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Vie Protestante Réformée

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Jean Calvin

"Puisque Dieu, par conséquent, nous justifie par la Médiation du Christ, Il nous Acquitte, non pas par l'aveu de notre innocence personnelle, mais par une imputation de la justice ; de sorte que nous, qui sommes injustes en nous-mêmes, sommes considérés comme Justes en Jésus Christ."

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7 février 2020 5 07 /02 /février /2020 12:23
Soumission et liberté

En français, il y a des mots qu’on ose à peine prononcer tant ils sont mal connotés.

 

Le mot « soumission » en est un.

 

D’abord parce qu’il semble être radicalement opposé à la notion de liberté telle qu’on la conçoit volontiers de nos jours, c’est-à-dire comme un espace de prérogatives individuelles quasiment illimité, que rien ni personne ne devrait essayer de réduire. 

 

Nous sommes conditionnés par un logiciel de pensée qui fait de l’acquisition de nouveaux droits – ou prétendus tels – le moteur même de notre existence, ce qui lui donne son sens plein et ultime. 

 

Pour avancer dans cette acquisition, il faut se défaire de toutes sortes de soumissions aux règles en vigueur, ou à tout le moins les remplacer par ce qui – pensons-nous – va nous libérer.

 

Et puis le mot soumission nous ramène évidemment à la signification du mot islam en arabe, avec tout ce qu’implique la soumission au dieu du coran. 

 

Le roman de Houellebecq du même nom se réfère à cette religion et aux conséquences politiques, sociales et individuelles d’une telle soumission prévue comme inévitable dans un proche avenir.

 

Soumission et liberté sont-elles donc totalement incompatibles ? 

 

Est-ce qu’en pensant nous libérer de telle ou telle contrainte, loi ou règle, nous ne nous soumettons pas en fait à de nouvelles contraintes, de nouveaux jougs souvent bien plus oppressifs que ceux dont on pense s’être débarrassé ?

 

En prenant un peu de recul et en observant ce qui se passe dans nos sociétés qui se disent émancipées, on constate qu’il existe toutes sortes d’esclavages physiques ou moraux détruisant les vies de ceux qui se croyaient libérés des vieilles règles :

 

- l’esclavage psychique vis-à-vis de la pornographie alors qu’on nous promettait la libération et l’épanouissement sexuels. 

 

- L’esclavage de nombre de femmes du tiers-monde réduites à louer leur ventre pour assouvir les désirs d’enfants d’hommes en mal de procréation alors qu’ils en refusent les règles naturelles. 

 

- L’esclavage vis-à-vis de la consommation de produits ou de services ruineux et souvent inutiles, alors que la publicité nous présente leur acquisition comme une libération vis-à-vis de contraintes matérielles. 

 

- L’esclavage vis-à-vis des antidépresseurs, au pays de la « joie de vivre » célébrée dans le monde entier comme la marque de fabrique de la France. 

 

La liste est loin d’être close…

 

Face à ces nouvelles soumissions aux antipodes d’une véritable liberté, la libération promise par le Christ à tous ceux qui viendront vers Lui sonne de manière radicalement différente (Matthieu 11: 28-30 )

 

Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.  Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes.  Car mon joug est aisé, et mon fardeau léger.

 

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 
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Source : Foi&Vie Réformées

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7 janvier 2020 2 07 /01 /janvier /2020 20:45
Prêcher l’Évangile à toutes les nations

L’évangélisation, l’annonce de Jésus-Christ à toutes les nations, n’a pas bonne presse dans nos sociétés contemporaines occidentales. Elle est assimilée à du prosélytisme tapageur, voire à des méthodes coercitives qui ont été pratiquées ici ou là dans le passé (pensez par exemple aux conversions forcées opérées sur les populations lombardes ou autres sous Charlemagne, au neuvième siècle de notre ère).  Et, bien entendu, la question de la colonisation, du rôle réel ou supposé des missionnaires pour soutenir les pouvoirs des pays colonisateurs, revient régulièrement comme un argument massue, alors même que le christianisme se maintient et croît justement dans les pays émancipés du joug colonial il y a belle lurette !  Il suffit de consulter quelques statistiques pour s’en convaincre.

Au vu de tout ceci les textes fondateurs du christianisme doivent être pris en compte avant tout autre facteur, en particulier en ce qui concerne la manière de répandre le message religieux. Revenons donc aux sources du christianisme, au-delà de ce qui a été pratiqué par beaucoup au cours des âges.  Au premier siècle de notre ère, St Paul écrivait ceci aux Romains (chapitre 10, versets 12-17): Ainsi, il n’y a  pas de différence entre Juifs et non-Juifs.  Car tous ont le même Seigneur qui donne généreusement à tous ceux qui font appel à lui.  En effet, il est écrit [et là Paul cite le prophète Joël, dans l’Ancien Testament]: “Tous ceux qui feront appel au Seigneur seront sauvés.” Mais comment feront-ils appel à lui s’ils n’ont pas cru en lui?  Et comment croiront-ils s’ils ne l’ont pas entendu?  Et comment entendront-ils s’il n’y a personne pour le leur annoncer?  Et comment y aura-t-il des gens pour l’annoncer s’ils ne sont pas envoyés?  Aussi est-il dit dans l’Ecriture [ici il cite le prophète Esaïe]: “Qu’ils sont beaux les pas de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles!”  Mais malheureusement, tous n’ont pas obéi à cette Bonne Nouvelle.  Esaïe déjà demandait: “Seigneur, qui a cru à notre message?”  Donc, la foi naît du message que l’on entend, ce message c’est celui qui s’appuie sur la parole de Christ.  Donc, dans les textes fondateurs, aucune coercition par l’usage de la force, mais la prédication de Jésus-Christ envers toutes les nations, dynamique inhérente au christianisme, ordonnée par le Christ lui-même à ses disciples.

L’appel à répandre la Parole divine n’est pourtant pas l’apanage du seul Nouveau Testament, comme beaucoup le pensent, à tort. Dès l’Ancien Testament on trouve des appels répétés à faire connaître le seul vrai Dieu, celui qui s’est révélé en premier lieu à Israël.  Je n’en veux pour preuve que le court psaume 67: Que Dieu nous fasse grâce!  Qu’il nous bénisse!  Qu’il nous regarde avec bonté, afin que sur la terre on reconnaisse comment tu interviens, et que dans toutes les nations on voie comment tu sauves!  Que les peuples te louent, ô Dieu, que tous les peuples t’adressent leurs louanges!  Que les nations jubilent et qu’elles chantent dans l’allégresse, car c’est avec justice que tu juges le monde, et c’est avec droiture que tu juges les peuples.  C’est à la lumière d’un tel texte, et d’autres semblables, que Jésus-Christ, une fois sorti vainqueur du tombeau, a proclamé à ses disciples que sa royauté universelle devait se manifester avant tout par la proclamation de l’Évangile : J’ai reçu tout pouvoir dans le ciel et sur la terre: allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit.  Et voici: je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde.  En dépit de tous les obstacles et de toutes les persécutions (Jésus a clairement averti ses disciples qu’elles surviendraient) ces paroles demeurent un commandement divin pour toutes les générations de chrétiens jusqu’au retour de Celui qui les a prononcées.

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

 

 

 

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Source : Foi & Vie Réformées

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6 janvier 2020 1 06 /01 /janvier /2020 15:15
Ré-écrire la Bible au goût du jour ou le nouvel évangile apocryphe et son canon

Ré-écrire la Bible au goût du jour

La réécriture de la Bible est à l’ordre du jour, et la rédaction virtuelle d’un évangile apocryphe est devenue particulièrement d’actualité, au moyen de la déconstruction par élimination et la recomposition graduelle du message de l’Évangile. Ceci n’est d’ailleurs que le parallèle logique de la popularité croissante des évangiles apocryphes des premiers siècles de l’ère chrétienne qui font, aujourd’hui comme à l’époque, concurrence aux évangiles du Nouveau Testament aux yeux du grand public, par le biais de nombreux articles ou  publications. Par apocryphes j’ai en vue une série  de textes plus ou moins calqués sur les évangiles du Nouveau Testament mais rédigés après ces derniers : évangile de Pierre – déjà cité dans la seconde lettre de Clément de Rome à la fin du premier siècle -; évangile de Thomas, consistant en 118 logia ou paroles attribuées à Jésus; évangile de l’enfance de Jésus-Christ par Thomas;  protévangile de Jacquesactes de Pilate, etc. (on consultera avec profit le recueil Évangiles apocryphes publié par France Quéré – Collection Sagesse, Paris, Seuil, 1983 – qui en rassemble un certain nombre).

En introduisant toutes sortes de fantaisies, d’exagérations, de spéculations mystiques, en prenant pour prétexte la recherche d’une spiritualité supérieure, ils déforment le sens des évangiles du Nouveau Testament, abolissant de fait la signification du salut par la foi en l’œuvre de réconciliation accomplie une fois pour toutes sur la Croix par le Christ, seul médiateur entre Dieu et l’humanité en état de chute.

Aujourd’hui, cette réécriture virtuelle de la Bible, en particulier du Nouveau Testament, provient du sein même des églises qui récusent implicitement – voire explicitement – l’autorité de la Bible en tant que Révélation  afin de s’attacher à leur propre canon, en tant que source d’autorité conçue pour s’adapter étroitement à l’idéologie dominante ou aux décisions politiques du moment. Une telle réécriture virtuelle de la Bible mérite d’être mise en évidence, dans la mesure où elle instaure un nouveau canon aux profondes conséquences dogmatiques et éthiques pour l’Église d’aujourd’hui.  C’est ce que je me propose ici de faire de manière  synthétique.

Le Canon marcionite 

Un retour s’impose sur l’histoire du christianisme des origines, dont la connaissance peut certainement nous aider à nous y retrouver dans la confusion éthique et doctrinale actuelle.

Déjà au second siècle de notre ère, un certain Marcion, fortement influencé par les sectes dites gnostiques (du mot grec « gnosis », qui signifie connaissance – une connaissance réservée aux pneumatikoi, élite initiée de gens soi-disant « spirituels »), constitue un canon de l’Écriture débarrassé de la totalité de l’Ancien Testament et de tout ce qui peut ressembler à un Dieu Créateur.  Celui-ci est  en effet assimilé à un mauvais démiurge (« Yaldabaoth-Yahweh » dans certaines terminologies gnostiques de l’époque), c’est-à-dire à une forme inférieure de divinité, puisqu’il est impliqué dans la création de la matière. Or, pour les Gnostiques, la matière est en elle-même mauvaise, elle se situe à l’opposé de ce qui est vraiment « spirituel ».  L’union homme/femme et la procréation qu’elle implique font partie de cette « mauvaise » création (d’où l’appel à l’abstinence totale au sein du mariage, voire au rejet du mariage comme institution chez de nombreux gnostiques). Marcion supprime même plusieurs passages du seul évangile qu’il maintient dans son canon, celui selon Luc, notamment ce qui a trait à la naissance de Jésus, l’annonce faite à Zacharie dans le temple etc.: il les juge en quelque sorte « impropres à la consommation » dans la mesure où ils se réfèrent à l’Ancien Testament dans lequel se manifeste justement Yahweh le démiurge, qu’il oppose à une divinité d’ordre supérieur, le vrai Dieu en quelque sorte.

L’autre élément expurgé du canon marcionite – même au sein des épîtres pauliniennes qu’il a retenues – concerne tout ce qui se rapporte à la Loi, et qu’il estime s’opposer à la seule véritable dimension spirituelle, celle de la Grâce délivrée de tout aspect légal. Marcion n’introduit pas en tant que tels un ou plusieurs des évangiles apocryphes mentionnés ci-dessus. Il découpe plutôt ce qui lui semble s’accorder avec l’essence du message chrétien dans des textes déjà reçus et tenus pour inspirés par la majorité des églises, les élaguant en fonction de ses choix doctrinaux.  Soulignons en effet que dès le début de l’ère chrétienne, outre l’Ancien Testament (comprenant la Torah, les écrits – ketubim – et les prophètes – nebiim -)  des écrits récents bien particuliers, tels les épîtres pauliniennes, étaient reçus par les églises comme étant propres à la lecture dans les assemblées en raison de leur origine apostolique ou de l’autorité interne du témoignage qu’ils rendent à l’Évangile de Jésus-Christ (c’est d’ailleurs ce qu’indique clairement la longue citation d’Irénée donnée ci-dessous)

Il est fort instructif  à plusieurs égards de constater que des pères de l’Église comme Tertullien ou Irénée de Lyon ont combattu dans les termes les plus vifs ce canon marcionite et ce qu’il implique par rapport à l’ordre créationnel bon et parfait institué par Dieu, de même que par rapport à la relation entre la Loi et l’Évangile.  Cela même  alors que le Canon du Nouveau Testament tel que nous l’avons reçu (avec ses 27 livres) n’était pas encore constitué de manière générale en tant que tel. Rappelons en effet qu’il ne le sera que vers la fin du quatrième siècle, étant progressivement reconnu par les églises qui furent incitées à le faire notamment à la suite de la constitution du canon marcionite. Tertullien  – dans Adversus Marcionem, notamment au livre IV portant sur l’évangile selon Luc et sa version marcionite – de même qu’Irénée défendent avec la plus grande vigueur la canonicité  – et donc l’autorité –  de la Loi et des prophètes, de l’Ancien Testament donc.

Le jugement d’Irénée de Lyon

Voici par exemple ce qu’écrit Irénée de Lyon sur Marcion et, à sa suite, sur la secte des Encratites,  dans son traité « Contre les hérésies, dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur » (I, 27, 2-4 ; 28, 1. Trad. Française par Adelin Rousseau, Paris, Cerf, 1984, p. 118-121). Ce long extrait nous permettra de cerner les thèmes communs que l’on retrouve aujourd’hui dans le nouveau canon adopté par nombre d’églises:

[Cerdon] eut pour successeur Marcion, originaire du Pont, qui développa son école en blasphémant avec impudence le Dieu annoncé par la Loi et les prophètes : d’après lui, ce Dieu est un être malfaisant, aimant les guerres, inconstant dans ses résolutions, et se contredisant lui-même.  Quant à Jésus, envoyé par le Père qui est au-dessus du Dieu Auteur du monde, il est venu en Judée au temps du gouverneur Ponce-Pilate, procurateur de Tibère César ; il s’est manifesté sous la forme d’un homme aux habitants de la Judée, abolissant les prophètes, la Loi et toutes les œuvres du Dieu qui a fait le monde et que Marcion appelle aussi le Cosmocrator.  En plus de cela Marcion a fait croire à ses disciples qu’il est plus véridique que les apôtres qui ont transmis l’Évangile, alors qu’il met entre leurs mains, non pas l’Évangile, mais une simple parcelle de l’Évangile.  Il mutile de même les épîtres de l’Apôtre Paul, supprimant tous les textes où l’Apôtre affirme de façon manifeste que le Dieu qui a fait le monde est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que tous les passages où l’Apôtre fait mention de prophéties annonçant par avance la venue du Seigneur.

