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Vie Protestante Réformée

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 11:16
Adolphe Monod - Jésus tenté au désert (Dernière partie)

 

III - Jésus tenté au désert :

Les armes

(Suite 5ème partie & fin)

 

« Or Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain ; et il fut conduit dans l'Esprit (1) au désert, quarante jours, étant tenté par le Diable. Et il ne mangea rien durant ces jours ; mais ensuite, après qu'ils furent passés, il eut faim. Et le Diable lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit en disant : Il est écrit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. Alors le Diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le Diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Et Jésus répondant lui dit : Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Et il le conduisit à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. Et Jésus répondant lui dit : Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Et ayant achevé toute la tentation, le Diable se retira de lui pour un temps. »

(Luc 4.1-13.) Lire Matthieu 4.1-10 ; Marc 1.12-13


 

Jésus n'a d'autre arme contre Satan que la Parole de Dieu : mais cette arme, comment la manie-t-il ?

 

Étudions chacune des trois citations qu'il emprunte successivement aux Écritures.

 

Ainsi, Son Exemple qui vient de nous révéler la puissance de la Parole de Dieu, va nous apprendre encore de quelle manière nous devons nous en servir.

 

Après quarante jours et quarante nuits passés au désert, Jésus éprouve le sentiment de la faim, qui paraît lui avoir été épargné durant le cours de son jeûne : tout ici est surnaturel.

 

C'est alors que le diable s'approche de lui, et commence de l'attaquer.

 

Nous avons eu occasion, dans un autre endroit, de contempler les trois tentations du désert par ce qu'on pourrait appeler leur côté extérieur, je veux dire par les objets auxquels elles se rapportent : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie. »

 

Ici, nous les regardons par leur côté intérieur ; j'appelle ainsi le sentiment par lequel le diable espérait faire succomber le Seigneur, et qui constitue proprement l'esprit de la tentation.

 

Envisagée sous ce point de vue, la première tentation est une tentation de défiance, la seconde une tentation d'infidélité, la troisième une tentation de présomption.

 

Le diable commence ainsi : « Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

Le moment était bien choisi, et la tentation subtile.

 

Le tentateur veut que Jésus détourne à son avantage personnel la vertu divine dont il est revêtu comme Messie, en supposant qu'il soit le Messie, ce dont Il veut peut-être en même temps le faire douter.

 

C'est comme s'il lui eût dit : Emploie les moyens dont tu disposes pour subvenir à tes besoins, à défaut de Dieu que tu appelles ton Père, mais qui paraît t'avoir oublié.

 

Si Jésus cédait à cette proposition, qui cachait un fond si perfide sous des apparences si bienveillantes, Il sortait des voies de Dieu pour avoir douté du secours de Dieu ; Il usait de sa puissance comme satan avait fait delà sienne, pour sa satisfaction propre ; et l'œuvre de la rédemption était ruinée par la base.

 

Aussi repousse-t-Il l'ennemi sans hésitation (27), en lui opposant pour toute réponse ce témoignage des Écritures : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

 

Cette citation vous paraît peut-être étrange, et peu appropriée à la circonstance : mais vous ne penserez plus de même, quand vous en aurez pénétré le sens.

 

Elle est prise dans le Deutéronome (28), et tirée de l'histoire du peuple d'Israël au désert.

 

Remarquez que les deux autres réponses de Jésus-Christ au tentateur sont empruntées à la même histoire et au même livre.

 

D'où vient que Jésus, avec tout le champ des Écritures ouvert devant Lui, se retranche contre l'ennemi dans cette seule place, comme dans une forteresse inexpugnable ?

 

C'est qu'Il voit un secret rapport entre Lui, Fils de Dieu, préludant à la fondation de son royaume par quarante jours de jeûne et de tentation dans le désert de Juda, et Israël, cet autre Fils de Dieu (29), préparé pour la conquête de Canaan par quarante ans de privations et d'épreuves dans le grand désert d'Arabie.

 

Israël, qui nous est présenté comme un type de l'Église de la seconde partie de la Bible, l'est aussi de Jésus, la Tête de cette Église, en qui elle se résume tout entière : voilà pourquoi Jésus s'instruit et se fortifie par ce qui est écrit pour Israël.

 

Admirable enchaînement des Écritures ! Merveilleuse unité d'esprit dans la Première Alliance et l’Alliance Renouvelée !

 

« Il t'a donc humilié et t'a fait avoir faim, dit Moïse au peuple d'Israël, mais Il t'a repu de manne, laquelle tu n'avais point connue, ni tes pères aussi, afin de te faire connaître que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu, » ou, comme s'exprime notre texte, « de toute parole de Dieu. »

 

Pour être le moyen ordinaire par lequel Dieu nourrit l'homme, le pain n'est pas le seul qu'il ait à sa disposition.

 

Car le secret de la vertu nutritive réside, non dans le pain, mais dans la parole de Dieu, de laquelle seule procède toute vertu et toute bénédiction.

 

Le pain ne s'assimile à la substance de notre, corps, que parce que cette parole a dit au commencement :

 

« Je vous ai donné toute herbe portant semence qui est sur toute la terre et cela vous sera pour nourriture (30) ; » et si, au lieu de prononcer cette bénédiction sur le froment, la même parole l'eût prononcée sur le bois ou sur la pierre, le bois et la pierre nous nourriraient aussi bien que fait le froment ; ce qui ne serait pas un spectacle plus étrange que ce bois adoucissant les sources de Mara (31), ou cette pierre fournissant à Israël de l'eau pour sa soif (32).

 

Sans la parole de Dieu, le pain lui-même ne saurait nourrir personne, et « l'on mangerait sans être rassasié (33) ; » mais sans le pain, la parole de Dieu peut nourrir qui elle veut, comme elle veut.

 

Dieu l'a fait assez voir dans les compagnons de Moïse, en les nourrissant quarante ans avec la manne, qui cesse de tomber du jour qu'ils mettent le pied sur une terre cultivée (34).

 

Bien plus, la parole de Dieu peut soutenir le corps de l'homme, sans pain, sans manne, sans moyens visibles d'aucune sorte.

 

Moïse, par deux fois, vit quarante jours sur le mont de Sinaï « sans manger de pain et sans boire d'eau (35). »

 

Élie marche, quarante jours aussi, sans manger et sans boire, vers la même montagne, au travers du même désert.

