversité ? En constituent-elle des éléments à lafois fondateurs et structurants? Savoir dans toute la mesure du possible qui sont mes parents, assimiler et assumer mon ascendance personnelle avec les blessures que cela peut entraîner, ne fait-il pas aussi partie de ce qui définit mon identité en tant que personne sexuée sur le plan chromosomique dès ma conception?
A cet égard, la transmission de la mémoire individuelle en tant que vecteur indispensable d’une connaissance de soi-même se trouve remise en question par le biais de la dissolution programmée juridiquement en amontpar un État devenu ingénieur anthropologique, de l’identification entre parent biologique et parent porteur, entre parent porteur et parent éducateur. Le rapport à lafois personnel et communautaire vis-à-vis de l’histoire (diachronique donc) est aujourd’hui en passe d’être bouleversé par une séparation voire une confrontation à venir entre deux classes d’êtres humains, issues de diversités irréconciliables car évoluant sans un socle commun minimal pour qu’une telle séparation puisse être évitée. Aujourd’hui, l’une de ces deux classes est déjà condamnée avant même sa naissance à une amnésie génétique programmée.
Un autre champ d’aliénation s’ouvre devant nous, parmi bien d’autres: celui du rapport des êtres humains aux espèces animales, dont on estime traditionnellement et au moins en principe qu’elles devraient faire l’objet de soin et de préservation, dans le respect éthique d’une écosphère indispensable à notre propre survie. Or comment, à terme, les espèces animales pourraient-elles se soustraire à l’ubris humaine cherchant à les refaçonner sur un modèle compatible avec son propre désir de redéfinition sexuelle, modèle donnant toute satisfaction à cette ubris ? Quelle forme de communication et d’analogie porteuse de sens entre humains et animaux serait encore possible dans un univers rendu disparate par l’idéologie de la page blanche existentialiste, libérée de tout de ce qui est désormais considéré comme déterminisme insupportable?
Le problème de la page blanche sur laquelle l’individu issu des Lumières prétend aujourd’hui tracer l’intégralité de sa propre histoire, est qu’elle risque fort de demeurer blanche pour toujours, car écrite à l’aide d’une encre soluble qui n’a pas vocation à se fixer sur un support destiné lui aussi à disparaître de toutes manières.
Antithèse biblique et prévalence gnostique
Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait c’est ce qui se fera. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il y a un domaine auquel s’applique aujourd’hui cette remarque désabusée de l’Écclésiaste (1:9), c’est bien celui de l’abolition du genre, de l’éradication de la nécessaire différence sexuelle dans sa non moins nécessaire complémentarité. Certes entre le fantasme et sa tentative contemporaine de réalisation à l’aide d’outils technologiques sophistiqués, il y a un pas important qui n’est pas franchi automatiquement. Mais, tant que la mémoire des âges qui nous ont précédés n’a pas encore été totalement abolie, tant que latabula rasa n’est pas devenue l’unique rapport que nous ayons à nous-mêmes, il est opportun d’opérer un retour en arrière sur les pages noircies d’encre de notre histoire, dont nous avons certainement beaucoup à apprendre.
La dernière religion de l’Antiquité sur le plan chronologique, le Gnosticisme, illustre parfaitement la permanence d’un fantasme qu’elle a elle-même hérité de divers courants philosophico-religieux, tels le mythe de l’androgyne raconté par Aristophane dans Le Banquet de Platon. J’ai décrit de manière plus détaillée les sources et expressions du Gnosticisme antique, ainsi qu’un certain nombre de ses avatars contemporains dans mon livre Rendre Compte de l’Espérance.[1]
Par-delà ses différentes moutures, parfois difficiles à distinguer les unes des autres, la religion gnostique contient des éléments communs facilement observables. Le rejet de la différence sexuelle – fût-elle nécessairement complémentaire – en fait partie. Car tout ce qui n’est pas strictement un (au sens moniste du terme) est intrinsèquement mauvais aux yeux des gnostiques antiques: selon eux la diversité ne peut être comprise que comme rupture d’un ordre parfait et immuable. L’apparition de la diversité est interprétée comme source d’opposition, de conflit et donc de souffrance induite par une matérialité physique déchue (l’ex-istence elle-même ne signifiant rien d’autre que la sortie de l’istence, une chute loin de l’Être qui ne se meut ni ne change et se confond avec le Bien suprême dans la stricte mesure où il demeure tel). De fait, pour les gnostiques, cette matérialité-là ainsi que la matière diversifiée qui en découle n’est pas l’oeuvre de l’esprit divin ultime, l’éoninconnaissable élevé au-dessus de toute autre sphère spirituelle. La diversité est le fruit du mauvais Démiurge, fils dégénéré de Sophia (sagesse), elle-même une des émanations de l’éon suprême.
A l’aube du christianisme, l’apôtre Paul dénonce déjà «les discours vains et creux de la soi-disant connaissance » (tès pseudonumou gnoseôs) à la fin de sa première lettre à Timothée (6:20), invitant celui-ci à les éviter car « quelques-uns, pour en avoir fait profession, ont manqué le but en ce qui concerne lafoi ». Il a d’ailleurs donné un aperçu de ces discours vains et profanes un peu plus haut dans sa lettre, annonçant la tournure qu’ils ne manqueraient pas de prendre (4:1-4): différentes formes d’ascétisme niant la grâce générale du Créateur dans son œuvre, prescriptions visant à s’extirper de la matière ou des structures créationnelles divines telles que le mariage, comme si elles étaient mauvaises en soi et que s’en détacher ou y renoncer permettait une ascension spirituelle personnelle:
Mais l’Esprit dit expressément que, dans les derniers temps, quelques-uns abandonneront lafoi, pour s’attacher à des doctrines de démons, par l’hypocrisie de faux discoureurs marqués au fer rouge dans leur propre conscience. Ils prescrivent de ne pas se marier et de s’abstenir d’aliments que Dieu a créés pour qu’ils soient pris avec actions de grâce parceux qui sont fidèles et qui connaissent la vérité. Or, tout ce que Dieu a créé est bon, et rien n’est à rejeter, pourvu qu’on le prenne avec actions de grâces, car tout est sanctifié parla Parole de Dieu et la prière.
Certes nous n’en sommes pas encore ici aux formes développées du Gnosticisme telles qu’elles apparaîtront à partir du second et surtout du troisième siècle, mais leur thématique spiritualiste visant à déprécier la matière créée en prononçant des interdits particuliers y est bien en germe. Ne nous y trompons pas cependant: l’avertissement de Paul ne représente en aucun cas un plaidoyer en faveur d’une liberté antinomienne (au sens d’opposition à la loi divine en ce qui concerne l’usage sanctifié des biens dont le Créateur/Législateur a pourvu l’humanité), puisqu’il est question de jouir de ce que Dieu a créé « avec actions de grâces », c’est-à-dire dans la pleine reconnaissance de celui qui en est le dispensateur. Si tout est sanctifié parla parole de Dieu et parla prière, ce ne peut être pour Paul qu’en accord avec le plan du Créateur révélé par sa parole et magnifié dans la prière, sous peine évidemment de prendre son nom en vain dans de telles actions de grâces.
Or, il suffira d’un siècle à peine pour qu’on voie le discours gnostique surgir avec force dans des écrits se réclamant du christianisme, au risque d’en contredire l’essence même. La présence du mythe de l’androgyne est évidente dans l’évangile gnostique de Thomas (vers 145-160 ap. J-C), qu’il est vraiment piquant de voir mis de nos jours sur le même plan que les évangiles canoniques - ceux du Nouveau Testament - alors que sa teneur sotériologique leur est dès les premières lignes si radicalement opposée, avec son appel à une spiritualité initiatique réservée à un groupe de privilégiés, sur le modèle supposé de Thomas « Didyme » : pseudo jumeau du Christ (en tout cas appelé à se confondre avec lui dans une gémellité spirituelle) il aurait reçu de ce dernier une révélation particulière dans les quelque cent dix-huit logia (paroles) que constitue cet écrit qui n’est attesté nulle part avant le milieu du second siècle.
Concernant ce mythe de l’androgyne, je reprends ici quelques éléments du chapitre précité sur le Gnosticisme dans Rendre Compte de l’Espérance:
La Rédemption passe par l’abolition ici-bas de la différence sexuelle. Ainsi, nous lisons dans l’évangile de Thomas (logion 27):
Jésus leur dit : ‘Lorsque vous ferez les deux êtres un, et que vous ferez le dedans comme le dehors, et le dehors comme le dedans, et le haut comme le bas! Et si vous faites le mâle et la femelle en un seul, afin que le mâle ne soit plus mâle et que la femelle ne soit plus femelle (…) alors vous entrerez dans le [Royaume]!
La dernière des logia de l’évangile de Thomas (118) est encore plus explicite à cet égard:
Simon Pierre leur dit: ‘Que Marie [Madeleine] sorte de parmi nous, car les femmes ne sont pas dignes de la vie!” – Jésus dit: “Voici; moi je l’attirerai pour que je la rende mâle afin qu’elle aussi devienne un esprit vivant pareil à vous, les mâles! Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des cieux.’
Nous avons ici un refus de la sexualité telle qu’elle est présentée dans les deux premiers chapitres de la Genèse, et même introduite comme premier marqueur de l’ imago Dei dès 1:26-28. Dans les écrits valentiniens, le démiurge fou et mauvais Yaldabaoth étant, semble-t-il, passé de l’état d’androgyne à celui de mâle, et la divinité suprême étant androgyne, les Gnostiques se doivent de rechercher l’androgynie. D’après le père de l’Église Hippolyte de Rome (début du troisième siècle), la secte des Naasènes croyait que l’Adam originel était un hermaphrodite. Les Naasènes s’appuyaient sur la parole de Saint Paul dans sa lettre aux églises de Galatie (3:28) pour faire valoir leur vision strictement moniste: Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car vous tous, vous êtes un en Christ-Jésus. Le contexte sotériologique dans lequel Paul fait cette déclaration n’est pas pris en compte par les Gnostiques, mais il devient tout à fait clair pour peu qu’on lise le passage qui précède immédiatement le verset 28: Car vous êtes tous fils de Dieu parlafoi en Christ-Jésus: vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Pour Paul, l’unité en Christ n’abolit pas ladistinction entre homme et femme, elle la transcende et lui redonne tout son sens, ce qui n’est certes pas la même chose. Le passage le plus éloquent dans ses épîtres à cet égard demeure le cinquième chapitre de sa lettre aux chrétiens d’Éphèse, qui établit une analogie profonde – un mystère – liant la relation entre les maris et leurs épouses d’une part, avec celle qui unit Jésus-Christ à son Église d’autre part. A l’opposé, d’un côté l’androgynie gnostique se manifeste par l’absorption d’un genre par un autre (le féminin par le masculin dans l’évangile de Thomas), mais d’un autre, une forme supérieure de divinité, Sophia (la Sagesse), reprend sévèrement le Démiurge, éon masculin inférieur, dont elle est d’ailleurs la mère.
Dans le traité Trimorphic Protennoia (rédigé autour de 200 après Jésus-Christ), voici ce que déclare celle qui se présente dès le début comme ‘Protennoia, la Pensée qui demeure dans la Lumière’:
Je suis androgyne. Je suis à lafois Mère et Père, puisque je copule avec moi-même. Je copule avec moi-même et avec ceux qui m’aiment, et c’est à travers moi seule que le Tout se maintient fermement. Je suis les entrailles qui donnent forme au Tout en donnant naissance à la lumière qui brille dans la splendeur. Je suis l’Eon à venir. Je suis l’accomplissement du Tout, c’est-à-dire Meirothea, la gloire de la Mère. Je projette le Son de la Voix dans les oreilles de ceux qui me connaissent. Et je vous invite vers la Lumière exaltée, parfaite (…).
Un mouvement de balancier entre deux extrêmes caractérise les sectes gnostiques en ce qui concerne leur vision de la sexualité: d’une part des pratiques débridées afin de se prouver qu’au fond, cet aspect bassement matériel de l’existence n’a aucune importance sur le plan spirituel et peut donc être traité avec l’indifférence qu’il mérite, tout excès n’ayant aucune incidence sur le salut de l’initié (on retrouvera mutatis mutandis cet aspect au sein de certaines sectes anabaptistes au seizième siècle); d’autre part un ascétisme forcené pour – là aussi – se prouver qu’on est parvenu à se détacher de la réalité matérielle jusqu’à s’élever au rang de pneumatikos, c’est-à-dire de créature véritablement spirituelle, contrairement aux sarkikoi, ces hommes et femmes irrécupérables livrés à la chair et incapables de s’élever au-dessus de leur vile et basse condition.
Que ces influences aient fait leur chemin au sein de l’Église médiévale par le biais de la pénétration dans la culture populaire des évangiles gnostiques tardifs (dont témoigne une abondante et fascinante iconographie), ne fait pas de doute, comme l’annonçait l’avertissement prophétique de Paul en 1 Timothée 4. La distinction sacramentelle quasi ontologique intervenue au fil du temps entre laïcs et prêtres (prêtres non plus au sens néo-testamentaire de presbuteroi-anciens, mais au sens de iereus-sacrificateur - office repris de l’Ancien Testament sans considérer son accomplissement final en Christ, ce qui est pourtant le thème central de la lettre aux Hébreux dans le Nouveau Testament), n’est pas exempte de la distinction que les Gnostiques établissaient, si ce n’est entre sarkikoi et pneumatikoi, du moins entre ces derniers et une classe intermédiaire, celles des psuchikoi (les « psychiques »): êtres certes doués d’une âme et donc de sentiments plus élevés que les sarkikoi, mais encore incapables de s’élever au niveau du pneumatikos initié dans laspirale ascensionnelle qui le fait rejoindre l’éon suprême. Ce n’est pourtant pas sans raison qu’un peu auparavant dans sa première lettre à Timothée, non seulement l’apôtre du Christ n’interdisait pas aux episkopoi (évêques, intendants) de se marier, mais bien plutôt il faisait du mariage hétérosexuel et monogame une des caractéristiques de l’évêque « irréprochable » (3:2).
Un nouvel œcuménisme autour de l’idéal androgyne ?
Le grand retour de l’androgyne dans la culture occidentale s’effectuera cependant au moment de la Renaissance florentine et - faut-il s’en étonner - néo-platonicienne, avec Marsile Ficin, comme en témoignent éloquemment un certain nombre de dessins ou tableaux de Léonard de Vinci, tels l’Ange Incarné ou son Saint Jean-Baptiste (sans doute son dernier tableau), tous deux androgynes pointant de l’index un ciel destiné aux hermaphrodites. La figure féminisée du disciple Jean à la droite de Jésus dans la fameuse fresque de la Cène (L’Ultima Cena) réalisée par Vinci de 1495 à 1498 pour le réfectoire du couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie à Milan, offre une belle illustration du motif transgenre comme vecteur d’ascension spirituelle. Certes, il s’agit ici non pas d’un passage de l’état de femelle à celui de mâle comme dans l’évangile de Thomas, mais de l’inverse, afin d’illustrer une proximité spirituelle avec le Christ supérieure à celle des autres disciples. Il n’en demeure pas moins que cette migration transgenre est tout aussi porteuse d’une dimension symbolique gémellaire, accentuée qu’elle est par le regard baissé des deux personnages dans une expression de communion mystique étrangère à celle des autres disciples.
