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Vie Protestante Réformée

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  Ouvrez votre maison

à l'homme sans asile.

Soyez heureux de partager ;

ne maltraitez pas l'étranger qui,

rongé de chagrin, sur vos terres s'exile...

Bouchra Maurice 

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 18:58
Donnons au pauvre avec compassion, non pour être vu ou admiré

Celui qui a pitié du pauvre

prête à l’Eternel,

Et il lui rendra son bienfait.

(Proverbes19-17)

 

 

Donnons au pauvre avec compassion; non pour être vu ou admiré, moins encore pour en faire notre obligé.

 

Mais sachons le secourir par pure sympathie.

 

N’attendons quoi que ce soit en retour de la part du pauvre, pas même de la gratitude.

 

Mais considérons ce que nous avons fait pour lui comme un prêt à l’Eternel.

 

C’est lui qui en prend l’obligation, et si c’est de lui que nous attendons le paiement, ne le redemandons pas au pauvre.

 

Quel honneur nous est fait par le Seigneur, lorsqu’il condescend jusqu’à emprunter de nous !

 

Et quel commerçant favorisé que celui qui voit figurer sur ses livres le nom de l’Eternel.

 

Ne serait-ce pas une honte qu’un débiteur semblable n’y fût représenté que pour un montant insignifiant ?

 

Ne craignons pas d’avoir un beau total à sa colonne.

 

Sachons donc aider le premier nécessiteux qui viendra à nous.

 

Quant au remboursement, n’y pensons pas; nous avons ; caution du Seigneur.

 

Loué soit son nom, sa garantie vaut mieux qu’or et argent.

 

Et si nous nous trouvons à court par suite de la dureté des temps, présentons simplement notre compte à la banque de Dieu.

 

Peut-être avons-nous été quelque peu dur et sordide à l’égard d’un solliciteur ?

 

Hélas ! Dans ce cas que Dieu nous pardonne. 

 

 

 

 spurgeon

C.-H. SPURGEON,

Pasteur Baptiste Réformé

(Promesses Quotidiennes)

Bible

Croix Huguenote

 

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 15:06
Nous ne trouverons aucune occasion contre ce Daniel, à moins que nous n'en trouvions une dans la loi de de son Dieu"(Charles Spurgeon)

En tant que Chrétien, il nous faut vivre au sein d'un monde impie, et il ne nous servira pas beaucoup de nous écrier :

"Malheureux que je suis !"

Jésus ne pria pas Dieu qu'Il nous ôte du monde, et ce n'est pas à nous de désirer ce pour quoi Il n'a pas prié.

Il vaut mieux affronter la difficulté avec la force du Seigneur et le glorifier ainsi.

L'ennemi est continuellement à l'affût pour détecter quelque inconséquence dans notre conduite.

Soyons donc saint.

Souvenons nous que les yeux de tous sont fixés sur nous, et que l'on attend davantage de nous que des autres hommes.

Faisons tous nos efforts pour ne donner aucune occasion de blâme.

Que notre piété soit la seule faute que l'on puisse découvrir en nous.

Comme Daniel, obligeons nos ennemis à dire:

"Nous ne trouverons aucune occasion contre ce Daniel, à moins que nous n'en trouvions une dans la loi de de son Dieu" (Daniel 6-5)"

Cherchons à être utile ainsi que conséquent.

Nous penserons peut être :

"Si j'étais dans une position plus favorable, je pourrais servir la cause du Seigneur, mais je ne puis rien de bon là où je me trouve..."

Mais, plus ceux parmi lesquels nous vivons sont déchus, plus ils ont besoin de nos efforts.

S'ils sont tordus, il est davantage nécessaire que nous les aidions à se redresser, et s'ils sont pervertis, ils ont d'autant plus besoin que nous attirions les regards et leurs coeurs orgueilleux vers la Lumière de la Vérité.

Où devrait être le médecin, si ce n'est là où il y a le plus de malades ?

Où le soldat retirera t il de l'honneur si ce n'est au plus fort de la bataille ?

Et, lorsque la lassitude nous assaille de tous côtés, à cause de la lutte et du péché, souvenons nous que lse croyants ont toujours dû traverser des épreuves semblables.

Personne n'a marché vers les cieux étendu sur le lit de la facilité, et nous ne devons pas nous attendre à faire le voyage dans des conditions plus confortables.

Les croyants qui nous ont précédé ont dû risquer leur vie jusqu'à la mort dans les points stratégiques du champ de bataille.

Nous ne serons pas couronné avant d'avoir souffert comme un bon soldat de Jésus Christ.

C'est pourquoi :

"Veillons, demeurons fermes dans la Foi, soyons des hommes, fortifions nous"

(1Corinthiens 16-13)

 

 

 

 

spurgeon

Charles Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 15:04
A qui Dieu pardonne

Ecoute donc,

Est ce trop pour vous de lasser la patience des hommes,

que vous lassiez encore celle de Mon Dieu ?

(Esaïe 7.13)

 

L'Apôtre Pierre demanda à Jésus :

"Combien de fois pardonnerai je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi ? Il répondit : jusqu'à septante fois sept fois.

 

Revenons au passage de cet épisode. (Version présentée Chouraqui mais qui peut être tout aussi bien  lue dans la Version Segond, Darby, etc...)

-----


Alors Pierre s'approche et lui dit :

"Adôn, combien de fois mon frère fautera-t-il contre moi et lui remettrai-je ? Jusqu'à sept fois ?
Iéshoua' lui dit : "Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois.
Ainsi le royaume des ciels ressemble à un homme, un roi, qui veut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Quand il commence à les régler, un débiteur de dix mille talents est amené en face de lui.
Il n'a pas de quoi rendre.

Son Adôn ordonne de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tout ce qu'il a, que tout soit rendu.
Le serviteur tombe sur ses faces, se prosterne devant lui et dit :

'Sois longanime avec moi et je te rendrai tout'.
L'Adôn de ce serviteur est pris aux entrailles; il le délie et lui remet sa dette.
Ce serviteur sort. Il rencontre un de ses co-serviteurs, qui lui doit cent deniers.

Il le saisit à la gorge à le faire suffoquer et dit : 'Rends ce que tu dois'.
Le co-serviteur tombe sur ses faces, le supplie et dit : 'Sois longanime avec moi, et je te rendrai'.
Il refuse, s'en va et le jette en prison, jusqu'à ce qu'il lui ait payé sa dette.
Ses co-serviteurs voient ce qui est advenu et s'attristent fort.

Ils viennent et informent leur Adôn de tout ce qui est advenu.
Alors son Adôn l'appelle et lui dit :

'Serviteur criminel, toute ta dette, je te l'ai remise parce que tu m'as supplié.
N'était-ce pas à toi aussi de matricier ton co-serviteur comme je t'ai moi-même matricié ?'
Son Adôn brûle.

Il le livre aux tortionnaires, jusqu'à ce qu'il ait rendu toute sa dette.
Ainsi mon père des ciels agira aussi envers vous, si vous ne remettez pas les dettes de votre frère de tout votre coeur".

----

Dieu en donne l'exemple, puisqu'Il affirme, par le prophète Esaïe :

 

Que le méchant abandonne sa voie, et l'homme d'iniquité ses pensées, qu'il retourne à l'Eternel, qui aura pitié de lui, à notre Dieu qui ne se lasse pas de pardonner. (Esaïe 55.7)

 

Pourtant, c'est le même Esaïe qui reprochait à son peuple de lasser la patience de Dieu !

Ce qui lasse sa patience, c'est le repentir qui n'est que forme ou formalité religieuse (quand elle existe encore...), sans être en même temps l'expression d'un désir et d'une volonté sincère de ne pas retomber dans les mêmes égarements.

Or, à ce jeu là, les hommes en sont rompus.

N'est ce pas le cas de la confession du mercredi des Cendres ? Ne doit elle pas être sans cesse recommencée parce que chaque année elle est précédée des mêmes excès du mardi gras en certains endroits ?

Une faute est elle réglée ?

Est elle répétée, mais comme un accident qui attriste et produit une vraie démarche de repentance ?

Même cette faute trouve alors le même Dieu prêt à pardonner.

Mais s'il n'y a ni souffrance, ni mise en ordre, ni volonté de ne plus la commettre, ne lasserons nous pas la patience pourtant si généreuse du Dieu que nous offensons ?

 

Le boeuf connaît son possesseur, Et l'âne la crèche de son maître: (...)Mon peuple n'a point d'intelligence.

Malheur au peuple chargé d'iniquités, A la race des méchants, aux enfants corrompus! Ils ont abandonné l'Eternel, ils ont méprisé le Saint d'Israël. Ils se sont retirés en arrière...

Quels châtiments nouveaux vous infliger, Quand vous multipliez vos révoltes? La tête entière est malade, Et tout le coeur est souffrant.

De la plante du pied jusqu'à la tête, rien n'est en bon état: Ce ne sont que blessures, contusions et plaies vives, Qui n'ont été ni pansées, ni bandées, Ni adoucies par l'huile. (...)

Ecoutez la parole de l'Eternel, (...) Prête l'oreille à la loi de notre Dieu (...)

 Qu'ai-je affaire de la multitude de vos sacrifices? dit l'Eternel. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux; Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs.

Quand vous venez vous présenter devant moi, Qui vous demande de souiller mes parvis?

Cessez d'apporter de vaines offrandes: J'ai en horreur l'encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; Je ne puis voir le crime s'associer aux solennités.

Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes; Elles me sont à charge; Je suis las de les supporter.

Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux; Quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas: Vos mains sont pleines de sang.

Lavez-vous, purifiez-vous, Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions; Cessez de faire le mal.

Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l'opprimé; Faites droit à l'orphelin, Défendez la veuve.

Venez et plaidons! dit l'Eternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; S'ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine.

Si vous avez de la bonne volonté et si vous êtes dociles, Vous mangerez les meilleures productions du pays; (...)

Quoi donc! la cité fidèle (...) était remplie d'équité, la justice y habitait, Et maintenant il y a des assassins!

Esaïe

Approchons nous donc du Trône de la Grâce comme savait le faire le grand roi David.

 

D'après Richard Doulière,

 

Psaume 51


O Dieu ! aie pitié de moi dans ta bonté ;

Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions ;
Lave-moi complètement de mon iniquité,
Et purifie-moi de mon péché.
Car je reconnais mes transgressions,
Et mon péché est constamment devant moi.
J'ai péché contre toi seul,
Et j'ai fait ce qui est mal à tes yeux,
En sorte que tu seras juste dans ta sentence,
Sans reproche dans ton jugement.
Voici, je suis né dans l'iniquité,
Et ma mère m'a conçu dans le péché.
Mais tu veux que la vérité soit au fond du coeur :
Fais donc pénétrer la sagesse au dedans de moi !
Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ;
Lave-moi, et je serai plus blanc que la neige.
Annonce-moi l'allégresse et la joie,
Et les os que tu as brisés se réjouiront.
Détourne ton regard de mes péchés,
Efface toutes mes iniquités.
O Dieu ! crée en moi un coeur pur,
Renouvelle en moi un esprit bien disposé.
Ne me rejette pas loin de ta face,
Ne me retire pas ton esprit saint.
Rends-moi la joie de ton salut,
Et qu'un esprit de bonne volonté me soutienne !
J'enseignerai tes voies à ceux qui les transgressent,
Et les pécheurs reviendront à toi.
O Dieu, Dieu de mon salut ! délivre-moi du sang versé,
Et ma langue célébrera ta miséricorde.
Seigneur ! ouvre mes lèvres,
Et ma bouche publiera ta louange.
Si tu eusses voulu des sacrifices, je t'en aurais offert ;
Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes.
Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c'est un esprit brisé :O Dieu !

Tu ne dédaignes pas un coeur brisé et contrit.
Répands par ta grâce tes bienfaits sur Sion,
Bâtis les murs de Jérusalem ! Alors tu agréeras des sacrifices de justice,
Des holocaustes et des victimes tout entières ;
Alors on offrira des taureaux sur ton autel.

(Psaume 51)

 

 

 

Bibles041

-Arthus Croix Huguenote

 

 

 
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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 14:36
Une fleur de choix

En effet, la tristesse selon Dieu

Produit une repentance

(2 Corinthiens 7:10)


 

Authentique, l'affliction spirituelle à cause du péché est l'oeuvre de l'Esprit de Dieu.


La repentance est aussi une fleur de choix pour croître dans le jardin de la nature.

 

Les perles poussent naturellement dans les huîtres, mais la pénitence ne se manifeste jamais chez les pécheurs, excepté lorsque la grâce divine y oeuvre.

 

Si tu as une parcelle de haine réelle pour le péché, c'est que Dieu a dû te la donner, car les épines de la nature humaine ne produisent jamais une seule fleur. Ce qui est né de la chair est chair.

 

La vraie repentance a une référence qui rappelle le Sauveur.

 

Quand nous nous repentons du péché, nous devons avoir un oeil sur le péché et un autre sur la croix, et il serait encore préférable de fixer les deux yeux sur Christ et de regarder nos transgressions seulement à la lumière de son amour.

 

La vraie tristesse à cause du péché est éminemment pratique, personne ne peut dire qu'il hait le péché, s'il vit dans le péché.

 

La repentance nous fait regarder l'horreur du péché, pas seulement en théorie, mais par expérience, comme un enfant qui a touché le feu.

 

Nous serons autant effrayés de ce péché que quelqu'un qui vient d'être agressé et volé est effrayé à la pensée d'un voleur même sur un chemin fréquenté; et nous le fuirons, nous en écartant en toutes choses, pas seulement dans les grandes, mais aussi dans les petites.

 

Aussi bien des petites vipères que des gros serpents.

 

Le vrai deuil pour le péché nous rendra très jaloux quant à notre propre langue, de peur qu'elle ne dise des paroles mensongères; nous serons très vigilants quant à nos actions quotidiennes, de peur de commettre quelque offense en quoi que ce soit, et chaque soir nous terminerons la journée par de douloureuses confessions de nos manquements, et chaque matin nous nous éveillerons avec d'angoissantes prières, qu'en ce jour Dieu veuille nous tenir debout afin de ne pas pécher contre lui.

 

La sincère repentance est continuelle.

 

Les croyants se repentent jusqu'au jour de leur mort. Cette descente dans le puits n'est pas intermittente.

 

Toute autre tristesse temporaire produit peu mais cette chère tristesse croît avec notre croissance, et c'est une amertume si douce !

 

Que nous remercions Dieu pour nous permettre de nous en réjouir et de le supporter jusqu'à ce que nous soyons entrés dans notre repos éternel.

Refuge Protestant

Charles Spurgeon,

Pasteur Baptiste Réformé

Bibles044

-Arthus Croix Huguenote

 

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 11:44
4 piliers pour une Eglise Locale vivante

d'Henri Lüscher

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20 siècles d'histoire de l'Eglise devraient nous inciter à étudier ce sujet de plus près pour en tirer des conclusions.

 

Ses débuts, ses victoires, ses chutes, ses courants théologiques, ses déviations, ses divisions, ainsi que ses élans et ses réveils, bref tout son pèlerinage à travers les siècles nous enseigne l'importance capitale de la parole de Dieu, seule norme de foi pour l'Eglise.

 

L'histoire théologique est utile à toute l'oeuvre missionnaire, car elle nous apprend à éviter les erreurs du passé.

 

On constate aussi que certains mouvements chrétiens sont nés parce que l'Eglise n'a pas su totalement assumer sa mission comme «sel de la terre».

 

Ainsi, au 19e siècle, Dieu a suscité un mouvement qui a grandement contribué à remettre en lumière la simplicité du rassemblement des chrétiens en une église locale.

 

Il a connu une extension rapide et bénie dans le monde entier; des noms de grands hommes de Dieu comme A. N. Groves, J. N. Darby et G. Müller y sont étroitement liés.

 

Des milliers de chrétiens avaient quitté les églises multitudinistes sans vie pour se réunir simplement au nom du Seigneur Jésus-Christ. 

 

Des centaines d'églises se sont ainsi constituées et de nombreux hommes instruits s'y sont joints.

 

L'esprit missionnaire avait touché un grand nombre d'hommes et de femmes qui consacraient leur vie tout entière au service du Seigneur dans une terre lointaine pour gagner des âmes à Christ.

 

L'influence de ce mouvement des Frères («Plymouth Brethren») à été telle que l'Eglise dans le monde entier a été marquée par un certain retour à cet impératif fondamental de l'implantation d'églises locales qui portent les caractéristiques d'Actes 2.42:  

 

Ils persévéraient dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières.

 

Ces quatre piliers constituent le secret d'une Eglise forte et pleine de vie, servant de base à une évangélisation permanente.

 

Dieu veut une Eglise pour lui. 

 

Le Christ a aimé l'Eglise et s'est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier après l'avoir purifiée par l'eau et la parole, pour faire paraître devant lui cette Eglise glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et sans défaut (Eph 5.26-27).

 

Ainsi, le Seigneur met l'accent sur la croissance spirituelle et la préparation pour la gloire.

 

La croissance du nombre des disciples est son affaire, et c'est lui qui ajoute à l'Eglise ceux qui doivent être sauvés (Act 2.47).

 

Le verbe «persévérer» a le même sens que «tenir fermement attaché à» (Rom 12.12; Col 4.2).

 

Combien d'églises ont bien commencé dans ces quatre vérités, mais n'y oint pas persévéré, ayant fléchi sous des obstacles et des attaques éprouvants.

 

Le livre des Juges est instructif à cet égard. Israël abandonna l'Eternel au lieu de persévérer dans l'obéissance à la loi de l'Eternel (Jug 2.12; 10.6).

 

Les conséquences en furent désastreuses.

 

La persévérance exige une discipline personnelle et collective; une des caractéristiques de nos jours est la voie du moindre effort, de la moindre résistance, de lia facilité, ce qui va à l'encontre de la persévérance.

 

Le matérialisme, le bien-être, les commodités et les moyens techniques modernes y sont pour beaucoup.

 

Toutefois, déjà les chrétiens hébreux étaient en danger d'abandonner leur assemblée (Héb 10.25).

 

L'auteur de l'épître les exhorte à persévérer dans leur église en s'incitant les uns les autres à l'amour et aux oeuvres bonnes (v. 24).

 

Nous devons éviter les deux extrêmes: soit de nous complaire dans l'isolement sans appartenir à une église locale fidèle, soit en pratiquant un tourisme «partoutiste» dans les églises de notre coin sans nous fixer quelque part.

 

Dieu nous veut dans une église locale, où nous avons à manifester nos dons de service et à partager nos joies et nos peines avec nos frères de la même communauté....

 

 

1er pilier: l'enseignement des apôtres

 

Le but du Saint-Esprit visé ici est le perfectionnement des saints et leur affermissement (Eph 4.11-15).

 

L'instruction systématique de tout le dessein de Dieu (Act 20.27) constitue la base de la foi.

 

On devrait aussi inclure un programme d'enseignement apologétique pour affronter les divers courants philosophiques et idéologiques contemporains en vue d'une meilleure approche dans l'évangélisation.

 

Ne délaissons pas l'instruction de la jeunesse dans nos assemblées.

 

Si nous la formons dans les vérités bibliques, des bénédictions seront en réserve pour elle et leurs églises (Prov 22.6, 15; 29.17).

 

Ayant à notre disposition de nombreux dictionnaires, commentaires bibliques et autres livres d'étude thématique excellents, nous devrions en profiter pour nous former continuellement.

 

Il va sans dire que l'enseignement biblique passe de l'observation et de l'interprétation à l'évaluation et à l'application de textes dans la vie personnelle, de famille, d'église et dans la vie face au prochain tout court.

 

Une réunion d'église a pour but d'affermir la vie nouvelle du croyant pour la rendre conforme à l'image de son Fils (Rom 8.29).

 

La prédication et l'étude biblique, quelle que soit leur forme, sont capitales dans la vie de l'Eglise.

 

D'autre part, les exhortations de nous instruire et nous édifier mutuellement s'adressent à chacun dans l'Eglise, et dans ce sens l'enseignement des apôtres prend le caractère d'une instruction collective et réciproque, sans anarchie, dans l'ordre et l'harmonie. Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix (1 Cor 14.33).

 

Rappelons-nous que l'enseignement des apôtres est complet et contient l'A. T. et le N. T. C'est ce que Jude appelle la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes (Jude 3).

 

Toute prophétie qui rajoute d'autres éléments à la révélation de Dieu formulée dans les Ecritures Saintes est une contre-façon. Le canon est complet; Dieu nous a donné tout ce qui nous est nécessaire.

 

2e pilier: la communion fraternelle

 

Devenus participants de la nature divine (2 Pi 1.4) par le baptême dans le Saint-Esprit qui nous a intégrés dans le corps de Christ (1 Cor 12.13), nous faisons partie de la famille de Dieu.

 

Nous avons un salut commun (Jude 3) et une foi commune (Tite 1.4).

 

Notre communion est avec le Père et le Fils (1 Jean 1.3, 24), mais aussi avec tous les frères en Christ qui marchent dans la lumière (1 Jean 1.7).

 

Le partage dans l'église doit se concrétiser par un souci réciproque d'une croissance normale en Christ.

 

Dans cette marche, il y a des obstacles à franchir: des difficultés de toutes sortes, la solitude, les épreuves, etc.

 

Comment surmontons-nous ces obstacles, si la communion fraternelle reste lettre morte?

 

L'être humain créé à l'image de Dieu est sociable.

 

Les trois Personnes du Dieu trinitaire communiquent constamment entre elles: faisons (Gen 1.26), allons, descendons... confondons (Gen 11.7); or Dieu a mis ce même besoin de partage dans le coeur de l'homme.

 

Veillons donc à cultiver les relations fraternelles dans l'église, notamment par le développement de l'hospitalité.

 

Cela favorise la compréhension mutuelle et approfondit l'affection fraternelle.

 

Organisons des repas, des sorties, des week-ends et des vacances en commun.

 

C'est un enrichissement mutuel sur le plan de nos personnalités par l'engagement de notre intelligence pour nous instruire et nous avertir; de notre sentiment pour nous encourager et nous consoler, et de notre volonté pour nous exhorter et nous stimuler à avancer.

 

L'église locale est-elle un lieu de repos, de désaltération et de partage face à tout ce que le monde offre?

 

Notre amour mutel manifesté concrètement dans l'église fera envie à ceux qui sont sans Christ et qui «connaîtront que nous sommes ses disciples» (Jean 13.34-35). Aussi, la louange, le chant, la fraction du pain doivent-ils refléter l'expression de la communion fraternelle.

 

3e pilier: la fraction du pain

 

 

L'Eglise primitive célébrait la Cène au moins une fois par semaine, au jour du Seigneur (Act 20.7).

 

Ainsi la Didaché (fin du premier siècle) recommande:

 

«Réunissez-vous le jour dominical du Seigneur (kuriakèn kurion), rompez le pain et rendez grâces après avoir confessé d'abord vos péchés» («Pourquoi l'Eglise?» par A. Kuen, p. 50-51, éd. Emmaus, 1806 St-Légier, Suisse).

 

Le repas du Seigneur est le moment culminant du culte d'adoration, car les yeux de ses disciples sont fixés sur lui, sur son oeuvre rédemptrice accomplie à la croix, où la grâce et la justice se sont rencontrées (1 Pi 2.21-25).

 

Autour de la table du Seigneur, nous exprimons la communion avec le Seigneur et avec nos frères, tous partie intégrante du corps de Christ (1 Cor 10.17; 12.13; Eph 4.16).