 

Jésus, à son tour, conduit par la volonté de son Père dans une solitude où tout Lui manque, y a été soutenu si merveilleusement durant son jeûne de quarante jours, qu'Il n'a pas même souffert de la faim.

 

Il comptera jusqu'au bout sur Celui qui l'a fait venir au désert, pour le faire vivre dans le désert.

 

 

Reste le choix des moyens, qu'il abandonne volontiers à la sagesse paternelle, ayant appris de Moïse que « l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. » A peine cette écriture, prise dans sa pensée intime et profonde, a-t-elle été citée, qu'elle renverse tout l'effort de l'ennemi et met à néant sa première attaque.

 

Mes chers amis, chaque fois que le tentateur vous poussera à douter du secours de Dieu, parce que les moyens ordinaires vous font défaut, répondez comme Jésus : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

 

Vous avez gagné péniblement jusqu'ici votre pain et celui de votre famille : mais tout à coup le travail vous manque, ou vos forces vous quittent, ou vos ressources accoutumées vous échappent.

 

Voilà « une occasion » que le Diable ne négligera pas de « racheter. »

 

Il n'oserait vous proposer de tromper ou de dérober ; mais il vous dira : Dieu, ton Père, n'a-t-il pas d'autre festin pour toi que ces pierres et ces ronces parmi lesquelles Il te laisse végéter ?

 

Eh bien, aide-toi toi-même, puisqu'Il t'abandonne ; et ne crains pas de t'écarter quelque peu des voies battues, et de pourvoir à tes besoins par quelqu'un de ces expédients dont tu te fais trop de conscience.

 

 

Engage-toi dans cette spéculation, essaye des chances brillantes du jeu, sois moins difficile sur le choix de tes relations, flatte sans scrupule ceux dont la protection t'est nécessaire : « Dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

 

Répondez-lui : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. » « Le Dieu que je sers peut me délivrer, et il me délivrera ; » mais, « quoi qu'il fasse (36), » je ne m'écarterai point de ses sentiers ; et dussé-je mourir de faim, je veux « m'abstenir de tout ce qui a quelque apparence de mal. »

 

La nourriture de votre âme donne lieu à des tentations semblables, que vous repousserez dans le même esprit.

 

Vous vous trouvez relégué dans une solitude spirituelle ; retenu dans un séjour où votre cœur « languit après les parvis de l'Eternel (37) » et la communion de son peuple ; lié à une position, à une société, où tout contrarie votre « accroissement dans la grâce : » pour vous le chemin de la sanctification est tout hérissé de tentations et d'obstacles.

 

Mais cette solitude, Dieu vous l'a faite ; mais cette position, Dieu l'a choisie pour vous, et vous n'en pourriez sortir qu'en violant d'impérieux devoirs ; mais cette société est celle de votre famille naturelle, dont Dieu vous a commandé de prendre soin sous peine de « renier la foi et d'être pire qu'un infidèle (38). »

 

En de tels moments, le diable vous dira : N'est-il pas temps de pourvoir à la délivrance de ton âme ? fais cesser à tout prix un état de choses qui te rend la vie chrétienne impossible : « Dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

Répondez-lui : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

La bénédiction vient de Dieu, et cette bénédiction n'est attachée à aucune condition humaine.

 

Je suis où Dieu me veut, cela me suffit.

 

Celui qui « change à son gré la terre salée en terre fertile, et le désert en sources d'eaux (39), » est aussi  Celui qui peut convertir les plus terribles tentations en précieux moyens de grâce : Il saura me garder dans toutes mes voies, excepté dans celle de la désobéissance.

 

(...) Vous voilà véritablement dans le désert, mais dans un désert où Dieu vous a conduit comme par la main.

 

Le diable vous dit alors : Le Dieu que tu sers si fidèlement te délaisse. Depuis tant d'années que tu Lui présentes tes demandes pour toi et pour ta maison, qu'a-t-Il fait pour apaiser ta juste sollicitude ?

 

Que tardes-tu ? Quitte une situation si ingrate. Cherche quelque autre poste « qui te donne ton pain et ton eau, ta laine et ton lin, ton huile et ton breuvage (40) : » « Dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

Répondez-lui : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

 

Dieu, fidèle envers ceux qui sont fidèles (41), a des ressources toutes prêtes pour tous mes besoins : où qu'Il m'ait envoyé, Il ne m'a jamais laissé manquer de rien (42).

 

Tant que je serai convaincu que c'est ici la place qu'Il m'a assignée, j'y resterai, et « j'attendrai en repos Sa délivrance (43). »

 

Répondez ainsi, mes amis, et Dieu vous sera en aide.

 

Plusieurs de vos frères ont été visités comme vous l'êtes ; ils ont attendu le Seigneur ; et aujourd'hui que Dieu leur a « montré la délivrance promise à celui qui règle sa voie (44), » ils n'échangeraient pas pour tout l'or du monde les leçons qu'ils ont recueillies de leur détresse.

 

La première tentation a été vaincue, vaincue par la Parole de Dieu : le diable a recours à une autre.

 

« Alors le diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. »

 

Comment s'est passée cette scène mystérieuse ? Nous l'ignorons.

 

Je l'ai dit : je prends le récit de mon texte comme un enfant ; et sans chercher à pénétrer « les choses cachées qui sont pour l'Eternel notre Dieu, » je vais droit à « ces choses révélées qui sont pour nous et pour nos enfants. »

 

Il y a beaucoup à apprendre ici sur les ruses de l'adversaire, et sur ce que nous devons faire pour y échapper.

 

Que penser de cette parole de satan : « Elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux » ?

 

Elle est mêlée de vrai et de faux, caractère général de toutes les séductions de l'adversaire : car si tout y était vrai, le « père du mensonge » n'y trouverait plus son compte ; et si tout y était faux, son jeu serait trop à découvert.

 

Il est trop vrai que satan exerce dans le monde un prodigieux empire, qu'il tient du péché, et qu'il met au service du péché.

 

Il l'usurpa dans Eden, où, non content de s'emparer de l'esprit de l'homme, ce roi de la terre, nous le voyons se substituer au Roi du ciel lui-même comme objet de l'obéissance de l'homme.