Selon Marcion, il n’y aura de salut que pour les âmes seulement, pour celles du moins qui auront appris son enseignement ; quant au corps, du fait qu’il a été tiré de la terre, il ne peut avoir part au salut.  A son blasphème contre Dieu, il ajoute encore, en vrai porte-parole du diable et en contradicteur achevé de la vérité, l’assertion que voici : Caïn et ses pareils, les gens de Sodome, les Égyptiens [en tant qu’adeptes de pratiques magiques] et ceux qui leur ressemblent, les peuples païens qui se sont vautrés dans toute espèce de mal, tous ceux-là ont été sauvés par le Seigneur lors de sa descente aux enfers, car ils sont accourus vers lui et il les a pris dans son royaume ; au contraire, Abel, Hénoch, Noé et les autres « justes », Abraham et les patriarches issus de lui, ainsi que tous les prophètes et tous ceux qui ont plu à Dieu, tous ceux-là n’ont point eu part au salut : voilà ce qu’a proclamé le Serpent qui résidait en Marcion ! (…)

Puisque ce Marcion est le seul qui ait eu l’audace de mutiler ouvertement les Écritures et qu’il s’est attaqué à Dieu plus impudemment que tous les autres, nous le contredirons séparément : nous le convaincrons d’erreur à partir de ses écrits et, Dieu aidant, nous le réfuterons à partir des paroles du Seigneur et de l’Apôtre qu’il a conservées et qu’il utilise.  Pour l’instant il nous faut faire mention de lui, pour que tu saches que tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, adultèrent la vérité et blessent la prédication de l’Église, sont les disciples et les successeurs de Simon, le magicien de Samarie.  Bien que, dans le but de tromper autrui, ils se gardent d’avouer le nom de leur maître, c’est pourtant sa doctrine qu’ils enseignent ; ils mettent en avant le Nom du Christ Jésus comme un appât, mais c’est l’impiété de Simon qu’ils propagent sous des formes diverses, causant ainsi la perte d’un grand nombre ; par ce Nom excellent, ils répandent leur détestable doctrine ; sous la douceur et la beauté de ce Nom, ils présentent le venin amer et pernicieux du Serpent, qui fut l’initiateur de l’apostasie.

A partir de ceux que nous venons de dire ont déjà surgi les multiples ramifications de multiples sectes, par le fait que beaucoup parmi ces gens-là – ou pour mieux dire, tous – veulent être des maîtres: quittant la secte dans laquelle ils se sont trouvés et échafaudant une doctrine à partir d’une autre doctrine, puis encore une autre à partir de la précédente, ils s’évertuent à enseigner du neuf, en se donnant eux-mêmes pour les inventeurs du système qu’ils ont ainsi fabriqué.

Ainsi par exemple, des gens qui s’inspirent de Saturnin et de Marcion et qu’on appelle les Encratites ont proclamé le rejet du mariage, répudiant l’antique ouvrage modelé par Dieu et accusant de façon détournée Celui qui a fait l’homme et la femme en vue de la procréation ; ils ont introduits l’abstinence de ce qu’ils disent animé, ingrats qu’ils sont envers le Dieu qui a fait toutes choses (…)

D’autres, en revanche, ont pris comme point de départ les doctrines de Basilide et de Carpocrate ; ils ont introduit les unions libres, les noces multiples, l’usage indifférent des viandes offertes aux idoles : Dieu, disent-ils, n’a cure de tout cela.  Et que sais-je encore ?  Car il est impossible de dire le nombre de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se sont écartés de la vérité.

Apparemment, Irénée n’était pas un chrétien tolérant et pluraliste se félicitant de la diversité d’opinions et de points de vue censée manifester une grande richesse au sein d’une Église unie!

Démythologisation contemporaine et transgénèse du Canon

Le processus contemporain de déconstruction du message de l’Évangile débute en prenant le contrepied d’une affirmation du Nouveau Testament sur l’authenticité de ce même message.  En 2 Pierre 1:16-18 on lit ceci:

Ce n’est pas en effet en suivant des fables [en grec: μύθοι, mythes) habilement conçues que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, mais parce que nous avons vu sa majesté de nos propres yeux; car il a reçu honneur et gloire de Dieu le Père, quand la gloire pleine de majesté lui fit entendre cette voix: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, objet de mon affection. Nous avons entendu cette voix venant du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne. 

Au début de la première lettre à Timothée (1:3-4), Paul exhorte Timothée à ne pas laisser certains enseigner des fables et des généalogies sans fin: Comme je t’y ai exhorté, à mon départ pour la Macédoine, demeure à Ephèse, afin de recommander à certaines personnes de ne pas enseigner d’autres doctrines et de ne pas s’attacher à des fables (ici aussi μύθοι, mythes] qui favorisent des discussions plutôt que l’œuvre de Dieu dans la foi.  Sans entrer dans les détails sur la nature et le contenu de ces « fables » il est clair que ces deux passages établissent une distinction voire une antithèse radicale entre d’une part les fables/mythes contemporains (qu’ils soient judaïsants ou gréco-romains) et d’autre part les faits historiques sur lesquels l’annonce de l’Évangile est fondée, ainsi que cette annonce.

Or en développant une méthode de « démythologisation » pour éliminer tout ce qu’elle considère justement comme des fables dans la Bible (par exemple les miracles dans le Nouveau Testament, ou, ici, la Transfiguration de Jésus devant trois de ses disciples [Mat.17:1-8; Marc 9:2-13; Luc 9 :28-36])  la théologie héritée des Lumières du dix-huitième siècle se voit progressivement contrainte – si elle veut maintenir vivante cette appellation de « théologie » au sein de la tradition chrétienne dont elle est issue et perpétuer une pratique théologique appliquée à la vie de l’Église – de définir un nouveau Canon, avalisant les accents dogmatiques ou éthiques qu’elle s’est donnée.  Elle se retrouve  donc en porte-à-faux avec le Canon reçu par l’Église universelle au cours des siècles. Elle en a cependant encore besoin et cherche à s’en servir comme d’un tremplin destiné à faire atteindre l’étape canonique suivante et la faire accepter progressivement au sein de l’Église.

Les processus de cette ré-écriture de l’Écriture sont multiformes, et par là-même peuvent être trompeurs dans la mesure où – tout comme du temps des différentes sectes gnostiques mises en évidence et dénoncées par Irénée – on a affaire à un mouvement protéiforme susceptible d’évoluer et de s’adapter à de nouveaux courants ou de nouvelles exigences socio-culturelles. L’historisme contemporain, c’est-à-dire l’absolutisation du temps historique auquel est faussement conférée une dimension transcendante et normative (le fameux « Sens de l’Histoire » si l’on veut), sert néanmoins de matrice à ce courant protéiforme orienté avant tout vers la satisfaction fonctionnaliste des besoins existentiels du moment. De mutations en mutations, toutes provoquées consciemment afin de donner lieu à une transgénèse jugée salutaire pour la survie de l’homo religiosus contemporain, on aboutit donc imperceptiblement à ce qu’on pourrait qualifier de CGM : un Canon Génétiquement Modifié.

L’idée d’un Canon modifié, purgé des éléments jugés mythologiques (non pas ceux récusés par les lettres de Paul et de Pierre, mais ceux jugés comme tels par les censeurs des évangiles canoniques)  émerge déjà au cœur des « Lumières » avec la fameuse bible du déiste et moraliste Thomas Jefferson,  l’un des rédacteurs de la constitution américaine et le troisième président des États-Unis.  Il s’agit en fait d’une version du Nouveau Testament expurgée, qui ne fut portée à la connaissance du public que bien longtemps après la mort de Jefferson. Les passages mentionnant les miracles de Jésus, l’annonciation, la résurrection, le Saint Esprit, le péché etc. ont été découpées par Jefferson au rasoir, et le tout recomposé sous le titre : The life and morals of Jesus of Nazareth (La vie et les enseignements moraux de Jésus de Nazareth).

Un exemple contemporain de ré-écriture de l’Évangile nous vient du Jesus seminar, animé par John Dominic Crossan (un ex-prêtre catholique irlando-américain) et Robert Funk. Il est du reste assez significatif de constater que Crossan considère la rédaction de l’évangile de Pierre  – un des évangiles apocryphes mentionnés ci-dessus – comme précédant chronologiquement celle des évangiles canoniques. Afin de se rapprocher du « Jésus historique » (le soi-disant véritable Jésus débarrassé des oripeaux mythologiques dont l’auraient affublés les évangiles canoniques) le Jesus Seminar invitait entre autres ses participants à lire séparément les évangiles canoniques en  entourant de couleurs différentes les paroles de Jésus en fonction de leur degré supposé d’authenticité, selon des critères donnés.  Les chercheurs comparaient ensuite leurs trouvailles pour en faire une synthèse et publier ensuite leurs vues sur le « Jésus historique ».  Une telle méthode aux accents extrêmement subjectifs, ne peut naturellement manquer de faire venir à l’esprit la sympathique formule : je t’aime: un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout appliquée aux choix opérés par les uns ou les autres…

Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir affaire à une réécriture  contemporaine de type marcionite, – proposant au lecteur un texte formellement mutilé et recomposé – pour que cette réécriture ait effectivement lieu.  La réécriture apocryphe par nombre d’églises aujourd’hui tient le plus souvent de l’abandon voire de l’occultation de tous les passages bibliques considérés comme obsolètes en raison d’une évolution socio-culturelle guidée par des motifs intrinsèques opposés à ceux que les textes du Canon traditionnel affirment ou font ressortir. Notons quelques symptômes de cet état de fait, suffisamment répandus pour motiver cette assertion: ces passages ne sont plus lus lors des offices ou des cultes ; on ne prêche plus (ou bien très rarement) sur l’Ancien Testament ; le Décalogue est relégué au rang d’objet de musée ; dans la prédication la pratique de l’exégèse est négligée et remplacée par toutes sortes de considérations moralisantes ou de citations littéraires voire philosophiques.  L’exposition historico-rédemptrice des passages la Bible n’est plus pratiquée et l’histoire de la Révélation tout simplement abandonnée. En revanche, des citations bibliques prises hors de leur contexte canonique particulier et général se font de plus et plus courantes (ce que l’on nomme « biblicisme »).

Le motif universaliste et le motif antinomien

A contrario, un motif universaliste affirmant le salut de tout individu – qu’il soit régénéré par l’Esprit Saint ou non – devient un principe herméneutique (interprétatif) dominant dans l’exposition de thèmes divers, d’ordre éthique en particulier. La pression socio-culturelle égalitariste contemporaine rend en effet insupportable tout maintien de mentions discriminatoires à l’égard du salut, sans aucun égard pour les textes néo-testamentaires, même limités aux paroles de Jésus-Christ pourtant sans équivoque à cet égard (comme en Mat. 7:21-23; 22:14; 25:31-46 etc.)

La démarche suivie peut être résumée comme suit : on commence par allégoriser les textes au moyen d’une herméneutique spiritualiste afin de mieux les réduire à une simple morale immanente, dénuée de tout caractère eschatologique inclusive d’un Jugement final.  Une fois cette étape atteinte, le résidu de morale biblique obtenu se trouve à son tour relégué au rang des scories de l’histoire lorsque de nouveaux impératifs sociétaux ou anthropologiques ont été définis, et avec eux quasiment toute notion biblique de bien et de mal redéfinie. Le bien et le mal sont désormais connus avec une nouvelle certitude  – une foi qui désormais ne doute plus ! – par l’homo religiosus contemporain, non plus régénéré par la Parole et l’Esprit, mais auto-promu au rang d’homo emancipatus, émancipé de l’autorité paternelle (selon l’étymologie de cet adjectif en droit romain).

S’il faut chercher une inspiration derrière ce nouveau canon universaliste, c’est plutôt dans la pop-culture et les mouvements de masse branchés que le nouvel évangile apocryphe va la puiser. Par exemple dans la fameuse chanson de Polnareff des années soixante-dix :

On ira tous au paradis mêm’ moi
Qu’on soit béni ou qu’on soit maudit, on ira
Tout’ les bonn’ s
œsoeurs et tous les voleurs
Tout’ les brebis et tous les bandits
On ira tous au paradis
On ira tous au paradis, mêm’ moi
Qu’on soit béni ou qu’on soit maudit, on ira
Avec les saints et les assassins
Les femmes du monde et puis les putains
On ira tous au paradis

Ne crois pas ce que les gens disent
C’est ton cœur qui est la seule église
Laisse un peu de vague à ton âme
N’aie pas peur de la couleur des flammes de l’enfer
On ira tous au paradis, mêm’ moi
Qu’on croie en Dieu ou qu’on n’y croie pas, on ira…
Qu’on ait fait le bien ou bien le mal
On sera tous invités au bal
On ira tous au paradis
On ira tous au paradis, mêm’ moi
Qu’on croie en Dieu ou qu’on n’y croie pas, on ira
Avec les chrétiens, avec les païens
Et même les chiens et même les requins
On ira tous au paradis…

Au sein du nouvel évangile apocryphe, le corollaire du motif universaliste est le motif antinomien, l’antinomisme étant essentiellement opposé à toute notion de Loi limitative.  Ainsi, pour ce motif, la Grâce suppose l’abolition de la Loi (au lieu de la délivrance par le Christ de la malédiction que la Loi amène sur l’homme pécheur incapable de satisfaire à ses exigences).  L’Évangile n’est plus l’accomplissement de la Loi, selon les paroles mêmes du Christ (Matt. 5:17-20 et jusqu’à la fin du chapitre 5 où l’esprit de la Loi est en fait révélé dans toute sa portée, radicale et insoupçonnée par ceux-là mêmes qui s’en réclamaient de manière purement formaliste). Il devient donc quasiment interdit d’interdire au motif fallacieux d’une liberté qui ne connaît de bornes que celles posées par homo emancipatus.

L’antinomisme ne se positionne pas seulement par rapport à la Loi mosaïque, mais par rapport à toute prise en compte des aspects normatifs dans la Création, avant même la Chute. Car Homo emancipatus est libre de toute entrave, en particulier dans l’exercice de sa sexualité (une thématique particulièrement d’actualité dans les débats contemporains au sein des églises, mais déjà présente à l’époque d’Irénée, comme en témoigne le dernier paragraphe de la citation donnée plus haut – sans même parler de textes néo-testamentaires tels que 2 Pierre 2:18-19): toute norme limitative à l’égard de cet exercice – quand bien même elle apparaîtrait à travers toute l’Écriture – constitue une contradiction du principe régissant la pensée et les actes d’homo emancipatus.

Les similarités avec la doctrine marcionite

Si nous reprenons les thèmes propulsés par le canon marcionite et ceux du nouveau  canon (avec l’évangile apocryphe qui lui sert de support), tel qu’on vient de l’esquisser, on retrouve les éléments communs suivants :

  • Le refus de l’ordre créationnel exprimé en Genèse 1 et 2, qui ne peut être qu’une œuvre mauvaise, oppressive.
  • Le rejet de la résurrection corporelle (à commencer par celle de Jésus), remplacée par la notion classique d’immortalité de l’âme.
  • Le divorce entre Loi et Évangile, ce dernier étant présenté comme l’abolition de la précédente, et non comme son accomplissement par le Christ dans son obéissance parfaite aux exigences de la Loi et la satisfaction propitiatoire à toutes ses exigences pour le compte des pécheurs, en vue de leur sanctification.
  • L’émancipation subséquente vis-à-vis de la Loi, en vue d’une existence plus « spirituelle », au sens où elle doit désormais être soumise à des impératifs moraux redéfinis et dégagés des normes divines considérées comme obsolètes.
  • L’affaiblissement de la distinction et complémentarité sexuelle originelle telle que révélée en Genèse 1 et 2, soit par la dévalorisation du mariage, soit par l’élévation d’autres formes de relations sexuelles (en particulier homosexuelles) au même rang.