 

Cela implique aussi ma responsabilité de suivre Jésus, de ne pas laisser un différend avec mon frère avec qui je partage ce repas et de ne pas vivre dans le péché.

 

Le repas du Seigneur ne se prend pas à la légère.

 

Le péché y est confessé et jugé. La Cène ne devient donc pas une simple habitude, car chaque fois chacun s'éprouve, chacun se juge pour discerner s'il y a quelque chose qui le sépare de son Seigneur et de son frère (1 Cor 11.27-32). Cela signifie qu'il y a une discipline à la table du Seigneur.

 

Ce mémorial si solennel est un enrichissement, car chaque fois on découvre une autre facette de la personne bénie du Seigneur Jésus-Christ à travers la Bible. Cela nous rapproche de lui et les uns des autres.


 Parce que le disciple fait partie du corps de Christ, il participe à la fraction du pain.

 

C'est un repas d'amour où l'on manifeste son attachement au Seigneur et sa communion avec les frères et soeurs participants.

 

Si nous vivons dans la lumière, ces moments d'adoration autour de la table du Seigneur deviennent grandioses et fascinants.

 

4e pilier: les prières

 

 

Tout au long des Actes, l'auteur inspiré donne la démonstration d'une Eglise naissante avec les apôtres, dont la dominante était la prière (1.14,24; 4.24; 6.6; 7.59-60; 8.15; 12.12; 13.2-3; 14.23; 16.13,25; 20.36; 21.5).

 

Une église qui néglige la prière recule. La prière sous ses différentes formes (louange, adoration, actions de grâces, intercession, combat, supplication, requêtes) doit avoir une large place dans l'Eglise.

 

En vertu de l'oeuvre rédemptrice de Jésus-Christ, nous pouvons nous approcher librement de Dieu, car nous avons été rendus agréables dans le bien-aimé (Eph 1.3-8).

 

Le Dieu infini, personnel et trinitaire, notre Père céleste, nous a appelés à cultiver une relation intime, personnelle avec lui par le Saint-Esprit.

 

Bible ouverte et aux pieds du Seigneur, nous découvrons sa gloire, sa grâce et notre misère. Ce n'est que là que nous pouvons accepter la crucifixion de notre égocentrisme.

 

L'Eglise de la fin du 20e siècle a appris des techniques et des méthodes de croissance numérique et d'évangélisation.

 

Nous tentons d'évaluer «nos succès» en chiffres et en statistiques, en oubliant parfois que Dieu voit «son succès» selon ses principes à lui.

 

La prière est un de ses principes. L'Eglise a-t-elle oublié que lorsque l'Eglise primitive priait à Jérusalem, le lieu tremblait (Act 4.31)?

 

A-t-elle oublié qu'elle a un combat gigantesque et continu à livrer contre les puissances des ténèbres (Eph 6)?

 

Accomplit-elle l'ordre de l'Eternel de publier ses louanges, ayant été formée comme peuple pour cela (Es 43.7,21)?

 

Dieu répond encore aujourd'hui puissamment à la prière collective de l'Eglise (Act 12.12).

 

Des centaines de promesses encouragent l'assemblée qui prie avec régularité et avec ferveur.

 

Les anciens devraient tout faire pour mobiliser la communauté à prier individuellement, en famille, en groupes et en réunion.

 

Un enseignement méthodique sur la prière devrait être prodigué.

 

Pourquoi ne pas établir un plan de prière (adoration, besoins dans l'église locale, mission, évangélisation, etc)?

 

Rendons ces rencontres variées.

 

Avons-nous pensé à la valeur du jeûne?

 

Si nous voulons obtenir des victoires, des délivrances des liens du péché, de l'occultisme, etc., le combat dans la prière et dans le jeûne devient partie intégrante de la vie de l'église locale.

 

«La prière énergique du juste a une grande efficacité» (Jac 5.13- 18).

 

Puissent ces réflexions stimuler les anciens et les responsables d'églises à rendre le troupeau du Seigneur plus conforme à son image.

    

Henri Lüscher,

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-Arthus Croix Huguenote

 

 

 

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 11:16
Adolphe Monod - Jésus tenté au désert (Dernière partie)

 

III - Jésus tenté au désert :

Les armes

(Suite 5ème partie & fin)

 

« Or Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain ; et il fut conduit dans l'Esprit (1) au désert, quarante jours, étant tenté par le Diable. Et il ne mangea rien durant ces jours ; mais ensuite, après qu'ils furent passés, il eut faim. Et le Diable lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit en disant : Il est écrit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. Alors le Diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le Diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Et Jésus répondant lui dit : Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Et il le conduisit à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. Et Jésus répondant lui dit : Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Et ayant achevé toute la tentation, le Diable se retira de lui pour un temps. »

(Luc 4.1-13.) Lire Matthieu 4.1-10 ; Marc 1.12-13


 

Jésus n'a d'autre arme contre Satan que la Parole de Dieu : mais cette arme, comment la manie-t-il ?

 

Étudions chacune des trois citations qu'il emprunte successivement aux Écritures.

 

Ainsi, Son Exemple qui vient de nous révéler la puissance de la Parole de Dieu, va nous apprendre encore de quelle manière nous devons nous en servir.

 

Après quarante jours et quarante nuits passés au désert, Jésus éprouve le sentiment de la faim, qui paraît lui avoir été épargné durant le cours de son jeûne : tout ici est surnaturel.

 

C'est alors que le diable s'approche de lui, et commence de l'attaquer.

 

Nous avons eu occasion, dans un autre endroit, de contempler les trois tentations du désert par ce qu'on pourrait appeler leur côté extérieur, je veux dire par les objets auxquels elles se rapportent : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie. »

 

Ici, nous les regardons par leur côté intérieur ; j'appelle ainsi le sentiment par lequel le diable espérait faire succomber le Seigneur, et qui constitue proprement l'esprit de la tentation.

 

Envisagée sous ce point de vue, la première tentation est une tentation de défiance, la seconde une tentation d'infidélité, la troisième une tentation de présomption.

 

Le diable commence ainsi : « Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

Le moment était bien choisi, et la tentation subtile.

 

Le tentateur veut que Jésus détourne à son avantage personnel la vertu divine dont il est revêtu comme Messie, en supposant qu'il soit le Messie, ce dont Il veut peut-être en même temps le faire douter.

 

C'est comme s'il lui eût dit : Emploie les moyens dont tu disposes pour subvenir à tes besoins, à défaut de Dieu que tu appelles ton Père, mais qui paraît t'avoir oublié.

 

Si Jésus cédait à cette proposition, qui cachait un fond si perfide sous des apparences si bienveillantes, Il sortait des voies de Dieu pour avoir douté du secours de Dieu ; Il usait de sa puissance comme satan avait fait delà sienne, pour sa satisfaction propre ; et l'œuvre de la rédemption était ruinée par la base.

 

Aussi repousse-t-Il l'ennemi sans hésitation (27), en lui opposant pour toute réponse ce témoignage des Écritures : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

 

Cette citation vous paraît peut-être étrange, et peu appropriée à la circonstance : mais vous ne penserez plus de même, quand vous en aurez pénétré le sens.

 

Elle est prise dans le Deutéronome (28), et tirée de l'histoire du peuple d'Israël au désert.

 

Remarquez que les deux autres réponses de Jésus-Christ au tentateur sont empruntées à la même histoire et au même livre.

 

D'où vient que Jésus, avec tout le champ des Écritures ouvert devant Lui, se retranche contre l'ennemi dans cette seule place, comme dans une forteresse inexpugnable ?

 

C'est qu'Il voit un secret rapport entre Lui, Fils de Dieu, préludant à la fondation de son royaume par quarante jours de jeûne et de tentation dans le désert de Juda, et Israël, cet autre Fils de Dieu (29), préparé pour la conquête de Canaan par quarante ans de privations et d'épreuves dans le grand désert d'Arabie.

 

Israël, qui nous est présenté comme un type de l'Église de la seconde partie de la Bible, l'est aussi de Jésus, la Tête de cette Église, en qui elle se résume tout entière : voilà pourquoi Jésus s'instruit et se fortifie par ce qui est écrit pour Israël.

 

Admirable enchaînement des Écritures ! Merveilleuse unité d'esprit dans la Première Alliance et l’Alliance Renouvelée !

 

« Il t'a donc humilié et t'a fait avoir faim, dit Moïse au peuple d'Israël, mais Il t'a repu de manne, laquelle tu n'avais point connue, ni tes pères aussi, afin de te faire connaître que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu, » ou, comme s'exprime notre texte, « de toute parole de Dieu. »

 

Pour être le moyen ordinaire par lequel Dieu nourrit l'homme, le pain n'est pas le seul qu'il ait à sa disposition.

 

Car le secret de la vertu nutritive réside, non dans le pain, mais dans la parole de Dieu, de laquelle seule procède toute vertu et toute bénédiction.

 

Le pain ne s'assimile à la substance de notre, corps, que parce que cette parole a dit au commencement :

 

« Je vous ai donné toute herbe portant semence qui est sur toute la terre et cela vous sera pour nourriture (30) ; » et si, au lieu de prononcer cette bénédiction sur le froment, la même parole l'eût prononcée sur le bois ou sur la pierre, le bois et la pierre nous nourriraient aussi bien que fait le froment ; ce qui ne serait pas un spectacle plus étrange que ce bois adoucissant les sources de Mara (31), ou cette pierre fournissant à Israël de l'eau pour sa soif (32).

 

Sans la parole de Dieu, le pain lui-même ne saurait nourrir personne, et « l'on mangerait sans être rassasié (33) ; » mais sans le pain, la parole de Dieu peut nourrir qui elle veut, comme elle veut.

 

Dieu l'a fait assez voir dans les compagnons de Moïse, en les nourrissant quarante ans avec la manne, qui cesse de tomber du jour qu'ils mettent le pied sur une terre cultivée (34).

 

Bien plus, la parole de Dieu peut soutenir le corps de l'homme, sans pain, sans manne, sans moyens visibles d'aucune sorte.

 

Moïse, par deux fois, vit quarante jours sur le mont de Sinaï « sans manger de pain et sans boire d'eau (35). »

 

Élie marche, quarante jours aussi, sans manger et sans boire, vers la même montagne, au travers du même désert.

 

Jésus, à son tour, conduit par la volonté de son Père dans une solitude où tout Lui manque, y a été soutenu si merveilleusement durant son jeûne de quarante jours, qu'Il n'a pas même souffert de la faim.

 

Il comptera jusqu'au bout sur Celui qui l'a fait venir au désert, pour le faire vivre dans le désert.

 

 

Reste le choix des moyens, qu'il abandonne volontiers à la sagesse paternelle, ayant appris de Moïse que « l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. » A peine cette écriture, prise dans sa pensée intime et profonde, a-t-elle été citée, qu'elle renverse tout l'effort de l'ennemi et met à néant sa première attaque.

 

Mes chers amis, chaque fois que le tentateur vous poussera à douter du secours de Dieu, parce que les moyens ordinaires vous font défaut, répondez comme Jésus : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

 

Vous avez gagné péniblement jusqu'ici votre pain et celui de votre famille : mais tout à coup le travail vous manque, ou vos forces vous quittent, ou vos ressources accoutumées vous échappent.

 

Voilà « une occasion » que le Diable ne négligera pas de « racheter. »

 

Il n'oserait vous proposer de tromper ou de dérober ; mais il vous dira : Dieu, ton Père, n'a-t-il pas d'autre festin pour toi que ces pierres et ces ronces parmi lesquelles Il te laisse végéter ?

 

Eh bien, aide-toi toi-même, puisqu'Il t'abandonne ; et ne crains pas de t'écarter quelque peu des voies battues, et de pourvoir à tes besoins par quelqu'un de ces expédients dont tu te fais trop de conscience.

 

 

Engage-toi dans cette spéculation, essaye des chances brillantes du jeu, sois moins difficile sur le choix de tes relations, flatte sans scrupule ceux dont la protection t'est nécessaire : « Dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

 

Répondez-lui : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. » « Le Dieu que je sers peut me délivrer, et il me délivrera ; » mais, « quoi qu'il fasse (36), » je ne m'écarterai point de ses sentiers ; et dussé-je mourir de faim, je veux « m'abstenir de tout ce qui a quelque apparence de mal. »

 

La nourriture de votre âme donne lieu à des tentations semblables, que vous repousserez dans le même esprit.

 

Vous vous trouvez relégué dans une solitude spirituelle ; retenu dans un séjour où votre cœur « languit après les parvis de l'Eternel (37) » et la communion de son peuple ; lié à une position, à une société, où tout contrarie votre « accroissement dans la grâce : » pour vous le chemin de la sanctification est tout hérissé de tentations et d'obstacles.

 

Mais cette solitude, Dieu vous l'a faite ; mais cette position, Dieu l'a choisie pour vous, et vous n'en pourriez sortir qu'en violant d'impérieux devoirs ; mais cette société est celle de votre famille naturelle, dont Dieu vous a commandé de prendre soin sous peine de « renier la foi et d'être pire qu'un infidèle (38). »

 

En de tels moments, le diable vous dira : N'est-il pas temps de pourvoir à la délivrance de ton âme ? fais cesser à tout prix un état de choses qui te rend la vie chrétienne impossible : « Dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

Répondez-lui : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

La bénédiction vient de Dieu, et cette bénédiction n'est attachée à aucune condition humaine.

 

Je suis où Dieu me veut, cela me suffit.

 

Celui qui « change à son gré la terre salée en terre fertile, et le désert en sources d'eaux (39), » est aussi  Celui qui peut convertir les plus terribles tentations en précieux moyens de grâce : Il saura me garder dans toutes mes voies, excepté dans celle de la désobéissance.

 

(...) Vous voilà véritablement dans le désert, mais dans un désert où Dieu vous a conduit comme par la main.

 

Le diable vous dit alors : Le Dieu que tu sers si fidèlement te délaisse. Depuis tant d'années que tu Lui présentes tes demandes pour toi et pour ta maison, qu'a-t-Il fait pour apaiser ta juste sollicitude ?

 

Que tardes-tu ? Quitte une situation si ingrate. Cherche quelque autre poste « qui te donne ton pain et ton eau, ta laine et ton lin, ton huile et ton breuvage (40) : » « Dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

Répondez-lui : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

 

Dieu, fidèle envers ceux qui sont fidèles (41), a des ressources toutes prêtes pour tous mes besoins : où qu'Il m'ait envoyé, Il ne m'a jamais laissé manquer de rien (42).

 

Tant que je serai convaincu que c'est ici la place qu'Il m'a assignée, j'y resterai, et « j'attendrai en repos Sa délivrance (43). »

 

Répondez ainsi, mes amis, et Dieu vous sera en aide.

 

Plusieurs de vos frères ont été visités comme vous l'êtes ; ils ont attendu le Seigneur ; et aujourd'hui que Dieu leur a « montré la délivrance promise à celui qui règle sa voie (44), » ils n'échangeraient pas pour tout l'or du monde les leçons qu'ils ont recueillies de leur détresse.

 

La première tentation a été vaincue, vaincue par la Parole de Dieu : le diable a recours à une autre.

 

« Alors le diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. »

 

Comment s'est passée cette scène mystérieuse ? Nous l'ignorons.

 

Je l'ai dit : je prends le récit de mon texte comme un enfant ; et sans chercher à pénétrer « les choses cachées qui sont pour l'Eternel notre Dieu, » je vais droit à « ces choses révélées qui sont pour nous et pour nos enfants. »

 

Il y a beaucoup à apprendre ici sur les ruses de l'adversaire, et sur ce que nous devons faire pour y échapper.

 

Que penser de cette parole de satan : « Elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux » ?

 

Elle est mêlée de vrai et de faux, caractère général de toutes les séductions de l'adversaire : car si tout y était vrai, le « père du mensonge » n'y trouverait plus son compte ; et si tout y était faux, son jeu serait trop à découvert.

 

Il est trop vrai que satan exerce dans le monde un prodigieux empire, qu'il tient du péché, et qu'il met au service du péché.

 

Il l'usurpa dans Eden, où, non content de s'emparer de l'esprit de l'homme, ce roi de la terre, nous le voyons se substituer au Roi du ciel lui-même comme objet de l'obéissance de l'homme.

 

Il ne faut que jeter les yeux autour de nous pour reconnaître ces droits funestes que l'ennemi s'est acquis sur nous : l'histoire, la politique, la science, les arts, la littérature, toutes les sortes de gloire et de beauté, en rendent un trop éclatant témoignage.

 

Aussi l'Écriture appelle-t-elle satan le « Prince de ce monde (45), » tant il y est puissant, et même (ô honte !) le dieu de ce siècle (46), » tant il y est adoré.

 

Mais cette puissance de satan telle qu'elle « lui a été livrée, » ainsi qu'il est contraint de l'avouer lui-même.

 

Or, lui ayant été livrée, elle n'est point absolue : elle s'exerce sous le contrôle de Dieu, qui la fait servir à l'accomplissement final de ses desseins ; et si satan est le Prince de ce monde, Dieu seul en est « le Souverain, qui domine sur le royaume des hommes, et le donne à qui il lui plaît (47). »

 

Puis encore, lui ayant été livrée, elle n'est point éternelle : elle lui sera retirée quand le péché, sur lequel seul elle repose, aura été aboli ; et c'est pour l'abolir que le Messie est venu, apparu qu'Il est « pour détruire les œuvres du diable, » et pour fonder sur les ruines de son empire un royaume nouveau « qui ne sera jamais dissipé (48). »

 

Ce que Satan ose s'attribuer ici, ce qu'il prétend vendre au Fils de Dieu, appartient donc en réalité à ce Fils, à qui le Père a promis « les nations pour son héritage et les bouts de la terre pour sa possession (49). »

 

Quoi qu'il en soit, satan offre à Jésus ce dont il dispose, et peut-être aussi ce dont il ne dispose pas.

 

Il fait passer devant ses yeux « tous les royaumes de la terre et leur gloire : » cet orgueil du pouvoir, cet éclat des richesses, cette splendeur du luxe, cette vanité des honneurs, cet entraînement des plaisirs, et toutes ces pompes terrestres qui excitent si ardemment les convoitises de l'homme ; puis il lui dit : « Tout sera à toi, sous la seule condition que tu te prosterneras devant moi. »

 

Au lieu d'attendre et de conquérir l'héritage promis par le Père, le prendre sur-le-champ et sans combat des mains de satan, en lui rendant l'hommage qui n'est dû qu'à Dieu : voilà l'esprit de la seconde tentation.

 

Elle a quelque chose de plus révoltant que la première : cette condition à laquelle l'empire du monde est attaché n'est rien moins qu'un pacte avec le diable.

 

Aussi Jésus, à l'ouïe de cette proposition impie, sort un moment de cette sérénité qui caractérise sa résistance (50) ; et, nommant pour là première fois satan par son nom, Il le repousse avec une sainte indignation : « Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul (51). »

 

Cette citation arrête sur-le-champ l'effort de l'ennemi, et le renvoie vaincu une seconde fois.

 

Ici les choses sont si claires, la proposition de satan si détestable et la réponse de Jésus si simple, que les explications seraient superflues ; mais les applications ne le seront pas.

 

Quelque détestable que soit la tentation, les enfants de Dieu y sont tous exposés ; et quelque simple que soit la réponse, il s'en faut bien que nous sachions toujours la trouver.

 

Il n'est personne de nous à qui une alliance avec satan n'ait été plus d'une fois offerte.

 

J'appelle ainsi cette convention tacite, par laquelle un homme s'engage à servir le dieu de ce monde, pour obtenir la faveur de ce monde ; par laquelle un chrétien peut-être consent à rendre hommage à satan, pour s'assurer impatiemment « la gloire qui vient des hommes, » au lieu de poursuivre par la foi « la gloire qui vient de Dieu seul. »

 

Citons-en quelques exemples empruntés à l'expérience de la jeunesse.

 

La forme la plus commune sous laquelle satan nous propose son affreuse alliance, c'est la convoitise des richesses.

 

Un jeune homme moral, pieux, vient d'entrer dans la carrière du commerce.

 

L'espoir de faire une brillante fortune s'empare de son esprit : cet espoir, comment le réaliser ?

 

Entre autres moyens, il s'en présente à lui qui ont cours généralement dans le monde, mais qui sont des moyens de péché : mentir, tromper, nuire au prochain, susciter des procès, diviser des familles, négliger le service de Dieu, violer le jour du repos.

 

C'est le Diable qui vous dit : « Tout sera à toi, si tu te prosternes devant moi. »

 

Hélas ! et qu'il y a peu de fortunes qui aient été faites sans concessions à satan !

 

Répondez-lui, mon jeune frère : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »

 

Que satan garde tous ses avantages, puisqu'il les met à un tel prix.

 

Ne mendiez pas au diable la trompeuse image d'une gloire que Dieu vous donnera en réalité, si vous êtes fidèle.

 

Aussi bien, même ici-bas, la bénédiction vient de Dieu : « La piété a les promesses de la vie présente, et de celle qui est à venir. »

 

Quelquefois l'alliance de satan est déguisée sous un projet de mariage.

 

Une jeune fille marchait avec fidélité dans les voies du Seigneur ; par sa piété fervente à la fois et modeste, elle était en exemple à ses compagnes, en honneur à l'Église, en édification au monde.

 

Sa main est recherchée par un jeune homme ayant tout pour lui, fortune, rang, esprit, aimable, aimé peut-être...mais étranger à la piété, et auquel elle ne peut s'unir qu'au préjudice de sa foi.

 

C'est satan qui vous dit : « Tout sera à toi, si tu te prosternes devant moi. »

 

Vois quel avenir t'est présenté : que d'honneur, que de joie, que d'amour !

 

Voudrais-tu te priver de tout cela ? et pourquoi ? pour le triste plaisir de mener une vie austère et maussade ?

 

Garde ta foi, tu le peux, seulement renferme-la dans ton cœur ; et sois du monde, tandis que tu es dans le monde.

 

Comment une faible enfant résistera-t-elle à une manœuvre de l'adversaire si perfidement ourdie ?

 

Par cette simple parole : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »

 

Oui, ma jeune sœur, répondez-lui ainsi, et vous voilà victorieuse.

 

Aussi bien, « la grâce du Seigneur vous suffit. »

 

Allez déposer doucement au pied de sa croix tous les projets de bonheur que votre pauvre cœur a rêvés ; et vous trouverez dans son amour de quoi payer avec usure tous vos sacrifices.

 

Le sanctuaire ne met pas à l'abri des offres d'alliance de satan.

 

Un jeune ministre entre au service de l'Église, enrichi des plus beaux dons de Dieu.

 

Il peut aspirer à la gloire du monde, aux applaudissements des hommes, aux places les plus rétribuées ou les plus influentes ; mais il faut, pour y parvenir, ou souscrire aux doctrines du siècle, ou accommoder la vérité à sa délicatesse, ou prendre part à la frivolité de ses plaisirs, ou faire cause commune avec lui contre les enfants de Dieu.

 

C'est encore satan qui vous dit : « Tout sera à toi, si tu te prosternes devant moi. »

 

Que de jeunes et vieux ministres peut-être qui succombent à cette tentation !

 

Que de Démas qui ont abandonné leurs frères, « ayant aimé le présent siècle (52) » !

 

Que de sacrificateurs « qui ont cru en Jésus et qui ne le confessent pas, sinon que par apparence, parce qu'ils ont mieux aimé la gloire des hommes que celle de Dieu (53) ! »

 

O mes jeunes amis ! soyez fidèles, soyez inébranlables.