 

Il ne faut que jeter les yeux autour de nous pour reconnaître ces droits funestes que l'ennemi s'est acquis sur nous : l'histoire, la politique, la science, les arts, la littérature, toutes les sortes de gloire et de beauté, en rendent un trop éclatant témoignage.

 

Aussi l'Écriture appelle-t-elle satan le « Prince de ce monde (45), » tant il y est puissant, et même (ô honte !) le dieu de ce siècle (46), » tant il y est adoré.

 

Mais cette puissance de satan telle qu'elle « lui a été livrée, » ainsi qu'il est contraint de l'avouer lui-même.

 

Or, lui ayant été livrée, elle n'est point absolue : elle s'exerce sous le contrôle de Dieu, qui la fait servir à l'accomplissement final de ses desseins ; et si satan est le Prince de ce monde, Dieu seul en est « le Souverain, qui domine sur le royaume des hommes, et le donne à qui il lui plaît (47). »

 

Puis encore, lui ayant été livrée, elle n'est point éternelle : elle lui sera retirée quand le péché, sur lequel seul elle repose, aura été aboli ; et c'est pour l'abolir que le Messie est venu, apparu qu'Il est « pour détruire les œuvres du diable, » et pour fonder sur les ruines de son empire un royaume nouveau « qui ne sera jamais dissipé (48). »

 

Ce que Satan ose s'attribuer ici, ce qu'il prétend vendre au Fils de Dieu, appartient donc en réalité à ce Fils, à qui le Père a promis « les nations pour son héritage et les bouts de la terre pour sa possession (49). »

 

Quoi qu'il en soit, satan offre à Jésus ce dont il dispose, et peut-être aussi ce dont il ne dispose pas.

 

Il fait passer devant ses yeux « tous les royaumes de la terre et leur gloire : » cet orgueil du pouvoir, cet éclat des richesses, cette splendeur du luxe, cette vanité des honneurs, cet entraînement des plaisirs, et toutes ces pompes terrestres qui excitent si ardemment les convoitises de l'homme ; puis il lui dit : « Tout sera à toi, sous la seule condition que tu te prosterneras devant moi. »

 

Au lieu d'attendre et de conquérir l'héritage promis par le Père, le prendre sur-le-champ et sans combat des mains de satan, en lui rendant l'hommage qui n'est dû qu'à Dieu : voilà l'esprit de la seconde tentation.

 

Elle a quelque chose de plus révoltant que la première : cette condition à laquelle l'empire du monde est attaché n'est rien moins qu'un pacte avec le diable.

 

Aussi Jésus, à l'ouïe de cette proposition impie, sort un moment de cette sérénité qui caractérise sa résistance (50) ; et, nommant pour là première fois satan par son nom, Il le repousse avec une sainte indignation : « Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul (51). »

 

Cette citation arrête sur-le-champ l'effort de l'ennemi, et le renvoie vaincu une seconde fois.

 

Ici les choses sont si claires, la proposition de satan si détestable et la réponse de Jésus si simple, que les explications seraient superflues ; mais les applications ne le seront pas.

 

Quelque détestable que soit la tentation, les enfants de Dieu y sont tous exposés ; et quelque simple que soit la réponse, il s'en faut bien que nous sachions toujours la trouver.

 

Il n'est personne de nous à qui une alliance avec satan n'ait été plus d'une fois offerte.

 

J'appelle ainsi cette convention tacite, par laquelle un homme s'engage à servir le dieu de ce monde, pour obtenir la faveur de ce monde ; par laquelle un chrétien peut-être consent à rendre hommage à satan, pour s'assurer impatiemment « la gloire qui vient des hommes, » au lieu de poursuivre par la foi « la gloire qui vient de Dieu seul. »

 

Citons-en quelques exemples empruntés à l'expérience de la jeunesse.

 

La forme la plus commune sous laquelle satan nous propose son affreuse alliance, c'est la convoitise des richesses.

 

Un jeune homme moral, pieux, vient d'entrer dans la carrière du commerce.

 

L'espoir de faire une brillante fortune s'empare de son esprit : cet espoir, comment le réaliser ?

 

Entre autres moyens, il s'en présente à lui qui ont cours généralement dans le monde, mais qui sont des moyens de péché : mentir, tromper, nuire au prochain, susciter des procès, diviser des familles, négliger le service de Dieu, violer le jour du repos.

 

C'est le Diable qui vous dit : « Tout sera à toi, si tu te prosternes devant moi. »

 

Hélas ! et qu'il y a peu de fortunes qui aient été faites sans concessions à satan !

 

Répondez-lui, mon jeune frère : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »

 

Que satan garde tous ses avantages, puisqu'il les met à un tel prix.

 

Ne mendiez pas au diable la trompeuse image d'une gloire que Dieu vous donnera en réalité, si vous êtes fidèle.

 

Aussi bien, même ici-bas, la bénédiction vient de Dieu : « La piété a les promesses de la vie présente, et de celle qui est à venir. »

 

Quelquefois l'alliance de satan est déguisée sous un projet de mariage.

 

Une jeune fille marchait avec fidélité dans les voies du Seigneur ; par sa piété fervente à la fois et modeste, elle était en exemple à ses compagnes, en honneur à l'Église, en édification au monde.

 

Sa main est recherchée par un jeune homme ayant tout pour lui, fortune, rang, esprit, aimable, aimé peut-être...mais étranger à la piété, et auquel elle ne peut s'unir qu'au préjudice de sa foi.

 

C'est satan qui vous dit : « Tout sera à toi, si tu te prosternes devant moi. »

 

Vois quel avenir t'est présenté : que d'honneur, que de joie, que d'amour !

 

Voudrais-tu te priver de tout cela ? et pourquoi ? pour le triste plaisir de mener une vie austère et maussade ?

 

Garde ta foi, tu le peux, seulement renferme-la dans ton cœur ; et sois du monde, tandis que tu es dans le monde.

 

Comment une faible enfant résistera-t-elle à une manœuvre de l'adversaire si perfidement ourdie ?

 

Par cette simple parole : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »

 

Oui, ma jeune sœur, répondez-lui ainsi, et vous voilà victorieuse.

 

Aussi bien, « la grâce du Seigneur vous suffit. »

 

Allez déposer doucement au pied de sa croix tous les projets de bonheur que votre pauvre cœur a rêvés ; et vous trouverez dans son amour de quoi payer avec usure tous vos sacrifices.