Par quelle autorité?

La présence d’un Canon dans l’Église  – quel qu’il soit du reste – pose nécessairement la question de l’autorité par laquelle une prédication, un enseignement, des règles de conduite sont donnés.  Car tout enseignement et  pratique dans l’Église ne se justifie que par rapport à une règle, une mesure, une norme acceptées et crues comme dignes de confiance et conformes à la vérité (c’est du reste la signification initiale du mot canon).  Ce ne peut-être qu’au nom d’une autorité quelconque que parle et agit l’Église.  Cette question cruciale était déjà au centre du débat qui nous est rapporté en Matthieu 21:23-32, entre Jésus et les principaux sacrificateurs ainsi que les anciens du peuple: Par quelle autorité fais-tu cela et qui t’a donné cette autorité ? La réponse de Jésus  – qui se réfère à Jean Baptiste venu dans la voie de la justice et au baptême de repentance pratiqué par lui et cru par les péagers et les prostituées (v.32) – pointe clairement en direction soit du ciel, soit des hommes.  Dans la mesure où Jésus-Christ déclare à ses disciples que toute autorité (πασα ἐξουσία) lui a été donnée dans les cieux et sur la terre, et qu’il leur enjoint d’enseigner à toutes les nations tout ce qu’il leur a prescrit (Matt. 28:18-20), il est impératif que l’Église, du moins celle qui prétend être son corps, se pose avec acuité la question de la source de l’autorité de son enseignement: l’Évangile qu’elle prêche vient-il du ciel ou des hommes?  Et le Canon qui l’exprime est-il donné une fois pour toutes, ou bien est-il malléable à merci ?

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

 

 

 

Bible

 

Croix Huguenote

 

 

 

Source : Foi & Vie Réformées

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5 janvier 2020 7 05 /01 /janvier /2020 21:26
Dictature ou Pourriture

Il y a plus de quarante ans déjà, le philosophe chrétien Jean Brun traçait à la fin de son ouvrage Les Vagabonds de l’Occident (Paris, Desclée, 1976, pages 214-215) la terrible alternative qui attend un Occident progressivement privé de Sens, car de Transcendance : Dictature ou Pourriture.  Une page qui mérite d’être lue et méditée, car illustrant étonnamment ce que nous vivons aujourd’hui.

En fait, les deux termes de l’alternative envisagée semblent se rejoindre de nos jours en une dictature de la pourriture, tandis que se profile à l’horizon une dictature opposée, celle qui se réfère à une transcendance importée d’ailleurs, s’épanouissant sur le sol décomposé de la pourriture promue avec complaisance au rang d’horizon libérateur et de « lendemains qui chantent »:

Marche au pas ou errance, tel est le dilemme auquel l’homme se trouve confronté dès qu’il a décidé de liquider toute Transcendance.  Car s’il prétend que la science qu’il élabore fait de lui le maître et l’auteur du Sens, il transpose aussitôt cette conviction dans le domaine de la politique et des techniques qu’elle se subordonne ; dès lors prolifèrent les césarismes de la signification dont le sérieux fanatique se déploie dans tous les domaines : économie, presse, enseignement, beaux-arts, vie quotidienne.  Ainsi les idées, les actes et les conduites se trouvent planifiés puisqu’on ne saurait tolérer le moindre manquement au Sens de l’histoire qui définit la marche à suivre et les comportements à adopter.

Si, au contraire, l’homme affirme qu’il n’y a pas de sens, que tout n’est que jeux et combinatoires, dans ce cas l’idée de but et de point d’arrivée se trouvé éliminée et l’on est invité à marcher dans tous les sens, à se faufiler par toutes les ouvertures, à sauter d’expériences en expériences, à se délivrer de toute idée de sérieux, à se couler dans toutes les formes, à se divertir des choses, des autres et de soi-même.  Tout se vaut puisque rien ne se vaut.

Robot ou vagabond, de toute manière l’homme se trouve condamné à un voyage réduit à un calvaire scientifique ou à une folle équipée.

De nos jours un tel dilemme semble se présenter à nous d’une manière inéluctable, car l’alternative devient de plus en plus implacable et se présente en deux mots : Dictature ou Pourriture. D’un côté les dirigismes totalitaires qui définissent règlementairement ce qu’il faut lire, dire, penser et faire ; de l’autre les libéralismes de la transgression et de l’aventure dans lesquels la délinquance hagarde et le sexe débridé multiplient les orgies dans les dérèglements.

Quant au Tiers-Monde, si l’existence y connaît encore les durs problèmes de la subsistance et de la survivance, il se trouvera tôt ou tard en présence du même choix à faire.

Les activismes du Sens et les nihilismes de la signification ont une même origine : un refus du Sacré qui les condamne à faire de l’homme un forcené ou une loque.

L’homme se trouve donc à une croisée de chemins : le camp de concentration social ou les champs de dispersion désintégrants.  Mais, harcelé ou désemparé, il se sent de plus en plus prisonnier d’un monde dont les murailles se rapprochent et dans lequel ne se trouvent même pas les ruines d’un refuge.

Eric Kayayan Foi et Vie Réformées

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

 

 

 

 

Bible

 

Croix Huguenote

 

 

 

Source : Foi & Vie Réformées

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 19:16
Le Psautier de Genève et l'esprit de la Réforme

La Réforme n'est pas un simple objet relevant d’un patrimoine historique et civilisationnel issu de l’Occident chrétien, mais un appel et un rappel permanent à la vie qu’offre l’Évangile de la Grâce en Jésus-Christ. Voici donc un article sur la naissance du Psautier Protestant, toujours utilisé et chanté dans nombre d’églises réformées sur les cinq continents (jusqu’en Corée du Sud et en Indonésie).

“La tradition est la foi vivante des morts;

le traditionnalisme est la foi morte des vivants”

Jaroslav Pelikan

 

            La publication du Psautier de 1562

La publication en 1562 (deux ans avant la mort de Jean Calvin) du Psautier de Genève comprenant la totalité des cent cinquante psaumes mis en rimes et en musique,  est considérée comme l’un des plus gros succès de l’histoire de l’édition : cent ans à peine après la mise au point de la technique d’imprimerie en Allemagne, pas moins de cinquante mille exemplaires de ce Psautier furent vendus en l’espace d’un an.

Cette même année 1562 en parut aussi la première édition pirate, sans nom d’éditeur ou de librairie.  L’éditeur principal du Psautier, Antoine Vincent, avait pourtant obtenu l’exclusivité des droits pour une période de dix ans non seulement à Genève, mais également en France.  Sa mort six ans plus tard, en 1568, allait de toutes manières faire tomber le Psautier dans le domaine public.

Afin d’en assurer une distribution aussi large que possible, Vincent et ses fils – lesquels disposaient eux-mêmes de deux maisons d’édition, l’une à Genève, l’autre à Lyon – avaient conduit des négociations avec dix-neuf maisons d’imprimerie et de distribution.  La collaboration de quarante-cinq ateliers d’imprimerie à travers Genève et toute la France fut acquise afin de rendre possible l’impression de ce nombre considérable de copies.  La quantité de papier utilisée dans ce but est proprement astronomique pour l’époque.  Le 27 janvier 1562, 27400 exemplaires étaient  déjà disponibles à Genève.  Le profit effectué devait être redistribué aux pauvres, sous la supervision des diacres des églises de Genève.  Comme on pouvait s’y attendre, ces diacres mèneraient par la suite  un combat persistant afin de rentrer en possession de tous les fonds promis par les collaborateurs de cette entreprise…

Une année auparavant, Théodore de Bèze (le plus proche collaborateur de Calvin et l’auteur de la plupart des mises en rime des psaumes) avait obtenu du roi de France le privilège royal et la permission de diffuser le psautier  à travers le royaume, grâce à sa participation au Colloque de Poissy entre d’un côté les catholiques romains et de l’autre les protestants, dont il était le porte-parole compétent.  Le climat était alors au dialogue et l’on espérait encore qu’une réconciliation pût intervenir après des années de persécution mais aussi de croissance du parti huguenot, surtout au sein de la noblesse française.  L’année 1562 allait hélas voir le début des guerres de religion en France, à la suite du massacre de Vassy, lorsque les troupes du duc François de Guise massacrèrent les membres d’une assemblée de huguenots célébrant un culte dans une grange.  Ironiquement, le Psautier, qui avait reçu l’approbation royale l’année précédente, allait plus que jamais servir de réconfort aux martyrs huguenots marchant vers le bûcher…

Les étapes du projet

Le Psautier de 1562 constitue l’aboutissement d’un projet initié par Calvin lui-même en 1539, lorsqu’il était pasteur de la paroisse des français à Strasbourg.  Tout comme pour l’Institution de la Religion Chrestienne ce projet allait croître progressivement durant les vingt-trois années suivantes : de dix-neuf psaumes initialement mis en rime et musique (treize par les soins de Clément Marot, poète à la cour de François premier, six par ceux de Calvin) le Psautier allait passer à trente-cinq en 1542, puis quarante-neuf en 1543 : cette fois toutes les versifications étaient de Marot. Calvin, ayant estimé que la qualité poétique de ses propres versifications n’atteignait pas celle du fameux poète, avait retiré les siennes.  Marot mourait en 1544 et Théodore de Bèze ne s’établirait à Genève qu’en 1548.  C’est donc ce dernier qui allait reprendre ce travail et le compléter, révisant en 1560 ses propres textes et même ceux de Marot en vue d’une meilleure adéquation avec l’accentuation des mélodies.  On admire justement l’inégalable rapport parole-mélodie qui caractérise le Psautier, et qui fit son succès. Outre l’apport de mélodistes strasbourgeois tels que Matthias Greiter, celui de Loïs Bourgeois, employé par les autorités genevoises, doit être particulièrement souligné.

Avant même la parution de l’édition complète en 1562, les psaumes jouissaient en France d’une très grande popularité, comme en témoigne le fameux épisode du Pré-au-Clercs : au mois de mai 1558 de nombreux Huguenots se rassemblèrent près de la rive de la Seine plusieurs jours de suite pour chanter les psaumes publiquement et pacifiquement, leur nombre atteignant plusieurs milliers le treize mai.  Le roi et la reine de Navarre, Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret, se joignirent à eux, accompagnés de nombreux membres de la noblesse. A l’instigation de la Sorbonne, ces réunions furent rapidement interdites par le roi Henri II, étant considérées comme troublant la paix publique et comme vecteurs de sédition contre l’autorité royale.  De nombreuses arrestations furent effectuées, les prisonniers étant cependant assez rapidement relâchés. Calvin se fait l’écho de cet incident dans une lettre en date du 19 juillet de cette année  adressée à son ami le marquis de Vico: Du costé de France il advint il y a environ deux moys quelque escarmouche à Paris, pour ce qu’en une place nommée le Pré aux Clercs plusieurs gens en grande assemblée avoient commencé et poursuivy à chanter les Pseaumes.  Mesme le roy de Navarre, avec telle suytte que vous pouvez estimer, s’estoit mis de la bande.  Plusieurs à ceste occasion ont esté pris.  Tant d’édicts ont esté publiés avec grosses menaces, que la chose a cessé.

 

Le rôle des enfants dans le chant liturgique

Afin de faciliter l’apprentissage des mélodies, les musiciens employés par les autorités de la ville de Genève développent des méthodes d’enseignement (solfège) appliquées en particulier aux enfants.  Déjà en 1537, lors du premier séjour genevois de Calvin, celui-ci avait émis le souhait que les enfants jouent un rôle majeur dans l’apprentissage des psaumes chantés par l’assemblée. Cela est mentionné assez spécifiquement en janvier de cette année dans les articles soumis à l’approbation du Conseil de la ville: les enfants disposant d’une bonne voix devront apprendre les mélodies en premier et les chanter durant les services de culte, afin que les adultes soient à leur tour progressivement amenés à les apprendre.  Le rôle actif des enfants durant le culte, de même que l’unité du lien de foi unissant enfants et adultes, se voient ainsi réalisés liturgiquement.  On ne saisit l’impact que le chant de l’assemblée a  pu avoir sur chaque participant que lorsque l’on se souvient qu’auparavant le chant ecclésial était réservé à des maîtrises spécialisées d’enfants ou des chœurs d’hommes.  Bien entendu, l’apprentissage dans les assemblées des psaumes versifiés mis en musique ne fut pas toujours facile : il existe des témoignages de chaos indescriptible régnant dans des églises où divers groupes de l’assemblée ne parvenaient pas à entonner le chant de manière synchronisée (l’orgue ayant souvent été banni du culte, comme à Genève du temps de Calvin et de Théodore de Bèze, afin de laisser entièrement place au chant humain).  En revanche, là ou cette synchronisation se mettait en place, grâce à un ou plusieurs chantres, ce chant en commun était perçu comme  manifestant une force et une beauté tout à fait particulières, propre à renforcer la foi et la ferveur des fidèles.

 

Les versions polyphoniques et les traductions du Psautier

Il est assez remarquable que le succès du Psautier ne se soit pas limité aux protestants français, mais également aux fidèles catholiques.  De fait il devint un instrument puissant d’évangélisation.  Des compositeurs de grand talent écrivirent des versions polyphoniques, notamment en forme de motet.  L’un d’entre eux, le protestant Claude Goudimel, auteur de plusieurs séries en différents styles contrapuntiques, disparut lors de la Saint Barthélémy lyonnaise.  Le compositeur français le plus remarquable du dernier tiers du seizième siècle, Claude Lejeune (ca 1530-1600), lui aussi un protestant,  appliqua à ses compositions basées sur les psaumes versifiés des principes rythmiques fondés sur la musique mesurée à l’antique, collaborant avec le fondateur de l’Académie de Musique et de Poésie, Jean-Antoine de Baïf. D’autres compositeurs offriront des versions instrumentales de mélodies de psaumes. A partir de 1566  des Psautiers sur le modèle genevois commencent à voir le jour dans d’autres langues et dans d’autres pays : néerlandais (1566), allemand (1573), italien (1605), espagnol (1606), hébreu -sic!- (1623) puis hongrois, tchèque et même… turc.

