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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 14:36
Fondements en Ruine : la position par Adolphe Monod (1ère Partie)
LES FONDEMENTS EN RUINES
LA POSITION
 (Première Partie)
Par le Pasteur ADOLPHE MONOD
Ce sermon a été prononcé le 24 février 1848.

« Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il ? » (Psaume XI, V. 3.)
 
Psaume XI
« Je me suis retiré vers l'Éternel; comment donc dites-vous à mon âme : Fuyez en votre montagne, comme l'oiseau ? Car, voici, les méchants bandent l'arc, ils ont ajusté leur flèche sur la corde, pour tirer, dans l'ombre, sur ceux qui ont le coeur droit. Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il ? »
« L'Éternel est dans le palais de Sa Sainteté ; l'Éternel a Son Trône dans les cieux. Ses yeux contemplent, Ses paupières sondent les fils des hommes. L'Éternel sonde le juste, mais le méchant et l'ami de la violence sont odieux à Son Âme. Il fera pleuvoir sur les méchants des filets; le feu, et le soufre, et le vent embrasé, telle est la portion de leur breuvage. Car l'Éternel de Justice aime le juste; Sa Face contemple l'homme droit. »
 
David, réservé de Dieu au trône d'Israël et déjà sacré roi par la main de Samuel, ne parvient à la gloire promise qu'à travers une persécution perfide autant que sanguinaire.
Le jaloux Saül, poussé par des courtisans plus méchants que lui-même, conspire contre l'oint de l'Éternel, tantôt avec une ruse qui ne rougit d'aucune bassesse, tantôt avec une violence qui ne recule devant aucun forfait.
La vie de David est mise, jour après jour, à la pointe de l'épée; et avec elle, l'ordre publié, la sécurité de l'État, tout l'avenir d'Israël, la justice humaine, et la fidélité même de Dieu, engagée envers le peuple au sein duquel le Messie doit naître, et envers le prophète-roi dont il doit sortir.
C'est alors que des amis bienveillants, mais de petite foi, pressent David de renoncer à ses espérances, et de ne songer plus qu'à se soustraire au péril par une prompte retraite, comme l'oiseau timide, effrayé du cri du chasseur impitoyable ou redoutant les pièges du traître oiseleur.. va, loin du mouvement et du bruit de la plaine cacher ses jours menacés sur des montagnes inaccessibles et dans les fourrés impénétrables des bois.
À quoi bon tenter une résistance inutile, dans une lutte inégale ?
Déjà « les méchants bandent leur arc; » déjà « ils ont ajusté leur flèche sur la corde, pour tirer, dans l'ombre, contre ceux qui ont le coeur droit. Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il? »
David répond à ces conseils d'une amitié charnelle et d'une lâche prudence par le cantique lu plus haut, et dont le premier verset résume toute sa pensée :
« Je me suis retiré vers l'Éternel; comment donc dites-vous à mon âme. Fuyez en votre montagne, comme l'oiseau ? »
Nous y découvrons à la fois le principe sur lequel il s'appuie : il se confie en l'Éternel; et la ligne de conduite que ce principe lui trace : il se gardera bien d'une fuite indigne.
Il voit la Position en Dieu : voilà ce qui le soutient; loin de fuir, il restera donc et il agira voilà ce qu'il est résolu de faire.
C'est un des caractères de la Parole Sainte, qu'étant prise au point de vue de Dieu et donnée par l'esprit de prophétie, elle s'applique à tous les temps.
On peut dire même qu'elle s'adapte de mieux en mieux, pour le fond de la pensée, aux siècles qui se déroulent, parce que les germes féconds de vérité qu'elle contient se développent avec l'histoire humaine et le Plan Divin.
Tandis que les autres livres vont vieillissant, la Bible Seule semble rajeunir, parce que les Vérités Eternelles qu'elle présente également à toutes les phases successives de l'humanité, revêtent, d'âge en âge, un aspect toujours nouveau et toujours plus spirituel.
On dirait un corps identique qui ne ferait que changer d'habit pour être en rapport avec chaque génération naissante, ou plutôt, un esprit toujours le même, mais qu'un accroissement sans terme maintiendrait constamment au pas, disons mieux, en avant du genre humain.
Qui ne voit, par exemple, que ce mot d'Habacuc : « Le juste vivra par la foi, » n'a fait que gagner d'à-propos et de profondeur, en passant d'Habacuc à saint Paul ; et de saint Paul à Luther ou Calvin ?
Eh bien ! Qui de nous aussi n'a senti, en lisant ce texte combien il s'adapte divinement, c'est ici le mot exact, aux temps où nous vivons ?
A quelle époque la sagesse humaine a-t-elle eu plus de raison que depuis un demi-siècle, que dis-je ? Que depuis un an, de s'écrier :
« Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il? »
Quels fondements ne menacent ruine ?
Fondements politiques.
Il n'y a ni puissance si bien assise, ni institution si bien enracinée, qui soit à l'abri d'un coup d'État, d'un coup de fusil, d'un coup de poignard, d'un coup de tête, j'ai presque dit d'un coup de vent.
Les plus antiques monarchies chancellent comme un homme ivre, tombent, se relèvent pour tomber encore peut-être, et semblent parfois n'aboutir par tous leurs efforts pour se remettre de leurs secousses, qu'à provoquer des secousses nouvelles plus redoutables que les premières, comme les flots de la mer, dans une tempête, accroissent leur bouleversement par les mouvements mêmes qu'elles se donnent pour retrouver leur niveau.
Fondements sociaux.
Ces bases antiques et vénérées, qui sont à l'ordre de la société ce que le sol de la terre est aux édifices qu'elle porte, ces axiomes du droit et de la morale que l'Évangile, que dis-je ? Que la loi de Moïse trouva déjà reçues dans toutes les nations, la propriété, l'hérédité, la prescription, la famille, oui, la famille elle-même, sont contestées et livrées à l'âpre contradiction de la multitude ; et l'on discute froidement aujourd'hui si l'on doit ou non donner le nom de progrès du siècle à ce qu'on appelait hier sans hésitation du nom de crime.
Fondements ecclésiastiques.
L'Église chrétienne, à laquelle Dieu avait confié le dépôt des maximes qui préservent les peuples, comme elles sauvent les individus, participe au malaise général.
On sent confusément que les établissements religieux qui existent ne répondent plus complètement aux besoins de l'époque.
Une communion chrétienne, qui a mis une infaillibilité prétendue à à l'abri d'une immutabilité trop réelle, s'étonne de voir se séparer, dans la personne de son chef spirituel, des pouvoirs qu'elle s'était montrée, depuis plus de dix siècles, si jalouse de réunir.
Nos églises agitent, avec une ardeur croissante, les questions de l'institution civile et de l'indépendance religieuse.
À la controverse naturelle de ceux qui adorent Jésus comme leur Dieu-Sauveur avec ceux qui ont inventé un autre évangile, s'ajoutent de fâcheux dissentiments entre ceux-là mêmes qui sont unis sur le fondement de la foi.
Confusion étrange, où l'on ne prévoit guère de stabilité que dans quelque forme d'église toute nouvelle, et qui est encore à concevoir.
Enfin, fondements spirituels. Si du moins les croyances et les obligations individuelles étaient nettement saisies et maintenues énergiquement, on trouverait, au dedans des coeurs, le remède le plus efficace contre les agitations du dehors.
L'ébranlement universel a pénétré jusque dans le sanctuaire de la vie intérieure.
Les principes essentiels de la foi chrétienne et de la morale chrétienne sont remués d'une main profane et curieuse.
La philosophie du jour remet en question Dieu, la vie future, le jugement, la distinction du bien et du mal.
Les hommes croyants eux-mêmes éprouvent le besoin de revoir les bases de leur foi, et d'en refaire le symbole.
On ne parle pas seulement de forme nouvelle pour l'Église, on parle de formule nouvelle pour l'expression de la doctrine ; et la seule chose stable qui soit au monde, la Parole de Dieu est menacée de contracter un caractère d'instabilité dans l'opinion, par la variété des interprétations et des systèmes.
Quel chaos ! Quel mouvement ! Quels orages !
Et que l'on conçoit bien qu'ils arrachent à l'âme timorée cette exclamation des faibles amis de David :
« Quand les fondements sont ruinés, le juste que ferait-il ? »
Ses efforts, impuissants pour la société, ne sauraient aboutir qu'à le compromettre lui-même.
Qu'il se réserve pour des jours meilleurs; qu'il se réfugie, en les attendant, ou dans quelque contrée lointaine où le mal de l'époque ne soit pas encore parvenu, ou dans une vie isolée et silencieuse; et qu'il laisse couler l'eau comme il peut., puisqu'il ne possède après tout aucun moyen d'en suspendre ou d'en détourner le cours.

 
C'est à cette tentation du moment que je veux répondre, et répondre dans l'esprit de David.
Que celui (lui est prêt à perdre courage et à tout abandonner au hasard des événements), « se retire vers « l'Éternel, » et contemple la position en Dieu.
Il n'en faut pas davantage pour qu'il reconnaisse dans cette position des motifs, non de fuir, mais de rester et de mettre la main à l'oeuvre.
Ce point de vue chrétien de la position sera l'objet de ce discours; et cette action chrétienne dans la position nous en fournira un second sur le même texte, s'il plaît à Dieu.
Je dis, un point de vue chrétien, une action chrétienne; car c'est pour le chrétien que je parle : j'ai besoin de m'expliquer nettement là-dessus, avant d'aller plus loin.
La question de mon texte porte sur le juste, c'est-à-dire, dans l'acception biblique du mot, sur l'homme qui fait le bien, mais qui le fait par un principe religieux.
Pour l'époque de David, le juste, c'était le vrai israélite; pour nous, c'est le vrai chrétien.
C'est donc au vrai chrétien que je m'adresse.
Au reste, c'est à lui et à elle que nous nous adressons chaque fois que nous traçons les devoirs de la vie chrétienne ; car lui seul peut les accomplir, lui seul sait les comprendre.
Que si nos discours paraissent dépasser alors la portée spirituelle de nos auditeurs, la faute en est, non à nous, mais au désordre des églises, composées trop souvent par la naissance plus que par la foi.
Ceux qui sont dans la communion de l'Église ne sauraient trouver mauvais que, prenant au sérieux leur profession, nous attendions d'eux les sentiments qui conviennent à ses membres ; et s'il en est qui sont étrangers à sa foi, la première chose qu'ils aient à faire, c'est de se mettre d'accord avec elle, et avec eux-mêmes, en répondant à cette voix d'en haut qui leur crie :
« Convertissez-vous, et vous verrez la différence qui est entre le juste et le pécheur . » Malachie. III, 18.
Eh ! Quelle plus puissante raison pour se convertir que d'avoir à se dire qu'ils ne valent rien, tels qu'ils sont, pour le service de Dieu, et qu'ils ne peuvent entrer dans ses vues qu'à la condition de s'enrôler dans cette sainte milice des vrais chrétiens, sur laquelle seule il compte pour faire son oeuvre, dans les jours mauvais comme dans les bons !
Car, où prendra son point d'appui, pour agir dans des temps tels que ceux-ci, l'homme étranger au vrai christianisme et imbu des maximes du monde ?
Engagé qu'il est dans le présent siècle, il est aussi nécessairement ébranlé quand le siècle s'ébranle, que le navigateur surpris par la tempête est inévitablement entraîné par le mouvement aveugle des flots ; tandis que le vrai chrétien, sur le roc qui les domine et au pied duquel ils se brisent en frémissant, peut seul chanter avec le psalmiste le cantique de la sainte cité :
« Nous ne craignons point, quand la terre se remue, et que les montagnes se balancent dans le coeur des mers. Que leurs eaux grondent et qu'elles écument, et que les montagnes soient ébranlées par leur superbe courroux, les ruisseaux du fleuve réjouissent la cité de Dieu, sanctuaire de l'habitation du Très-Haut; Dieu est au milieu d'elle, elle ne sera point ébranlée . » Psaume. XLVI, 3-6.

 

 
(...)
Deuxième partie (Les Fondements en ruines, la position par Adolphe Monod)

 

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 14:33
Fondements en Ruine : la position par Adolphe Monod (2ème Partie)
LES FONDEMENTS EN RUINES
LA POSITION
 (Seconde Partie)
Par le Pasteur ADOLPHE MONOD

 

« Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il ? » (Psaume XI, V. 3.)
 
Psaume XI
« Je me suis retiré vers l'Éternel; comment donc dites-vous à mon âme : Fuyez en votre montagne, comme l'oiseau ? Car, voici, les méchants bandent l'arc, ils ont ajusté leur flèche sur la corde, pour tirer, dans l'ombre, sur ceux qui ont le coeur droit. Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il ? »
« L'Éternel est dans le palais de Sa Sainteté ; l'Éternel a Son Trône dans les cieux. Ses yeux contemplent, Ses paupières sondent les fils des hommes. L'Éternel sonde le juste, mais le méchant et l'ami de la violence sont odieux à Son Âme. Il fera pleuvoir sur les méchants des filets; le feu, et le soufre, et le vent embrasé, telle est la portion de leur breuvage. Car l'Éternel de Justice aime le juste; Sa Face contemple l'homme droit. »
(...)Le vrai chrétien est l'homme qui est vraiment de Christ.
Christ, annoncé dès le commencement au monde, est apparu dans le monde, comme le Sauveur du monde.
En lui, notre Emmanuel, « Dieu manifesté en chair, » nous sont présentés.
Sous la seule condition de cette foi sincère qui met en rapport avec lui, le pardon., la paix., la vérité, la sainteté, Dieu et tous les dons de Dieu.
Quiconque se tient en dehors de Christ se prive de tout cela, non seulement par un juste jugement de Dieu, pour avoir « mieux aimé les ténèbres que la lumière Jean III, 20. » mais encore par la nécessité même des choses.
Comme un homme qui se tiendrait obstinément caché dans une caverne obscure se priverait de la lumière du jour.
Le vrai chrétien est celui qui sort de sa caverne, de la caverne ténébreuse du monde, et de la caverne non moins ténébreuse de son propre coeur, pour s'approcher de Christ, et pour se réjouir dans la clarté de sa lumière et dans la chaleur de sa vie.
Le vrai chrétien, c'est l'homme qui saisit Jésus-Christ comme son tout en toutes choses, et qui s'attache à Lui, comme un naufragé s'attache à la corde qui doit le tirer sur le rivage.
Le vrai chrétien, c'est l'homme qui prend en Jésus-Christ Seul toute Sa Justice, et qui ne trouve de garant contre le jugement éternel qu'à se voir tout enveloppé de Ses Mérites et tout couvert de Son Sang.
Le vrai chrétien c'est l'homme qui « ne vit plus lui-même, mais Jésus-Christ en lui, » et qui estime qu'il ne vaut plus la peine de vivre que « pour Celui qui est mort et ressuscité pour lui. »
Le vrai chrétien enfin, c'est l'homme qui dit à Jésus-Christ dans son coeur :
" Seigneur, Tu es à moi, et je suis à Toi ! Sans Toi j'étais aveugle, sans Toi misérable, sans Toi perdu ! Me voici, pour marcher en Toi, vivre pour Toi, mourir à Toi, et ressusciter avec Toi ! "
Tel est l'homme pour lequel on demande s'il a quelque chose à faire quand les fondements sont ruinés, et pour lequel je réponds qu'il trouvera, comme David, plus que jamais à faire alors, pourvu que, comme David, il contemple la position en Dieu.
Au lieu de fixer sa vue, comme le font ses amis émus, sur ces fondements ruinés, David a commencé par « se retirer vers l'Éternel. »
Il s'est élevé à Lui, réfugié vers Lui, établi en Lui; et une fois là, que voit-il ?
Un ordre parfait, un plan merveilleux, un spectacle de fermeté et d'immutabilité sur lequel ses regards se reposent avec complaisance.
C'est qu'au travers, et au-dessous de ces fondements ruinés qu'on lui montre avec effroi... David vient de reconnaître, mis à découvert par leur chute même, d'autres fondements plus antiques et plus profonds que les agitations de la surface ne sauraient atteindre, ou qu'elles enfoncent plus avant dans le sol, comme ces mouvements de la cime d'un arbre qui enracinent son pied plus fortement dans la terre :
L'Éternel est dans le palais de Sa Sainteté.
"L'Éternel a Son Trône dans les cieux. Ses yeux contemplent, sondent les fils des hommes, L'Éternel sonde le juste, mais le méchant et l'ami de la violence sont odieux à Son Âme. Il fera pleuvoir sur les méchants des filets ; le feu, et le soufre, et le vent embrasé, telle est la portion de leur breuvage. Car l'Éternel de Justice Aime le juste; Sa Face contemple l'homme droit. »
Prenons exemple de ui.
« Ne dites point, conjuration, toutes les fois que ce peuple dit, conjuration; ne craignez point ce qu'il craint, et ne vous en épouvantez point .» Esaïe. VIII, 12.
Retirons-nous seulement vers Christ « avec qui notre vie est cachée en Dieu. »
Puis, une fois assis et affermis en lui, redescendons, de ces hauteurs de la foi, à ce spectacle d'ici-bas qui nous troublait : le voyant alors avec d'autres yeux, nous le verrons sous un autre aspect, et dans cette paix de Dieu qui est la première condition de toute action forte et persévérante.
Car enfin, que sont autre chose tous les bouleversements du siècle, que des dispensations qui ont leur place marquée dans les plans de Dieu, et qui préparent, à leur manière, la victoire finale de Jésus-Christ, et l'établissement de son règne sur la terre ?
David a vu l'Éternel Assis dans Son Palais, sur Son Trône, en Monarque Suprême : c'en est assez pour lui mettre l'esprit en repos.
Voilà de quoi nous donner à nous aussi une pleine paix : Dieu règne.
Ce Dieu, Notre Père, qui nous a tant aimés que de « n'épargner point son Fils unique, mais de le livrer pour nous tous ( Romains VIII, 31. ) » est aussi le Roi des rois, qui dispose de tous les événements, et que « toutes choses servent » à l'envi (Psaume CXIX, 91.).
Sans Lui, ni un monde ne disparaît de sa place, ni un soleil ne s'éteint, ni un trône ne s'écroule, ni une administration ne se renouvelle, ni un homme ne meurt, ni un cheveu ne tombe de notre tête, ni un passereau ne s'abat en terre.
Rien ne gêne Sa Puissance, non, rien, pas même la liberté de ses créatures responsables..
Cette liberté qu'Il respecte toujours, mais qu'Il possède le secret impénétrable de contrôler, sans la contraindre ; à peu près comme cette boussole qu'on a su, par une ingénieuse combinaison d'équilibres, isoler de telle sorte que son mouvement propre s'accomplit sans obstacle au sein du mouvement général du navire, qui la porte de lieu en lieu ainsi qu'Il lui plaît, et Lui commande en ne paraissant que Lui obéir.
Ainsi, la Volonté Divine, tout en laissant, dans son vaste sein, un libre jeu à la volonté humaine, l'oblige, sans violence, à la servir, ou par son obéissance, si elle consent, ou, si elle résiste, par sa désobéissance elle-même ; et il n'y aura pas jusqu'à un Judas vendant le Seigneur, à un Sanhédrin le condamnant, à un Pilate le livrant pour être crucifié, qui n'accomplissent, chacun sous sa responsabilité tout entière, « les choses que la main et le Conseil de Dieu avaient auparavant déterminé devoir être faites. (Actes V, 20.) »
Pensons-nous qu'ils aient moins servi les desseins de Dieu, naguère, ou ces contre-coups qui Lui ont répondu de tous les points de notre vieille Europe ?
Pensons-nous que la volonté humaine, les évènement divers les servent moins, aujourd'hui, ou ce flux qui enveloppe telle puissance, ou ce reflux qui en dégage telle autre, ou ce flux et ce reflux successifs qui en tiennent une troisième comme suspendue, depuis des mois entre la vie et la mort ?
Pensez-vous qu'ils les doivent servir moins, demain, ces bouleversements nouveaux que nous demandons à Dieu de nous épargner, s'il est possible, mais qui peuvent survenir encore, ou parmi nous ou ailleurs, et pour lesquels le passé nous a trop avertis de nous tenir prêts ?
Dieu est Là, vous dis-je, et tout le reste n'est là que par Lui et pour Lui.
Derrière cette main visible, tantôt des peuples et tantôt des princes, qui asseoit un trône ou l'abat, qui bâtit une ville ou y met le feu, qui fonde une industrie ou la ruine, qui nourrit le commerce ou l'affame, qui élève une fortune ou la renverse, la foi contemple une Main Invisible, et Cette Main, celle de Notre Père Céleste, qui remue à Son gré tous ces grands ressorts de Miséricorde et de Colère, comme des décorations de théâtre, paraissant et disparaissant, chacune à son tour, dans ce drame séculaire qui part de la création pour ne se terminer qu'au serment de l'ange de l'Apocalypse:
« Il n'y aura plus de temps. (Apocalypse X, 6.) »
 