Que de telles formes d’art sacré aient trouvé leur place sans aucun complexe dans des lieux cultuels ou des sanctuaires chrétiens, témoigne de la facilité avec laquelle les influences néo-platoniciennes voire néo-gnostiques ont su imprégner un christianisme adonné aux synthèses avec un paganisme qu’il était censé avoir vaincu et remplacé. A l’aune de cette histoire, faut-il donc être surpris qu’il en soit toujours de même aujourd’hui ? La puissante convergence d’un idéal néopaïen magnifié par les médias occidentaux avec une cléricature en ouverte mutation doctrinale et éthique (qui dépasse d’ailleurs les frontières de telle ou telle chapelle), semble augurer de l’émergence d’une nouvelle forme d’œcuménisme humaniste, désormais centré sur le partage de l’identité androgyne.
Est-il exagéré de penser que l’effacement progressif de ce qui est de plus en plus dénoncé comme séparant les individus, à savoir la barrière du genre, est tout à lafois le révélateur et le catalyseur de l’abolition de toutes les différences entre les êtres humains (comme le sous-entend l’Equality Act récemment présenté devant le Congrès américain)? Et que, selon le nouvel œcuménisme et son credo, tous devraient désormais travailler à cette abolition afin de faire émerger la nouvelle humanité destinée dès ici-bas à régner en paix sur le monde? L’élite des initiés, pointant le doigt vers ce Royaume alternatif à la suite de Vinci, nous invite à la suivre sur ce chemin si ce n’est idéal, du moins idéel. Protennoia, l’androgyne à lafois mère et père, parent 1 et parent 2, lance à nouveau son appel pressant à venir copuler avec elle: Et je vous invite vers la Lumière exaltée, parfaite. Une Lumière réfractée par les couleurs d’un arc-en-ciel qui n’évoque plus le Déluge, mais pense au contraire l’avoir exorcisé à jamais.
Le thème des croyants décédés en ayant laissé un héritage de foi est courant dans le Nouveau Testament : il se réfère en particulier aux apôtres que Jésus a envoyés pour annoncer l’Évangile. Il s’agit à la fois de leurs paroles et de l’exemple qu’ils ont laissé. Dans bien des cas, cela signifie qu’ils n’ont pas hésité à renoncer à leur propre vie pour la cause de celui qu’ils considéraient comme leur Roi et Sauveur, Jésus-Christ. Qu’on pense par exemple au disciple Jacques, le frère de l’évangéliste Jean, mis à mort vers l’an 44 de notre ère par le roi Hérode Agrippa 1 (livre des Actes, chapitre 12).
Quelle est donc la place aujourd’hui, dans la vie des croyants, de ceux qui les ont précédés dans la foi, et de l’exemple qu’ils leur ont laissé ? Dans la lettre aux Hébreux, l’auteur conclut par ces mots un long passage sur les témoins de la foi, depuis Abel, tué par son frère Caïn (12:1-2):
C’est pourquoi, nous aussi qui sommes entourés d’une telle foule de témoins, débarrassons-nous de tout fardeau, et du péché qui nous cerne si facilement de tous côtés, et courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée. Gardons les yeux fixés sur Jésus, qui nous a ouvert le chemin de la foi et qui la porte à la perfection.
Le chapitre 11, portant sur les héros de la foi dans l’Ancien Testament, a eu pour but de fortifier les lecteurs dans l’ancrage de leur foi et de leur espérance en Jésus-Christ. Du reste déjà dans l’Ancien Testament le peuple d’Israël se voit à maintes reprises enjoint de prêter attention aux paroles qui ont été prononcées dans le passé par un chef spirituel, en particulier Moïse.
Dieu rassemble pour lui un peuple au cours des siècles. A travers l’histoire, il adresse sa parole à un peuple particulier, Israël. Ensuite, à un moment de l’histoire humaine qu’Il a déterminé de toute éternité, Il envoie dans une chair semblable à celle des humains son Fils éternel, qui appartient lui aussi au peuple d’Israël puisqu’il est descendant du roi David. A travers l’histoire de l’Église, en commençant par les apôtres, Dieu envoie des messagers, des serviteurs, des conducteurs spirituels à son peuple. Dans son plan de salut il existe une continuité pour les hommes, et cette continuité doit être saisie, gardée et retransmise par chaque génération de croyants. Et ce que tu as entendu de moi, écrit Paul à Timothée (2 Timothée 2 :2)confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres.
C’est dans le même sens que l’auteur de l’épitre aux Hébreux exhorte ses lecteurs comme suit : Souvenez-vous de vos anciens conducteurs qui vous ont annoncé la Parole de Dieu; considérez l’issue de leur vie et imitez leur foi (Hébreux 13:7). Les croyants d’aujourd’hui vivent donc dans une communion fraternelle avec ceux du passé, dans un véritable lien écuménique, et pas seulement avec la génération présente des autres croyants répandus dans le monde.
Dans le même ordre d’idées, la promesse faite tout à la fin du Nouveau Testament, au livre de l’Apocalypse (22:5) est une reprise de celle qui et déjà révélée au prophète Daniel dans l’Ancien Testament (7:27) et comprend tous ceux que Dieu s’est choisis et acquis pour lui:
Le royaume, la domination et la grandeur de tous les royaumes qui sont sous le ciel seront donnés au peuple des saints du Très-Haut. Son royaume est un royaume éternel, et tous les dominateurs le serviront et lui obéiront.
Cette promesse indique qu’un jour tous les croyants serons réunis dans le royaume éternel de Dieu, et gouverneront la terre avec le Chef de la nouvelle Création.
Quel enseignement en tirer pour la vie quotidienne dans la foi ? Très souvent l’on cherche à oublier l’héritage précieux du passé, comme s’il n’avait aucune importance. On se soucie tant du présent et du futur qu’on pense que les générations passées n’ont rien à nous transmettre. Il en va dans l’Église comme dans le reste d’une société volontairement amnésique, qui enfouit la mémoire de son histoire, celle qui l’a pourtant façonnée. C’est le syndrome de la « génération spontanée » si typique du postmodernisme contemporain. Ou bien encore, cette mémoire est déformée, elle est incapable de replacer dans une perspective équilibrée les éléments qu’elle retient. Elle peut être aussi très sélective…
Si l’on considère les grands textes que l’Église a produit et qui expriment sa foi, ils nous viennent de très loin dans l’histoire. Ainsi le Symbole dit des Apôtres, qui est utilisé comme confession de foi commune par l’ensemble des chrétiens de par le monde, date du premier millénaire après Jésus-Christ. Le fait qu’il soit une confession de foi exprimée universellement encore aujourd’hui, montre bien que l’héritage de nos conducteurs dans la foi a de l’importance, même si nous ne savons pas dans le détail qui sont ceux qui l’ont rédigé – il s’est constitué petit à petit, à partir d’une confession commune de base des chrétiens primitifs. Que de trésors, que de pierres précieuses dans l’héritage des « hommes fidèles qui ont été capables d’enseigner aussi à d’autres » le message apostolique. L’ignorer volontairement serait faire preuve d’orgueil spirituel, car c’est le Seigneur qui envoie à chaque génération les uns et les autres pour annoncer et maintenir le dépôt, la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes (Jude 3). Il s’est servi et continue à se servir d’eux. Et il continuera de le faire jusqu’à la fin des temps.
Il faut se souvenir que l’Église, qui est le corps spirituel du Christ, est composée de toutes les générations de croyants depuis le premier couple humain. Or, ce corps, qui grandit à travers les âges, au fur et à mesure que s’y ajoutent de nouvelles générations de croyants, vit de la même et unique source: celui qui est sa tête, Jésus-Christ ! La promesse originelle adressée au premier couple humain, selon laquelle leur ennemi serait un jour totalement défait, sa tête étant écrasée par la descendance de la femme, cette promesse est adressée à toutes les générations de croyants, y compris la génération présente. Le combat contre le serpent dure toujours, même si nous savons qu’au moment de la crucifixion de Jésus à Golgotha, il a été mortellement blessé, puisque Dieu y a opéré le salut de ses élus par le sacrifice volontaire de son Fils unique. Il y a donc unité de toutes les générations de croyants dans la même foi et dans la même espérance, celle du salut provenant exclusivement de Dieu, de sa Grâce. C’est d’ailleurs ce qui fait dire à l’apôtre Paul, au quatrième chapitre de sa lettre aux Éphésiens (4:4-5):
Il y a un seul corps et un seul Esprit; de même Dieu vous a appelés à une seule espérance lorsqu’il vous a fait venir à lui. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous qui agit par tous et qui est en tous.
Notre ancrage dans la foi chrétienne est donc caractérisé par notre participation à un même corps, auquel ceux qui nous ont précédés dans la foi appartiennent eux aussi.
De plus, ce qui a été dit au verset 7 du chapitre 13 de la lettre aux Hébreux (souvenez-vous de vos anciens conducteurs qui vous ont annoncé la Parole de Dieu; considérez l’issue de leur vie et imitez leur foi) repose sur un fondement qui ne devrait jamais être oublié, et qui est énoncé au verset suivant : Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, et pour toujours. Jésus Christ ne change pas selon les circonstances historiques, les modes, les idéologies du moment. Il demeure le même pour toute éternité. Exposer fidèlement ce qui concerne son oeuvre et sa personne, ce n’est donc pas (en tout cas cela ne devrait jamais être) prétendre y ajouter quoi que ce soit, comme si cette oeuvre avait besoin d’être complétée par des hommes et qu’elle n’était pas parfaite en elle-même. C’est simplement la faire connaître, mettre en lumière sa signification, sa portée et son application pour la vie des croyants.
C’est en lui que sont sauvées toutes les générations de croyants du passé depuis Adam et Ève, c’est en lui qu’elles sont unies en un même corps vivant. Il arrive souvent aujourd’hui qu’on tente de reconstruire une image de Jésus qui est plus une figure mythique que le Jésus des évangiles (ce dernier étant le seul du reste qui soit véritablement attesté dans l’histoire, que cela plaise ou non): figure mythique en ce sens qu’elle est une image déformée pour être adaptée aux idées du moment. On entend souvent dire qu’il faut adapter le message de l’Évangile à chaque contexte, à chaque situation, pour le rendre plus vivant, plus actuel. Mais l’Écriture Sainte, la Parole vivante de Dieu, n’a pas à être adaptée, elle doit simplement être appliquée avec discernement à chaque contexte, afin d’apporter la lumière de l’Évangile sur chaque situation particulière.
Dans cette optique les croyants ont beaucoup à apprendre de l’exemple qu’ont laissé les générations passées de chrétiens qui ont été fidèles à la Parole divine: comment ont-ils vécu l’Évangile, comment ont-ils persévéré, à quel genre d’épreuves ont-ils été soumis? Bien sûr aussi, quelles fautes ou erreurs ont-ils commises qui ne devraient pas être répétées ? Déjà ici le Nouveau Testament révèle des lignes de fracture, des errements coupables, tout en les exposant pour ce qu’ils sont, en y apportant toute la clarté nécessaire. Qu’on se remémore simplement ce qu’écrit Paul au second chapitre de sa lettre aux Galates, lorsqu’il est question de l’hypocrisie qui s’est emparée de l’apôtre Pierre et de Barnabas par rapport aux « parti des circoncis » (Galates 2:11-14). Un croyant prétendant fonder sa foi sur l’Écriture Sainte imaginerait-il un instant pouvoir se dispenser de l’enseignement vital des deux lettres de Pierre dans le Nouveau Testament, et de l’exemple de sa foi, à cause de ce regrettable épisode ? En déchirerait-il les pages car elles proviennent, après tout, de quelqu’un qui s’est révélé être d’abord un renégat par rapport à Jésus-Christ, puis un hypocrite lors de l’épisode d’Antioche avec Paul ?
Tous ces exemples, cette foi vivante des morts, permettent de se situer dans la continuité de la ligne que Dieu trace pour le peuple de son Alliance, et dans l’unité de son plan de salut à travers chaque chaînon. Car ce plan de salut trouve sa source et son but uniquement dans la personne de Jésus Christ qui et le même hier, aujourd’hui et pour toujours.
A travers les épîtres qu’il a rédigées, et qui sont contenues dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul revient constamment sur une opposition, une antithèse dont il fit directement l’expérience: l’opposition radicale entre la lumière et les ténèbres. Il en fit l’expérience sur le chemin de Damas et allait dès lors vivre pour toujours de la lumière qui l’avait d’abord aveuglé. C’est aussi de cela qu’il témoigne dans sa lettre adressée vers l’an 60 de notre ère aux chrétiens de la petite ville de Colosses, dans la vallée du Lycus en Asie mineure (Turquie actuelle). Tout semble indiquer qu’elle fut rédigée depuis son emprisonnement romain, dont il est question au chapitre 28 du livre des Actes des Apôtres, de même d’ailleurs que ses lettres aux chrétiens d’Éphèse, à ceux de la ville macédonienne de Philippes et celle à son ami Philémon. Voici le passage en question de la lettre aux chrétiens de Colosses (ch 1, les versets 12 à 20):
Rendez grâces avec joie au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. Il nous a délivrés du pouvoir des ténèbres et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et tout subsiste en lui. Il est la tête du corps, de l’Eglise. Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier. Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui toute plénitude et de tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix.
Pour revenir à sa conversion, Paul devait d’abord être plongé dans l’obscurité par l’apparition de Jésus-Christ dans sa vie : l’astre brillant renversant ses péchés devait d’abord l’entraîner dans l’obscurité, afin de lui manifester on ne peut plus clairement, si je puis dire, les ténèbres dans lesquelles il était plongé sans son Seigneur et Sauveur. Et puis, quelque chose comme des écailles devait tomber des yeux de Paul, comme on le lit dans le récit de sa conversion, au chapitre neuf du livre des Actes des Apôtres : un disciple du nom d’Ananias est envoyé vers lui pour lui imposer les mains afin qu’il recouvre la vue (9:11-12). Arrivé dans la demeure où Paul se trouve, il lui dit, au nom du Seigneur : Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui t’est apparu sur le chemin par lequel tu venais, m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli d’Esprit Saint. Au même instant, il tomba de ses yeux comme des écailles, et il recouvra la vue. Il se leva et fut baptisé; et, après avoir pris de la nourriture, il retrouva ses forces (17-19).
Mais qu’étaient donc ces écailles, si ce n’est le voile recouvrant les yeux dont Paul lui-même parle dans le troisième chapitre de sa seconde lettre aux Corinthiens ; il parle de ses compatriotes qui lisent les livres de Moïse, la Torah, mais n’y voient pas l’annonce du Christ, comme si leurs yeux étaient voilés :
Mais ils se sont endurcis dans leurs pensées. Car jusqu’à ce jour, quand ils font la lecture de l’Ancien Testament, le même voile demeure; il n’est pas enlevé, parce qu’il ne disparaît qu’en Christ. Jusqu’à ce jour, quand on lit Moïse, il y a un voile sur leur coeur; mais lorsqu’on se tourne vers le Seigneur, le voile est enlevé. Or, le Seigneur, c’est l’Esprit; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté.
