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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 19:45
La défaite de la raison. Essai sur la barbarie politico-morale contemporaine » par Charles-Eric de St Germain

(« La défaite de la raison. Essai sur la barbarie politico-morale contemporaine ») aux éditions Salvator, est un ouvrage abordant, sous un angle philosophique, les questions qui ont agité le « débat public » des trois dernières années (la décomposition de la famille, le dogme égalitariste, la quête désenchantée du plaisir, le dévoiement de la laïcité, les restrictions planant sur la liberté de conscience, les impasses de l'idéologie culturaliste, de la révolution féministe et des Gender Studies, et enfin la transformation progressive de la démocratie en médiacratie).

Ce livre me semble pouvoir apporter des armes et des arguments solides à ceux qui s'intéressent ou cherchent à se positionner sur ces questions.

La crise économique, morale et spirituelle qui secoue l’Occident est d’abord une démission de la raison éthico-politique. La politique actuelle s’avère incapable de poursuivre un Bien réellement commun qui excéderait la satisfaction des désirs de chacun.

Cette éclipse de la pensée se reflète aussi au sein de l’espace public, où le conformisme idéologique régnant a exclu les conditions d’un débat démocratique digne de ce nom.

Les différentes études proposées ici ont pour but de donner un éclairage sur l’actualité de notre temps : décomposition de la famille, dogme égalitariste, quête désenchantée du plaisir, retour d’un laïcisme intransigeant, restriction de la liberté de conscience, idéologie culturaliste qui sous-tend le féminisme
et les Gender Studies.

La démocratie tend à laisser la place à une médiacratie qui discrédite toute liberté de pensée authentique. Nourri et éclairé par un regard de foi, ce « cri d’alarme philosophique » nous met en garde contre les dangers d’un changement de civilisation qui, en niant les structures ontologiques du réel et en prétendant ouvertement se couper des racines juives et chrétiennes à l’origine de la culture occidentale, risque fort de replonger l’humanité européenne dans la barbarie libertaire et le chaos social.

Le titre du livre est un petit « clin d’oeil » au titre d’un livre de Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée, un ouvrage de 1987 qui dénonçait déjà, en son temps, les dérives du relativisme culturel (aussi bien chez Claude Lévi-Strauss que chez Pierre Bourdieu), dans un esprit qui se réclamait du républicanisme et de l’universalisme de la philosophie des Lumières. Disons que j’ai un peu essayé de faire, pour notre temps, ce que Finkielkraut avait fait pour le sien, mais en me plaçant dans une perspective à la fois philosophique et chrétienne, étant entendu que la foi chrétienne nourrit le regard que je porte sur l’époque que nous vivons aujourd’hui. Si c’est bien une nouvelle « défaite de la raison », c’est parce nous sommes aujourd’hui dans un monde où le primat des désirs individuels, de l’émotion et de l’affectivité, tend à annihiler toute réflexion, tout souci d’un Bien commun qui irait au-delà de la satisfaction des désirs individuels.

Tocqueville craignait, au XIX e siècle, que la démocratie ne se transforme en « tyrannie de la majorité ». Bien qu’il était un puissant visionnaire, et qu’il a anticipé par avance les dérives auxquelles conduiraient la démocratie, il me semble que ce qui est le plus à craindre aujourd’hui, c’est plutôt que la démocratie ne se transforme, à cause du poids des lobbies dans l’espace public, en une véritable « tyrannie des minorités » – des minorités qui monopolisent l’espace public au point d’abolir toute liberté de pensée authentique (raison pour laquelle je préfère parler aujourd’hui demédiacratie plutôt que de démocratie, car celle-ci n’est plus qu’un leurre). Bref, c’est à la mort de la « politique » au sens noble du terme, comme souci du Bien commun qui transcende la diversité des intérêts particuliers, et à la mort d’une certaine conception de la démocratie que nous assistons aujourd’hui, celle qui impliquait le primat de l’intérêt général et de la raison, en quête d’universalité, sur les intérêts particuliers et les désirs individuels. On ne redira jamais assez combien cette « défaite de la raison » est directement liée à l’idéologie soixante-huitarde, qui continue, malheureusement, à faire ses ravages aujourd’hui dans les cervelles, et ce alors même que cet hédonisme militant, dans son matérialisme désenchanté, ne comble pas le coeur des jeunes, qui confondent la quête effrénée du plaisir (toujours teintée d’amertume et de désespoir) avec la joie d’un cœur unifié et réconcilié (je dénonce d’ailleurs cet hédonisme pervers dans la deuxième étude de mon livre…).