Apprenons donc de l'Écriture, et surtout de ses prophéties, à sortir du cercle étroit de l'histoire nationale ou de la génération contemporaine, pour entrer dans le Plan Divin qui embrasse l'humanité tout entière.
C'est ici l'oeuvre, non de la nation, mais du monde ; non de la génération, mais de la race ; non du siècle, mais des siècles.
« Cette bataille est à l'Éternel des armées: »
Il en est le capitaine, nous n'en sommes que les soldats.
Le soldat, n'ayant pas le plan de l'action, en juge mal l'ensemble, parce qu'il ne tient compte que de sa position personnelle ; et s'il entre dans les vues de ses chefs de sacrifier, pour sauver l'armée, le corps dont il fait partie, il pourra s'écrier : Tout est perdu ! au moment où un coup d'oeil plus étendu sur la plaine lui ferait connaître que tout est gagné.
Le moi, l'actuel nous aveugle.
Moïse ne passera pas le Jourdain : qu'importe si le peuple de Dieu doit entrer sans lui sur la terre de Canaan ?
David ne bâtira pas le temple : qu'importe encore, s'il est réservé à Salomon de le bâtir à sa place ?
Ce n'est pas de nous qu'il s'agit, c'est de Dieu et de Son Peuple.
Or, les desseins de Dieu sur Son Peuple s'accompliront infailliblement.
Encore une fois, cela devrait nous suffire : si Dieu règne, nous pouvons bien nous en rapporter à Lui pour régner d'une manière digne de Dieu.
Mais Il daigne lever pour nous un coin du voile qui cache les plans de Son Administration, pour nous découvrir le terme où elle tend, et que David n'a fait qu'entrevoir.
Si c'est Notre Père qui conduit les affaires de ce monde, Il les fait tourner au Triomphe de Notre Sauveur car Dieu, qui « avait donné la terre aux enfants des hommes (Psaume CXV, 16), l'a donnée, par une convention nouvelle, à ce Fils de l'homme, en qui seul l'homme est relevé de sa chute et rétabli dans sa gloire première (Psaume VIII, 7, rapproché de Hébreux. II, 7, 8: 1 Corinthiens XV, 27, Éphésiens I, 22.).
Le Père a donné au Fils "les nations pour Son Héritage et les bouts de la terre pour Sa Possession (Psaume II, 8.). »
Il est vrai que "nous ne voyons pas encore que toutes choses lui soient assujetties ( Hébreux II, 8.)"; mais c'est à l'accomplissement de la Promesse du Père Au Fils que Tous les Plans de Dieu aboutissent (Jean XVII, 2.), et que travaille, sans le savoir, l'histoire entière de l'humanité.
Si de grandes monarchies se succédèrent et de grandes puissances se succèdent dans l'empire du globe, c'est pour préparer les voies à ce Royaume, d'un caractère tout nouveau, qui doit s'élever sur leurs ruines et remplir à jamais la terre entière (Daniel. II, 34, 35: VII, 11.)
Nous sommes et restons touchés de penser que les choses de ce monde sont toutes administrées par Notre Père céleste : combien est-il plus touchant encore de se dire qu'elles sont remises entre les mains de Notre Sauveur (Matthieu XX, 18.), et que Celui qui s'est donné pour nous sur la croix est aussi Celui qui s'est acquis tous les peuples par Son Amer Sacrifice, et qui fait conspirer tous les développements de l'histoire à l'établissement de Son Bienheureux Empire !
Quelle impression de tendresse répandue jusque sur les bouleversements les plus cruels, par la pensée que tout cela concourt à la Gloire, au Triomphe de Notre Sauveur bien-aimé qui s'est si chèrement acquis le droit de voir dans la terre entière son Hakeldama(Actes I. 19) et, en même temps, quelle fermeté communiquée à notre espérance pour l'avenir, par la pensée que la Parole du Père est engagée envers le Fils, et que tout ce que nous pourrions souhaiter de conquêtes à l'Évangile n'est désormais qu'un titre d'héritage que Notre Rédempteur a conquis en Golgotha (Philippiens. II, 7-11. ) !
Dernière partie (Les Fondements en ruines, la position par Adolphe Monod)

 

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29 avril 2017 6 29 /04 /avril /2017 14:30
Fondements en Ruine : la position par Adolphe Monod (dernière Partie)
LES FONDEMENTS EN RUINES
LA POSITION
 Dernière partie
Par le Pasteur ADOLPHE MONOD
 

« Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il ? » (Psaume XI, V. 3.)
 
Psaume XI
« Je me suis retiré vers l'Éternel; comment donc dites-vous à mon âme : Fuyez en votre montagne, comme l'oiseau ? Car, voici, les méchants bandent l'arc, ils ont ajusté leur flèche sur la corde, pour tirer, dans l'ombre, sur ceux qui ont le coeur droit. Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il ? »
« L'Éternel est dans le palais de Sa Sainteté ; l'Éternel a Son Trône dans les cieux. Ses yeux contemplent, Ses paupières sondent les fils des hommes. L'Éternel sonde le juste, mais le méchant et l'ami de la violence sont odieux à Son Âme. Il fera pleuvoir sur les méchants des filets; le feu, et le soufre, et le vent embrasé, telle est la portion de leur breuvage. Car l'Éternel de Justice aime le juste; Sa Face contemple l'homme droit. »
 
Si de riches plaines sont couvertes de deuil, si l'espérance de la terre est détruite, si les sources de la prospérité publique sont taries, si la joie est bannie du foyer domestique, si la vie des hommes est tranchée comme la fleur des champs, je me dis :
Ces riches plaines ont été données à Mon Sauveur; et tous ces malheurs entrent dans le plan conçu pour l'assujettissement de ces magnifiques endroits à Son Règne Paisible et Bienfaisant.
Si de fiers pays deviennent et sont devenus tout à coup le théâtre d'une guerre impitoyable, si les forteresses sont tour à tour prises et reprises, si les villes jadis paisibles sont réduites en cendres, si les classes de la société, sont excitées les unes contre les autres, si des ruisseaux de sang coulent sur la terre épouvantée, je me dis :
Ces pays ont été donnée à Mon Sauveur ; et de tout cet enfantement douloureux doit sortir le jour de joie où l'on verra « ses champs s'égayer avec tout ce qui est en eux, ses fleuves battre des mains, et les arbres de ses forêts chanter d'allégresse, » au devant de ce vainqueur miséricordieux qui « vient juger le monde en justice et les peuples en équité. (Psaumes. XC VI. 12; XCVIII, 8, 9.) »
Si d'infortunés endroits ont vu leur indépendance succomber, si de pieux travaux a été jeté aux vents, les vallées fertiles converties en champs de bataille, et un peuple replongé dans la barbarie, au nom de la politique et/ou de la religion de ...Jésus-Christ..., je me dis :
Ces endroits même ont été donnés à Mon Sauveur ; et le temps viendra où fleurira dans son sein une civilisation plus pure et une mission plus glorieuse, sans qu'il y ait personne pour l'étouffer.
Et si notre chère et belle France devait, ce que Dieu veuille Lui épargner, recueillir de nouvelles agitations pour fruit de ses agitations, je me dirais aussi :
La France a été donnée à Mon Sauveur; et quelque parti qui l'emporte dans ses luttes intestines, une chose est certaine, c'est que sa victoire préparera le Triomphe futur de Jésus-Christ.
Quoi qu'il en soit, il faut qu'à la fin « tout genou se ploie au nom de Jésus, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. (Philippiens II, 11.) »
Or, Jésus-Christ triomphant, Jésus-Christ adoré de tous, Jésus-Christ confessé de tous, qu'est-ce autre chose que la terre rendue à son premier honneur, toutes ses puissances malfaisantes anéanties, « ses montagnes portant la paix et ses coteaux la justice, » une paix abondante comme un fleuve, » une justice profonde « comme les flots de la mer (Psaume. LXXII, 3; Esaïe. XLVIII, 18.) ? »
Mais le triomphe du Fils de Dieu ne pouvait-il donc s'obtenir sans tant de bouleversements et de douleurs ?
Oui, si le péché n'était pas sur la terre, ou si Dieu voulait fermer les yeux au péché, si le péché n'était pas sur la terre, ou que Dieu voulût fermer les yeux au péché, pourquoi Jésus-Christ serait-il venu, et pourquoi aurait-il souffert ?
Quand la terre a été promise à Jésus-Christ, elle a été promise au Crucifié, pour Prix de Son Sacrifice (Philippiens. II, 7-11.) .
Eh quoi ! Le Saint des saints n'est parvenu à la Gloire qui Lui était proposée qu'en souffrant la croix (Hébreux. XII, 2.), et nous oserions demander que de pauvres pécheur, tels que nous, qu'une terre maudite comme la nôtre fussent admis à partager cette joie sans avoir eu de la Miséricorde, mais elle n'est pas l'oubli de la Justice.
Il faut que la race humaine ait son désert, son Gethsémané, son Golgotha, comme Notre Sauveur a eu les siens.
Aussi bien, quel moyen de séparer le développement de la race d'avec celui de l'individu ?
« C'est par beaucoup d'afflictions qu'il nous faut entrer, » chacun de nous, « dans le royaume de Dieu : » notre mission spirituelle s'accomplit, comme celle du Maître, dans les veilles, dans les sueurs dans les larmes, dans les langueurs mortelles.
Au sein de ce travail immense de la Miséricorde Divine dans la misère de l'individu, comment conduire à leur dénouement les Plans de Dieu pour la race, sans ces famines, ces fléaux, ces guerres, ces révolutions qui sont les veilles, les sueurs, les larmes, les langueurs mortelles de l'humanité ?
Il nous semble peut-être que, si nous avions le gouvernement du monde, nous ne consentirions pas à cet épuisement de certaines régions, à des déchirements de certains pays, à l'oppression d'autres endroits ?
Je le crois ; mais consentirions-nous davantage, en la place de Dieu, à cette seule famille manquant de pain, à ce seul artisan, ouvrier(e), paysan(ne), employé(e) privé(e) de travail, à ce(tte) seul(e) malade passant dix-huit années dans son lit, à ce seul enfant arraché des bras d'une mère désespérée ?
Eh bien ! oui, le Chemin de Dieu, le Seul que notre égarement Lui ait laissé, est un chemin de sang et de pleurs : et rien à faire avec cette croix !
Non, non ; cet agréable drame qui conduirait le genre humain au terme désiré par une pente facile et par un chemin semé de fleurs, si l'on en pouvait trouver de tels sur la terre, ce drame, quel qu'il soit, n'est pas, ne pouvait pas être Celui de Dieu : la Rédemption est le triomphe, le signe qu'Il plante sur une terre qu'Il veut bénir, c'est la croix, et encore la croix, et toujours la croix.
Demander pourquoi les choses se passent de la sorte, c'est demander pourquoi nous n'avons pas à faire à un autre monde ou à un autre Dieu, à un monde sans péché ou à un Dieu sans justice.
Ne vous laissons donc point étonner par les calamités contemporaines certaines.
Tenons-nous en garde contre cette tentation qui entraîne les siècles, comme les individus, par je ne sais quel orgueil de douleur, à se figurer « qu'il leur arrive quelque chose d'extraordinaire (1 Pierre IV, 12. ). »
Si nous eussions vu les générations passées d'aussi près que nous voyons la nôtre, nous aurions trouvé peut-être les temps anciens tout aussi fâcheux que ceux d'aujourd'hui.
« Ne dis point : Pourquoi les jours d'autrefois étaient-ils meilleurs que ceux-ci ? car ce n'est pas la sagesse qui te fait t'enquérir de cela (Ecclésiaste VII, 10). »
Les amis de David auraient sans doute bien des raisons pour s'écrier aujourd'hui :
« Quand les fondements sont ruinés, le juste, que ferait-il ? »
Mais nous voyons qu'ils ont cru en avoir de suffisantes pour le dire, il y a trois mille ans ; et combien d'autres moments dans l'histoire où ils auraient eu sujet de le dire encore !
Ils l'auraient pu dire, pour toute la terre, aux jours de Noé, lorsque « l'Éternel. voyant que la malice des hommes était très grande, et que toute l'imagination des pensées de leur coeur n'était que mal en tout temps, se repentit d'avoir fait l'homme et en eut du déplaisir en son coeur (Genèse. VI, 5, 6.). »