 

Répondez : « Il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »

 

« Si vous cherchez à plaire aux hommes, vous ne serez pas serviteurs de Christ. »

 

Confessez Jésus-Christ pour votre Dieu, sa Parole pour votre règle, et son peuple pour votre peuple ; et « quand le souverain Pasteur paraîtra, vous recevrez de ses mains une couronne incorruptible de gloire (54) ! »

 

Vaincu par deux fois, satan fait une dernière tentative, pour laquelle on peut prévoir qu'il va rassembler tout ce qu'il a de ruses et de ressources.

 

« Il l'amena aussi à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. »

 

Pour bien comprendre l'esprit de cette tentation, il faut l'opposer à la première, avec laquelle elle offre un contraste manifeste.

 

Le tentateur avait cherché vainement à faire douter Jésus de son Père : ce moyen, le premier auquel il a communément recours, et qui lui avait trop bien réussi avec Ève, avait échoué contre la confiance inébranlable de Jésus au secours de Dieu.

 

Alors, le tentateur conçoit l'espérance de le séduire par cette confiance même, mais par cette confiance dénaturée.

 

Il « se déguise en ange de lumière ; » il s'environne de choses saintes ; il conduit Jésus dans la sainte cité, le place sur le faîte du saint temple, et l'encourage, par la sainte Parole de Dieu, à se jeter sans crainte du haut en bas, pour donner à la multitude, par le prodige de la protection promise, une marque éclatante de ce qu'Il est.

 

Oui, mais l'action hasardeuse que satan propose à Jésus est-elle nécessaire ? Est-elle voulue de Dieu ? Présente-t-elle les conditions requises pour que la promesse du Psaume 91 y soit applicable ?

 

Si Jésus cédait à la suggestion du tentateur, Il engagerait sans vocation la fidélité de son Père, Il se ferait de la Parole de Dieu un amusement plutôt qu'un appui, Il créerait le péril pour la frivole satisfaction de provoquer la délivrance ; et cette délivrance venant à manquer, Il exposerait autant la gloire de Dieu par sa confiance aveugle et présomptueuse, qu'Il l'eût servie par une foi humble et obéissante.

 

Aussi répond-Il sans hésiter à son perfide conseiller : « Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu (55). »

 

Qu'est-ce que « tenter Dieu » ? Et pourquoi Jésus eût-Il tenté Dieu en se jetant du haut du temple en bas ?

 

« Tenter Dieu, » ou « éprouver Dieu (56), » c'est, ainsi que l'indique le sens naturel des mots, mettre Dieu à l'épreuve, et faire ainsi l'essai de sa fidélité, tandis que la foi compte simplement sur Dieu, et s'appuie sur sa fidélité comme sur un roc immuable.

 

La foi parle ainsi : « Dieu a dit, et ne le fera-t-il pas ? » et elle ne demande d'autre gage de sa promesse que cette promesse elle-même.

 

Celui qui tente Dieu tient un tout autre Tangage : Dieu fera-t-il ? Dieu veut-il ? Dieu peut-il ?

 

Puis, entraîné par le besoin d'éclaircir son doute, il se permet de prescrire à Dieu certaines conditions qu'il veut voir remplies avant de se reposer sur sa promesse.

 

Les Israélites « tentent l'Éternel » à Réphidim, en demandant de l'eau à boire, et en la demandant dans un tel esprit qu'ils jugeront sur l'accueil fait à leur demande « si l'Éternel est au milieu d'eux ou non (57). »

 

Ils le tentent encore à Kibroth-Taava, en demandant une nourriture nouvelle, et en disant : « Il a frappé le rocher, et les eaux en sont découlées : pourrait-Il aussi nous donner du pain ? Apprêterait-il de la viande à son peuple (58) ? »

 

Sous des formes plus grossières, le même esprit reparaît dans l'Eglise chrétienne.

 

Ces nouveaux disciples qui font opposition aux apôtres dans le concile de Jérusalem « tentaient Dieu, » en voulant charger les païens convertis d'un joug qu'ils n'avaient pu porter eux-mêmes (59), par où ils semblaient imposer à Dieu un déploiement extraordinaire de grâce auquel on n'avait pas le droit de s'attendre.

 

Cette conduite est d'autant plus répréhensible, que s'il plaît au Seigneur, ainsi provoqué (60), de refuser les conditions qu'on a osé lui prescrire, son caractère ou sa parole paraîtra se trouver en défaut : la fausse confiance et la défiance, la présomption et l'incrédulité, se touchent ; elles ont un principe et des résultats semblables.

 

Jésus, à son tour, eût tenté Dieu, s'il se fût jeté du haut du temple en bas.

 

Car, n'ayant pour le porter à un acte si étrange ni commandement ni nécessité, Il ne pouvait pas dire : Dieu me gardera ; mais tout au plus : Dieu me gardera-t-Il, saura-t-Il me conduire sain et sauf à terre ?

 

Essayons. – Qu'Il eût dit cela une seule fois, et Il était vaincu ; mais son refus, mais cette citation des Écritures : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu, » déconcerte le plan de l'adversaire, et le met en fuite pour la troisième et dernière fois.

 

Mes frères, satan peut nous tenter aussi de tenter Dieu.

 

Les exemples abondent, l'embarras n'est que de choisir.

 

 

« L'or et l'argent sont à l'Eternel des armées. »

 

Dans une entreprise formée pour la gloire du Seigneur et conduite dans son Esprit, nous pouvons nous attendre au Seigneur pour nous fournir les ressources nécessaires : Il ne confondra pas notre foi.

 

Aussi bien, sans cette foi, les plus belles œuvres de la charité et de la piété chrétienne auraient été arrêtées au début : les Francke, les Cotolingo, les Marie Calame, auraient manqué leur mission.

 

Mais gardez d'aller, sous prétexte de confiance en Dieu, vous jeter avec une assurance téméraire dans le premier chemin qui s'ouvre devant vous.

 

Ici encore, les suggestions de satan ne vous seront point épargnées.

 

Il vous excitera tantôt à prendre pour une inspiration de l'Esprit de Dieu tel dessein qui, malgré de bonnes apparences, tend moins à sa gloire qu'à la vôtre ; tantôt à faire, pour l'exécution d'un dessein approuvé de Dieu, des dépenses qui ne sont ni commandées par la nécessité, ni conformes à la simplicité évangélique ; tantôt à devancer impatiemment les temps de Dieu, et à troubler ainsi ce progrès lent et sûr par lequel il aime à garantir le succès de la cause, tout en exerçant l'humilité de l'instrument.

 

Que crains-tu, vous dira-t-il, homme de petite foi ? Engage-toi, au nom du Seigneur : donne, promets, achète, construis, fais tout ce qui se trouvera sous ta main.

 

Si tu es un enfant de Dieu, fie-toi à ton Père, « jette-toi d'ici en bas. »

 

Ecoutez-le, et vous vous trouverez insensiblement entraîné dans des obligations auxquelles vous ne pourrez suffire.

 

Alors, l'Evangile sera compromis aux yeux du monde, qui dira à la vue de vos projets inachevés : « Cet homme a commencé de bâtir et il n'a pu achever ; » et vous-même, vous pourrez être livré à des soucis pécuniaires qui briseront votre cœur, s'ils n'ébranlent pas votre foi.

 

Prévenez un si grand mal en marchant scrupuleusement avec Dieu, en tempérant la liberté de Christ par la prudence de Christ, et en ne vous écartant du chemin battu que pour répondre à une vocation manifeste, ou pour obéir à une impulsion certaine de l'Esprit : c'est le secret de la prière.

 

Hors de là, « tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu » : voilà votre réponse, et votre repos.

 

 

Pères et mères, c'est vous qui m'allez fournir mon second exemple : prêtez-moi une oreille attentive.

 

Le moment vous paraît venu d'éloigner votre fils ou votre fille de la maison paternelle, et de mettre à profit les ressources de l'éducation publique, soit pour compléter son instruction, soit pour former son esprit et son caractère : quels principes présideront au choix, si grave et si difficile, de cette seconde famille que vous allez substituer pour votre enfant à sa famille naturelle ?

 

Si vous mettez en première ligne « la seule chose nécessaire, » vous éprouverez la vérité de cette promesse : « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. »

 

Mais si, trop préoccupés de la gloire qui vient des hommes, vous cherchez avant tout pour votre fils les moyens de se distinguer dans le monde, et pour votre fille les moyens d'y plaire ; si vous les placez pour des années dans un milieu où le nom de Jésus-Christ n'est ni honoré, ni aimé, ni connu peut-être : que dis-je ?

 

Si vous livrez cette âme confiante et cet esprit flexible à l'influence d'un prosélytisme aveugle, opiniâtre, et dont votre imprudence semble au surplus avoir pris à tâche de désarmer les scrupules, s'il en avait, qu'aurez-vous fait autre chose que de « tenter Dieu ? »

 

Alors la voix qui vous dit tout bas : Les avantages d'une éducation brillante ne valent-ils pas quelques sacrifices ?

 

Dieu, d'ailleurs, ne peut-il préserver ton enfant de la contagion de l'erreur, ou de l'entraînement des exemples ?

 

Ne le saurais-tu gagner à la piété qu'à la condition de le persécuter une Bible à la main ?

 

Cette voix, de qui est-elle, que de celui qui a dit à Jésus : « Jette-toi d'ici en bas ? » et quelle autre réponse avez-vous à lui faire que celle de Jésus : « Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ? »

Hélas ! Que de parents je pourrais nommer, qui pleurent en larmes amères le péché et la folie d'avoir compté sur Dieu, pour soustraire leurs enfants à des périls où ils les avaient engagés sans l'aveu de Dieu !

 

Une autre fois, le tentateur vous poussera à fréquenter des compagnies suspectes, parce que Dieu peut vous garder de leur influence ; ou à dissiper votre vie intérieure dans des lectures frivoles, sinon corruptrices, parce que Dieu peut vous défendre contre leurs atteintes ; ou à suivre des “docteurs” qui annoncent de dangereuses nouveautés, parce que Dieu peut fermer votre cœur à la séduction de leurs discours.

 

Autant de variantes de son conseil à Jésus : « Jette-toi d'ici en bas ; » à chacune desquelles vous devez répondre : « Il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. »

 

Dans les périls auxquels il plaît à Dieu de vous exposer, soyez fermes et inébranlables ; mais ne vous en créez aucun à vous-mêmes ; ne mettez jamais Dieu à l'épreuve ; n'engagez en rien sa gloire ; et placés sur les créneaux du temple, ne vous jetez pas en bas, mais descendez tranquillement et humblement par les degrés du bâtiment.

 

Mais il y a dans cette dernière tentation un trait qui mérite notre attention particulière : c'est l'usage que satan fait des Écritures.

 

Il a vu que, par elles, Jésus l'a deux fois repoussé : il forme l'audacieux projet de tourner contre son vainqueur cette épée du Saint-Esprit dont il vient d'éprouver l'irrésistible puissance.

 

Merveilleuse habileté du tentateur qui se fait des moyens de tout, et qui, s'armant contre nous de nos ressources mêmes, cherche à nous rendre faibles par notre force, comme Dieu nous rend forts par notre faiblesse !

 

« Jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. »

 

En quoi consiste la perfidie de cette citation ?

 

A cela plusieurs répondent que Satan a malicieusement tronqué le passage qu'il allègue.

 

Le Psalmiste avait dit : « Il donnera ordre à ses anges de te garder dans toutes tes voies ; » et ces derniers mots, que le tentateur supprime, faisaient connaître que nous ne pouvons compter sur le secours promis qu'en demeurant dans les voies de notre vocation.

 

Cette remarque me paraît subtile ; il semble, d'ailleurs que si elle était fondée, Jésus aurait répondu en rétablissant dans son intégrité le texte mutilé.

 

Non, satan n'altère pas les termes du passage cité, mais il en fait une fausse application.

 

Le secours garanti dans le Psaume 91 a ses conditions marquées, et des conditions dont Jésus s'écarterait en se jetant du haut du temple : Dieu a voulu rassurer contre le péril ceux de ses enfants qui s'y trouvent exposés inévitablement, non ceux qui s'y précipitent par choix et sans obligation.

 

Mais cette restriction ne se trouvant pas dans les expressions du Psalmiste, comment Jésus prouvera-t-Il qu'elle est dans la pensée du Saint-Esprit ?

 

Sera-ce en faisant appel à la raison propre ou au sentiment naturel ?

 

Non, ce sera en faisant appel à l'Écriture elle-même.

 

Jésus ne répond pas : Le sens que tu donnes à cette écriture ne peut pas être le véritable, parce qu'il est trop étrange ; mais il répond : Ce sens ne peut pas être le véritable, parce qu'il est contraire à une autre écriture.

 

Cette intention du Seigneur est encore plus manifeste dans le récit de saint Matthieu, qui ajoute à celui de saint Luc le mot aussi, fort significatif en cet endroit : « Il est aussi écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. »

 

Il faut combiner ces deux témoignages, qui se complètent et s'expliquent mutuellement ; et Jésus n'a droit de compter sur l'intervention des anges que sous la réserve de ne pas tenter Dieu.

 

Ceci est bien instructif.

 

Il y a dans la Bible, écrite non par des philosophes pour des philosophes, mais par des hommes simples pour des hommes simples, des endroits qui ont besoin d'éclaircissement, et qui, faute d'être bien entendus, peuvent fournir des armes au tentateur contre nous : ces éclaircissements doivent être demandés, non à la sagesse humaine, mais à l'Écriture parlant dans un autre endroit.

 

Aussi bien, si l'on permet à la sagesse humaine de contrôler l'Écriture, où s'arrêtera-t-elle ?

 

Bientôt, on verra l'un rejeter la doctrine du diable comme opposée à sa raison ; un autre, repousser celle des peines éternelles comme blessant son cœur ; un troisième, cacher celle de l'expiation sous des gloses qui l'étouffent ; et il n'y aura plus de foi positive, parce qu'il n'y aura plus d'autorité divine.

 

L'Écriture ne saurait être contrôlée que par l'Écriture, et à un il est écrit, on ne saurait rien opposer de solide qu'un il est aussi écrit.

 

Satan voit un chrétien qui s'applique diligemment à son salut, priant sans cesse, méditant jour et nuit les Écritures, et veillant pour éviter la souillure du monde.

 

Il a vainement cherché à le détourner de la prière, à le faire douter de la Parole de Dieu, à lui inspirer l'amour du présent siècle.

 

Il prend alors en main sa Bible (vous venez de voir qu'il en a une), et commence à lui prêcher de la sorte : Eh ! mon ami, de quel fardeau vous chargez-vous ?

 

Faut-il donc se mettre tout hors d'haleine pour servir Dieu ? A vous voir, il y aurait de quoi faire prendre la piété en dégoût.

 

Je vous montrerai une voie plus commode, et aussi plus orthodoxe ; car enfin votre sanctification est l'œuvre de Dieu, non la vôtre.

 

Un peu d'abandon : suivez la pente de votre cœur, et laissez faire à Dieu.

 

Il est écrit : « C'est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (61). »

 

Oui, suivez la pente de votre cœur, et le diable sera plus tranquille sur votre compte, je le crois sans peine...

 

Ah ! mon frère, répondez à « ce saint Satan, » comme l'appelle quelque part Luther : Il est aussi écrit : « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement...Faites effort pour entrer par la porte étroite (62). »

 

Satan veut porter au relâchement un ministre de l'Évangile dont les prédications puissantes battent en brèche « les portes de l'enfer. »

 

Il a vainement cherché à l'arrêter dans son œuvre sainte par le découragement, par la vaine gloire, par l'inimitié du monde.

 

Il a recours alors à l'Écriture, et lui dit : Homme de Dieu, pourquoi te mettre si fort en peine de la nourriture spirituelle que tu dois à ton peuple ? Ne peux-tu dire des choses saintes, vraies, salutaires, sans pâlir ainsi sur ta Bible et sur tes livres ?

 

Vas-y plus simplement. Fie-toi sur la facilité que Dieu t'a donnée pour parler ; abandonne-toi au Saint-Esprit, et dis ce qu'il te mettra au cœur. Ainsi, tu honoreras davantage le Seigneur, sans compter le temps que tu gagneras pour son service.

 

Il est écrit : « Il vous sera donné à l'heure même ce que vous aurez à dire ; car ce n'est pas vous qui parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous (63). »

 

Voilà, mes amis, un piège agréablement tendu à votre paresse naturelle : si vous y tombez, vous avez à craindre que votre prédication ne soit frappée de langueur, comme l'a été celle de tant de serviteurs de Dieu qui se dispensent sous de beaux prétextes d'un pénible travail (64), pour se livrer à une improvisation sans effort.

 

Mais voici votre délivrance. Répondez : Il est aussi écrit : « Applique-toi à la lecture, à l'exhortation, à l'enseignement ; ne néglige pas le don qui est en toi ; prends garde à toi et à l'enseignement ; car en faisant cela, tu te sauveras toi-même, et ceux qui t'écoutent (65). »

 

 

De même pour tout le reste des tentations scripturaires de satan.

 

Tenez-vous en garde contre l'exégèse du diable, et combattez-la tout simplement par l'Écriture elle-même.

 

Ce qu'elle omet dans un endroit, elle vous le dira dans un autre, comme si elle ne jugeait digne de pénétrer au fond de sa pensée que celui qui prend le soin de rapprocher et d'accorder ses enseignements divers.

 

S'il est écrit : « L'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi, » il est aussi écrit : « La foi sans les œuvres est morte. »

 

S'il est écrit : « Ne soyez point appelés docteurs, car Christ seul est votre docteur, » il est aussi écrit : « Obéissez à vos conducteurs spirituels et soyez-leur soumis. »

 

S'il est écrit : « Votre Père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez, » il est aussi écrit : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et il vous sera ouvert. »

 

S'il est écrit : « Je suis assuré qu'aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ, » il est aussi écrit : « Bienheureux l'homme qui se donne frayeur continuellement ! »

 

S'il est écrit : « Tout est pur à ceux qui sont purs, » il est aussi écrit : « Abstenez-vous de toute apparence de mal. »

 

Vous venez d'apprendre, mes chers frères, par l'exemple de Jésus répondant à la triple attaque du tentateur, l'usage que vous devez faire des Écritures contre la tentation.

 

Mais, pour suivre cet exemple, il faut connaître les Écritures comme Jésus.

 

Ne vous étonnez pas que je parle de la connaissance que Jésus avait des Écritures ; car, nous ne saurions assez le redire, tout Fils de Dieu qu'il était, Jésus était aussi Fils de l'homme, et c'est comme Fils de l'homme qu'il a vaincu dans le désert.

 

Combien les Écritures ne doivent-elles pas être familières à qui sait les citer avec tant d'à-propos, et les adapter si exactement à la variété infinie des tentations humaines !

 

Jésus se meut et se retrouve dans les Écritures, avec autant d'aisance que nous nous mouvons et nous nous retrouvons dans une ville que nous avons, depuis notre enfance, traversée et retraversée dans tous les sens, et dont chaque rue, chaque place, chaque maison est gravée dans notre souvenir.

 

C'est ainsi que vous avez besoin de posséder les Écritures.

 

Ce n'est pas par des à peu près que vous pouvez espérer de combattre efficacement l'ennemi : plus vous serez précis dans l'emploi des Écritures, plus vous serez fort.

 

Que savez-vous ? Peut-être y a-t-il pour la tentation spéciale qui vous presse une déclaration spéciale du Saint-Esprit, à laquelle aucune autre ne saurait entièrement suppléer : il s'agit de la découvrir.

 

Il faut que l'Écriture soit pour vous comme un arsenal si bien étudié que vous puissiez mettre aussitôt la main sur l'arme requise pour votre défense, ou comme une pharmacie en si bon ordre que vous puissiez trouver à l'instant le remède exigé pour votre guérison.

 

Vous ne pouvez pas toujours avoir votre Bible sous les yeux  : il faut, la porter dans votre cœur, si vous voulez qu'elle ne vous manque jamais.

 

Mais pour cela, quelle étude des Écritures ! Quelle lecture constante ! Quelle méditation approfondie !

 

Eh bien ! tout cela n'est rien de plus que ce que Dieu nous a prescrit lui-même  : « Bienheureux l'homme qui prend son plaisir dans la loi de l'Eternel, et qui médite dans cette loi jour et nuit ! ...Que ce livre de la loi ne s'éloigne jamais de ta bouche, mais médites-y jour et nuit (66). »

 

Tout cela n'est rien de plus que ce qu'ont fait les saints hommes proposés à notre imitation  : « O combien j'aime ta loi ! c'est ce dont je m'entretiens tout le jour...Mes yeux ont prévenu les veilles de la nuit pour méditer ta Parole...Je me lève à minuit pour te célébrer à cause des ordonnances de ta justice(67). »

 

Tout cela n'est rien de plus que ce dont nous ont donné l'exemple nos propres pères, jusque dans les jours du désert et du martyre ; ces vieux témoins, dont on a pu dire que si la Bible venait à se perdre les souvenirs réunis de quelques-uns d'entre eux suffiraient pour la récrire tout entière...

 

Quel est donc, ô mon Dieu, l'état où nous sommes tombés ! Quelle ignorance des Écritures dans notre peuple ! Quelle ignorance des Écritures chez nos pasteurs ! Seigneur, rends-nous les jours d'autrefois !

 

Mais au reste, cette connaissance des Écritures par laquelle on les retient dans sa mémoire, allât-elle jusqu'à les savoir par cœur d'un bout à l'autre, n'est pas encore ce qu'il importe le plus d'imiter en Jésus.

 

Ce qui le fait vaincre par les Écritures, ce n'est pas qu'Il en connaisse les mots, c'est qu'Il en saisit le sens et l'esprit.

 

La Bible renferme les maximes du royaume des cieux, mais ces maximes revêtues d'une forme terrestre ; et celui-là seul la comprend, qui sait dégager les pensées divines d'avec l'enveloppe humaine qui les recouvre.

 

C'est ce que fait Jésus dans mon texte : Il ne s'en tient pas à la surface du livre, Il sonde les « pensées et les intentions(68) » de ce qui « est écrit. »

 

 Je n'en veux pour preuve que la première de ses trois citations : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. »

 

Convenez que tenté comme le Seigneur, vous n'auriez jamais songé à vous défendre par cet endroit, et qu'il aurait pu passer et repasser bien souvent sous vos yeux sans que vous y eussiez-vu ce que Jésus y a trouvé.

 

Vous y auriez vu le fait merveilleux de la manne accordée aux Israélites au lieu de pain ; vous y auriez vu un gage d'espérance pour un peuple placé dans une situation analogue à la leur, si cette situation pouvait jamais se renouveler ; vous y auriez vu enfin un témoignage encourageant de l'amour de Dieu pour ses créatures, et de sa fidélité envers son peuple : mais là se serait arrêtée votre exégèse ; enchaînée par l'histoire et par le miracle.

 

Que celle de Jésus est plus pénétrante !

 

Il creuse jusqu'au fond, Il se fait jour jusqu'à la pensée intime du Saint-Esprit ; et au-dessous de l'histoire du miracle, de tout ce qui passe, Il découvre ce principe général et permanent :

 

Toute vertu réside dans la parole de Dieu, qui n'est pas liée aux moyens particuliers dont elle fait ordinairement usage.

 

A ce point de profondeur, la tentation d'Israël et celle de Jésus se rencontrent, si l'on peut ainsi dire, sous terre et par la racine, en sorte que la parole de Moïse, interprétée par Jésus-Christ, s'applique aussi bien à la seconde qu'à la première.

 

Que dis-je ? Elle s'applique également aux tentations des enfants de Dieu dans tous les temps.