Liberté vis-à-vis des ténèbres, que seul le Saint Esprit peut faire venir dans la vie de tout homme et de toute femme, comme dans celle de Paul. Le Saint Esprit lui a clairement fait comprendre quelle était la nature de cette lumière intense qui l’avait aveuglé sur le chemin de Damas : le Fils de Dieu lui-même ! L’Esprit Saint, venant sur Paul au moment de la venue d’Ananias, l’a illuminé afin de le rendre capable de voir cette lumière. Christ est en effet la lumière des nations, déjà promise dans l’Ancien Testament – de manière très spécifique en Ésaïe 49:6 – mais elles ne le saisiront jamais comme la lumière sans être d’abord illuminées par le Saint Esprit…
Lumière et ténèbres : c’est bien de dont il est question dans le passage de la lettre de Paul aux Colossiens précité:
Rendez grâces avec joie au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. Il nous a délivrés du pouvoir des ténèbres et nous a transportés dans le royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.
Y a-t-il un passage dans le Nouveau Testament qui illustre mieux le motif de la Réforme : Par Christ seulement(Solo Christo)? L’obscurité, les ténèbres se manifestent là où Jésus-Christ n’est pas tenu pour qui il est véritablement: le Fils éternel de Dieu.
Dans son commentaire sur le verset 12 de ce chapitre 1 de la l’épître aux Colossiens, Calvin écrit ce qui suit:
Paul retourne encore à l’action de grâces, afin que par cette occasion il leur rappelle quels bienfaits ils ont reçu par Christ; et par là il entre dans la pleine description du Christ. Car c’était le seul remède pour fortifier les Colossiens contre toutes les embûches par lesquelles les faux apôtres voulaient les surprendre, à savoir de bien comprendre ce qu’est le Christ. Car d’où vient que nous sommes menés çà et là par tant d’enseignements divers, sinon de ce que nous ne connaissons pas quelle est la puissance du Christ? Car seul le Christ fait que toutes les autres choses s’évanouissent soudain. C’est pourquoi il n’y a rien à quoi Satan ne s’efforce davantage, que de mettre des brouillards au-devant pour obscurcir le Christ, parce qu’il sait bien qu’alors la porte est ouverte à tous les mensonges.
Voici donc le seul moyen, tant pour comprendre et retenir, que pour rétablir la pure doctrine: c’est de mettre devant les yeux le Christ tel qu’il est, avec tous ses biens, afin que sa puissance soit vraiment ressentie. Il n’est pas question ici du nom seulement: en effet, beaucoup confessent bien avec nous un seul Christ, et cependant quelle grande différence y a-t-il entre eux et nous! Car, quant à eux, après avoir confessé que le Christ est le Fils de Dieu, ils transfèrent sa puissance aux autres, et la dispersent çà et là; ce faisant, ils le laissent quasiment vide et inutile, ou pour le moins ils le dépouillent de la plus grande part de sa gloire, en sorte que bien qu’il soit, parmi eux, nommé le Fils de Dieu, toutefois il n’est plus tel que le Père a voulu qu’il soit pour nous.
Mais quiconque considérera le point principal de ce premier chapitre, comprendra bien ceci sans aucune difficulté. Car Paul n’y parle rien d’autre, sinon que nous sachions que Christ est le commencement, le milieu et la fin ; que c’est de lui qu’il nous faut recevoir toutes choses, et que hors de lui il n’y a rien, et qu’on n’y peut rien trouver.
Il est indéniable sur le plan historique que la Réforme du seizième siècle – qu’elle soit luthérienne, zwinglienne ou calvinienne – a été un mouvement caractérisé par une très riche expression confessionnelle, c’est-à-dire par la production de textes symboliques présentant, défendant et affirmant en forme de serment (« pro-testant ») le corps de doctrines cru et proclamé dans la prédication, la catéchèse ainsi que dans tous les aspects de la vie des églises et des croyants.
Cette activité symbolique s’est d’ailleurs poursuivie au cours du dix-septième siècle (avec notamment la Confession de Westminster, le document symbolique adopté par la plupart des églises dites presbytériennes).
Nombre d’églises continuent de voir le jour de par le monde se réclamant du même héritage confessionnel, particulièrement en Afrique sub-saharienne et en Asie (Indonésie, Corée du Sud entre autres).
Elles demeurent pro-testantes, maintenant vivante une ou plusieurs de ces confessions de foi, en plus de leur attachement aux grands credos écuméniques des premiers siècles (symbole de Nicée-Constantinople, symbole dit des Apôtres, symbole dit d’Athanase, déclaration du concile de Chalcédoine sur les deux natures – divine et humaine – du Christ et leur relation).
A titre d’exemple, de nombreuses églises réformées maintiennent ce qu’il est convenu d’appeler les Trois Formules d’Unité, à savoir la Confession Belgica (rédigée en 1561 par Guido de Brès, mort en martyr en 1567 pour la cause de cette même confession), le Catéchisme de Heidelberg (1563) et les Canons de Dordrecht (1618-1619) : lors de leur ordination, les pasteurs de ces églises prêtent devant l’assemblée des fidèles le serment de prêcher et d’enseigner en accord avec ces textes symboliques.
Il serait erroné de penser que la multiplicité des confessions de foi produites durant la Réforme ne témoigne que de divisions ou de désaccords, même si sur un certain nombre de points une telle appréciation est justifiée.
Une étude comparative des textes symboliques les plus significatifs par leur contenu et l’adhésion qu’ils ont suscitée, montrera facilement que si les circonstances historiques et ecclésiastiques qui en ont motivé la rédaction diffèrent, leur contenu, même si exprimé différemment (et aussi en langues vernaculaires différentes) est en général remarquablement proche.
La comparaison des nuances d’expression, la variation des approches permet en fait de stimuler la réflexion théologique et d’approfondir l’étude de l’Écriture Sainte, à laquelle toutes se réfèrent comme leur source première, comme la norme ultime dont elles se réclament et à laquelle elles cherchent à se soumettre (la norma normans distinguée de la norma normata qui est leur propre statut au sein des églises confessantes, selon le vocabulaire spécialisé).
Il est d’autre part non moins indéniable sur le plan historique que face à ce pro-testantisme, s’est graduellement développé à partir du siècle dit des « Lumières », un anti-testantisme au sein de nombre d’églises historiquement issues de la Réforme, qui cherche à minimiser, voire étouffer toute tendance confessante au sens où les Réformateurs l’avait mise en avant.
La mention d’une ou plusieurs confessions de foi demeure certes en leur sein comme élément d’un patrimoine historique dont la place muséifiée n’est pas contestée, cependant ces confessions ont depuis longtemps perdu tout caractère normatif, laissant la place soit au subjectivisme individualiste (sous prétexte d’un libre-arbitre en fait nié avec la plus grande véhémence par les Réformateurs), soit à un flou doctrinal savamment orchestré afin d’éviter tout engagement délimitant clairement le champ de ce qui est cru en communauté de ce qui ne l’est pas.
On qualifiera alors volontiers de « piège identitaire » tout élément de définition doctrinale s’opposant à un universalisme jugé salvateur du simple fait que le salut serait acquis à tous les humains en tant qu’ils sont les créatures de l’Être suprême.
Cet anti-testantisme déconstruisant aussi bien l’esprit que la lettre des textes symboliques issus de la Réforme, doit naturellement se comprendre par rapport à la norme anthropologique et philosophique antithétique dont il se réclame, celles des « Lumières », devenue à tous égards l’anti-norme confessée implicitement voire explicitement par les églises en question.
« ET VOUS, QUI DITES-VOUS QUE JE SUIS ? »
Le propos de cet article n’est pas d’évaluer ou de contester l’opportunité ou la nécessité de formuler de nouvelles confessions de foi aujourd’hui, dans un contexte socio-historique différent de celui qui prévalait en Europe au 16e siècle.
C’est un sujet qui mérite un développement à part.
Mon propos est plutôt d’évaluer succinctement toute forme d’activité confessionnelle au sein du christianisme à la lumière de l’Écriture, du Sola Scriptura remis en vigueur par la Réforme, afin de tâcher d’en cerner les traits principaux.
Car au-delà des vicissitudes historiques voire des polémiques qui ont accompagné la naissance et la diffusion des confessions de foi de la Réforme (que l’on pense seulement aux circonstances présidant à la publication de la confession d’Augsburg, rédigée par Mélanchthon, l’ami et collaborateur de Luther, et présentée par les princes protestants devant Charles-Quint en juillet 1530) il est nécessaire de remonter à la source de cette remarquable activité confessionnelle : l’Évangile lui-même – auquel les Réformateurs se sont avant tout référés comme à leur point de départ – ; plus spécifiquement, au cœur de l’Évangile, la question cruciale posée en une double séquence par Jésus-Christ à ses disciples en Matthieu 16, d’abord au verset 13: Au dire des gens, qui suis-je, moi, le Fils de l’homme ? (Mc. 8:27 : Les gens, qui disent-ils que je suis ? Lc 9:18: Les foules, qui disent-elles que je suis ?); puis au verset 15, en contraste avec les réponses fournies: Mais vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis?
La réponse de Jésus dans les évangiles synoptiques montre sans l’ombre d’un doute qu’il y a des réponses erronées, et une réponse véridique, celle de Pierre, qui le confesse comme le Christ, le Fils du Dieu vivant (Matt. 16:16), [Tu es le Christ, Mc. 8:29 ; Le Christ de Dieu, Lc 9:19].
C’est bien sur le fondement de ce roc, de cette confession identifiant et nommant correctement sa personne, et dans ce nom même (Christ/Messie) l’œuvre qu’il est venu accomplir, que Jésus édifiera son Église au cours des âges.
Du reste il ne demeurera avec elle jusqu’à la fin des temps que pour autant qu’elle confessera sa souveraineté dans les cieux et sur la terre en la proclamant universellement à toutes les nations au nom du Dieu trinitaire (Matt. 28:18-20).
Si, jusqu’à l’accomplissement complet comme Christ/Messie de sa mission sur terre, Jésus défend à ses disciples de proclamer publiquement qu’il est bien celui que Pierre a confessé non d’un simple mouvement humain mais conduit par le Père céleste (Matt. 16:17), cette identification s’est suffisamment répandue auprès des foules pour que le procurateur romain Ponce Pilate lui-même en ait pris connaissance au moment du procès de Jésus:
Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas ou Jésus appelé le Christ ? (…) Que ferai-je donc de Jésus, appelé le Christ ? lance-t-il à la foule (Matt. 27:17,22).
D’autant plus que la condamnation de Jésus pour blasphème par le sanhédrin un peu plus tôt a été motivée par cette auto-confession sur sa personne.
Il s’est identifié au Fils de l’homme de la prophétie de Daniel 7:13:
Le souverain sacrificateur lui dit : Je t’adjure par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Tu l’as dit. De plus je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel (Matt. 26:63-64).
En répondant positivement à la question du souverain sacrificateur, Jésus a repris à son compte la confession de Pierre qui lui avait été inspirée par le Père céleste, et a aussi affirmé son propre retour en gloire, ce que le crédo de Nicée-Constantinople confessera comme suit :
Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin.
Il est du reste tout à fait significatif que Suétone et Tacite, historiens romains de la fin du premier siècle et du début du second siècle, mentionnent la personne de Chrestus, ou Christus, lorsqu’ils parlent des chrétiens.
Que Jésus-Christ exige de ses disciples une confession de foi conforme à la réalité de sa personne et de son oeuvre, cela apparaît tout aussi clairement lorsqu’il leur déclare, au milieu d’un discours où l’accent est mis sur les persécutions auxquelles ils peuvent s’attendre, justement en tant que disciples confessants :
C’est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux ; mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux (Matt. 10:32. )
Le texte parallèle dans Lc. 12 :8-9 donne :
Je vous le dis, quiconque me confessera devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les anges de Dieu ; mais celui qui m’aura renié devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu.
La lettre adressée à l’église de Sardes au début de l’Apocalypse de Jean reprend cette promesse-avertissement dans les termes combinés de Matthieu et de Luc:
Ainsi le vainqueur se vêtira de vêtements blancs, je n’effacerai pas son nom du livre de vie et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges (Apoc. 3:5).
LE CARACTÈRE DE L’ENGAGEMENT CONFESSIONNEL SUR LE FONDEMENT DU NOUVEAU TESTAMENT
Dans toutes les occurrences pré-citées, le verbe homologeô (en grec ὁμολογἑω) est distingué du verbe employé dans Matt. 3:6 ou Mc. 1:5 pour signifier plus spécifiquement « confesser ses péchés » (exhomologoumenoi tas hamartias autôn).
Ce verbe homologeô ainsi que le substantif apparenté homologia pour « confession » ou « déclaration » (ὁμολογία) apparaissent de nombreuses fois au cours du Nouveau Testament :
vingt-six fois pour le verbe – dont onze pour les seuls écrits johanniques – et six fois pour le substantif, étant appliqués le plus souvent à cette réponse à la fois personnelle et communautaire à la présence vivante du Christ (parfois aussi pour exprimer une confession des péchés).
A la lumière de ces préliminaires, quelques exemples tirés du Nouveau Testament illustreront – de manière non exhaustive – le caractère d’une confession de foi authentique, au sens de conforme à la réponse attendue par le Christ.
Elle est en premier lieu exclusive, Jésus-Christ ne pouvant être ni confondu ni remplacé par quiconque.
Au début de l’évangile selon Jean, Jean Baptiste, interrogé par des sacrificateurs et des Lévites sur son identité et sa mission, confesse qu’il n’est pas le Christ :
Il confessa sans le nier, il confessa: Moi, je ne suis pas le Christ (1:20).
Cette confession à rebours – qui sera suivie le lendemain même par une confession positive lorsqu’il désignera Jésus comme l’Agneau de Dieu (1:29) – nous renvoie aux passages des évangiles synoptiques où une partie des gens estiment que Jésus n’est autre que Jean-Baptiste revenu à la vie après sa décapitation par Hérode Antipas.
Ainsi, dès le début du ministère de Jésus une confession le concernant s’avère bien être exclusive de toute autre personne, serait-ce la plus en vue ou la plus respectée.
Tous ne sont pas le Christ, seul Jésus l’est, même si par ailleurs plusieurs prétendront l’être après son départ, séduisant beaucoup de gens (Matt. 24:4-5; Mc 13:5-6).
Elle est en second lieu intériorisée aussi bien qu’extériorisée, crue intérieurement aussi bien qu’exprimée publiquement, de manière déclarative (le mode déclaratif étant une des connotations les plus fortes du verbe grec homologein).
Au dixième chapitre de l’épître aux Romains, Paul explicite ce qu’est la parole de la foi qu’il prêche :
parole crue de cœur et confessée de bouche,
ces deux aspects étant inséparables:
Or, c’est la parole de la foi, que nous prêchons. Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. Car en croyant du cœur on parvient à la justice, et en confessant de la bouche on parvient au salut, selon ce que dit l’Écriture: Quiconque croit en lui ne sera pas confus (10:8b-10).
Est-il utile de préciser que cet aspect déclaratif de la confession de foi qui servira de témoignage devant Dieu et ses anges, selon les paroles mêmes de Jésus (Matt. 10:32, Luc 12:8-9), est le test qui fut mis devant les chrétiens de l’Église primitive, tout comme devant les pro-testants de l’époque de la Réforme, au péril même de leur vie ? (...)
(Suite) PRO-TESTANTISME OU ANTI-TESTANTISME :
La source de la Réforme comme mouvement Confessant
Or, c’est la parole de la foi, que nous prêchons. Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. Car en croyant du cœur on parvient à la justice, et en confessant de la bouche on parvient au salut, selon ce que dit l’Écriture: Quiconque croit en lui ne sera pas confus (10:8b-10).
