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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 20:08

Ernest Dhombres

Le sommeil

(Par Ernest Dhombres)

 

  

Que fais-tu là, dormeur ?

 (Jonas 1.1-6)

 


 

 

J'emprunte mon texte à ce livre de Jonas dans lequel plusieurs ne veulent voir que le plus étrange des miracles, sans se douter de la profondeur psychologique qui le caractérise.


Etude du cœur humain, révélation des voies de Dieu, ce livre est admirable dans son originalité et sa concision.


Je ne veux aujourd'hui attirer votre attention que sur un point fécond en instructions de toutes sortes :

 

Le sommeil de Jonas.

 

Qu'était ce sommeil ?


Assurément, bien moins celui d'un homme accablé de fatigue que celui d'une conscience coupable.


Jonas vient de désobéir à l'Eternel en refusant d'aller dénoncer à Ninive ses jugements.


Il part sur un vaisseau qui se rend à Tarsis ; là, il cherche à fuir Dieu et à se fuir lui-même, en demandant au sommeil l'oubli de ses remords.


Le prophète y réussit si bien que, ni les mugissements de la tempête, ni le craquement des mâts, ni l'affolement de l'équipage, ne parviennent à le réveiller.


« Que fais-tu là, dormeur ? s'écrie le pilote qui semble partagé entre l'étonnement et la colère, lève-toi, invoque ton Dieu, peut-être voudra-t-il penser à nous, et nous ne périrons pas. »


Il peut donc y avoir un sommeil avec Dieu et un sommeil sans Dieu, un sommeil qui est un apaisement, et un sommeil qui n'est que l'engourdissement voulu de notre personnalité morale.


Sujet très spécial, et pourtant très pratique, que je veux essayer de traiter aujourd'hui.


Eh quoi ! Dira peut-être quelqu'un, vous allez donc incriminer jusqu'à notre sommeil ?


N'est-ce point assez, pour nous accuser, de nos heures de veille ?


Ferez-vous le procès à cet acte tout passif qui consiste précisément dans l'inertie de notre vouloir et de notre pouvoir ?


Eh bien, non, nous ne sommes ni tout à fait passifs, ni tout à fait irresponsables dans le phénomène du sommeil ; dans tous les cas, nous ne pouvons nier que le sommeil ne soit, à bien des égards, l'image de notre situation morale et comme la traduction de nos pensées et de nos sentiments intérieurs.


Arrêtons-nous quelques instants sur ce sujet qui nous montrera jusqu'à quel point la nature humaine a le dangereux pouvoir de pervertir tous les dons de Dieu, même ceux qui semblent le moins susceptibles de devenir des péchés.


Le sommeil est un bienfait.


Quelle touchante sollicitude de la part de Dieu d'avoir placé ces heures de repos à la fin de chacune de nos journées !


Comme tous les ressorts de l'être humain se détendent !


Cette cessation régulière de toute activité, cet arrêt momentané dans l'exercice de nos facultés physiques et morales renouvelle singulièrement nos forces.


Au temps des dragonnades -- ceci n'est pas de la légende, mais de l'histoire, prohiber le sommeil, c’est le genre de cruauté qui fut inventé pour dompter ces hommes indomptables, les huguenots.


Les dragons du « grand roi » s'établissaient dans une maison, le plus souvent située au milieu de nos vieilles Cévennes, et là, par mille moyens barbares, ils empêchaient hommes et femmes de dormir, même un instant, tant qu'ils n'avaient pas signé l'abjuration de leur foi protestante.


Nos pères pouvaient, sans aucune défaillance, souffrir tous les genres de persécution -- excepté celui-là !


Ils étaient vaincus par ce traitement inhumain, le plus odieux, le plus barbare de tous, qui semble inventé par Satan.


On ne change pas impunément une loi de Dieu, et celle du repos est impérieuse.


Voyez ce brave ouvrier, attaché à la terre ou à l'industrie, qui peine toute une journée.