 

Et pourtant remarquez-le bien, cette application si étendue et si variée du mot de Moïse n'a rien de forcé ou d'arbitraire ; il n'y a même ici ni allégorie ni double sens ; rien que la pensée profonde du Saint-Esprit, trouvée dans le langage profond de l'Écriture, le vrai du fond dans le vrai de la forme.

 

Voilà, mes chers amis, l'exégèse de Jésus-Christ : une exégèse spirituelle, substantielle, également accessible aux savants et aux simples, aussi attrayante pour l'esprit que nourrissante pour l'âme.

 

Auprès d'elle, que notre exégèse ordinaire est superficielle et froide, alors même qu'elle est le plus savante et le plus consciencieuse !

 

C'est que celle-ci s'embarrasse dans les faits de la terre, tandis que celle-là s'élève jusqu'aux pensées du ciel.

 

Que la Bible serait un beau livre – hélas ! et un livre neuf – étudiée dans cet esprit !

 

La Bible, passez-moi l'expression ; c'est le ciel parlé ; mais il faut dégager ce ciel d'avec cette parole qui le recouvre tout en le révélant, et voilà ce que nous apprend Jésus-Christ.

 

Au reste, cette exégèse-là, nul commentaire ne la peut faire pour nous : il faut la chercher à genoux en disant à Dieu : « Dessille mes yeux, afin qu'ils regardent aux merveilles de ta loi ! »

 

Alors, on reçoit « le témoignage de Dieu au dedans de soi-même ; » alors, ce qui s'écrit dans le cœur correspond trop exactement à ce qui est écrit dans le livre, pour qu'un même Esprit ne soit pas reconnu dans l'un et dans l'autre.

 

La Bible, disions-nous, c'est le ciel parlé : la Bible ainsi écoutée, ce serait le ciel vu, senti, vécu !

 

Quant à moi, je me rappellerai avec un sentiment particulier où j'ai contemplé constamment le combat que mon Sauveur a soutenu, la victoire qu'il a remportée, et l'arme qui l'a rendu vainqueur.

 

J'ai trouvé dans cette contemplation quelque chose de particulièrement sérieux et salutaire ; et j'espère de la fidélité de Dieu qu'elle n'aura pas été sans bénédiction, ni pour moi ni pour vous.

 

Reportez-vous souvent dans le désert.

 

Toutes les fois que le nombre et la grandeur des tentations auxquelles vous êtes exposé sera près de vous accabler, rappelez-vous Jésus tenté comme vous en toutes choses.

 

Toutes les fois que vous serez en doute sur la possibilité de résister, rappelez-vous Jésus écrasant Satan sous ses pieds, et qui a promis de l'écraser sous les vôtres.

 

Enfin, toutes les fois que vous serez incertain des moyens à prendre pour vaincre, rappelez-vous Jésus parant tous les coups de l'adversaire, et le forçant enfin à tourner le dos, avec la seule épée du Saint-Esprit.

 

Et vous, mes futurs compagnons d'œuvre, je ne veux pas quitter cette matière sans vous adresser une exhortation spéciale, que je recommande à votre plus sérieuse attention.

 

La tentation de Jésus se trouve placée entre la fin de sa préparation personnelle et le commencement de sa vie publique.

 

Il y a pour vous un moment analogue : c'est l'intervalle qui sépare la fin de vos études d'avec le commencement de votre ministère.

 

Prenez garde à cet intervalle : il peut entraîner votre carrière tout entière.

 

Consacrez-le à une retraite spirituelle ; passez-le avec Jésus luttant dans sa solitude ; et qu'on reconnaisse en vous, quand vous entrerez dans l'Eglise, un homme qui sort du désert.

 

Du désert, et non du monde : si vous êtes plein des souvenirs du monde, si vous venez de respirer l'atmosphère impure de ses vanités et de ses plaisirs, vous n'êtes point propre au service de Jésus-Christ.

 

Du désert, et non de Nazareth : si vous êtes dominé par vos affections de famille, si vous mettez en première ligne dans le choix d'une place un père ou une mère, une femme ou un enfant, votre carrière, votre ego ou autres, vous n'êtes point propre au service de Jésus-Christ.

 

Du désert, et non de l'école : si vous êtes encore tout couvert de la poussière de l'académie, si votre foi et votre science n'est que celle des livres, vous n'êtes point propre au service de Jésus-Christ.

 

Jésus-Christ a besoin de serviteurs détachés du monde, libres d'engagements envers la créature, nourris sous l'enseignement du Saint-Esprit.

 

Ou soyez les hommes du désert, ou ne soyez pas les hommes de l'Eglise !

 

 

Amen.

 

Refuge Protestant Adolphe Monod

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé

 

Refuge Protestant Adolphe Monod
Refuge Protestant adolphe monod

 

 

 

27

Jésus, qui refuse ici de faire usage de sa puissance divine pour se procurer le nécessaire, s'en sert ailleurs pour procurer à d'autres le superflu (Jean 2.1-11.)

28

Deutéronome 8.3

29

Osée 11.1

30

Genèse 1.29

31

Exode 15.23-25

32

Exode 17.1-6 ; 1Corinthiens 10.4

33

Aggée 1.6

34

Josué 5.12

35

Deutéronome 9.9-18

36

Daniel 3.17-18

37

Psaume 84.1-5

38

1Timothée 5.8

39

Psaume 107.33-35

40

Osée 2.7

41

Psaume 18.26-27

42

« Quand je vous ai envoyés sans bourse, sans sac et sans souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? Ils répondirent : De rien. » (Luc 22.35.)

43

Lamentations 3.26

44

Psaume 50.23

45

Jean 12.31

46

2Corinthiens 4.4

47

Daniel 4.17

48

Daniel 2.44

49

Psaume 2.8

50

Voyez Jude 9

51

Ces paroles sont empruntées à Deutéronome 6.13, mais d'après la version des Septante, qui reproduit la pensée de Moïse sans s'astreindre exactement aux mots dont il fait usage.

52

2Timothée 4.10

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Published by Refuge Protestant Refuge Protestant - dans Réflexion
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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 11:14
Adolphe Monod - Jésus tenté au désert (5ème partie)

III - Jésus tenté au désert : Les armes

(Suite 4ème partie)

 

« Or Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain ; et il fut conduit dans l'Esprit au désert, quarante jours, étant tenté par le Diable. Et il ne mangea rien durant ces jours ; mais ensuite, après qu'ils furent passés, il eut faim. Et le Diable lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit en disant : Il est écrit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. Alors le Diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le Diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Et Jésus répondant lui dit : Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Et il le conduisit à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. Et Jésus répondant lui dit : Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Et ayant achevé toute la tentation, le Diable se retira de lui pour un temps. »

(Luc 4.1-13.) Lire Matthieu 4.1-10 ; Marc 1.12-13.

Mes chers amis ,

Avertis par le combat de Jésus du combat qui nous attend, rassurés par sa victoire sur la possibilité de vaincre nous-mêmes, il nous reste à observer entre ses mains les armes par lesquelles Il a triomphé, et par lesquelles nous pouvons triompher à notre tour.

 

Avant d'entrer en matière, nous aurions voulu pouvoir nous arrêter sur la préparation de Jésus pour son combat.

 

Elle nous instruirait de ce que nous avons à faire pour que le tentateur nous trouve en garde contre ses attaques ; et c'est la moitié de la victoire.

 

Mais notre sujet grandit à l'étude, et ce discours s'étendrait trop : bornons-nous ici à indiquer les idées.

 

Ecartons d'abord une imitation servile, qui substitue la lettre à l'esprit.

 

Pour nous conformer à l'exemple de Jésus se préparant à vaincre dans le désert, nous n'irons pas fuir la tentation dans les déserts ; et pour nous conformer à l'exemple de Jésus jeûnant quarante jours, nous ne nous imposerons pas un jeûne annuel de quarante jours.

 

En agissant de la sorte, on ne se prémunit pas contre la tentation, on s'y expose.

 

C'est le lieu de rappeler un principe que l'imitateur de Jésus-Christ ne doit jamais perdre de vue : imiter n'est pas copier.

Jésus a été « rempli du Saint-Esprit, » alors « qu'il était baptisé et en prière (2) » : voilà le secret de sa force. – « Prions sans cesse », pour « être remplis du Saint-Esprit (3) ; » car qui est « plein du Saint-Esprit » l'est aussi « de sagesse, de foi et de puissance (4). »

 

Jésus vient d'être proclamé de Dieu « Son Fils bien-aimé, en qui Il a mis Son bon plaisir » : ce caractère, tout en le désignant aux attaques du tentateur, nous l'avons vu, le fortifie aussi contre elles, parce qu'Il lui permet de s'adresser à Dieu comme à « un Père qui l'exauce toujours (5). »

 

Nous avons besoin que « l'Esprit rende témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, » ses enfants bien-aimés (6).

 

Nous en serons plus exposés aux assauts de l'ennemi ; mais nous en serons aussi plus capables de lui résister : « Tout ce qui a été engendré de Dieu est victorieux du monde(7). »

 

Jésus est « conduit par l'Esprit » au-devant de la tentation, et il ne s'y engage pas de sa propre volonté : de là sa confiance.

 

Où Dieu guidera, Dieu gardera. – Ne cherchons pas le péril : il en coûte cher à Pierre d'avoir bravé les avertissements et forcé le passage (8), pour entrer dans cette tentation où il est prévenu qu'il doit succomber.

Faisons tout ce qui est en nous pour que la tentation nous soit épargnée ; que si elle ne peut l'être, nous irons au-devant d'elle avec la liberté que donne une bonne conscience, et avec cette force qui est propre à l'humilité.

 

Enfin, Jésus jeûne avant et pendant la tentation : ce jeûne, dont le diable se sert contre Jésus, donne en même temps à Jésus des forces contre le diable.

 

C'est que Jésus jeûne en priant et pour prier : son jeûne nous est expliqué par celui de Moïse, qui, à deux reprises, se « prosterne devant l'Eternel durant quarante jours et quarante nuits, sans manger de pain et sans boire d'eau (9). » –

 

Dernière leçon, dont on a abusé ailleurs, mais que nous avons trop négligée.

 

L'usage que Jésus-Christ a fait du jeûne, et ses apôtres après lui, nous y révèle un moyen de lutter contre la tentation, et un moyen parfois nécessaire : « Cette sorte (d'esprit) ne se peut chasser par rien que par la prière et le jeûne (10). »

 

Au reste, la privation d'aliments se rattache à un jeûne plus général, qui consiste à dompter la chair et ses instincts, et qui est toujours de saison : « Je traite durement mon corps, et je le tiens assujetti...Ne soyez pas préoccupés de la chair pour en satisfaire les convoitises (11). »

 

Satan a son point d'appui dans la chair : quand la chair est tenue en bride, il est sans prise et perd sa force.

 

Jésus ainsi préparé, suivons-le devant l'ennemi, et connaissons les armes qui lui assurent la victoire.

 

Les armes de Jésus ? Dites plutôt l'arme de Jésus ; car il n'en a qu'une : la Parole de Dieu.

 

Tenté trois fois, il repousse trois fois la tentation par une simple citation des Écritures, sans développement ni commentaire.

 

« Il est écrit, » ce mot seul opère sur le tentateur, comme une effroyable décharge sur un bataillon assaillant.

 

« Il est écrit, » et le diable recule une première fois ; « il est écrit, » et le diable recule une seconde fois ; « il est écrit, » et le Diable se retire.

 

La Parole de Dieu est l'arme que satan redoute le plus, une arme devant laquelle il n'a jamais su que plier.

 

C'est à bon droit que saint Paul l'appelle « l'épée du Saint-Esprit (12), » et que saint Jean, dans son Apocalypse, nous la peint comme « une épée aigüe à deux tranchants sortant de la bouche du Fils de l'homme (13). »

 

Avec cette « épée du Saint-Esprit » dans les mains, notre cause sera celle du Saint-Esprit lui-même, et nous l'emporterons autant en force sur notre adversaire que l'Esprit de Dieu l'emporte sur l'Esprit de ténèbres ; sans elle, au contraire, abandonnés à nous-mêmes, nous serons autant au-dessous de lui que la nature humaine est au-dessous de celle des anges (14).

 

Adam ne succombe que pour avoir laissé tomber cette épée ; Jésus triomphe, parce que rien ne peut l'arracher de ses mains.

 

Mais d'où vient que le Fils de Dieu, au lieu d'aller à l'ennemi avec quelque épée nouvelle apportée du ciel d'où Il descend, ne veut s'armer que de la nôtre, ramassée sur notre vieille terre, où Adam l'avait lâchement oubliée ?

 

C'est qu'Il doit nous servir d'exemple : il faut que nous apprenions ce qu'elle peut opérer dans nos mains, par ce qu'elle opère dans les Siennes.

Relevons-la donc à notre tour, ou plutôt recevons-la de Lui comme retrempée par sa victoire, et nous n'aurons rien à craindre.

 

A toutes les attaques de l'adversaire opposons un simple il est écrit, et nous rendrons vaines toutes ses entreprises.

 

Le Diable voudrait vous rengager dans le monde.

 

Il s'y prend avec adresse.

 

Il se glisse près de vous, et vous représente qu'il n'est guère conforme à la charité de vous tenir aussi éloigné que vous le faites de la société des hommes ; que vous les gagneriez mieux, à l'Evangile en fréquentant leurs réunions de plaisir, pour leur montrer que vous n'entendez pas la religion à la façon des anachorètes ; enfin, que trop de précaution sied mal à qui veut s'endurcir à la vertu chrétienne, et qu'à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

 

Ainsi parle le tentateur. Si vous ne vous défendez que par votre propre sens, vous serez d'autant plus aisément persuadé, que votre cœur naturel n'est que trop d'accord avec ses discours.

 

Mais si vous vous armez de la Parole de Dieu, si vous répondez dans la foi : Il est écrit : « Ne vous conformez point à ce présent siècle (15) » ce mot seul remet chaque chose en sa place, l'adversaire est démasqué, et sa malice confondue.

 

Le Diable veut vous ôter de l'esprit que la foi chrétienne est le seul chemin du salut.

 

Il vous mène sur quelque vaste place d'une grande cité, et vous montre la multitude des allants et des venants qui s'y succèdent sans interruption ; puis il vous dit : Croiras-tu bien que tout ce monde marche vers la perdition ?

 

Ton cœur et ta raison ne sauraient s'accommoder d'une telle doctrine.

 

Ces gens-là ne croient pourtant pas la plupart en Jésus-Christ ; tout au moins, ils n'y croient pas comme toi et tes pareils.

 

Serait-il vrai qu'il n'y ait que ton petit sentier au monde pour conduire à la vie éternelle ?

 

N'aurais-tu pas là-dessus des idées étroites, et peu dignes de Dieu ?

 

Ainsi raisonne le tentateur.

 

Si vous ne lui résistez que dans votre propre sagesse, vous ne tiendrez pas longtemps contre lui, et vous vous sentirez au sortir de là incertain, chancelant, refroidi.

 

Mais si vous prenez en main la Parole de Dieu, si vous répondez sans hésitation :

 

Il est écrit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; nul ne vient au Père que par moi (16) » – le charme est dissipé, « le filet est rompu, et vous êtes échappé (17). » de la main du perfide oiseleur.

 

Ou bien encore, le Diable veut ravir à un fidèle ministre de Jésus-Christ le nerf de sa prédication.

 

Il lui recommande de ne pas se montrer si intraitable, de ne pas crier à l'hérésie pour si peu, de ne pas faire le ciel si avare et le salut si difficile, et de ne pas attrister la bonne nouvelle de la grâce par les imaginations d'un diable et d'un enfer.

 

Cette conduite, en lui attirant les bonnes grâces de tous ses auditeurs, lui permettra de les amener plus sûrement à la foi, et de faire un usage plus fructueux des beaux dons que le ciel lui a départis.

 

Ainsi conseille le tentateur.

 

Si vous n'avez recours, pour le réfuter, qu'à vos propres lumières, vous ne pourrez que donner dans le piège : il est si habile à faire paraître « le bien mal et le mal bien, la lumière ténèbres et les ténèbres lumière » !

 

Mais si vous vous appuyez sur la Parole de Dieu, si vous répondez avec assurance :

 

Il est écrit : « Si quelqu'un vous annonce un évangile autre que celui que vous avez reçu, qu'il soit anathème (18), » – « l'homme fort » a trouvé un plus fort que lui, et il ne lui reste qu'à abandonner honteusement le champ de bataille.

 

Oh ! si nous savions ce que peut la Parole de Dieu, ce qu'elle peut dans nos propres mains !

 

Si nous savions la terreur qu'elle inspire à notre redoutable adversaire, dans le temps même qu'il affecte de s'en rire en notre présence, pour nous faire lâcher prise !

 

Si, après l'avoir entendu, sur le théâtre de la tentation, se railler de la Parole de Dieu, nous pouvions, passez-moi l'expression, le suivre derrière les coulisses, et l'entendre confesser à ses complices qu'il est perdu s'il ne réussit à faire tomber de nos mains cette arme irrésistible !

 

Si nous savions tout cela, et si, comme le vaillant Éléazar, nous tenions ferme « notre épée jusqu'à ce que notre main engourdie y demeurât attachée (19) » – oh ! alors, nous serions invincibles ; oui, invincibles !

 

Mais, pour que la Parole de Dieu ait entre nos mains la même puissance qu'elle a eue dans celles de Jésus, il faut qu'elle soit pour nous tout ce qu'elle était pour lui.

 

Je ne connais rien dans toute l'histoire de l'humanité, ni dans le champ même des révélations divines, qui parle plus clairement que mon texte en faveur de l'inspiration des Écritures.

 

Quoi ! le Fils de Dieu, « Celui qui est dans le sein du Père, » et qui pouvait si aisément puiser ses ressources en Lui-même, aime mieux les emprunter au livre qu'Il trouve entre nos mains, et prendre sa force où avaient pris la leur un Josué, un Samuel, un David (20) !

 

Quoi ! Jésus-Christ, le Roi du ciel et de la terre, appelle à son aide, dans ce moment solennel, Moïse son serviteur ! et « celui qui parle du ciel » se fortifie contre les tentations de l'enfer par la parole de « celui qui parle de la terre (21) ! »

 

Eh ! comment expliquer cet étonnant mystère, dirai-je ? Ou ce prodigieux renversement, si la parole de Moïse n'était pas pour Jésus « la parole de Dieu et non une parole d'homme, » et s'Il n'était pas pleinement persuadé que « les saints hommes de Dieu ont parlé poussés par le Saint-Esprit(22) ? »

 

Je n'oublie pas, mes chers amis, (je m'adresse plus spécialement ici aux jeunes serviteurs de la Parole), je n'oublie pas les objections que l'inspiration des Écritures a soulevées, ni les obscurités réelles dont elle est enveloppée ; si elles troublent parfois vos cœurs, elles ont aussi troublé le mien.

 

Mais je n'ai eu alors, pour retremper ma foi, qu'à jeter un regard sur Jésus glorifiant les Écritures dans le désert ; et j'ai vu, pour qui veut s'en rapporter à Lui, le plus embarrassant des problèmes se transformer en un fait historique, palpable, parlant aux yeux.

 

Jésus ne les ignorait pas, sans doute, ces difficultés de l'inspiration, et la portion des Écritures qu'Il cite, la Première Partie de la Bible, est celle qui en offre le plus : l'ont-elles empêché d'invoquer leur témoignage avec une confiance sans réserve ?

 

Que ce qui Lui a suffi vous suffise : ne craignez pas de voir manquer sous votre main, par trop appuyer, ce Rocher qui a soutenu la main de votre Seigneur dans l'heure de sa tentation et de sa détresse.

 

Qu'est-ce qui vous préoccupe dans l'inspiration ? Est-ce les variantes des manuscrits divers ?

 

Ces variantes étaient inévitables, à moins d'un miracle perpétuel, et il y en avait déjà aux jours de Jésus pour les Ecritures, qu'il cite ici trois fois.

 

Est-ce les petites divergences des auteurs sacrés dans le récit d'un même événement, telles qu'on en trouve entre saint Matthieu et saint Luc dans l'histoire même qui nous sert de texte (23) ?

 

Des divergences au moins égales existaient entre les livres du début de la Sainte Parole de Dieu, par exemple entre les Rois et les Chroniques.

 

Est-ce les degrés de l'inspiration ? Craignez-vous qu'il n'y ait moins d'inspiration dans les livres historiques que dans les prophétiques ?

 

Jésus cite toujours l'Écriture comme une autorité qui « ne peut être anéantie (24) » ; et dans l'endroit qui nous occupe, ses citations sont toutes tirées d'un livre historique, le Deutéronome.

 

Enfin, êtes-vous embarrassé de savoir quelle théorie adopter sur l'inspiration : quel en est le mode et l'étendue, quelle part elle laisse au concours de l'homme, si elle dirige l'esprit de l'auteur sacré ou sa plume, et autres questions de cette nature ?

Ici encore, prenez exemple de Jésus.

 

Sur toutes ces questions spéculatives, il ne s'explique pas.

 

Mais s'agit-il de la question pratique ? s'agit-il de la confiance avec laquelle vous pouvez citer les Écritures, toutes les Écritures, et jusqu'à un mot des Écritures (25) ?

 

Impossible d'être plus clair, plus ferme, plus positif qu'il l'est.

 

Allez, et faites de même.

 

Citez les Écritures comme Jésus, et ayez sur l'inspiration la théorie que vous voudrez.

 

Jésus se place à un point de vue plus élevé et plus dégagé des influences terrestres que ne fait notre théologie : suivons-le sur ces hauteurs où l'on respire une atmosphère si pure et si lumineuse, et les vapeurs dont la terre obscurcit la vérité céleste s'arrêteront sous nos pieds (26).

 

Ah ! quand le Diable viendra vous jeter encore dans l'esprit quelqu'une de ces subtilités de l'école qu'il a toujours en réserve contre l'inspiration des Écritures, contentez-vous de le renvoyer à Jésus : Que ne disais-tu tout cela à mon Maître, quand Il te repoussait au désert par cette Parole qui te paraît si faible et si incertaine ?

 

Va lui porter tes objections ; et quand elles l'auront ébranlé, elles m'ébranleront à mon tour !

 


 

Refuge Protestant Adolphe Monod

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé

 

 


 

 

 

III - Jésus tenté au désert : Les armes

(Suite)

 



 

1
En plus d'un endroit de cette méditation, j'ai imité, parfois même traduit librement, un sermon de F. W. Krummacher sur la tentation du Seigneur, ayant pour titre Satan's Tiefen (les profondeurs de Satan).
2
Luc 3.21.
3
Ephésiens 5.18
4
Actes 6.3, 5, 8. Voyez aussi Actes 11.24.
5
Jean 11.41-42
6
Romains 8.16 ; Éphésiens 5.1
7
1Jean 5.4
8
Jean 18.15-16. Quand Jésus entre dans la cour du souverain sacrificateur, Jean le suit, « parce qu'il était connu du souverain sacrificateur » ; mais Pierre demeure dehors. Il faut que Jean ressorte tout exprès de la cour et parle à la portière, pour qu'elle laisse entrer Pierre ».
9
Deutéronome 9.9, 18
10
Marc 9.29
11
1Corinthiens 9.27 ; Romains 13.14 ; Luc 21.34, etc.
12
Éphésiens 6.17
13
Apocalypse 1.16 ; 2.16 ; 19.15, 21. Hébreux 4.12 : « La Parole de Dieu est vivante et efficace, et plus pénétrante qu'aucune épée à deux tranchants ; et elle atteint jusqu'à la division de l'âme, de l'esprit, des jointures et des moelles, et elle est juge des pensées et des intentions du cœur. »
14
Éphésiens 6.12
15
Romains 12.2
16
Jean 14.6.
17
Psaume 124.7
18
Galates 1.9
19
2Samuel 23.10.
20
Josué 1.8 ; Psaume 1.1-2.
21
Jean 3.31 ; Hébreux 12.25.
22
1Thessaloniciens 2.13 ; 2Pierre 1.21
23
Pour la citation de Deutéronome 8.3 (Matthieu 4.4, Luc 4.4), et pour l'ordre des tentations.
24
Jean 10.35.
25
Les citations de Jésus ne prouvent que pour l'Ancien Testament. L'inspiration du Nouveau Testament a ses preuves à part, et repose également, quoique d'une autre manière, sur l'autorité de Jésus-Christ. Au surplus, on n'a point vu d'hommes, si ce n'est les Juifs, qui reçoivent l'inspiration de l'Ancien Testament, en rejetant celle du Nouveau.
26
« Mange en paix le pain des Écritures, sans t'inquiéter du grain de sable que la meule peut y avoir mêlé. » (Lettre de Bengel à un jeune théologien.)

