(Suite et Fin)
« Le juste s'avancera comme la palme et croîtra comme le cèdre du Liban...Étant plantés dans la maison de l'Eternel, ils fleuriront dans les parvis de notre Dieu. Ils porteront des fruits jusques dans la vieillesse toute blanche ; « ils seront en vigueur et resteront toujours verts ! » Psaume 92.12-14
Qu'il est doux à contempler, mes frères, ce dernier développement de la foi, ce beau soir d'une vie chrétienne !
Si la piété du jeune homme nous charme par le contraste entre un front riant et une âme sérieuse, la piété du vieillard nous émeut par une sainte harmonie : harmonie entre la gravité de l'âge et la gravité des convictions, entre la longue expérience des hommes et la connaissance approfondie de Dieu ; harmonie entre les forces qui déclinent et les sentiments qui se détachent ; harmonie entre les approches de la tombe et la proximité de l'éternelle lumière qui pour le chrétien se lève derrière la tombe.
La vieillesse, a dit M. de Chateaubriand, est une voyageuse de nuit, elle ne découvre plus que le ciel. –
Nous saluons avec sympathie l'ardent Moïse, s'arrachant au palais des Pharaons et « préférant l'opprobre de Christ aux délices de l'Egypte. »
Mais, après quarante ans de retraite au pays de Madian, le Moïse du désert, s'entretenant avec Dieu « comme un ami avec son ami, » portant avec une longue patience son peuple jusques dans la Terre-Promise ; ce Moïse couronné de cheveux blancs, n'est-il pas celui dont l'image vénérée s'est fixée dans nos souvenirs ? –
Nous sommes doucement émus à la vue de Samuel, pieux dès l'âge le plus tendre, attentif à la parole de Dieu, dans le tabernacle où veille la lampe sacrée, et nous dictant de sa voix enfantine ce modèle de prière :
Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !
Mais ce même Samuel, au terme d'une carrière fidèle, abdiquant les honneurs du pouvoir sans en déposer les sollicitudes, conseiller infatigable des deux rois qu'il a créés par l'ordre de Dieu, et intercédant pour eux et pour tout son peuple auprès de l'Eternel des armées, ne nous pénètre-t-il pas d'un plus tendre respect et d'une admiration plus profonde ? –
Nous aimons Timothée, cet enfant pieux d'Eunice, cet adolescent sympathique gagné à Jésus-Christ par la parole brûlante de Saint-Paul.
Mais avec quelle affectueuse vénération n'aurions-nous pas contemplé l'apôtre de l'amour, alors que lassé par les années, il se faisait porter au sein des assemblées chrétiennes et les édifiait par sa seule présence et par une parole d'exhortation à la charité !
Il y a encore, grâces à Dieu, de ces patriarches de la foi, de ces Abraham, de ces Jacob, de ces David « rassasiés de jours », de ces saint Jean penchés jusqu'à la fin « sur le sein de leur Maître. »
Nous avons eu le privilège d'en rencontrer dans le cours de notre vie, et leur sanctifiant souvenir ne s'effacera jamais de notre cœur.
Nous aimions l'énergie, la simplicité, la sérénité de leur foi : ils ne connaissaient pas nos doutes, nos défaillances, nos orages...
A leur aspect, il nous semblait entendre cette parole de l'Écriture :
Lève-toi devant les cheveux blancs et honore la personne du vieillard !
Et, quand sonna l'heure de leur délogement, leur départ fut si facile et si doux, que la nuit même de la tombe paraissait absorbée entre les derniers rayons du couchant de leur vie et l'aurore de l'Eternité.
O bénédiction, ô charme céleste, ô couronne d'honneur d'une vieillesse chrétienne !...
Mais aurai-je le courage, maintenant, de vous parler d'une vieillesse qui ne serait pas chrétienne, d'exposer devant vous le triste tableau d'un homme qui avance dans la vie, sans connaîtreet sans vouloir connaître Celui qui est dès le commencement ?
Hélas ! il s'approche de l'éternité, mais il ne s'approche pas de ce Dieu qui peut seul la lui faire paisible et heureuse.
L'homme « extérieur » se détruit, mais l'homme « intérieur » ne se renouvelle point ; il se ferme de plus en plus aux impressions de la Grâce.