Est-il utile de préciser que cet aspect déclaratif de la confession de foi qui servira de témoignage devant Dieu et ses anges, selon les paroles mêmes de Jésus (Matt. 10:32, Luc 12:8-9), est le test qui fut mis devant les chrétiens de l’Église primitive, tout comme devant les pro-testants de l’époque de la Réforme, au péril même de leur vie ?
En troisième lieu elle est à la fois personnelle et communautaire.
Homologein, c’est d’abord parler en conformité avec l’objet de la foi articulée, à savoir avec le Christ Fils du Dieu vivant, et ensuite le dire ensemble avec les autres croyants (l’Église) dans une unité de cœur, d’esprit et de parole.
C’est là un des fruits de l’exhortation que Paul adresse aux chrétiens de Rome :
Que le Dieu de la patience et de la consolation vous donne d’avoir une même pensée les uns à l’égard des autres selon le Christ Jésus, afin que d’un commun accord, d’une seule voix, vous glorifiiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ (Rom. 15:5-6).
Une exhortation similaire est adressée par le même Paul aux Corinthiens dans un contexte tendu, alors que cette unité leur fait justement défaut :
Je vous exhorte, frères, par le nom de notre Seigneur Jésus-Christ: tenez tous le même langage, qu’il n’y ait pas de divisions parmi vous, mais soyez en plein accord dans la même pensée et dans la même opinion (1 Cor. 1:10).
Il est superflu d’ajouter que cette confession de foi communautaire trouve sa représentation concrète et inséparable dans le partage en commun au sein de l’Église (corps du Christ) des signes visibles accordés par le Christ lui-même, et rendus effectifs par son Esprit :
les sacrements du baptême et de la Cène, centrés sur son oeuvre rédemptrice.
En quatrième lieu elle revêt un caractère allianciel, en tant qu’elle forme un nœud indissociable avec la question initiée par le Christ Fils du Dieu vivant qui l’a suscitée comme réponse véridique.
La promesse de Jésus d’édifier son Église sur la pierre (petra) de cette confession (Matt. 16:18) indique qu’il ne s’agit pas d’une parole qui n’engage que celui qui l’a prononcée :
Dieu lui-même lie son action et la venue de son Royaume à ces paroles.
Cette promesse trouve son écho dans les paroles de Paul aux chrétiens d’Éphèse :
Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre de l’angle. En lui, tout l’édifice bien coordonné s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En lui vous aussi, vous êtes édifiés ensemble pour être une habitation de Dieu en Esprit (Éph. 2:20-22).
Il est clair que le socle, la véritable pierre sur laquelle s’élève tout l’édifice n’est pas celui à qui le Père a révélé la véritable identité de Jésus, mais Jésus-Christ lui-même, qui se lie à la confession véridique de son nom.
En revanche, celui à qui cela a été révélé (d’abord Pierre, puis les disciples et à leur suite tous ceux qui reprendront cette confession de bouche et de cœur) fait l’objet d’une béatitude, par excellence une bénédiction alliancielle :
Tu es heureux Simon, fils de Jonas (« makarios ei, Simôn Bariôna »).
En cinquième lieu, elle engage la vie tout entière des croyants, exigeant une conformité de leurs actes avec son contenu, à moins de n’être qu’une parole creuse qui sera finalement rejetée par celui-là même qui en est l’objet.
Dans le Sermon sur la montagne Jésus met solennellement en garde ses auditeurs afin qu’ils ne se méprennent pas sur ce point :
Quiconque me dit : Seigneur, Seigneur! n’entrera pas forcément dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur ! N’est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons chassé des démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité (Matt. 7:21-23).
En sixième lieu elle n’est pas sujette à des fluctuations et demande à être maintenue contre vents et marées, dans la persévérance de la foi, d’autant qu’elle est liée à une espérance qui repose sur les promesses divines.
Au cours des chapitres trois à dix de l’épître aux Hébreux, l’auteur a développé le thème de la prêtrise unique du seul sacrificateur qui compte désormais, celui qui s’est lui-même offert en victime expiatoire pour le pardon des péchés et l’accomplissement des exigences de la loi en vue de la justification des croyants.
Déjà au cours de cette section il a exhorté les croyants à tenir fermement leur confession de foi :
Puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus le Fils de Dieu, tenons fermement la confession de notre foi. Car nous n’avons pas un souverain sacrificateur incapable de compatir à nos faiblesses ; mais il a été tenté comme nous à tous égards, sans commettre de péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, en vue d’un secours opportun (4:14-16).
Plus loin dans la même épître, la fermeté requise est de nouveau soulignée:
Confessons donc notre espérance sans fléchir, car celui qui a fait la promesse est fidèle (10:23-24).
Cette exhortation est encore répétée au chapitre 13:
Par lui [Jésus] offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom. Cependant, n’oubliez pas la bienfaisance et la libéralité, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir (13:15-16).
Une exhortation similaire est adressée par l’apôtre Paul à Timothée, dans un parallèle frappant entre la confession prononcée publiquement par ce même Timothée – à laquelle il est appelé par Paul à rester fidèle – et celle de Jésus devant Pilate :
Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et pour laquelle tu as prononcé cette belle confession en présence d’un grand nombre de témoins. Je te le recommande, devant Dieu qui donne la vie à tous les êtres, et devant le Christ-Jésus qui a rendu témoignage par sa belle confession devant Ponce Pilate: garde le commandement sans tache, sans reproche, jusqu’à l’apparition de notre Seigneur Jésus-Christ (1 Tim. 6 :12-14).
En septième lieu, elle est de nature universelle, en accord avec son objet.
Au second chapitre de l’épître aux Colossiens, Paul contraste l’humiliation volontairement consentie par celui dont la condition était celle de Dieu (2:6), avec son élévation après sa mort sur la croix et sa résurrection d’entre les morts.
Il expose la conséquence de cette élévation :
C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (2:9-11).
L’élévation du Christ en gloire appelle une confession de toute la Création, celle-là même que Jésus a ordonné à ses disciples d’aller requérir de toutes les nations (Matt. 28:18-20).
En huitième lieu, une confession de foi fidèle à celui qui la suscite est trinitaire, puisqu’elle reprend l’enseignement de tout ce qu’il a prescrit (Matt. 28:20) ce qui signifie le nom (singulier) du Père, du Fils et du Saint Esprit par lequel les disciples sont appelés à baptiser et enseigner les nations (20:19).
C’est du reste le cas de toutes les confessions des premiers siècles, ainsi que de toutes celles qui ont été mentionnées plus haut.
Ce point ne saurait être éludé sous le prétexte qu’une excroissance unitarienne (niant la Trinité) a bien fait son apparition au cours de l’histoire de la Réformation et demeure ici ou là présente sous la forme d’une croyance déiste – toujours suivant l’idéal des « Lumières » – et non d’une foi théiste (fondée en l’Écriture).
Lors de son discours prononcé au moment du dernier repas pris avec ses disciples avant son arrestation et sa crucifixion, Jésus exprime à plusieurs reprises non seulement le lien d’amour divin unissant le Père au Fils (Jean 17:20-26), mais il nomme la Personne du Saint Esprit le Consolateur, celui qui rappellera aux disciples après son départ tout ce qu’il leur aura enseigné :
Je vous ai parlé de cela pendant que je demeure auprès de vous. Mais le Consolateur, le Saint-Esprit que le Père enverra en mon nom, c’est lui qui vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que moi je vous ai dit (Jean 14:26); Quand sera venu le Consolateur que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité qui provient du Père, il rendra témoignage de moi, et vous aussi, vous me rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement (15:26-27).
Rendre témoignage, est-il besoin de le répéter, c’est confesser sa foi publiquement, mais c’est tout autant le faire en accord avec le témoignage rendu par le Consolateur provenant du Père et envoyé par le Fils.
Quant à nier la personne du Fils, cela revient à se priver de celle du Père, les deux ne pouvant être séparées :
Celui-là est l’antichrist, qui nie le Père et le Fils. Quiconque nie le Fils n’a pas non plus le Père ; celui qui confesse le Fils a aussi le Père (1 Jean 2:22b-23).
Dans la foulée du point précédent, une confession de foi conforme aux données de l’Écriture confesse l’Incarnation :
Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, est une personne historique venue dans la chair, ayant vécu sur terre, jugée et crucifiée sous le règne de César Tibère et lors du gouvernement de la province de Judée par le procurateur Ponce-Pilate.
Il ne s’agit ni d’un mythe habilement fabriqué par des âmes torturées par des questions religieuses insolubles (1 Pierre 1:16-17), ni d’un fantôme rêvé par une poignée d’exaltés et leurs successeurs (Luc 24:37).
Aussi bien dans le symbole dit des Apôtres que dans celui de Nicée-Constantinople se trouve affirmée la réalité de l’Incarnation :
enchâssée dans la structure trinitaire de ces textes, la confession de l’Incarnation en constitue la partie la plus développée.
Dans la seconde épître de Jean, la négation de l’Incarnation est la marque de l’antichrist au même titre que la négation du Père et du Fils dans 1 Jean 2:22b-23:
Car dans le monde sont entrés plusieurs séducteurs, qui ne confessent pas Jésus-Christ venu dans la chair. Voilà le séducteur et l’antichrist. Prenez garde à vous-mêmes, afin de ne pas perdre le fruit de notre travail, mais de recevoir une pleine récompense. Quiconque va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine du Christ n’a pas Dieu ; celui qui demeure dans la doctrine a le Père et le Fils. Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans votre maison et ne lui dites pas : Salut ! car celui qui dit : Salut ! participe à ses mauvaises œuvres (7-11).
UN CHRISTIANISME CONFESSANT RÉSOLUMENT IDENTITAIRE
Un christianisme confessant est-il un christianisme « identitaire » ?
Cela ne fait aucun doute, puisque l’identité de Jésus en tant que Christ est pour les chrétiens ce qui les marque à toujours.
Avec leur baptême, ils portent en eux non un quelconque tatouage, mais la marque indélébile de sa mort comme eau purificatrice, et de sa résurrection comme émergence de la mort causée par le péché :
En effet, si nous sommes devenus une même plante avec lui par la conformité à sa mort, nous le serons aussi par la conformité à sa résurrection (Rom. 6:5).
La première lettre de Pierre, adressée à des communautés de chrétiens dispersées dans les provinces asiatiques de l’empire romain, décline cette nouvelle identité en termes à la fois vifs et tranchés.
Tout comme l’apôtre Paul aux Éphésiens, Pierre le fait sur le fondement de Jésus-Christ comme pierre vivante, rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu.
C’est sur le fondement de cette pierre d’angle que les croyants sont appelés à devenir eux-mêmes des pierres vivantes (2:4-6).
Il poursuit :
Vous, par contre, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple racheté, afin d’annoncer les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière; vous qui, autrefois, n’étiez pas un peuple et qui, maintenant, êtes le peuple de Dieu ; vous qui n’aviez pas obtenu miséricorde et qui, maintenant avez obtenu miséricorde (2:9-10).
L’Église est bien réunissant en un même peuple, marqué par une même identité, des femmes et des hommes de toute langue et de toute nation.
On ne saurait en effet être plus « identitaire ».
Au milieu d’un christianisme contemporain souvent sans repère, littéralement « déboussolé », où le nord et le sud, l’est et l’ouest ont été confondus sous les coups de boutoirs d’un post-modernisme réducteur de toute ligne de démarcation, il est nécessaire pour les chrétiens de revenir aux données de l’Écriture afin d’y retrouver les marques qui permettent de définir leur caractère et identité propre, afin aussi qu’ils sachent rendre compte de manière articulée de l’espérance qui est en eux à tous ceux qui leur en demandent raison.
Qu’est-ce d’autre, au fond, que ce que la Réforme du seizième siècle a puissamment contribué à promouvoir à travers les nombreux textes symboliques qu’elle a suscités ?
Contrairement à ce que beaucoup de gens semblent penser, la Bible s’intéresse de près à la question de la justice sociale, dans la mesure où l’amour du prochain est caractérisé par un principe d’équité qui doit être fondé sur l’amour de Dieu vécu comme obéissance envers le Créateur de tous les êtres humains. En effet, comme l’a rappelé Jésus-Christ à un de ses interlocuteurs (Matt. 22:37-40) la Loi divine se résume à ces deux grands commandements: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée, et : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il a ajouté à ces paroles: De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes.
L’équité n’est pas l’égalitarisme
La justice sociale signifie-t-elle l’égalité absolue de condition entre les uns et les autres ? Pour la Bible la justice sociale n’est pas de l’ordre de l’égalitarisme forcené et artificiel. Sans compter le fait qu’une telle égalité n’est qu’une utopie nécessitant un régime totalitaire pour tâcher de l’instaurer, comme on l’a bien vu au cours du vingtième siècle, il faut se poser la question de savoir si, dans toute société, chacun est qualifié pour accéder aux mêmes fonctions, aux mêmes responsabilités, et donc au même niveau de rémunération. Tous ont-ils reçu les mêmes dons, les mêmes aptitudes ? Peuvent-ils servir la communauté de manière parfaitement interchangeable ? Ceci ne signifie en aucun cas que l’accession à des postes élevés de responsabilité dans la société civile ou dans le domaine public doit être réservée à une caste fermée perpétuant ses privilèges d’accès, sans aucune possibilité pour ceux qui n’en font pas partie de franchir les étapes qui y mènent. Dérober aux autres – et ce de manière sournoise ou institutionnelle – des possibilités d’accès à une instruction adéquate ou à des opportunités réelles et réalistes, c’est tout simplement enfreindre le huitième commandement « Tu ne déroberas pas ». Car ce commandement à une portée bien plus large que ce que l’on veut bien imaginer en général.
L’ascenseur social
Dans la Bible, il n’y a sans doute pas d’exemple plus frappant de ce que peut être l’« ascenseur social » que l’histoire de Joseph dans l’Ancien Testament (Genèse 37-50): vendu comme esclave à des caravaniers par ses frères jaloux de lui, puis revendu à un riche fonctionnaire égyptien, il parvient par ses qualité de travail et son éthique irréprochable à devenir le gérant des affaires de cet homme, qui se repose entièrement sur lui. Dénoncé à tort par la femme de ce dernier qui voulait en faire son amant, le voilà jeté en prison pour une longue période. Mais sa fiabilité et son honnêteté sans faille lui vaudront de gagner la confiance du chef de la prison, qui lui aussi confiera à Joseph des responsabilités majeures au sein de cet établissement carcéral. De fil en aiguille, Joseph deviendra le premier ministre du pharaon, pourvoyant avec prévoyance aux années de vaches maigres en accumulant tout ce qu’il faut de blé pour nourrir le peuple, puis ses propres frères venus chercher des vivres en Égypte, durant sept années de grande famine. Bien sûr, en tout cela la Genèse indique comme un leitmotiv que Joseph réussit dans toutes ses entreprises car « l’Éternel était avec lui ; l’Éternel faisait réussir tout ce qu’il faisait » (39:23). Et ce récit n’a évidemment pas pour objet de vanter les mérites de Joseph en tant que « self made man », ou de prétendre qu’il faut d’abord passer par la case esclavage ou prison avant de réussir dans la vie. Il est question en tout premier lieu du plan de rédemption de Dieu vis-à-vis du peuple qu’il s’est choisi, et du fait que celui qui contrôle toutes choses par-delà les intentions et les desseins mauvais d’hommes ou de femmes corrompus, c’est Dieu lui-même, constamment à l’œuvre (au travail !) par sa Providence. Il n’en demeure pas moins qu’il conduit son plan par le biais d’un instrument (Joseph) qui se conduit avec droiture.