 

Calvin sur le chant d’église

C’est dans la préface au psautier de 1543 (« A tous chrestiens amateurs de la parole de Dieu ») que Calvin s’est exprimé le plus clairement sur l’essence de la musique, son utilisation dans le culte ou pour l’usage privé, sa force et ses dangers, ainsi que sur le choix des psaumes comme textes les plus appropriés pour le chant de l’assemblée.  Laissons-lui la parole (en conservant la langue originale de la rédaction de ce texte):

Quant est des prières publiques, il y en a deux espèces : les unes se font par simples paroles, les autres avec le chant.  Et n’est pas chose inventée depuis peu de temps.  Car dès la première origine de l’Église cela a esté, comme il appert par les histoires.  Et mesme saint Paul ne parle pas seulement de prier de bouche, mais aussi de chanter.  Et, à la vérité nous cognoissons par expérience que le chant a grande force et vigueur d’esmouvoir et enflamber le cœur des hommes, pour invoquer Dieu d’un zèle plus véhément et ardent.  Il y a toujours à regarder que le chant ne soit ni léger, ni volage, mais qu’il ait poids et maiesté, comme dit saint Augustin, et ainsi, qu’il y ait grande différence entre la musique qu’on  fait pour réjouir les hommes à table et en leur maison, et entre les Pseaumes qui se chantent en l’Eglise, en la présence de Dieu et de ses anges. 

Or quand on voudra droitement juger de la forme qui est ici exposée, nous espérons qu’on la trouvera sainte et pure vu qu’elle est simplement reiglée à l’édification dont nous avons parlé ; combien que l’usage de la chanterie s’étende plus loin.  C’est que mesme par les maisons et par les chants ce nous soit une incitation et comme un organe à louer Dieu et eslever nos coeurs à luy pour nous consoler en méditant la vertu, bonté, sagesse et justice, ce qui est plus nécessaire que ce qu’on ne saurait dire.  Pour le premier ce n’est pas sans cause que le saint Esprit nous exhorte si soigneusement par les Sainctes Escritures de nous réjouir en Dieu et que toute notre joye soit là réduite comme à sa vraye fin : il cognoit combien nous sommes enclins à nous resjouir en vanité.  Tout ainsi donc que notre nature nous tire et nous induit à cercher tous moyens de résiouïssance fole et vicieuse : aussi au contraire nostre Seigneur, pour nous distraire et retirer des allechemens de la chair et du monde, nous présente tous moyens qu’il est possible à fin de nous occuper en ceste ioye spirituelle, laquelle il nous recommande tant.

Or entre les autres choses qui sont propres pour recréer l’homme et luy donner volupté, la Musique est ou la première, ou l’une des principales et nous faut estimer que c’est un don de Dieu député à cest usage.  Parquoy d’autant plus devons-nous regarder de n’en point abuser, de peur de la souiller et contaminer, la convertissant en notre condamnation, où elle estoit dédiée à nostre profit et salut. (…)

Or en parlant maintenant de la Musique ie comprends deux parties, à scavoir la lettre, ou subiect et matière : secondement, le chant ou la mélodie.  Il est vray que toute parole mauvaise (comme dit saint Paul) pervertit les bonnes mœurs : mais quand la mélodie est avec, cela transperce beaucoup plus fort le cœur, et entre au-dedans : tellement que comme par un entonnoir le vin est ietté dedans le vaisseau: aussi le venin et la corruption est distillée iusques au profond du cœur, par la mélodie.  Qu’est-il donc question de faire ? c’est d’avoir chansons non seulement honnestes, mais aussi sainctes, lesquelles nous soyent comme aiguillons pour nous inciter à prier et louer Dieu, à méditer ses œuvres, à fin de l’aimer, craindre, honorer, et glorifier. 

Or ce que dit sainct Augustin est vray, que nul ne peut chanter choses dignes de Dieu sinon qu’il l’ait receu d’iceluy.  Par quoy quand nous aurons bien circuit par tout pour cercher çà et là, nous ne trouverons meilleures chansons ne plus propres pour ce faire, que les Pseaumes de David ; lesquels le sainct Esprit luy a dictés et faicts.  Et pourtant, quand nous les chantons, nous sommes certains que Dieu nous met en la bouche les paroles, comme si luy-mesme chantoit en nous, pour exalter sa gloire.  Par quoy Chrysostome  exhorte tant hommes et femmes et petis enfants, de s’accoustumer à les chanter, à fin que cela soit comme une méditation pour s’associer à la compagnie des anges.  Au reste il nous faut souvenir de ce que dit S. Paul, Que les chansons spirituelles ne se peuvent bien chanter que de cœur.  Or le cœur requiert l’intelligence.  Et en cela (dit S. Augustin) gist la différence entre le chant des hommes et celuy des oiseaux.  Car une linote, un rossignol, un papegay chanteront bien, mais ce sera sans entendre.  Or le propre don de l’homme est de chanter en sçachant ce qu’il dit.  Après l’intelligence doit suivre le cœur et l’affection : ce qui ne peut estre que nous n’ayons le Cantique imprimé en nostre mémoire, pour iamais ne cesser de chanter.

En guise de conclusion, voici la versification originale du psaume 1 par Clément Marot dans le recueil strasbourgeois de 1539 (avec sur le côté les révisions apportées par Th. De Bèze dans l’édition complète du Psautier de 1562), suivie d’une belle version modernisée de ce texte due à la plume de Marc-François Gonin (éditions Vida, Nîmes, 1998) :

 

  1. Marot:

Qui au conseil des malings n’a esté

Qui n’est au trac des pécheurs arresté

Qui des moqueurs au banc place n’a prise

Mais jour & nuict la loy contemple et prise,

De l’Éternel, & en est désireur.

Certainement celuy la est heureux. [certainement cestuy-la est heureux]

 

Et si sera semblable à l’arbrisseau [Et semblera un arbre grand & beau]

Planté au long d’un clair courant ruisseau

Et qui son fruict en sa saison apporte.

Duquel aussi la fueille ne chet morte :

Mais tout cela qu’il iette et qu’il produict [si qu’un tel homme et tout ce qu’il fera]

Prospère & rend encore aultre fruict. [Tousiours heureux & prospère sera]

 

Pas les malings n’auront telle vertu :  [Mais les pervers n’auront telle vertu]

Ainçois seront semblables au festu

Et a la pouldre au gré du vent iettée.   [Et à la poudre au gré du vent chassée]

Parquoy sera la cause rebouttée  [Par quoy sera leur cause renversée]

Des gens sans loy au iugement de Dieu.  [En iugement, & tous ces reprouvez]

N’au ranc des bons les mauvais n’auront lieu. [Au rang des bons ne seront point trouvez]

 

Car le chemin des bons est approuvé   [Car l’Éternel les justes cognoit bien,]

Du Seigneur Dieu qui tousiours l’atrouve [Et est soigneux & d’eux & de leur bien]

Droict et uni : car on ne l’y forvoye.  [Pourtant auront félicité qui dure]

Mais des malings la trop oblique voye [et pourautans qu’il n’a ne soin ne cure]

Et tous ceuxla qui par icelle iront  [Des malvivans,le chemin qu’ils tiendront]

Pour tout iamais periront.    [Eux & leurs faits en ruine viendront.]

 

M.F. GONIN

L’homme qui fuit le conseil des trompeurs,

Sans s’arrêter au chemin des pécheurs

Ni sur le banc où les moqueurs s’asseyent,

Mais que la Loi du Seigneur émerveille

(Loi dont il est nuit et jour désireux),

Certainement, celui-là est heureux.

 

Il est pareil à l’arbre grand et beau

Planté le long d’un clair courant ruisseau ;

En sa saison, son fruit vient en bon nombre,

Il est toujours plein de fraîcheur et d’ombre.

Le vrai croyant et tout ce qu’il fera

A l’avenir ainsi prospèrera.

Mais les pervers n’auront pas un tel sort ;

Ceux qui sans Dieu semblent joyeux et forts

Ne sont que paille au gré du vent chassée,

Et leur splendeur sera vite passée

Au jugement, quand tous ces réprouvés

Parmi les bons ne seront pas trouvés.

 

Car le Seigneur connaît les hommes droits,

Et prend soin d’eux sur le chemin étroit;

Ils recevront le vrai bonheur qui dure.

Une autre voie aux pécheurs semble sûre,

Mais les voilà dans la direction

Où, comme leurs projets, ils périront.

 

Eric Kayayan Pasteur Protestant Réformé

Eric Kayayan,

Pasteur Protestant Réformé

 

 

Bible Refuge Protestant
Croix Huguenote

 

 

 

 

Source : Foi & Vie Réformées

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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 10:39
Séminaire par Foi & Vie Réformées sur Orange (Vaucluse) le 1er décembre 2019 et Conférence organisée le 03 décembre 2019 par la Librairie Jean Calvin sur Alès (Gard)

Un séminaire sur Orange (Vaucluse) est organisé par le Pasteur Eric Kayayan de Foi & Vie Réformées (Reformed Faith&Life) le 1er décembre 2019, ainsi qu'une conférence organisée par la Librairie Jean Calvin d'Alès (Gard) au Temple Protestant d'Alès le 3 décembre 2019.

 

Pasteur Eric Kayayan Reformed Faith & Life
Eric Kayayan, Pasteur Protestant Foi&Vie Réformées (Reformed Faith&Life)

Séminaire sur la nature et la nécessité de la discipline ecclésiale pour une croissance saine de l'église locale le dimanche 1er décembre 2019 au :

 

CEP d'Orange (Vaucluse) 

125 rue Alexandre Blanc, 84100 ORANGE

 

Le dimanche matin, culte avec prédication sur 1 Pierre 1:13 - 2:3

 

Le dimanche après-midi, exposés-discussions :

 

1. La nécessité de la discipline dans l'Église, pour son unité et sa croissance.
2.
La nature et les étapes de la discipline en vue de la justice et de la réconciliation

La discipline ecclésiale : sa nature et sa nécessité organisé par Foi et Vie Réformées

 

Jean Calvin

 

La Bible est le Sceptre par lequel le Roi des cieux Dirige Son Eglise.

Jean Calvin

Librairie Jean Calvin

Conférence organisée par la librairie Jean Calvin

le 3 décembre à Alès au Temple.

Conférence Temple Alès 3 décembre 2020

 

John Calvin

 

Car le fœtus, bien qu'enfermé dans le ventre de sa mère, est déjà un être humain, et c'est un crime monstrueux de lui voler la vie dont il pas encore commencé à jouir. S'il semble plus horrible de tuer un homme dans sa propre maison que dans un champ, parce que la maison de cet homme est son refuge le plus sûr, il devrait sûrement être jugé plus atroce de détruire un fœtus dans le ventre avant qu'il ne soit arrivé à lumière.

Jean calvin

Bible Refuge Protestant
Croix Huguenote

 

 

 

 

 

 

Source :  

Foi & Vie Réformées
Librairie Jean Calvin

 

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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 06:25
Bonne fête de la Réformation !

Notre fidélité à la Réforme, c’est notre fidélité à la Révélation Biblique, l'attestation de ce message d’espoir, de paix et de justice, en tout temps et en tout lieu, là où notre vocation nous place et ce, pour la Seule Gloire de Dieu.

 

Bonne fête de la Réformation !

 

 

 

Refuge Protestant,

Bible Refuge Protestant

 

Nous croyons que, par le sacrifice unique que le Seigneur Jésus a offert sur la croix, nous sommes réconciliés avec Dieu, afin d'être tenus pour justes devant lui et considérés comme tels. Nous ne pouvons, en effet, lui être agréable et participer à son adoption que s'il nous pardonne nos fautes et les ensevelit. Nous affirmons donc que Jésus Christ est notre intégrale et parfaite purification, qu'en sa mort nous avons une totale réparation pour nous acquitter de nos forfaits et des iniquités dont nous sommes coupables, et que nous ne pouvons être délivrés que par ce moyen.

Confession de La Rochelle, article 17

sola scriptura Refuge Protestant
Croix Huguenote

 

Martin Luther Refuge Protestant

 

32 .Tous ceux qui pensent gagner le ciel moyennant les lettres de pardon délivrées par les hommes s’en iront en enfer avec ceux qui les endoctrinent ainsi.

Martin Luther

Jean Calvin Refuge Protestant

 

Dans les préceptes de la loi, Dieu n'est perçu que comme récompensant la justice parfaite et, d'autre part, comme le vengeur sévère de la méchanceté. Mais en Christ, son visage rayonne de grâce et de douceur envers les pauvres pécheurs indignes.

(Jean Calvin)

Bible Refuge Protestant
Croix Huguenote

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La source même des endroits vidéos n'engagent pas sur certains domaines Refuge Protestant du point de vue doctrinal ou autres, ces sources trouvées pour la connaissance de chants communs restent libres & responsables pour eux-mêmes de leur contenu et direction.

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 07:10
Le Bonheur par Ernest Dhombres

Croix huguenote

Le Bonheur

(Par Ernest Dhombres)

 

 

Je ne connais plus le bonheur (Lamentations 3.17)

Heureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez, parce que vous serez dans la joie. Vous serez heureux lorsque les hommes vous haïront et vous diront des outrages. (Luc 6.20-23)


 


 

Ce n'est pas sans surprise que j'ai constaté que le mot bonheur se trouve rarement dans la Bible.

Je ne l'ai rencontré, au moins dans son sens général, qu'au livre le plus poignant des Ecritures, les Lamentations de Jérémie ; encore n'y est-il que d'une manière négative :

« Je ne connais plus le bonheur. »

Serait-ce parce que cette réalité, trop belle pour notre pauvre terre, n'appartient qu'à un paradis retrouvé ?

D'autre part, si ce mot n'est pas dans nos pages sacrées, la chose s'y trouve ; mais elle n'exprime guère ce que nous décorons du nom de bonheur.

Que dirions-nous d'un ascète, d'un cénobite, ou d'un nouveau Jean-Baptiste qui viendrait nous proclamer cette doctrine étrange : Heureux les pauvres, heureux les affligés ; heureux ceux qui sont outragés et haïs ?...

On le prendrait pour un illuminé, pour un pauvre fou, auquel il faudrait conseiller de retourner à ses jeûnes et à ses prières au désert...

C'est là pourtant ce que Jésus est venu enseigner au monde, il y a dix-neuf siècles.

Or, par ce paradoxe -- si c'est vraiment un paradoxe -- il a marqué que le bonheur n'est nullement dans les choses extérieures de la vie, mais dans tel état d'âme qui domine les vicissitudes de la vie.

Eh bien, emparons-nous de la pensée de Jésus-Christ pour déterminer le vrai sens du mot bonheur, diamétralement opposé à celui que lui donne le monde.

Je crois qu'il nous sera facile de constater que le bonheur des mondains aboutit à une faillite, tandis que celui des chrétiens est une admirable réalité, au sein même de l'infortune.

Vous l'avouerai-je ? En étudiant le sujet du bonheur, je me suis senti gagné par une invincible mélancolie.

Et tout d'abord, ma pensée s'est portée vers ces millions d'êtres humains qui ne connaissent que la souffrance et les privations.

Dominés par les rudes nécessités de l'existence, ce ne sont pas eux qui ont le loisir de s'abandonner à des dissertations sur ce sujet.

Ils livrent l'inexorable combat pour la vie, du matin au soir, et ce combat devient chaque jour plus âpre et plus violent.

D'autre part, j'ai constaté que l'idée du bonheur s'est singulièrement abaissée en cette fin de siècle.

Elle pourrait tenir, au moins pour le grand nombre, dans cette formule brutale : être riche ou le devenir.