 

Le sanctuaire ne met pas à l'abri des offres d'alliance de satan.

 

Un jeune ministre entre au service de l'Église, enrichi des plus beaux dons de Dieu.

 

Il peut aspirer à la gloire du monde, aux applaudissements des hommes, aux places les plus rétribuées ou les plus influentes ; mais il faut, pour y parvenir, ou souscrire aux doctrines du siècle, ou accommoder la vérité à sa délicatesse, ou prendre part à la frivolité de ses plaisirs, ou faire cause commune avec lui contre les enfants de Dieu.

 

C'est encore satan qui vous dit : « Tout sera à toi, si tu te prosternes devant moi. »

 

Que de jeunes et vieux ministres peut-être qui succombent à cette tentation !

 

Que de Démas qui ont abandonné leurs frères, « ayant aimé le présent siècle (52) » !

 

Que de sacrificateurs « qui ont cru en Jésus et qui ne le confessent pas, sinon que par apparence, parce qu'ils ont mieux aimé la gloire des hommes que celle de Dieu (53) ! »

 

O mes jeunes amis ! soyez fidèles, soyez inébranlables.

 

Répondez : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »

 

« Si vous cherchez à plaire aux hommes, vous ne serez pas serviteurs de Christ. »

 

Confessez Jésus-Christ pour votre Dieu, sa Parole pour votre règle, et son peuple pour votre peuple ; et « quand le souverain Pasteur paraîtra, vous recevrez de ses mains une couronne incorruptible de gloire (54) ! »

 

Vaincu par deux fois, satan fait une dernière tentative, pour laquelle on peut prévoir qu'il va rassembler tout ce qu'il a de ruses et de ressources.

 

« Il l'amena aussi à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. »

 

Pour bien comprendre l'esprit de cette tentation, il faut l'opposer à la première, avec laquelle elle offre un contraste manifeste.

 

Le tentateur avait cherché vainement à faire douter Jésus de son Père : ce moyen, le premier auquel il a communément recours, et qui lui avait trop bien réussi avec Ève, avait échoué contre la confiance inébranlable de Jésus au secours de Dieu.

 

Alors, le tentateur conçoit l'espérance de le séduire par cette confiance même, mais par cette confiance dénaturée.

 

Il « se déguise en ange de lumière ; » il s'environne de choses saintes ; il conduit Jésus dans la sainte cité, le place sur le faîte du saint temple, et l'encourage, par la sainte Parole de Dieu, à se jeter sans crainte du haut en bas, pour donner à la multitude, par le prodige de la protection promise, une marque éclatante de ce qu'Il est.

 

Oui, mais l'action hasardeuse que satan propose à Jésus est-elle nécessaire ? Est-elle voulue de Dieu ? Présente-t-elle les conditions requises pour que la promesse du Psaume 91 y soit applicable ?

 

Si Jésus cédait à la suggestion du tentateur, Il engagerait sans vocation la fidélité de son Père, Il se ferait de la Parole de Dieu un amusement plutôt qu'un appui, Il créerait le péril pour la frivole satisfaction de provoquer la délivrance ; et cette délivrance venant à manquer, Il exposerait autant la gloire de Dieu par sa confiance aveugle et présomptueuse, qu'Il l'eût servie par une foi humble et obéissante.

 

Aussi répond-Il sans hésiter à son perfide conseiller : « Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu (55). »

 

Qu'est-ce que « tenter Dieu » ? Et pourquoi Jésus eût-Il tenté Dieu en se jetant du haut du temple en bas ?

 

« Tenter Dieu, » ou « éprouver Dieu (56), » c'est, ainsi que l'indique le sens naturel des mots, mettre Dieu à l'épreuve, et faire ainsi l'essai de sa fidélité, tandis que la foi compte simplement sur Dieu, et s'appuie sur sa fidélité comme sur un roc immuable.

 

La foi parle ainsi : « Dieu a dit, et ne le fera-t-il pas ? » et elle ne demande d'autre gage de sa promesse que cette promesse elle-même.

 

Celui qui tente Dieu tient un tout autre Tangage : Dieu fera-t-il ? Dieu veut-il ? Dieu peut-il ?

 

Puis, entraîné par le besoin d'éclaircir son doute, il se permet de prescrire à Dieu certaines conditions qu'il veut voir remplies avant de se reposer sur sa promesse.

 

Les Israélites « tentent l'Éternel » à Réphidim, en demandant de l'eau à boire, et en la demandant dans un tel esprit qu'ils jugeront sur l'accueil fait à leur demande « si l'Éternel est au milieu d'eux ou non (57). »

 

Ils le tentent encore à Kibroth-Taava, en demandant une nourriture nouvelle, et en disant : « Il a frappé le rocher, et les eaux en sont découlées : pourrait-Il aussi nous donner du pain ? Apprêterait-il de la viande à son peuple (58) ? »

 

Sous des formes plus grossières, le même esprit reparaît dans l'Eglise chrétienne.

 

Ces nouveaux disciples qui font opposition aux apôtres dans le concile de Jérusalem « tentaient Dieu, » en voulant charger les païens convertis d'un joug qu'ils n'avaient pu porter eux-mêmes (59), par où ils semblaient imposer à Dieu un déploiement extraordinaire de grâce auquel on n'avait pas le droit de s'attendre.

 

Cette conduite est d'autant plus répréhensible, que s'il plaît au Seigneur, ainsi provoqué (60), de refuser les conditions qu'on a osé lui prescrire, son caractère ou sa parole paraîtra se trouver en défaut : la fausse confiance et la défiance, la présomption et l'incrédulité, se touchent ; elles ont un principe et des résultats semblables.

 

Jésus, à son tour, eût tenté Dieu, s'il se fût jeté du haut du temple en bas.

 

Car, n'ayant pour le porter à un acte si étrange ni commandement ni nécessité, Il ne pouvait pas dire : Dieu me gardera ; mais tout au plus : Dieu me gardera-t-Il, saura-t-Il me conduire sain et sauf à terre ?

 

Essayons. – Qu'Il eût dit cela une seule fois, et Il était vaincu ; mais son refus, mais cette citation des Écritures : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu, » déconcerte le plan de l'adversaire, et le met en fuite pour la troisième et dernière fois.