 
Ils l'auraient pu dire, pour Canaan, aux jours de Lot, lorsque Sodome et Gomorrhe avaient à tel point « augmenté leur cri et aggravé leur péché (Genèse, XVIII, 20.), » que leur nom est devenu un type d'ignominie sur la terre, et leur histoire un monument impérissable de la Vengeance Divine.
Ils l'auraient pu dire, pour Israël, aux jours d'Élie, quand l'Alliance de Dieu était délaissée, que les gens de bien avaient disparu du pays, et que la piété y était devenue si rare ou si timide que le prophète s'imaginait être demeuré seul fidèle à l'Éternel (1 Rois XIX, 10).
Ils l'auraient pu dire aux jours de Jésus-Christ, lorsque le Fils de Dieu est réduit à se plaindre, tout Fils qu'il est, que « nul ne croit à sa prédication (Esaïe LIII, 1), » que dis-je ? lorsqu'il ne paraît sur la terre que pour soulever la contradiction des pécheurs, épuiser les traits de leur injustice, et périr attaché par leurs mains à une croix. Ils l'auraient pu dire aux jours de Jean Huss, lorsqu'aux ténèbres du paganisme avaient succédé les ténèbres du moyen âge, et que le nom de Jésus-Christ ne servait plus qu'à protéger l'oubli de sa doctrine et le mépris de sa loi, et qu'il n'était plus permis de l'aimer et de le servir qu'à la condition de payer sa fidélité du der. nier supplice.
Je ne finirais pas, si je voulais énumérer tous les temps où l'on aurait pu dire avant nous :
« Quand les fondements sont ruinés, le juste. que ferait-il ? »,
sans parler de tous ceux où on pourra le dire encore après nous, jusque dans ces jours où le Fils de l'homme reviendra, et qu'il décrit lui-même d'un seul mot, mais d'un mot effrayant :
« Quand le Fils de l'homme viendra, pensez-vous qu'il trouve de la foi sur la terre (Luc XVIII, 9. )? »
.Que s'il y avait, en effet, quelque chose d'extraordinaire dans ce qui nous arrive aujourd'hui, cela même, au lieu de nous faire perdre courage, devrait nous donner plus d'espérance pour l'avenir.
Car il suffit d'un coup d'oeil jeté sur l'histoire, pour reconnaître que les époques où tout a paru le plus sombre et le plus abandonné, ont ordinairement précédé celles où le Seigneur a donné les témoignages les plus éclatants de sa présence.
Plus il y a de mouvement et de désordre apparent dans la ruche, plus le fruit de l'abeille abonde ; plus il y a de fils qui se croisent et semblent se confondre sur le métier, plus l'étoffe est riche ; c'est « dans les grandes eaux qu'est le chemin du Seigneur, et ses traces ne sont point connues (PsaumeXVII, 20. ). »
Les jours de Noé, ont précédé la race humaine renouvelée, le globe. partagé entre les familles des peuples, la terre à jamais prémunie contre le retour de son terrible baptême, et l'alliance de grâce rendue plus ferme et plus précise.
Les jours de Lot ont précédé les jours d'Abraham, ce patriarche de la promesse, qui, retiré de l'idolâtrie, fait dans le monde spirituel ce que Noé avait fait dans le monde matériel, rompt avec la chaîne du Passé, et commence, sur la terre promise, la race promise, qui doit donner le jour à ce Fils promis, « en qui toutes les familles de la terre doivent être bénies. »
Les jours d'Élie précèdent le ministère d'Elisée, revêtu d'une double mesure de l'esprit de son maître, et cette longue succession de prodiges inouïs, qui vont propager l'honneur du nom de l'Éternel, et par tout Israël, et chez les peuples d'alentour, et jusque dans la cour des rois de Syrie.
Les jours de David persécuté précèdent non seulement les jours de David vainqueur. mais les jours encore plus beaux du roi Salomon, remplissant, pour la première fois, les frontières marquées par Moïse (Genèse V 18. ), surpassant en gloire tous les rois ses voisins, bâtissant le temple de Jérusalem, et portant le royaume d'Israël à son point culminant de puissance et de prospérité.
Les jours de Jésus méprisé, rejeté, crucifié, précèdent les jours de Jésus ressuscité et montant au ciel, du Saint-Esprit répandu, de l'Église fondée, de l'Évangile semé depuis Jérusalem jusqu'aux extrémités du monde connu.
Les jours de Huss brûlé précèdent les jours de Luther triomphant, de l'Église affranchie, de la moitié de l'Europe arrachée à un christianisme dégénéré, et d'une lumière nouvelle se levant sur le monde...
Et, en attendant ces jours sans foi qui doivent précéder la venue du Fils de l'homme, les jours où nous vivons, que précèdent-ils à leur tour ?
Que précèdent-ils ?...
Donnez-moi les yeux d'Ésaïe ou l'esprit de saint Jean, et je vous répondrai.
Car, à moins d'être prophète, il faudrait être insensé pour prétendre, je ne dis pas lire dans les siècles obscurs., mais seulement découvrir « ce que le jour de demain peut enfanter. »
Mais, si l'intervalle qui nous sépare de la fin nous est inconnu, avec toutes les péripéties qu'il tient en réserve, cette fin du moins, nous la connaissons, et nous savons que ces jours où nous vivons précèdent, qu'ils préparent, de plus ou moins loin (peut-être de plus près que nous ne pensons) le grand jour où le Fils de l'homme doit venir régner sur la terre.
Heureux, heureux l'oeil qui saurait saisir, dans le désordre présent, les germes cachés de l'ordre futur !
A cet oeil privilégié se révéleraient, dans tous ces fondements qui menacent ruine, le gage et la préparation de fondements plus solides, capables de résister à toutes les secousses, et de porter tout l'édifice d'un monde renouvelé : dans ces fondements politiques ébranlés, le plan d'une administration modèle, qui doit résoudre, pour la première fois, et le problème de la liberté de chacun conciliée avec le repos de tous, et celui de l'amour présidant à l'autorité des gouvernants et à l'obéissance des gouvernés; dans ces fondements sociaux ébranlés, le principe d'un juste équilibre maintenu entre le travail et sa récompense, entre les ressources et les besoins, entre l'expansion de l'action personnelle et la pression de l'action collective, en un mot, toute une organisation sociale, sans socialisme, et toute une prospérité commune, sans communisme; dans ces fondements ecclésiastiques ébranlés, les linéaments confus de cette Église de l'avenir, après laquelle les esprits, disons plutôt les coeurs d'élite, soupirent dans toutes les communions, et à laquelle il est réservé de recueillir dans son sein tout ce qu'il y a de bons éléments dans chacune d'elles, sans hériter de ses faiblesses, nationale sans nationalisme et individuelle sans individualisme, une sans uniformité et variée sans esprit de secte, catholique sans romanisme et protestante sans protestation, rassemblant tous les enfants de Dieu « en un seul troupeau, sous un seul pasteur; » enfin, jusque dans ces fondements spirituels ébranlés, le prélude de cette foi vivante, de cette charité vivante, de cette sainteté vivante, de cette paix vivante, et de toute cette vie vivante, dont le peuple de Dieu a faim et soif, « en attendant la bienheureuse espérance et l'apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se purifier un peuple qui lui appartienne en propre et qui soit zélé pour les bonnes oeuvres (Tites. II, 13, 14.). »
Loin de moi la prétention des calculs prophétiques qui ont tant de fois été en piège à l'Église, et dont la Parole de Dieu semble avoir pris soin de confondre à l'avance la témérité !
Mais qui sait dans ce pressentiment général de l'Église, qui croit entrevoir dans des complications redoublées une solution qui s'approche à grands pas ?
Qui sait si nous ne touchons pas aux dernières convulsions et à l'aurore du jour glorieux où « le Fils de l'homme doit paraître sur les nuées du ciel ? »
Qui sait si, tandis que nous disons si légèrement : Quel triste temps que le nôtre ! « les anges, et les vingt-quatre anciens, et les quatre animaux » ne disent pas : Quel temps de grâce que celui-ci ! la moisson approche, le Seigneur va venir ?
Pour moi, j'obéis, sans crainte de m'égarer, et à un besoin de mon coeur, et à l'esprit de la Parole, qui veut que « nous rendions grâce pour toutes choses, » en bénissant Dieu de m'avoir fait naître en cette période d'une crise si redoutable et d'un enfantement si laborieux, persuadé que, s'il y a toujours à faire pour le juste, il a plus à faire que de coutume dans les jours que nous voyons.
Car, point de mi - lieu: ou les fondements ébranlés justifient un lâche abandon, tel que le conseillent à David ses timides amis, ou ils réclament une action doublement énergique, telle que David se prépare à la fournir, en commençant par se fortifier en Dieu.
« Que fais-tu ? » dit un capitaine de vaisseau à un matelot qu'il rencontre se promenant sur le tillac, les bras croisés, pendant la tempête.
« Eh ! que ferais-je? Entendons l'orage qui gronde; regardons ces vagues qui s'élèvent comme des montagnes : quand les fondements de la mer sont bouleversés, que peut faire le matelot ? - Ce qu'il peut faire, malheureux ?...
A l'ouvrage ! Armons les pompes, fermons les écoutilles, carguons les voiles ! »
Ainsi parle un marin fidèle.
Et que serait-ce, s'il était assuré de la délivrance, s'il savait, sur la foi de Dieu, non seulement comme saint Paul naufragé, que l'équipage sera sauvé, mais que le bâtiment même ne peut pas périr ?
Eh bien, telle est notre condition.
Nous aurions quelque excuse peut-être, je ne dis pas pour ne pas travailler, mais pour travailler sans courage, si les temps de grand mouvement étaient des temps sans avenir ni promesse, si nous pouvions nous figurer, après tout ce que je viens de dire, la position désespérée, la partie perdue pour l'Évangile, les rênes de l'histoire tombées des mains de Dieu, et le Fils déshérité de son royaume.
Mais quand nous savons que la terre et l'univers crouleront plutôt que la Parole de Dieu ne sera anéantie, mais quand nous montons un navire contre lequel les portes de l'enfer ne doivent jamais prévaloir, à l'oeuvre, mes chers frères et soeurs, à l'oeuvre, avec plus de courage que jamais !
Mais à quelle oeuvre ?
C'est la question capitale.
Le sentiment d'une responsabilité accrue, d'un sérieux appel d'en haut, d'un nouveau travail à accomplir, nous l'avons tous; mais ce sentiment est obscur, et c'est pour cela qu'il demeure infructueux chez le plus grand nombre.
On manque moins de fidélité que de lumière ; on ne fait pas, parce qu'on ne sait pas que faire ; on craint même de faire le mal, tout en souhaitant de faire le bien ; et l'on finit, comme ce malade, par se tenir immobile, de peur des faux pas.
Mais si Dieu daignait nous ouvrir lui-même un chemin, de quelle ardeur entrerions-nous !
Ici, David ne nous sert plus de guide ; nous le voyons repousser la pensée de fuir, et se promettre à lui-même une action énergique ; mais cette action, il ne nous la fait pas connaître.
Il réserve sans doute ce développement pour sa communion secrète avec Dieu, qui lui montrera ce qu'il doit faire, jour après jour.
C'est aussi à Dieu, c'est à la prière, que je veux avant tout nous renvoyer; mais tout en faisant la première part à la méditation personnelle, examinons ensemble si nous ne trouverons pas quelques obligations générales imposées au chrétien, quel qu'il soit, par l'ébranlement de l'époque : au citoyen, par cet ébranlement politique ; au chef de famille, par cet ébranlement social ; au membre de l'Église, par cet ébranlement ecclésiastique ; et à l'homme, par cet ébranlement spirituel.
Pensons-y, et retrouvons-nous, s'il plaît à Dieu, avec des coeurs attentifs, aux « signes des « temps. » Chroniques XII, 32; Matthieu. XVI, 3.
Amen,
 
 
 
 
 
Adolphe Monod,
Pasteur Protestant Réformé
 

 

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 17:21
L'amour au service de la vérité

Dans Ephésiens 4 : 15, nous lisons que nous devons professer « la vérité dans l’amour ».

 

L’amour est la manière de parler de la vérité mais il n’est pas là pour la mettre de côté.

 

L’amour doit être le serviteur de la vérité, rendant celle-ci plus facile à écouter, à recevoir et à digérer.

 

Mais gardons-nous de lui permettre de l’édulcorer ou de l’éliminer !

 

Il a été dit, à juste titre, que la vérité sans amour est de la brutalité, mais que l’amour sans la vérité est de l’hypocrisie.

 

Les petits enfants sont incapables de concilier la vérité et l’amour.

 

Ils pensent que si vous aimez quelqu’un, sachant que la vérité que vous allez lui dire va le blesser, vous devez l’en protéger.

 

N’est ce pas un signe de maturité spirituelle quand nous sommes capables d’annoncer la vérité avec amour ?

 

« Les blessures d’un ami prouvent sa fidélité, mais les baisers d’un ennemi sont trompeurs »  (Proverbes 27:6).

 

La vérité unit mais les hérésies et les fausses doctrines divisent.

 

C’est pourquoi, nous ne devons plus être « comme des enfants flottants et emportés à tout vent de doctrine » (Ephésiens 4 : 14).

 

Sachons cependant que la vérité, même prêchée avec amour, est loin d’être toujours acceptée.

 

Jésus en est le parfait exemple.

 

Il a prêché la vérité avec amour comme personne ne l’a fait et cependant on L’a rejeté, Lui et son message.

 

Celui qui prêche la vérité, même dans l’amour, sera lui aussi très souvent rejeté.

 

« Le disciple n’est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur. Il suffit au disciple d’être traité comme son maître, et au serviteur comme son seigneur » (Mt 10 : 24 et 25).

 

Donner « la vérité dans l’amour » signifie que les vérités fondamentales des Ecritures, annoncées avec amour, doivent toujours avoir la priorité sur toute loyauté aux institutions chrétiennes, traditions religieuses, ou individus, ainsi qu’à toute église quelle qu’elle soit.

 

Toute tentative de communion ou d’unité ne doit jamais invalider la Parole de Dieu ou être basée sur un compromis avec les Ecritures (Ephésiens 4 : 14).

 

La fidélité aux Ecritures peut conduire à une division dans l’église si celle-ci est devenue infidèle à Christ et à l’enseignement de ses apôtres (Ephésiens 2 : 20 ; Romains 16 :17) et si elle persévère dans son infidélité malgré les avertissements.

 

La vérité ne change jamais mais confiée à des messagers humains il arrive qu’elle en soit fragilisée.

 

La vérité, étant par nature immuable, elle ne peut plus l’être si elle change.

 

Jésus a dit :

 

« Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point » (Matthieu 24 : 35).

 

Chaque fois qu’une vérité se modifie, elle perd de sa véracité.

 

La vérité est l’élément clé.

 

Le disciple est appelé à vivre et à agir toujours dans les limites de celle-ci.

 

La vérité doit être inséparablement liée à l’amour.

 

Une bonne nouvelle annoncée durement ou sévèrement n’en est plus une.

 

La beauté du message peut, hélas ! être détruite par l’esprit du messager qui l’apporte.

 

Bible

Croix Huguenote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Theonoptie

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 08:41
La douceur

Heureux ceux qui sont doux, car ils hériteront la terre.
Matthieu 5.5

 

Qui sont les vainqueurs ?

 

Selon les versions, le mot "doux" est rendu par débonnaire, humble, aimable, soumis.

 

Rappelons que le mot "heureux" désigne un état de pleine satisfaction dans l'action, dans la marche en avant.

 

Une fois de plus, cette béatitude exprime exactement le contraire de ce que pense l'homme naturel : la conquête du monde promise aux doux, aux humbles, aux soumis.

 

Le monde pense en termes de force, de capacité, de prestige, d'assurance de soi, d'agressivité.

 

Plus on a tout cela, plus on aura du succès.

 

Et Jésus dit que ceux qui sont le contraire posséderont la terre.

 

De nouveau, les Chrétiens se distinguent essentiellement de l'homme du monde.

 

Les Chrétiens sont des créatures nouvelles ; ils appartiennent à un autre royaume.

 

Le monde ne peut pas les comprendre; pour lui, ils sont une énigme.

 

Jésus contredit cette idée-là.

 

Il dit, en fait : «Heureux les humbles, car ils hériteront la terre».

 

L'Église de notre temps ne pense-t-elle pas qu'il faut de grandes organisations, des rencontres impressionnantes ?

 

Car, dit-on, l'ennemi est puissant, et l'Église est divisée ; formons donc une union œcuménique assez puissante pour combattre cet ennemi ; ainsi on aura un impact et on vaincra.

 

Balivernes et tromperie ! 

 

Jésus dit que les vainqueurs ne sont pas ceux qui ont confiance en la force des grandes organisations.

 

La Bible fournit des exemples frappants qui illustrent le principe de Dieu pour vaincre.

 

J'en prends pour preuve le récit qui se trouve dans Juges 7.

 

Gédéon devait faire la guerre aux Madianites, une armée innombrable.

 

Il avait réuni 32000 combattants autour de lui.

 

Mais il fallait les réduire à 10000, puis - chose invraisemblable - à.... 300 !

 

Avec ces 300 hommes, Gédéon remporta la victoire.

 

Dieu n'a pas ajouté au nombre, il en a enlevé.

 

C'est la méthode de Dieu couramment expérimenté par nombre de Ses Enfants.

 

L'ordre des béatitudes

 

L'ordre dans lequel Jésus aligne les béatitudes n'est pas arbitraire.

 

Chaque béatitude suivante présuppose les précédentes et devient plus difficile à appliquer.