La passion de l'argent s'affirme de plus en plus avec cynisme.

La fortune -- la seule royauté aujourd'hui debout -- confère tous les privilèges et reçoit tous les hommages.

On est un homme riche, on est quelqu'un, on n'a que pauvreté ou fortune médiocre, on ne compte pas...

De là, les ambitions effrénées qui s'éveillent et qui, plus d'une fois, conduisent au crime.

Le métal tant convoité qui s'appelle l'or, miroite devant toutes les imaginations et leur donne le vertige.

C'est la sirène moderne qui attire et ensevelit dans ses abîmes toutes les nobles aspirations, tous les généreux sentiments.

Vous savez bien que je n'invente pas...

La spéculation, le cours de la rente, les fluctuations de la Bourse, constituent aujourd'hui les ressorts de la vie moderne.

Là se concentrent les combinaisons habiles des gens d'affaires ; là se trouvent les grandes émotions des jours de crise : joie ou stupeur, et quelquefois, les suicides...

Pourquoi cet affolement, cette fièvre de devenir riche, non par un labeur consciencieux, mais tout de suite ?

Oh, c'est bien simple ! Autrefois, nos ancêtres avaient la passion d'amasser ; aujourd'hui, nos contemporains ont celle de jouir.

Et pour jouir, il faut être les esclaves de cet adversaire moderne de nos âmes, le roi de l'or qui, plus cruel que les tyrans de l'antiquité, imprime au front de ses victimes ces deux flétrissures : l'égoïsme et le matérialisme.

Certes, nous ne faisons pas ici un procès à la richesse en général, ni aux riches chrétiens, fidèles dispensateurs des biens que Dieu leur prête ; mais nous marquons quelques-uns des traits de notre société moderne.

Eh bien, n'est-il pas vrai que jouirest en ce moment l'idéal de vie du grand nombre ?

Epicuriens, matérialistes pratiques, hommes, femmes, jeunes gens mondains, tous sont affolés de plaisirs jusqu'à la démence.

Ils se poursuivent, se heurtent, se bousculent pour avoir le premier rang sur cette arène, où le triomphe est fascinateur.

Et pour obtenir ce rang si envié, ne faut-il pas se livrer aux hasards de la spéculation, c'est à dire, s'exposer aux pires catastrophes ?

Ces bonheurs-là me causent autant de pitié que de stupeur...

Encore, n'en voyons-nous que le côté extérieur, que le décor brillant.

Mais les dessous ?

Avons-nous pensé à ce qui se dissimule de convoitises dans ces âmes vouées au culte du plaisir, du succès, de la vanité et des sens ?

Pour les satisfaire, ces convoitises, avons-nous pensé aux infamies, petites ou grandes, qu'il faut commettre ?

Savons-nous les basses envies, les noires jalousies que recèlent ces cœurs de mondains et de mondaines ?

Que de perfidies secrètes, de calomnies insidieuses contre des rivaux qu'il faut perdre !

Que de pactes indignes, tolérés peut-être par la morale des affaires, mais hautement désavoués par l'honneur !

Que de moyens délictueux, de trahisons, de menées ténébreuses, pour s'emparer de toutes les aises, de tout le luxe, de tout le pouvoir que confère la grande fortune, sans nul souci des victimes qu'on fait et des ruines qu'on amasse sur son chemin...

Oh ! je vous en prie, ne profanons pas le nom de bonheur en le donnant à ces satisfactions mauvaises, à ces réussites fatales, à ces triomphes insolents dont pourraient se glorifier non des hommes, mais des démons...

Poursuivons cette analyse et voyons si le bonheur ne se trouve pas dans une sphère plus haute.

C'est une belle chose que la contemplation de la nature.

Dieu a mis à profusion sur la terre les spectacles les plus magnifiques pour le plaisir de nos yeux et la joie de nos cœurs.

Il y a aussi de nobles jouissances, bien au-dessus des satisfactions vulgaires, dans l'étude des questions littéraires et scientifiques, dans la culture de l'art et de la poésie, dans les travaux de la pensée, dans la vue d'un tableau où le génie de l'artiste a fixé le reflet d'une beauté supérieure, comme aussi dans l'audition d'un poème symphonique tout pénétré de larmes et de suaves harmonies.

Notre âme vibre alors comme sous un souffle venu d'en haut, et ce frémissement est l'une de nos plus pures jouissances.

Toutefois nous ne pouvons prêter à ces satisfactions passagères, qui ne sont que l'agrément de la vie, le sens élevé du mot : bonheur.

C'est aussi une belle chose que la famille et ses tendres relations.

Vous qui les possédez, vous savez qu'elles sont bien près de réaliser le paradis sur la terre, et je ne m'arrête pas à vous les décrire.

Que de joies intimes dont vous gardez le souvenir dans vos cœurs comme on garde de saintes reliques !

Des joies, des bonheurs, ai-je dit !

Moments délicieux, heures bénies, jours ineffables !

Mais enfin, des moments, des heures, des jours, qui ne sont ni toute la vie, ni tout le bonheur !

En effet, vous savez bien que, le plus souvent, un ver caché gâte nos meilleures satisfactions : nous avons un aimable cercle de famille, et notre santé altérée nous empêche d'en jouir ; nous possédons tel bien auquel nous attachons peu de prix, et nous en désirons avec ardeur tel autre qui nous est obstinément refusé.

Toujours quelque chose d'incomplet, d'inachevé, de décevant, dans la destinée humaine et qui ne va pas sans mélancolie...

Puis, les points noirs à l'horizon, les mille soucis dont la vie est faite ; puis, l'imprévu, peut-être la gêne, une intelligence obscure, une infirmité menaçante, une carrière brisée ?...

Qui peut dire la variété des blessures que nous fait la vie ?

Elle serait inépuisable, la nomenclature de nos peines connues ou secrètes.

D'ailleurs, ce bonheur domestique qui nous est si cher même traversé par des épreuves, il en est beaucoup qui ne l'ont jamais goûté et qui se contenteraient, pour rassasier leur faim, des miettes tombées de notre table.

Que d'unions conjugales d'où sont bannies la confiance et l'affection !

Que de promesses de bonheur ont échoué sur la lande stérile de l'indifférence, et même de la répulsion !...

Et pour ceux qui aiment véritablement, leur félicité n'est-elle pas toujours menacée par l'instabilité des choses humaines ?

Ils vivent au sein des plus pures jouissances ; on les envie !

Attendez...Un lendemain mystérieux, tragique, les guette ; il va tout emporter au fond de l'abîme, comme ce cyclone qui engloutit une île dans les profondeurs de l'océan...

Oui, toujours et pour tous, l'inéluctable réalité de la mort et du sépulcre.

Pessimisme navrant ! S'écrieront peut être quelques-uns : 

« Vous assombrissez le tableau comme à plaisir. Vous oubliez qu'après tout, dans la vie, la somme des biens l'emporte sur celle des maux. »

Soit ! Je n'ai aucun goût pour une mélancolie de convention ni pour un dénigrement systématique de la destinée humaine ; je ne suis touché ni par les plaintives élégies des Werther et des René, ni par les désenchantements plus modernes de notre littérature dont le pessimisme marche de pair avec le sensualisme et la luxure...

Oh ! Pourquoi, sans le voir et comprendre, éteignez vous toutes les belles lumières du passé de notre France : foi, vertus domestiques, amour chevaleresque, généreux patriotisme, jeune enthousiasme pour tout ce qui est noble et grand !

Mais si je suis un ennemi déclaré du pessimisme, je n'ai aucun goût pour cet optimisme frivole et raffiné qui regarde avec un inexplicable désintéressement la vie comme un spectacle où la douleur et le crime ont leur place et leur rôle pour relever la monotonie de la scène.

Non, ne jouons ni au rire ni aux larmes.

Point de fiction, point de roman, mais le vrai dans la chaire chrétienne.

Eh bien, le vrai, c'est qu'il y a un fardeau de douleur qui pèse sur l'existence humaine.

Si vous me reprocheriez d'être pessimiste, n'en avez-vous jamais senti le poids ? Etes-vous satisfaits ?

Vous n'avez donc ni souffert, ni vu souffrir ?

Votre cœur est-il si bien fermé que le cri des misères humaines ne soit point parvenu à troubler sa quiétude ?

Il est vrai, qu’il plus rassurant de voir que l'on s'amuse et que, dans les rues, sur les places publiques, les visages sont épanouis et joyeux.

Mais si c’est cela qui vous rassure, alors c’est précisément ce qui m'effraie.

Est-ce que la joie vulgaire et la gaieté banale n'augmentent pas à mesure qu'on descend les degrés de la vie de l'âme ?

Est-ce que ce n'est pas une vérité démontrée qu'on souffre moins dans la proportion où l'on s'abaisse davantage, et que mettre son cœur au niveau de la vie est la sagesse de ceux qui suicident leur être moral, en sorte qu'on en vient à ne plus souffrir du tout, comme ces Romains de la décadence qui ne demandaient à leurs maîtres que du pain et des jeux...

Mais nous n'en sommes pas encore à cette chute irrémédiable.

Si la joie est sur les visages, c'est souvent un masque ; tout est tragique au fond des cœurs !

Comme je le disais, jamais le combat pour la vie ne fut plus meurtrier.

Sur notre planète, devenue trop étroite, se déploie un vaste champ de bataille où il y a des vainqueurs qui triomphent insolemment, et des vaincus qui jonchent le sol...

Toujours l'alternative de devenir oppresseur si l'on ne veut être victime.

Oh ! Dites, est-ce là le bonheur ?

Serions nous assez superficiels pour ne voir, pour n'entendre que les éclats de joie bruyante de nos grandes villes ?

Eh bien, écartons les murs de ces milliers de maisons de nos faubourgs, et nous verrons...

Ici, des mansardes où suinte la fièvre, un air fétide, des haillons, des êtres qui maudissent, qui blasphèment, qui montrent le poing à la destinée : là, des enfants pâles qui ont froid et faim ; des ouvrières livrées à la déchéance ou qui meurent de consomption pour rester honnêtes ; des femmes qui attendent avec terreur, le soir, leurs maris portant au foyer l'horrible férocité de l'alcool...

Dites, ces drames de tous les jours, de tous les instants, n'ont-ils pas le pouvoir de faire cesser votre tranquille optimisme ?

Et les hommes du monde gorgés d'or et de plaisirs, oh ! Ceux-là, vous les croyez heureux !

Eh bien, détrompez-vous.

Oui, s'ils n'avaient pas une âme immortelle qui les distinguât de la brute et s'ils n'avaient qu'à dire à leurs sens : mangez, buvez, rassasiez-vous !

Oui, s'ils pouvaient être toujours jeunes, toujours dominateurs, s'ils n'avaient pas à compter avec les rides du visage, les maladies, les infirmités, la vieillesse, la mort...

Voilà, pour beaucoup, ils ont commis cette forfaiture de vivre pour eux-mêmes, et ils se sont détachés sans le connaître, de Dieu et de leurs frères.

Pensées, affections, énergies du corps et de l'âme, ils ont tout placé à la banque désastreuse d'un monde qui passe.

Comme ils se sont affreusement trompés !

Eux qui n'aspiraient qu'à jouir, ils ne se sont préparés que la souffrance !

Eux qui n'estimaient que la richesse, ils n'ont en perspective que la pauvreté !

Ayons pitié d'eux : ils sont seuls avec leurs remords, et leur dernière heure est affreuse.

Tout leur échappe sur la terre et au ciel ; la mort les exproprie de tous les biens d'ici-bas, et ils n'ont rien là-haut.

Leur égoïsme fut un faux calcul, car l'égoïsme est une puissance de mort et un suicide...

Comprenez-vous maintenant la mélancolie dont je vous parlais en commençant ce discours ?

Nous avions voulu faire la revue de nos bonheurs, et voici, il se trouve que nous n'avons fait que celle de nos misères.

Ecoutez, mille ans avant notre ère, un désabusé, un grand roi :

« Quel avantage revient-il à l'homme de tout son travail ? J'ai appliqué mon cœur à rechercher par la sagesse tout ce qui se fait sous le soleil, et voilà, tout est vanité et rongement d'esprit. J'ai dit à mon cœur : Voyons, que je t'éprouve maintenant par la joie, et prends du bon temps. Et voici, même en riant, le cœur est triste et la joie finit par l'ennui. Je me suis bâti des maisons, j'ai planté des vignes et fait des réservoirs ; j'ai amassé de l'argent, de l'or, des pierreries... »

Et toujours le refrain sinistre :

« Vanité des vanités, tout est vanité. »

Et trois mille ans après, un poète de notre siècle a fait écho au désabusé du livre de l'Ecclésiaste : même recherche fiévreuse de tous les biens terrestres, mêmes passions, mêmes dégoûts mêlés de sanglots, enfin, même jugement sur le bonheur :

Qui tout à coup se brise, et, perdus dans l'espace,
Nous laisse épouvantés d'avoir cru vivre heureux.
Et cependant, le besoin du bonheur est impérissable autant qu'universel.
Le cœur de l'homme, si fragile et si vaste, a des aspirations infinies ; il lui faut la plénitude de l'être.
Or, le christianisme n'a pu méconnaître ce besoin primordial de l'âme humaine.
L'homme transformé par la grâce sera nécessairement heureux.
C'est son droit, et c'est aussi son devoir.
Eh bien, pourquoi ne sommes-nous pas heureux ?
Je vais vous le dire : c'est que nous demandons le bonheur à ce qui ne peut nous le donner.
Cette soif qui est en nous, nous la dirigeons non vers les fontaines du ciel mais vers les sources inférieures de la terre qui ne font que l'irriter.
Il en doit être ainsi, car nous avons méconnu notre nature, étouffé ses nobles instincts, elle se venge en nous livrant au désenchantement, à la tristesse, à la souffrance incurable.
En effet, ce n'est pas avec ce qui est imparfait, borné, terrestre, qu'on satisfait des besoins infinis ; ce n'est pas avec les biens d'ici-bas qu'on peut remplir des cœurs faits pour les choses éternelles.
O vous qui vous plaignez de la vie, apprenez à souffrir de la misère des misères, le péché, votre péché !
O vous qui dissertez avec éloquence sur les déceptions, les contradictions et les désordres de ce monde, affligez-vous d'abord du désordre central qui est dans vos cœurs.
Il faut que vous en veniez à vous reconnaître non seulement malheureux, mais encore coupables ; alors, vous éprouverez une soif plus ardente que toutes vos autres soifs, celle du pardon et de la sainteté.
Vous ne pourrez plus vous en distraire, vous ne voudrez plus en chercher l'apaisement dans les joies terrestres ; vous irez, à deux genoux, les mains suppliantes, le demander à votre Dieu.

« Heureux l'homme dont l'iniquité est pardonnée et le péché couvert. »

Voilà le motif élevé du vrai bonheur, et voici sa source : le pardon de Dieu par Jésus-Christ.

« Le bonheur, a dit le grand Pascal, est en Dieu et en nous »,

Ce qui signifie : dans la communion rétablie entre Dieu et nous.