 

Mes frères, satan peut nous tenter aussi de tenter Dieu.

 

Les exemples abondent, l'embarras n'est que de choisir.

 

 

« L'or et l'argent sont à l'Eternel des armées. »

 

Dans une entreprise formée pour la gloire du Seigneur et conduite dans son Esprit, nous pouvons nous attendre au Seigneur pour nous fournir les ressources nécessaires : Il ne confondra pas notre foi.

 

Aussi bien, sans cette foi, les plus belles œuvres de la charité et de la piété chrétienne auraient été arrêtées au début : les Francke, les Cotolingo, les Marie Calame, auraient manqué leur mission.

 

Mais gardez d'aller, sous prétexte de confiance en Dieu, vous jeter avec une assurance téméraire dans le premier chemin qui s'ouvre devant vous.

 

Ici encore, les suggestions de satan ne vous seront point épargnées.

 

Il vous excitera tantôt à prendre pour une inspiration de l'Esprit de Dieu tel dessein qui, malgré de bonnes apparences, tend moins à sa gloire qu'à la vôtre ; tantôt à faire, pour l'exécution d'un dessein approuvé de Dieu, des dépenses qui ne sont ni commandées par la nécessité, ni conformes à la simplicité évangélique ; tantôt à devancer impatiemment les temps de Dieu, et à troubler ainsi ce progrès lent et sûr par lequel il aime à garantir le succès de la cause, tout en exerçant l'humilité de l'instrument.

 

Que crains-tu, vous dira-t-il, homme de petite foi ? Engage-toi, au nom du Seigneur : donne, promets, achète, construis, fais tout ce qui se trouvera sous ta main.

 

Si tu es un enfant de Dieu, fie-toi à ton Père, « jette-toi d'ici en bas. »

 

Ecoutez-le, et vous vous trouverez insensiblement entraîné dans des obligations auxquelles vous ne pourrez suffire.

 

Alors, l'Evangile sera compromis aux yeux du monde, qui dira à la vue de vos projets inachevés : « Cet homme a commencé de bâtir et il n'a pu achever ; » et vous-même, vous pourrez être livré à des soucis pécuniaires qui briseront votre cœur, s'ils n'ébranlent pas votre foi.

 

Prévenez un si grand mal en marchant scrupuleusement avec Dieu, en tempérant la liberté de Christ par la prudence de Christ, et en ne vous écartant du chemin battu que pour répondre à une vocation manifeste, ou pour obéir à une impulsion certaine de l'Esprit : c'est le secret de la prière.

 

Hors de là, « tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu » : voilà votre réponse, et votre repos.

 

 

Pères et mères, c'est vous qui m'allez fournir mon second exemple : prêtez-moi une oreille attentive.

 

Le moment vous paraît venu d'éloigner votre fils ou votre fille de la maison paternelle, et de mettre à profit les ressources de l'éducation publique, soit pour compléter son instruction, soit pour former son esprit et son caractère : quels principes présideront au choix, si grave et si difficile, de cette seconde famille que vous allez substituer pour votre enfant à sa famille naturelle ?

 

Si vous mettez en première ligne « la seule chose nécessaire, » vous éprouverez la vérité de cette promesse : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. »

 

Mais si, trop préoccupés de la gloire qui vient des hommes, vous cherchez avant tout pour votre fils les moyens de se distinguer dans le monde, et pour votre fille les moyens d'y plaire ; si vous les placez pour des années dans un milieu où le nom de Jésus-Christ n'est ni honoré, ni aimé, ni connu peut-être : que dis-je ?

 

Si vous livrez cette âme confiante et cet esprit flexible à l'influence d'un prosélytisme aveugle, opiniâtre, et dont votre imprudence semble au surplus avoir pris à tâche de désarmer les scrupules, s'il en avait, qu'aurez-vous fait autre chose que de « tenter Dieu ? »

 

Alors la voix qui vous dit tout bas : Les avantages d'une éducation brillante ne valent-ils pas quelques sacrifices ?

 

Dieu, d'ailleurs, ne peut-il préserver ton enfant de la contagion de l'erreur, ou de l'entraînement des exemples ?

 

Ne le saurais-tu gagner à la piété qu'à la condition de le persécuter une Bible à la main ?

 

Cette voix, de qui est-elle, que de celui qui a dit à Jésus : « Jette-toi d'ici en bas ? » et quelle autre réponse avez-vous à lui faire que celle de Jésus : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ? »

Hélas ! Que de parents je pourrais nommer, qui pleurent en larmes amères le péché et la folie d'avoir compté sur Dieu, pour soustraire leurs enfants à des périls où ils les avaient engagés sans l'aveu de Dieu !

 

Une autre fois, le tentateur vous poussera à fréquenter des compagnies suspectes, parce que Dieu peut vous garder de leur influence ; ou à dissiper votre vie intérieure dans des lectures frivoles, sinon corruptrices, parce que Dieu peut vous défendre contre leurs atteintes ; ou à suivre des “docteurs” qui annoncent de dangereuses nouveautés, parce que Dieu peut fermer votre cœur à la séduction de leurs discours.

 

Autant de variantes de son conseil à Jésus : « Jette-toi d'ici en bas ; » à chacune desquelles vous devez répondre : « Il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. »

 

Dans les périls auxquels il plaît à Dieu de vous exposer, soyez fermes et inébranlables ; mais ne vous en créez aucun à vous-mêmes ; ne mettez jamais Dieu à l'épreuve ; n'engagez en rien sa gloire ; et placés sur les créneaux du temple, ne vous jetez pas en bas, mais descendez tranquillement et humblement par les degrés du bâtiment.

 

Mais il y a dans cette dernière tentation un trait qui mérite notre attention particulière : c'est l'usage que satan fait des Écritures.

 

Il a vu que, par elles, Jésus l'a deux fois repoussé : il forme l'audacieux projet de tourner contre son vainqueur cette épée du Saint-Esprit dont il vient d'éprouver l'irrésistible puissance.

 

Merveilleuse habileté du tentateur qui se fait des moyens de tout, et qui, s'armant contre nous de nos ressources mêmes, cherche à nous rendre faibles par notre force, comme Dieu nous rend forts par notre faiblesse !

 

« Jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. »

 

En quoi consiste la perfidie de cette citation ?

 

A cela plusieurs répondent que Satan a malicieusement tronqué le passage qu'il allègue.