La valeur et la signification du travail
Ce que nombre de passages bibliques soulignent, c’est d’abord la valeur du travail, qui est un des constituants principaux de l’image de Dieu dont l’homme est porteur (Genèse 1:28). Pour ce faire, chacun doit être équipé d’un outil de travail, quelle que soit sa vocation, et pouvoir vivre décemment de son travail. Toute vocation qui ne contrevient pas à la Loi divine (c’est-à-dire qui ne fait pas de tort à notre prochain, abîmant d’une manière ou d’une autre l’image de Dieu dont il est le porteur), doit être respectée et rémunérée avec équité. Dans la Loi de l’Ancien Testament, on ne pouvait prendre en gage – en échange d’un prêt quelconque – l’une des deux meules d’un moulin, ce qui aurait été l’équivalent de prendre en gage la vie même de son prochain (Deut. 24 :6).
Dans le Nouveau Testament l’apôtre Paul déclare aux chrétiens de l’Église de Thessalonique (2 Thess. 3:10): Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus.Vouloir travailler signifie entre autres être prêt à accepter, au moins provisoirement, un emploi qui ne correspond pas forcément à ce que nous souhaiterions a priori, quitte à devoir faire certains sacrifices de manière à ne pas peser comme charge sociale sur les autres, que ce soit ses proches ou la collectivité. Ne devez rien à personne, si ce n’est de vous aimer les uns les autres, car celui qui aime les autres a accompli la loi écrit le même Paul aux chrétiens de Rome (13:8). Dans la Bible, la justice sociale ne signifie jamais encourager ou subventionner l’oisiveté, le parasitisme. Un proverbe de l’Ancien Testament l’exprime de façon lapidaire (14:23) : En tout travail se trouve du profit, mais les paroles toutes seules ne mènent qu’à la disette.
Avertissements et exhortations aux plus riches
Mais dans le même temps le fait que certains puissent vivre dans l’affluence ne saurait être le produit de l’exploitation des autres, soit par le non paiement d’un salaire pourtant gagné à la sueur de son front, soit par une rémunération qui ne permet pas aux salariés de subvenir à leurs besoins. Un passage virulent de la lettre de Jacques dans le Nouveau Testament, faisant écho à maints passages des prophètes dans l’Ancien Testament, condamne sans appel ceux qui s’enrichissent aux dépens de ceux qu’ils font travailler (Jq. 5:1-6): A vous maintenant, les riches ! Pleurez à grands cris à cause des malheurs qui viendront sur vous ! Votre richesse est pourrie, vos vêtements sont mités. Votre or et votre argent sont rouillés; et leur rouille s’élèvera contre vous et dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des trésors dans ces jours qui sont les derniers! Voici : le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs, et dont vous les avez frustrés, crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues jusqu’aux oreilles du Seigneur des armées.Vous avez vécu dans les voluptés et dans le luxe, vous avez rassasié vos coeurs aux jours du carnage. Vous avez condamné, vous avez tué le juste; il ne vous résiste pas.
Si le huitième commandement « Tu ne déroberas pas » s’applique parfaitement à ce type de situation, le dixième commandement « Tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain » s’applique dans l’autre sens. Dans la Bible, la justice sociale ne se confond jamais avec l’envie et la jalousie vis-à-vis du prochain plus aisé que soi-même. Car Dieu accorde ses bénédictions aux uns et aux autres dans la mesure de sa Providence, appelant toujours les plus riches à faire preuve de générosité lorsqu’il s’agit de permettre aux plus pauvres de retrouver le chemin de la prospérité ou simplement de pouvoir subsister. Les lois sur le Jubilé (Lév. 25) fournissent la matrice de cette attitude. De son côté, l’apôtre Paul enjoint à Timothée de faire aux riches dans le monde présent cette belle recommandation (1 Tim 6:17-19): Recommande aux riches du présent siècle de ne pas mettre leur espérance dans des richesses incertaines, mais de la mettre en Dieu, qui nous donne tout avec abondance, pour que nous en jouissions. Qu’ils fassent le bien, qu’ils soient riches en œuvres bonnes, qu’ils aient de la libéralité, de la générosité, et qu’ils s’amassent ainsi un beau et solide trésor pour l’avenir, afin de saisir la vraie vie. Recommandation bien sûr aux antipodes du fameux – et fumeux – Carpe diem des épicuriens si cher à notre culture contemporaine matérialiste, avant tout axée sur le caractère momentané et jouissif de l’instant présent.La convoitise des yeux y est constamment attisée par toutes sortes d’éléments visuels s’introduisant dans notre vie de tous les jours par les médias et incitant à la consommation de produits souvent creux et inutiles, le tout au service d’une soi-disant “croissance”. Frustrations et jalousie deviennent alors trop facilement le lot de ceux qui ne peuvent y accéder, et qui qualifient de revendication sociale légitime l’accès à des biens de consommation qui ne leur apporteront guère plus de satisfaction véritable et durable que ceux qui peuvent déjà se les offrir.
La justice de l’impôt
La question controversée s’il en est de la justice de l’impôt et de la nécessité de son paiement ne date certes pas d’aujourd’hui. Dans le célèbre passage de la lettre de Paul aux chrétiens de Rome qui traite des rapports entre l’État et ses sujets, Paul écrit ceci (Rom 13:6-7): C’est aussi pour cela que vous payez les impôts. Car ceux qui gouvernent sont au service de Dieu pour cette fonction précise. Rendez à chacun ce qui lui est dû: la taxe à qui vous devez la taxe, l’impôt à qui vous devez l’impôt, la crainte à qui vous devez la crainte, l’honneur à qui vous devez l’honneur. Cette injonction, qui légitime le prélèvement de l’impôt pour le bien public, ne peut cependant jamais être séparée de ce que Paul a écrit juste auparavant, toujours au sujet de l’autorité publique (13:3-4): Fais le bien et tu auras son approbation, car elle est au service de Dieu pour ton bien. Tout comme pour l’utilisation d’une violence légitime de la part de l’Étatqui a reçu un mandat divin afin de protéger ceux qui sont confiés à sa protection (devoir régalien de l’État), le prélèvement de l’impôt doit se tenir dans les limites de ce qui est “bien” dans le cadre du service dû à Dieu. Paul ne fait ici que reprendre et développer la célèbre formule de Jésus lorsqu’on l’a questionné pour savoir s’il était légitime de payer l’impôt à César (l’empereur romain), maître politique de la Palestine à l’époque: Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Matt. 22:21). César n’étant lui-même nullement exempté de rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, il est de sa responsabilité d’ordonner des impôts qui soient pour le bien de ses sujets, et non pour son propre profit ou pour leur oppression. Le “bien”, le “service de Dieu” c’est aussi pour l’État le respect du huitième commandement, qui ne s’applique pas qu’à ses sujets, mais à lui également. De fait, son aptitude à le respecter aura nécessairement des effets bénéfiques pour application de ce commandement dans toutes les sphères de la société. A contrario, la tête pourrie du poisson contaminera rapidement le reste du corps.
L’État peut-il sans conséquences se prendre pour Dieu?
Prendre en compte avec foi et humilité toutes ces prescriptions, et bien d’autres que l’on trouve sur le même sujet, permet la formation d’une éthique de véritable solidarité : une solidarité qui n’est guidée ni par la convoitise ni par l’accaparement. Et encore moins par l’attribution à un État sécularisé de prérogatives divines qu’il est toujours enclin à revendiquer pour lui-même au détriment de l’authentique mandat qui lui est attribué par Dieu, alors même qu’il n’est ni en capacité et surtout pas en droit de se prendre pour la Providence. Car il se rapproche du chaos à chaque pas supplémentaire qu’il franchit dans cette direction. En revanche, un État digne de ce nom doit utiliser son autorité et son pouvoir pour combattre avec les moyens qui sont à sa disposition et dans le cadre des prérogatives qui sont les siennes, tout ce qui ressortit de la convoitise et de l’accaparement, à commencer par ses propres inclinations dans ces deux funestes directions.
En ce temps de commémoration pascale l’actualité nous rappelle de manière bouleversante ce que peut impliquer la notion de sacrifice héroïque de soi-même pour protéger d’autres vies en danger de mort.
Je n’ai guère besoin de faire un dessin, les faits, abondamment commentés par d’autres, parlent pour eux-mêmes. Ils forcent une nation à réfléchir avec émotion et profondeur sur le sens du mot « sacrifice ».
Coïncidence de calendrier ou non, et qu’on le veuille ou non, nous ne pouvons éluder la signification du sacrifice de Jésus-Christ pour d’autres, alors qu’elle se trouve au cœur même de la Foi Chrétienne.
Ceux qui ne partagent pas celle-ci n’ont d’ailleurs rien à perdre à se mettre à l’écoute de ceux qu’elle fait vivre, ne serait-ce que pour tâcher d’en saisir sa portée.
Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. A peine mourrait-on pour un juste; quelqu’un peut-être aurait le courage de mourir pour un homme qui est bon. Mais en ceci, Dieu prouve son amour envers nous: lorsque nous étions encore pécheurs, Christ est mort pour nous.
C’est ce qu’écrit l’apôtre Paul au début du chapitre cinq de sa lettre aux chrétiens de Rome un peu plus de vingt-cinq ans après la crucifixion de Jésus-Christ, attribuant à celle-ci une signification sacrificielle au caractère unique et indépassable.
« Envers nous, pour nous », écrit Paul.
Mais qui donc ce « nous » englobe-t-il ?
Lui-même, ses compagnons et ses lecteurs, certes, mais aussi de nombreuses autres jeunes communautés de croyants qu’il a contribué à fonder par sa prédication, et par delà celles de son temps, tous ceux et celles au cours de l’histoire subséquente qui se seront mis à l’écoute de cette même prédication et l’auront fermement saisie dans leur coeur et leur esprit.
Cette constatation ne dispense cependant pas de se demander dans quel état se trouvent ceux pour qui le Christ prêché par l’apôtre Paul s’est sacrifié sur la Croix en se substituant à eux. Étaient-ils simplement un peu égarés, ou même sérieusement blessés mais néanmoins encore capables de saisir l’aide qu’il venait leur offrir ?
Au second chapitre de sa lettre aux chrétiens d’Éphèse, Paul s’exprime sans ambiguïté à ce sujet. Ceux pour qui Jésus-Christ s’est sacrifié étaient bel et bien morts spirituellement.
Non pas morts au sens où la vie physique, matérielle ou intellectuelle leur aurait fait défaut (car Dieu la maintient et la renouvelle par sa Grâce générale qui s’étend sur tous les hommes et sur sa Création en général), mais au sens ou devant sa sainteté et son jugement, ils étaient morts et voués à une condamnation éternelle, sans aucun recours possible avant le sacrifice du Christ reçu et accepté par la foi.
Ce n’est pas pour rien que Paul parle « d’enfants de colère » pour décrire cette condition déchue et perdue d’êtres pour toujours aliénés de Dieu à moins qu’il n’initie et ne réalise lui-même leur salut, et ce par un don gratuit, c’est-à-dire par pure Grâce :
Pour vous, vous étiez MORTS par vos fautes et par vos péchésdans lesquels vous marchiez autrefois selon le cours de ce monde, selon le prince de la puissance de l’air[= Satan]cet esprit qui agit maintenant dans les fils de la rébellion. Nous tous aussi, nous étions de leur nombre et nous nous conduisions autrefois selon nos convoitises charnelles, nous exécutions les volontés de notre chair et de nos pensées, et nous étions par nature des enfants de colère comme les autres. Mais Dieu est riche en miséricorde et, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions MORTS par nos fautes, il nous a rendus à la vie par le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés – il nous a ressuscités ensemble et fait asseoir ensemble dans les lieux célestes en Christ-Jésus, afin de montrer dans les siècles à venir la richesse surabondante de sa grâce par sa bonté envers nous en Christ-Jésus.
Ceci devrait être bien clair en premier lieu pour tous les chrétiens : s’ils proclament depuis le tout début de l’Église que Jésus-Christ est mort sur la Croix (« …il a souffert sous Ponce-Pilate, il a été crucifié, il est MORT, il a été enseveli, il est descendu aux enfers… ») ce n’est pas pour indiquer simplement que sa crucifixion et la mort qui s’est ensuivie n’ont pas été fictives (comme le prétendait la secte des Docètes durant les premiers siècles de l’ère chrétienne, suivie plusieurs siècles après par Mahomet et le Coran).
A la suite de Paul et des autres apôtres, ils affirment que cette mort – constatée par les autorités romaines de l’époque et rapportée par leurs historiens (comme Tacite, au début du second siècle) – a rempli un but, une mission unique : celle de prendre sur lui notre propre mort sous le jugement de Dieu, en s’offrant volontairement en sacrifice parfait et sans défaut, sacrifice que seul le Fils éternel de Dieu ayant revêtu notre nature humaine pouvait accomplir.
Elle était donc justement nécessaire à cause de notre propre mort au regard de Dieu.
Si nous n’étions pas morts par nos fautes et nos péchés (selon les mots mêmes de Paul) la mort bien réelle de Jésus sur la Croix n’aurait pas eu lieu d’être. Pour la foi chrétienne, la corrélation entre les deux est inéluctable.
La mort de Jésus n’est pas un malheureux accident de l’histoire témoignant de ces que des gens bien comme Jésus peuvent mourir injustement malgré le bel exemple d’humanité dont ils ont fait preuve par leurs actes et leurs paroles durant leur vie.
Elle ne revêt son sens rédempteur que dans la reconnaissance que nous étions véritablement et totalement morts par nos fautes et nos péchés, et qu’il aura fallu rien de moins que la mort et la résurrection du Christ comme miracles de la Grâce divine pour nous ramener à cette vie que nous avions totalement perdue.
En effet si la résurrection de Jésus au matin de Pâques est un miracle sans égal, c’est pareillement pour qu’elle devienne une véritable résurrection spirituelle pour ceux qui étaient auparavant morts mais ont été mis au bénéfice de cette résurrection en se l’appropriant par la foi.
Peut-être faut-il aussi noter (comme le fait le catéchisme de Genève, rédigé par Calvin en 1545) que la mention de Ponce Pilate dans le Credo -la confession de foi- n’est pas non plus un simple rappel de l’historicité véridique de cette mort, qui n’est ni mythe ni affabulation.
Cette mention trouve aussi sa signification dans le fait que l’autorité politique humaine du moment (le gouverneur Ponce Pilate) qui a finalement livré Jésus à ceux qui voulaient le faire crucifier, avait déclaré à plusieurs reprises devant eux qu’elle ne trouvait en Jésus rien qui mérite une telle condamnation (voir entre autres Jean 19:4).
Ponce Pilate déclara donc ouvertement l’innocence de Jésus, et par là l’iniquité du jugement qu’il prononçait. Il se trouvait du reste parfaitement d’accord avec l’autre instrument de ce jugement inique, le souverain sacrificateur Caïphe.
En effet, plus tôt au cours du ministère de Jésus (Jean 11:47-51) la question de la mise à mort d’un seul pour tout le peuple avait été discutée en haut lieu: Alors, les principaux sacrificateurs et les Pharisiens assemblèrent le sanhédrin et dirent : Qu’allons-nous faire ? Car cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront nous enlever et notre lieu sait et notre nation. L’un d’eux, Caïphe, qui était souverain sacrificateur cette année-là, leur dit : « Vous n’y entendez rien ; vous ne vous rendez pas compte qu’il est avantageux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas. » Or, il ne dit pas cela de lui-même mais, étant souverain sacrificateur cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation.