Si je ne vois plus Dieu entouré des éclairs du Sinaï qui épouvantent ma conscience, mais tout enveloppé de la miséricordieuse clémence du Calvaire, alors s'établit entre lui et moi une relation paternelle et filiale qui fait cesser la cause première de ma tristesse.

Je puis aimer le Dieu manifesté en Jésus-Christ, et dès lors, il devient celui qui remplit la capacité de mon cœur.

Il fallait à ce cœur inquiet, déçu par la vie, un objet plus grand que lui-même et que tout ce qui est terrestre, plus grand que mon attente et que tout ce qui passe.

Je l'ai trouvé !

 

 

Le bonheur (suite et fin)

Bibles044

Croix Huguenote

 

 

 

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 07:08
Le Bonheur par Ernest Dhombres (Suite et Fin)

Le Bonheur

(Par Ernest Dhombres)

 

 

Je ne connais plus le bonheur (Lamentations 3.17)

 

Heureux, vous qui êtes pauvres, parce que le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, parce que vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez, parce que vous serez dans la joie. Vous serez heureux lorsque les hommes vous haïront et vous diront des outrages. (Luc 6.20-23)


 


 

Je puis aimer le Dieu manifesté en Jésus-Christ, et dès lors, il devient celui qui remplit la capacité de mon cœur.

Il fallait à ce cœur inquiet, déçu par la vie, un objet plus grand que lui-même et que tout ce qui est terrestre, plus grand que mon attente et que tout ce qui passe.

Je l'ai trouvé !

 

Alors, je peux m'écrier avec Adolphe Monod :

Heureux, toujours heureux, j'ai le Dieu fort pour Père,
Pour frère, Jésus-Christ, pour guide l'Esprit-Saint ;
Que peut ôter l'enfer, que peut donner la terre,
A qui jouit du ciel et du Dieu trois fois saint ?

Dès lors, les circonstances de ma vie n'ont pas changé : la terre est toujours la terre, mais mon cœur, par lequel je perçois la vie, est changé.

Je vois les événements, les hommes et les choses à travers la lumière divine qui les transfigure.

Je ne suis plus seul, perdu dans la mêlée des existences humaines, faible jouet d'une série de hasards heureux ou malheureux qui déconcertent ma pauvre raison ; je suis, sans métaphore, entre les mains d'un Père qui mesure dans sa sagesse ma part de biens et de maux, et qui, par les uns comme par les autres, travaille à l'éducation de mon âme et à mon bien moral.

L'axe de mon bonheur est déplacé ; il reposait sur ce qui est terrestre et périssable, il repose désormais sur un être miséricordieux et saint qui m'a aimé d'un amour éternel.

O magnificence de la foi au Dieu rédempteur !

Voulez-vous maintenant connaître quelques-uns des caractères de ce bonheur ?

Il a pour lui la durée.

Ne dépendant plus des circonstances extérieures de la vie, il ne participe pas aux instabilités des choses humaines : résidant au fond de notre âme, il est à l'abri des tempêtes, de même que les vagues soulevées à la surface de l'océan ne parviennent pas à en altérer les tranquilles profondeurs.

Le bonheur chrétien est accompagné de sainteté.

Venu de Dieu, il ne peut contracter un pacte avec le péché.

Il se fortifie par nos luttes morales, par nos efforts vers le bien, par nos victoires sur le mal.

Il supprime les mauvais chagrins qui viennent de l'égoïsme, de l'envie, de la vanité, de la susceptibilité, comme aussi, il s'enrichit de toutes les belles joies de l'intelligence et de l'âme.

Ce bonheur est généreux, puisqu'il s'inspire de celui de Dieu qui s'est donné à nous par son Fils.

Arrière la vie de la chair et des sens, le temps perdu, les plaisirs mondains !

Les heures sont trop courtes pour les abréger.

Il faut nous jeter dans le gouffre de la misère humaine pour en retirer quelques naufragés.

Il faut chercher à connaître l'âme populaire pour distiller à sa souffrance quelques gouttes du breuvage divin.

Il faut descendre jusque dans les marais de boue de notre société contemporaine pour en rapporter quelques perles de grand prix, toutes souillées, et les remettre entre les mains du divin Purificateur.

Aimer, aimer encore, aimer toujours, jusqu'au sacrifice de notre repos, de notre bien-être, de notre fortune, de notre vie elle-même, voilà les conditions du vrai bonheur...

Ce bonheur, vous le pensez bien, sera souvent trempé de larmes.

Ah ! Ne redoutez pas les larmes, elles sont permises, elles sont bonnes ; il faudrait plaindre le chrétien qui ne pleurerait pas...

Coulez donc, larmes humaines, sur les maux de notre temps, où l'orgueil et le sensualisme des riches préparent la révolte des pauvres, où la misère conduit presque fatalement à l'abjection, et l'abjection aux pires catastrophes du corps et de l'âme.

Coulez sur nos épreuves personnelles, sur nos douleurs intimes, sur nos cercueils et sur nos sépulcres...

Coulez en flots de sympathie pour le péché, la souffrance et la mort...

Mais vous qui les répandez, soyez pourtant joyeux en vous souvenant qu'une immense espérance a traversé la terre et que le Christ, Roi de l'humanité, veut réparer tous les désordres et essuyer toutes les larmes...

Le bonheur ainsi défini, vous ne pouvez douter qu'il ne soit destiné à tous les âges et à toutes les classes sociales.

Jeune homme, crois au bonheur de toute ton âme, et mets-le dans ta vie en t'unissant à Jésus-Christ.

Laisse aux enfants du siècle le scepticisme frondeur ou morose qui raille et flétrit toutes les fleurs de l'existence humaine, toi, souviens-toi de les cueillir, ces fleurs qui s'appellent le beau, le bien, le devoir, l'amour pur, le patriotisme, les fières ambitions des âmes bien nées.

Déclare-toi pour toute cause où il faut un peu d'héroïsme, fidèle en cela aux belles et vraies traditions, toutes de générosité et de courage.

En même temps, reste pur au milieu des souillures du monde ; soutiens vaillamment la lutte morale ; combats tes passions, les yeux fixés sur ton Sauveur.

En revêtant l'armure des forts, garde aussi le charme attractif et la grâce virile de ta jeunesse : conserve à ton front la candeur des fronts qui n'ont jamais menti...

Alors, j'attendrai ta réponse avec une sereine confiance : Oui, me diras-tu, la vie est bonne, la vie est belle et mon choix est fait : Dieu, famille, patrie ! *

*Il faut prendre en compte la période auquel fut donné ce sermon. Le « patriotisme » d’antan était tout autre que celui d’aujourd’hui d’une part, mais également, la connotation pouvant être prise n’est pas dans l’approbation de combat, ou quelconque politique centré pour la terre uniquement comme on pourrait l’entendre aujourd’hui. En effet, Dieu premier, la famille se trouve être mis dans l’ordre qu’aspire Dieu dans l’harmonie, l’amour et la marche avec Lui. La patrie se trouve également aimée, respectée, mis en avant dans nos prières, quel que soit le bord politique. Nous pouvons comprendre cette affirmation comme étant une aide dans la prière, l’amour, le respect, la soumission devant être due à nos autorités, et ce, allant à celui de l’Ordre (Police, juges, tribunaux), que celui de nos directeurs, responsables, et autorités au dessus de nous tant que ceci ne nous enjoigneraient pas à enfreindre ce que Dieu nous exhorte et commande.

Toi, chrétien, parvenu à l'âge mûr, te plaindrais-tu des travaux et des responsabilités de la vie publique ?

Mais tu sais bien qu'à cette école se forment les vaillants et se trempent les caractères.

C'est à l'invasion de Dieu dans ton cœur que tu dois le secret de la vie la plus riche, la plus heureuse, et la plus humaine aussi, qui soit ici-bas.

Courage, tu peux livrer la bataille, car tu as en mains les armes de Dieu, et, comme un bon soldat a foi en son général, tu es assuré de la victoire, au soir de ta vie terrestre.

Quelle belle destinée ! Ah ! Tu pourrais nous dire que le christianisme, loin de rétrécir la vie, l'élargit sans mesure, et que l'âme du chrétien contient une joie qui triomphe de toutes les épreuves : joie austère, grave, digne d'un être libre et immortel !

Et toi, vieillard fatigué, toi qui as le bonheur de connaître « Celui qui est dès le commencement », toi qui sens tous les objets terrestres décroître en valeur, en importance, en beauté, mis en regard de l'objet suprême.

Oh ! Comme nous aimons ta noble sérénité dans la vieillesse toute blanche !

Harmonie entre la gravité de l'âge et la maturité des convictions chrétiennes, entre la connaissance des hommes et celle toujours plus profonde de Dieu ; harmonie entre les forces qui déclinent et les sentiments qui se détachent, entre les approches de la tombe et la proximité de l'éternelle lumière qui, pour le chrétien, se lève derrière la tombe.

Nous en avons connu de ces vieillards qui, loin de médire de la vie, la bénissaient !

Quand sonna l'heure du délogement, leur départ fut si facile et si doux que la nuit du sépulcre disparut entre les derniers rayons du couchant et l'aurore de l'éternité.

Nous avons dit aussi que le bonheur du chrétien est destiné à toutes les zones de la vie sociale.

Ici, point d'aristocratie. Et si elle pouvait exister, elle serait toute en faveur des pauvres, des petits, des déshérités, qui ne peuvent connaître ni les diversions ni les tentations des bonheurs terrestres.

Sublimes paradoxes de Jésus-Christ, comme ils nous émeuvent !

Comme ils deviennent, sous le pouvoir de son amour, de sublimes réalités !

Car enfin, ce sont presque toujours ces humbles, ces oubliés qui sont dignes d'occuper les premières places dans son royaume : ici, l'humilité marque les degrés de la gloire.

Combien nous en avons connu, de ces affligés, consolés par lui, qui essuyaient nos larmes, de ces simples dont la foi triomphante humiliait notre foi hésitante ; de ces pauvres dont l'admirable confiance faisait honte à nos inquiètes préoccupations du lendemain.

C'étaient parfois des ouvriers naïfs et bons qui voyaient resplendir au-dessus de leur pauvre réduit la face du Père céleste.

Ils ne lui demandaient que de la santé et du travail pour élever leur joyeuse nichée d'enfants.

Il fallait voir le père s'égayer au sourire du dernier venu dans son berceau, et à la belle humeur de la mère, cette vaillante qui ne savait que travailler, aimer, prier !

Il est vrai, ceux-là ne buvaient pas de l'alcool ; ils ne connaissaient pas les mauvais plaisirs de la barrière ; ils ne fréquentaient pas les clubs où certains orateurs font de beaux discours sur les revendications sociales nécessaires et le droit légal au bonheur !

Ils faisaient mieux, ils pratiquaient en famille le bonheur...

O vous, nos frères pauvres, qui élevez vos enfants au prix de beaucoup de privations, vous qui savez rester pieux et résignés et remercier Dieu pour votre morceau de pain noir, nous vous bénissons, car vous nous apprenez que le secret de votre force et de votre joie est en Lui !

Mais venez aussi châtier nos injustices, nos mécontentements et nos révoltes, en revendiquant le titre que Jésus vous confère, et qu'il nous refuse, à nous les ingrats :

Bienheureux, oui, bienheureux, vous, les pauvres !

Et vous, les affligés, les isolés, vous qui restez déconcertés mais soumis devant le mystère de vos épreuves, vous qui n'avez ni parents ni amis, dans ces grandes villes où vous êtes comme des épaves sur la grève immense, vous, pauvre servante qui me disiez votre joie de considérer l'infini du monde des étoiles, le soir, à votre sixième étage, et d'y chercher les âmes de vos bien-aimés.

Oh ! Dites-nous que vous refuseriez tous les biens de ce monde pour le privilège d'aimer Jésus et de recevoir de lui ce beau titre :

Bienheureux, oui, bienheureux les isolés, les affligés !

Enfin, vous les haïs, les outragés, les persécutés de tous les siècles, aussi nombreux que les grains de sable de la mer, et vous, martyrs modernes qui avez succombé sous le glaive des hommes, ou sous le glaive invisible des fléaux qui vous ont moissonnés aux champs lointains de nos missions, venez parler à notre génération anémiée, qui ne cherche que les joies faciles, les succès faciles, qui est impuissante à souffrir parce qu'elle a perdu le sens élevé de la lutte et de la douleur.

Venez châtier sa lâcheté morale, son dégoût de la vie, en lui montrant vos vaillances comme votre joie ineffable et glorieuse d'avoir vécu et d'être morts pour Jésus-Christ.

Alors, sévèrement repris dans nos consciences pour notre funeste notion du bonheur, malgré les larmes que nous répandrons toujours sur vos cercueils de martyrs, nous vous saluerons dans la gloire en vous décernant ce beau titre :

Bienheureux, oui, bienheureux les persécutés !

Et si vous méconnaissiez, ces hautes conditions du bonheur, si cette génération voulait rester dans sa quiétude, son amour du luxe et de l’argent. il faudrait prononcer sur elle, au nom du Maître qu'elle s'obstinerait à repousser, les anathèmes de l'Evangile :

« Malheur-à vous, riches, car vous avez reçu votre condamnation ! Malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim ! Malheur à vous qui riez maintenant, car vous vous lamenterez et vous pleurerez ! »

O mon Dieu, ne permets pas que nous commettions cette forfaiture !

Fais fleurir ou refleurir parmi nous le bonheur chrétien.

Et qu'en voyant nos vies transformées par cette sainte joie, les plus légers, les plus sceptiques soient pressés de dire :

Oui, il y a un bonheur, même sur la terre, et ce bonheur est en Dieu et en nous !


 

Amen.

 

ernest dhombres

Ernest Dhombres,

Pasteur Protestant Réformé

 Bible 2010
 
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Source : SERMONS ET HOMÉLIES d’Ernest  Dhombres
 
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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 06:57
Le soulagement de l'homme, ou les soins de la Providence (1ère partie)
par J. J. S. CELLÉRIER,

Déchargeons nous sur Dieu de tout

ce qui pourrait nous inquiéter,

car Lui-même prend soin de nous,

I Pierre, V, 7.

 

Qu'il nous est doux, d'adresser cette exhortation !

 

Que la Religion, qui la met dans notre bouche, qui nous charge de répéter, doit nous paraître aimable !

 

Dans ces jours sacrés où elle rassemble et nous invite à goûter le repos que demande la nature, elle ne s'occupe pas moins, que dis-je ? Elle s'occupe surtout de l'intérêt de nos âmes : elle veut les soutenir, les fortifier, les nourrir des plus sublimes et des plus salutaires vérités.

 

Ce n'est pas assez pour elle d'assurer quelque relâche à nos corps en suspendant le cours de nos occupations et de travaux souvent pénibles, elle veut soulager nos coeurs du fardeau plus pesant des inquiétudes.

 

Semblable à la mère tendre qui ne néglige aucun soin relatif au bonheur de ses enfans, cette Religion divine veille sur tous nos intérêts : elle les embrasse tous dans sa sollicitude, elle nous fait du bien sous tous les rapports.