 

Le Psalmiste avait dit : « Il donnera ordre à ses anges de te garder dans toutes tes voies ; » et ces derniers mots, que le tentateur supprime, faisaient connaître que nous ne pouvons compter sur le secours promis qu'en demeurant dans les voies de notre vocation.

 

Cette remarque me paraît subtile ; il semble, d'ailleurs que si elle était fondée, Jésus aurait répondu en rétablissant dans son intégrité le texte mutilé.

 

Non, satan n'altère pas les termes du passage cité, mais il en fait une fausse application.

 

Le secours garanti dans le Psaume 91 a ses conditions marquées, et des conditions dont Jésus s'écarterait en se jetant du haut du temple : Dieu a voulu rassurer contre le péril ceux de ses enfants qui s'y trouvent exposés inévitablement, non ceux qui s'y précipitent par choix et sans obligation.

 

Mais cette restriction ne se trouvant pas dans les expressions du Psalmiste, comment Jésus prouvera-t-Il qu'elle est dans la pensée du Saint-Esprit ?

 

Sera-ce en faisant appel à la raison propre ou au sentiment naturel ?

 

Non, ce sera en faisant appel à l'Écriture elle-même.

 

Jésus ne répond pas : Le sens que tu donnes à cette écriture ne peut pas être le véritable, parce qu'il est trop étrange ; mais il répond : Ce sens ne peut pas être le véritable, parce qu'il est contraire à une autre écriture.

 

Cette intention du Seigneur est encore plus manifeste dans le récit de saint Matthieu, qui ajoute à celui de saint Luc le mot aussi, fort significatif en cet endroit : « Il est aussi écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. »

 

Il faut combiner ces deux témoignages, qui se complètent et s'expliquent mutuellement ; et Jésus n'a droit de compter sur l'intervention des anges que sous la réserve de ne pas tenter Dieu.

 

Ceci est bien instructif.

 

Il y a dans la Bible, écrite non par des philosophes pour des philosophes, mais par des hommes simples pour des hommes simples, des endroits qui ont besoin d'éclaircissement, et qui, faute d'être bien entendus, peuvent fournir des armes au tentateur contre nous : ces éclaircissements doivent être demandés, non à la sagesse humaine, mais à l'Écriture parlant dans un autre endroit.

 

Aussi bien, si l'on permet à la sagesse humaine de contrôler l'Écriture, où s'arrêtera-t-elle ?

 

Bientôt, on verra l'un rejeter la doctrine du diable comme opposée à sa raison ; un autre, repousser celle des peines éternelles comme blessant son cœur ; un troisième, cacher celle de l'expiation sous des gloses qui l'étouffent ; et il n'y aura plus de foi positive, parce qu'il n'y aura plus d'autorité divine.

 

L'Écriture ne saurait être contrôlée que par l'Écriture, et à un il est écrit, on ne saurait rien opposer de solide qu'un il est aussi écrit.

 

Satan voit un chrétien qui s'applique diligemment à son salut, priant sans cesse, méditant jour et nuit les Écritures, et veillant pour éviter la souillure du monde.

 

Il a vainement cherché à le détourner de la prière, à le faire douter de la Parole de Dieu, à lui inspirer l'amour du présent siècle.

 

Il prend alors en main sa Bible (vous venez de voir qu'il en a une), et commence à lui prêcher de la sorte : Eh ! mon ami, de quel fardeau vous chargez-vous ?

 

Faut-il donc se mettre tout hors d'haleine pour servir Dieu ? A vous voir, il y aurait de quoi faire prendre la piété en dégoût.

 

Je vous montrerai une voie plus commode, et aussi plus orthodoxe ; car enfin votre sanctification est l'œuvre de Dieu, non la vôtre.

 

Un peu d'abandon : suivez la pente de votre cœur, et laissez faire à Dieu.

 

Il est écrit : « C'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (61). »

 

Oui, suivez la pente de votre cœur, et le diable sera plus tranquille sur votre compte, je le crois sans peine...

 

Ah ! mon frère, répondez à « ce saint Satan, » comme l'appelle quelque part Luther : Il est aussi écrit : « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement...Faites effort pour entrer par la porte étroite (62). »

 

Satan veut porter au relâchement un ministre de l'Évangile dont les prédications puissantes battent en brèche « les portes de l'enfer. »

 

Il a vainement cherché à l'arrêter dans son œuvre sainte par le découragement, par la vaine gloire, par l'inimitié du monde.

 

Il a recours alors à l'Écriture, et lui dit : Homme de Dieu, pourquoi te mettre si fort en peine de la nourriture spirituelle que tu dois à ton peuple ? Ne peux-tu dire des choses saintes, vraies, salutaires, sans pâlir ainsi sur ta Bible et sur tes livres ?

 

Vas-y plus simplement. Fie-toi sur la facilité que Dieu t'a donnée pour parler ; abandonne-toi au Saint-Esprit, et dis ce qu'il te mettra au cœur. Ainsi, tu honoreras davantage le Seigneur, sans compter le temps que tu gagneras pour son service.

 

Il est écrit : « Il vous sera donné à l'heure même ce que vous aurez à dire ; car ce n'est pas vous qui parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous (63). »

 

Voilà, mes amis, un piège agréablement tendu à votre paresse naturelle : si vous y tombez, vous avez à craindre que votre prédication ne soit frappée de langueur, comme l'a été celle de tant de serviteurs de Dieu qui se dispensent sous de beaux prétextes d'un pénible travail (64), pour se livrer à une improvisation sans effort.

 

Mais voici votre délivrance. Répondez : Il est aussi écrit : « Applique-toi à la lecture, à l'exhortation, à l'enseignement ; ne néglige pas le don qui est en toi ; prends garde à toi et à l'enseignement ; car en faisant cela, tu te sauveras toi-même, et ceux qui t'écoutent (65). »

 

 

De même pour tout le reste des tentations scripturaires de satan.

 

Tenez-vous en garde contre l'exégèse du diable, et combattez-la tout simplement par l'Écriture elle-même.

 

Ce qu'elle omet dans un endroit, elle vous le dira dans un autre, comme si elle ne jugeait digne de pénétrer au fond de sa pensée que celui qui prend le soin de rapprocher et d'accorder ses enseignements divers.