Soit qu'il porte des fardeaux ou pousse la charrue, soit qu'il manie la truelle ou batte le fer sur l'enclume, comme il est las, quand vient l'heure du soir !


Oui, ses mains sont calleuses, son visage est noirci par le soleil des champs ou la fumée de l'atelier, le lit qui l'attend est aussi dur que son travail de la journée, mais qu'importe !


Lorsque ses membres s'étendent sur sa couche, lorsque ses paupières se ferment, il est « aussi heureux qu'un roi », pour parler le langage populaire ; et il reprendra, le lendemain, allègre et vaillant, sa tâche quotidienne.


Et vous, les ouvriers de la pensée, qui usez et abusez de votre instrument intellectuel, comme vous bénissez ce bienheureux repos !


Et vous, les fatigués de la vie, si nombreux dans la famille humaine, vous les pauvres, les isolés, les malheureux de toute catégorie, qui portez au cœur une peine intime, oh ! C’est bien vous, n'est-ce pas, qui avez besoin de vous plonger, pour quelques heures, dans cet océan de l'oubli d'où vous remontez plus apaisés, plus capables de refouler vos larmes et de reprendre votre tâche, plus forts pour la lutte et pour la souffrance.


Vous tous qui me lisez, vous avez veillé auprès d'un cher malade : comme vous avez retenu vos paroles et suspendu, pour ainsi dire, votre souffle !


Si Dieu voulait lui donner un peu de repos ?....


Mais l'œil reste ouvert et fixe, les visions de la fièvre passent devant lui.....


Cependant, aux dernières heures du matin, une détente s'opère, le malade s'apaise, ses paupières se ferment, et nous disons intérieurement, comme les disciples à Jésus : « S'il dort, il sera guéri ! »


Il ne sera peut-être pas guéri, mais il sera soulagé.


Voyez cette charmante tête blonde ou brune posée sur son oreiller : c'est l'image du bonheur pur et tranquille ; quel charme dans ce repos !


Vous n'entendez que les palpitations régulières de ce petit cœur d'enfant ; vous ne voyez qu'un frais visage qu'effleure parfois un imperceptible sourire.


« L'enfant rit aux anges, » d'après le dicton populaire, et ce sont bien des anges qui planent sur ce doux berceau !


Des bénédictions d'un autre ordre nous viennent aussi du sommeil.


On dit, non sans raison : « La nuit porte conseil. »


En effet, au réveil, nous sortons d'un amas d'idées obscures, et nous percevons des solutions lumineuses ; notre cerveau et notre conscience se ressaisissent avec une netteté et une fermeté qu'ils n'avaient pas, la veille ; nous voyons plus clair dans toute décision à prendre.


Ainsi, bienfaits matériels et moraux se réunissent pour nous montrer cette bonté paternelle de Dieu qui, nourrissant les oiseaux de l'air et donnant leur parure aux lis des champs, ne dédaigne pas de s'abaisser jusqu'aux plus humbles choses de notre vie terrestre.


Et la nature elle-même ne participe-t-elle pas à ce repos si nécessaire à l'homme ?


Lorsque les grandes ombres du soir descendent sur la terre, le tumulte de la vie s'apaise, les troupeaux rentrent à l'étable, les oiseaux cessent leur charmant gazouillis, les arbres bruissent avec douceur, il y a comme un recueillement de tous les êtres ; un calme suave s'étend sur les choses ; les étoiles elles-mêmes, immobiles, « comme des clous d'or au front noir de la nuit », ont l'air de nous regarder, et leurs âmes, de s'associer à cette paix du soir : c'est un repos qui descend du ciel sur la terre ; c'est comme une rosée discrète et bienfaisante qui s'épanche sur toute la création...

 

 

Le Sommeil par Ernest Dhombres (Suite)

 

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Published by Refuge Protestant Refuge du Chrétien - dans Réflexion
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