 

Ainsi, quand nous comprenons ce que nous devrions être, ce que nous devrions faire, nous devenons des pauvres en esprit ; c'est un état de conscience de ma nullité et de mon impuissance face aux exigences de Dieu et ma totale dépendance de Dieu face à la loi, à l'évangile.

 

Cela mène - si je suis honnête envers moi-même - à une conviction de mon péché, du mal qui habite en moi, de ma perdition ; je suis alors affligé ; mais le Salut par Grâce en Jésus-Christ que Dieu m'accorde, me console.

 

Je suis prêt à accepter ces deux choses.

 

Mais suis-je aussi prêt à en témoigner à autrui ? C'est moins facile.

 

Et cela me mène à la troisième béatitude.

 

Quelques exemples bibliques de douceur

 

Pour mieux saisir ce que c'est d'être doux, humble, soumis, dans le sens où Jésus l'entend ici, cherchons des exemples dans la Bible :

 

Abraham :

Pensons à ses rapports avec Lot, son neveu, plus jeune et moins spirituel. Son oncle le laisse choisir la meilleure part des pâturages quand ils arrivent près de Sodome avec leurs troupeaux.

 


Moïse :

Quelles possibilités à la cour de Pharaon! Il y renonce afin de sauver son peuple. La Bible le décrit comme étant le plus humble des hommes, et le voyage dans le désert à la tête d'un peuple récalcitrant en donne maints exemples.

 


David :

Il savait qu'il serait le roi d'Israël, puisque Samuel l'avait oint. Saül aussi le savait, et il chercha par tous les moyens à le tuer.  A deux reprises, il était à la merci de David, qui prononça cette parole remarquable : «Comment toucherais-je à l’oint de l'Éternel» ? Saül devait bien mourir un jour, mais David en laissa le soin à Dieu.

 


Jérémie :

Les autres prophètes parlaient de choses agréables et avaient la faveur du roi. Jérémie ne parlait pas pour faire plaisir et dut en souffrir.

«C'est un individualiste, il s'isole, il est non-coopératif... » aura-t-on dit.

Jérémie continuait à donner le message reçu de Dieu malgré le mal qu'on disait de lui.

La tradition veut qu'il soit mort en martyr, scié en deux dans un arbre creux. Cela peut être le prix de l'obéissance inconditionnelle.

 


Paul :

Lisez ses lettres aux Corinthiens, à la lumière de tout le mal que certains chrétiens disaient de lui : quelle patience et quel amour bien qu'il fallut parfois mettre de l'ordre et clarifier certaines déviances.

 


Jésus-Christ :

«Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, je vous donnerai le repos... Je suis doux et humble de cœur» (Matthieu 11.28).

Toute sa vie en est le reflet continuel. Persécuté, il pardonne.

Paul décrit le caractère de Jésus :

Il n'a pas tiré avantage de Son Egalité avec Dieu mais s'est soumis à Lui (Philippiens 2.5-11).

Il s'est fait serviteur, Lui, le Maître de l'univers.

Il s'est laissé battre et a subi la torture de la croix, par soumission à Dieu le Père.

 

 

Regardons encore à Jésus pour cerner de plus près quelle est l'essence de l'humilité.

 

Son humilité foncière ne l'a pas empêché de débarrasser le temple des profiteurs avec un fouet, ni d'apostropher les pharisiens en les nommant "hypocrites" huit fois de suite, ni encore de reprendre le serviteur du temple qui lui avait donné une gifle.

 

Parce que, justement, la douceur et l'humilité dont parle Jésus ne sont pas une sorte de lâcheté à l’égard du mal; ce n'est pas "se laisser marcher sur les pieds".

 

Ce que l'humilité n'est pas… et ce qu'elle est

 

Examinons un peu ce que l'humilité n'est pas :

 

  • 1. Ce n'est pas une disposition naturelle.

Tous les chrétiens doivent devenir ainsi, pas seulement ceux qui y seraient disposés.

David était par nature violent ; Moïse était imbu de son savoir-faire ; Paul était supérieurement intelligent et cultivé, jouissant d'un prestige social. Même Spurgeon connaissait le danger de l'orgueil, tout comme un ouvrage dont le titre est plus qu'évocateur : Calvin, l'homme que Dieu a dompté, etc..., 

Et voyez ce qu'ils sont devenus sous La Main Paternelle de Dieu !

 

 

  • 2. L'humilité n'est pas de l'indulgence, ni du laisser-faire (vivre et laisser vivre).

 

 

  • 3. Ce n'est pas la recherche d'un compromis qui arrangera tout le monde.

 

"Passons sur toutes ces divisions et ces distinctions théologiques (comme si elles étaient sans importance !)." – «Soyons un à tout prix, même au prix de la vérité !»

N'avez-vous jamais entendu cela ?

 

 

Voyons donc ce que doit être l'humilité du Chrétien régénéré :

 

1. C'est une affaire intérieure, de l'esprit.

Elle est compatible avec la force et avec une grande autorité. Elle n'est jamais de la faiblesse (les martyrs ne sont pas des faibles).

 


2. L'humilité découle d'une évaluation de soi-même devant Dieu ; elle s'exprime par la conduite envers autrui.

C'est chose impossible sans être pauvre en esprit et conscient de son péché. L'humble ne revendique pas ses droits.

La psychologie enseigne le contraire : se donner de la valeur, s'imposer par sa personnalité.

Jésus-Christ S'est imposé parce qu'Il était d'essence Divine.

C'est aussi Dieu en nous qui nous donne la Seule Autorité valable face aux autres.

 


3. L'humble refuse et rejette le Moi revendicateur, car il est mort avec Christ. Comme on ne peut pas faire mal à un mort, on ne peut plus me faire du tort.

Bunyan s'exprime ainsi :  «Celui qui est par terre n'a plus peur de tomber.»

 


4. Personne n'a jamais été plus abordable et disponible que Jésus, toujours prêt à écouter l'autre.

Sommes-nous prêts à nous laisser enseigner par ceux apportant avec sérieux le conseil de Dieu, même si leur statut est inférieur au nôtre ?

 


5. L'humble abandonne sa vie, son travail, ses relations entre les mains de Dieu.

 

L'héritage promis

 

Qu'en est-il de la seconde moitié de cette béatitude ?

 

«Heureux les humbles, car ils hériteront la terre».

 

Dans un sens, ils l'héritent déjà maintenant, de la façon suivante :

le véritablement humble est toujours satisfait, il est heureux.

 

  •  N'ayant rien, il a tout, comme Paul l'exprime :

«Nous sommes comme n'ayant rien, et nous possédons toute chose» (2 Corinthiens 6.10).

 

  •  Il remercie les Philippiens de leur don en sa faveur et ajoute :

« Je sais vivre dans le besoin, aussi bien que dans l'abondance».

 

  •  Remarquons aussi ce qu'il écrit aux Corinthiens :

«...tout est à vous, ...soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit les choses présentes, soit les choses à venir. Tout est à vous, et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu» (1 Corinthiens 3.21-23).

 

 

  •  Aux Romains :

«Si nous sommes enfants (de Dieu), nous sommes aussi héritiers, héritiers de Dieu et cohéritiers de Christ» (8.17).

 

 

  •  Ailleurs :

«Si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui» (2 Timothée 2.12).

En d'autres termes : "Ne t'en fais pas si tu souffres. Même injustement. Dieu le voit. Reste humble, tu régneras avec Lui. "

 

  • Rappelons-nous le critère de Christ Notre Sauveur et Seigneur :

«Quiconque s'exalte sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera exalté» (Luc 14.11).

Comprenons bien :

"s'exalter" = se suffire à soi-même; ne vouloir devoir rien à Dieu ; être son propre Dieu (archétype : Satan) ;

"s'abaisser" = se soumettre à Dieu ; savoir qu'on Lui doit tout (archétype : Jésus).

 

Comment devenir vraiment humble ?

 

Je ne voudrais pas terminer sans rappeler à nouveau que l'humilité est chose impossible à l'homme naturel (pécheur non régénéré).

 

Jamais homme n'a réussi à se "faire" humble comme Christ, Notre Divin Modèle.

 

Seul le Saint-Esprit peut nous faire pauvres en esprit, nous attrister à cause de notre péché et nous mener à la repentance.

 

Ceux pensant se faire "moines", "ermites", ou autre échappatoire (boudhisme, etc...) , abandonnant la vie humaine normale en s'imposant toutes sortes de renoncements ou d'interdits, en pensant réussir mettent toutes leurs chances vers un échec cuisant et douloureux.

 

Lui Seul peut produire en nous l'humilité qui caractérise le Chrétien né de l'Esprit.

 

C'est une chose sérieuse. Tous ceux qui sont Enfants de Dieu ont reçu le Saint-Esprit. Aucun n'a d'excuse pour être orgueilleux.

 

L'humilité est le fruit direct de l'Esprit.

 

Tout ce que je puis faire, c'est méditer continuellement Sa Parole en regardant au Seigneur Jésus-Christ, et maintenir avec Lui une relation ininterrompue par la prière.

 

Je dois considérer le vieil homme comme mort avec Christ, afin que ce Dernier puisse prendre possession de tout mon être, Lui qui m'a racheté à un si grand prix.

 

 

 

J-P  Schneider,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Promesses 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 08:03
Légaliste ou obéissant ?

Vous est-il déjà arrivé, en croyant obéir à un commandement de Dieu, de vous faire traiter de légaliste ?


Le mot « légalisme » ne se trouve pas dans le Petit Larousse.

 

Il faut chercher dans un dictionnaire plus complet pour trouver comme définition :

– « Souci de respecter la lettre de la loi et les formes qu'elle prescrit.
– (Souvent péjoratif) Attitude de celui qui respecte rigoureusement la lettre de la loi. »

 

Le mot ne se trouve pas dans la Bible, mais on y trouve plusieurs indications sur l'obéissance.

 

L'obéissance de détail n'est pas condamnée :

« Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. » (Matthieu 5.19)

 

L'obéissance partielle est insuffisante :

 

« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l’aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité : c’est là ce qu’il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. » (Matthieu 23.23)

 

L'obéissance à la loi de Moïse n'est plus pour le Chrétien :

Au sujet de la circoncision :

« C’est pourquoi je suis d’avis qu’on ne crée pas des difficultés à ceux des païens qui se convertissent à Dieu, mais qu’on leur écrive de s’abstenir des souillures des idoles, de la débauche, des animaux étouffés et du sang. » (Actes 15.19-20)


Toutefois la loi nous est toujours utile :

 

« Car il est écrit dans la loi de Moïse : “Tu ne muselleras point le bœuf quand il foule le grain.” Dieu se met-il en peine des bœufs, ou parle-t-il uniquement à cause de nous ? » (1 Corinthiens 9.9-10)

 

Paul se sert de cette instruction de la loi pour justifier l'aide financière aux serviteurs de Dieu.

 

L'obéissance aux lois "fabriquées" est totalement condamnée :

 

« Si vous êtes morts avec Christ aux principes élémentaires du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes : Ne prends pas ! ne goûte pas ! ne touche pas ! préceptes qui tous deviennent pernicieux par l’abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes ? Ils ont, en vérité, une apparence de sagesse, en ce qu’ils indiquent un culte volontaire, de l’humilité, et le mépris du corps, mais cela est sans valeur réelle et ne sert qu’à satisfaire la chair. » (Colossiens 2.20-23)

 

L'obéissance à la loi ne rend pas juste :

« Néanmoins, sachant que ce n’est pas par les œuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus-Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus-Christ, afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les œuvres de la loi, parce que personne ne sera justifié par les œuvres de la loi. » (Galates 2.16)

 

« Que nul ne soit justifié devant Dieu par la loi, cela est évident, puisqu’il est dit : “Le juste vivra par la foi.” Or, la loi ne procède pas de la foi ; mais elle dit : “Celui qui mettra ces choses en pratique vivra par elles.” » (Galates 3.11-12)

 

« Trop » obéissant ?

 

Certainement pas, mais on peut manquer cependant d'un réel équilibre.

 

Par exemple, je participe à toutes les activités de l'église pour obéir au Seigneur et pendant ce temps je néglige mon Epouse, mon Epoux, mes enfants ou mes parents.

 

C’est ce que Jésus reproche aux pharisiens :

 

« Vous rejetez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition. Car Moïse a dit : “Honore ton père et ta mère” ; et : “Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.” Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : “Ce dont j’aurais pu t’assister est corban”, c’est-à-dire, une offrande à Dieu, vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère, annulant ainsi la parole de Dieu par votre tradition, que vous avez établie. Et vous faites beaucoup d’autres choses semblables. » (Marc 7.9-13)

 

« Mal » obéissant ?

 

– J'obéis par peur d'être puni.

 Ce n'est pas un motif noble (Romains 13).

 


– J'obéis pour une récompense, pour que Dieu me bénisse.

Oui, Dieu nous bénit quand nous obéissons : « Honore ton père et ta mère (c’est le premier commandement avec une promesse), afin que tu sois heureux et que tu vives longtemps sur la terre. » (Éphésiens 6.2-3)

 

Mais Dieu ne nous est pas redevable parce que nous obéissons. En règle générale, la bénédiction de Dieu découle de Sa Grâce et certainement pas de notre comportement, aussi bon peut il être.


– J'obéis pour être vu des autres et être loué.

Dans ce cas, j’ai déjà ma récompense sur la terre, voire à me soucier réellement lorsque Dieu mettra à nue les bas motifs de notre coeur d'une manière ou d'une autre.

 

Conclusion

 

Ne jugeons pas trop vite les motifs qui poussent mon frère à obéir, et pour ce qui nous concerne, ne faisons pas d'introspection dépassant ce que Dieu attend, mais cultivons oui le désir de vouloir toujours plaire sainement et saintement à Dieu par notre vie.

 

Et si on me traite de légaliste ?

 

Examinons honnêtement, avec sérieux devant Dieu et avec Son Aide le bien-fondé de cette critique.

 

Mais si elle est infondée, disons sans fausseté ni travers et sans crainte comme Paul :

« Pour moi, il m’importe fort peu d’être jugé par vous, ou par un tribunal humain. […] Celui qui me juge, c’est le Seigneur. » (1 Corinthiens 4.3-4)

 
Jean Regard

 

 

 

 

 

Source : Promesses

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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 17:06
Protestantisme et philosophie

Examinons la question de la possibilité d’une philosophie du point de vue protestant et, plus spécialement du point de vue calviniste.

 

Cette question nous avait été posée par l’un des maîtres les plus éminents de la philosophie, en France.

 

Le protestantisme a-t-il besoin d’une philosophie ?

 

S’il en a besoin, y a-t-il droit ?

 

Bien entendu, il a et peut et doit avoir une théologie; aucune discussion sur ce point ; mais pourquoi une philosophie ?

 

Et comment ?

 

On voit tout de suite la gravité de la question.

 

Si le protestantisme a besoin d’une philosophie, et si le principe de sa théologie lui interdit le droit d’en avoir une, le protestantisme n’a pas le droit d’exister pour la pensée.

 

Si la philosophie n’est, pour lui, que spéculation inutile, il n’est plus qu’une chapelle, ou un foisonnement de chapelles obscurantistes en marge de la pensée humaine.

 

Pour le catholicisme, la question ne se pose plus.

 

Mme M. Davy a montré, dans son livre Les sermons universitaires parisiens de 1230 et 1231, que la question s’est posée d’une manière aiguë au XIIIe siècle et qu’elle avait été résolue négativement par les évêques et les théologiens aux dépens de Thomas d’Aquin.

 

Mais depuis, l’Église a donné raison à l’Ange de l’École.

 

« La science qui, à l’aide des lumières de la raison, s’applique à résoudre les grands problèmes relatifs au monde, à l’homme et à Dieu s’appelle philosophie », dit le philosophe thomiste P. Vallet.

 

Cette science est le fondement logique indispensable à l’édification de la théologie positive.

 

Pour la science dite indépendante, la philosophie est une sorte de luxe de la pensée.

 

Primum vivere, deinde philosophari.

 

Elle est destinée à satisfaire le besoin qui pousse certains esprits à sonder jusqu’au fond le connaissable et à faire des synthèses générales.

 

La question de savoir si ce fond dernier peut être atteint par la seule raison théorique, par la raison pratique ou par l’intuition, est tranchée diversement par les diverses écoles indépendantes.

 

Pour définir l’organe de la philosophie indépendante en englobant toutes les écoles, nous substituerons donc à l’expression du philosophe catholique lumière de la raison, l’expression plus générale lumière naturelle.

 

Comme, d’autre part, les philosophes agnostiques et positivistes relèguent Dieu et les choses en soi dans le domaine de l’inconnaissable, nous assignerons pour objet à la philosophie indépendante le général, l’universel abstrait.

 

Et pour le protestantisme, maintenant ?

 

On désigne sous ce terme unique deux courants de la pensée religieuse qui ont un caractère commun ; ils veulent affranchir la pensée religieuse du magistère infaillible de toute Église représentative, et c’est dans le sein de l’Église romaine, au XVIe siècle, que ce mouvement d’émancipation s’est produit.

 

Mais ces deux courants ont chacun leur principe formel propre.