 

S'il est écrit : « L'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi, » il est aussi écrit : « La foi sans les œuvres est morte. »

 

S'il est écrit : « Ne soyez point appelés docteurs, car Christ seul est votre docteur, » il est aussi écrit : « Obéissez à vos conducteurs spirituels et soyez-leur soumis. »

 

S'il est écrit : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez, » il est aussi écrit : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et il vous sera ouvert. »

 

S'il est écrit : « Je suis assuré qu'aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ, » il est aussi écrit : « Bienheureux l'homme qui se donne frayeur continuellement ! »

 

S'il est écrit : « Tout est pur à ceux qui sont purs, » il est aussi écrit : « Abstenez-vous de toute apparence de mal. »

 

Vous venez d'apprendre, mes chers frères, par l'exemple de Jésus répondant à la triple attaque du tentateur, l'usage que vous devez faire des Écritures contre la tentation.

 

Mais, pour suivre cet exemple, il faut connaître les Écritures comme Jésus.

 

Ne vous étonnez pas que je parle de la connaissance que Jésus avait des Écritures ; car, nous ne saurions assez le redire, tout Fils de Dieu qu'il était, Jésus était aussi Fils de l'homme, et c'est comme Fils de l'homme qu'il a vaincu dans le désert.

 

Combien les Écritures ne doivent-elles pas être familières à qui sait les citer avec tant d'à-propos, et les adapter si exactement à la variété infinie des tentations humaines !

 

Jésus se meut et se retrouve dans les Écritures, avec autant d'aisance que nous nous mouvons et nous nous retrouvons dans une ville que nous avons, depuis notre enfance, traversée et retraversée dans tous les sens, et dont chaque rue, chaque place, chaque maison est gravée dans notre souvenir.

 

C'est ainsi que vous avez besoin de posséder les Écritures.

 

Ce n'est pas par des à peu près que vous pouvez espérer de combattre efficacement l'ennemi : plus vous serez précis dans l'emploi des Écritures, plus vous serez fort.

 

Que savez-vous ? Peut-être y a-t-il pour la tentation spéciale qui vous presse une déclaration spéciale du Saint-Esprit, à laquelle aucune autre ne saurait entièrement suppléer : il s'agit de la découvrir.

 

Il faut que l'Écriture soit pour vous comme un arsenal si bien étudié que vous puissiez mettre aussitôt la main sur l'arme requise pour votre défense, ou comme une pharmacie en si bon ordre que vous puissiez trouver à l'instant le remède exigé pour votre guérison.

 

Vous ne pouvez pas toujours avoir votre Bible sous les yeux  : il faut, la porter dans votre cœur, si vous voulez qu'elle ne vous manque jamais.

 

Mais pour cela, quelle étude des Écritures ! Quelle lecture constante ! Quelle méditation approfondie !

 

Eh bien ! tout cela n'est rien de plus que ce que Dieu nous a prescrit lui-même  : « Bienheureux l'homme qui prend son plaisir dans la loi de l'Eternel, et qui médite dans cette loi jour et nuit ! ...Que ce livre de la loi ne s'éloigne jamais de ta bouche, mais médites-y jour et nuit (66). »

 

Tout cela n'est rien de plus que ce qu'ont fait les saints hommes proposés à notre imitation  : « O combien j'aime ta loi ! c'est ce dont je m'entretiens tout le jour...Mes yeux ont prévenu les veilles de la nuit pour méditer ta Parole...Je me lève à minuit pour te célébrer à cause des ordonnances de ta justice(67). »

 

Tout cela n'est rien de plus que ce dont nous ont donné l'exemple nos propres pères, jusque dans les jours du désert et du martyre ; ces vieux témoins, dont on a pu dire que si la Bible venait à se perdre les souvenirs réunis de quelques-uns d'entre eux suffiraient pour la récrire tout entière...

 

Quel est donc, ô mon Dieu, l'état où nous sommes tombés ! Quelle ignorance des Écritures dans notre peuple ! Quelle ignorance des Écritures chez nos pasteurs ! Seigneur, rends-nous les jours d'autrefois !

 

Mais au reste, cette connaissance des Écritures par laquelle on les retient dans sa mémoire, allât-elle jusqu'à les savoir par cœur d'un bout à l'autre, n'est pas encore ce qu'il importe le plus d'imiter en Jésus.

 

Ce qui le fait vaincre par les Écritures, ce n'est pas qu'Il en connaisse les mots, c'est qu'Il en saisit le sens et l'esprit.

 

La Bible renferme les maximes du royaume des cieux, mais ces maximes revêtues d'une forme terrestre ; et celui-là seul la comprend, qui sait dégager les pensées divines d'avec l'enveloppe humaine qui les recouvre.

 

C'est ce que fait Jésus dans mon texte : Il ne s'en tient pas à la surface du livre, Il sonde les « pensées et les intentions(68) » de ce qui « est écrit. »

 

 Je n'en veux pour preuve que la première de ses trois citations : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

 

Convenez que tenté comme le Seigneur, vous n'auriez jamais songé à vous défendre par cet endroit, et qu'il aurait pu passer et repasser bien souvent sous vos yeux sans que vous y eussiez-vu ce que Jésus y a trouvé.

 

Vous y auriez vu le fait merveilleux de la manne accordée aux Israélites au lieu de pain ; vous y auriez vu un gage d'espérance pour un peuple placé dans une situation analogue à la leur, si cette situation pouvait jamais se renouveler ; vous y auriez vu enfin un témoignage encourageant de l'amour de Dieu pour ses créatures, et de sa fidélité envers son peuple : mais là se serait arrêtée votre exégèse ; enchaînée par l'histoire et par le miracle.

 

Que celle de Jésus est plus pénétrante !

 

Il creuse jusqu'au fond, Il se fait jour jusqu'à la pensée intime du Saint-Esprit ; et au-dessous de l'histoire du miracle, de tout ce qui passe, Il découvre ce principe général et permanent :

 

Toute vertu réside dans la parole de Dieu, qui n'est pas liée aux moyens particuliers dont elle fait ordinairement usage.

 

A ce point de profondeur, la tentation d'Israël et celle de Jésus se rencontrent, si l'on peut ainsi dire, sous terre et par la racine, en sorte que la parole de Moïse, interprétée par Jésus-Christ, s'applique aussi bien à la seconde qu'à la première.