Si nous revenons à notre condition avant le sacrifice de Jésus-Christ, la question qu’il faut se poser sans faux-semblants ou faux-fuyants est de savoir s’il demeure spirituellement quoi que ce soit de bon ou de valable en nous avant que Dieu, par pure grâce, ne vienne annuler notre mort spirituelle en la transférant sur son Fils bien-aimé, puis nous confère une vie nouvelle par la vie nouvelle du Christ ressuscité des morts.
En effet l’orgueil de l’homme est tel que même confronté par tant de preuves accablantes à la réalité désespérée de sa condition spirituelle devant le Dieu saint, il se laisse accroire qu’il demeure tout de même un petit quelque chose en lui sur lequel Dieu peut prendre appui pour lui tendre la perche dont il a besoin pour s’en tirer. Mais laissons à nouveau l’apôtre Paul, inspiré par l’Esprit de Dieu, répondre à ces faux semblants qui ne feront qu’enfoncer davantage ceux qui s’appuient sur eux.
Il écrit, dans l’épître aux Romains (3:23-25):
Car il n’y a pas de distinction : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu; et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ-Jésus. C’est lui que Dieu a destiné comme moyen d’expiation pour ceux qui auraient la foi en son sang, afin de montrer sa justice.
Et plus loin (6:23): Car le salaire du péché c’est la mort; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Christ-Jésus notre Seigneur.
Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu.
Or pécher et être privé de la gloire de Dieu c’est être mort devant Lui, simplement et tragiquement.
Il ne sert à rien d’escamoter cette réalité, qui n’a d’autre remède que le Sacrifice de Jésus-Christ offert une fois pour toutes et qui ne peut être saisi que par la Foi.
Dans un sermon sur les premiers versets du second chapitre de la lettre de Paul aux Éphésiens, cités et commentés plus haut, Jean Calvin expose le texte apostolique comme suit (je conserve la syntaxe et l’orthographe anciennes de l’édition consultée, tout en clarifiant certains termes par des équivalents entre crochets):
Car iusques à ce que les hommes ayent ainsi examiné combien ils sont povreset miserables, il est certain que iamais ils ne rendront à Dieu la centieme partie de l’honneur qu’il merite (…)
Et de faict, quelle est nostre nature en général? C’est que nous ne pensons sinon tout mal : comme aussi S. Paul tend à ce propos maintenant. Au premier chap.il a tousiours poursuivi cest argument, que nous ne sçaurions assez exalter nostre Dieu, attendu [étant donné] la misericorde dont il a usé envers nous. Or maintenant pour mieux exprimer encores cela, il nous monstre comme en peinture et en un miroir quels sont les hommes, iusques à ce que Dieu les ait prévenus de sa grace, et qu’il les ait recueillis à soy. Il monstre donc que nous sommes tout plongez en un abysme si horrible, que quand nous y pensons nous devons estre confus, les cheveux nous doyvent dresser en la teste: car là-dessus il est impossible que nous ne soyons esmeus [émus] et enflambez à bénir le nom de Dieu, d’autant qu’il nous a ainsi cerchez [cherchés] au profond d’enfer pour nous attirer au royaume des cieux.
Et nostre Seigneur Iesus-Christ, pour nous declarer en quel estat il nous trouve, dit qu’il est venu à fin que les morts ressuscitent à sa voix. Voici donc l’office que s’attribue le Fils de Dieu, c’est que par la doctrine de son Evangile il nous retire de mort à vie. Comme aussi il adiouste que tous ceux qui croiront en luy, sont passez de la mort en laquelle ils estoyent [étaient] detenus, pour entrer en la vie celeste: non pas que les fideles en iouissent ici encores: mais ils la possèdent tellement par esperance, qu’ils en sont tout asseurez. Or quand nostre Seigneur Iesus Christ dit que sa voix a ceste vertu de ressusciter les morts, il prend cela par similitude. Car quelque vie que nous cuidions [pensions] avoir, si est-ce qu’ [néanmoins] estans separez de Dieu nous sommes en une mort spirituelle: combien que [bien que] tous incredules cuideront [penserons] et en leur sagesse et en leur vertu estre plus que vivans. Or ils s’endurcissent en cela, et s’y glorifient iusques au bout.
Mais regardons où est la fontaine de vie: elle est en Dieu: et ils en sont alienez. Regardons aussi quelle est la vraye vie de l’homme : ce n’est pas qu’il soit fin, et que par ses finesses et astuces il puisse bien faire ses besongnes en ce monde, qu’il puisse acquerir grand renom, qu’il puisse estre subtil et bien advisé pour donner conseil à tous autres: ce n’est pas qu’il soit excellent en toutes sciences humaines et tous arts: ce n’est pas aussi qu’il soit prisé et renommé comme magnanime, ou ayant d’autres vertus qui sont louables entre les hommes: mais il faut commencer plus haut, c’est que nous cognoissions [connaissions] Dieu estre nostre Père, que nous soyons gardez par la clairté de sa parole, et illuminez en la foy pour cognoistre [connaître] le chemin de salut, et que nous sçachions que tout nostre bien gist en luy, à fin que nous l’y cerchions [cherchions] en toute humilité: que nous cognoissions aussi le moyen comment nous pourrons parvenir là, c’est à sçavoir ayant nostre Seigneur Iesus Christ, auquel toute plenitude de grace nous est présentée.
Voilà donc le message de Pâques, de la signification et la valeur incomparables du Sacrifice de Jésus-Christ sur la Croix, que le disciple Pierre dans sa première lettre adressée à des croyants non seulement dispersés mais aussi persécutés, résume ainsi (3:18): En effet, Christ aussi est mort une seule fois pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de vous amener à Dieu.
La source musicale même des endroits n'engagent pas sur certains domaines Refuge Protestant du point de vue doctrinal ou autres, ces sources trouvées pour la connaissance de chants communs ou autres restent libres & responsables pour eux-mêmes de leur contenu et direction.
C’est un fait bien connu de tout Chrétien qui dispose d’un Nouveau Testament et le lit régulièrement, que seuls les évangiles de Matthieu et de Luc retracent la Naissance de Jésus-Christ, le Messie promis des siècles auparavant dans l’Ancien Testament (voir entre autres Genèse 49:10 ; Deutéronome 18:15 ; Psaumes 110, 132 ; Ésaïe 9, 11, 41-53, 61 ; Daniel 7:13 ; Michée 5; Zacharie 9:9).
L’évangile selon Jean, lui, fait état dès le début de la Parole qui a été faite chair, ou, selon une autre traduction, du fait que Celui qui est la Parole (καὶ ο λόγος) est devenu homme (σαρξ ἐγένετο) et il a habité parmi nous (καί ἐσκήνωσεν ἐν ἡμῖν).
Conformément aux données des évangiles canoniques (Mathieu 1:18-25, Luc 2:26-38) cette Naissance de Jésus-Christ est confessée depuis le début par l’Eglise Chrétienne comme une naissance virginale, c’est-à-dire que c’est par un acte Divin spécial que Jésus a été conçu : non par un homme (en l’occurrence Joseph, fiancé à Marie) mais directement par le Saint Esprit de Dieu.
On pense souvent à tort que ceci doit être compris comme une condamnation implicite de l’acte sexuel entre un homme et une femme.
Comme si en soi cet acte représentait le péché – voire le péché originel – et qu’il serait donc impensable que le Fils de Dieu en fût le produit biologique.
Rien n’est plus faux et même plus opposé aux données Bibliques les plus évidentes (l’union charnelle entre l’homme et la femme liés entre eux par un contrat d’alliance lors de la Création étant le fondement même de tout ordre social à travers les générations qui en résultent – voir les chapitres 1 et 2 du livre de la Genèse).
La naissance virginale du Christ, conçu du Saint Esprit mais porté et enfanté par sa mère humaine, Marie, signifie tout autre chose : c’est la filiation Divine directe de Jésus-Christ qui est ici en question, filiation qui ne repose pas sur la volonté ou la planification d’un homme, et qui implique que Christ ne participe pas de la nature corrompue de l’humanité héritée du premier homme, Adam.
Raison pour laquelle Il a pu accomplir le Salut Promis par Dieu à tous ceux qui croiraient en Lui.
En effet ce Salut ne pouvait dépendre, selon les termes de l’Alliance contractée entre Dieu et l’homme, que d’un acteur Divin accomplissant dans une nature humaine un acte expiatoire parfaitement acceptable aux yeux de Dieu : acte substitutif effectué une fois pour toutes par un grand sacrificateur de nature Divine sur une offrande de nature humaine.
Les deux sont nécessairement unis dans la même personne afin de garantir les obligations de la partie contractante obligée, à savoir l’humanité en état de Chute, donc de rupture avec Son Créateur.
Cette humanité est en effet totalement incapable de fournir aussi bien un sacrificateur adéquat qu’une victime expiatoire sans tâche (Hébreux 9:24-26).
La Nature Divine (conçu du Saint Esprit) s’est donc unie dans une même personne – celle de Jésus-Christ – à la nature humaine héritée de sa mère (né de la vierge Marie), sans cependant que ces deux natures distinctes soient mélangées ou opposées l’une à l’autre, pas plus que le sacrificateur ou l’objet sacrifié ne peuvent l’être.
Cette distinction des deux natures mais sans séparation, sans mélange ni confusion, est ce qu’a reconnu et déclaré le concile de Chalcédoine en l’an 451 ap. J-C.
Qu’une telle naissance, rendue nécessaire par la finalité du sacrifice en question, soit donc un fait absolument unique, hors du commun, n’échappera à personne.
Il n’est même pas question de vouloir l’expliquer à l’aide de schémas intellectuels ou scientifiques applicables au reste de l’humanité.
Nous n’en prenons connaissance qu’à travers la Révélation Divine, plus précisément dans la Bible, puisque seule cette Révélation met en lumière dès l’origine les termes de l’Alliance qui la rendra nécessaire.
Cela dit, même si une telle naissance miraculeuse échappe à nos schémas traditionnels de compréhension, il n’en demeure pas moins qu’une série d’enseignements s’en dégage, avec une logique spirituelle incontournable qui en valide la teneur et à laquelle on ne peut rester indifférent.
Certes, seuls les croyants voudront approfondir ce mystère, tandis que le reste de l’humanité s’en moquera allègrement, faisant les gorges chaudes de ces Croyants qu’il considère comme bien trop crédules.
Peu importe.
Luc 10 :21-22 rapporte cet épisode du ministère de Jésus où la fausse sagesse de ceux qui se croient sages et intelligents est contrastée avec la sagesse spirituelle accordée aux tout petits qui eux ont compris et cru, car la Révélation leur en a été accordée par la Foi :
En ce moment même, Jésus tressaillit de joie par le Saint Esprit et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les a révélées aux enfants. Oui, Père, parce que tel a été ton bienveillant dessein.
Poursuivons donc notre examen des données bibliques concernant la naissance virginale du Christ.
« Plein de Grâce et de Vérité »
Comme indiqué plus haut, il semble au premier abord que l’Evangile selon Jean ne mentionne pas cette naissance.
Là aussi, rien n’est moins vrai, pour peu qu’on s’attache à bien étudier le texte.
Reprenons le verset 14 du premier chapitre déjà cité :
Celui qui est la Parole est devenu homme et il a vécu parmi nous. Nous avons contemplé sa gloire, la gloire du Fils unique envoyé par son Père: plénitude de grâce et de vérité(πλήρης χάριτος καί ἀληθείας).
Il est bien question ici du Fils Unique de Dieu envoyé dans le monde par Son Père, une assertion qui n’est faite à propos d’aucune autre créature et qui pointe en direction de cette naissance hors du commun.
Aucun autre être humain n’est qualifié dans la Bible de « plein de grâce et de vérité » ou encore de « Fils Unique », la première expression étant indissociablement liée à la seconde puisqu’elle qualifie essentiellement la nature du Fils unique.
En particulier Marie, la mère de Jésus, n’est nulle part dite « pleine de grâce et de vérité » : les paroles de Gabriel à son égard en Luc 1:28-30 expriment seulement qu’une grâce lui a été faite, ensuite qu’elle a trouvé Grâce auprès de Dieu, et n’a donc pas à craindre.
Tout comme au cours du passé le Seigneur d’Israël affirme qu’Il est avec Moïse (Exode 3:12) Gédéon (Juges 6:16), ou Jérémie (Jérémie 1:8), il est avec Marie.
Il est avec elle tout comme Il l’a été avec ces autres serviteurs initialement troublés ou craintifs au vu de la mission impossible – humainement parlant – qui leur était confiée, et ce afin que Son Plan s’accomplisse à travers l’instrument qu’Il s’est choisi (ce choix même étant évidemment une Grâce qui leur est faite).
En Actes 7:46, David est lui aussi dit avoir trouvé grâce auprès de Dieudans une expression très similaire à celle employée par l’ange Gabriel vis-à-vis de Marie (ὃς εὗρεν χάριν ένὠπιον τοῠ θεοῠ).
Dans la même veine on retrouve fréquemment dans les psaumes de l’Ancien Testament cette supplication adressée par le psalmiste à Dieu : « Fais-moi grâce » (4:1; 6:2; 9:14; 31:10 ; 41:5 etc.)
En contraste avec les descendants d’Adam qui ne peuvent qu’implorer la Grâce Divine (et l’obtenir en vertu même du fait qu’elle est accordée par le Dieu de Grâce à ceux qui la demandent dans la repentance et l’humilité) les fameux versets seize à dix-huit du chapitre trois de l’évangile selon Jean réitèrent le caractère Unique du Christ en tant que Médiateur et Rédempteur : Il Réconcilie et Sauve par le don de Sa Personne effectué par le Père, et ne partage ni Son Autorité, ni Son Ministère avec une quelconque créature, tout en envoyant Ses serviteurs proclamer Son Oeuvre et Sa Personne – soit l’Évangile – :
Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu’il ait la vie éternelle. Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n’est pas jugé; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
En quoi la naissance virginale du Christ profite-t-elle aux croyants ?
Quel profit retire donc le Croyant de la naissance Unique du Christ ?
S’agit-il d’un article de Foi étranger à son Salut, un fait Divin qui concerne Christ mais ne nous concernerait pas vraiment ?
Certes non.
Ici l’Evangile de Jean nous donne toutes les clés pour comprendre la Richesse de ce Mystère pour notre vie.
Toujours au premier chapitre, à partir du verset onze, nous lisons :
La Parole est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçue; mais à tous ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, et qui sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair ni de la volonté de l’homme mais de Dieu.
Nous avons clairement ici une identification entre Jésus-Christ qui a été conçu du Saint Esprit (donc non du sang, ni de la volonté de la chair ni de la volonté de l’homme mais de Dieu), et chaque homme ou femme, chaque enfant qui est régénéré par l’Esprit de Dieu.
Christ lui donne le pouvoir de devenir enfant de Dieu par la vertu même de Sa Nature de Parole incarnée.
Par notre nature humaine nous sommes tous nés dans le péché, ayant hérité depuis le premier homme, Adam, de cette nature de péché, étant tous corrompus devant Dieu.
Mais lorsque que nous sommes greffés en Jésus-Christ, le second Adam, Celui qui est venu Restaurer l’humanité déchue, nous avons part à Sa Nature.
