
Quiconque pèche transgresse la loi,
car le péché est une transgression de la loi(1 Jean 3.4)
L'Écriture, avons-nous dit.
Invoquons enfin son autorité souveraine, sa décisive lumière.
L'Écriture, c'est elle qui regarde en face le péché.
C'est elle qui l'appelle de son vrai nom.
C'est elle qui le signale et le flétrit, depuis sa première page jusqu'à la dernière, depuis la Genèse qui nous raconte l'entrée du péché dans le monde jusqu'à l'Apocalypse qui nous montre, sous d'effrayantes images, son châtiment dans le siècle à venir.
C'est elle qui le condamne par les foudres du Sinaï et par le drame sanglant du Calvaire.
C'est elle enfin qui nous en révèle la portée redoutable en nous montrant, par delà la loi violée, le législateur offensé.
O Dieu ! j'ai péché contre toi, contre toi proprement,s'écrie David après sa chute, et j'ai fait ce qui déplaît à tes yeux.
En effet, derrière la loi, il y a l'auteur de la loi ; derrière la conscience, il y a Celui qui nous parle par la conscience, c'est-à-dire Dieu.
En obéissant à la loi et à la conscience, c'est à Dieu que nous obéissons.
En désobéissant à la loi et à la conscience, c'est à Dieu que nous désobéissons.
Toute offense à la loi remonte jusqu'à Dieu lui-même.
Le péché étant une transgression de la loi est, par cela même, une révolte contre Dieu.
O gravité nouvelle dans la gravité du péché !
Et encore ce n'est là, comme on l'a dit, que la partie négative du péché.
Mais toute négation suppose une affirmation correspondante.
Pourquoi nous révoltons-nous contre Dieu, si ce n'est parce que nous ne l'aimons pas ?
Et si nous ne l'aimons pas, n'est-ce pas parce que nous aimons autre chose que Lui ?
Et que pouvons-nous aimer à la place de Dieu, si ce n'est nous-mêmes, et ce moique Pascal, avec raison, appelait haïssable !
Ainsi donc, le moi, le misérable moi humain, se révoltant contre Dieu, le moi se préférant à Dieu, voilà pour le coup tout le crime et toute la folie du péché !
Péché fondamental et universel, qui vient détruire un dernier sophisme, ou dissiper une dernière illusion, celle de ces hommes honnêtes, pieux même, qui, nés sous la loi chrétienne, sont trop éclairés pour croire que le péché n'est qu'une imperfection, ou qu'un inévitable effet de notre organisme matériel, mais qui se rassurent en disant :
« Le péché, c'est le vice, c'est le scandale : nous ne l'avons pas commis, nous sommes donc excusables, tout au moins sommes-nous moins coupables que ceux qui ont commis de telles choses. »
Erreur ! erreur ! vous dis-je.
Au delà des péchés et de leurs manifestations plus ou moins graves, il y a le péché, le péché intérieur et primordial, le moi s'insurgeant contre Dieu et se préférant à Dieu !...
Et, par là, tous les hommes se ressemblent : le plus honnête doit courber la tête à côté du plus criminel : ils sont tous « enfermés dans la rébellion » ; ils sont tous « ennemis de Dieu par leurs pensées et par leurs œuvres, » et la parole de saint Paul se vérifie :
« Il n'y a point de différence, parce que tous ont péché et sont entièrement privés de la gloire de Dieu. »
Nous sommes parvenus au terme de notre redoutable analyse...
Il me semble voir comme un champ-clos où se rencontrent l'Éternel Dieu et l'homme pécheur : Dieu sur son trône éblouissant de sainteté, l'homme à ses pieds, dans la poudre.
Tout à coup ce vermisseau a dressé la tête, le moi humain s'est insurgé contre le moi divin, pensée contre pensée, volonté contre volonté, trône contre trône, autel contre autel, et, pour ainsi dire, Dieu contre Dieu.
Voilà le péché !
Comprenez-vous maintenant, que le christianisme tout entier tombe ou se relève avec, cette notion fondamentale !
Niez cette notion, ou seulement affaiblissez-la, substituez quelque chose d'amoindri à ce tragique sens du mot péché, cessez d'y voir le suprême désordre, la révolte de l'homme contre Dieu...
Alors tout est amoindri, tout est altéré dans la religion de Jésus.
Alors l'idée du Dieu trois fois saint s'affaiblit comme l'idée de la vocation primitive de l'homme, comme celle du relèvement du pécheur, comme celle du Christ qui vient opérer ce relèvement.
Alors l'intervention merveilleuse de Dieu dans l'humanité, le surnaturel, le miracle sont un luxe inutile, et l'humanité peut être sauvée si elle a encore besoin de l'être, sans tant de mystère ni de secousse.
Alors le drame de la Rédemption, devenu superflu, s'évanouit comme une vaine théorie et les anges peuvent se dispenser d'en sonder les profondeurs.
Alors les saintes annales du Fils unique venu en chair et de « l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde » peuvent faire place à la fiction dérisoire d'un aimable docteur de Galilée, inspiré par les instincts de sa race et les paysages de sa patrie, mort martyr d'un sombre fanatisme qui s'empare de lui dans la seconde moitié de sa vie, et ressuscitant dans l'imagination d'une femme hallucinée qui, chose étrange ! a fait croire à son hallucination et l'Eglise et le monde !...
Mais alors aussi, avec la grande doctrine, disparaît la grande morale.