 

Le principe formel du protestantisme indépendant, c’est l’autorité subjective de la conscience religieuse de l’individu : l’autorité de Dieu si l’on veut, mais l’autorité de Dieu s’exprimant dans et par la conscience de l’individu.

 

Le principe formel du protestantisme orthodoxe, qu’il soit du type luthérien ou du type réformé, c’est l’Autorité de l’Esprit de Dieu s’attestant et à la conscience de l’Église et à la conscience individuelle dans et par l’Écriture.

 

À notre sens, la question de savoir si le protestantisme indépendant ou libéral peut et doit avoir une philosophie ne se pose pas.

 

Il n’est qu’une religion philosophique ou plutôt une philosophie religieuse née au contact de la foi des prophètes d’Israël et surtout de Jésus et des apôtres.

 

Sa dogmatique sera la traduction intellectuelle et synthétique des émotions religieuses ou mystiques de l’âme individuelle.

 

S’il est rationaliste, la philosophie sera, pour lui, ce qu’est la philosophie pour les catholiques scolastiques.

 

S’il est intuitionniste, elle sera pour lui ce qu’elle était pour Kant ou pour Renouvier, et ainsi de suite.

 

S’il veut être en se pensant lui-même, et nous ne voyons pas au nom de quel principe on lui refuserait le droit de se penser, le protestantisme indépendant ou libéral ne peut guère faire autre chose que de philosopher.

 

Il n’entre pas dans notre sujet de faire la critique du protestantisme indépendant.

 

Nous dirons seulement que, si nous voyons très bien qu’avec lui nous pourrions philosopher à perte de vue, il nous apparaît aussi avec évidence qu’il ne tient pas compte de faits qui s’imposent à la conscience religieuse calviniste avec la force d’une injonction divine.

 

Ces faits, c’est que l’Écriture est le buisson ardent où cette conscience a rencontré Dieu, et que la soumission à l’Autorité de l’Écriture, à Son Autorité Formelle, aussi bien que matérielle, comme juge suprême et pierre de touche de toute pensée et de toute sagesse, n’est pas seulement la charte divine qui l’affranchit de toute tyrannie humaine, mais qu’elle est la digue qui s’oppose à la montée des incertitudes, des contradictions de l’anarchie intellectuelle où se débat le protestantisme indépendant.

 

Le calvinisme ne peut être autre chose que protestantisme orthodoxe.

 

La forme conséquente, achevée, du protestantisme orthodoxe est le calvinisme, la théologie réformée.

 

C’est du point de vue du dogme réformé que nous allons maintenant envisager la question de la possibilité d’une philosophie, et d’une philosophie qui ne se confonde pas avec la dogmatique.

 

Il est nécessaire, pour répondre à la question posée, de dire ce qu’est le calvinisme par rapport au problème qui nous occupe ; ce qu’est, pour lui, la dogmatique ; quelle idée il peut se faire de la philosophie.

 

Le calvinisme est d’abord une religion positive.

 

La source et la norme de son dogme est une révélation historique et progressive, une histoire sacrée qui a ses lieux, ses dates, son document : l’Écriture ;

 

son centre : le Christ crucifié.

 

Le calvinisme veut être non une Église nouvelle, mais l’Église ancienne réformée, et réformée selon le mobile de la piété qui est le Soli Deo gloria, le désir de promouvoir la gloire de Dieu, et  cela en prenant pour règle de foi les écrits reconnus par toute l’Église comme parole de Dieu et qui s’attestent à la conscience chrétienne comme Divine par le témoignage indirect et direct du SaintEsprit.

 

Le calvinisme, étant une réforme dans l’esprit de la tradition augustinienne, est anormaliste : il croit à la chute et à la corruption totale de la nature humaine — dans le sens extensif, bien entendu, et non dans le sens intensif — ; il vise donc à purifier l’Église de l’hérésie, sous la forme du judaïsme moraliste d’abord.

 

Sur ce point, il se confond avec le luthéranisme orthodoxe.

 

Il acceptera donc la justification sola fide.

 

Mais il vise à être une réforme plus complète.

 

Il se distingue du luthéranisme en ce qu’il porte un effort intense contre l’autre aspect que revêt l’hérésie : l’élément païen, qui tend à confondre les signes divins avec le numen lui-même, à reléguer Dieu au second plan, ou à mettre Dieu sous la dépendance de l’homme et des choses.

 

Enfin, le calvinisme est sur un autre plan que le rationalisme : il est suprarationaliste.

 

Pour lui, le principe intérieur de la certitude dogmatique et la condition de l’intellection est la foi.

 

Il pourrait s’approprier la devise de saint Anselme : Fides quærens intellectum (la foi recherche l’intelligence).

 

Contrairement au catholicisme romain, il considère la foi comme un élément essentiel de la nature humaine dans son état d’intégrité avant la chute : la foi qui croit (fides qua creditur), la foi, faculté de reconnaître Dieu et les choses divines, quand la révélation se produit.

 

C’est la foi, l’intuition, en nous, de Dieu soutenant notre subsistance et le mouvement de notre vie ; la foi, l’intuition de Dieu dans le monde, où il agit par la création continue et par la conduite qu’il lui impose ; la foi, l’intuition de Dieu dans l’Écriture, où il parle avec Autorité et Promet avec Fidélité.

 

La foi, corrompue par la chute, n’est plus guère que la religiosité conservée par la grâce commune.

 

Mais dans l’état de chute, elle se refuse quand elle devrait se donner, et se donne quand il faudrait se réserver.

 

La nature corrompue ne voit pas toujours que la foi est tellement essentielle à l’essence de notre être qu’on ne peut faire aucune démarche dans la voie de la connaissance sans prendre son point de départ dans un acte de foi initial à quelque principe, ne serait-ce qu’en l’intuition du doute sceptique et du droit intellectuel au doute.

 

Comme pour les autres philosophies intuitionnistes, nous parlerons donc de lumières naturelles plus que de raison naturelle.

 

La pensée naturelle est au seuil du sanctuaire quand elle comprend que la seule attitude conforme à la sagesse et à la dignité de l’Esprit est de n’accorder la foi totale qu’à l’Esprit absolu, originaire et garant de la réalité.

 

Le calvinisme étant ainsi caractérisé, il est aisé de déterminer ce que sera pour lui la dogmatique.

 

Ce sera une synthèse des mystères de la révélation religieuse, opérée par la raison, qui elle-même a reconnu que la foi est la condition de l’intelligence.

 

C’est la science de la foi, par la foi, science qui a pour objet le contenu de la religion positive.

 

Or, la religion a pour fin principale de nous faire connaître la manière de servir et de glorifier Dieu par la foi et les œuvres, et pour fin subordonnée de nous enseigner la voie du salut.

 

La dogmatique a pour objets Dieu, l’homme et le monde en tant que dépendant religieusement de lui pour être conduits à leurs destinées suprêmes, en tant que perdus ou que sauvés.

 

Puisque la foi chrétienne réformée s’est érigée en science dogmatique avec sa théologie propre, son anthropologie et sa cosmologie, la question se pose de savoir s’il y a place, à côté de cette dogmatique, pour une philosophie chrétienne ayant les mêmes objets : Dieu, l’homme, la nature, et, dans le cas affirmatif, comment elle se distinguera de la dogmatique.

 

Immédiatement apparaît une différence fondamentale quant à la finalité : la science dogmatique se propose de connaître ce que Dieu a révélé pour que nous le servions et que nous trouvions la voie du salut.

 

Les sciences concrètes et la philosophie, science des premiers principes universels des sciences, se proposent de connaître la nature, pour l’asservir.

 

Dieu, la souveraineté de Dieu ne sont considérés que dans la mesure où ils peuvent nous faire comprendre l’ordre de la nature qui en relève ; ainsi Dieu, comme cause première, comme ciment logique de la réalité, comme dynamisme ultime de la totalité du réel.

 

La théologie positive de par son essence a pour texte la révélation de Dieu dans la subsistance, dans les relations et le changement de la totalité du réel de la nature.

 

Par sa doctrine de la préordination éternelle et immuable de toutes choses, de la création et de la conservation du monde et de la vocation royale de l’homme sur le monde, le calvinisme, affirmant un univers et un déterminisme de l’ordre de l’univers, donne à la philosophie un domaine bien à elle et distinct de celui de la dogmatique : le domaine de la nature ou ordre imposé par Dieu au créé.

 

Comment le calviniste fera-t-il de la philosophie ?

 

Puisqu’il est rétabli virtuellement dans son état de rénovation ou de régénération et qu’il a retrouvé la faculté normale de l’homme, la foi, il partira des mêmes principes normatifs que la dogmatique : la foi, condition de l’intellection ; la révélation chrétienne dans l’Écriture, norme suprême.

 

Comme pour la dogmatique, il appliquera sa raison croyante à l’étude de son texte : la nature et les généralisations dernières qu’il s’agit d’en tire r; comme le théologien applique sa raison régénérée ou illuminée à l’interprétation scientifique de son texte qui est la révélation positive.

 

Pourquoi fera-t-il de la philosophie ?

 

Parce qu’il a des aspirations humaines et des aspirations spécifiquement religieuses propres à sa foi réformée.

 

Des aspirations humaines, comme les autres hommes, il a besoin de comprendre ce qu’il connaît et de comprendre l’acte même de connaître.

 

Il cultivera les sciences particulières parce qu’il faut savoir pour pouvoir, et il cultivera la science des sciences parce qu’on ne sait vraiment que ce qu’on comprend.

 

Il s’agit là seulement d’une nécessité psychologique.

 

Mais le calvinisme a des aspirations religieuses qui font de la philosophie une nécessité vitale.

 

Il s’agit non plus pour lui, comme pour le catholicisme, de donner à sa foi une base rationnelle.

 

Nous l’avons vu, le calvinisme est suprarationaliste.

 

La foi religieuse n’est pas pour lui une opinion : elle est le type le plus élevé et le plus raisonnable de la certitude.

 

Aussi ceux des calvinistes qui, contrairement à Calvin, croient que l’existence de Dieu peut être l’objet de démonstrations rationnelles ne se servent-ils de ces preuves que pour critiquer l’athéisme et déclarent-ils que ni le fidèle ni l’Église n’en ont besoin.

 

Il s’agit pour lui de toute autre chose.

 

Il s’agit :

 

1°) de répondre à l’appel de l’instinct de la foi qui veut comprendre pour admirer, aimer, glorifier Dieu dans son œuvre ;

 

 2°) de promouvoir la foi en la souveraineté de Dieu dans tous les domaines de la pensée ; de renverser, selon l’idéal apostolique, toute forteresse qui se dresse contre Dieu ; d’amener toute pensée à se ranger, comme captive, derrière le char triomphal du Christ, et, pour cela, d’expurger la science des sciences de tout élément païen (déisme, panthéisme), comme Calvin en a expurgé la partie de l’Église qui s’est rangée derrière le principe qu’il a proclamé : La culture du domaine philosophique est donc non seulement un droit, c’est un devoir religieux.

 

Il reste à examiner brièvement quelques objections.

 

1. En éliminant l’élément païen, c’est la nature qui s’en va et avec elle la philosophie.

 

Réponse : l’élément païen n’est pas l’élément naturel, par opposition à l’élément chrétien, qui serait le surnaturel.

 

Le paganisme et le christianisme sont, l’un et l’autre, le naturel et le surnaturel.

 
Le paganisme, c’est la nature déchue ; le christianisme, c’est la nature rénovée.
 
 
D’autre part, il y a du surnaturel dans le paganisme, non seulement le surnaturel satanique, mais le surnaturel de la grâce commune.
 
La science et la philosophie cultivées par les païens sont les résultats magnifiques de l’action de la grâce commune ; l’élément païen qu’on y trouve ne doit pas être confondu avec elles.
 
Il peut et doit en être séparé.
 
Tout ce qu’ont dit et ce que disent les païens, le judaïsme, les hérétiques n’est pas forcément païen, juif ou hérétique.
 
 
Même dans les questions religieuses, ils ont des lueurs divines parfois : fulgurantes, sinon durables, et cela en vertu de la grâce commune.
 
 
Il est donc faux de dire qu’en éliminant ce qui est spécifiquement païen, nous éliminons la nature.
 
 
2. En assignant à la philosophie un objet religieux : Dieu, qu’elle atteint par la religiosité, par l’intuition de la foi, nous substituerions la religion à la philosophie.
 
 
Réponse : cela pourrait se soutenir si la philosophie n’avait d’autre procédé pour atteindre le vrai, d’autre lumière naturelle que la démonstration rationnelle.
 
 
Ce n’est pas le cas.
 
 
L’intuition sensible est aussi une lumière de la nature, un moyen de connaître, quelquefois le seul possible.
 
Toute science est bien obligée de partir d’indémontrables.
 
La foi n’est pas un procédé exclusivement religieux.
 
Même quand elle prend Dieu pour objet, si elle considère Dieu non comme révélateur, législateur souverain et Sauveur, mais sous l’aspect de l’explication suprême du réel, l’intuition de Dieu, la foi qui l’affirme, tout en étant un acte religieux, est une attitude philosophique.
 
La philosophie de la religion elle-même, quand elle considère les idées abstraites de la révélation positive, de religion positive, est encore de la philosophie et non de la religion.
 
Une philosophie de la religion n’a aucun moyen de déterminer quelle forme concrète le culte de Dieu exige, ni s’il fera ou non de pécheurs des fils adoptifs de sa grâce salvatrice.
 
Elle n’est donc pas une religion.
 
Pourquoi le calviniste ne pourrait-il, lui aussi bien qu’un autre, faire de la religion l’objet de son étude ?
 
Quoi ?
 
L’agnostique et le douteur pourraient le faire en partant de leur principe qui est le doute universel, et le calviniste n’aurait pas le droit de le faire en partant du sien ?
 
Mais le doute universel n’est pas le seul point de départ convenable de la philosophie.
 
On peut même affirmer que celui qui part de là y restera toujours empêtré et qu’il ne pourra jamais constituer une véritable philosophie qu’à condition de se donner un autre point de départ.
 
Nous croyons, au contraire, que la philosophie est la science des sciences, et qu’elle ne peut être cela qu’à condition de s’appuyer sur des certitudes fondamentales et premières, que l’intuition de la foi lui fournit.
 
Par la foi nous savons, dit Calvin après l’épître apostolique ; et par là, le calvinisme rejoint la grande tradition anselmienne pour qui la foi était la condition de l’intellection, et l’intellection le résultat d’un effort de la foi, fides quærens intellectum.
 
Ainsi, le type de philosophie que le calvinisme ne peut ni ne veut cultiver, c’est celui qui, érigeant le doute en principe, prétend créer, par ses seules forces, la vérité, faisant de l’homme la mesure de toutes choses.
 
Entre lui et cette philosophie-là, il y a une opposition principielle irréductible.
 
Toute philosophie calvinienne sera nécessairement une philosophie de croyants, même quand elle sera une philosophie de la croyance.
 
Le calvinisme n’a affranchi la pensée protestante que pour l’assujettir à l’autorité de Dieu, et il croit que c’est dans cette soumission à Dieu qu’est la véritable garantie de la dignité de l’esprit humain.
 
 
Auguste Lecerf, (1872-1943)
Pasteur Réformé
Théologien,
Il fut professeur de dogmatique réformé
à la Faculté de théologie protestante de Paris, 
spécialiste de la pensée de Jean Calvin
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sourceressourceschretiennes

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18 mars 2017 6 18 /03 /mars /2017 09:16
Depuis le ciel, Dieu ne perd jamais des yeux un(e) seul(e) de Ses Enfants.

Et aussitôt Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l'autre côté, vers Bethsaïda, pendant que lui-même renverrait la foule. Et quand il l'eut renvoyée, il s’en alla dans la montagne pour prier. Le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre. Il vit qu'ils avaient beaucoup de peine à ramer, car le vent leur était contraire. Vers la quatrième veille de la nuit il alla vers eux, marchant sur la mer, et il allait les dépasser. Quand ils le virent marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme et ils poussèrent des cris ; car ils le voyaient tous, et ils étaient troublés. Aussitôt Jésus leur parla, et leur dit : « Rassurez vous, c’est moi, N'ayez pas peur. " Puis il monta auprès d’eux dans la barque et le vent tomba. Ils furent en eux-mêmes tout stupéfaits et remplis d'étonnement, car ils n’avaient pas compris le miracle des pains, parce que leur coeur était endurci . Après avoir traversé la mer, ils vinrent dans le pays de Génésareth, et ils abordèrent.

(Marc 6 : 45/53)

 

Mettons en évidence les points pouvant nous encourager dans les orages de la vie.

 

Jésus envoie ses disciples sur le lac

 

C'est le Seigneur Lui-même qui a envoyé Ses disciples sur le lac.

 

Il les a même contraints à monter dans la barque.

 

Nous voyons ici que nous pouvons nous trouver dans des situations difficiles - où notre foi est éprouvée à l'extrême - dans un chemin où le Seigneur nous a expressément envoyés.