Nous ne sommes alors plus seulement des créatures de Dieu, nées de la volonté de la chair ou de l’homme et qui ne subsistent que par Sa Providence, des créatures en sursis destinées en dernier lieu à la mort spirituelle (… mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu).
A l’opposé, étant engendrés spirituellement de Dieu, greffés dans la Vie de Christ et donc dans Sa Naissance Virginale par le même Saint Esprit de qui Il a été conçu, nous sommes destinés à vivre en Communion Parfaite avec Lui et ce pour l’Eternité.
Le nouvel Adam, conçu du Saint Esprit et né de la vierge Marie, donne en effet naissance à une nouvelle humanité, rendue conforme à Sa Nature par Sa Mort et Sa Résurrection.
Voilà donc où réside la valeur Unique de la naissance virginale de Christ : elle a le Pouvoir de nous conférer une Nouvelle Naissance, celle dont Jésus parle au chapitre trois de l’évangile selon Jean, lorsqu’Il s’adresse à un interlocuteur du nom de Nicodème :
Il y avait un homme qui s’appelait Nicodème; membre du parti des Pharisiens, c’était un chef des Juifs. Il vint trouver Jésus de nuit et le salua en ces termes: Maître, nous savons que c’est Dieu qui t’a envoyé pour nous enseigner car personne ne saurait accomplir les signes miraculeux que tu fais si Dieu n’était pas avec lui. Jésus lui répondit: Vraiment, je te l’assure: à moins de renaître d’en haut, personne ne peut voir le royaume de Dieu – Comment un homme peut-il naître une fois vieux? s’exclama Nicodème. Il ne peut tout de même pas retourner dans le ventre de sa mère pour renaître? – Vraiment je te l’assure, reprit Jésus, à moins de naître d’eau, c’est-à-dire d’Esprit, personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui naît d’une naissance naturelle, c’est la vie humaine naturelle. Ce qui naît de l’Esprit est animé par l’Esprit. Ne sois donc pas surpris si je t’ai dit: Il vous faut renaître d’en haut. Le vent souffle où il veut, tu en entends le bruit, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour quiconque est né de l’Esprit.
Tout Juif et membre du parti très religieux des pharisiens qu’il fût, Nicodème demeurait un descendant d’Adam, conçu et né dans le péché comme tout autre homme ou femme.
Il avait besoin d’être né de nouveau, d’Esprit, pour avoir accès à la Vie Eternelle.
Pourquoi alors Jésus parle-t-Il « d’eau et d’Esprit » ? S’agirait-il de deux choses différentes ? Non pas.
Dans la Bible, le Saint Esprit est parfois associé au feu ou à l’eau, comme à des éléments qui purifient.
Une prophétie bien connue de l’Ancien Testament en faisait déjà état (Ezéchiel 36).
Dieu Parle à son peuple exilé à cause de ses fautes.
Voici ce qu’Il lui promet :
Je répandrai sur vous une eau pure, afin que vous deveniez purs, je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un coeur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau, j’enlèverai de votre être votre coeur dur comme la pierre et je vous donnerai un coeur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit et je ferai de vous des gens qui vivent selon mes lois et qui obéissent à mes commandements pour les appliquer.
Tout ceci pointe bien sûr en direction du double signe du baptême : signe de la mort nécessaire de notre nature de péché avec Christ sur la Croix, et signe d’une Nouvelle Naissance en Jésus-Christ, avec Sa Résurrection au matin de Pâques (Romains 6:4).
Le baptême est d’abord le signe de l’ensevelissement de la vieille nature de péché dans et par la Mort de Jésus-Christ sur la Croix.
Dès sa conception, cette nature de péché doit être entièrement crucifiée, noyée, engloutie dans la mort du Christ (cela même que dans l’Ancien Testament le signe de la circoncision signifiait de manière prophétique à tous les croyants depuis Abraham, exprimant l’attente de la circoncision totale de la nature humaine qui allait être accomplie par Jésus-Christ sur la Croix – le lien entre la signification prophétique de la circoncision et son accomplissement signifié par le baptême étant explicité par Paul en Colossiens 2:11-13, où il emploie même l’expression « circoncision du Christ »: ἐν τῇ περιτομῇ τοῦ Χρίστοῦ).
En même temps le baptême est aussi le signe de la Nouvelle Naissance en Jésus-Christ Ressuscité, Le Signe de la Purification Accomplie et de la Renaissance à la Vie Nouvelle.
Dans le signe du baptême se trouvent donc signifiés aussi bien la mort que la résurrection : mort nécessaire de la vieille nature corrompue, suivie de la naissance de l’homme nouveau, né de nouveau avec Jésus-Christ, né d’eau et d’Esprit.
Par là nous comprenons la signification de la naissance virginale du Christ, Pleinement Dieu et pleinement homme, Seul Capable d’accomplir le Salut d’une humanité déchue.
Au sein même de l’Eglise, beaucoup de « sages et d’intelligents » à leurs propres yeux, rejettent la Vérité Historique de cette naissance virginale telle qu’elle est rapportée par les évangiles du Nouveau Testament, inventant toutes sortes de théories pour essayer d’expliquer que Jésus était soit un enfant illégitime, soit un enfant ayant perdu son père en bas âge.
Où encore en tâchant de faire accroire qu’il ne s’agit que d’élucubrations théologiques de communautés tardives de disciples en mal de formulations théologiques systématisées leur ayant permis de cristalliser, conserver et transmettre l’héritage spirituel d’un certain Jésus de Nazareth.
En cela ils rejettent de facto le Salut Offert par Dieu, et déclarent tout bonnement qu’ils n’ont pas besoin d’une nouvelle naissance, ou bien qu’ils peuvent l’obtenir par eux-mêmes et non par le don gratuit de Dieu en Jésus-Christ.
Quelle folie !!!
Le Salut de Dieu nous est offert en Christ et nous est présenté dans Sa Parole vivante.
Le rêve d’une humanité nouvelle ne cesse d’alimenter les programmes politiques, ou les fantasmes idéologiques des uns et des autres.
Si l’humanité était parfaite, ou se croyait telle, ce rêve n’aurait certainement pas lieu d’être.
Ce qui alimente ce rêve, ou ce désir de profond changement, c’est bien la conscience douloureuse d’un état de misère dans lequel est plongée l’humanité, malgré ses plus hautes réalisations et ses productions les plus remarquables.
Est-ce une utopie, et même une utopie dangereuse, que de vouloir changer de fond en comble ?
Vous connaissez sûrement la célèbre phrase de Blaise Pascal :
Qui veut faire l’ange fait la bête.
D’abord, sur quel modèle cette humanité nouvelle doit elle se former ?
On a vu au cours de notre histoire récente les fruits de systèmes politiques totalitaires prétendant créer un homme nouveau censé fonctionner parfaitement dans un corps social homogène : ces systèmes politiques ont justement fait de l’homme bien pire qu’une bête, car aucune bête ne se conduit de façon aussi monstrueuse que les hommes adonnés à leurs rêves déments et pervers.
La foi chrétienne, elle, ne dit pas que l’homme a la vocation et la capacité de s’améliorer par lui-même, au contraire elle affirme qu’il en est bien incapable.
Ce n’est pas en lui qu’il trouvera les ressources pour s’élever au-dessus de sa condition.
Seul quelqu’un d’autre est en mesure de lui offrir non pas une quelconque perche de secours, mais un salut gratuit, total et irrévocable.
Ce quelqu’un, affirme la foi chrétienne, c’est Jésus-Christ : c’est pour cela qu’Il est venu dans le monde il y a quelque deux mille ans, qu’Il a donné volontairement Sa Vie sur la Croix, et qu’Il est ressuscité des morts avant de monter au ciel.
Ceux qui l’ont connu, et fréquenté de près durant le temps de Sa Mission en ont été les témoins.
La vie nouvelle et l’espérance qu’Il accorde gratuitement à tous ceux qui les cherchent en Lui n’est pas une utopie, tous ceux qui ont une foi authentique vous le diront.
Elle n’est pas faite de richesses matérielles, de gloire aux yeux des hommes, de puissance politique, militaire ou autre, mais de transformation profonde du coeur et des attitudes : c’est une vie où les sentiments, les pensées, les priorités sont tournées vers le Dieu vivant et cherchent à accomplir Sa Volonté.
Le tout en sachant que leurs imperfections, leurs péchés sont pardonnés car le sang de Jésus-Christ versé sur la Croix les a complètement lavés, effacés.
C’est uniquement à partir de ce Don Parfait du Fils de Dieu qu’une réelle transformation devient non seulement possible, mais visible aux yeux de tous.
Jésus l’a affirmé publiquement : Tout ce que le Père me donne viendra à moi, et je ne jetterai pas dehors celui qui vient à moi.
Il est courant de nos jours d’entendre dire que toutes les manières de croire en Dieu, de Le servir et de L’adorer se valent.
Toutes les religions sont égales, dit-on, et mènent à Dieu, seul le chemin emprunté est différent ; on ne doit surtout pas considérer les autres voies comme fausses et chercher à convaincre qui que ce soit que seule la voie qu’on emprunte est véritable.
Comment répondre à ce relativisme ?
Dire que la Bible Seule révèle de manière satisfaisante qui est Dieu, est-ce être intolérant et dangereusement intégriste ?
Cela mène-t-il à plus ou moins long terme à la persécution de ceux qui croient autrement ?
C’est ce que l’humanisme contemporain veut faire croire, essayant de donner mauvaise conscience à toutes celles et ceux qui cherchent Dieu dans Sa Parole Révélée et nulle part ailleurs.
Mais il nous faut tout d’abord nous poser la question suivante :
Sommes-nous par nous-mêmes capables de connaître Dieu de manière satisfaisante ?
Pouvons-nous par nous-mêmes, à l’aide de notre intelligence naturelle, avoir accès à Dieu, l’adorer et vivre en communion avec Lui ?
Ou bien en sommes nous incapables et avons-nous besoin d’un guide sûr, rien moins que Dieu Lui-même pour nous mener à Lui ?
Depuis le début de l’ère chrétienne, le Chrétien croit avec l’apôtre paul que Dieu Se révèle dans la nature, ou, si l’on veut, dans Sa Création : celle-ci est si parfaite, si grandiose, elle témoigne de tant de science et de sagesse, qu’en dépit de la chute de l’homme et de son état de pécheur, il lui est impossible de ne pas voir Dieu à travers le monde.
Au verset 20 du premier chapitre de sa lettre aux chrétiens de Rome, dans le nouveau testament, Paul écrit qu'en effet, les perfections invisibles de Dieu, Sa Puissance Eternelle et Sa Divinité se voient fort bien depuis la création du monde quand on les considère dans ses ouvrages.
Dans ses écrits, le réformateur Jean Calvin parle souvent de la création comme « miroir de la Gloire Divine ».
Il veut dire par là qu’on peut comprendre quelque chose de Dieu, et savoir qu’Il est l’Auteur de l’univers, simplement en regardant la manière merveilleuse dont le monde est conçu.
Cela dit, depuis plus de cent ans, l’idée que le monde n’est que le fruit du hasard et que donc rien n’a de sens, est partagée par beaucoup, surtout dans les pays occidentaux.
Ce que nous voyons en nous et autour de nous n’est qu’une forme de chaos, dit-on, un ensemble d’éléments auquel il ne faut pas chercher à donner sens en dernier recours, car rien dans le monde n’a de sens.
Mais alors, il n’y a ni vrai ni faux ; et s’il n’y a ni vrai ni faux, pourquoi ce que dit un Chrétien serait-il vrai ?
Et s’il n’y a aucun sens dans le monde, ce que le Chrétien dit, ce que les Chrétiens disent, en fait, n’a pas de sens non plus.
Pourquoi devrions nous les écouter et accepter comme vrai ce qu’ils disent ?
Pourquoi se donner même la peine d’essayer de convaincre les autres que ce que l’on dit est vrai ?
Car toute tentative pour essayer de convaincre quelqu’un repose sur l’idée qu’on a raison, et que ce qu’on pense a une plus grande valeur et davantage de cohérence que ce que dit ou pense l’autre.
Le Chrétien, lui, croit qu’il y a une vérité, et accepte par la foi la Parole de Jésus-christ lorsqu’Il dit (évangile selon Jean, 4:6) : Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.
Le Chrétien croit aussi que ce qui s’oppose à la Vérité, ce n’est pas le hasard, ou le chaos, mais tout simplement le mensonge.
Pourtant, notre question de départ demeure entière :
Pouvons-nous connaître Dieu par nous-mêmes ?
Si nous admirons la nature, la manière dont le corps humain est fait, si nous découvrons chaque jour de nouvelles raisons de nous étonner devant les merveilles de la création, est-ce suffisant pour connaître Dieu de manière satisfaisante ?
Il faut croire que non, car s’il suffisait d’observer la nature pour trouver Dieu, alors tous les hommes et toutes les femmes vivraient en communion parfaite avec Dieu, et le monde serait un paradis perpétuel.
Reprenons ce qu’écrit Paul, dans le passage de sa lettre aux Chrétiens de Rome cité plus haut (9-22) :
Car ce qu’on peut connaître de Dieu est clair pour eux, Dieu Lui-même le leur ayant fait connaître. En effet, les Perfections Invisibles de Dieu, Sa Puissance Eternelle et Sa Divinité se voient fort bien depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Les hommes sont donc inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne L’ont pas glorifié comme Dieu et ne Lui ont pas rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans de vains raisonnements, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous ; et ils ont remplacé la Gloire du Dieu Incorruptible par des images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles.
Pour l’apôtre paul, ce que nous pouvons connaître de Dieu par Ses Oeuvres, loin d’amener les hommes à une connaissance satisfaisante de Sa Personne, ne sert qu’à rendre les hommes inexcusables parce qu’ils ne L’ont pas adoré et servi comme ils auraient dû.
Au contraire, ils ont fabriqué des statues d’animaux et les ont adorées comme si elles étaient dieu.
C’est pourquoi, Paul a écrit juste avant l’extrait cité ci-dessus :
La Colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la Vérité captive, car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, car Dieu le leur a manifesté.
Pour Paul donc, ce qu’on peut connaître de Dieu de manière naturelle aurait dû amener les hommes à adorer le Créateur en vérité. mais au lieu de cela, les hommes ont retenu la Vérité captive et déformé la vraie religion en adorant des créatures au lieu du Créateur.
Les hommes sont donc inexcusables.
Pour connaître Dieu en Vérité, il nous faut donc un autre guide, un guide sûr qui ne nous trompera pas.
Le Chrétien croit que la Bible, ce Livre composé au cours de plus d’un millénaire, est La Révélation finale par laquelle Dieu s’est fait connaître aux hommes.
Cette Révélation progressive concernant le Plan de Dieu pour le monde qu’Il a créé, a d’abord été adressée à un peuple, le Peuple d’Israël.
Mais cette Révélation atteint son point culminant lorsque Dieu vient Lui-même habiter parmi les hommes en La Personne de Son Fils Eternel, Jésus-Christ, Vrai Dieu devenu homme.
Le tout début de la lettre aux Hébreux, dans le nouveau testament, déclare à ce sujet :
Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu nous a parlé par le Fils en ces derniers temps.
Bien que le Peuple d’Israël ait toujours reçu la mission de proclamer aux nations païennes la Lumière concernant Le Seul Vrai Dieu, ce mandat prend une nouvelle dimension avec la venue de Jésus-Christ.