 

 

heirloomtop

-Arthus Croix Huguenote

 

 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 11:13
Adolphe Monod - Jésus tenté au désert (4ème partie)

II - Jésus tenté au désert : La victoire

(Suite 3ème partie)

 

 

« Or Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain ; et il fut conduit par l'Esprit au désert, quarante jours, étant tenté par le Diable. Et il ne mangea rien durant ces jours ; mais ensuite, après qu'ils furent passés, il eut faim. Et le Diable lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit en disant : Il est écrit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. Alors le Diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le Diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Et Jésus répondant lui dit : Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Et il le conduisit à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. Et Jésus répondant lui dit : Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Et ayant achevé toute la tentation, le Diable se retira de lui pour un temps. »

(Luc 4.1-13.) Lire Matthieu 4.1-10 ; Marc 1.12-13.


 

Vous êtes, mon cher frère, languissant, dépourvu, abattu de corps et d'esprit, incapable de surmonter la moindre tentation ?

 

Cela va bien : vous voilà précisément dans les conditions voulues pour vaincre.

 

C'est maintenant que, dépris des illusions de l'orgueil et désespérant absolument de vous-même, vous allez « vous fortifier dans le Seigneur et dans le pouvoir de sa force, » et « revêtir l'armure complète de Dieu, afin que vous puissiez résister aux embûches du diable(27). »

 

Tenez-vous à Dieu, comme le sarment au Cep : en Lui, vous Trouverez Grâce « pour être aidé dans le temps convenable, »

Dans le temps convenable, remarquez bien ce mot : c'est pour le moment du besoin que la force vous est promise.

 

Vous aimeriez à la recevoir d'avance, pour vous rassurer contre les frayeurs de l'avenir par un regard complaisant jeté sur votre provision spirituelle.

 

Mais telle n'est pas la voie du Seigneur : Il ne donne pas aujourd'hui pour demain ; mais Il donnera certainement aujourd'hui pour aujourd'hui, et demain pour demain.

 

L'homme qui avait la main sèche, et à qui Jésus dit : « Etends ta main, » ne l'eût jamais étendue, s'il eût attendu d'avoir reçu d'avance la force requise pour ce mouvement ; mais, sur la parole du Seigneur, il l'étend, et la voilà guérie : « Crois seulement, et tu verras la gloire de Dieu ! »

 

La tentation, dites-vous encore, est forte, terrible, accablante.

 

  • Mais celle de Jésus l'était-elle moins ?

Comparez-la avec celle d'Adam : l'Écriture nous invite elle-même à ce rapprochement ; car ce n'est pas sans dessein qu'elle a placé l'une de ces tentations à l'entrée de la première partie de la Bible, l'autre à l'entrée de la seconde partie, opposant, en ceci comme en tout le reste, le « dernier Adam » au « premier Adam. »

 

Adam est tenté dans Eden (28), Jésus dans le désert ; Adam, dans l'abondance de toutes choses, Jésus, dans le besoin et dans la faim ; Adam est tenté une fois, et tombe, Jésus est tenté trois fois, disons mieux, Il est tenté quarante jours, et Il résiste.

 

Et quelle tentation ! Combien subtile, combien perfide ! Mêlant si adroitement le vrai et le faux, le bien et le mal, qu'il semble impossible de les séparer !

 

Véritablement, c'est ici le chef-d'œuvre de l'Esprit de ténèbres.

 

Il est vrai, nous l'avons dit, que nous ne saurions balancer exactement la tentation du Seigneur ni avec celle d'Adam, ni avec les nôtres ; mais nous savons du moins qu'il y a eu combat chez Lui, par un mystère que nous ne cherchons pas à pénétrer, un combat terrible, dont l'angoisse de Gethsémané et de Golgotha peut nous donner quelque idée.

 

Mais qu'importe la force de la tentation ? Il suffit que ce soit le Saint-Esprit qui « a conduit Jésus au désert pour y être tenté. »

 

Dieu, qui permet la tentation, est aussi Celui qui la mesure ; et Il aura pris soin, n'en doutez pas, de fortifier son Fils pour le combat « tout autant qu'il en est besoin. »

 

Il en fera de même pour vous, mes chers amis ; et c'est pour cela que nulle tentation, venue ou à venir, ne doit vous paraître irrésistible.

 

Car, retenez bien ceci : quoique ce soit le Diable qui tente, et non pas Dieu, c'est Dieu qui mesure la tentation, et non pas le Diable ; et Il la mesure selon les forces que vous avez, ou selon celles qu'Il vous destine.

 

Cette consolante vérité nous est montrée comme à l'œil dans l'histoire de Job (29).

 

Satan parut-il jamais plus déchaîné contre un pauvre serviteur de Dieu ? Toutefois, il conserve toujours sa chaîne, que Dieu lui allonge ou lui raccourcit à son gré, mais qu'il ne peut jamais dépasser ; et le Saint-Esprit, nous la fait apercevoir dans cette circonstance, pour que nous sachions qu'il la garde toujours au cou, alors même que nous ne l'y verrions pas.

 

Satan ne peut rien entreprendre contre Job, qu'il n'en ait obtenu de Dieu la permission : « Etends maintenant ta main, et touche tout ce qui lui appartient. »

 

Puis, en la lui accordant, Dieu fait ses réserves en faveur de son serviteur.

 

Il commence par réserver sa personne : « Tout ce qui lui appartient est en ton pouvoir, seulement ne mets pas ta main sur lui. »

 

Plus tard, après que cette première tentation a fortifié Job pour une plus rude épreuve, Dieu, sollicité encore par satan, lui abandonne la personne de son serviteur ; mais cette fois Il réserve sa vie (30) : « Voici, il est en ta main, seulement ne touche pas à sa vie. »

 

Peut-être Job, s'il fût mort dans la première surprise de cette nouvelle attaque, eût-il succombé au désespoir, et justifié l'insolente prédiction de l'adversaire : « Tu verras s'il ne te blasphème point en face. »

 

Mais maintenant, il a le temps de se reconnaître, d'entendre Elihu, de s'humilier devant Dieu ; et malgré quelques paroles téméraires que lui arrache l'excès de son amertume, il demeure ferme, il renvoie l'adversaire confondu, il recouvre la faveur de Dieu dans une double mesure, et il est cité comme un modèle de patience dans la seconde partie de la Bible (31).

 

Consolez-vous donc, mes chers amis, par la pensée que le diable ne peut jamais vous tenter, sans que votre Père céleste y consente, ni au delà de ce que votre Père céleste lui permet (32).

 

Sans cette autorisation, et en dehors de ces limites, il ne peut rien contre vous.

 

Ne dites donc jamais que vous êtes tentés au delà de vos forces : sous ombre d'accuser le diable, ce serait accuser Dieu lui-même.

 

Que si la preuve historique que je viens de vous en donner ne vous suffit pas, si vous en demandez une déclaration formelle de la main du Seigneur, eh bien ! la voici encore : mais après cela, soyez satisfaits, et ne doutez plus.

 

Il est écrit : « Aucune tentation ne vous est survenue qui ne fût humaine, » voilà pour le passé ; et voici pour l'avenir : « Et Dieu est fidèle, qui ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces ; mais avec la tentation, il fera aussi une issue, afin que vous puissiez résister (33). »

 

Que vous faut-il de plus ?

 

Rappelez-vous le passé : « Aucune tentation ne vous est survenue qui ne fût humaine, » c'est-à-dire en rapport avec la nature humaine, et dès lors surmontable pour la nature humaine ; je dis pour la nature humaine, non telle qu'elle a été en Jésus, ni même telle qu'elle a été en Adam, mais telle qu'elle est en vous.

 

S'il y a eu pour Adam avant sa chute, ou pour Jésus au désert, telle tentation qui dépasse les forces de votre nature, c'est assez pour qu'elle vous ait été épargnée.

 

Bien plus, Dieu vous garantit l'avenir même, et vous le garantit au nom de sa propre fidélité : « Dieu est fidèle, qui ne permettra pas que vous soyez tentés au delà de vos forces, » (entendez-le bien, il ne dit pas au delà des forces de Jésus, ni au delà des forces d'Adam, il dit au delà de « vos forces » à vous), « mais avec la tentation, il fera aussi une issue, afin que vous puissiez résister. »

 

Après cela, mon cher frère, si vous me dites : Voilà une tentation que je ne puis vaincre, c'est plus fort que moi – il faut, vous le voyez vous-même, que je choisisse entre votre parole et la parole de Dieu ; car la première affirme ce que la seconde a déclaré ne devoir jamais arriver.

 

Non, quelles que soient les apparences, tant que Dieu sera Dieu, et que la Bible sera sa Parole, il n'est pas possible que nous soyons jamais soumis à une tentation qu'il nous soit impossible de surmonter.

 

Ce que nous venons d'apprendre par la victoire de Jésus au désert, l'Écriture l'atteste souvent ailleurs, et le suppose partout : succomber à la tentation n'est jamais une nécessité.

 

Obligé de choisir parmi les témoignages, je n'en cite qu'un petit nombre qui ont quelque rapport à notre sujet ou qui y font quelque allusion.

 

Nous en trouvons des plus clairs dans ce même Psaume 91 que Satan nous met imprudemment entre les mains, et auquel nous n'aurions pas songé sans l'indigne abus qu'il en fait contre notre Maître.

 

Ce Psaume est tout rempli de promesses de victoire ; mais rappelez-vous surtout ces paroles qui suivent immédiatement celles dont satan prétend s'appuyer : « Tu marcheras sur le lion et sur l'aspic ; tu fouleras le lionceau et le dragon. »

 

Que n'achevais-tu ta citation, cruel ennemi de nos âmes ? Ne serait-ce pas que ce verset te regarde ?

 

Le lion et le serpent, ces deux images deux fois associées dans un verset si court, peuvent bien marquer tous les adversaires que nous avons à redouter ; mais elles désignent plus spécialement le chef qui les conduit et qui les inspire, et que l'Écriture appelle aussi ailleurs tantôt un lion, tantôt un serpent (34).

 

Ce lion, nous marcherons sur lui ; ce serpent, nous le foulerons aux pieds.

 

L'assurance nous en est encore donnée par ces paroles de l'Apôtre où satan est nommé par son nom : « Le Dieu de paix écrasera bientôt satan sous vos pieds » (35).

 

Dans cet endroit, saint Paul fait allusion à la première prophétie : « Cette semence te brisera la tête » (35), et il nous montre, ce qu'au reste une étude attentive de cette prophétie elle-même fait assez connaître, que la victoire y est promise non-seulement au Messie, mais aussi à toute la famille des croyants.

 

Même doctrine dans saint Jacques, qui avait sans doute devant les yeux la tentation de Jésus au désert lorsqu'il écrivait ces paroles : « Résistez au diable, et il s'enfuira de vous ; approchez-vous de Dieu, et il s'approchera de vous » (37).

 

Mais tout cède à la plénitude des promesses que le Saint-Esprit nous a données en saint Jean : « Le Fils de Dieu a été manifesté pour détruire les œuvres du diable. Quiconque est engendré de Dieu ne pratique point le péché, car la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu'il est engendré de Dieu. En ceci se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable » (38).

 

Ce n'est pas le lieu de nous étendre sur le sens de cet endroit difficile (39) ; mais on ne saurait nier qu'il ne signifie tout au moins que l'enfant de Dieu possède en lui une vertu secrète par laquelle il peut dompter l'ennemi, et qu'il n'est jamais irrésistiblement contraint de lui céder la victoire.

 

Il ne faut pas m'opposer votre expérience : je sais trop qu'il n'est aucun de nos jours qui ne soit marqué, par quelque chute – mais à qui nous en prendre qu'à nous ?

 

Il ne faut pas même m'opposer l'expérience des serviteurs les moins infidèles du Seigneur, de ses saints, de ses prophètes, de ses apôtres : je n'ai point oublié que, tout irréprochable qu'est leur vie si on la compare avec, la nôtre (40), tout incontestables que sont les droits qu'ils se sont acquis à nous dire : « Soyez nos imitateurs (41) », ils ont cependant sujet de dire d'eux-mêmes : « Nous bronchons tous en beaucoup de choses (42) » – mais quoi ?

 

Est-ce par une nécessité fatale et impérieuse ? Ah ! plus ils sont saints, plus une telle pensée leur inspirera d'indignation et d'horreur.

 

Allez dire à un Noé qu'il n'a pu éviter de s'enivrer dans sa tente ; à un Jacob qu'il n'a pu obtenir que par un mensonge la bénédiction promise ; à un Moïse, qu'il n'a pu donner gloire à Dieu en Méribah ; à un David, qu'il n'a pu résister aux attraits de Bathsébah ; à un Elie, qu'il n'a pu combattre le découragement de son âme (43) ; à un Ezéchias, qu'il n'a pu surmonter un mouvement de vanité (44) ; à un Job, qu'il n'a pu retenir des plaintes imprudentes ; à un Zacharie, qu'il n'a pu croire aux paroles de l'ange ; à un saint Pierre, qu'il n'a pu confesser son Maître dans la cour du souverain sacrificateur – et vous le verrez, se frappant la poitrine, lever les yeux au ciel en disant : « O Seigneur, à toi est la justice, et à nous la confusion de face » (45) !

 

Chaque fois que nous tombons, c'est par notre faute ; c'est pour n'avoir pas usé fidèlement des ressources, toujours suffisantes, que Dieu nous avait fournies pour demeurer debout.

 

Quoi qu'il en soit, que « Dieu soit reconnu véritable, et tout homme menteur » (46).

 

Que sa fidélité soit mise hors de cause.

 

« Que nul, étant tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente ; car, comme Dieu ne peut être tenté par le mal, aussi ne tente-t-il personne... »

 

Mon frère, mon cher frère, « redressez vos mains affaiblies, et vos genoux relâchés. »

 

Luttez avec courage, avec confiance.

 

Vous disiez : Oh ! si j'étais assuré de vaincre !

 

Eh bien, vous pouvez toujours vaincre en Jésus : nous ne sommes pas fatalistes, nous sommes chrétiens.

 

Ne prenez votre parti d'aucune chute. Ne vivez, sciemment et volontairement, avec aucun péché.

 

« Ne soyez pas surmontés par le mal, mais surmontez le mal par le bien »(47).

 

Apprenez encore de Jésus, vainqueur au désert, ce que peut une seule victoire.

 

Dans l'histoire du Seigneur, la tentation est une de ces époques critiques qui décident de toute une carrière, comme une bataille gagnée ou perdue peut décider de toute une campagne.

 

Ainsi placée, la victoire de Jésus ne tient pas seulement satan éloigné pour un temps : elle abat sa confiance, et ne le laissera revenir pour de nouveaux combats qu'affaibli par le pressentiment d'une défaite nouvelle.

 

Il y a aussi pour vous de ces jours décisifs ; que sais-je ?

 

Peut-être le jour qui nous luit est-il de ce nombre : sentez-en tout le prix, et tout le poids.

 

Si vous combattez vaillamment, si vous remportez une victoire complète, vous pouvez décourager l'ennemi à tout jamais ; que si vous mollissez, si vous laissez le succès incertain, vous l'enhardirez et vous l'aurez sans cesse sur les bras.

 

Encore un moment de faiblesse, pensez-vous, un seul moment – et c'était un moment choisi par le tentateur pour une dernière épreuve, et où vous alliez finir ou de ruiner ses espérances ou de les ranimer...Courage, tenez ferme ; ne reculez pas d'un pas ; ne différez pas d'un instant ; ne laissez aucune illusion à l'ennemi ; montrez-lui qu'il perd avec vous son temps et sa peine ; et à l'accueil que vous lui faites, forcez-le de reconnaître dans le disciple le Maître qui le vainquit au désert !

 

Il en coûte pour vaincre...Nulle entreprise humaine ne demande autant de résolution que le combat de la foi ; et c'est le sentiment secret de ce grand effort à faire sur vous-même, qui vous retient dans votre langueur.

 

  • Oui, mais songez à la joie du triomphe ! Songez à la joie de Job, délivré de l'épreuve, et sanctifié par l'épreuve !

Songez à la joie des trois jeunes hommes sortis de leur fournaise, ou de Daniel retiré de la fosse aux lions !

 

Songez surtout, songez à la joie de Jésus revenant de la victoire : « Tenez les yeux fixés sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, lequel, en vue de la joie qui était devant lui (48), endura la croix ayant méprisé la honte, et s'assit à la droite du trône de Dieu ! »

 

Quelle ne sera pas aussi votre joie à vous, quand vous aurez vaincu cette tentation même qui vous a paru jusqu'à présent invincible, oui, celle-là proprement ; une joie d'autant plus grande que par votre victoire « vous fortifierez vos frères » (49), comme Jésus vous a fortifié par la sienne !

 

Amen.


 

Refuge Protestant Adolphe Monod

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réfomé

 

 

(Suite)

III Jésus tenté au désert : Les armes


 


27
Éphésiens 6.10.
28
Éxden signifie séjour de délices.
29
Job 1.11
30
Job 2.4. Remarquez la gradation que Satan met dans les tentations qu'il présente successivement à Job : la perte de la fortune, la perte de la famille, la perte de la santé, et, si on le laissait faire, la perte de la vie. Un certain orgueil de sensibilité nous eût probablement fait renverser cet ordre ; mais « le serpent ancien » s'y connaît mieux que nous ; et l'habileté de la marche qu'il suit a pour elle l'autorité de Dieu lui-même dans cette étonnante histoire.
31
Jacques 5.11. On a peine à se défendre de quelque surprise en voyant Job proposé par saint Jacques comme un modèle de patience. Comment concilier ce témoignage avec tant de plaintes amères qui échappent à Job dès le troisième chapitre de son histoire ? C'est que Dieu est plus miséricordieux dans ses jugements que nous ne le sommes dans les nôtres. Pour lui, la patience de ses saints se mesure, non au degré seul de leur soumission, mais à ce degré combiné avec celui de leurs souffrances, comme un homme peut montrer plus de force physique en traînant péniblement un poids considérable, que n'en montrerait un autre en portant aisément un fardeau léger. Surtout, Dieu regarde au cœur ; et le cœur n'est que très imparfaitement révélé par les manifestations extérieures, seules visibles pour l'œil de l'homme. Tel qui laisse échapper des plaintes amères, peut avoir dans le fond du cœur plus de soumission à la volonté de Dieu, que tel autre qui sait mieux modérer l'expression de ses sentiments. Cette dernière remarque est confirmée par une étude approfondie des plaintes de Job. Il y a jusque dans la hardiesse qui les caractérise, et qu'on ne saurait justifier entièrement, quelque chose qui décèle une âme libre devant Dieu, familière avec Dieu, et qui tient à lui par un fond inébranlable : ce quelque chose honore Dieu et plaît à Dieu, plus que la modération irréprochable de plusieurs. Le cœur de Job nous est expliqué par le cœur de Jérémie, dans cette parole qui scandalisera peut-être plus d'un lecteur, mais qui est, j'en suis sûr, infiniment précieuse devant Dieu : « Eternel, quand je contesterai avec toi, tu seras trouvé juste ; toutefois, j'entrerai en contestation avec toi » (Jérémie 12.1).
32
Même doctrine dans Luc 22.31-32 : « Simon, Simon, voici, Satan a demandé instamment à vous cribler comme le blé ; mais j'ai prié pour toi que ta foi ne défaille point. »
33
1Corinthiens 10.13
34
1Pierre 5.8 ; 2Timothée 4.17 ; Apocalypse 12.9 ; 20.2.
35
Romains 16.20.
36
Genèse 3.15.
37
Jacques 4.7-8
38
1Jean 3.8-9
39
Le mot pécher, expliqué par ceux-ci pratiquer le péché, s'emploie ici non « d'un frère surpris en quelque chute », mais d'un cœur asservi au péché.
40
Luc 1.6 ; 1Thessaloniciens 2.10 ; 2Rois 20.3 ; etc.
41
Philippiens 3.17, etc.
42
Jacques 3.2. On sait qu'il existe une société chrétienne, connue par de grands services et de grands exemples, qui enseigne que le croyant peut atteindre ici-bas a un état où il ne pèche plus, et qui nous montré tel disciple de Christ parvenu, selon elle, à la sanctification parfaite. Nos frères Wesleyens nous paraissent avoir en ceci confondu le droit avec le fait. En principe, l'Écriture établit que nous ne sommes jamais contraints de succomber à la tentation ; mais dans la pratique, elle ne nous montre aucun homme qui n'y succombe jamais : c'est à la faveur d'une exégèse fautive, selon nous, que l'on croit pouvoir prouver la perfection accomplie de tel ou tel saint de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Notre instinct biblique (qu'on me passe cette expression) serait blessé d'entendre soutenir que le péché soit jamais une nécessité ; mais il ne l'est pas moins d'entendre affirmer que tel homme ou telle femme ne pèche plus. On dira que les deux points de vue que j'attribue ici à l'Écriture sont opposés l'un à l'autre : je ne le pense pas, et ma grande raison, c'est qu'ils se trouvent à la fois dans la Parole de Dieu ; mais j'accorde sans difficulté que la logique humaine ne sait pas exactement comment ils se concilient. C'est ici l'une de ces nombreuses antinomies que nous offrent les Écritures, et qui font que nous ne saurions réduire leur enseignement en système, sans méconnaître une face de la vérité et en forcer une autre, pour avoir voulu être plus rigoureusement conséquents que nous ne pouvons l'être dans notre condition présente.
43
1Rois 19.4
44
2Rois 20
45
Daniel 9.7
46
Romains 3.4
47
Romains 12.21
48
C'est-à-dire pour avoir part à la joie qui lui était proposée comme prix de la course (Hébreux 12.2, version de Lausanne 1839)
49
Luc 22.31
bibles
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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 11:12
Adolphe Monod - Jésus tenté au désert (3ème partie)

II - Jésus tenté au désert : La victoire

(Suite 2ème partie)

 

« Or Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain ; et il fut conduit par l'Esprit au désert, quarante jours, étant tenté par le Diable. Et il ne mangea rien durant ces jours ; mais ensuite, après qu'ils furent passés, il eut faim. Et le Diable lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit en disant : Il est écrit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. Alors le Diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le Diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Et Jésus répondant lui dit : Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Et il le conduisit à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. Et Jésus répondant lui dit : Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Et ayant achevé toute la tentation, le Diable se retira de lui pour un temps. »

(Luc 4.1-13.) Lire Matthieu 4.1-10 ; Marc 1.12-13.