 

Mais quoi qu'il en soit, nous pourrons constater que le Seigneur contrôle constamment toute chose.

 

Ce qui nous arrive n'est pas le produit du hasard.

 

Il a Ses Plans et Les réalise par les moyens qu'Il Juge Bon.

 

Après plusieurs années d'immenses épreuves, jetant un regard en arrière, Joseph pouvait dire à ses frères :

 

« Et maintenant, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, mais c'est Dieu » (Genèse. 45, 8).

 

Dans notre vie, rien n'arrive que le Seigneur n'ait pas commandé et qui ne soit pas pour notre bien.

 

Qui dira qu'une chose arrive, sans que le Seigneur l'ait ordonnée ? (Lamentations 3, 37).

 

Le Seigneur prie sur la montagne et voit ses disciples se tourmenter à ramer

 

Le Seigneur Jésus nous suit des yeux dans la détresse et nous accompagne par la prière.

 

La situation des disciples ne Le laissait pas indifférent.

 

Même s'Il était éloigné d'eux pour un moment, rien de ce qui les concernait ne Lui échappait.

 

Il était monté sur la montagne pour prier.

 

De là Il voyait Ses disciples et leurs circonstances adverses.

 

Aujourd'hui le Seigneur Jésus est dans le ciel.

 

Christ est là comme Notre Miséricordieux et Fidèle Souverain Sacrificateur auprès de Dieu.

 

Il est plein de Compassion pour nous.

 

Il s'occupe de nous.

 

Rien ne Lui échappe.

 

Son regard est dirigé vers nous.

 

C'est ce qu'exprime le psalmiste :

 

« Les yeux de l'Éternel regardent vers les justes, et ses oreilles sont ouvertes à leur cri » (Psaume. 34, 15).

 

Depuis le ciel, le Seigneur voit :

 

  • chaque difficulté que nous rencontrons,

 

  • chaque larme que nous versons,

 

  • chaque sentiment de notre coeur, même s'il est inconnu de ceux qui nous entourent,

 

  • chaque moment de solitude qui nous oppresse,

 

  • chaque injustice dont nous pourrions être victimes,

 

  • chaque question à laquelle nous ne trouvons pas de réponse ici-bas.

 

Devant Lui toutes choses sont nues et découvertes ; nous sommes entièrement transparents.

 

Depuis le ciel, Il ne nous perd jamais des yeux.

 

Il connaît nos sentiments dans chaque situation.

 

Le Seigneur vient vers ses disciples au moment opportun

 

Jésus ne se contente pas de nous regarder et de compatir avec nous, mais Il vient auprès de nous dans nos difficultés.

 

Il ne s'est pas simplement présenté à Ses disciples dans la barque, mais Il a marché sur les vagues - ces vagues qui parlent des circonstances difficiles qu'il nous arrive de rencontrer.

 

C'est justement là que nous pouvons faire l'expérience de Sa Présence et de Son Secours.

 

Lorsque les trois amis de Daniel étaient dans la fournaise, le Seigneur est venu auprès d'eux dans le feu ardent (Daniel 3, 25).

 

Lorsque Paul était seul dans sa prison, le Seigneur s'est tenu près de lui (2 Timothé 4, 17).

 

C'est ce dont nous pouvons aussi faire l'expérience.

 

En Ésaïe nous lisons :

 

« Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse, et l'Ange de sa face les a sauvés ; dans son amour et sa miséricorde il les a rachetés, et il s'est chargé d'eux, et il les a portés tous les jours d'autrefois » (63, 9).

 

Et dans un autre passage du même prophète, nous trouvons :

 

« Mais maintenant, ainsi dit l'Éternel, qui t'a créé, ô Jacob, et qui t'a formé, ô Israël : Ne crains point, car je t'ai racheté ; je t'ai appelé par ton nom, tu es à moi. Quand tu passeras par les eaux, je serai avec toi, et par les rivières, elles ne te submergeront pas ; quand tu marcheras dans le feu, tu ne seras pas brûlé, et la flamme ne te consumera pas. Car moi, je suis l'Éternel, ton Dieu, le Saint d'Israël, ton sauveur... tu es devenu précieux à mes yeux... et moi, je t'ai aimé... Ne crains pas, car je suis avec toi » (43, 1-5).

 

Quel appui pour nous que cette Présence de Notre Dieu dans les circonstances difficiles !

 

Le Seigneur se fait connaître à ses disciples

 

Les disciples n'ont pas tout de suite reconnu Leur Maître.

 

Cela nous arrive souvent aussi.

 

En Le voyant marcher sur la mer, ils ont cru que c'était un fantôme et ont crié de peur.

 

Mais aussitôt Il leur a parlé.

 

Il leur a adressé des paroles de consolation, des paroles qui encouragent, des paroles par lesquelles tout est transformé.

 

Ce qu'Il a dit alors à Ses disciples est pour nous aussi.

 

« Ayez bon courage. »

 

Nous n'avons pas à rester résignés, fatigués et sans courage.

 

Le Seigneur nous parle afin de nous encourager.

 

Ecoutons-le.

 

Il veut nous donner la force de supporter l'épreuve que Lui-même a envoyée.

 

« N'ayez point de peur. »

 

Les circonstances de la vie sont souvent de nature à nous faire peur et à nous rendre soucieux quant à l'avenir.

 

Que va-t-il advenir ?

 

Mais à quoi sert-il d'avoir peur de ce qui pourrait survenir ?

 

L'apôtre Pierre nous exhorte : « Rejetant sur lui tout votre souci, car il a soin de vous » (1 Pierre 5, 7).

 

« C'est Moi ».

 

Il est l'Eternel JE SUIS, L'Immuable, Le Rocher des siècles.

 

Dans le dernier livre de l'Ancien Testament, nous lisons :

 

« Car moi, l'Éternel, je ne change pas » (Malachie 3, 6).

 

Dans un monde où tout est en bouleversement continuel, nous pouvons nous abandonner entièrement au Seigneur. Rien ne peut l'ébranler.

 

Au moment où le Seigneur est monté dans la barque, les disciples ont pu voir le vent et les vagues s'apaiser.

 

En ce qui nous concerne, il n'en est pas toujours ainsi.

 

Mais une chose est certaine : si le Seigneur est à bord, le bateau ne peut jamais couler.

 

Et le moment vient où nous arriverons sains et saufs au port.

 

« Alors ils ont crié à l'Éternel dans leur détresse, et il les a fait sortir de leurs angoisses ; il arrête la tempête, la changeant en calme, et les flots se taisent, et ils se réjouissent de ce que les eaux sont apaisées, et il les conduit au port qu'ils désiraient. Qu'ils célèbrent l'Éternel pour sa bonté, et pour ses merveilles envers les fils des hommes » (Psaume 107, 28-31).

Amen,

 

E.A. Bremicker

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Le Messager (1860)

 

 

 

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 10:58
Europe, la vieille dame inusable

Certains lui donnent deux mille ans ou plus, mais elle ne fait pas son âge.

 

Constamment remise en selle, malgré de mémorables culbutes, elle reste incorrigiblement optimiste.

 

Sous sa forme relookée, elle avoue près de 57 ans ( 9 mai 1950, appel de R. Schuman, acte de naissance de la construction européenne).

 

En 1957 (25 mars 2957, Traité de Rome, à la base du Marché commun et de la CEE) , elle avait déjà six enfants ; elle en exhibe désormais 27 (1er janvier 2007, l'Union européenne compte 27 membres).

 

Cette intendante aux larges robes fait de la place à tous ses protégés ; elle regorge de projets impeccables.

 

« Prospérité, sécurité, liberté, égalité, dignité humaine, paix, tolérance, respect mutuel (et même des minorités), justice, solidarité, développement durable ; lutte contre la faim, la maladie, la pauvreté, le terrorisme, le crime organisé ; démocratie, État de droit, stabilité… et pour faire bon poids, selon sa devise : In varietate concordia (Unie dans la diversité). »

 

Qui ne voudrait souscrire à un tel programme, dans un monde ravagé par la corruption, par les menaces de désintégration sociale, économique, professionnelle… et morale, par le dangereux déséquilibre nord-sud, par le réchauffement climatique, etc. ?

 

Qui n’aurait pas envie de faire sien un tel credo, au moment où, malgré les réticences de deux de ses enfants récalcitrants (voir le non des citoyens français et hollandais au projet de Constitution européenne. nota Refuge Protestant : sans parler de l'Angleterre sorti aujourd'hui), cette grande dame peut se targuer de quelques réussites indéniables ? (Les siens ont commencé à circuler tout à leur aise sur ses terres, et à s’y établir à leur gré. En 2007 déjà, c'était en outre la première puissance économique mondiale avec près de 30,30% du PIB mondial.)

 

Du reste, n’est-il pas préférable d’œuvrer ensemble avec elle plutôt que de rééditer les guerres d’antan ?

 

Oui, chère grande Europe, toi qui te couronnes de douze étoiles, signe de perfection et de plénitude, qui ne souhaiterait du fond du cœur l’accomplissement de tes rêves ?

 

Pour celui qui vit sous ton parapluie, quel avenir !

 

À moins qu’il ne faille, avant de s’élancer joyeusement dans ton sillage...comme nous y invite ton hymne officiel, l' « Ode à la joie », se poser une ou deux questions sur la vraie nature de tes valeurs, de ta liberté sous haute surveillance, de ton salut sans Dieu, de ton évangile sans Christ.

 

Pendant que tu nous le permets encore...

 

 

Claude-Alain Pfenniger

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Source : 

 

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 09:08
La perfection est ailleurs

On imagine souvent mal les ravages de la corruption.

 

Les catastrophes ou les guerres prouvent-elles vraiment l’indifférence de Dieu ?

 

Elles soulignent surtout le vice humain.

 

La situation spirituelle est encore plus dramatique, car ce sont nos coeurs séparés de Dieu et « esclaves de la corruption » (2 Pierre 2.19) qui nous entraînent à notre perte.

 

L'intégrité est cependant un objectif réaliste, à condition toutefois de prendre conscience du « fumier » duquel la Grâce de Dieu peut nous tirer (Psaume 113.7).

 

Celui qui minimise son état de corruption n’aura pas la ferme volonté de s’en affranchir, et sera peu reconnaissant envers son Sauveur (Luc 7.47).

 

Mais plus il admet les profondeurs de son péché, plus il réalise la grandeur de sa délivrance, et plus sa louange s'élève vers le Dieu très-haut :

« là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. » (Romains 5.20b).

 

Lisez la biographie d'hommes pieux, et tous vous diront tout ce qu'ils doivent à la Grâce de Dieu, plus qu'à leur moralité naturelle.

 

Oui, la droiture existe dans ce monde... Mais elle n'est pas de ce monde !

 

Que cette réalité nous incite donc, non pas à nous morfondre, mais à rendre toute la gloire à Dieu pour Son Oeuvre de sanctification en nous.

 

Oeuvre qu'Il initie, soutient, et mènera à la perfection, puisqu'Il a prévu de nous rendre progressivement irréprochables pour le jour où Christ paraîtra (1 Corinthien 1.8).

 

Amen,

 

Frédéric Mondin,

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source : 

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 13:18
PRO-TESTANTISME OU ANTI-TESTANTISME : La source de la Réforme comme mouvement Confessant par Eric Kayayan,  (Partie I)

UN APERÇU HISTORIQUE

 

Il est indéniable sur le plan historique que la Réforme du seizième siècle – qu’elle soit luthérienne, zwinglienne ou calvinienne – a été un mouvement caractérisé par une très riche expression confessionnelle, c’est-à-dire par la production de textes symboliques présentant, défendant et affirmant en forme de serment (« pro-testant ») le corps de doctrines cru et proclamé dans la prédication, la catéchèse ainsi que dans tous les aspects de la vie des églises et des croyants.

 

Cette activité symbolique s’est d’ailleurs poursuivie au cours du dix-septième siècle (avec notamment la Confession de Westminster, le document symbolique adopté par la plupart des églises dites presbytériennes).

 

Nombre d’églises continuent de voir le jour de par le monde se réclamant du même héritage confessionnel, particulièrement en Afrique sub-saharienne et en Asie (Indonésie, Corée du Sud entre autres).

 

Elles demeurent pro-testantes, maintenant vivante une ou plusieurs de ces confessions de foi, en plus de leur attachement aux grands credos écuméniques des premiers siècles (symbole de Nicée-Constantinople, symbole dit des Apôtres, symbole dit d’Athanase, déclaration du concile de Chalcédoine sur les deux natures – divine et humaine – du Christ et leur relation).

 

A titre d’exemple, de nombreuses églises réformées maintiennent ce qu’il est convenu d’appeler les Trois Formules d’Unité, à savoir la Confession Belgica (rédigée en 1561 par Guido de Brès, mort en martyr en 1567 pour la cause de cette même confession), le Catéchisme de Heidelberg (1563) et les Canons de Dordrecht (1618-1619) : lors de leur ordination, les pasteurs de ces églises prêtent devant l’assemblée des fidèles le serment de prêcher et d’enseigner en accord avec ces textes symboliques.

 

Il serait erroné de penser que la multiplicité des confessions de foi produites durant la Réforme ne témoigne que de divisions ou de désaccords, même si sur un certain nombre de points une telle appréciation est justifiée.

 

Une étude comparative des textes symboliques les plus significatifs par leur contenu et l’adhésion qu’ils ont suscitée, montrera facilement que si les circonstances historiques et ecclésiastiques qui en ont motivé la rédaction diffèrent, leur contenu, même si exprimé différemment (et aussi en langues vernaculaires différentes) est en général remarquablement proche.

 

La comparaison des nuances d’expression, la variation des approches permet en fait de stimuler la réflexion théologique et d’approfondir l’étude de l’Écriture Sainte, à laquelle toutes se réfèrent comme leur source première, comme la norme ultime dont elles se réclament et à laquelle elles cherchent à se soumettre (la norma normans distinguée de la norma normata qui est leur propre statut au sein des églises confessantes, selon le vocabulaire spécialisé).

 

Il est d’autre part non moins indéniable sur le plan historique que face à ce pro-testantisme, s’est graduellement développé à partir du siècle dit des « Lumières », un anti-testantisme au sein de nombre d’églises historiquement issues de la Réforme, qui cherche à minimiser, voire étouffer toute tendance confessante au sens où les Réformateurs l’avait mise en avant.

 

La mention d’une ou plusieurs confessions de foi demeure certes en leur sein comme élément d’un patrimoine historique dont la place muséifiée n’est pas contestée, cependant ces confessions ont depuis longtemps perdu tout caractère normatif, laissant la place soit au subjectivisme individualiste (sous prétexte d’un libre-arbitre en fait nié avec la plus grande véhémence par les Réformateurs), soit à un flou doctrinal savamment orchestré afin d’éviter tout engagement délimitant clairement le champ de ce qui est cru en communauté de ce qui ne l’est pas.

 

On qualifiera alors volontiers de « piège identitaire » tout élément de définition doctrinale s’opposant à un universalisme jugé salvateur du simple fait que le salut serait acquis à tous les humains en tant qu’ils sont les créatures de l’Être suprême.

 

Cet anti-testantisme déconstruisant aussi bien l’esprit que la lettre des textes symboliques issus de la Réforme, doit naturellement se comprendre par rapport à la norme anthropologique et philosophique antithétique dont il se réclame, celles des « Lumières », devenue à tous égards l’anti-norme confessée implicitement voire explicitement par les églises en question.

 

« ET VOUS, QUI DITES-VOUS QUE JE SUIS ? »

 

Le propos de cet article n’est pas d’évaluer ou de contester l’opportunité ou la nécessité de formuler de nouvelles confessions de foi aujourd’hui, dans un contexte socio-historique différent de celui qui prévalait en Europe au 16e siècle.

 

C’est un sujet qui mérite un développement à part.

 

Mon propos est plutôt d’évaluer succinctement toute forme d’activité confessionnelle au sein du christianisme à la lumière de l’Écriture, du Sola Scriptura remis en vigueur par la Réforme, afin de tâcher d’en cerner les traits principaux.

 

Car au-delà des vicissitudes historiques voire des polémiques qui ont accompagné la naissance et la diffusion des confessions de foi de la Réforme (que l’on pense seulement aux circonstances présidant à la publication de la confession d’Augsburg, rédigée par Mélanchthon, l’ami et collaborateur de Luther, et présentée par les princes protestants devant Charles-Quint en juillet 1530) il est nécessaire de remonter à la source de cette remarquable activité confessionnelle : l’Évangile lui-même – auquel les Réformateurs se sont avant tout référés comme à leur point de départ – ; plus spécifiquement, au cœur de l’Évangile, la question cruciale posée en une double séquence par Jésus-Christ à ses disciples en Matthieu 16, d’abord au verset 13: Au dire des gens, qui suis-je, moi, le Fils de l’homme ? (Mc. 8:27 : Les gens, qui disent-ils que je suis ? Lc 9:18: Les foules, qui disent-elles que je suis ?); puis au verset 15, en contraste avec les réponses fournies: Mais vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis?