Car le Fils Eternel de Dieu venant habiter parmi les hommes envoie Ses disciples jusqu’aux extrémités de la terre annoncer une Bonne Nouvelle : Il est justement venu faire connaître et adorer Dieu en esprit et en vérité, réconciliant avec Son Père Eternel les hommes et femmes éloignés de Dieu.
Ce dernier point - la nécessaire réconciliation avec Dieu - est essentiel à saisir pour qui veut comprendre proprement ce qu’est la foi Chrétienne et l’espérance qu’elle porte en son cœur.
Connaître Dieu en Vérité ne consiste pas en une connaissance d’ordre purement intellectuel, comme s’il suffisait de donner son assentiment rationnel à une ou des propositions logiques concernant l’être suprême.
Eric Kayayan,
Connaître Dieu en Vérité ne consiste pas en une connaissance d’ordre purement intellectuel, comme s’il suffisait de donner son assentiment rationnel à une ou des propositions logiques concernant l’être suprême.
Connaître, au sens Biblique du terme, c’est vivre dans une relation intime, à l’image de la relation intime qui lie un homme et une femme dans une union indissociable.
Cette connaissance engage l’être tout entier, non pas seulement les facultés rationnelles.
La véritable connaissance de Dieu passe donc par un engagement personnel total.
Comment un tel engagement serait-il possible de la part de l’homme qui ne fait que supputer, tâtonner, cogner sa tête contre les parois de l’existence, commettre individuellement ou collectivement tout ce que sa conscience même réprouve ?
Sans une réconciliation initiée par Dieu, cette relation est tout simplement impossible et c’est là où nous voyons Dieu s’engager totalement, en Jésus-Christ, dans cette magnifique Oeuvre de Réconciliation.
Jésus-Christ réconcilie le monde avec Dieu par un sacrifice Parfait et Définitif qu’Il accomplit afin que les fautes des hommes, leur désobéissance et leur aveuglement volontaire leur soient pardonnés.
Jésus-Christ donne Sa Vie pour payer une rançon à Dieu qu’aucun homme ou aucune femme ne pourrait payer.
Cette rançon, Dieu L’exige pour que les hommes en rupture de ban avec Leur Créateur, soient Réconciliés avec Lui.
Car il y a un prix à payer : notre propre vie, dont nous avons renié le sens initial et parfait en fuyant loin de Dieu.
Or, ce prix de la réconciliation exigé par Le Créateur, Dieu décide de Le payer Lui-même.
Alors, qui peut être mis au bénéfice d’une telle Réconciliation ?
Qui peut bénéficier de ce Don Divin ?
N’importe qui, vous et moi.
Et que faut-il faire pour en bénéficier ?
Dieu ne demande qu’une chose :
croire qu’Il a effectivement accompli ce Salut en payant Lui-même la rançon qu’Il exigeait.
Dieu est Celui qui nous sauve, qui nous Réconcilie avec Lui, et Il le fait gratuitement.
Ce n’est pas en accomplissant toutes sortes de rituels, de gestes mécaniques, ou encore en essayant par nous-mêmes d’atteindre Dieu que nous y parviendrons.
Au contraire, tous nos efforts seront inutiles et ne feront que nous plonger dans un abîme de doute, de culpabilité et de malheur.
Notre libération n’est possible que si nous acceptons par la foi, comme des enfants reconnaissants, que Dieu Le Père a accompli notre salut par le Don de Son Fils Jésus-Christ.
c’est cela la Bonne Nouvelle à travers le mot Evangile.
L’apôtre Paul, après avoir lui-même refusé de croire en ce Salut Gratuit, et après avoir même persécuté à mort les premiers Chrétiens, écrit dans sa lettre à l’église d’Ephèse (2:0) :
C’est par la Grâce de Dieu en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est Le Don de Dieu. Ce n’est pas par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. Car nous sommes Son Ouvrage, nous avons été créés en Christ-Jésus pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions.
On le voit, l’offre du Salut est une offre gratuite.
Mais si les croyants appartiennent désormais à Dieu en Jésus-Christ, et si désormais l’Esprit de Dieu habite en eux après avoir chassé tout autre esprit opposé à Dieu, c’est pour qu’ils accomplissent les œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance pour qu’ils les pratiquent.
Cela veut dire que les croyants n’accomplissent pas ces œuvres pour mériter leur salut, mais par reconnaissance envers Dieu qui les a Gratuitement Sauvés, ils vivent désormais une vie d’obéissance à la Loi de Leur Seigneur Jésus-Christ et ils portent des fruits d’obéissance qui plaisent à Dieu.
En Jésus-christ ils ont obtenu une nouvelle vie.
Reprenons cependant la question initiale du pluralisme religieux, par lequel nous commencions ce chapitre.
Qui n’a jamais entendu ces paroles célèbres prononcées il y a quelque quarante ans par André Malraux :
Le vingt-et-unième siècle sera religieux ou ne sera pas.
Paroles que certains considèrent comme prophétiques. Qu’a-t-il voulu dire par là ?
Sans doute qu’après le vingtième siècle, considéré comme irréligieux, globalement indifférent, voire opposé au sentiment religieux, les hommes et femmes vivant au vingt-et-unième siècle retourneraient inévitablement, quant à eux, à des formes d’expression religieuse très marquées : cela serait même la caractéristique principale du prochain siècle.
Pourtant, on peut à bon droit se demander si une telle phrase rend justice au vingtième siècle.
Car on a pu voir tout autant d’expressions religieuses en ce siècle qu’au cours des époques précédentes.
Seulement, elles ont pris des formes et des expressions différentes de celles traditionnellement reconnues comme telles.
Ainsi, le culte de la personnalité dans les régimes politiques dictatoriaux, revêt un caractère religieux tout à fait marqué, avec cérémonies, chants, hymnes et déclarations de loyauté inaltérable.
Le régime nazi en allemagne dans les années trente et quarante, ou les différents régimes communistes, ont connu leurs célébrations, leurs liturgies voire leurs hystéries qui faisaient avant tout appel à une forme de sentiment religieux.
Aujourd’hui, le sport médiatisé est une des formes les plus claires de communion religieuse : autour d’un ballon rond (ou ovale !) se développe un sentiment d’exaltation peu commun, marqué par toutes sortes de rites, de sentiments fraternels, de moments de dévotion intense.
On a pu entendre dire qu’une équipe sportive a été « crucifiée » par une autre ; en politique on parle même parfois du « catéchisme » d’un parti donné.
On pourrait aussi parler en long et en large du culte obsessionnel du sexe, manifesté dans tant de productions cinématographiques ou autres.
La question que nous devons nous poser est donc :
Quelle sera la religion du vingt-et-unième siècle ?
Car l’homme ne saurait vivre sans exprimer ce qui constitue son fonds le plus profond : créé à l’Image de Dieu, il est constamment à la recherche d’un absolu, d’une relation avec Son Créateur, mais il détourne le plus souvent cette quête vers d’autres objets ou personnes que Son Créateur, que ce soit une personne humaine, une activité quelconque, une appartenance idéologique ou ethnique, ou encore un bien matériel donné.
La question de l’idolâtrie, de sa signification et de ses implications dans la vie des hommes, retiendra du reste notre attention au cours du chapitre huit.
Il nous faut aussi reconnaître que le marché religieux, en ce vingt-et-unième siècle, est particulièrement ouvert.
Avec la circulation des idées, les moyens contemporains de communication, les médias, chacun peut choisir à sa guise la religion à laquelle il souhaite s’adonner :
le bouddhisme ou les religions orientales,
l’animisme traditionnel,
les enseignements du soufisme musulman,
le new âge,
etc...
Au milieu de tout cela, que représente réellement le Christianisme ?
Celui, celle et ceux confessant Jésus-Christ peuvent-ils encore se prévaloir de l’exclusivité de leur foi ?
Pourquoi tenir à la confession de Jésus-Christ comme Vrai Dieu, envoyé par le Père Céleste comme seul médiateur entre Dieu et les hommes ?
Un passage de l’évangile selon Matthieu (6:9), nous éclairera singulièrement à ce sujet :
Jésus se rendit dans la région de Césarée de Philippe. Il interrogea ses disciples : que disent les gens au sujet du Fils de l’homme ? Qui est-il d’après eux ? Ils répondirent : Pour les uns, c’est Jean Baptiste ; pour d’autres : Elie ; pour d’autres encore Jérémie ou un autre prophète. – et vous, leur demanda-t-il, qui dites vous que Je suis ? Simon Pierre lui répondit : Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant. Jésus lui dit alors : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas de toi-même que tu as trouvé cela. C’est mon Père céleste qui te l’a révélé. Et moi, je te déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre j’édifierai Mon Eglise, contre laquelle la mort elle-même ne pourra rien. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu interdiras sur la terre aura été interdit aux yeux de Dieu et tout ce que tu permettras sur la terre aura été permis aux yeux de Dieu.
Pour bien comprendre la portée de la question de Jésus, et la réponse de pierre, il faut savoir que l’endroit même ou Jésus a posé cette fameuse question était le lieu de nombreux cultes et religions.
Déjà sept cents ans avant la venue de Jésus-Christ, le prophète Esaïe avait parlé de cette région en ces termes (2-9:) :
Mais il n’y aura pas toujours des ténèbres sur ce pays envahi par l’angoisse. Si, dans les temps passés, Dieu a couvert d’opprobre tout le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, dans les temps à venir, il couvrira de gloire la route de la mer, au-delà du Jourdain, le district des nations païennes. Le peuple qui vivait dans les ténèbres verra briller une grande lumière : la lumière resplendira sur ceux qui habitaient le pays dominé par d’épaisses ténèbres.
De fait, la région de Césarée de philippe était marquée par le culte du dieu syrien Baal, sous diverses formes.
Mais pour tout Israélite Croyant, cette région était aussi le lieu où le fleuve Jourdain prend sa source.
Et cette rivière rappelait à tout Croyant la Religion d’Israël.
Il y avait aussi, dans une montagne des environs, une grotte supposée être le lieu de la naissance de la divinité pan, le dieu de la nature.
Césarée était tellement identifiée au dieu pan, qu’elle portait le nom de panéas. aujourd’hui, située en syrie, elle s’appelle Baniyas.
Mais entre-temps, le roi Hérode avait fait bâtir un magnifique temple de marbre en l’honneur de César Auguste, l’empereur romain.
Or les empereurs romains allaient bientôt exiger qu’on les vénère comme des demi-dieux, et ce pour consolider leur autorité politique.
Désormais donc, la ville s’appellerait césarée.
Plus tard, le troisième fils d’Hérode le Grand, Philippe, allait ajouter son nom à la ville, dès lors connue sous le nom de césarée de philippe.
Pourquoi toutes ces précisions historiques ?
Simplement pour souligner que c’est dans ce contexte hautement païen, dans cette région pleine de cultes et de religions diverses que Jésus attendait de Ses Disciples la réponse exacte à la question de Son Identité : à savoir qu’Il est Le Christ, Le Fils du Dieu Vivant.
Poser cette question à quelques kilomètres du palais édifié à la gloire de César, représentait un défi de taille.
Celui qui attendait de Ses Disciples une telle confession n’était après tout qu’un obscur enseignant religieux, un jeune rabbi suivi de douze jeunes disciples.
Sa renommée commençait à s’étendre, mais seulement localement.
Et il n’existait aucun consensus au sujet de sa personne.
Au mieux, on le considérait comme un prophète, ou comme la réincarnation d’un des anciens prophètes d’Israël.
En posant cette question, Jésus a-t-Il essayé de se rassurer sur Sa Mission ?
A-t-Il voulu remonter sa cote de popularité en testant Ses Disciples ?
Ou bien attendait-Il une réponse qui puisse Lui indiquer quelle était Sa véritable Identité, au milieu de tant de religions en compétition ?
Pas du tout !
Jésus savait parfaitement qui Il était, et n’allait pas l’apprendre de la bouche de Ses Propres Disciples.
Mais, en posant cette question, Il avait un plan, celui de l’Edification de Son Eglise.
Or, pour que ce Plan se réalise, il fallait que la confession de Son Identité comme Le Christ, Le Messie Promis et attendu, le Fils même du Dieu vivant, soit fermement établie, comme Le Fondement même de l’Eglise.
Comment Pierre a-t-il pu trouver la réponse vraie à la question posée, alors que tant de fausses réponses étaient données autour de lui, dans cette région de césarée de philippe ?
On ne voyait en effet en Jésus qu’un prophète parmi bien d’autres.
Aujourd’hui de même, bien des gens qui se disent religieux ne voient en Jésus qu’un prophète, à l’égal d’autres prophètes ou soi-disant tels ; un homme particulièrement vertueux qui a cherché Dieu intensément, et rien de plus.
L’apôtre Paul, quant à lui, écrit dans sa première lettre aux corinthiens (2) que nul ne peut dire Jésus est Seigneur si ce n’est inspiré par l’esprit de dieu. et c’est bien ce que Jésus répondit à pierre, après que celui-ci l’ait identifié comme le christ, le Fils du dieu vivant : Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas de toi-même que tu as trouvé cela. C’est mon père céleste qui te l’a révélé.
Il en va de même pour tout Croyant qui, deux mille ans après Pierre, confesse Jésus comme le Christ, Le Fils du Dieu Vivant.
Nul ne pourrait le faire, si l’Esprit de Dieu ne l’illuminait, ne le forçait hors de l’obscurité des religions et cultes de tout poil.
Mais il importe de bien comprendre que le climat religieux qui nous entoure aujourd’hui, et qui tâche d’obscurcir la Divinité Parfaite et Suffisante de l’homme Jésus, n’est pas nouveau.
Comme il a été dit plus haut, le pluralisme religieux était aussi prononcé au temps de Jésus-Christ qu’il l’est aujourd’hui.
Les religions orientales, les cultes de toutes sortes fleurissaient au sein de l’empire romain.
Et pourtant, c’est dans ce contexte que Jésus a réclamé pour lui, et pour lui seul, l’autorité suprême.
Aussi, les Chrétiens ne devraient pas se laisser déstabiliser dans leur confession de la messianité et la divinité de Jésus-christ, comme si notre époque avait ouvert des perspectives religieuses que le passé ne connaissait pas, comme s’il leur fallait désormais relativiser cette Foi en Christ, Seul Médiateur et Sauveur.
Citons pour conclure ce que l’apôtre Paul écrit à ce sujet dans sa lettre aux Ephésiens (4.4-5) :
En parvenant tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu (…) nous ne serons plus de petits enfants ballottés comme des barques par les vagues et emportés çà et là par le vent de toutes sortes d’enseignements, à la merci d’hommes habiles à entraîner les autres dans l’erreur.
Au contraire, en exprimant La Vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers Celui qui est La Tête : Christ !
Amen,
Eric Kayayan,
Pasteur Réformé & Responsable
du site Foi&Vie Réformées
Source : Rendre compte de l'espérancedu Pasteur Eric Kayayan dirigé et édité par Jean-Marc Berthoud dans Collection Messages l'Age d'homme
" J'avoue que je donnerais à peine un penny pour tout salut que je pourrais perdre. La vie éternelle est la chose dont nous avons besoin, la Vie de Dieu, qui ne peut jamais changer ou être enlevée de nous, et c'est ce qui est donné à toutes celles et ceux qui croient en Jésus Christ."
Car, lorsque que nous étions
encore sans force,
Christ, au temps marqué,
est mort pour des impies
(Romains 5-6)
Abonnez-vous pour être averti des nouveaux articles publiés.