Hâtons-nous de prêter l'oreille à sa voix consolante :
Déchargez-vous sur Dieu de tout ce qui peut vous inquiéter.

 

Venons apprendre, à nous faire une juste idée de ce devoir; venons en sentir la justice; venons en apprécier l'influence sur notre bonheur.

 

Et puissent les soins bienfaisants du Dieu qui nous parle ainsi, n'être aujourd'hui perdus pour aucun de nous !

 

Ainsi soit-il.
 

 

Pour comprendre le sens des paroles de mon texte, observons d'abord qu'elles ne peuvent s'appliquer aux inquiétudes que causent les passions, à ces inquiétudes toujours criminelles par leur nature ou leur excès.

 

L'avare est tourmenté par la crainte de perdre ce qu'il possède ; l'envieux par la perspective des succès d'autrui ; l'ambitieux, l'homme vain, par le désir de supplanter un concurrent, d'effacer un rival; le libertin par l'incertitude de réussir dans ses honteux desseins.

 

Ce n'est point à de tels hommes, sans doute, qu'on peut dire : Déchargez-vous sur Dieu, etc.

 

Cette invitation suppose quelque rapport entre Celui qui la fait et ceux à qui elle s'adresse.

 

Loin que la sainteté, la justice de Dieu lui permettent d'accomplir de pareils souhaits, de calmer de telles alarmes, il détourne de ceux qui s'y livrent ses regards indignés.

 

Réprimez, leur dit-il, ces désirs insensés et vicieux, mettez un frein à ces passions désordonnées ; arrachez-en de votre coeur jusqu'à la racine; abstenez-vous des passions de la chair, qui font la guerre à l'âme (1 Pierre II, 11).

 

II n'est pour nous de repos qu'à ce prix.


Il n'est pas non plus question dans notre texte de ces inquiétudes qui naissent d'une conscience coupable.

 

L'homme souillé de quelque crime, ou dont le coeur est la proie d'une plaie mortelle, craint sans cesse de voir son fatal secret découvert : il redoute ou le mépris de ses semblables, ou le châtiment qu'infligent les lois, ou cette justice plus formidable dont le bras est levé sur lui.

 

De telles inquiétudes ne sont que trop fondées ; ce n'est pas à cet homme qu'on peut dire:  

 

Déchargez-vous sur Dieu, etc. Il faut, dit l'Écriture (Jérémie II, 19.), qu'il connaisse et qu'il voit quels maux, quelles amertumes on se prépare en abandonnant l'Éternel.

 

Il faut qu'il apprenne, par ses terreurs, à respecter le Dieu Saint qu'il offensa et les lois éternelles qu'il a violées.

 

Il faut qu'il sente profondément les peines attachées à leur violation : le comble du malheur pour lui seroit d'y devenir insensible.

 

Le tourment qu'il éprouve est le feu qui purifie, le fer enfoncé dans la partie malade pour en extraire les chairs corrompues : le succès du remède est la proportion de la douleur qu'il ressent, c'est le seul moyen d'être amené au Sauveur des hommes, à Celui qui peut le justifier et changer son coeur ; c'est la seule ressource, le seul espoir de salut qui lui reste.


À quel genre de craintes peut donc s'appliquer l'exhortation de l'Apôtre?

 

Elle s'applique à ces inquiétudes naturelles, innocentes jusqu'à certain degré, qui ne sont, hélas ! que trop variées et trop communes ici bas.


Nous n'avons pu, malgré nos efforts et notre économie, nous tirer de la misère, ou bien nous avons perdu par des revers imprévus le fruit d'un travail légitime, assidu, peut-être l'héritage de nos pères.

 

L'épuisement de nos forces et le déclin de notre santé ne nous permettent plus d'améliorer notre condition ou de changer nos habitudes.

 

Nous craignons pour la fin de notre vie la dépendance, l'abandon, la détresse; mais la sensualité, l'orgueil, l'avarice n'entrent pour rien dans nos peines.

 

C'est à nous, à vous que Dieu dit : Déchargez-vous sur moi de tout ce qui peut vous inquiéter.

Vous, nous, nous sommes affecté profondément des bruits injurieux que la calomnie sème contre nous, et qu'un hasard cruel, des circonstances malheureuses peuvent accréditer.

 

Nous craignons de perdre la confiance, la considération publique ; nous craignons que les coeurs même qui nous sont le plus attachés, n'en reçoivent quelque atteinte.

 

L'avenir se rembrunit, il se présente à nos yeux que l'abandon, l'humiliation ; mais des penchans coupables, l'aigreur, le ressentiment, l'amour du monde n'entrent pour rien dans nos alarmes.

 

C'est à vous, à nous que Dieu di t: Déchargez-vous sur moi, etc.

Nous nous affligeons d'un malheur public ou particulier ; nous déplorons un événement dont les conséquences peuvent être funestes ; nous craignons pour notre famille, pour notre patrie, pour l'Église ; mais les passions humaines, l'esprit de parti n'entrent pour rien dans nos craintes.

 

C'est à vous, à nous  que Dieu dit : Déchargez- vous sur moi, etc.

Nous voudrions laisser à nos enfans un sort assuré : nous craignons de ne pouvoir faire assez pour leur éducation; la faiblesse de notre santé nous fait redouter de les abandonner jeunes et sans guide dans un monde corrompu ; nous frémissons à l'idée des périls auxquels ils seront exposés : nous craignons peut-être de les voir éloignés de nous par de fâcheuses circonstances, arrachés à notre amour, à nos soins bienfaisants.

 

Toutes les fois que nos regards s'arrêtent sur eux, mille terreurs assiègent notre imagination et bouleversent notre âme; mais c'est le désir de leur vrai bonheur, la piété, la foi qui nous animent, et non l'amour-propre ou l'ambition.

 

C'est encore à vous, à nous que Dieu dit : Déchargez-vous sur moi, etc.

Ainsi, celui pour qui Dieu fait entendre cette voix, c'est le juste qui n'est ni le jouet des penchants vicieux, ni la proie du remords : c'est celui du moins qui s'efforce de marcher dans les voies de la vertu chrétienne, et dont le coeur est sincèrement tourné vers le Seigneur : c'est le fidèle battu par les orages de la vie, exposé à mille dangers par sa nature et sa condition ici-bas, soumis à la crainte par sa sensibilité, par sa faiblesse.

 

Dieu lui tend sa main secourable ; Il craint qu'il ne succombe sous le fardeau qui l'accable ; Il l'aide à soutenir, à porter ce fardeau ; Il lui fait ouïr ces douces paroles: Déchargez-vous sur moi, etc.

Chrétiens !

 

J'aime à supposer que je puis les adresser ces paroles à tous.

 

J'aime à nous considérer tous comme les enfants du Dieu que nous adorons.

 

J'aime à supposer qu'après avoir suspendu nos travaux et sommes distingués de ces enfants du monde qui profanent le jour du Seigneur, de ces spéculateurs insensés qui pensent élever leur fortune sur le mépris des lois du Souverain Arbitre de nos destinées, nous sommes venus chercher auprès de Dieu le repos de nos âmes, qui s'ouvrent d'elles-mêmes au devoir consolant de ce verset.

 

(Suite)

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Croix Huguenote

 

 

 

 

 
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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 06:56
Le soulagement de l'homme, ou les soins de la Providence (2ème partie)
Par J. J. S. CELLÉRIER,

 

Déchargeons-nous sur Dieu

de tout ce qui pourrait nous inquiéter,

car Lui-même prend soin de nous,

I Pierre, V, 7.

 

Qu'il nous est doux, d'adresser cette exhortation !

 

Que la Religion, qui la met dans notre bouche, qui nous charge de répéter, doit nous paraître aimable !

 

Dans ces jours sacrés où elle rassemble et nous invite à goûter le repos que demande la nature, elle ne s'occupe pas moins, que dis-je ? Elle s'occupe surtout de l'intérêt de nos âmes : elle veut les soutenir, les fortifier, les nourrir des plus sublimes et des plus salutaires vérités.

 

Ce n'est pas assez pour elle d'assurer quelque relâche à nos corps en suspendant le cours de nos occupations et de travaux souvent pénibles, elle veut soulager nos coeurs du fardeau plus pesant des inquiétudes.

 

Semblable à la mère tendre qui ne néglige aucun soin relatif au bonheur de ses enfants, cette Religion divine veille sur tous nos intérêts : elle les embrasse tous dans sa sollicitude, elle nous fait du bien sous tous les rapports.

Hâtons-nous de prêter l'oreille à sa voix consolante : Déchargez-vous sur Dieu de tout ce qui peut vous inquiéter.

 

Venons apprendre, à nous faire une juste idée de ce devoir; venons en sentir la justice; venons en apprécier l'influence sur notre bonheur.

 

Et puissent les soins bienfaisants du Dieu qui nous parle ainsi, n'être aujourd'hui perdus pour aucun de nous !

 

Ainsi soit-il.

 

Mais il ne suffit pas de savoir a qui s'adresse cette exhortation, il faut comprendre encore ce que Dieu nous demande et ce qu'il nous offre.

 Tout d'abord, Il ne nous invite pas, sans doute, à compter qu'Il fournira seul à nos besoins, tandis que nous-mêmes resterions oisifs.

 

S'Il nous a donné l'industrie et l'intelligence, c'est afin que nous soyons les artisans de notre bonheur, que nous agissions du moins avec Lui.

 

Il ne prétend pas autoriser la paresse et l'imprudence : le fidèle travaille comme si tout dépendait de lui, et il attend sans inquiétude l'événement parce que tout dépend de Dieu.

Ce serait se tromper encore grossièrement, que d'espérer que le Maître du monde agira d'une manière sensible, extraordinaire, pour écarter les maux qui nous menacent, ou faire réussir nos projets.

 

Il se plaît quelquefois à nous corriger durement et où, connaissant Notre Père, l'on ne peut méconnaître sa main, et qui disent à notre coeur, saisi d'une religieuse émotion :  

 

Certainement, l'Éternel est ici (Genèse, XXVIII, 16.) ;

 

mais quand Il le fait, le Seigneur a moins égard à sa force qu'à notre faiblesse.

 

S'Il emploie des signes extérieurs, c'est à cause de l'impression que font sur nous les objets sensibles.

 

Eh ! Qu'a-t-Il besoin de changer la face des événements, Lui qui peut toujours en tirer l'accomplissement de ses desseins ?

 

Lui qui peut changer leur effet pour nous !

 

Lui qui peut agir sur notre coeur et lui faire goûter des jouissances dans les situations les plus redoutées!

Aussi, dans le cours ordinaire de sa Providence, Il aime éprouver notre foi, notre confiance.

 

Il nous traite presque toujours comme Il nous traite pour notre subsistance, qui dépend du fruit incertain des moissons, d'une plante fragile, sans cesse battue par les vents, exposée aux déprédations des insectes et des oiseaux.

 

Il aime à voir le fidèle, les yeux attachés sur le Ciel, découvrir à travers les nuages qui l'obscurcissent, les rayons du Soleil suprême qui féconde et vivifie la nature, compter sur un Dieu qui voile sa face, adorer ses desseins sans les comprendre.

 

Ainsi, Chrétiens, ce que  nous pouvons attendre du Seigneur, ce n'est pas qu'Il dissipera nos alarmes par des coups éclatants, ni même qu'Il les dissipera toujours, mais qu'Il en adoucira l'impression, qu'Il la surmontera par le sentiment de sa grâce.

 

Ce n'est pas qu'Il changera toujours notre condition, mais qu'Il nous rendra capable de la supporter, qu'Il fera tout concourir au bonheur général et même à notre avantage particulier.

Se décharger sur Dieu de tout ce qui pourrait nous inquiéter, c'est donc remettre en Ses mains, avec une entière confiance, nos intérêts et notre sort : c'est ne pas nous servir de la faculté de prévoir pour entasser dans l'avenir tous les maux possibles, ne pas même porter des regards inquiets sur cet avenir que Lui-même arrange pour nous : c'est voir approcher l'événement sans trouble et sans impatience.


L'homme qui peut se reconnaître à ces traits, fût-il dans la situation la plus périlleuse, ne sera jamais tenté de faire des démarches qu'interdisent la foi et la piété : il craindrait trop d'attrister Celui qui règne sur l'univers, ou de se soustraire à ses vues bienfaisantes.

 

Lors même que tout paraît désespéré, que tout appui lui manque, qu'il est abandonné de la nature entière, il ne cesse pas de compter sur son Dieu ; et si ce Dieu ne vient pas toujours à son aide, comme il l'aurait souhaité, s'Il ne le délivre pas toujours du danger, le trouble cependant n'approche pas de son coeur.

 

Les vues de mon Dieu, se dit-il à lui-même, sont supérieures aux miennes ; Il sait mieux que moi.

(Suite)

 

 

Bible

Croix Huguenote

 
 

 

 
 

 

 

 

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 06:55
Le soulagement de l'homme, ou les soins de la Providence (Dernière partie)

Par J. J. S. CELLÉRIER,

 

Déchargeons-nous sur Dieu de tout ce qui pourrait nous inquiéter,

car Lui-même prend soin de nous,

I Pierre, V, 7.

 

 

Qu'il nous est doux, d'adresser cette exhortation !

 

Que la Religion, qui la met dans notre bouche, qui nous charge de répéter, doit nous paraître aimable !

 

Dans ces jours sacrés où elle rassemble et nous invite à goûter le repos que demande la nature, elle ne s'occupe pas moins, que dis-je ? Elle s'occupe surtout de l'intérêt de nos âmes : elle veut les soutenir, les fortifier, les nourrir des plus sublimes et des plus salutaires vérités.

 

Ce n'est pas assez pour elle d'assurer quelque relâche à nos corps en suspendant le cours de nos occupations et de travaux souvent pénibles, elle veut soulager nos coeurs du fardeau plus pesant des inquiétudes.

 

Semblable à la mère tendre qui ne néglige aucun soin relatif au bonheur de ses enfants, cette Religion divine veille sur tous nos intérêts : elle les embrasse tous dans sa sollicitude, elle nous fait du bien sous tous les rapports.

Hâtons-nous de prêter l'oreille à sa voix consolante :

 

Déchargez-vous sur Dieu de tout ce qui peut vous inquiéter.

 

Venons apprendre, à nous faire une juste idée de ce devoir; venons en sentir la justice; venons en apprécier l'influence sur notre bonheur.

 

Et puissent les soins bienfaisants du Dieu qui nous parle ainsi, n'être aujourd'hui perdus pour aucun de nous !

 

Ainsi soit-il.

 

Toute sublime, tout élevée au-dessus de la nature que paraisse une telle conduite, elle n'est cependant que la conséquence nécessaire de nos relations avec Dieu.

 

Nous y sommes appelés également par la raison et par la foi.

 

Pourquoi devons-nous nous décharger sur Dieu de ce qui pourrait nous inquiéter ?  

 

C'est parce que Lui-même prend soin de nous.

 

Oui, grand Dieu ! Tu prends soin de nous.

 

C'est là une vérité gravée dans les Cieux, sur la terre et dans le coeur de l'homme.