 

La réponse de Jésus dans les évangiles synoptiques montre sans l’ombre d’un doute qu’il y a des réponses erronées, et une réponse véridique, celle de Pierre, qui le confesse comme le Christ, le Fils du Dieu vivant (Matt. 16:16), [Tu es le Christ, Mc. 8:29 ; Le Christ de Dieu, Lc 9:19].

 

C’est bien sur le fondement de ce roc, de cette confession identifiant et nommant correctement sa personne, et dans ce nom même (Christ/Messie) l’œuvre qu’il est venu accomplir, que Jésus édifiera son Église au cours des âges.

 

Du reste il ne demeurera avec elle jusqu’à la fin des temps que pour autant qu’elle confessera sa souveraineté dans les cieux et sur la terre en la proclamant universellement à toutes les nations au nom du Dieu trinitaire (Matt. 28:18-20).

 

Si, jusqu’à l’accomplissement complet comme Christ/Messie de sa mission sur terre, Jésus défend à ses disciples de proclamer publiquement qu’il est bien celui que Pierre a confessé non d’un simple mouvement humain mais conduit par le Père céleste (Matt. 16:17), cette identification s’est suffisamment répandue auprès des foules pour que le procurateur romain Ponce Pilate lui-même en ait pris connaissance au moment du procès de Jésus:

 

Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas ou Jésus appelé le Christ ? (…) Que ferai-je donc de Jésus, appelé le Christ ? lance-t-il à la foule (Matt. 27:17,22).

 

D’autant plus que la condamnation de Jésus pour blasphème par le sanhédrin un peu plus tôt a été motivée par cette auto-confession sur sa personne.

 

Il s’est identifié au Fils de l’homme de la prophétie de Daniel 7:13:

 

Le souverain sacrificateur lui dit : Je t’adjure par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Tu l’as dit. De plus je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite du Tout-Puissant et venant sur les nuées du ciel (Matt. 26:63-64).

 

En répondant positivement à la question du souverain sacrificateur, Jésus a repris à son compte la confession de Pierre qui lui avait été inspirée par le Père céleste, et a aussi affirmé son propre retour en gloire, ce que le crédo de Nicée-Constantinople confessera comme suit :

 

Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin.

 

Il est du reste tout à fait significatif que Suétone et Tacite, historiens romains de la fin du premier siècle et du début du second siècle, mentionnent la personne de Chrestus, ou Christus, lorsqu’ils parlent des chrétiens.

 

Que Jésus-Christ exige de ses disciples une confession de foi conforme à la réalité de sa personne et de son oeuvre, cela apparaît tout aussi clairement lorsqu’il leur déclare, au milieu d’un discours où l’accent est mis sur les persécutions auxquelles ils peuvent s’attendre, justement en tant que disciples confessants :

 

C’est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux ; mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux (Matt. 10:32. )

 

Le texte parallèle dans Lc. 12 :8-9 donne :

 

Je vous le dis, quiconque me confessera devant les hommes, le Fils de l’homme le confessera aussi devant les anges de Dieu ; mais celui qui m’aura renié devant les hommes sera renié devant les anges de Dieu.

 

La lettre adressée à l’église de Sardes au début de l’Apocalypse de Jean reprend cette promesse-avertissement dans les termes combinés de Matthieu et de Luc:

 

Ainsi le vainqueur se vêtira de vêtements blancs, je n’effacerai pas son nom du livre de vie et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges (Apoc. 3:5).

 

LE CARACTÈRE DE L’ENGAGEMENT CONFESSIONNEL SUR LE FONDEMENT DU NOUVEAU TESTAMENT

 

Dans toutes les occurrences pré-citées, le verbe homologeô (en grec ὁμολογἑω) est distingué du verbe employé dans Matt. 3:6 ou Mc. 1:5 pour signifier plus spécifiquement « confesser ses péchés » (exhomologoumenoi tas hamartias autôn).

 

Ce verbe homologeô ainsi que le substantif apparenté homologia pour « confession » ou « déclaration » (ὁμολογία) apparaissent de nombreuses fois au cours du Nouveau Testament :

 

vingt-six fois pour le verbe – dont onze pour les seuls écrits johanniques – et six fois pour le substantif, étant appliqués le plus souvent à cette réponse à la fois personnelle et communautaire à la présence vivante du Christ (parfois aussi pour exprimer une confession des péchés).

 

A la lumière de ces préliminaires, quelques exemples tirés du Nouveau Testament illustreront – de manière non exhaustive – le caractère d’une confession de foi authentique, au sens de conforme à la réponse attendue par le Christ.

 

Elle est en premier lieu exclusive, Jésus-Christ ne pouvant être ni confondu ni remplacé par quiconque.

 

Au début de l’évangile selon Jean, Jean Baptiste, interrogé par des sacrificateurs et des Lévites sur son identité et sa mission, confesse qu’il n’est pas le Christ :

 

Il confessa sans le nier, il confessa: Moi, je ne suis pas le Christ (1:20).

 

Cette confession à rebours – qui sera suivie le lendemain même par une confession positive lorsqu’il désignera Jésus comme l’Agneau de Dieu (1:29) – nous renvoie aux passages des évangiles synoptiques où une partie des gens estiment que Jésus n’est autre que Jean-Baptiste revenu à la vie après sa décapitation par Hérode Antipas.

 

Ainsi, dès le début du ministère de Jésus une confession le concernant s’avère bien être exclusive de toute autre personne, serait-ce la plus en vue ou la plus respectée.

 

Tous ne sont pas le Christ, seul Jésus l’est, même si par ailleurs plusieurs prétendront l’être après son départ, séduisant beaucoup de gens (Matt. 24:4-5; Mc 13:5-6).

 

Elle est en second lieu intériorisée aussi bien qu’extériorisée, crue intérieurement aussi bien qu’exprimée publiquement, de manière déclarative (le mode déclaratif étant une des connotations les plus fortes du verbe grec homologein).

 

Au dixième chapitre de l’épître aux Romains, Paul explicite ce qu’est la parole de la foi qu’il prêche :

 

parole crue de cœur et confessée de bouche,

 

ces deux aspects étant inséparables:

 

Or, c’est la parole de la foi, que nous prêchons. Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, tu seras sauvé. Car en croyant du cœur on parvient à la justice, et en confessant de la bouche on parvient au salut, selon ce que dit l’Écriture: Quiconque croit en lui ne sera pas confus (10:8b-10).

 

Est-il utile de préciser que cet aspect déclaratif de la confession de foi qui servira de témoignage devant Dieu et ses anges, selon les paroles mêmes de Jésus (Matt. 10:32, Luc 12:8-9), est le test qui fut mis devant les chrétiens de l’Église primitive, tout comme devant les pro-testants de l’époque de la Réforme, au péril même de leur vie ?  (...)

 

 

(Suite) PRO-TESTANTISME OU ANTI-TESTANTISME :

La source de la Réforme comme mouvement Confessant

 

 

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4 mars 2017 6 04 /03 /mars /2017 08:36
Apostasie, vous avez dit apostasie ?

 

« Des choses horribles, abominables se passent dans le pays ; les prophètes prophétisent le mensonge, les prêtres font du profit. Et mon peuple aime cela ! Mais que ferez-vous quand viendra la fin ? » (Jérémie 5:30-31)

 

Par Paul Wells*

 

Il est une chose assez étonnante aujourd’hui: alors que l’Eglise, en Occident, est malade ou au moins souffrante d’asthénie, les chrétiens ne se préoccupent guère de savoir comment elle a pu en arriver là.

 

Ils n’arrivent même pas à en faire la diagnose ou à nommer le mal.

 

Bien au contraire, il semble que tout se passe dans le meilleur des mondes ecclésiastiques possibles, avec un baromètre au beau fixe et un climat établi par l’air du temps.

 

La chute, en bien des milieux, du nombre des pratiquants, des conversions, des vocations au ministère et des revenus… n’inquiète pas vraiment.

 

Et même, une certaine suspicion existe à l’encontre des Eglises en développement  :  n’useraient-elles pas de manipulation où la « dureté » maintiendrait la ligne?

 

Dans les Eglises francophones "main-line", issues de la tradition de la Réforme, on « fait » dans le sociologique ou le social et, pour se donner bonne conscience, on disserte, parfois, « en intello » sur les questions de société.

 

Comment imaginer qu’une Eglise puisse devenir une anti-Eglise, alors que le mot, difficile certes, d’apostasie semble impossible à prononcer?1

 

La modernité avancée relativise et subjectivise toute vérité.

 

Le summum n’est peut-être pas de ce monde, mais, chacun à sa manière – la communauté chrétienne ou le chrétien lambda pluraliste ou « évangélique » – se réclame légitimement du Christ.

 

Il serait incorrect de mettre en question la bonne foi du prochain ! On est chrétiens tous ensemble.

 

Ainsi, un certain mois de novembre par le passé, Gene Robinson, premier évêque ouvertement déclaré gay de la communauté anglicane, a invité ses détracteurs, sur la chaîne CNN, à rendre visite à sa « famille », qui est très morale.

 

Le langage même assume son sens contraire dans les milieux « chrétiens ».

 

La moindre remarque ou la plus petite objection constitue une violation du principe absolu de l’amour, le signe d’un sentiment de supériorité spirituelle et d’une mauvaise foi indignes d’un chrétien.

 

« Ne jugez pas » est pris dans le sens « n’ayez pas la moindre idée négative à propos des autres », comme si la Seconde Partie de la Bible ne recommandait pas d’exercer le discernement théologique.

 

Pourtant, nos prédécesseurs, A. Monod, dans l’Eglise réformée de France, et C.H. Spurgeon, au moment de la « régression » (downgrade) de l’Union baptiste en Angleterre au XIXe siècle, ou J.G. Machen, le fondateur du Westminster Seminary, qui s’est opposé aux modernistes dans l’Eglise presbytérienne des Etats-Unis, nous ont avertis.

 

Dans son livre Christianisme et libéralisme (1923), où il montre magistralement que le christianisme et le libéralisme sont deux religions différentes, Machen écrit :

 

« L’Eglise aujourd’hui a été infidèle à son Seigneur en admettant en son sein des compagnies de non-chrétiens, non seulement pour en être membres, mais aussi pour y être enseignants. Ils dominent les conseils et fixent l’enseignement de l’Eglise… Une séparation des partis est le grand besoin de l’époque. »

 

Cet ouvrage n’a rien perdu de son actualité près d’un siècle plus tard, car le libéralisme moderne reste étonnamment fidèle à lui-même, même si les dérapages éthiques d’aujourd’hui, qui touchent les évangéliques, tout comme le Protestantisme, appartiennent à un autre monde que celui des « vieux » libéraux.

 

Combien, dans le Protestantisme, oseraient s’exprimer en 2004 avec la même rigueur que Machen sur l’état de l’Eglise, la théologie ou les problèmes éthiques?

 

I. Une définition

 

« A parler simplement et rigoureusement, la véritable apostasie est celle par laquelle on renonce à la foi. »2

 

L’apostasie est donc le fait de se situer en dehors de la foi chrétienne confessée jusque-là3.

 

« La bonne conscience, certains l’ont abandonnée et ont ainsi fait naufrage en ce qui concerne la foi. » (1 Tm 1:19)

 

Elle se situe au bout d’un chemin en pente descendante le long duquel une simple erreur se transforme en hérésie et se cristallise en désaffection généralisée vis-à-vis de la foi.

 

L’hérésie porte le plus souvent sur une doctrine particulière – le statut de l’Ecriture, la christologie ou la Trinité, par exemple -, alors que l’apostasie est un reniement global de la doctrine apostolique.

 

La blessure spirituelle qu’est l’hérésie se transforme en gangrène.

 

Selon J. Owen, dans son tract La nature et les causes de l’apostasie de l’Evangile (1676), l’apostasie suscite le plus souvent des habitudes ou des attitudes dues au péché ou à l’erreur4.

 

Elle infecte non seulement la pensée, mais toute la vie, au point qu’on ne peut plus parler du salut qu’avec une extrême prudence.

 

Dans le dictionnaire des antonymes chrétiens, « apostasie » est l’opposé de « pureté ».

 

L’Eglise, on le sait, a pour signe et pour vocation de manifester la sainteté :

 

« Soyez saints, car moi, l’Eternel, je suis saint », telle est l’exhortation qui jalonne toute l’histoire de la rédemption.

 

Pensons, par exemple, aux prophéties bouleversantes de Jérémie !

 

Les individualistes que nous sommes, s’ils conçoivent assez aisément la sanctification au plan personnel, l’imaginent bien moins à propos de la collectivité.

 

D. Bonhoeffer en a, cependant, donné une belle illustration dans son livre De la vie communautaire, et il a eu le courage de mettre son modèle en pratique.

 

Par analogie, on admet que « le monde » et « la chair » sont les ennemis de l’Eglise ou du chrétien ; l’hérésie est ce qui se produit lorsque ces ennemis entrent et s’installent dans le camp, et l’apostasie ce qui arrive lorsqu’un rebelle aide l’ennemi.

 

Pour Augustin, les premiers « apostats » sont Adam et Eve et la race humaine est devenue apostate par nature, à cause de leur faute5.

 

Dans l’Apocalypse, l’expression « synagogue de Satan » (Ap 2:9 et 3:9) est utilisée pour décrire une communion dont les pratiques et les doctrines sont contraires à la vérité.

 

II. Des individus et pas des Eglises?

 

Il est aisé de parler d’apostasie à propos d’un individu; chacun connaît, en effet, l’histoire d’Esaü, celle de Judas, ou les noms d’Hyménée et Alexandre (1 Tm 1:20)6.

 

Il en va tout autrement s’il s’agit d’une Eglise.

 

Peu de textes ont été écrits à ce sujet7.

 

Pourquoi ?

 

Les Eglises en seraient-elles à l’abri ? Ou bien, pour diverses raisons – pudeur, souci de tolérance, crainte du sensationnalisme, etc. -, préférerait-on se taire ?

 

Le formalisme est un piège pour toutes les religions, ainsi que la tendance à défendre l’institution, qui sécurise de plusieurs manières.

 

Dans l’Ecriture, l’apostasie du peuple de Dieu est un thème permanent: de l’incident du veau d’or jusqu’à la parole de Jésus « ainsi avez-vous fait des prophètes… » et à la description, faite par Paul en Romains 9-11, de la situation du peuple juif.

 

L’histoire de l’Alliance est celle des désertions et des trahisons, non pas d’individus isolés, mais du peuple entier.

 

Christ n’a-t-il pas eu à souffrir de l’abandon des siens dans l’isolement progressif qui a été le sien entre Gethsémané et Golgotha ?

 

Après la Pentecôte, l’Eglise chrétienne s’est-elle améliorée grâce à l’effusion de l’Esprit ?

 

Apparemment non, car les croyants restent des pécheurs et sont toujours susceptibles d’orgueil et de ressentiments humains.

 

Des sept Eglises de l’Apocalypse, deux seulement ont un bilan de santé positif8.

 

Notre lumière serait-elle plus brillante au XXIe siècle que celle des chandeliers du Ier siècle ?

 

Ne serait-ce pas, pour avoir négligé les avertissements de l’Ecriture quant au risque d’apostasie, que le christianisme est si affadi en Occident ?

 

III. Les étapes de l’apostasie

 

Irénée dit, quelque part, que l’erreur se pare toujours d’habits magnifiques pour avoir l’air plus vraie que la vérité.

 

Comme le péché, elle a une apparence agréable et semble désirable.

 

La relativisation de la gravité de l’erreur est la première étape vers l’apostasie.

 

Un arbre d’Inde, le taxus, produit du fruit la première année de sa maturité, des feuilles la deuxième et du poison la troisième.

 

De même, le péché, après avoir pris racine chez un individu ou dans un groupe, n’a que trop tendance à s’aggraver.

 

Des « bilans globalement positifs », l’autojustification personnelle ou institutionnelle, s’accordent peu avec la vision biblique de la communion chrétienne.

 

La Seconde Partie de la Bible donne quelques indices du comment de la progression de l’apostasie au sein du peuple de Dieu.

 

J. Owen considère cet enseignement comme prophétique, les développements de l’histoire de l’Eglise le confirmant.

 

Voici, selon lui, les étapes de l’apostasie :

  1. des faux prophètes s’élèveront (Mt 24:9; 2 P 2:1);

  2. des loups pénètrent dans l’Eglise pour dévorer le troupeau (Ac 20:28);

  3. les chrétiens deviendront froids et ne supporteront plus la saine doctrine (2 Tm 3:1-9; 1 Tm 4:1-3).

A noter l’ordre suivi dans l’éclosion des « fleurs du mal » de l’apostasie: les erreurs, les faux prophètes, les « loups » et une froideur spirituelle généralisée.

 

IV. L’analogie personnes/Eglises

 

Tout comme il est possible de distinguer un chrétien fidèle d’un chrétien dont la foi dévie et d’une personne qui renie sa foi, serait-il possible de discerner les différentes sortes d’Eglises ?