 

Que dis-je ? Elle s'applique également aux tentations des enfants de Dieu dans tous les temps.

 

Et pourtant remarquez-le bien, cette application si étendue et si variée du mot de Moïse n'a rien de forcé ou d'arbitraire ; il n'y a même ici ni allégorie ni double sens ; rien que la pensée profonde du Saint-Esprit, trouvée dans le langage profond de l'Écriture, le vrai du fond dans le vrai de la forme.

 

Voilà, mes chers amis, l'exégèse de Jésus-Christ : une exégèse spirituelle, substantielle, également accessible aux savants et aux simples, aussi attrayante pour l'esprit que nourrissante pour l'âme.

 

Auprès d'elle, que notre exégèse ordinaire est superficielle et froide, alors même qu'elle est le plus savante et le plus consciencieuse !

 

C'est que celle-ci s'embarrasse dans les faits de la terre, tandis que celle-là s'élève jusqu'aux pensées du ciel.

 

Que la Bible serait un beau livre – hélas ! et un livre neuf – étudiée dans cet esprit !

 

La Bible, passez-moi l'expression ; c'est le ciel parlé ; mais il faut dégager ce ciel d'avec cette parole qui le recouvre tout en le révélant, et voilà ce que nous apprend Jésus-Christ.

 

Au reste, cette exégèse-là, nul commentaire ne la peut faire pour nous : il faut la chercher à genoux en disant à Dieu : « Dessille mes yeux, afin qu'ils regardent aux merveilles de ta loi ! »

 

Alors, on reçoit « le témoignage de Dieu au dedans de soi-même ; » alors, ce qui s'écrit dans le cœur correspond trop exactement à ce qui est écrit dans le livre, pour qu'un même Esprit ne soit pas reconnu dans l'un et dans l'autre.

 

La Bible, disions-nous, c'est le ciel parlé : la Bible ainsi écoutée, ce serait le ciel vu, senti, vécu !

 

Quant à moi, je me rappellerai avec un sentiment particulier où j'ai contemplé constamment le combat que mon Sauveur a soutenu, la victoire qu'il a remportée, et l'arme qui l'a rendu vainqueur.

 

J'ai trouvé dans cette contemplation quelque chose de particulièrement sérieux et salutaire ; et j'espère de la fidélité de Dieu qu'elle n'aura pas été sans bénédiction, ni pour moi ni pour vous.

 

Reportez-vous souvent dans le désert.

 

Toutes les fois que le nombre et la grandeur des tentations auxquelles vous êtes exposé sera près de vous accabler, rappelez-vous Jésus tenté comme vous en toutes choses.

 

Toutes les fois que vous serez en doute sur la possibilité de résister, rappelez-vous Jésus écrasant Satan sous ses pieds, et qui a promis de l'écraser sous les vôtres.

 

Enfin, toutes les fois que vous serez incertain des moyens à prendre pour vaincre, rappelez-vous Jésus parant tous les coups de l'adversaire, et le forçant enfin à tourner le dos, avec la seule épée du Saint-Esprit.

 

Et vous, mes futurs compagnons d'œuvre, je ne veux pas quitter cette matière sans vous adresser une exhortation spéciale, que je recommande à votre plus sérieuse attention.

 

La tentation de Jésus se trouve placée entre la fin de sa préparation personnelle et le commencement de sa vie publique.

 

Il y a pour vous un moment analogue : c'est l'intervalle qui sépare la fin de vos études d'avec le commencement de votre ministère.

 

Prenez garde à cet intervalle : il peut entraîner votre carrière tout entière.

 

Consacrez-le à une retraite spirituelle ; passez-le avec Jésus luttant dans sa solitude ; et qu'on reconnaisse en vous, quand vous entrerez dans l'Eglise, un homme qui sort du désert.

 

Du désert, et non du monde : si vous êtes plein des souvenirs du monde, si vous venez de respirer l'atmosphère impure de ses vanités et de ses plaisirs, vous n'êtes point propre au service de Jésus-Christ.

 

Du désert, et non de Nazareth : si vous êtes dominé par vos affections de famille, si vous mettez en première ligne dans le choix d'une place un père ou une mère, une femme ou un enfant, votre carrière, votre ego ou autres, vous n'êtes point propre au service de Jésus-Christ.

 

Du désert, et non de l'école : si vous êtes encore tout couvert de la poussière de l'académie, si votre foi et votre science n'est que celle des livres, vous n'êtes point propre au service de Jésus-Christ.

 

Jésus-Christ a besoin de serviteurs détachés du monde, libres d'engagements envers la créature, nourris sous l'enseignement du Saint-Esprit.

 

Ou soyez les hommes du désert, ou ne soyez pas les hommes de l'Eglise !

 

 

Amen.

 

Refuge Protestant Adolphe Monod

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé

 

Refuge Protestant Adolphe Monod
Refuge Protestant adolphe monod

 

 

 

27

Jésus, qui refuse ici de faire usage de sa puissance divine pour se procurer le nécessaire, s'en sert ailleurs pour procurer à d'autres le superflu (Jean 2.1-11.)

28

Deutéronome 8.3

29

Osée 11.1

30

Genèse 1.29

31

Exode 15.23-25

32

Exode 17.1-6 ; 1Corinthiens 10.4

33

Aggée 1.6

34

Josué 5.12

35

Deutéronome 9.9-18

36

Daniel 3.17-18

37

Psaume 84.1-5

38

1Timothée 5.8

39

Psaume 107.33-35

40

Osée 2.7

41

Psaume 18.26-27

42

« Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? Ils répondirent : De rien. » (Luc 22.35.)

43

Lamentations 3.26

44

Psaume 50.23

45

Jean 12.31

46

2Corinthiens 4.4

47

Daniel 4.17

48

Daniel 2.44

49

Psaume 2.8

50

Voyez Jude 9

51

Ces paroles sont empruntées à Deutéronome 6.13, mais d'après la version des Septante, qui reproduit la pensée de Moïse sans s'astreindre exactement aux mots dont il fait usage.

52

2Timothée 4.10

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Alors que nous étions encore sans Force,
Jésus au temps marqué par Dieu,
est mort pour nous
sauver et délivrer
 (La Bible)

Croix Huguenote

  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

Croix Huguenote 

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