Le combat de Jésus nous a réconciliés avec celui que nous avons à soutenir nous-mêmes : sa victoire va nous garantir que nous pouvons vaincre à notre tour.

 

Ce qui nous rend faibles contre la tentation, c'est l'incertitude où nous sommes sur l'issue du combat.

 

Rien ne nous serait impossible si nous étions assurés de vaincre ; mais le doute, ce doute amer, brise notre courage.

 

Vous êtes tenté par un esprit de langueur : vous voudriez devenir « fervent d'esprit » et « persévérant dans la prière » ; mais vous doutez si vous pourrez surmonter votre mollesse spirituelle – et vous continuez, en dépit de vous-même, à vous traîner lâchement dans cette voie où Dieu vous invite à courir.

 

Vous êtes tenté par un esprit de murmure : sous le poids d'une affliction cruelle et prolongée, vous voudriez abonder dans l'action de grâces ; mais vous doutez si vous pourrez résister à la douleur qui vous presse – et votre vie continue de se consumer en plaintes stériles et ingrates.

 

Vous êtes tenté par un esprit d'incrédulité : vous voudriez vous reposer sur la Parole de Dieu avec une confiance inébranlable ; vous avez compris que là est votre paix, votre force, votre sanctification ; mais vous doutez si vous pourrez déraciner une lenteur à croire entretenue par le tempérament, par l'éducation, par l'exemple, par l'habitude – et vous continuez à flotter misérablement entre la vérité de Dieu et les objections du cœur naturel.

 

Vous êtes tenté par un esprit de sensualité : tout en vous abstenant des excès qui déshonoreraient votre profession chrétienne, « vous vous préoccupez de la chair pour en satisfaire les convoitises », et vous sentez peser sur vous un joug humiliant qu'il vous tarde de secouer ; mais vous doutez si vous pourrez vous faire à une vie de renoncement et de sacrifice – et vous continuez de vous livrer à un bien-être égoïste et énervant.

 

O vous qui vous reconnaissez à ce triste tableau, venez apprendre par l'histoire de mon texte que vous pouvez vaincre par et avec Jésus toutes les tentations.

 

Jésus a été tenté comme vous ; et tandis que le premier Adam a succombé dans Eden, ce second Adam a tout surmonté dans le désert.

 

Sa victoire est complète.

 

Après quarante jours d'attaques incessantes, après un dernier assaut désespéré, l'adversaire se voit contraint de lever enfin le siège, honteux et convaincu d'impuissance ; et Jésus s'est acquis le droit de dire : « Le Prince de ce monde n'a rien en moi (1). »

 

Pas un des « dards enflammés du malin » n'a trouvé chez lui la moindre entrée.

 

Il est écrit : « Il a été tenté en toutes choses, à notre ressemblance, sans péché(2) » : point de péché avant la tentation, et qui y concoure ; point de péché après la tentation, et qui en provienne.

 

En lui, nous avons « un Souverain Sacrificateur saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs (3). »

 

Eh bien ! Si Jésus a ainsi vaincu, vous pouvez vaincre comme lui.

 

Ici encore, il faut commencer par écarter le côté mystérieux de notre sujet, et les questions, plus curieuses qu'utiles, auxquelles il a donné naissance.

 

Entre la tentation de Jésus et la nôtre, l'analogie n'est pas entière ; car nous, enfants d'une race corrompue, nous logeons au dedans de notre cœur la convoitise, que Jésus n'a point connue.

 

Bien qu'Il ait pris sur Lui les infirmités que le péché a introduites dans notre nature, loin de nous la pensée qu'Il ait participé en aucune sorte à l'inclination déréglée elle-même !

 

On pourrait distinguer trois sortes de tentations : celle de Jésus, celle d'Adam et la nôtre ; la première, qui a été « sans péché » tant avant l'épreuve qu'après ; la seconde, qui a été sans péché avant l'épreuve, mais non après ; et la troisième, qui n'est sans péché ni avant l'épreuve ni après, ainsi que nous le montre saint Jacques dans cet endroit de son épître : « Chacun est tenté, quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise ; puis, quand la convoitise a conçu, elle enfante le péché » (4).

 

De là, sur le caractère moral de la tentation, et sur le degré de sainteté où nous pouvons atteindre dans cette vie, des questions qui ont plus d'une fois agité l'Église, mais que nous ne jugeons ni nécessaire, ni même possible de sonder jusqu'au fond.

 

Quoi qu'il en soit, je m'en tiens ici à l'application qui nous concerne dans notre condition actuelle, et je laisse notre sujet sur ce terrain pratique où l'a porté l'apôtre saint Jacques, dans les paroles que je viens de citer.

 

Il s'agit d'éviter que la convoitise ne conçoive, et qu'elle n'enfante le péché : vous le pouvez toujours.

 

De toutes les tentations que vous rencontrez sur votre chemin, il n'en est aucune que vous ne puissiez vaincre, comme Jésus a vaincu sa tentation, et comme Adam aurait pu vaincre la sienne.

 

Ainsi vous, qui êtes tenté par un esprit de langueur, vous pouvez « avoir la vie, et l'avoir en abondance » (5).

 

Vous, qui êtes tenté par un esprit de murmure, vous pouvez « être toujours joyeux, » et « éclater en voix d'action de grâces » (6).

 

Vous, qui êtes tenté par un esprit d'incrédulité, vous pouvez « demeurer dans la foi, arrêté, ferme, inébranlable »(7).

 

Et vous, qui êtes tenté par un esprit de sensualité, vous pouvez « traiter durement votre corps, le tenir assujetti, » et « en mortifier les œuvres par l'Esprit »(8).

 

Vous le pouvez : car, ce que vous avez à faire, Jésus l'a fait.

 

Vous me direz peut-être : Jésus était Fils de Dieu ; sa victoire ne saurait prouver pour nous.

 

Si cette objection était fondée en cet endroit, elle le serait également ailleurs ; il faudrait renoncer à proposer aux hommes l'exemple de Jésus, et le Saint-Esprit aurait dit en vain : « Christ vous a laissé un modèle, afin que vous suiviez ses traces. »

 

Mais cette objection tient à une cause qui explique bien d'autres erreurs, soit de doctrine, soit de pratique : c'est qu'on méconnaît, ou que du moins on perd de vue la nature humaine du Seigneur, qui n'est pas moins essentielle à retenir que sa divinité.

 

Oui, Jésus était Fils de Dieu, mais il était aussi Fils de l'homme ; et comme c'est dans sa nature humaine qu'il a été tenté, c'est aussi dans sa nature humaine qu'il a surmonté la tentation.

 

En parlant de la sorte, nous ne prétendons pas faire abstraction de la nature divine du Seigneur dans l'histoire de notre texte.

 

Nous n'oublions pas que Jésus avait été, immédiatement avant la tentation, déclaré Fils de Dieu, rempli du Saint-Esprit, et par là fortifié contre le combat qui l'attendait.

 

Je veux seulement vous faire remarquer, mes chers amis, que durant le combat même, le Fils de l'homme apparaît seul en Jésus dans le récit des évangélistes, tandis que le Fils de Dieu s'efface.

 

Je me trompe : il se montre, mais dans les discours de satan.

 

Lui rappelle ce titre à Jésus, et s'en sert pour le tenter, tantôt par le doute, tantôt par la présomption, tantôt par l'ambition ; mais Jésus ne s'en prévaut point pour se défendre.

 

S'Il eût voulu déployer ici Sa Puissance Divine, Il pouvait, ainsi qu'Il le déclare lui-même dans cette autre tentation qui marque la fin de sa carrière, « prier son Père, qui lui aurait donné plus de douze légions d'anges »(9).

 

Que dis-je ? Il n'avait besoin d'aucun ange ; Il n'avait qu'à dire Une Parole et satan était renversé, comme le furent dans le jardin de Gethsémané les émissaires du Sanhédrin(10).

 

Mais Il ne fait rien de semblable ; Il se renferme dans la sphère d'action de l'homme.

 

Il combat contre satan avec les infirmités de l'homme, et avec les moyens dont l'homme dispose.

 

Il endure la faim, et Se laisse approcher, aborder, tenter, comme un homme.

 

Il se soutient par la confiance en Dieu, et triomphe par la force de Dieu (11), comme un homme.

 

Surtout, Il cite, comme un homme, les Écritures, écrites par des hommes pour des hommes.

 

Comme nous le verrons ailleurs fortifié dans Son angoisse par un ange, Lui « que les anges de Dieu adorent, » nous Le voyons ici s'appuyer sur Moïse, Lui Seigneur et Maître de Moïse.

 

Chose étonnante ! Chose merveilleuse ! Eh !

 

Qu'avait-il besoin de feuilleter comme nous les livres de son serviteur, pour trouver des réponses aux séductions du malin ?

Ne les pouvait-Il tirer de son propre fonds ? N'est-il pas « ce Fils unique qui est dans le sein du Père, » qui « est dans le ciel » et « qui parle depuis le ciel » (12) ?

 

Oui, mais il fallait qu'il parlât ici « depuis la terre, » pour servir d'exemple à ceux qui « sont de la terre » (13).

 

Cela est si vrai, que non content de n'en appeler qu'aux Écritures, Il ne choisit dans les Écritures que des endroits qui s'appliquent indistinctement à tous les croyants ; quant aux nombreux témoignages qui concernent exclusivement le Messie, et qui Lui garantissent, la victoire (14), Il n'en cite aucun : tant Il est résolu de ne puiser que dans le trésor commun de l'Eglise entière !

 

Plus tout ceci est étrange, plus l'intention en est manifeste.

 

Jésus, remporte, contre une tentation humaine, par des ressources humaines, une victoire humaine, pour faire connaître aux hommes qu'ils peuvent vaincre, comme Il a vaincu.

 

Il y a plus.

 

Non seulement Jésus a vaincu dans l'humanité, mais Il a vaincu pour l'humanité.

 

Engagé dans le combat du désert comme Sauveur et représentant de l'homme, c'est au nom et en faveur de l'homme qu'il remporte une victoire dont les fruits seront recueillis par quiconque espère en Son Nom.

 

Eh ! S’Il n'avait vaincu pour nous, comment nous rassurerait-Il par Sa Victoire contre les angoisses du monde : « Vous aurez de l'angoisse au monde ; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde (15) ? »

 

Lui seul a pu « lier l'homme fort ; » mais l'homme fort une fois lié, Il n'entre pas Seul « dans la maison de l'homme fort pour piller son bien (16) », nous y entrons aussi après Lui.

 

Satan est déjà vaincu, avant de s'attaquer à nous ; d'autant plus impuissant contre nous qu'il retrouve présent en nous Celui-là même par lequel il fut vaincu dans le désert.

 

En Jésus, la victoire nous est si bien assurée qu'elle nous est représentée dans les Écritures comme déjà tout obtenue : « Vous êtes forts, et la Parole de Dieu demeure en vous, et vous avez vaincu le malin (17). »

 

En Jésus, tout est accompli ; « nous sommes plus que vainqueurs en celui qui nous a aimés (18) ; »

 

Il ne reste plus que de nous associer à Sa Victoire ; et pour s'y associer, il ne faut que croire en Son Nom :

 

« Tout ce qui est engendré de Dieu est victorieux du monde ; et la victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi(19). »

 

Il est redoutable, sans doute, « ce lion rugissant qui tourne autour de nous, cherchant qui il pourra dévorer (20) ; » mais il a vainement essayé ses forces contre « le lion de Juda, la racine de David, qui a vaincu (21) » et auquel l'esprit de prophétie parle ainsi : « Mon fils, tu es revenu de déchirer : il s'est courbé, il s'est couché comme un lion, comme un lion terrible ; qui le réveillera (22)? »

 

Celui-là seul est invincible, et c'est Lui qui combat pour nous : « Car ainsi m'a dit l'Eternel : Comme rugit le lion sur sa proie, et le lionceau, contre lequel on appelle une troupe de bergers, mais ni leur voix ne l'effraye ni leur nombre ne lui fait lâcher prise, ainsi l'Eternel des armées descend pour combattre en faveur de la montagne de Sion et de son coteau (23), » Soyez sans crainte ; « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde(24). »

 

Tenons donc pour certain que la victoire de Jésus garantit la nôtre, et que nous trouverons en Lui un secours efficace, parce qu'Il a Lui-même éprouvé et surmonté la tentation.

 

C'est la pensée du Saint-Esprit dans ces deux endroits de l'Epître aux Hébreux que nous avons déjà cités : « Parce qu'Il a souffert Lui-même ayant été tenté, Il peut secourir ceux qui sont tentés ; » et encore : « Parce qu'Il a été tenté en toutes choses, à notre ressemblance, sans péché, approchons-nous avec assurance du Trône de la Grâce, afin d'obtenir miséricorde pour être aidés dans le temps convenable. »

 

Je pourrais m'arrêter ici : cette doctrine est assez ferme, surtout appuyée de cette histoire ; mais l'âme « travaillée et chargée » ne se rend pas si vite ; elle a besoin de nouveaux encouragements, que je n'ai garde de lui refuser.

 

Placée en présence de la tentation, deux choses la troublent : sa propre faiblesse, et la force de la tentation.

 

Si nous jetons les yeux sur nous-mêmes, nous nous trouvons trop faibles pour nous défendre, même contre la tentation la plus ordinaire ; et si nous envisageons la tentation, nous la trouvons assez forte pour nous accabler, même quand nous sommes le plus forts.

 

Mais approchons-nous encore de Jésus tenté au désert : sa victoire va nous rassurer à ce double égard.

 

Vous êtes faible, mon cher frère ; si faible, si languissant, si dépourvu, si abattu de corps et d'esprit, que vous vous trouvez incapable de surmonter la moindre tentation.

 

Vous en seriez incapable en effet si vous deviez triompher dans votre propre force : mais pensez-vous donc que ce soit dans Sa propre Force que votre Seigneur a triomphé au désert ?

 

Vous vous Le figurez peut-être Etranger à toutes vos langueurs, Tranquille, Imperturbable : mais qui vous L'a peint sous ces traits ?

 

C'est votre imagination, non les Écritures.

 

Elles nous représentent le Messie comme « un homme de douleurs, sachant ce que c'est que la langueur (25). »

 

Elles se taisent, il est vrai, sur son état d'esprit durant le combat du désert ; et il ne nous appartient pas de suppléer à leur silence, ni de dire jusqu'à quel point son jeûne de quarante jours pouvait avoir épuisé ses forces ou brisé son courage.

 

Mais elles nous le montrent ailleurs dans une détresse que vous n'avez jamais connue : en Gethsémané, « saisi de tristesse jusqu'à la mort, tombant le visage contre terre, priant dans l'agonie, suant des grumeaux de sang ; » et sur la croix, criant à son Dieu : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

 

Où trouve-t-Il donc la force ? En Dieu.

 

L'esprit de toute la tentation est de le détacher de Dieu : il s'agit de le faire, d'abord, pourvoir à ses besoins, sans la providence de Dieu ; puis, recevoir l'héritage des nations, sans le don de Dieu ; et enfin, déployer sa gloire divine sans le commandement de Dieu.

 

Mais Jésus se tient Tout en Dieu : ce n'est pas en sa propre force qu'Il lutte et qu'Il triomphe, c'est dans la force de son Père.

Recevez instruction, mes chers amis.

 

Si vous êtes moins forts que Jésus, votre Dieu n'est pas moins fort que le Dieu de Jésus ; que Son Rocher soit Votre Rocher, et Sa force sera Votre Force.

 

Pour Jésus, pour Adam, pour vous, ce n'est pas ici une question de force, c'est une question de Foi.

 

Ni votre propre force ne saurait vous délivrer, si vous ne croyez pas, ni votre faiblesse propre ne peut vous nuire, si vous croyez.

 

Elle vous servira même, si vous savez le bien prendre ; et le sentiment que vous en avez vous poussant à chercher la force de Dieu, vous éprouverez la vérité de cette parole : « Quand je suis faible, alors je suis fort (26). »

 

Paradoxe étrange ! sublime vérité !

 

Au lieu de vous arrêter à la discuter, croyez-la, vivez-la.

 


 

Adolphe Monod

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

II Jésus tenté au désert : La victoire (Suite)


 


1
Jean 14.30
2
Hébreux 4.15
3
Hébreux 7.26
4
Jacques 1.14-15
5
Jean 10.10
6
1Thessaloniciens 5.16 ; Psaume 26.7
7
Colossiens 1.23 ; 1Corinthiens 15.58
8
1Corinthiens 9.27 ; Romains 8.13
9
Matthieu 26.53
10
Jean 18.6
11
Éphésiens 6.10 et suivants. Dans cet endroit, saint Paul paraît faire allusion au combat de Jésus.
12
Jean 1.18 ; 3.13 ; Hébreux 12.25.
13
Jean 3.31
14
Psaume 90 ; Ésaïe 63, etc.
15
Jean 16.33
16
Matthieu 12.29
17
1Jean 2.14
18
Romains 8.36
19
1Jean 5.4
20
1Pierre 5.8
21
Apocalypse 5.5
22
Genèse 49.9
23
Ésaïe 31.4
24
1Jean 4.4. Rapprochez de ce passage 2Rois 6.16 : « Ne crains point ; car ceux qui sont avec nous sont en plus grand nombre que ceux qui sont avec eux ; » et 2Chroniques 32.7 : « Ne craignez point, et ne soyez point effrayés à cause du roi des Assyriens et de toute la multitudequi est avec lui ; car un plus puissant que tout ce qui est avec lui est avec nous. »
25
Ésaïe 53.3.
26
2Corinthiens 12.10


 

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 11:11
Adolphe Monod - Jésus tenté au désert (2ème partie)

I - Jésus tenté au désert :

Le combat (Suite 1ère partie)

 

« Or Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain ; et il fut conduit dans l'Esprit (1) au désert, quarante jours, étant tenté par le Diable. Et il ne mangea rien durant ces jours ; mais ensuite, après qu'ils furent passés, il eut faim. Et le Diable lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit en disant : Il est écrit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. Alors le Diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le Diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Et Jésus répondant lui dit : Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Et il le conduisit à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. Et Jésus répondant lui dit : Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Et ayant achevé toute la tentation, le Diable se retira de lui pour un temps. »

(Luc 4.1-13.) Lire Matthieu 4.1-10 ; Marc 1.12-13


 

Jésus est tenté, – et quand ? après quoi, et avant quoi ?

 

Après son baptême, après sa fervente prière, après le ciel ouvert sur sa tête, après le Saint-Esprit descendu sur Lui, après cette voix émanée du ciel : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai pris mon bon plaisir ; » après tout cela, et même, selon saint Marc, « aussitôt après (12). »

 

C'est ce moment de gloire et de bénédiction spirituelle qui est choisi pour la tentation : choisi de Satan, parce que c'est alors que le Fils de Dieu excite au plus haut degré sa colère et sa jalousie ; mais en même temps choisi de Dieu, parce que c'est alors que son Fils est le mieux fortifié contre tous les assauts de l'ennemi.

 

Gardez-vous donc de vous croire délaissé de Dieu, pour être en proie à la tentation : Satan ne rassemble peut-être ses forces contre vous, que parce que des grâces signalées vous ont désigné à ses coups, tout en vous préparant à les repousser.

 

La tentation est le partage de l'humanité, disions-nous : ajoutons que des tentations extraordinaires sont le privilège des meilleurs.

 

C'est une épreuve que Dieu réserve à ces héros de la foi qu'aucun obstacle n'arrête, et que n'étonne aucune difficulté : à un Moïse, à un Samuel, à un Jérémie, à une pauvre Cananéenne, à un centenier de Capernaüm, à un saint Pierre, à un saint Paul.

 

Ce n'est pas tout : il ne la réserve pas seulement pour les plus forts, mais encore pour le temps de leur plus grande force.

 

Dieu les a épargnés durant cette première période de leur carrière spirituelle, où ils ne savaient marcher encore que soutenus par la piété sensible du premier amour, comme une loi touchante de Moïse dispensait durant un an des charges de la guerre un homme nouvellement marié, afin « qu'il demeurât dans sa maison, et qu'il fût en joie à la femme qu'il avait prise(13) ».

 

Mais, après que cette force du sentiment a fait place à une autre force plus exercée et moins variable, celle de la foi qui sait « espérer contre espérance (14), » alors, arrive le temps des fatigues et de la guerre ; alors, le Seigneur appelle ses enfants à de plus rudes combats, qui entretiennent et qui développent leur saint courage.

 

Vous venez d'être baptisé d'un nouveau baptême du Saint-Esprit ; vous venez de répandre tout votre cœur devant Dieu dans une prière humble et fervente ; vous venez de voir le ciel s'ouvrir en quelque sorte au-dessus de vous ; vous venez d'entendre la voix de Dieu qui « a rendu témoignage à votre esprit que vous êtes enfant de Dieu : ».

 

Vous croyez, pour ce moment du moins, être à l'abri des atteintes du malin ? Détrompez-vous.

 

C'est le moment de l'attendre, et de mettre une double garde autour de votre cœur : veillez donc, et priez ; mais aussi, c'est le moment où Dieu a pris soin de vous fortifier d'avance : prenez donc courage.

 

C'est quand saint Paul a été « élevé au troisième ciel, » qu'il « lui est mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour le souffleter (15). »

 

Et avant quoi Jésus est-il tenté ?

 

Avant, immédiatement avant le commencement de son ministère ; à la veille d'entrer dans cette carrière consacrée toute entière à la gloire de Dieu, au salut des hommes, à l'œuvre la plus sainte qui fut jamais.

 

Aussi longtemps que Jésus demeure à Nazareth, caché dans la vie commune et dans l'atelier de Joseph, nous n'entendons pas dire que le Diable l'y soit allé chercher ; mais lorsqu'il entre dans la vie publique et qu'il se voue à la mission qu'il a reçue de son Père céleste, le voici arrêté dès le premier pas.

 

Ne soyez donc pas surpris si vous voyez s'approcher ou redoubler la tentation, quand vous mettez la main à quelque bonne œuvre, à quelque fondation pieuse, à quelque entreprise approuvée de Dieu et des hommes.

 

Vous surtout, jeunes serviteurs du Seigneur, qui vous préparez pour exercer dans son Église le ministère de la Parole, ne pensez pas « qu'il vous arrive quelque chose d'extraordinaire, » si le temps que vous passez dans cette sainte préparation est une époque d'épreuve singulière pour votre âme.

 

Tant que vous avez vécu, doucement ignoré, dans l'enceinte de la maison paternelle, la foi que vous y avez sucée avec le lait et qui était devenue en vous une seconde nature, n'avait fait que croître avec les années, et vous paraissait si profondément enracinée au dedans de vous qu'aucun orage ne la devait jamais ébranler.

 

Mais aujourd'hui, privé de la direction vigilante d'un père, et des tendres conseils d'une mère fidèle ; aujourd'hui, placé en présence d'un monde incrédule et profane, qui tolère tout excepté le saint et le vrai ; aujourd'hui, entré assez avant dans la science des choses divines pour soulever plus d'une question embarrassante, et pas assez pour la résoudre, vous sentez avec effroi des pensées de doute se glissant et s'insinuant dans votre cœur....

 

Mon jeune ami, ne vous troublez point : c'est l'histoire commune de tous ceux qui vous ont précédé dans la carrière ; c'est l'histoire des plus saints et des plus fidèles eux-mêmes.

 

« C'est l'ennemi qui fait cela ; » et il le fait, parce qu'il vous voit si utilement occupé.