Le chemin de la vie se fait pour lui toujours plus rude et plus aride, l'horizon toujours plus terne et plus décoloré : les désenchantements, les regrets, les mécomptes se pressent dans son amère mais stérile expérience ; les tombes de ceux qu'il aime se creusent à ses côtés, en attendant que la sienne s'ouvre à son tour...et à mesure qu'il poursuit sa triste route, il n'a pas devant lui une autre patrie dont les perspectives consolent ses regards et dont les brises restaurantes puissent rafraîchir son âme comme l'âme de l'exilé qui regagne le sol natal.
Pour lui, il va d'un exil dans un autre exil, de l'exil terrestre dans l'exil éternel !
Le monde le quitte et il ne veut pas quitter le monde ; il s'y cramponne avec une rage impuissante et il lui mendie encore peut-être des jouissances coupables, ou tout au moins de misérables distractions et une coupe d'étourdissement !
Et cependant, il s'en va...il s'en va pièce à pièce, il s'en va triste et morose, mais non sérieux, dégoûté mais non détaché, mécontent mais non repentant, lassé de la vie et épouvanté de la mort...
O mon Dieu ! mon Dieu ! quel départ !...et là-haut, quelle arrivée !
Je n'oublierai jamais la visite que je fis un jour, accompagné d'un ami chrétien, à un vieillard qui avait vécu « sans Dieu dans le monde. »
Nous lui lûmes ensemble la parole de vie, nous lui annonçâmes « tout le conseil de Dieu, » nous priâmes à son chevet...
Mais pas une corde ne vibrait dans cette âme, la vérité n'y éveillait plus aucun écho.
Tandis que nous le pressions, au nom des compassions de Dieu, de se repentir et de croire pour avoir la vie, son regard impassible semblait dire : je ne comprends pas, je ne sens pas, je ne puis plus comprendre, je ne puis plus sentir !...
Seigneur, tu es le seul Juge des âmes et tu tiens en réserve, pour la dernière heure, des ressources de miséricorde insondables à l'humaine pensée !...
Mais, mes frères, à en juger par ce qui paraissait à nos yeux cet homme allait mourir comme il avait vécu, sans Dieu et sans espérance au monde...
Tandis que nous redescendions tristement l'escalier de cette demeure, le serviteur de Dieu qui m'accompagnait interrompit notre silence par ce passage des écritures dont je compris pour la première fois toute la portée :
Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais viennent où tu pourrais dire : je n'y prends plus de plaisir.
Voulez-vous une vieillesse chrétienne ?
Je ne connais qu'un moyen assuré : ayez une jeunesse chrétienne.
Dès l'entrée de la voie, et jusqu'à son issue, prêtez l'oreille aux invitations de l'Esprit !
Consacrez au Dieu de l'Evangile votre enfance naïve, l'ardeur de votre jeunesse, les jours de votre virilité et votre vieillesse toute blanche !
Que votre vie tout entière s'illumine des reflets d'une piété en harmonie avec ses diverses phases, ainsi qu'un fleuve réfléchit le soleil dans tout son cours et colore successivement ses ondes de la pourpre du matin, de l'éclat du midi brûlant et des rayons voilés du soir !
O vous qui avez les années, qui avez l'avenir devant vous, nous vous en conjurons, écoutez aujourd'hui l'appel d'en haut !
Comme Jésus, « croissez en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes ! »
Faites marcher d'un même pas la vie de la terre et la vie des cieux !
Mais vous, qui ne pouvez presque plus porter vos regards sur l'avenir et qui sentez, tristement peser sur votre âme un long passé, plein de péchés, de regrets, de remords...n'aurons-nous donc aucune parole de consolation et d'espérance à vous faire entendre.
Hommes faits, vieillards peut-être dans l'ordre de la nature, vous pouvez devenir dès aujourd'hui, (béni soit Dieu !) les nouveaux-nés de la grâce !
oh ! laissez dès aujourd'hui une vie impérissable et une jeunesse immortelle s'inoculer à votre être...où le souffle de la vie terrestre va s'éteindre !
Il est encore des compassions pour vous. Dieu « vous attend pour faire grâce. »
Venez, « ouvriers de la onzième heure, » il y a place pour vous à la moisson céleste !
Venez ! le Maître est ici et il vous appelle... et vous recevrez de ses gratuités infinies le même salaire : dès maintenant « la justice, la paix et la joie par le Saint-Esprit, et au siècle à venir la vie éternelle ! »
Amen.
Ernest Dhombres,
Pasteur Protestant Réformé








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