 

C'est par Toi que roulent les astres :

 

C'est Toi qui revêts le printemps de sa parure :

 

C'est Toi qui conserves les espèces des plantes et des animaux ;

 

Négligerais-Tu Ton plus bel ouvrage sur la terre, Ton ouvrage le plus Chéri ?  

 

Tu fais croître les lis des champs, Tu nourris les oiseaux de l'air; abandonnerais-Tu l'homme qui vaut beaucoup plus qu'eux ? (Matt., VI, 26-30.)

 

Mais c'est pour lui que Tu commandes à la terre de donner son fruit dans son temps, que Tu commandes aux saisons de se succéder.

 

Ne craignons donc point, au milieu de cette foule d'êtres qui nous environnent ; je vous le déclare en Son Nom, nous sommes les premiers que distinguent ses regards, nous sommes le principal objet des soins de sa Providence,

Eh ! Pourquoi ces lois qu'Il nous donne, cette Révélation dont Il nous enrichit, ce Fils qu'Il nous envoie,
cette Parole éternelle faite chair (Jean, I, 14.), Ce Grand Rédempteur immolé pour nous, s'Il ne voulait pas nous donner toutes choses avec Lui (Rom., VIII, 32.), s'Il n'avait qu'indifférence pour notre sort ?

 

Pourquoi cette activité qu'Il a mise dans notre âme, ce plaisir qu'Il nous fait trouver dans l'exercice de nos facultés, cet intérêt si pressant qu'Il nous fait prendre au bonheur de nos enfants, au sort de ceux pour qui nous avons fait quelque chose, qui dépendent de nous par quelque endroit, à la conservation même des ouvrages sortis de nos mains?

 

Ces dispositions ne nous annoncent-elles pas que Celui de qui nous les tenons agit sans cesse (Jean, V, 17.), déploie sans cesse Ses Perfections Divines, qu'Il conserve, protège toutes les créatures, et veille particulièrement sur celles qu'Il a douées des plus belles facultés?


Et n'est-ce pas encore ce que nous dit l'expérience ?

 

Si l'histoire des peuples nous offre les grands traits d'une Providence qui dirige tout, se joue des passions des hommes, les fait servir au succès, de ses desseins, notre propre histoire ne nous offre-t-elle pas des traits plus particuliers et plus touchants qui portent dans notre coeur la persuasion de cette vérité ravissante :  

 

Dieu prend soin de nous ?  

 

En repassant notre vie, depuis notre naissance, ne croyons nous pas avoir été conduits par une invisible main qui nous éloignait des écueils que nous n'apercevions même pas, et par des chemins souvent détournés nous faisait arriver au but ?

Combien de fois une petite circonstance, qui d'abord ne paraissait rien, a décidé notre sort, amené notre bonheur !

 

Combien d'événements, qui, de loin, semblaient funestes, sont devenus pour nous une source d'instructions, souvent de jouissances !

 

Combien de fois ce Dieu qui nous dirige ne s'est-Il pas joué de nos conjectures inquiètes, de nos murmures téméraires !

 

Et, sans sortir de la vie champêtre, des objets qui nous entourent, combien de preuves remarquables et touchantes n'avons-nous pas de cette bonté, de cette Puissance Divine, si supérieures à nos pensées !

 

Tantôt des saisons contraires nous faisaient craindre de ne pouvoir semer ou recueillir ce grain précieux qui nourrit l'homme ; tout semblait perdu.

 

Dieu commandait au soleil de paraître ; quelques beaux jours changeaient la face de la terre et faisaient succéder l'espoir à nos alarmes.

 

Tantôt une sécheresse cruelle menaçait de tout faire périr de langueur.

 

L'Éternel faisait tomber une pluie bienfaisante, qui ranimait la nature comme par enchantement : elle détrempait la terre, suivant l'expression du Psalmiste (Ps. CIV, 14.), l'arrosait avec abondance, reverdissait les prairies et préparait le blé.

 

Tantôt le fruit de nos champs, dont nous attendions beaucoup, se trouvant réduit soudain à peu de chose, notre imagination se troublait; nous disions avec anxiété:  

 

Où trouverons-nous du pain ?  

(Jean, VI, 5.)

 

Et l'Éternel, Emu de pitié, bénissait, multipliait au centuple une seconde moisson ; Il lui commandait de pourvoir, de suffire à nos besoins.

 

Quelquefois un fléau destructeur étendait tellement ses ravages, que nos campagnes semblaient devoir s'en ressentir longtemps ; et bientôt, reconnaissant la vanité de nos inquiétudes, nous disions, en bénissant Dieu :

 

Nous sommes trompés en bien.

 

Ce n'est pas toujours, il est vrai, par des délivrances pareilles, ni par des délivrances proprement dites, que le Seigneur montre qu'Il prend soin de nous; mais les maux même, oui, ces maux publics et particuliers que des esprits audacieux, des esprits téméraires, dans leur aveuglement, présentent comme une objection contre la Providence, sont une preuve nouvelle de ses tendres soins.

 

Les uns sont destinés à régénérer les nations, à retremper les âmes, à ranimer en elles les germes de la piété, de la foi.

 

Ce sont ces orages qui couvrent l'horizon de ténèbres, bouleversent la nature, nous offrent l'aspect affreux de la confusion et du combat des éléments, mais qui, par une secrète influence, fécondent le sol et purifient l'atmosphère.

 

Les autres ont pour mission d'éclairer le pécheur ou d'éprouver le juste, de le rendre plus digne d'une immortelle récompense.

 

On peut les comparer à ces opérations douloureuses, mais salutaires, qu'exécute un médecin ferme et courageux, malgré les cris du malade, ou bien au procédé de l'artiste habile qui met son or dans l'ardent creuset pour l'en retirer plus pur et plus brillant.


Ainsi, loin de nous annoncer que Dieu voit notre sort avec indifférence, ces maux nous disent qu'Il nous aime,

 

qu'Il nous aime bien mieux que nous ne saurions nous aimer, qu'Il regarde à nos vrais intérêts plus qu'à notre faiblesse, qu'Il envisage l'âme plus que le corps, l'éternité plus que l'instant passager qui s'enfuit.

Ainsi, lors-même qu'Il nous afflige, Il prend un soin tout particulier de nous : alors aussi Ses consolations se répandent dans l'âme soumise ; elles la relèvent, la fortifient: enveloppés encore des nuages de l'infortune, nous voyons percer les rayons d'une Divine Espérance.

 

Il ne suffisait pas cependant que la raison pût nous conduire à cette grande idée que Dieu prend soin de nous ; il ne suffisait pas que cette vérité découlât de sa nature et de la nôtre.

 

Pour prévenir toutes nos craintes, pour dissiper toutes nos incertitudes, Il a daigné nous en faire dans Sa Parole les déclarations les plus formelles.

 

Il dit à chacun de nous, comme autrefois à Josué ; (Chap., I, 9.)  

 

JE ne te laisserai point, JE ne t'abandonnerai point.

Fortifie- toi et prends courage;

que rien ne te trouble et ne t'épouvante,

car JE serai avec toi partout où tu iras.

 

Et pour nous convaincre qu'Il ne dédaignera pas de pourvoir même à nos plus légers intérêts, Il va jusqu'à nous assurer que tous les cheveux de notre tête sont comptés (Luc, XII, 7.).

 

Il se plaît à prendre l'engagement de veiller sur nous, de nous protéger dans tous les instans, comme s'Il voulait subvenir à notre faiblesse, et nous armer pour ces moments d'angoisse où le trouble de l'imagination obscurcit le jugement.

 

Il nous invite Lui- même à nous décharger sur Lui de tout ce qui pourrait nous inquiéter, et c'est assez nous dire qu'Il veut obtenir notre confiance pour Prix de ses soins.

Ne sentons nous pas à présent, combien il est raisonnable, naturel et juste de nous reposer sur Dieu.

 

Il gouverne le monde; Il prend soin de nous, et nous ne serions pas tranquilles !

 

Insensés ! Nous confierions nos jours à un médecin, notre fortune à un négociant, notre sort à un protecteur : nous confierions notre existence tout entière à des hommes faibles, impuissants, sujets à l'erreur comme nous; et lorsque Celui chez qui la sagesse, la puissance, la bonté résident dans Sa plénitude, nous offre de veiller sur nos intérêts, nous refuserions de nous abandonner à Sa Conduite !

 

L'enfant porté dans les bras de sa mère, traverse les plus grands périls avec le doux sourire de la sécurité ; et nous, appuyés sur ce bras qui soutient les mondes, nous éprouverions l'inquiétude et la crainte !

 

Nous refuserions au Très-Haut l'hommage de notre confiance !

Ah ! Nous lui devons cet hommage ;

 

Il l'attend de nous; c'est le seul dont Il puisse être flatté.

 

Les astres suivent la marche qu'Il leur trace; les animaux sont conduits par l'instinct qu'Il leur a donné ; mais ces créatures inanimées ou privées d'intelligence cèdent à Sa Volonté, sans avoir la connaissance de ses perfections et le sentiment de son amour.

 

L'homme, l'homme seul peut honorer son Créateur, parce qu'il peut seul, en se confiant en Lui, en se reposant sur Lui, en s'abandonnant à Ses soins sans réserve, lui offrir l'hommage du coeur, dont Il est jaloux.

Et c'est aussi là, c'est aussi le moyen de l'Intéresser à notre sort.

 

J'en appelle à nous-mêmes.

 

Ne regardons nous pas comme sacrés les intérêts qu'on nous confie ?

 

Il n'y a que l'homme absolument dépravé chez qui ce sentiment soit détruit.

 

Que dis-je ? On a vu des malheureux enfoncés dans le bourbier du crime se montrer encore sensibles à la confiance ; on les a vus servir avec fidélité, avec dévouement ceux qui s'étaient remis en leurs mains.

 

Quel blasphème donc, quel blasphème ne serait-ce pas de penser que l'Être tout-parfait puisse trahir ou négliger les intérêts de l'homme dont le coeur se rend à Ses Invitations et compte sur Ses Promesses !

Mais si celui qui refuse de se confier en Dieu, de se décharger sur Lui de ses soucis et de ses peines, est coupable, infiniment coupable envers son Créateur, son Père, il est bien plus à plaindre encore.
 

 

Malheur, dit l'Écriture, (Jérém., XVII, 5.) à celui qui se confie en l'homme et qui de la chair fait son bras.

 

Malheur à celui qui ne se confie pas en Dieu, et que Dieu, pour cette raison, ne protège pas !

 

C'est un voyageur épuisé, haletant sous le fardeau dont il est chargé : il le traîne en gémissant, et rejette les secours de Celui qui Seul pourrait le décharger.

 

Au poids des malheurs présents, sous lequel il est près de succomber, il ajoute le poids de ceux qui n'existent pas encore.

 

Plus infortuné que la brute, qui ne souffre qu'au moment où elle sent l'atteinte de la douleur, son imagination, cette faculté céleste qui, s'élançant dans l'avenir, peint tous les objets du plus vif colori, et nous fut donnée pour adoucir, pour effacer les maux présents par la ravissante perspective des biens éternels, cette imagination fait ou fera son supplice ; elle l'entoure ou l'entourera de fantômes effrayants, qu'il ne peut, ne pourra ni fuir ni repousser.

Opposons à ce tableau celui du fidèle qui se repose sur son Dieu.

 

Mais comment peindre une telle situation ?

 

Pour l'apprécier, il faut l'avoir goûtée : dès que je veux en offrir quelques traits, le sentiment de sa douceur inonde mon âme, et je ne trouve plus d'expression.



O nous qui, dans une circonstance critique, avons vu l'horizon s'éclaircir pour nous, lorsque l'ami en qui nous avions mis notre confiance s'est chargé du soin de nous guider.

 

Nous qui, dans un péril éminent, étions éperdu, troublé jusqu'au moment où une mère, un père, une épouse, un époux s'est approché de nous, a pris notre main tremblante, et nous a dit par ses regards : Je suis la pour te défendre !

 

Nous qui, dans un lit de maladie, environné des cordages de la mort (Ps, CXVI, 3.), sentions notre courage renaître au seul aspect du médecin !

 

Essayons du moins, essayons de comprendre quelle doit être la félicité de l'homme qui se décharge sur son Dieu, sur son Dieu de tout ce qui peut l'inquiéter.

 

Il goûte ce calme délicieux, ce calme parfait de l'esprit et du coeur, qui fut la chimère des anciens philosophes et le but qu'ils poursuivaient.

 

Mais s'il fut honorable pour l'humanité de concevoir une telle situation et d'y aspirer, hélas ! On n'en vit approcher qu'un petit nombre d'hommes rares ; et même, pour émousser les traits de l'inquiétude, ne connaissant d'autre secret que d'éteindre la sensibilité, ils ne goûtèrent le repos qu'aux dépens du bonheur.

Religion divine ! Religion de mon Sauveur ! Toi seul peux nous conduire dans les sentiers de la paix et de la sagesse.

 

Au lieu de ces maximes pompeuses dont retentissent les écoles de la philosophie humaine, de ces maximes si difficiles à saisir, à pratiquer, tu nous dis:  

 

Déchargez-vous sur Dieu, etc.

 

Ainsi Tu mets ce que la raison a de plus sublime à la portée de l'esprit le plus simple et du coeur le plus faible, et loin que l'élévation où Tu nous places refroidisse la douce chaleur du sentiment, c'est par l'amour que Tu nous y fais monter.


Voulez-vous, voulons nous faire l'heureuse expérience de cette félicité ? En voici le moyen.

 

Observons ce grand précepte de Jésus, auquel toute la loi se rapporte :  

 

Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme

(Matth., XXII, 37.).

 

Pénétrons-nous de sa Toute Présence, et de Ses Soins Paternels.

 

Environnons-nous de l'image de ce bon, de cet adorable Sauveur qui nous appelle, qui nous dit :  

 

Venez à Moi, vous tous qui êtes travaillés

et chargés et JE vous soulagerai.

Matt. XI, 28.


Alors un sentiment de repos et de calme se joindra pour nous à l'idée de ce Dieu Sauveur.

 

Penser à Lui, parler de Lui, servira de baume à nos plaies.

 

En toute circonstance, en tout lieu, et surtout quand nous entrerons dans son sanctuaire, quand nous nous approcherons de Celui qui l'habite, il s'approchera de nous (Jacq. IV, 8.); ses consolations restaureront, rafraîchiront notre âme.

 

Ainsi soit-il. Amen,

 


J. J. S. CELLÉRIER,

Bible

Croix

 

 

 

 

Source : Regard

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Charles Spurgeon

" J'avoue que je donnerais à peine un penny pour tout salut que je pourrais perdre. La vie éternelle est la chose dont nous avons besoin, la Vie de Dieu, qui ne peut jamais changer ou être enlevée de nous, et c'est ce qui est donné à toutes celles et ceux qui croient en Jésus Christ."

Car, lorsque que nous étions
encore sans force,
Christ, au temps marqué,
est mort pour des impies
 (Romains 5-6)

Croix Huguenote

  Une femme oublie-t-elle

l'enfant qu'elle allaite ?

... Quand elle l'oublierait,

Moi je ne t'oublierai point.

Voici, je t'ai gravée sur mes mains

Esaïe 49.16

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