 

Il consentirait peut-être à vous laisser plus tranquille, si vous consentiez vous-même à enfouir le talent que vous avez reçu du Seigneur ; car alors, en vous faisant tomber, il ne nuirait qu'à vous ; mais maintenant, c'est votre ministère futur qu'il espère entraver, c'est tout un peuple qu'il espère priver de la parole de vie, s'il vous ravit « votre très sainte foi : » voilà ce qui le rend si vigilant et si actif.

 

L'œuvre du Saint-Esprit et celle du démon se tiennent de près ; la première provoque la seconde, et dans le monde invisible le ciel touche à l'enfer.

 

Le Saint-Esprit conduit Jésus dans le désert, où il est tenté par le Diable ; et Satan, près de tenter Job, se montre « dans les lieux célestes (16), » au milieu « des enfants de Dieu (17). »

 

Averti que vous êtes par l'exemple du Seigneur lui-même, attendez le tentateur de pied ferme : « Résistez au Diable, et il s'enfuira de vous (18). »

 

Il vous refroidit pour la lecture de la Bible ? Méditez-la plus attentivement.

 

Il vous décourage dans la prière ? Priez avec plus d'ardeur et de persévérance.

 

Il vous détourne de la simplicité de la foi ? Appliquez-vous à croître dans l'esprit du petit enfant, en même temps que dans la science du théologien.

 

Quand l'ennemi verra que vous tournez ainsi ses attaques à votre affermissement, il finira par se lasser, et vous laissera en repos plutôt que de vous faire un si grand bien.

 

Quoi qu'il en soit, il ne saurait rien entreprendre contre vous que la tentation de Jésus-Christ n'ait dû vous faire pressentir.

 

Les docteurs de la Synagogue peuvent ici vous instruire : l'Ecclésiastique, commence son second chapitre par ces mots : « Mon fils, si tu veux servir le Seigneur, prépare-toi à la tentation. »

 

Enfin, Jésus est tenté – et pourquoi ?

 

Une réponse complète à cette question touche à ces mystères où nous n'avons pas voulu pénétrer.

 

Toutefois l'Écriture nous fait connaître « qu'il a fallu » que Jésus fût tenté.

 

« Il a fallu, nous dit expressément l'Apôtre, qu'il fût rendu semblable en toutes choses à ses frères, afin qu'il fût un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans les choses qui regardent Dieu, pour faire la propitiation des péchés du peuple ; car, parce qu'Il a souffert lui-même étant tenté, Il peut secourir ceux qui sont tentés » (19).

 

Il l'a fallu sans doute aussi pour justifier par la victoire de Jésus-Christ la condamnation de l'homme, vaincu dans le même combat ; pour remplir la mesure des souffrances expiatoires du Messie ; pour commencer de montrer en lui à la terre, au ciel, à l'enfer, ce « Fils de Dieu venu pour détruire les œuvres du Diable (20) ; » que savons-nous ?

 

Peut-être pour achever de le révéler à lui-même, pour « le rendre accompli (21) » par l'épreuve, et pour lui faire prendre sa course « en vainqueur et pour vaincre (22). »

 

Quoi qu'il en soit, il a fallu qu'Il fût tenté, cela me suffit.

 

La tentation n'était pas un accident dans Sa Vie ni dans Sa Carrière : elle y était utile, essentielle ; elle entrait dans le plan de notre rédemption.

 

Toutes les images sous lesquelles les prophètes avaient dépeint le Messie à venir devaient faire pressentir, entre Lui et l'Esprit de ténèbres, un combat, dont l'histoire rapportée dans notre texte n'est que le prélude.

 

Venu pour fonder un royaume, mais pour le fonder sur les ruines d'une puissance usurpée, le Messie, ce vrai Josué (23), ne pouvait établir sa domination que par la conquête, ni recueillir « l'héritage des nations » qu'en l'arrachant au « Prince de ce monde. »

 

Les Juifs eux-mêmes l'avaient compris, et c'était un article de leur théologie que le Messie devait être tenté par Satan dès l'entrée de sa carrière.

 

Notre texte, à son tour, reconnaît à la tentation ce caractère de nécessité : tout ici est prévu, combiné, voulu de Dieu, Jésus est « conduit, » ou, selon saint Marc, « poussé par l'Esprit » dans le désert, où il est tenté par le Diable (24).

 

Saint Matthieu s'exprime en termes plus positifs encore : « Il fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté par le Diable. »

 

Le Diable le tente, et puis « il se retire ayant achevé toute la tentation, » comme après avoir joué son rôle ; car il ne peut faire en le tentant, non plus qu'en le crucifiant, que « ces choses que la main et le conseil de Dieu avaient d'avance déterminé devoir être faites (25). »

 

Apprenons de là, mes chers amis, que, pour nous aussi, ces tentations dont nous nous plaignons sont utiles, essentielles, pour « perfectionner notre sanctification, » et pour nous rendre propres à l'œuvre que Dieu nous a donnée à faire dans le monde.

 

« Dieu, dit saint Jacques (26), ne tente personne, » parce qu'Il ne nous pousse jamais au péché ; mais Il peut nous « amener dans la tentation, » comme Il a fait à l'égard de son Fils, pour « nous éprouver et pour connaître ce qui est dans notre cœur.(27) »

 

Si nous résistons à la tentation, nous en ressortons plus forts et plus fidèles, « purifiés comme l'or par le feu. »

 

Que si nous succombons, alors, sans doute, nous portons la peine de notre lâcheté ; mais alors même, si la repentance nous relève, nous avons appris du moins à connaître notre faiblesse et à ne chercher notre force que dans le Seigneur.

 

C'est dans cette lutte incessante, c'est de victoire en victoire, hélas ! et à défaut de victoires constantes, c'est au milieu de victoires et de défaites alternatives, que se poursuit et se développe le salutaire exercice de la foi.

 

L'orage renverse et déracine l'arbre mal affermi dans le sol ; mais pour celui qui y tient profondément, il ne l'agite et ne l'ébranle que pour le contraindre à enfoncer plus avant ces mille bras cachés par lesquels il pénètre la terre et l'étreint tout ensemble.

 

« L'affliction, écrit l'Apôtre, produit la patience, la patience l'épreuve, et l'épreuve l'espérance(28). »

 

Ce qui est dit ici de l'affliction, le genre de tentation sur lequel la Parole de Dieu s'étend le plus, est vrai pourtant aussi de tous les autres.

 

C'est pour cela que l'apôtre saint Jacques, dans ce langage énergique et paradoxal qui lui est propre, nous exhorte à « tenir pour toute joie d'être exposés à des tentations de toutes sortes(29) ; » et appelle « bienheureux, » non l'homme qui n'est point tenté, mais celui qui « endure la tentation, » c'est-à-dire qui la soutient sans y succomber ; car, « ayant été éprouvé, » c'est-à-dire ayant résisté à l'épreuve, « il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment (30). »

 

S'il a fallu à Jésus sa tentation, il nous faut également les nôtres ; l'œuvre de satan est nécessaire pour compléter celle du Saint-Esprit ; et rien n'arrive à la perfection dans ce bas monde que le diable n'y ait mis la main.

 

Il fallait à Job ce cruel déploiement de la malice du malin, pour éclairer sa foi, pour affermir son cœur et pour rendre sa joie accomplie.

 

Il fallait à Daniel ces détracteurs perfides qui le font jeter dans la fosse aux lions, pour lui révéler, dans cette nuit paisible passée parmi ces terribles animaux, toute la puissance et toute la fidélité de son Dieu.

 

Il fallait à saint Paul « cette écharde dans la chair, cet ange de satan pour le souffleter, » pour le tenir dans l'humilité, pour l'empêcher « d'être élevé par l'excellence de ses révélations, » et pour lui suggérer cette parole qui a fait sa consolation, comme elle fera celle des saints jusqu'à la fin des siècles :

 

« Quand je suis faible, alors je suis fort. »

 

Il fallait à saint Pierre cette cour du souverain sacrificateur, pour lui montrer sa propre faiblesse, et pour le faire reparaître aux yeux de l'Eglise, après la confession et le pardon de son péché, plus digne que jamais de la distinction que le Seigneur lui avait accordée » et qu'il lui a conservée malgré sa chute.

 

Il fallait à un Luther les combats mortels de son âme, à un Calvin sa frêle santé et ses ennemis implacables.

 

Et vous, ma chère soeur, mon cher frères, que satan semble avoir choisi pour l'objet de ses attaques les plus redoutables ; vous, dans là chute duquel son orgueil paraît engagé tout entier : vous, qui vous trouvez réduit à la dernière extrémité et sur le point de succomber ; vous, qui vous associez à ces cris d'angoisse du Messie dans les Psaumes : « Le fil des eaux se débordant m'emporte, mon gosier est desséché à force de crier, mes yeux se sont consumés dans l'attente de mon Dieu ! »

 

Il vous fallait cela, croyez-le bien, il vous fallait cela même, il vous fallait tout cela, pour vous instruire à servir Dieu, à confondre le grand adversaire, et à « remporter une joie ineffable et glorieuse ! »

 

Vous êtes enfant de Dieu, son enfant bien-aimé, son enfant privilégié ; et véritablement, si nous savions nous élever au-dessus de la chair et juger selon la Parole de Dieu, nous serions plus disposés à vous porter envie qu'à vous plaindre.

 

« N'abandonnez donc pas votre espérance qui doit recevoir une si grande récompense ; » mais plutôt, résistez, tenez bon jusqu'au bout, donnez gloire à Dieu, et abondez dans l'action de grâces.

 

Jeunes serviteurs de Dieu, si la tentation est nécessaire pour tous, elle l'est pour vous doublement.

 

Ce combat que vous commencez à soutenir contre l'opposition du monde, et surtout contre l'incrédulité naturelle de votre propre cœur, ne doit pas vous étonner : c'est le chemin étroit par lequel il vous faut passer pour parvenir à une foi plus solide, et pour apprendre, comme votre Sauveur, par les angoisses de la tentation, à sympathiser un jour aux infirmités des autres et à secourir ceux qui sont tentés.

 

Ecoutez ce que disait à ce sujet un grand maître en fait d'expérience chrétienne, qui a lutté vaillamment contre les puissances du monde et de l'enfer.

 

Luther, écrivant à un jeune théologien, lui fait remarquer dans le psaume 119 trois moyens principaux par lesquels le Psalmiste se fortifie dans la vie divine : la prière, la méditation des Écritures, la tentation ; et voici comment il s'exprime sur le dernier des trois.

 

« La tentation est la pierre de touche qui te fera non seulement savoir et comprendre, mais éprouver, combien la Parole de Dieu est droite, combien véritable, combien douce, combien aimable, combien puissante, combien consolante, combien sage au-dessus de toute autre sagesse. Sans tentation, il ne se fait point de bons prédicateurs, mais rien que de purs bavards, qui ne savent pas eux-mêmes de quoi ils parlent ni pourquoi, comme le dit saint Paul à Timothée : « Ils veulent être docteurs de la loi, mais ils n'entendent ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils affirment(31). »

 

Aussi vois-tu David se plaindre souvent dans notre psaume de toutes sortes d'ennemis, d'oppresseurs, d'esprits obstinés et rebelles, qu'il lui faut supporter, parce qu'il porte partout avec lui la Parole de Dieu.

 

Car tu n'auras pas plutôt commencé de rendre témoignage à la Parole de Dieu, que le diable s'appliquera à te tenter, pour faire de toi un bon docteur, et pour t'instruire, par les épreuves qu'il te suscitera, à rechercher et à aimer cette Parole de vie.

 

« J'ai moi-même de grandes obligations envers mes papistes, qui, par tout le tapage de satan, m'ont tellement maltraité et réduit à une telle extrémité et angoisse, qu'ils ont fini par faire de moi un théologien passable, à quoi je ne serais jamais parvenu sans eux ; et quant à ce qu'ils ont par contre gagné sur moi, je leur abandonne de bon cœur les honneurs, victoires et triomphes, qui sont tout ce qu'ils veulent. »

 

Seigneur Jésus ! nous ne voulons plus nous plaindre de la tentation.

 

Nous t'avons trouvé aujourd'hui dans le désert, nous ne refuserons pas de t'y suivre.

 

Nous avons jeté un regard sur ce que tu as souffert étant tenté ; nous en avons été émus jusqu'au fond du cœur.

 

Tu as souffert pour être rendu semblable à nous : ne consentirions-nous pas à souffrir pour être rendus semblables à toi ?

 

Nous nous défions de nous-mêmes, Seigneur, et nous te disons, ainsi que tu nous l'as enseigné : « Ne nous amène point en tentation ! »

 

Mais s'il faut que nous y soyons amenés, nous ajoutons avec confiance, comme tu nous l'as appris encore : « Délivre-nous du malin ! »

 

Il nous suffit de nous rappeler que nous avons en toi « un Souverain Sacrificateur Miséricordieux et Fidèle, qui, parce qu'Il a souffert lui-même étant tenté, peut secourir ceux qui sont tentés. »

 

Oh ! que cette pensée nous est douce, Seigneur !

 

Ainsi donc, quelles que soient nos tentations, Tu les as connues avant nous, Tu les as d'avance vaincues pour nous !

 

C'est pourquoi, ô notre compatissant Sauveur, « nous déchargeons notre cœur devant Toi » avec une sainte liberté ; et fussions-nous, s'il était possible, aussi tourmentés que Tu l'as été Toi-même, « nous nous approcherons avec assurance du Trône de la Grâce, afin de recevoir miséricorde et de trouver grâce pour être aidés dans le temps convenable ! »

 

Ce n'est pas à nous qu'en veut Ton ennemi et le Nôtre, c'est à Toi ; c'est Toi, oui, c'est Toi Seul qu'il attaque en nous : c'est donc à Toi aussi de nous défendre ! Triomphe de lui en nous ! Et puisque Tu as été tenté comme nous, rends-nous vainqueurs comme Toi !

 

Amen.


 

Refuge Protestant Adolphe Monod

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé


(Suite)
II Jésus tenté au désert : La victoire

 


12
Marc 1.12
13
Deutéronome 24.5
14
Romains 4.18.
15
2Corinthiens 12.7
16
Ephésiens 6.12.
17
Job 1.6.
18
Jacques 4.8
19
Hébreux 2.17-18
20
1Jean 3.8
21
Traduction littérale du mot que nos versions rendent par consacrer, et que la version de Lausanne 1839, a rendu par consommer, Hébreux 2.10 ; 5.9.
22
Apocalypse 6.2
23
Hébreux 4.7
24
Marc 1.12. L'expression de l'évangéliste a une énergie particulière elle signifie jeté, lancé.
25
Actes 4.28
26
Jacques 1.13
27
Deutéronome 8.3
28
Romains 5.5. Pour bien comprendre ces paroles profondes, il faut savoir que l'épreuve signifie ici, non l'affliction elle-même, mais cet essai qu'elle fait de notre foi, et ce caractère éprouvé qu'elle lui communique ; et l'espérance, non une attente plus ou moins incertaine, mais la ferme assurance de ces biens à venir que nous ne possédons encore que par la foi (Romains 8.23-24.) Quand nous sommes affligés, nous sommes exercés à la patience ; quand nous avons souffert avec patience, nous connaissons que notre foi est de bon aloi ; et quand notre foi a été ainsi éprouvée, nous avons une ferme et glorieuse assurance en la grâce du Seigneur.
29
Jacques 1.2 : traduction littérale. L'expression de l'Apôtre correspond exactement à notre expression française : c'est tout plaisir que de etc. Nous rendons par tentation le mot que nos versions, excepté celle de Lausanne 1839, ont rendu par épreuve : notre traduction nous paraît exigée par l'ensemble des idées de l'apôtre, et en particulier par les versets 12, 13 et 14, où ces mêmes versions se sont vues contraintes de traduire le même mot par tentation, et le verbe correspondant par tenter.
30
Les mots endure et éprouvé offrent un sens équivoque ; mais ceux de l'original supposent, l'un et l'autre, que l'épreuve a réussi et que la tentation a été vaincue.
31
1Timothée 1.7
Bibles041
-Arthus Croix Huguenote

Suite :

II Jésus tenté au désert : La victoire

 
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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 11:09
Adolphe Monod - Jésus tenté au désert (1ère partie)

JÉSUS
TENTÉ  AU  DÉSERT

Trois discours par
Adolphe MONOD

1854

Adolphe Monod était de cette trempe forgée par et dans la Grâce :l'Exemple de Jésus-Christ.

Reprenant une partie de ce qu’il adressa auprès de ses amis, on sent l’attachement, l’affection porté envers Son Maître, le souci des âmes, l’amour et le souci dans la rectitude pour qu’elle ne se perde pas dans le dogmatisme et légalisme mortel, ou laxisme et libéralisme apportant un évangile vidé de sa substance réelle et vitale.

Pour lui : “(...) Aussi bien, c'est prêcher les églises que de prêcher leurs conducteurs ; et les avertissements donnés aux pasteurs ne sont étrangers à aucun des fidèles, nul n'étant disciple sans apostolat. Si ceux qui liront ceci en deviennent plus simples dans leur foi, plus saints dans leur vie, plus fidèles dans leur administration, ma joie ne sera égalée que par ma reconnaissance envers l'Auteur de tout don ; surtout, l'oserai-je dire ? si c'est à vous qu'il aura fait du bien par moi ...O mes amis, pour chacun de nous, le jour avance, la nuit approche : hâtons-nous ! mais pour l'Église, c'est « la nuit qui avance, et le jour qui approche : réveillons-nous ! » “

Vester in nostro
Adolphe Monod


 

Jésus tenté au désert

I Le combat,

II La victoire

III Les armes

 

 

I Jésus tenté au désert : Le combat

 

 

« Or Jésus, rempli du Saint-Esprit, revint du Jourdain ; et il fut conduit dans l'Esprit (1) au désert, quarante jours, étant tenté par le Diable. Et il ne mangea rien durant ces jours ; mais ensuite, après qu'ils furent passés, il eut faim. Et le Diable lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, dis à cette pierre qu'elle devienne du pain. Et Jésus lui répondit en disant : Il est écrit que l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole de Dieu. Alors le Diable, l'ayant conduit sur une haute montagne, lui montra tous les royaumes de la terre en un moment ; et le Diable lui dit : Je te donnerai toute cette puissance et leur gloire, car elle m'a été livrée, et je la donne à qui je veux ; toi donc, si tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi. Et Jésus répondant lui dit : Va-t'en arrière de moi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu le serviras lui seul. Et il le conduisit à Jérusalem, et le mit sur le faîte du temple, et lui dit : Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas ; car il est écrit qu'il donnera ordre à ses anges de te garder, et qu'ils te porteront en leurs mains de peur que ton pied ne heurte contre la pierre. Et Jésus répondant lui dit : Il a été dit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu. Et ayant achevé toute la tentation, le Diable se retira de lui pour un temps. »

(Luc 4.1-13.) Lire Matthieu 4.1-10 ; Marc 1.12-13

 

 


L'Écriture entière est tout autre suivant qu'on la regarde avec les yeux de la sagesse humaine ou avec ceux de la foi ; mais cette différence n'est nulle part plus sensible que dans la page que nous venons d'en lire.

 

Pour moi, je me rappelle un temps où je ne pouvais la rencontrer sans une sorte d'humiliation pour mon intelligence, et presque pour la Parole de Dieu, tandis qu'aujourd'hui je la recherche comme une place favorite, où mon âme trouve une nourriture exquise et abondante.

 

C'est qu'elle est aussi remplie d'instructions salutaires pour le petit enfant, qui s'en rapporte avec simplicité au témoignage de Dieu, qu'elle l'est de mystères pour le philosophe, qui prétend juger les Écritures au lieu de se laisser juger par elles.

 

Mystère dans l'existence personnelle du Diable et dans l'influence pernicieuse qu'il exerce sur nous.

 

Cette influence est si clairement attestée par les Écritures qu'on ne la peut nier sans les contredire (2) : mais quelle en est l'origine, la nature, la portée ? De tout cela nous ne savons rien, ou presque rien.

 

Mystère dans la faculté accordée au Diable de tendre ses indignes pièges au Fils de Dieu lui-même.

 

Qu'il nous tente, nous asservisse à son empire par le péché, cela se conçoit ; mais comment concevoir qu'il lui soit permis de tenter le « Seigneur des seigneurs, le Saint des saints, » celui « en qui Il n'a rien(3) ? »

 

Mystère dans le caractère de la tentation à laquelle Jésus-Christ est soumis.

 

« Il a été tenté, » et Il l'a été « sans péché, » ces deux faits sont expressément affirmés dans les Écritures : mais essayez de faire un pas de plus, et vous vous trouvez arrêté de toutes parts.

 

Comment s'expliquer un combat contre la tentation sans aucun attrait intérieur ?

 

Mais comment accorder l'attrait intérieur avec une sainteté intacte ?

 

Si Jésus ne pouvait pas succomber, où est la gloire de son triomphe ?

 

S'il le pouvait, que devient sa nature divine ?

 

Mystère enfin dans la manière dont s'est passée la scène de mon texte.

 

Qu'elle ait pour base une histoire réelle, tout l'indique, le ton du récit, la place de l'événement, le caractère du livre ; et pourtant, qu'elle échappe aux conditions de l'expérience humaine, cela paraît assez soit par l'ensemble soit par les détails de mon texte.

 

Comment lever cette contradiction apparente ? Cette lutte dont la terre est le théâtre, mais dont les acteurs sont pris dans le ciel et dans l'enfer, où se livre-t-elle ?

 

Est-ce dans le monde visible ? Est-ce dans le monde invisible ? Ou bien serait-ce sur je ne sais quels confins obscurs qui les séparent, et qui participent à la nature de l'un et de l'autre ? Mystères sur mystères.

 

Ces mystères, je n'essaye pas même de les approfondir : je n'envisage mon texte que par ce côté pratique qu'un enfant pourrait saisir aussi bien que nous, mieux que nous peut-être.

 

Guidés par ces paroles du Seigneur : « Je vous ai donné un exemple afin que vous fassiez comme j'ai fait, » recherchons les instructions qu'Il nous donne ici pour la conduite de notre vie.

 

Or, dans cette lutte terrible du Fils de Dieu avec l'Esprit de ténèbres, nous distinguons trois choses principales :

 

le combat, la victoireet les armes.

 

Chacune des trois va nous instruire à son tour.

 

Par le combat qu'Il a soutenu, Jésus nous apprendra que nous devons nous attendre à soutenir un combat semblable ; par la victoire qu'Il a remportée, Jésus nous apprendra que nous pouvons vaincre avec Lui ; et par les armes dont Il a fait usage, Jésus nous apprendra par quels moyens nous pouvons triompher.

 

Cette matière est si étendue que je crois devoir y consacrer trois discours : bornons-nous donc pour le moment au combat que Jésus a eu à soutenir dans le désert.

 

Ce combat doit nous réconcilier avec Celui que nous avons à soutenir nous-mêmes : c'est répondre à un pressant besoin de nos cœurs.

 

Enfants de Dieu qui avez quelque expérience de la vie chrétienne, je ne crains pas d'être démenti par vous en disant que les tentations dont elle est semée vous étonnent, et menacent de vous scandaliser.

 

Une fois entrés dans les voies du Seigneur, il nous semble que le Diable devrait être tenu à distance et ne pouvoir plus nous toucher.

 

Quand nous éprouvons ses atteintes, un secret effroi nous saisit, comme si le Seigneur se retirait de nous.

 

Notre trouble croît si la tentation se prolonge et se multiplie, si elle survient dans des moments de communion avec le Seigneur, si elle ne répond à aucun but dont nous puissions nous rendre compte ; et à la fin nous pouvons être jetés dans un état voisin du désespoir : le combat de Jésus répond à tout cela.