Dans l'énoncé même de l'ouvrage, le terme de barbarie n’est pas nouveau. D’autres philosophes (Michel Henry dans son livre sur La barbarie, Jean-François Mattéi dans La barbarie intérieure) ont employé ce terme avant moi. La barbarie que je dénonce dans mon livre me semble inséparable d’une phase historique, celle que nous vivons, qui est en train de rompre avec les valeurs qui ont rendu possible la civilisation européenne. La civilisation européenne s’est en effet construite sur la base d’une dialogue entre trois cultures (la culture grecque, Athènes ; la culture romaine, Rome ; la culture judéo-chrétienne : Jérusalem) qui ont rendu possible l’émergence de valeurs universelles. Or cette même Europe est en train de renier le triple héritage de Rome, d’Athènes et de Jérusalem, pour promouvoir une humanité nouvelle, arrachée à tous ses particularismes, désormais « indifférenciée » ou « unisexe », pour reprendre une expression de Jacques Attali. On vit aujourd’hui dans la confusion de l’indistinction (par exemple, on confond égalité et identité, comme si l’émancipation de la femme ne pouvait se faire qu’en neutralisant la différence sexuelle et en niant la complémentarité des sexes, alors que cette différence sexuelle est pourtant la source de la vie, et ce qui fait toute la richesse de l’humanité, dont Lévi-Strauss rappelait qu’elle « se décline au pluriel ») et l’on ne conçoit l’émancipation humaine et la liberté que par arrachement à un « donné », que ce donné soit notre identité nationale, culturelle, sociale, biologico-sexuel, etc.

Nul doute que la mondialisation tend à accélérer ce processus d’uniformisation, mais elle conduit à un déracinement et à une perte complète de repères au profit d’une confusion générale qui n’est pas sans évoquer le mythe de Babel, où l’homme tente de rejoindre Dieu par ses propres forces, dans l’illusion qu’en s’arrachant à tout ce qui le particularise, il ne sera plus limité par aucune barrière, qu’elle soit ethnique, sexuelle, culturelle etc. C’est là le « fantasme de toute-puissance » qui anime l’homme moderne : devenir Dieu par lui-même (ce que l’on voit aussi dans le transhumanisme, même si je n’en parle pas directement dans mon livre). Mais en niant sa dimension « incarnée » pour instaurer une humanité uniformisée (songez à la théorie du Genre, dans sa version Queer), et qui ne soit plus divisée par tout ce qui pourrait particulariser cette humanité (le sexe, l’ethnie, la langue, la culture, etc), l’homme se prend pour un « ange » (on sait que les anges n’ont pas de sexe), il tend à oublier sa finitude, qui le rappelle à ses limites. Pascal disait que « qui veut faire l’ange fait la bête ». Je crains que ce « changement de civilisation », pour reprendre l’expression de Mme Taubira, ne puisse en réalité que conduire l’humanité à retomber dans une forme de chaos indifférencié, dans le tohu-bohu originel, qui précède les limites que Dieu impose à sa création en distinguant et en séparant. Ces distinctions et séparations sont nécessaires, car ce sont elles qui nous constituent en tant que créatures incarnées, dotées d’une identité spécifique.

La négation des limites, des frontières, des déterminations, qui semblent être le propre de notre humanité émancipée, ne permettra pas une véritable réconciliation des hommes entre eux, mais elle s’apparente à une fusion dans une totalité indifférenciée qui conduit à la mort, alors que le judéo-christianisme prêche une communion entre les hommes qui n’abolit pas leur spécificités propres, leurs « distinctions », mais les relativise au profit d’une identité plus profonde, notre identité en Christ, celle qui, moyennant la foi et régé-nération par le Saint-Esprit, fait de nous des frères en Christ.