 

Les lettres aux sept Eglises de l’Apocalypse (chapitres 2 et 3) sont d’une grande aide.

 

On y voit décrits trois types de communautés, que l’on pourrait classer respectivement en Eglises de résistance, de compromis et de dérapage:

 

1. Résistance

2. Compromis

3. Dérapage

Smyrne
Philadelphie

Pergame
Thyatire
Ephèse

Sardes
Laodicée

 

I) Fidèle:
refus des erreurs

Oui, mais tolérance
de la fausse doctrine
(juifs, nicolaïtes)

Tu es mort
(oubli de la Parole)

   

II) Pauvreté:
acceptation de la
souffrance/
des sacrifices

Oui, mais adaptation
au monde (Balaam)

Des œuvres qui
renient la foi

   

III) Victoire par le
témoignage

Des Oeuvres bonnes,
mais inconduite
(Jézabel)

Confiance en la
richesse, vitalité
apparente, mais morte

   

IV) Gardez la Parole…

 

Danger! (3:3, 16)

 

La tendance à l’apostasie va, dans le tableau, de la gauche vers la droite.

 

Elle est d’abord partielle, porte sur un point apparemment de peu d’importance, un « oui, mais… » avant de se généraliser.

 

Les Laodiciens et les habitants de Sardes sont tièdes ou morts et appelés à la conversion et au repentir.

 

De nos jours, existe-t-il une Eglise, locale ou dénominationnelle, qui échapperait à ce danger ?

 

Ce serait tellement beau !

 

L’Eglise est le peuple de l’alliance.

 

Christ s’adresse à chaque Eglise en se donnant le titre de Seigneur.

 

Selon l’état réel de cette communauté, il formule un avertissement ou une exhortation, il lance un appel et fait une promesse.

 

Eglise

Titre du
Seigneur

Nature de
l’Eglise

Exhortation/
Correction

  

Smyrne
2:8-11

Le premier,
le dernier

Pauvreté,
persécution

Ne crains pas!

 

 

Philadelphie
3:7-13

Le Saint, le
Véritable
David

Porte ouverte,
garder la Parole

Je te garderai

 

 

Pergame
2:12-17

Epée à deux
tranchants

Là où est
Satan

Idolâtrie…
fausse doctrine

 

 

Thyatire
2:18-28

Fils de Dieu,
yeux de flamme

Œuvres
nombreuses

J’ai contre toi
Jézabel

  

Ephèse
2:1-7

Les sept étoiles

Persévère

Abandon du
premier amour

 

 

Sardes
3:1-6

Sept étoiles et
Esprits de Dieu

Tu es mort

Je te connais
tu es mort

 

 

Laodicée
3:14-22

L’Amen

Tu es tiède

Je te vomirai
Je corrige

 

 

 

Appel pour  

 

- Smyrne :

Soit fidèle, découlant si obéissance sur la Promesse de la Couronne 2:7 > 22:2

 

- Philadelphie :

Tiens ferme ! découlant sur la Promesse de la Nouvelle Jérusalem au Ciel 3:12 > 22:4

 

- Pergame :

Repens-toi…autrement!… découlant sur la Promesse d'un Nom nouveau  2:17 > 21:24

 

- Thyatire :

Tenez ferme ce que vous avez  découlant sur la Promesse de l' Autorité  2:26 > 21:24

 

- Ephèse

Souviens-toi,  repens-toi ! Découlant sur la Promesse de l' Arbre de vie  2:7 > 22:2

 

- Sardes :

Garde la Parole !  Découlant sur la Promesse  Je confesserai  3:5 > 22:19

 

- Laodiciée :

Je me tiens à la porte découlant sur la Promesse du Trône 3.21 > 21:11

 

 

 

 

La diversité des Eglises de l’Apocalypse est grande, les exhortations qu’elles reçoivent variées.

 

N’y aurait-il pas une sorte de typologie biblique des communautés religieuses ?

 

Même si elle n’intéresse pas les sociologues, elle aurait de la valeur aux yeux de ceux qui appartiennent au Royaume.

 

Elle permettrait de dresser un bilan théologique et spirituel de nos communautés et de leurs physionomies et, éventuellement, d’apporter une réponse à leurs besoins.

 

V. Les causes de l’apostasie

 

Les personnes régénérées croissent en sainteté, de façon positive, en vivant selon la grâce et, de façon négative, en supprimant le péché et en éliminant ce qui relève de la chair.

 

De même, les Eglises croissent par la pratique de l’amour et en luttant contre l’erreur grâce aux fonctions complémentaires: l’enseignement et la discipline.

 

N’aurait-on pas un peu oublié, aujourd’hui, que la vie chrétienne est un combat ?

 

Sait-on assez que l’Eglise est appelée à être militante et à lutter pour se maintenir ?

 

Chez l’individu, l’apostasie – à savoir une atteinte à la fidélité au Christ, comme O. Winslow l’a dit9- prend racine dans le cœur.

 

Dans l’Eglise, elle surgit également au cœur de ce qui constitue sa raison d’être : le Christ ressuscité.

 

Une Eglise vivante établit un équilibre harmonieux entre la doctrine et la pratique, la foi et la vie sous l’autorité de la Parole de Christ, de la façon suivante :

 

 

I) L’Eglise de Smyrne, à l’image de Polycarpe, son célèbre martyr, et celle de Philadelphie respectent cet équilibre, car elles gardent la Parole, sont fidèles et tiennent ferme, en supportant la persécution et en consentant des sacrifices, même jusqu’à la mort.

 

II) Dans les Eglises de Pergame et de Thyatire s’établissent des situations de compromis. Pour s’adapter au monde, de fausses doctrines et l’inconduite à l’image de Jézabel commencent à être tolérées. L’équilibre entre la Parole, la vie et la foi est ébranlé.

 

III) Ephèse, Sardes. Dans le cas de ces deux communautés, cet équilibre est également rompu. La situation s’aggrave, car la Parole est oubliée: les œuvres sont en opposition avec la foi; c’est « l’embourgeoisement ».

 

Le schéma ci-après illustre la nature de l’apostasie d’Ephèse et de Sardes:

 

IV) A Laodicée, en situation de tiédeur,il n’est plus question d’appeler au repentir, aussi le Seigneur affirme-t-il que son action sera celle d’une correction.

 

 

En résumé, l’apostasie atteint l’Eglise en son centre et a les causes suivantes :

 

) Une reconnaissance atténuée du caractère normatif de l’Ecriture en tant que Parole de Christ et de son autorité suprême.

 

2°) Une ignorance de la doctrine biblique, de sa profondeur, de ses mystères et une indifférence vis-à-vis des choses spirituelles, de la doctrine chrétienne.

 

3°) Un amour du monde: conformité avec ses pratiques, fascination pour ce qu’il prise et adoption de ses valeurs.

 

4°) Une autosatisfaction (« tu es riche »), la conviction erronée que l’Eglise est, ne varietur, sur le bon chemin, une sorte de vanité intellectuelle.

 

 

Les caractères ci-dessus sont-ils tout à fait absents de nos communautés locales comme de nos dénominations ?

 

Les Eglises qui se veulent « évangéliques » ne sont-elles pas tentées par des pratiques « mondaines » sur le plan éthique, lorsqu’elles obscurcissent la grâce de l’Evangile ?

 

Un inventaire, avec évaluation sans complaisance, ne mériterait-il pas d’être fait?

 

Il ne suffit pas d’organiser commémoration sur commémoration et de rendre hommage à nos pères; ne conviendrait-il pas aussi de vérifier quel est, aujourd’hui, le prix de la fidélité au Seigneur ?

 

Ce prix est, probablement, d’une nature différente qu’autrefois, mais est-il moins élevé ?

 

VI. Le développement de l’apostasie

 

Comment discerner la présence et le développement de l’apostasie sur le plan institutionnel ?

 

Comme on l’a vu, l’apostasie est par nature une perte, dans l’Eglise, de la présence et de la puissance de Jésus-Christ, le chef de l’Eglise, cette absence se traduisant dans le domaine de l’affirmation doctrinale et dans celui de la pratique.

 

I) En ce qui concerne la vérité

 

L’apostasie se développe en même temps qu’apparaissent un manque d’appétit pour la Parole de Christ et une prise de conscience que des doctrines bibliques deviennent des « problèmes ».

 

Certaines de celles-ci semblent même inacceptables, comme l’inspiration plénière de l’Ecriture, la prédestination, la mort sacrificielle de Christ, le jugement et l’enfer.

 

L’Evangile fait insensiblement place à un autre évangile, humaniste et sentimental ou, dans le meilleur des cas, ambigu.

 

Conséquence: puisqu’une distance est établie entre ce que dit l’Ecriture et ce qu’enseigne l’Eglise, la Parole est de moins en moins familière et la prédication manque de puissance, car la conviction est absente.

 

Dans les synodes, l’étude biblique préalable à la prise de toute décision importante – principe à laquelle on reste très attaché – permet bien souvent de justifier ce qui a déjà été décidé par les meneurs de jeu.

 

Combien de délégués aux divers synodes, faute d’une véritable culture biblique, en sont-ils conscients ?

 

La fidélité à l’Eglise-institution prend le pas sur la fidélité à Jésus-Christ.

 

La vérité se trouve subordonnée à l’agencement de consensus ecclésiastiques.

 

L’unité de l’institution prime; « je reste pour le bien de l’Eglise », « je partirai, si et quand tel seuil sera dépassé ». Et ces seuils s’élèvent de plus en plus !

 

La résistance au mal devient presque impossible.

 

Comme l’a dit C.H. Spurgeon, dans une union d’Eglises pluralistes, les marques bibliques de l’Eglise sont plus ou moins estompées.

 

B.B. Warfield a prononcé une parole frappante à ce sujet: « Il est impossible de couper le bois pourri. »

 

L’Eglise d’Ephèse, dont la situation est ambiguë, risque de se voir enlever son « chandelier », si elle ne se repent pas (Ap 2:5).

 

Sans repentir, les illusions foisonnent et un succédané est substitué à l’Evangile.

 

Il suffit pour s’en convaincre de considérer, d’une part, les mouvements du nouvel âge, sorte d’amalgame avec la foi chrétienne, « l’évangile de la prospérité » ou le culte clappy-happy, imitation du show-biz, et, d’autre part, les théologies modernes qui réduisent, plus ou moins, l’Evangile à des mythes, par abandon des grandes vérités de la christologie et de la sotériologie, comme on le voit, aujourd’hui, dans bien des Eglises, tant néo-évangéliques que pluralistes consensuelles.

 

 

II) En ce qui concerne la pratique

 

L’apostasie élimine la sainteté dans la mise en pratique de l’Evangile.

 

Comme Spurgeon l’a également dit, si l’unité que l’on préserve n’implique pas l’exercice d’une discipline de vie, elle n’a rien à voir avec l’unité selon l’Evangile.

 

Celle-ci, comme l’a souligné Owen, est rompue par l’erreur et elle devient schismatique par rapport au dépôt apostolique.

 

Un principe :

 

Toute communauté ou union d’Eglises qui s’écarte de l’Evangile et de la pratique biblique est dans une situation de schisme par rapport à l’Eglise catholique universelle, la vraie communauté des croyants en Christ.

 

La question de l’homosexualité, par exemple, qui se pose à l’Eglise en Europe aujourd’hui, n’est pas de l’ordre des adiaphora.

 

Ainsi, en refusant de se démarquer d’une Eglise visible renégate, on risque d’être en rupture avec Jésus-Christ lui-même et avec son corps, l’Eglise invisible qui réunit tous les croyants dans le ciel et sur la terre !

 

Reste la douloureuse question : à quel moment faut-il envisager de se séparer ?

 

Après avoir procédé – avec d’autres frères, pas tout seul – à une honnête, lucide et charitable évaluation de la situation.

 

On l’a vu, l’hérésie correspond à une distanciation par rapport à l’Evangile cru et vécu.

 

L’apostasie, elle, va plus loin et ne distingue plus entre la vérité et l’erreur.

 

Pour être éclairé, à cet égard, sur une Eglise, il convient de faire les quatre vérifications suivantes :

 

1°) La pratique de la doctrine biblique est remplacée par des idées humaines, relevant du politiquement correct.

 

2°) Le légalisme se manifeste. Des pratiques hyperspirituelles deviennent plus importantes que les commandements bibliques; ou, par contre, l’intégrisme du consensus devient obligatoire.

 

3°) Le perfectionnisme s’installe, ou le relativisme tolérant, qui proposent, l’un et l’autre, l’illusion que le combat contre le péché n’est plus actuel. Résultat dans les deux cas: des attitudes insidieuses d’hypocrisie, d’orgueil et de jugement d’autrui.

 

4°) Le culte, privé d’une prédication où la puissance de la présence de Christ se manifeste, se caractérise par un formalisme sec ou, à l’inverse, relève du divertissement.

VII. Un remède?

 

 

Est-il possible pour une Eglise devenue apostate, ou en ballottage, de redécouvrir la vérité, de retrouver son premier amour ?

 

Peu d’exemples d’un retour de ce genre existent dans l’histoire de l’Eglise.

 

Pourquoi?

 

Sans doute parce que l’endurcissement causé par le péché et l’erreur ne s’amenuise pas avec le temps.

 

Le seule remède à la gangrène, c’est l’amputation…

 

Pourtant, l’Eglise de Sardes, qui est « morte » à cause de ses œuvres dépourvues de fruits, est appelée à la vigilance, au repentir et à entendre à nouveau la Parole de vie.

 

Il y a même en son sein un « reste » qui ne doit pas mourir, « quelques hommes qui n’ont pas souillé leurs vêtements ».

 

Ces vainqueurs recevront la robe blanche, leurs noms ne seront pas effacés du livre de vie et Christ leur fera la grâce de les confesser devant le Père.

 

Au sein de la « chrétienté » de notre époque, n’est-ce pas là également notre vocation ?

 

Etre vigilants, nous repentir et confesser la Parole de vérité avec toutes ses exigences.

 

Sommes-nous fidèles à cette vocation ?

 

Soyons attentifs à la parole adressée à Jérémie; elle est peut-être pour nous…

 

« Si tu reviens à moi, je te ferai revenir à ton poste devant moi;

Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est vil,

Tu seras comme ma bouche.

C’est à eux de revenir à toi, mais ce n’est pas à toi de revenir à eux.

Je ferai de toi pour ce peuple un mur de bronze fortifié;

Ils te feront la guerre mais ils ne l’emporteront pas sur toi;

Car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer.
Je te délivrerai de la main des hommes mauvais,

Je te libérerai de la main des tyrans. »

(Jérémie 15:19-21)


 

Bible

Croix Huguenote

 

* P. Wells est professeur de théologie systématique à la faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence et éditeur de la revue.

 

1 Le mot a presque disparu du discours théologique. Le fait que la tradition protestante ne parle pas souvent de l’apostasie s’explique par des références fréquentes à l’« antichrist ». Calvin, dans l‘Institution chrétienne, en parle à plusieurs reprises – III.iii.21; IV.vii.24, 28; Turretin, dans son Institutio Theologiae Elencticae, II, 606-7 et I. 365-372 de l’édition anglaise, alors que Karl Barth n’est fait pas mention dans sa monumentale Dogmatique.

 

2 Saint Thomas, Sum. Theol., IIa, q.xii, a.1.

 

3* P. Wells est professeur de théologie systématique à la Faculté libre de théologie réformée d’Aix-en-Provence et éditeur de la Revue.

Apostasia, apo istamai, abandon, désertion, rébellion, cf. Actes 2:21, 2 Th 2:3, Hé 3:12.

 

4 J. Owen, Works, VII (Edimbourg: Banner of Truth, 1965).

 

5 Pour Calvin, dans l’Institution chrétienne, la faute est plus que l’apostasie, II.i.4.

 

6 La tradition de parler des individus et non des Eglises date de saint Cyprien de Carthage, qui aborde la question dans son De lapsis et étend la question à celle de l’Eglise dans le De unitate (251), l’apostasie individuelle conduisant au schisme et au problème de l’unité.

 

7 L’article d’A. Beugnet, dans le Dictionnaire de théologie catholique, I, n’aborde que la question des individus et des problèmes moraux et n’envisage pas celle de l’apostasie de l’Eglise.

 

8 Autres exemples: cf. Ga 1:6, 3:1 et Col 2:8, 18-19. Dans l’AT, les passages concernant l’apostasie sont plus pointus, et font le lien entre l’abandon de l’alliance et l’infidélité conjugale. Dans ce contexte, l’adultère est synonyme de l’apostasie. Cf. Es 1:2-4, Jé 2:1-9 ou le fameux chapitre d’Ezéchiel 16.

 

9 O. Winslow, Le déclin spirituel et son réveil (Chalon-sur-Saône: Europresse, 1997).

 

Source :

La Revue réformée La revue de théologie de la Faculté Jean Calvin
 
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Alors que nous étions encore sans Force,
Jésus au temps marqué par Dieu,
est mort pour nous
sauver et délivrer
 (La Bible)

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  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

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