La charte héroïque du renoncement, du sacrifice et de la mort à soi-même, fait place à la morale peu exigeante des gens du monde et au pâle cortège des vertus humaines.
Quelques natures élevées dépasseront sans doute ce niveau abaissé, les âmes sans idéal suivront tranquillement ces sentiers médiocres ; mais les masses plus, grossières rejetteront un jour ce frein de l'honnêteté bourgeoise qui les gêne sans les contenir...et vous entendrez, en frémissant, dans la rue, le refrain de l'orgie antique :
Mangeons et buvons, car demain nous mourrons.
Mais si nous maintenons la notion du péché dans toute sa rigueur, telle que l'Écriture l'a révélée et que le Saint-Esprit l'enseigne à notre raison et à notre conscience, alors le majestueux édifice du christianisme se relève tout entier et s'offre à nous comme l'unique refuge de l'humanité perdue.
Alors je vous comprends, Adam et Christ, pôles mystérieux de notre race déchue et relevée.
Je vous comprends, révélation surnaturelle, miracles, prophéties, cortège éblouissant d'un Dieu qui vient en Christ réconcilier le monde avec soi.
Je vous comprends, mystère de l'Incarnation et mystère de la Croix.
Je vous comprends, mystère du Saint-Esprit, mystère de la conversion et de la nouvelle naissance !
Je vous comprends, délices du ciel et vous aussi, abîmes de la condamnation.
Je vous comprends, héroïque religion et morale héroïque !
Je te comprends enfin et je te serre sur mon cœur, Évangile !
Évangile éternel, Évangile de Jésus-Christ, Évangile des apôtres, Évangile des Pères, Évangile des réformateurs, Évangile des saints, Évangile non des hommes, mais de Dieu, non du siècle, mais des siècles.
Évangile toujours contesté et toujours affirmé, toujours attaqué et toujours vainqueur, « scandale aux Juifs, folie aux Grecs, » mais qui as été, qui es et qui seras « pour tous ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, la sagesse de Dieu et la puissance de Dieu... »
Ma soeur, mon frère, je ne puis m'arrêter ici sans adresser un appel direct à vos propres âmes.
J'ai opposé notion à notion, théorie à théorie.
Mais il ne s'agit pas seulement de théorie ici, il s'agit d'application et d'application personnelle.
Nous n'avons pas fait une étude sur une race étrangère ; vous et moi, nous étions en cause ; car ce péché, que j'ai exposé dans sa terrible nudité, c'est le vôtre, c'est le mien.
Oh ! si vous n'aviez pas encore sondé cette plaie de votre âme, sondez-la aujourd'hui même et appliquez-y le baume de l'Évangile.
N'entendez-vous pas l'Esprit de Dieu, Nathan invisible, vous dire :
« Tu es cet homme-là...Tu es ce pauvre pécheur, ce transgresseur de la loi, ce révolté contre ton Dieu. Repens-toi et jette-toi entre les bras de Jésus-Christ. »
Obéissez à cet appel, allez, allez aujourd'hui même à Jésus-Christ !
Unissez-vous à Lui par une foi vivante ! Et ce même Esprit, vous appliquant toutes les promesses de l'Évangile, vous dira de nouveau :
« Tu es cet homme-là. Tu es ce pauvre pécheur...mais ce pécheur racheté, pardonné, reçu en grâce et enfanté à une vie nouvelle ! »
Si déjà, convaincus de péché par le Saint-Esprit, vous avez cherché et trouvé le sauveur...
Ah ! laissez-moi vous dire encore : sondez la plaie de votre âme !
Recommencez le salutaire travail de l'humiliation, rentrez dans ses saintes douleurs, descendez toujours plus avant, selon la parole de saint Augustin, dans l'enfer de votre propre cœur, pour remonter toujours plus haut au ciel de Dieu !
Car plus vous sentirez vos misères, plus vous saisirez la grâce de Christ, plus vous recevrez les glorieuses influences du Saint-Esprit !
Plus vous aurez une conscience intense et douloureuse de votre péché, plus vous le haïrez et le vaincrez avec le secours de Dieu ; et vous échangerez enfin un christianisme lâche et médiocre, plein de compromis avec le mal, contre ce christianisme viril et sublime dont l'Église et le monde ont tant besoin !
Il n'y a que deux attitudes pour l'homme pécheur, devant le Dieu saint.
La première est celle que nous décrivions tout à l'heure avec épouvante : c'est l'attitude de la révolte, c'est l'attitude dans laquelle nous sommes tous naturellement, en tant que pécheurs...et dans laquelle, si nous ne nous convertissons, nous demeurerons jusqu'à la fin pour entendre cette terrible sentence à laquelle il faudra bien obéir :
Retirez-vous de moi !
La seconde attitude, quelle est-elle ?...
Regardez dans le temple de Jérusalem.
Sous ces voûtes, d'où la foule s'est retirée, une pauvre pécheresse est tremblante, éperdue aux pieds de Jésus-Christ...qui, d'un mot, la relève et l'affranchit du mal.
Allez, et faites comme cette femme : jetez-vous, mon frère, ma sœur, comme si vous étiez seul dans ce temple, seul dans l'univers, aux pieds de Jésus-Christ.
Et que, sur nos fronts courbés, descende la parole du Seigneur, si douce, mais si sévère ; si sévère, mais si douce :
« Je ne te condamne pas non plus. Va et ne pèche plus à l'avenir. »
Amen.

- Ernest DHOMBRES,
- Pasteur Protestant Réformé







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