En outre, cette barbarie se manifeste aussi, à mon sens, par une forme de christianophobie qui tend à nier et à rejeter tout l’héritage « humaniste » véhiculé par la religion chrétienne. On réduit aujourd’hui le christianisme à des clichés caricaturaux, en passant sous silence tout son apport, pourtant considérable, à la culture. D’où le développement d’un laïcisme virulent à l’égard des religions et du christianisme en particulier, qui confond neutralité de l’Etat et de ses institutions et neutralisation de l’espace public, ce qui constitue, à mon sens, une trahison de la saine laïcité et de l’esprit de la loi de 1905, comme si nos élites ne pensaient l’émancipation des citoyens que par arrachement à tout ce qui pourrait les enfermer dans une appartenance héritée.

On voit ainsi resurgir le vieux rêve rousseauiste d’une sorte de nouvelle religion civile (lisez les écrits de Vincent Peillon à ce sujet) venant se substituer aux autres confessions religieuses, et ce alors même que cette utopie révolutionnaire a été à l’origine de la terreur de 1793. Et je ne parle pas des restrictions qui planent sur la liberté de conscience et sur la clause de conscience : le risque est aujourd’hui de retomber dans un « légalisme » et dans une sacralisation de la loi civile qui tend à étouffer la « voix de la conscience », et qui conduit le peuple à une « obéissance servile » dont H. Arendt a bien montré, en analysant le cas Eichmann, ce fonctionnaire nazi qui obéissait aveuglément aux ordres de ses supérieurs sans s’interroger sur la moralité des commandements qu’on lui prescrivait, qu’elle risque de générer une forme de barbarie inédite : Eichmann est, en effet, le symbole même de « l’homme de masse », qui exécute servilement les ordres sans « penser » ce qu’il fait. Cette dérive légaliste et bureaucratique est préoccupante, car elle constitue le principal ressort des régimes totalitaires, où les individus, coupés de la protection que pouvait leur apporter le cocon familial (puisque la décomposition des liens familiaux fragilise les individus qui se retrouvent isolés et insignifiants) se fondent alors dans une masse indifférenciée qui devient extrêmement facile à manipuler par les médias, car la masse est perméable à toutes sortes d’idéologies, y compris les plus dangereuses (celles que je dénonce dans mon livre).

Notre monde, même laïcisé et sécularisé, restait encore imprégné de culture judéo-chrétienne jusqu’à une époque encore récente. Il serait assez facile de montrer, par exemple, que les valeurs républicaines (comme la liberté, l’égalité ou la fraternité) sont un produit de la culture juive et chrétienne. Or aujourd’hui, ces valeurs tendent à vouloir s’affranchir de la religion qui leur a donné naissance, si bien qu’elles se transforment dans leur contraire – ce que soulignait déjà Chesterton quand ils disait que les utopies modernes « sont des valeurs chrétiennes devenues folles » ! La liberté se trouve réduite à la licence, l’égalité à l’indifférenciation, la fraternité à l’assistanat, etc. Bref, ce qui menace les chrétiens aujourd’hui, si l’on y prend garde (et c’est une forme de persécution inédite !), c’est d’être définitivement privé des « repères culturels » qui étaient une condition de possibilité de la transmission de notre foi. Seuls garderont la foi les vrais chrétiens, ceux qui ne fonderont pas leur foi sur une tradition culturelle véhiculée par la société, mais qui auront fait l’expérience directe de Dieu. Alors en un sens, on peut y voir une chance, car le vannage final, annoncé par l’Evangile – quand Dieu distinguera le « bon grain » de « l’ivraie » – est en train de se produire sous nos yeux puisque la « culture ambiante » est désormais ouvertement christianophobe. Il faut s’attendre à ce que cela n’aille pas sans de multiples « heurts » pour les chrétiens, contraints désormais de « ramer » constamment à contre-courant de la modernité, mais dans un monde perdu et sans repères, cela leur donnera peut être une « force de rayonnement » qu’ils n’avaient pas quand le monde vivait encore dans l’illusion d’être « culturellement chrétien ». Avec cette culture hostile, le sel ne risque pas de s’affadir car le chrétien doit désormais vivre dans un combat et une vigilance permanentes, et il ne peut désormais plus s’en remettre qu’à la seule Grâce de Dieu pour l’aider à vaincre !

Charles Eric de St Germain,

Où trouver ce livre ?

Sur le site de la FNAC, ou sur celui d’Amazon

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