 

Jésus est tenté, le combat que vous soutenez, Il l'a soutenu avant vous.

 

Que dis-je ? Votre combat mérite à peine d'être nommé auprès du sien.

 

Il y a tentation et tentation : ni toutes les tentations ne sont égales entre elles, ni une même tentation n'est égale pour tous.

 

On doit donc tenir compte, pour apprécier la tentation, non seulement de ce qu'elle est en soi, mais encore de ce qu'elle est pour celui qui y est exposé.

 

S'agit-il de mesurer la tentation en soi ?

 

Vous n'en trouverez, aucune entre toutes, les vôtres que vous puissiez assimiler à celle dont Jésus est affligé dans mon texte.

 

Songez-y, et tâchez de vous mettre en esprit à sa place : Séparé de la société des hommes, Jeté seul au fond d'un désert, Entouré de bêtes sauvages, Privé de toute nourriture, avec le diable à ses Côtés qui lui dresse piège sur piège, et tout cela se prolongeant durant quarante jours et quarante nuits (4) – cette situation, où vous n'osez vous transporter par la pensée, a été celle de votre Sauveur.

 

Mais, pénétrons plus avant, la vraie mesure de la tentation n'est pas dans ses conditions extérieures : elle est dans les dispositions intérieures de celui qu'elle visite.

 

Autre est l'attouchement froid et impur d'un serpent pour la peau rude d'un pâtre, autre le même attouchement pour la peau délicate d'un jeune enfant ; autres aussi sont les attaques du tentateur pour un pécheur tel que vous ou moi, autres ces mêmes attaques pour le « Saint des saints. »

 

Si c'est une chose terrible pour nous que de nous trouver aux mains avec l'Esprit de ténèbres, dites, que devait-ce être pour le Fils de Dieu ?

 

Pour nous, conçus et nés dans l'iniquité, et de plein droit assujettis au « Prince de ce monde, » son approche, ses assauts, les coups qu'il nous porte, sont dans le cours naturel des choses.

 

Mais le « Fils unique et bien-aimé » y être exposé à son tour, n'est-ce pas un affreux renversement ?

 

Et tout son Divin Être ne doit-il pas se soulever contre la lutte du désert avec une ineffable horreur ?

 

Quoi qu'il en soit, l'y voici engagé ; enfants de Dieu, voici ce Fils unique et Bien-Aimé se débattant, comme vous, contre l'éternel ennemi de Dieu et de son peuple.

 

Supposez-vous vivant en Judée il y a dix-huit siècles, et averti que le Messie promis était quelque, part dans le monde : où l'auriez-vous cherché ?

 

Je ne sais ; mais vous l'auriez cherché partout ailleurs que là où Il était.

 

Vous ne l'auriez pas cherché dans l'humble atelier du charpentier ; vous ne l'auriez pas cherché parmi les baptisés de Jean aux bords du Jourdain ; mais surtout, vous ne l'auriez pas cherché au désert, aux prises avec le démon.

 

Et pourtant, c'est là qu'il fallait Le chercher pour Le trouver, et durant quarante jours et quarante nuits vous l'auriez vainement cherché ailleurs ...

 

Mais, si vous l'y aviez à la fin découvert, la vue de Sa tentation ne vous eût-elle pas expliqué l'inexplicable mystère de la vôtre ?

 

Ah ! je le reconnais maintenant : ce combat devant lequel je recule, et où j'étais prêt à succomber, c'est le partage de l'humanité ; un partage si inévitable, qu'il n'a pas même pu Lui être épargné quand elle était associée à la nature divine.

 

Vienne désormais la tentation ; vienne-t-elle sous sa forme la plus amère, la plus humiliante : rien ne saurait plus me surprendre ni m'alarmer !

 

Cherchez Jésus-Christ au désert, un Jacob au torrent de Jabok, un Moïse à Massa et à Méribah, un Daniel dans la fosse aux lions, un saint Jean dans son exil, un Jean Huss au concile de Constance, et un Luther à la diète de Worms !

 

Jésus « a été tenté » – et en quoi ?

 

« En toutes choses(5), » répond le Saint-Esprit.

 

Oui, véritablement, « en toutes choses ; » suivez-le, à la lumière de mon texte, et vous l'allez voir tenté en tout temps, en tout lieu, en toutes manières.

 

En tout temps. « Ce n'est ici qu'un commencement de douleurs, » que la suite prendra soin de compléter.

 

« La tentation achevée » pour cette fois, « le Diable se retire, » mais « pour un temps. »

 

Il reviendra à la charge, n'en doutez point ; il y reviendra, durant tout le cours de la carrière de Jésus ; il y reviendra surtout quand elle touchera à son moment suprême et décisif.

 

Après lui avoir fait une première « blessure au talon » dans le désert, il lui en fera une seconde en Golgotha, afin que Jésus, qui a commencé de « marcher sur le serpent » dans Sa Solitude, finisse de Lui « écraser la tête » sur la croix.

 

Ainsi viennent se placer aux deux termes extrêmes du ministère du Fils de Dieu, deux tentations terribles entre toutes, ouvrant et fermant la série de toutes celles qui l'ont assailli successivement durant trois années et demie : la première, une tentation de convoitise, toutes les promesses de la terre à rejeter ; la seconde, une tentation de souffrance, toute la rage de l'enfer, et la colère même du ciel, à supporter : Cette double tentation, celle du désert et celle de la croix, s'offrira aussi sur notre chemin, et s'y offrira en général dans le même ordre.

 

Au début de la carrière chrétienne, les convoitises terrestres à vaincre par le renoncement ; plus tard, et surtout dans le dernier combat, les angoisses de la chair et de l'esprit à dompter par la patience : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, et qu'il se charge de sa croix (6) ! »

 

En tout lieu.

 

Ici, nous n'avons pas besoin de sortir de notre texte : nous y trouvons Jésus tenté au désert, tenté sur la montagne, tenté dans la sainte ville.

 

Il y a des hommes qui se sont retirés dans les déserts pour se soustraire à la tentation.

 

Étrange aveuglement ! Avaient-ils donc oublié que c'est dans un désert que le Seigneur a été tenté ?

 

Vous avez pu fuir la société de vos semblables, mais comment fuirez-vous Satan et votre propre cœur ?

 

Cet ennemi extérieur et cet ennemi intérieur, ligués ensemble contre vous, vous suivront où que vous alliez.

 

Dans le désert, sur la montagne, dans la sainte ville, c'est-à-dire, dans la solitude, dans le monde, dans l'Église, partout vous rencontrerez la tentation.

 

Il s'agit, non de la fuir, mais de la combattre ; il s'agit, non d'échanger les tentations d'un état contre celles d'un autre, d'autant plus dangereuses que vous les aurez choisies et cherchées, mais de tenir ferme contre les tentations de l'état où Dieu vous a mis.

 

Enfin, et c'est ma remarque principale, en toutes manières.

 

J'en appelle encore à mon texte.

 

Le Diable ne s'arrête qu'après avoir « achevé la tentation. »

 

De toutes les tentations auxquelles Jésus a été soumis, celle du désert est la plus complète et la mieux caractérisée.

 

On y voit concentré tout l'effort de l'ennemi, épuisant tour à tour tout ce qu'il a de ressources et de moyens.

 

C'est plus qu'une tentation, c'est « la tentation ; » c'est un système, et comme un cours suivi de tentation.

 

Car le démon a un plan, qu'il est bon de connaître et que le Saint-Esprit nous révèle :

 

« la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie (7). »

 

Ce plan, il l'a observé avec Eve, qui succombe à la tentation en voyant, d'abord, « que le fruit est bon à manger, » puis, « qu'il est agréable à voir, » enfin, « qu'il est désirable pour donner de la science. »

 

Il l'observe également avec Jésus, qu'il tente d'abord par le besoin de la chair, puis par le spectacle des pompes mondaines, enfin par l'orgueil d'un éclatant prodige.

 

En quoi son intention paraîtra plus clairement encore, si au lieu de regarder l'objet de la tentation, vous en pénétrez l'esprit.

 

Satan cherche à faire tomber le Seigneur, au commencement, par un esprit de défiance envers Dieu, au milieu, par un esprit d'infidélité à Dieu, à la fin, par un esprit de confiance téméraire en Dieu ; il fait appel successivement au manque de foi, à l'oubli de la foi, à l'abus de la foi : que tout cela est bien calculé, bien combiné, bien conduit jusqu'au bout !

 

Il y a plus.

 

Il n'est rien qui ne serve d'instrument au tentateur.

 

Ce qui peut manquer à ses ressources propres, il l'emprunte à celles qu'on lui oppose, et se fait des armes des moyens mêmes de la résistance.

 

Jésus vient d'entendre une voix qui le déclare Fils de Dieu : le Diable cherche à le séduire par ce titre de gloire.

 

Jésus a été revêtu par le Saint-Esprit d'une vertu surhumaine : le Diable cherche à le faire abuser de sa puissance.

 

Jésus jeûne : le Diable cherche à le pousser à bout par la faim.

 

Pour mieux réussir, le traître « se déguise en ange de lumière (8) ; » il fait le saint, et se résigne à employer les choses saintes ; la sainte ville, le saint temple, et jusqu'à la sainte Parole de Dieu, tout est bon pour ses perfides mains.

 

Remarquez en particulier l'usage qu'il fait du nom de Messie que porte Jésus.

 

C'est dans ce nom même que Satan prend le point d'appui de la tentation.

 

Il veut bien que Jésus se montre en Messie, pourvu que ce soit, non en Messie tel que l'ont décrit les saints prophètes, mais en Messie tel que le conçoivent les Juifs charnels ; en quoi il se flattait d'autant mieux de réussir qu'en s'adressant à Jésus il s'adressait à un Juif, et à un Juif intéressé à vérifier l'attente de ses concitoyens.

 

Le Messie possède une puissance au-dessus de l'homme ; Satan veut qu'il s'en serve, non, selon le sens des prophètes, pour sauver les âmes des hommes, mais, selon le sens de l’homme charnel, pour satisfaire ses désirs et les leurs :

 

« Si tu es le Fils de Dieu, commande à cette pierre qu'elle devienne du pain. »

 

Le Messie doit hériter de tous les royaumes du monde : Satan veut qu'il les reçoive, non, selon le sens des prophètes, de la main du Père et pour prix de son sacrifice, mais, selon le sens de l’homme charnel, sans combat, et de la main du Prince de ce monde :

 

« Si tu te prosternes devant moi, tout sera à toi. »

 

Enfin, le Messie a des promesses magnifiques de protection et de délivrance : Satan veut qu'il s'en prévale, non, selon le sens des prophètes, pour accomplir son œuvre de miséricorde malgré tous les obstacles, et malgré Satan lui-même, mais, selon le sens des Juifs charnels, pour avancer sa propre gloire et celle de son peuple : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi d'ici en bas » – tant cet esprit tombé a de retours ! tant ce serpent a de replis (9), et tant il est vrai qu'il n'a rien épargné pour faire tomber Jésus, s'il pouvait tomber !

 

O vous donc qui êtes assiégés et comme accablés de tentations, cessez de vous plaindre.

 

Quand tout se liguerait contre vous ; quand vos efforts, vos précautions, vos appuis, vos prières mêmes vous tourneraient en piège ; quand vous vous sentiriez sans consolation, sans force, abandonnés des hommes, séparés de Dieu, et prêts à rendre l'âme d'angoisse – jetez un regard, un seul regard, sur Jésus au désert.

 

Croyez-le bien : un moment passé avec Lui durant ces quarante cruelles journées, vous eût laissé des souvenirs capables de vous prémunir à jamais contre les doutes que l'excès de la tentation vous suggère, et contre les murmures qu'il vous arrache.

 

Ce moment de vue, suppléez-y par la foi, et votre courage abattu sera relevé.

 

Que vous arrive-t-il qui ne soit arrivé à Jésus ?

 

Que vous arrive-t-il qui ne soit bien au-dessous de ce qui lui est arrivé ?

 

Non, non : enfants de Dieu, votre Père ne vous a point oubliés.

 

Il vous traite comme Il a traité « son Fils unique et Bien-Aimé. »

 

C'est maintenant que vous êtes « rendus conformes à l'image de ce Fils, afin qu'il soit le premier-né entre beaucoup de frères (10). »

 

« Nous n'avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse sympathiser à nos infirmités ; mais nous en avons un qui a été tenté en toutes choses à notre ressemblance, sans péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde, et de trouver grâce pour être secourus dans le temps convenable (11). »


 

Refuge Protestant Adolphe Monod

Adolphe Monod,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

I - Jésus tenté au désert : Le combat (Suite)


1
Traduction littérale. Cette expression, dans l'Esprit, ne correspond pas exactement à celle dont s'est servi saint Matthieu, par l'Esprit. Elle désigne ordinairement la manière spéciale et miraculeuse dont le Saint-Esprit opérait sur les hommes qu'il inspirait, soit pour les faire parler, soit pour les faire agir. C'est dans l'Esprit que Siméon vient au temple (Luc 2.27) ; c'est en Esprit que saint Jean reçoit la vision de l'Apocalypse (Apocalypse 1.10) ; c'est en Esprit qu'il est transporté par un ange dans le désert (17.3), à peu près comme Ézéchiel est transporté d'un lieu dans un autre sous l'action prophétique (Ézéchiel 8.3 ; 11.1).
2
Voir mon sermon sur les démoniaques de Génézareth (Sermons, 1844).
3
Jean 14.30.
4
Il résulte du récit de l'évangéliste que le Seigneur a été tenté durant quarante jours, et qu'après ce temps écoulé, le Diable essaye contre lui d'un dernier effort, qui nous est seul exposé avec détail.
5
Hébreux 4.15
6
Matthieu 16.24.
7
1Jean 2.14. L'ordre dans lequel l'apôtre nomme les trois grandes convoitises humaines ne saurait avoir été pris au hasard, surtout cet ordre se retrouvant dans la tentation d'Eve, ainsi que dans celle de Jésus (telle qu'elle est disposée dans saint Luc). Il semble que les trois tentations soient rangées ici selon leur degré de subtilité : la première est une tentation de la chair ; la seconde, une tentation des yeux ; la troisième, une tentation de l'esprit.
8
2Corinthiens 11.14.
9
Romains 8.28.
10
Romains 8.28
11
Hébreux 4.15-16.
Bibles041
-Arthus Croix Huguenote
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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 10:53
Souviens toi de ton Créateur (Suite et fin)

(Suite et Fin)

« Le juste s'avancera comme la palme et croîtra comme le cèdre du Liban...Étant plantés dans la maison de l'Eternel, ils fleuriront dans les parvis de notre Dieu. Ils porteront des fruits jusques dans la vieillesse toute blanche ; « ils seront en vigueur et resteront toujours verts ! »  Psaume 92.12-14

 

  

Qu'il est doux à contempler, mes frères, ce dernier développement de la foi, ce beau soir d'une vie chrétienne !

 

Si la piété du jeune homme nous charme par le contraste entre un front riant et une âme sérieuse, la piété du vieillard nous émeut par une sainte harmonie : harmonie entre la gravité de l'âge et la gravité des convictions, entre la longue expérience des hommes et la connaissance approfondie de Dieu ; harmonie entre les forces qui déclinent et les sentiments qui se détachent ; harmonie entre les approches de la tombe et la proximité de l'éternelle lumière qui pour le chrétien se lève derrière la tombe.

 

La vieillesse, a dit M. de Chateaubriand, est une voyageuse de nuit, elle ne découvre plus que le ciel. –

 

Nous saluons avec sympathie l'ardent Moïse, s'arrachant au palais des Pharaons et « préférant l'opprobre de Christ aux délices de l'Egypte. »

 

Mais, après quarante ans de retraite au pays de Madian, le Moïse du désert, s'entretenant avec Dieu « comme un ami avec son ami, » portant avec une longue patience  son peuple jusques dans la Terre-Promise ; ce Moïse couronné de cheveux blancs, n'est-il pas celui dont l'image vénérée s'est fixée dans nos souvenirs ? –

 

Nous sommes doucement émus à la vue de Samuel, pieux dès l'âge le plus tendre, attentif à la parole de Dieu, dans le tabernacle où veille la lampe sacrée, et nous dictant de sa voix enfantine ce modèle de prière :

 

Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !

 

Mais ce même Samuel, au terme d'une carrière fidèle, abdiquant les honneurs du pouvoir sans en déposer les sollicitudes, conseiller infatigable des deux rois qu'il a créés par l'ordre de Dieu, et intercédant pour eux et pour tout son peuple auprès de l'Eternel des armées, ne nous pénètre-t-il pas d'un plus tendre respect et d'une admiration plus profonde ? –

 

Nous aimons Timothée, cet enfant pieux d'Eunice, cet adolescent sympathique gagné à Jésus-Christ par la parole brûlante de Saint-Paul.

 

Mais avec quelle affectueuse vénération n'aurions-nous pas contemplé l'apôtre de l'amour, alors que lassé par les années, il se faisait porter au sein des assemblées chrétiennes et les édifiait par sa seule présence et par une parole d'exhortation à la charité !

 

Il y a encore, grâces à Dieu, de ces patriarches de la foi, de ces Abraham, de ces Jacob, de ces David « rassasiés de jours », de ces saint Jean penchés jusqu'à la fin « sur le sein de leur Maître. »

 

Nous avons eu le privilège d'en rencontrer dans le cours de notre vie, et leur sanctifiant souvenir ne s'effacera jamais de notre cœur.


Nous aimions l'énergie, la simplicité, la sérénité de leur foi : ils ne connaissaient pas nos doutes, nos défaillances, nos orages...

 

A leur aspect, il nous semblait entendre cette parole de l'Écriture :

 

Lève-toi devant les cheveux blancs et honore la personne du vieillard !

 

Et, quand sonna l'heure de leur délogement, leur départ fut si facile et si doux, que la nuit même de la tombe paraissait absorbée entre les derniers rayons du couchant de leur vie et l'aurore de l'Eternité.

 

O bénédiction, ô charme céleste, ô couronne d'honneur d'une vieillesse chrétienne !...

Mais aurai-je le courage, maintenant, de vous parler d'une vieillesse qui ne serait pas chrétienne, d'exposer devant vous le triste tableau d'un homme qui avance dans la vie, sans connaîtreet sans vouloir connaître Celui qui est dès le commencement ?

 

Hélas ! il s'approche de l'éternité, mais il ne s'approche pas de ce Dieu qui peut seul la lui faire paisible et heureuse.

 

L'homme « extérieur » se détruit, mais l'homme « intérieur » ne se renouvelle point ; il se ferme de plus en plus aux impressions de la Grâce.

 

Le chemin de la vie se fait pour lui toujours plus rude et plus aride, l'horizon toujours plus terne et plus décoloré : les désenchantements, les regrets, les mécomptes se pressent dans son amère mais stérile expérience ; les tombes de ceux qu'il aime se creusent à ses côtés, en attendant que la sienne s'ouvre à son tour...et à mesure qu'il poursuit sa triste route, il n'a pas devant lui une autre patrie dont les perspectives consolent ses regards et dont les brises restaurantes puissent rafraîchir son âme comme l'âme de l'exilé qui regagne le sol natal.

 

Pour lui, il va d'un exil dans un autre exil, de l'exil terrestre dans l'exil éternel !

 

Le monde le quitte et il ne veut pas quitter le monde ; il s'y cramponne avec une rage impuissante et il lui mendie encore peut-être des jouissances coupables, ou tout au moins de misérables distractions et une coupe d'étourdissement !

 

Et cependant, il s'en va...il s'en va pièce à pièce, il s'en va triste et morose, mais non sérieux, dégoûté mais non détaché, mécontent mais non repentant, lassé de la vie et épouvanté de la mort...

 

O mon Dieu ! mon Dieu ! quel départ !...et là-haut, quelle arrivée !

 

Je n'oublierai jamais la visite que je fis un jour, accompagné d'un ami chrétien, à un vieillard qui avait vécu « sans Dieu dans le monde. »

 

Nous lui lûmes ensemble la parole de vie, nous lui annonçâmes « tout le conseil de Dieu, » nous priâmes à son chevet...

 

Mais pas une corde ne vibrait dans cette âme, la vérité n'y éveillait plus aucun écho.

 

Tandis que nous le pressions, au nom des compassions de Dieu, de se repentir et de croire pour avoir la vie, son regard impassible semblait dire : je ne comprends pas, je ne sens pas, je ne puis plus comprendre, je ne puis plus sentir !...

 

Seigneur, tu es le seul Juge des âmes et tu tiens en réserve, pour la dernière heure, des ressources de miséricorde insondables à l'humaine pensée !...

 

Mais, mes frères, à en juger par ce qui paraissait à nos yeux cet homme allait mourir comme il avait vécu, sans Dieu et sans espérance au monde...

 

Tandis que nous redescendions tristement l'escalier de cette demeure, le serviteur de Dieu qui m'accompagnait interrompit notre silence par ce passage des écritures dont je compris pour la première fois toute la portée :

 

Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais viennent où tu pourrais dire : je n'y prends plus de plaisir.

 

Voulez-vous une vieillesse chrétienne ?

 

Je ne connais qu'un moyen assuré : ayez une jeunesse chrétienne.

 

Dès l'entrée de la voie, et jusqu'à son issue, prêtez l'oreille aux invitations de l'Esprit !

 

Consacrez au Dieu de l'Evangile votre enfance naïve, l'ardeur de votre jeunesse, les jours de votre virilité et votre vieillesse toute blanche !

 

Que votre vie tout entière s'illumine des reflets d'une piété en harmonie avec ses diverses phases, ainsi qu'un fleuve réfléchit le soleil dans tout son cours et colore successivement ses ondes de la pourpre du matin, de l'éclat du midi brûlant et des rayons voilés du soir !


O vous qui avez les années, qui avez l'avenir devant vous, nous vous en conjurons, écoutez aujourd'hui l'appel d'en haut !

 

Comme Jésus, « croissez en stature et en grâce devant Dieu et devant les hommes ! »

 

Faites marcher d'un même pas la vie de la terre et la vie des cieux !

 

Mais vous, qui ne pouvez presque plus porter vos regards sur l'avenir et qui sentez, tristement peser sur votre âme un long passé, plein de péchés, de regrets, de remords...n'aurons-nous donc aucune parole de consolation et d'espérance à vous faire entendre.

 

Hommes faits, vieillards peut-être dans l'ordre de la nature, vous pouvez devenir dès aujourd'hui, (béni soit Dieu !) les nouveaux-nés de la grâce !

 

oh ! laissez dès aujourd'hui une vie impérissable et une jeunesse immortelle s'inoculer à votre être...où le souffle de la vie terrestre va s'éteindre !

 

Il est encore des compassions pour vous. Dieu « vous attend pour faire grâce. »

 

Venez, « ouvriers de la onzième heure, » il y a place pour vous à la moisson céleste !

 

Venez ! le Maître est ici et il vous appelle... et vous recevrez de ses gratuités infinies le même salaire : dès maintenant « la justice, la paix et la joie par le Saint-Esprit, et au siècle à venir la vie éternelle ! »

Amen.

 

Ernest Dhombres,

Pasteur Protestant Réformé

Bibles041

Croix huguenote

 

 

 

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Album Refuge Protestant

Alors que nous étions encore sans Force,
Jésus au temps marqué par Dieu,
est mort pour nous
sauver et délivrer
 (La Bible)

Croix Huguenote

  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

Croix Huguenote 

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